ENFANCE DE VOLTAIRE
Le véritable maître de l'enfant ne fut pas, quoique Voltaire
' La famille de Voltaire (la famille Arouet) était une ancienne et honorable famille du Poitou. Son père, né le 21 août 1649, d'abord notaire au Châtelet, devint plus tard payeur des épices. Il avait pour clients beaucoup de membres de la noblesse, alors qu'il exerçait cette première charge, notamment les Sulli, les Saint-Simon, les Caumartin, les Praslin, etc. Il épousa, en juin 1683, Marguerite d'Auraard, fille de Nicolas d'Aumard, greffier au Parlement. Cette famille, elle aussi, était issue du Poitou.
Tous les biographes et littérateurs ayant vécu avec Voltaire, l'ont fait naître à Paris, et il y avait sur ce point une sorte de prescription, lorsque, en 1789, Condorcet s'avisa, sans aucune preuve, de le faire naitre à Chàtenay, village situé à 12 kilom. de Paris : c'était là une erreur, car indépendamment de tous les témoignages dignes de foi, il existe un acte authentique et officiel qui place le berceau de Voltaire à Paris. Ce n'est pas tout : les uns faisaient naitre François de Voltaire le 20 février 1694, les autres le 20 novembre de la même année. « Grâce à un chercheur qui a eu le hasard de rencontrer tout un dossier relatif aux origines de la famille du
en dise ', le poète Rochebrune, qui lui portait pourtant le plus vif intérêt, mais son parent, l'abbé de Chàteauneuf ^, l'anij de Ninon de Lenclos.
poète, dit M. Gustave Dcsnoircstcrres, la question se trouve désormais résolue au profit de la vraisemblance et du bon sens. Un cousin du Poitou, mais qui avait été élevé chez des parents à Paris, Pierre Bailly, écrivait à son père, à la date du 24 novembre (iC9i): « Mon père, nos cousins ont « un autre tils, né d'il y a trois jours; madame Arouet me donna pour « vous les dragées du baptême. Elle a été très malade -, mais on espère « qu'elle va mieux. L'enfant n'a pas grosse mine, s'étant senti de la clicute « de sa mère (a). )> Celte lettre dont le moindre mérite est de nous donner le secret de cette santé si délicate et jusqu'à la fin si chancelante, est décisive... » (La Jeunesse de Voltaire, p. 4.) On peut donc soutenir avec les registres de la paroisse de Saint-André-des-Arcs, que « François-Marie Arouet est né le dimanche 21 novembre 1694. » Il eut pour parrain François de Castagner de Chiteauneuf, abbé commendataire de Varennes, et pour marraine Marie Parent, épouse de Symphorien d'Aumart, écuyer, contr*jlcur de la gendarmerie du roi. La maison où s'écoula l'enfance de Voltaire a aujourd'hui disparu du sol parisien. Elle était située rue de Jérusalem, à l'angle de la rue de Nazareth, en face de celle où vécut Boileau. (R. d'A.)
' « Je crains bien qu'en cherchant de l'esprit et des traits, Le bâtard de Hnchehruiic Ne fatigue et n'iinporlunc Le successeur d'Armand et les esprits bien faits. »
(Corresp. génér. Au maréchal de Richelieu, 8 juin 1744). Qu'on ne cherche pas une équivoque dans ces vers. Il s'agit bien évidcnuueut d'une paternité poétique, la seule que Voltaire eut pu respectueusement avouer. (Note de l'auteur.)
2 Homme d'esprit et de savoir (1045-1078), auteur de deux ouvrages estimés : Dialogues sur la musique des anciens, 1725, in-12, et Observations sur la musique, la flûle et la lyre des anciens, 172G, in- 12. Il fut, dit-on, k' dernier amant de Ninon de Lenclos, autre cliente du père de Voltaire. (K. dA.)
(a) Dcnjamin Fillon, Lettres écrites de la Vendée à M. Anatole de Montaiglon (Paris. 1801), p. 1.3. (.Note de l'auteur.)
Tandis que l'abbé Gédoyn ' dissertait sur Homère, Pausanias et Quiiililien avec les grands robins qui fré(iuentaient le cabinet du receveur au compte ^, l'abbé de CliAteauneuf faisait apprendre par cœur à Zozo (c'était le nom familier de Voltaire) les vers impies de la Moïsade ^. Cette édiliante éducation commençait dès la (juatrième année, et l'on ne voit pas malheureusement que la mère de famille s'y soit opposée. Henri Beauxe. Voltaire au Collège. — Sa Famille. — Ses Études. — Ses premiers amis. — Lettres et documents inédits. (Paris, Amyot, 1867.)