‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 67 sur 122 · CHAPITRE LXl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXl

APulHÉOSE DE VOLTAIRE.

En 1791, l'Asseinblée nationale, après un premier décret qui avait ordonné la translation des restes de Voltaire de l'abbaye de Sccllières dans l'église de Koniilly (8 mai), décréta le 30 mai que « M. F. Arouet était digne de recevoir les bonneurs décernés aux grands liommes et (ju'en conséquence ses cendres seraient transportées de l'église de Romilly dans celle de Sainte-Geneviève de Paris. « Celte translation, à laquelle on donna le caractère d'une fête nationale, eut lieu le lundi H juillet. David et Cellerier en furent les ordonnateurs, M.-.I. Clienier composa un liymne que Gossec mit en musique. Mais donnons ici la parole à Miclielet, le grand bistorien :

« ... La France, dès qu'elle peut parler, rend grâce à Voltaire. L'Assemblée nationale décrète au glorieux libérateur de la pensée religieuse les honneurs de la victoire. Elle est gagnée, il a vaincu; qu'il triomphe maintenant, qu'il revienne dans son Paris, dans sa capitale, ce roi de l'esprit. L'exilé; le fugitif, qui n'eut point de lieu ici-bas, qui vécut entre trois royaumes, osant à peine poser l'aile, comme l'oiseau qui n'a pas de nid, qu'il vienne dormir en paix dans l'embrassemenl de la France.

« Mort cruelle ! il n'avait revu Paris, cette foule idolâtre, ce peuple qui l'avait compris, que pour s'en arracher avec plus de déchirement ! Poursuivi sur son lit de mort, même

après la mort, banni, enlevé la nuit par les siens, le 50 mai 78, caché dans une tombe obscure, son retour est décrété le 30 mai 91. 11 reviendra, mais de jour, au grand soleil de la justice, porté triomphalement sur les épaules du peuple, au temple du Panthéon.

(t Pour comble, il verra la chute de ceux (jui le proscrivirent. Voltaire vient ; i)rétres et rois s'en vont. Son retour est décrété, par un remaniuable à propos, lorsque les prêtres, surmontant les indécisions de Louis XVI, ses scrupules, vont le pousser à Varennes, à la trahison, à la honte. Comment, pour ce grand spectacle, nous passerions-nous de Voltaire? Il faut qu'il vienne voir à Paris la déroute de Tartufe. Il est le héros de la fête. Au moment où le prêtre laisse sa trame ténébreuse éclater au jour, Voltaire ne peut manquer de sortir aussi du caveau. Averti par l'audacieuse révélation de Tartufe, il se révèle en même temps, passe la tête hors du sépulcre, et dit à l'autre, avec ce rire formidable auquel croulent les temples et les trônes : « Nous sommes inséparables ; lu parais, je parais aussi. » (Histoire de la Révolution, t. II.)

Page 1