CHAPITRE LXVl
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11 était toujours en souliers gris, bas gris de fer, roulés, grande veste de basin, longue juscju'aux genoux, grande et longue perrucjue, et petit bonnet de velours noir. Le dimanche il mettait quelquefois un bel habit mordoré uni, veste et calotte de même, mais la veste à grandes basciues, et galonnée en or, à la bourgogne, galons festonnés et à lames, avec de grandes
manchetles à dentelle jusqu'au bout des doigts, car avec cela, disait-il, on a Pair noble. M. de Vollaire était bon pour tous ses alentours et les faisait rire. Il embellissait tout ce qu'il voyait et tout ce qu'il entendait. Il lit des questions à un officier de mon réginient qu'il trouva sublime dans ses réponses. De quelle religion étes-voîis, monsieur^ lui demanda-t-il. — Mes parents m'ont fait élever dans la religion catholique. — Grande réponse t dit M. de Voltaire : il ne dit pas qu'il le soit. Tout cela paraît ridicule à rappeler et fait pour le rendre ridicule; mais il fallait le voir, animé par sa belle et brillante imagination, distribuant, jetant l'esprit, la saillie à pleines mains, en prêtant à tout le monde; porté à voir et à croire le beau et le bien, abondant dans son sens, y faisant abonder les autres; rapportant tout à ce qu'il écrivait, à ce qu'il pensait ; faisant parler et penser ceux qui en étaient capables; donnant des secours à tous les malheureux, bâtissant pour de pauvres familles, et bon homme dans la sienne ; bon homme dans son village, bon homme et grand homme tout à la fois, réunion sans laquelle on n'est jamais complètement ni l'un ni l'autre : car le génie donne i)lus d'étendue à la bonté, et la bonté plus de naturel au génie. — Le puiNcii: de Lignes. Lettres et pensées (Genève, 1809). Mon séjour chez M. de Voltaire'.
^ C'est en 1701 que le prince de Lignes alla visiter Vollaire à Ferney. (H. (l'A.)