‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 68 sur 122 · CHAPITRE LXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIl

VOLTAIRE A LA VOIli I !• .

Une nuit de mai 1814, les ossements de Voltaire et de Rousseau furent extraits des cercueils de plond) où ils avaient été enfermés ; on les réunit dans un sac de toile et on les porta

dans un (iacre qui stationnait devant l'église. Le (iacrc s'ébranla lentement, accompagné de cinij ousix personnes, entre autres des deux frères Puymorin. On arriva vers deux heures (lu malin, par des rues désertes, à la barrière de la Gare, visà-vis de Bercy. Il y avait là un vaste terrain entouré d'une clôture en planches, lequel avait fait partie de l'ancien périmètre de la gare, (|ui devait être créée en cet endroit pour servir d'entrepôt au commerce de la Seine, mais ([ui n'a jamais existé qu'en projet. Ce terrain appartenait alors à la ville de Paris, n'avait pas encore reru d'autre destination : les alentours étaient déjà envahis par des cabarets et des guinguettes.

Une ouverture profonde était préparée au milieu de ce terrain vague et abandonné, où d'autres personnages attendaient l'arrivée de l'étrange convoi de Voltaire et de Rousseau; on vida le sac rempli de chaux vive, puis on rejeta la terre par-dessus, de manière à combler la fosse sur laciuelle piétinèrent en silence les auteurs de cette dernière inhumation de Voltaire. Ils remontèrent ensuite en voiture, satisfaits d'avoir rempli, selon eux, un devoir sacré de royalistes et de chrétiens. « Plut à Dieu, disait M. de Puymorin, qu'il eût été « possible d'ensevelir à jamais avec les restes de ces deux « philosophes impies et révolutionnaires, leurs doctrines per- ■c nicieuses et leurs détestables ouvrages ! »

Le Bibliophile Jacob (M. Paul Lacroix). U Intermédiaire des chercheurs et des curieux, i'" année (15 février 1864), p. 25-26 : La tombe de Voltaire a-t-elle été violée en 1814?

Le baron de Puymorin, petil-fils d'un des auteurs de cette odieuse profanation, s'inscrivit en faux contre le récit du savant bibliophile. Il avait parlé « de deux frères Puymorin », et M. de Puymorin de 1814 n'avait pas de frère. Il répondit :

« J'ai écrit de souvenir la note envoyée à V Intermédiaire, et j'y ai fait entrer par niégarde, deux frères Puymorin, au lieu de cette simple désignation que j'avais consignée dans mes mémoires, les deux Puymorin. «

La curiosité publique fut excitée, l'affaire lit du bruit. Le 28 février, M. Dupeuty publiait dans le Figaro un article où il disait : « On avait parlé de la profanation nocturne des cendres de Voltaire, mais la question était restée indécise. Maintenant, il n'y a plus à douter : elles ne sont plus au Panthéon. Le tombeau, pèlerinage quotidien des étrangers, et devant lequel les dévots de l'art et de l'esprit français s'inclinaient avec émotion, croyant saluer les reliques du grand honune, ce tombeau est complètement vide; bien plus, on ne sait ce que sont devenues les reliques. » M. Dupeuty ajoutait que, lorsque le cœur de Voltaire fut oflert à l'Etat, Napoléon III pensa que ce (ju'il y avait de plus naturel, c'était de le réunir à l'ensemble des dépouilles du poète. On en référa à l'archevêque de Paris, qui répondit ([u'avant de prendre un parti quelconque, il était prudent de vérilier si les cendres de Voltaire étaient encore là, ou si, -depuis 1814, il n'y avait plus rien au Panthéon ([u'un tombeau vide. Napoléon 111 ordonna des fouilles. « Une de ces nuits dernières, dit M. Dupeuty, on est descendu dans les caveaux du Panthéon, on a soulevé Fa pierre qui, selon la croyance populaire, devait recouvrir les cendres de Voltaire. Il in'y a en eifet plus rien. Que sontelles devenues? j) (R. d'A.)

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