LES DÉBOIRES DE VOLTAIRE A LA COUR. — IL SE DÉCIDE A ALLER EN PRUSSE
Ce n'était pas assez pour lui d'être le plus illustre des gens de lettres, il voulut être homme de cour. Dès sa jeunesse la plus tendre, il avait pris la llatteuse habitude de vivre avec les grands. D'abord la maréchale de Yiliars, le Grand-Prieur de Vendôme, et depuis, le duc de Hichelieu, le duc de Vallière, les Boulllers, les Montmorency avaient été son monde. H soupait avec eux habituellement, et l'on sait avec (luelle familiarité respectueuse il avait l'art de leur écrire et de leur |)arler. Des vers légèrement et délicatement tournés, une conversation non moins séduisante que ses poésies, le faisait chérir et fêter parmi celte noblesse. Or, cette noblesse était admise aux soupers du roi. Pouniuoi lui n'en élait-il pas? C'était l'une de ses envies. Il rappelait l'accueil que Louis-le-Grand faisait à Hoileau et à Racine; il disait (|ii'llorace et Virgile avaient l'honneur d'approciier d'Augusie, (|ue l'Enéide avait été lut' dans le cabinet de Eivic. Addison et Prior valaient-ils mieux (|ue hn? Et dans lenr pairie n'avaiciil-ils pas été employés honorablement, l'un dans le ministère cl l'autre en (Mnbassade? La place d'historiographe était déjà pour lui une manjuc de confiance, cl (|uel autre avant lui l'avait remplie avec autant d'éclat? Il avait acheté une charge de f?entilhonïme ordinaire de la chand)rc du roi : celle charge, comuuinément assez oiseuse, donnait pourtant le droit d'être envoyé auprès des
souverains pour des commissions légères, et il s'était flatté que pour un homme connne lui, ces commissions ne se borneraient pas à de stériles compliments de félicitations et de condoléance. Il voulait, comme on dit, faire son chemin à la cour; et, lorsqu'il avait un projet dans la télé, il y tenait obstinément: l'une de ses maximes était les mots de l'Evangile: Regnum cœlorum vùn patilur et violenli rapiunt Ulud : il employa donc, à s'introduire auprès du roi, tous les moyens imaginables.
Lorscjue madame d'Elioles, dei)uis marquise de Pompadour, fut annoncée comme maîtresse du roi, et avant même qu'elle fût déclarée, il s'empressa de lui faire sa cour. 11 réussit aisément à lui plaire; et, en même temps qu'il célébrait les victoires du roi, il llattait sa maîtresse en faisant pour elle de jolis vers. Il ne doutait pas que par elle il obtint la faveur d'être admis aux soupers des petits cabinets, et je suis persuadé qu'elle l'aurait voulu.
Transplantée à la cour, et assez mal instruite du caractère et des goûts du roi, elle avait d'abord désespéré de l'amuser par ses talents. Sur ce théâtre particulier, elle jouait devant lui de petils actes d'opéras, dont quelques-uns étaient faits pour elle, et dans lesquels son jeu, sa voix, son chant, étaient justement applaudis. Voltaire, en faveur auprès d'elle, s'avisa de vouloir diriger ce spectacle. L'alarme en fut au camp des gentilshommes de la chambre et des intendants des Menus- Plaisirs. C'était empiéter sur leurs droits, et ce fut entre eux une ligue pour éloigner de là un homme qui les aurait tous dominés, s'il avait plu au roi autant qu'à sa maîtresse; mais on savait (|ue le roi ne l'aimait pas, et que son empressement à se produire ajoutait encore à ses prétentions contre lui. Peu touché des louanges qu'il lui avait données, dans son panégyrique, il ne voyait en lui qu'un philosophe impie et qu'un flat-
leur ambitieux. A grand peine avait-il enlin consenti à ce (ju'il fût reçu à l'Acadéniie française. Sans compter les amis de la religion, qui n'étaient point les amis de Voltaire, il avait à l'entour du roi des jaloux et des envieux de la faveur qu'on lui voyait briguer, et ceux-là étaient attentifs à censurer ce qu'il faisait pour plaire. A leur gré, le poëine de Fontenoy n'était (ju'une froide gazette; le panégyrique du roi était inanimé, sans couleur et sans éloquence; les vers à madame de Pompadour furent taxés d'indécence et d'indiscrétion, et dans ces vers surtout :
Soyez toujours sans ennemis,
¥A gardez tous deux vos conquêtes.
on fit sentir au roi qu'il était messéant de le mellre au niveau et de pair avec sa maîtresse '.
Au mariage du dauphin avec l'infante d'Espagne, il fut aisé de relever l'inconvenance et le ridicule d'avoir donné pour
1 Le poète connaissait de vieille date madame de Pompadour. il en usait a\ec elle le plus souvent en coinlisau respectueux ; mais il lui arrivait aussi de se rappeler leur ancienne familiarit(^ et à se croire autorisé à la traiter un peu sans façon. Le sourire épanoui de celle-ci l'encourageait d'ailleurs à se tout permettre. Un jour qu'elle élait à table et .se trouvait aux prises avec une caille des plus replètes, elle s'avisa de la déclarer « grassouillette.,. 1) Ce mot. à Versailles, n'avait pas plus ses petites que ses grandes entrées, il était tout bcmnemcnl une énormité dansla bouclic d'une reine de la main gaudie. Vollaire crut l'aire ii'uvre pie en avertissant celle qui l'avait si étrangement t)asardé. Il s'approclia d'elle et lui dit, entre haut et bas. mais sans tenir beaucoup .'t n'élre entendu que d'elle -.
Grassouillette, enirc-noiis, me seiidilc un peu caillelte, .le vous le dis tout lias, belle l'ompadourelle.
On tit lin crime au poète de la licence et l'on persuada à madame de Pompadour que son favori lui avait manqué de respect. — Giistavi; Dcsnoikes- TBniiES, VoUaire à la Cour. (I*aris, Didier et C% 1871).
spectacle à l'infaiile, celle Princesse de Navarre, (\m vérilablement n'était pas faite pour réussir. Je n'en dis pas de même de l'opéra du Temple de la gloire : l'idée en était grande, le sujet bien conçu et dii-neinent exécuté. Le troisième acte, dont le héros était ïrajan, présentait une allusion frappante pour le roi : c'était un héros juste, humain, généreux, pacifique et digne de l'amour du monde, à qui le temi)le de la gloire était ouvert. Voltaire n'avait pas douté (pie le roi ne se reconnût dans cet éloge. Après le spectacle, il se trouva sur son passage, et voyant (pie sa majesté passait sans lui rien dire, il prit la liberté de lui demander : Trojan esl-il content? ïrajan, surpris et mécontant qu'on osât l'interroger, répondit par un froid silence, et toute la cour trouva mauvais que Voltaire eût osé questionner le roi '.
Pour l'éloigner, il ne s'agissait (pie d'en détacher la maî-
1 « Cette anecdote assez curieuse, dit La Harpe, a été ridiculement défigurée, comme presque toutes celles qui regardeut Voilaire. On a débité qu'en faisant cette question, il lira le roi par la manche, et que le maréchal de Richelieu avertissant Voltaire par le même geste, de l'indiscrétion qu'il se permettait, celui-ci lui répondit : Vous me lirez bien par la mienne. Il n'y a pas plus de vérité dans ce conte ((ue de vraisemblance. Voltaire, quoique dès sa jeunesse on l'eût appelé le familier des princes ne poussait pas les saillies jusque-là ; il avait trop d'usage du monde pour être capable de ce grossier oubli de toutes les bienséances, qui l'aurait fait chasser de la cour. La vérité est (et j'en suis parfaitement snr),(|u'il vint, après le spectacle, à la loge du roi, il lui dit assez haut pour que tout le monde l'entendit : Trajan esl-il conlenl ? Le maréchal ne répondit rien, et Louis XV, qu'on embarrassait aisément, laissa voir sur son visage son mécontentement de celle saillie poétique dont tout le monde fut également surpris et embarrassé, et qui courut aussit/jt dans toute la salle, où l'on peut croire qu'elle fut plus excusée qu'approuvée. » Lycée, ou cours de lilléralure. (Paris, Amable Costes. 18i:j), t. XI. (t\. dA.j
tresse, et le moyen (lue l'on prit pour cela fut de lui opposer Crébillon.
On parlait de Catilina comme de la merveille du siècle. Madame de Pompadour voulut l'entendre. Le jour fut pris pour cette lecture ; le roi, invisible et présent, l'entendit. Elle eut un plein succès; et lorsipie Cittilinn fut mis au théâtre, madame de Pompadour, accompagnée d'une volée de courtisans, assista à ce spectacle avec le plus vif intérêt. Peu de temps après, Crébillon obtint la faveur d'une édition de ses œuvres à Timprimerie du Louvre, aux dépens du trésor royal. De ce temps-là. Voltaire fut froidement reçu, et cessa d'aller à la cour.
On sait qu'elle avait été sa relation avec le prince royal de Prusse. CjH prince, devenu roi, lui manpiait les mêmes bontés; et la manière inliniment llalleuse dont Voltaire y répondait, n'avait peut-être j)as laissé de contribuer en secret à lui aliéner l'esprit de Louis XV. Le roi de Prusse donc, en relation avec Voltaire, n'avait cessé, depuis son avènement à la couronne, de l'inviter à l'aller voir; et la faveur dont Crébillon jouissait à la cour l'ayant piqué au vif, avait décidé son voyage. Mais, avant de partir, il avait voulu se venger de ce désagrément, et s'y était pris en grand homme : il avait attaqué son adversaire corps à corps, pour se mesurer avec lui dans les sujets (ju'il a traités, ne s'abstenani ipie de lUiailamisie, (VAlrée et de Piirrhus ; de l'un sans doulc |tar respect, de l'autre par horreur ', cl du troisième i)ar dédain d'un sujet ingrat et fanlas{|ue.
11 commenta [Vdr Sémirawi s : ci la manière grande et tra-
* Volliiiiv, iii.iis lik'ii |iliis tiii'il. opposera ses PHopidcs à Allée et Thyestc. (H. d'A.)
gique dont il conçut l'action, la couleur sombre, orageuse et terrible qu'il y répandit, le style magique qu'il y employa, la majesté religieuse et formidable dont il la remplit, les situations et les scènes décbirantes qu'il en tira, l'art enfin dont il sut en préparer, en établir, en soutenir le merveilleux, étaient bien faites pour anéantir la faible et froide Sémiramis de Crébillon ; mais alors le théâtre n'était pas susceptible d'une action de ce caractère. Le lieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs, les uns sur les gradins, les autres debout au fond du théâtre et le long des coulisses; en sorte que Sémiramis éperdue, et l'ombre de Nimis sortant de son tombeau, étaient obligés de traverser une épaisse haie de petits-maîtres. Cette indécence jeta du ridicule sur la gravité de l'action théâtrale. Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance ; et cette pièce, le chef-d'œuvre de Voltaire, du côté du génie, eut, dans sa nouveauté, assez peu de succès pour faire dire qu'elle était tombée. Voltaire en frémit de douleur; mais il ne se rebuta point. Il lit Oreste d'après Sophocle, et il l'éleva au-dessus de Sophocle lui-même dans le rôle d'Electre, et dans l'art de sauver l'indécence et la dureté du caractère de Glytemnestre. Mais, dans le cinquième acte, au moment de la catastrophe, il n'avait pas encore assez affaibli l'horreur du parricide ; et le parti de Crébillon n'étant là rien moins que bénévole, tout ce qui pouvait donner prise à la criticiue fut relevé par des murmures ou tourné en dérision. Le spectacle en fut troublé à chaque instant ; et cette pièce qui, depuis, a été justement applaudie, essuya des huées. J'étais dans l'amphithéâtre, plus mort que vif. Voltaire y vint, et, dans un moment où le parterre tournait en ridicule le pathétique, il se leva et s'écria : « Eh! barbares I c'est du Sophocle! »
Enfin, il donna Rome sauvée; et, dans les personnages de
Cicéron, de César, de Galon, il vengea la dignité du sénat romain, que Grébillon avait dégradé en subordonnant tous ces grands caractères à celui de Gatilina. Je me souviens qu'en venant d'écrire les belles scènes de Cicéron et de César avec Gatilina, il me les lut avec une perfection dont jamais acteur n'approchera; simplement, noblement, sans aucune manière, mieux ([ue jamais lui-même je ne l'avais entendu lire. « Ah! vous avez, lui dis-je, la conscience en repos sur ces vers : aussi ne les fardez-vous pas, et vous avez raison ; vous n'en avez jamais fait de plus beaux, d (^ette pièce eut, dans l'opinion des gens instruits, un grand succès d'estime; mais elle n'était pas faite pour émouvoir la multitude, et cette éloquence du style, ce mérite d'avoir si savamment observé les mœurs et peint les caractères, fut peu sensible aux yeux de celle masse du public. Aussi, avec des avantages prodigieux sur son rival, Voltaire eut la douleur de se voir disputer, refuser même le triomphe.
Ces dégoûts avaient déterminé son voyage en Prusse. Une seule dilliculté le relardait encore, et la manière dont elle fut levée est assez curituise pour vous anuiser un moment.
La dilliculté consistait dans les frais de voyage, sur lesquels Frédéric se faisait un peu tirer l'oreille. 11 voulait bien défrayer Voltaire, et pour cela il consentait à lui donner mille louis; mais madame Denis voulait accompagner son oncle, et, pour ce surcroit de dépense, Voltaire demandait mille louis de plus. C'était à quoi le roi de Prusse ne voulait point entendre : « Je serai fort aise, Ini écrivait-il, (pic madame Denis vous accom- [>agne; mais je ne le demande pas. » a Voyez-vous, me disait Voltaire, celle lésine dans un roi. Il a des tonneaux d'or, et il ne veut pas donner mille |>aiivres louis pour le plaisir de voir madame Denis à llerliu! Il lesduiiiieia ou moi-iiii'ine je n'irai point, u lu ineident comi(iiie vint terminer celle dispute. \]n
matin que j'allais le voir, je trouvai son ami Thiriol dans le jardin du Palais-Royal, et, comme il était à l'afrùt des nouvelles littéraires, je lui demandai s'il en avait quelqu'une. « Oui, vraiment, il y en a, et des plus curieuses, me dit-il. A'ous allez chez M. de Voliaire, là vous les entendrez ; car je m'en vais m'y rendre dès que j'aurai pris mon café. »
Voltaire travaillait dans son lit lorsijue j'arrivai. A son tour il me demanda : « Quelles nouvelles? — Je n'en ai point, lui dis-je ; mais Thiriot, que j'ai rencontré au Palais-Royal, en a, dit-il, d'intéressantes à vous apprendre. Il va venir. «
a. Eh bien ! Thiriot, lui dit-il, vous avez donc à nous compter des nouvelles bien curieuses? — Oh! très-curieuses, et qui vous feront grand plaisir, répondit Thiriot avec son sourire sardonique et son nazillcment de capucin. — Voyons, qu'avezvous à nous dire? — J'ai à vous dire qu'Arnaud Baculard est arrivé à Postdam, et que le roi de Prusse l'y a reçu à bras ouverts. — A bras ouverts? — Qu'Arnaud lui a présenté une épître. — Bien boursoulllée et bien maussade? — Pomt du tout, fort belle, et si belle que le roi y a répondu par une autre épître. — Le roi de Prusse une épître à d'Arnaud ! Allons, Thiriot, allons on s'est moqué de vous. — Je ne sais pas si on s'est moqué de moi, mais j'ai en poche les deux épîtres. — Voyons, donnez donc vite que je lise ces deux chefs-d'œuvre. Quelle fadeur! quelle platitude! quelle bassesse! » disait-il en lisant l'épître de D'Arnaud, ef, passant à celle du roi, il lut un moment en silence et d'un air de pitié; mais quand il on fut à ces vers :
Voltaire est à son couchant
Vous êtes à votre aurore l ;
i Un talent précoce, que l'avenir ne justifia pas. avait valu a Darnaud ou d'Arnaud Baculard la protection de Voltaire. Il devint correspondant
il fit un haut le corps, et sauta à bas de son lit, bondissant de fureur : <i Voltaire est à son couchant, et Baculard à son aurore ! et c'est un roi qui écrit cette sottise énorme 1 Ali ! qu'il se mêle de régner ! »
Nous avions de la peine, Thiriot et moi, à ne pas éclater de rire, de voir Voltaire en chemise, gambadant de colère, et
littéraire à Paris, de Frédéric, puis il se rendit à Berlin, où il fut nommé membre de l'Académie de ceUe ville. Voici, en son entier, l'épitre, que le'roi de Prusse lui adressa :
Darnaud par voire beau sfénie.
Venez réchauflér nos cantons.
Et des soins de votre harmonie Réveiller ma muse assoupie Et diviniser nos Manons.
L'amour préside à vos chansons.
Et dans vos hynmes que j'admire La tcnchc voluplc respire Et semlilf dicter ses leçons.
Bientôt sans être téméraire Prenant voire vol jusqu'aux cieux, Vous pourrez égaler Voltaire, Et prés de Virgile et d Homère Jouir de vos succès heureux.
D«yà l'Apollon de la France S'achemine à sa décadence; Venez briller à votre tour.
Elevez-vous s'il baisse encore :
Ainsi le coui'haiil d'un beau jour Promet une |)lus belle aurore.
Voltaire, à son tour, adressa l'épitre suivante à Frédéric, datée de Conipiégne, le '2G juin (1750) (a):
Ainsi donc vos galants <'crits Qui vont rouraut loule la France, Vous llaticz dans radoloscen.se De ce Darnauil ((iic je chéris, Et lui Miiiutrcz ma décadence Je touche à mes soixante hivers :
'a) D'après M. fiustavc Desnoircsterres (Vollairr à la Cour). Voltaire serait parti de Compiegne le Ibjuin. V. plus loin : Départ de VuUaire.
aposlroplianl le roi de Prusse: « J'irai, disail-il, oui, j'irai lui apprendre à se connaître en iionime; » el dès ce moment-là son voyage fut décidé. J'ai soupçonné le roi de Prusse d'avoir voulu lui donner le coup d'éperon, el sans cela je doute (ju'il lût parti, tant il était picjué du refus des mille louis, non point par avarice, mais de dé|)it de n'avoir pas atteint ce qu'il demandait', — Makmontel. OEavres complètes. (Paris, Belin, 1819), t. I. Mémoires, Liv. IV.
Mais si tant de lauriers divers
Ombragent votre jeune tiMe,
Grand homme, est-il donc bien honnête
De dépouiller mes cheveux blancs
De quelques feuilles négligées,
Que déjà l'I-^nvic et le Temps
Ont de leurs détestables dents
Sur ma tète à demi rongées ?
Quel diable de Marc-Antonin !
Et quelle malice est la vôtre !
Egralignez-vous d'une main Lorsque vous protégez de l'autre?
Croyez, s'il vous plait, que mon cœur, En di'pit de mes onze lustres Sont cncor la plus noble ardeur Pour le premier des rois illustres.
Bientôt nos beaux jours sont passés.
L'espi'it s'éteint, le temps l'accable ; Les sens languissent émoussés, Comme des convives lassés Qui sortent tristement de table.
Mais le cœur est inépuisable, Et c'est vous qui le remplissez.
1 C'est une erreur de Marmontel, comme le prouvent les deux lettres suivantes, la première, de Voltaire à Frédéric, la seconde, de Frédéric à Voltaire : « A Paris, ce 8 mai (1750)... Je vais parler, non pas au roi, mais à l'homme qui entre dans les détails des misères humaines. Je suis riche, et même très-riche pour un homme de lettres. J'ai, ce qu'on appelle à Paris, monté une maison où je vis en philosophe avec ma famille et mes amis. Voilà ma situation -, malgré cela, il m'est impossible de faire actuellement une dépense extraordinaire-, premièrement, parce qu'il m'en a beaucoup coûté pour établir mon petit ménage; en second lieu,