CHAPITRE LXXl
TRAITS DE BIENTAISANCE El DE DÉSINTÉRESSEMENT DE VOLTAIRE.
Il a fort augmenté les revenus de la cure de Ferney ; il avait établi à ses frais un maître d'école en cet endroit. Il faisait beaucoup d'aumônes, non pas aux mendiants des rues et aux vagabonds, qu'il ne pouvait souffrir, mais aux habitants des environs de Ferney, qui peuvent attester combien de secours ils recevaient de lui dans leurs besoins et dans leurs maladies.
Il a payé longtemps pour l'instruction de quelques enfants suisses, dans les écoles de charité de Lausanne ; mais une partie des ministres de cette ville lui ayant fait une querelle
sur ce qu'il avait dit nouvellement du fameux Saurin *, il fut si piqué qu'il discontinua les contributions (ju'il accordait à cet établissement respectable.
Un grand nombre de gens de lettres, et d'autres particuliers, pourraient aussi cerlider les bienfaits et les secours qu'ils ont reçus de lui. Cependant beaucoup d'entre eux ne l'ont payé (|ue de la plus noire ingratitude, et très-peu ont publié ses générosités à leur égard.
En 1771, il y eut une très-grande disette dans le pays de Gex, M. de Voltaire lit venir beaucoup de blé de Sicile, qu'il distribua aux habitants à un prix au-dessous de celui de l'achat. Voici ce (jue lui écrivait, à cette occasion, l'une des personnes chargées de cet approvisionnement :
a Monsieur, la conuiiission ([ue vous me donnâtes de vous expédier deux cents coupes de blé de Sicile, dont je vous laissai la montre à Ferney, le 13 de ce mois, est remplie... (suivent les détails du chargement). C'est un spectacle bien touchant, Monsieur, pour les cœurs sensibles, (|ue de voir un philosophe dont le génie mérita l'hommage le plus général de notre siècle, s'occuper malgré les infirmités d'un grand âge, aux travaux les plus sublimes de la philosophie, pour éclairer les hommes, el descendre en même temps, jiar une tendre sollicitude, dans les détails de tous les besoins de ceux (lui habitent son heureuse solitude. Puissiez-vous, Monsieur, être encore longtemps le Nestor des Français, l'organe respectable des peuples et des malheureux, pour les(|uels vous avez plus d'une
1 Joseph Saurin (1055-1737), mcmbro de l'Acadiimie des sciences, connu surtout pour avoir clé soupronn»; drlre l'auteur des fameux couplets satiriques attribués ;i J.-B. Rousseau. C'est le frère du célèbre théologien protestant. Elle Saurin, et le père de Bernard-.Io.seph Saurin, l'auteur de Sparlncus. (R. d'A.^
fois réclamé et obienu la proteclion des souverains. Vous avez aulanl mérité par vos vertus que par vos talents le monument que l'on élève à votre gloire, et vous avez fixé dès longtemps l'ailmiration et le respect avec lesquels je suis, etc. a A JAon, 21 juin 1771.
« Clauseal le cadet '. »
Mémoires sur Voltaire et sur ses ouvrages, par Longchamp et Wac.nikre, ses secrétaires. (Paris, Aimé André.) T. I. Additions au Commentaire historique, par Wagnii>re.
* «Mais, si ses ressources sont bornées, dit M. Gustave Denoireslerres (Voltaire el Genève), il ne reculera point devant les importunités. Les expédients ne lui manqueront point et il les indiquera au besoin avec cette aisance qui sait se faire acccptei' et dont nous trouvons un exemple dans la curieuse lettre qui suit. Elle est à l'adresse de l'intendant de Dijon, M. Amelot : «Monsieur, vos bontés pour notre chétif pais égalent nos désastres. Il y a des temps où il faut savoir souffrir, et ces temps ne .sont pas rares. La disette est un de nos grands maux. C'était peu d'établir des fabriques de montres à Ferney, il fallait des fabriques de pain. J'ai fait venir des blés et farines de Genève, de Lyon, de Marseille. Tous les environs sont tombés aussitôt chez moi coranne des affamés. J'ai été obligé de donner du blé jusqu'à des Francs-Comtois. Je suis à bout, et j'ai quatre-vingts personnes à nourrir. — Il y a une trentaine de sacs de blé saisis depuis longtemps au bureau de Mcyrin sur les monopoleurs. Si vous pouvez. Monsieur, me donner, comme je le crois, un ordre pour acheter cette petite partie, ce faible soulagement pourra subvenir pour quelques jours, car il y a du blé à Gex par les soins de M"" Fabri ; mais on l'économise avec une juste raison jusqu'à la moisson qui ne sera ni prompte ni abondante. Je vous supplie. Monsieur, d'avoir la bonté de m'honorer d'un mot de réponse sur cet objet pressant (a). Quel est l'homme qui ait jamais réuni à un tel degré cette ar-
(a) Archives de la Côte-d'Or. Intendance, liasse 1836. Lettre de Voltaire à M. Amelot, intendant de Dijon ; à Ferney, 29 juin 1771. On lit en tête de la lettre, de la main de l'intendant : « Je prie M. Robinet de m'envoyer promptement un projet de réponse. Ce 5 juillet 1771»; et plus bas, de la main sans doute de M. Robinet : «Je me suis borné à former le projet de
On lit à la page 154 du Commentaire historique (t. XLVIII de l'édition de Kelil) : « Je ne puis assez m'étonner de la bassesse avec laquelle tant de barbouilleurs de papier ont imprimé qu'il avait fait une fortune immense par la vente continuelle de ses ouvrages. »
VVagniére ajoute, dans ses Additions: « MM. Cramer S de Genève, peuvent rendre témoignage du contraire. Je puis d'ailleurs certifier derechef à tous les détracteurs de M. de Voltaire, que jamais, pendant les vingt-cin(i années ipie j'ai eu le bonheur de lui être attaché, il n'a exigé la moindre rétribution d'aucun de ses ouvrages ; qu'au contraire, je lui en ai vu souvent acheter des exemplaires pour les donner h ses amis, et qu'il n'a jamais voulu soutfrir (jue ceux qu'il en grati liait me lissent (juelque présent, dans la crainte que l'on ne dit qu'il se servait de mon nom pour les vendre. — (Ibid., ibid., p. 57.)
(leur, ce zèle qui ne se lassent point et qui lassent la résistance? Et Gonilorcet n'a-t-il point raison de dire au ministre Tur^'ot. son ami, en lui envoyant en 1774 la iequ<'te du pays de Gex (a) -. «Je voudrais (|u'elle fût discutée dans le Conseil, (jue le roi vit que le plus i;rand écrivain de la nation est aussi un des hommes les plus bienlaisants et un des meilleurs citoyens. C'est vraiment un honuue bien extraordinaire, et, quoiqu'on en puisse dii'e, si la vertu consiste à faire du bien et à aimer l'humanité avec passion, quel homme a eu i>lus de vertu? L'amour du bien et de la gloire sont les seules passions (pi'il ait (•nimues(6).i) Voilà la part du bien, elle est incontestable, il ne faut ni la nier ni l'amoindiir (p. iSO-iSÎ.)
1 Ils avaient iinlilié' une éililion des (Hùivrcs de VoUairc. (R. (l'A.)
réponse sur ce qui coni'ci'ue les trrains déposés à Versoix. .l'iiînore ce (|u'il > a à répondre sur les autres objets, d'ailleurs l'approche du départ est une bonne excuse pour dilfércr d'y répondre. »
(a) Voltaire, Olîurrcs roinplites rtiirciun), t. XLVIII, p. .'50 à :?j. Au Uni en son Conseil.
{b) Condorcct. Oliuvrcs (Paris, Didot. I8'i7-18''j!)), 1. 1. p. '2\1. I ( itii' il,' Cninli.ini ;i M. TiiiL'ot ; (c jeinli. momI 177 'i. (Notes de raiiteiii.)
" Il a faii liàtir et donné des maisons, des portions de maisons et de terrains, à bien des paysans de Ferney.
Un habitant de ce lieu, qui lui devait six cents livres par obligation, lui faisant part en ma présence, d'un petit malheur (jui venait de lui arriver, obtint sur-le-champ de M. de Voltaire la remise de sa dette.
Il me serait dillicile de rap|)orter toutes les actions particulières de bienfaisance de M. de Voltaire. 11 les faisait si simplement et si singulièrement, (jue l'on ne pouvait même s'en douter. En faisant du bien, il avait encore l'art de ménager l'amour-propre de ceux ([u'il obligeait.
Je suis bien aise de trouver ici l'occasion de confondre un peu la calomnie, en rendant hommage à la vérité. Il y a bien, il est vrai, des personnes que je connais, qui ont eu part à sa munilicence et à ses secours, mais (jui se sont bien gardés de lui en témoigner quelque reconnaissance ; au contraire...— {Ibid., ibid., p. 41-42.)
On a su dans toute l'Europe l'intérêt qu'il prit à plusieurs procès fameux ; mais il y a beaucoup d'autres traits de M. de Voltaire qui prouvent également son humanité, et qui n'ont guère été connus hors des limites de Ferney, et quel(|uefois même hors de sa maison. Je n'en citerai ([ue deux pour ne pas trop allonger ces Additions.
Deux de ses domesti(|ues avaient fait chez lui un vol assez considérable. La justice, cjui en avait eu connaissance par la rumeur publi(iue, avait conmiencé des informations. Dans l'intervalle, M. de Voltaire ayant appris en quel lieu ces gens étaient cachés, me chargea aussitôt de les aller trouver, de leur dire de se sauver promptement pour n'être pas pendus,
ce qu'il n'aurait pu empêcher s'ils avaient été arrêtés ; en (in, de leur donner l'argent nécessaire pour faciliter leur évasion et faire leur route. J'ajoutai, par son ordre, qu'il se contentait de leurs remords et qu'il espérait même que son indulgence les corrigerait. Ces misérables furent touchés et indiquèrent volontairement les endroits où étaient cachés quelques-uns des effets volés. Ils parvinrent à se sauver la nuit suivante en gagnant le pays étranger. Longtemps après, M, de Voltaire apprit qu'ils s'étaient toujours conduits honnêtement, quoiqu'ils eussent été pendus en eftigie.
Un homme qui commettait beaucoup de dégâts dans le village fut enfin dénoncé. Sur le point d'être arrêté, il prit le parti de venir avec sa femme implorer la miséricorde de M. de Voltaire; ils se jetèrent à ses pieds en se désespérant, pleurant et témoignant leur repentir. M. de Voltaire attendri ne put retenir ses larmes, et s'agenouilla lui-même pour les faire lever, en leur disant : « Mettez-vous à genoux devant Dieu, et non pas devant moi qui ne suis qu'un homme. Allez-vousen, je vous pardonne et n'y retombez plus. « (Ibid., ibid. 61- 62.)
Ferney... devint bientôt un lieu de plaisance, peuplé de douze cents personnes, toutes à leur aise, et travaillant avec succès pour elles et pour l'Etat. — Voi/iaiue, Œuvres complèles. (Edition de KchI), t. XLVIII, p. 171.
Tous ces colons l'adoraient. Ayant été malade, en 1775, ainsi que madame Denis, tous les habitants furent si transportés de joie de sa convalescence, (|ue les jeunes gens se formèrent en compagnies militaires de dragons et d'infanterie, donnèrent de très-jolies fêtes; et le jour de Saint-François il
y eut une illumination superbe dans tout Ferney, avuc un beau feu d'artilice donné par madame Denis.
Les jeunes gens venaient chaque dimanche dans son château. Ils y trouvaient toutes sortes de rafraîchissements ; il venait les voir danser, les excitait et partageait la joie de ces colons, qu'il appelait ses enfants.
Une des compagnies de dragons, dans le temps de cette convalescence dont nous venons de parler, lit faire une médaille d'or avec le portrait de M. de A'oltaire, pour être donnée h celui qui montrerait le plus d'adresse <à l'exercice du fusil. La compagnie d'infanterie lit les frais d'un second prix qui consistait en une médaille en l'honneur de Turgot, et pour le remercier de l'affranchissement du pays de Gex. Elle oftrait d'un côté le buste de ce ministre, et de l'autre ces mots : Tutnmen regni. Elle fut gagnée à l'arquebuse par madame de Saint-Julien, née La-Tour-du-Pin '
On ignore peut-être (jue dès l'instant (|u'on eut appris à Genève la nouvelle de la perte de la bataille de Rosback, M. de Voltaire écrivit à son banquier à Berlin de donner de sa part
< Elle était la nièce du marquis de Latour-Du Pin-Gou\ernet, le mari de
mademoiselle Livry de Corsembieu, l'aïKienne maîtresse de Voltaire; c'était
une des meilleures amies du patriarche. Il lui disait, dans une charmante
épitre en vers :
Tu quittes le fracas des villes et des cours.
Les spectacles, les jeux, tous les riens du grand monde.
Pour consoler mes derniers jours
Dans ma solitude proionde.
En habit d'amazone, au fond de mes déserts. Je te vois arriver plus belle et plus brillante Que la divinité qui naquit sur les mers. D'un flambeau dans tes mains la flamme étincelante Apporte un jour nouveau dans mon obscurité; Ce n'est point de l'amour le flambeau reiloutable,
C'est celui de la vérité; C'est elle qui t'instruit et tu la rends aimable. (B. d'A).
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aux orticiers français blessés et prisonniers l'argent dont ils pouvaient avoir besoin, et de leur rendre tous les services qui dépendraient de lui. 11 prit même aussi la liberté d'en recommander quelques-uns particulièrement aux bontés du roi de Prusse. — Mémoires sur Voltaire el sur ses ouvrages, etc., etc. t. I., p. 6C.
11 est inutile que j'entre ici dans les détails de la querelle de M. de Voltaire avec J.-J. Rousseau. Assez d'autres en ont parlé. Peut-être a-t-elle été poussée trop loin par M. de Voltaire, mais ce que je puis atlirmer avec vérité, c'est que les premiers torts vinrent de M. Rousseau. Lorsciue celui-ci fut obligé de sortir de Paris, M. de Voltaire me chargea de lui écrire pour lui offrir de sa part une petite maison et un domaine appelés VHermitage, qu'il avait auprès de Ferney. Je lis sept copies de ma lettre, et les adressai à dillërents endroits, ne sachant où M. Rousseau s'était retiré. Ce fut en réponse à cette lettre qu'il en écrivit une de la dernière grossièreté à M. de Voltaire, (jui, après l'avoir lue, dit avec un signe de pitié : Cesl dommage que la tête ail tourné à cet homme. Mais ce (|ui l'irrita, non sans raison, ce fut l'espèce de dénonciation que Rousseau dans ses Lettres de la Montagne, lit contre iM. de Voltaire, et les démentis formels (ju'il lui donnait sur des choses où celui-ci avait parfaitement raison. Dès lors les autres gens de lettres avec lesquels le citoyen de Genève étaient aussi brouillés, ne cessaient d'aigrir le solitaire de Ferney contre lui, et contre tous ceux qui lesalta(|uaient, sous prétexte que leurs ennemis se déclaraient aussi contre M. de Voltaire, ce (|u'il aurait souvent ignoré sans ces bons avis. On lui eut t'pargné bien du temps cl des chagrins si on ne l'eût
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ainsi excité à se défendre et à se venger ; car il est certain, je le répète, (iiie jamais il n'attaquait personne le premier. Ses amis, dans ces occasions, lui rendaient un mauvais service '. ^Ibi(l.,Ibid., p. 67-C8.
Un de ces jeunes gens. . . (de la monstrueuse aliaire d'Abbeville) était dans un régiment du roi de Prusse... — Voltaire, Œuvres complètes (édit. de Kelil), t. XLVIII, Commentaire historique, p. 209.
C'était iM. d'Etallonde, que ce monarque avait fait ofticier à la demande de M. de Voltaire. Depuis, il en obtint aussi un
1 Ce qu'on lit dans cette remarque de Wagnière, confirme l'offre faite par Voltaire à Rousseau, d'une habitation voisine de Ferney, et la réponse instiltante de celui-ci. Il en est parlé dans la lettre de Voltaire à Hume, du 24 octobre 1766 (t. 59 de l'édition de Kehl, p. 495), lettre qui fut imprimée dans la même année, et du consentement de l'auteui' ; tandis que la dénégation de cet acte de générosité ne se trouve que dans des papiers recueillis chez Rousseau après sa mort. On ne peut supposer que Wagnière écrivant son récit plusieurs années après la mort de Voltaire et celle de Rousseau, ait menti efl'rontément et sans aucun intérêt. Son témoignaire doit être ici d'un tout autre poids que l'assertion tardive et suspecte de .Jean-Jacques. — GisTA\-E Desnoiresterres. Voltaire et J.-J. Rousseau, p. 322-323. (R. d'.\.)
— A propos de M. de Voltaire et de Jean-.Tacques Rousseau, il faut conserver ici une anecdote qu'un témoin oculaire nous conta l'autie jour. Il s'était trouvé présenta Ferney le jour que M. de Voltaire reçut les Lettres de la Montagne, et qu'il y lut l'apostrophe qui le regarde -, et voilà son regard qui s'enflamme, ses yeux qui étincellent de fureur, tout son corps qui frémit, et lui qui s'écrie avec une voix terrible : Ah ! le scélérat ! Ah ! le monstre ! Il faut que je le fasse assommer dans les montagnes entie les genoux de sa gouvernante. . . . Calmez-vous, lui dit notre homme, je sais que Rousseau se propose de vous faire une visite et qu'il viendra dans peu à
congé pour ce jeune homme, qu'il invitait à venir passer quelque temps avec lui. Il lui envoya Targent nécessaire pour le voyage, et le retint dix-huit mois à Ferney. Tous ceux qui l'ont connu peuvent ceriilîer quelle était son honnêteté et la douceur de ses mœurs. Sa personne, indépendamment de son malheur, inspirait le plus tendre intérêt. On voulait qu'il demandât des lettres de grâce; mais ni lui, ni M. de Voltaire ne voulurent y consentir, attendu que grâce suppose une offense, un crime*. — Ibid., ibid., p. 89.
Ayant lu, dans une gazette de Berne, qu'un inconnu avait
Ferney.... Ah ! qu'il y vienne, répond M. de Voltaire... .Mais coniment le recevrez-vous ? . . . . Comment je le recevrai?.... Je lui donnerai à souper, je le mettrai dans mon lit. je lui dirai : Voilà un bon souper -. le lit est le meilleur de la maison ; faites-moi le plaisir d'accepter l'un et l'autre et d'être licureux chez moi. . . .
Ce trait m'a fait un sensible plaisir. Il peint M. de Voltaire mieux qu'il ne l'a jamais été ; il fait en deux ligrncs l'histoire de toute sa vie. — Grimm. Gazette littéraire. — Décembre 1766, p. 137, de l'édition Eugène Didiei (R.d'A,)
1 M. de Voltaire s'occupe depuis longtemps de l'affaire de M. d'Etallonde de Morival, ce jeune gentilhomme impliqué dans le procès criminel d'Abboville. qui est actuellement au service du roi de Prusse. Le philosophe do Ferney vient de publier en sa faveur im mémoire intitulé : Le cri du sang innocent. Il était adressé au lioi en son Conseil. On ne peut qu'être attendri de cette requête où il fait pailor l'accusé. A la suite est un Précis de la procédure d'Abhcvillc (Mémoires secrets, ck\, dits de Bachaiimoul, t. VIII, p. 188, du S" septembre 1775.)
Ce n'est qu'en 1788 qu'on accorda à d'Etallonde des lettres d'abolition.— Mais le 25 brumaire, an II (novembre 1703), la Convention réhabilita l:i mémoire de de La Barre, de d'Etallonde et de Calas, victimes du fanatisme, et ordonna la restitution de leurs biens à leur famille. La Convention décret;! en mitre « pour honorer Ifs nvuMir»; et ("Mir vcinrer In iKitiifi' du sdiip-
proposé un prix de cinquanie louis à celui qui ferait le meilleur mémoire pour la formation d'un code criminel, le philosophe de Ferney lit savoir à la Société économi(iue de lîerne qu'il serait ajouté par un autre inconnu cincjuante louis à ce prix; et il composa la brochure intitulée Prix de la justice et de rhumaniié\ qui est une espèce d'instruction pour ceux qui auraient voulu travailler sur ce sujet. — Ibid., ibid.,p. 98.
... On a cru longtemps (jue M. de Voltaire retouchait les ouvrages de M. de Ximenès^ — (Mémoires secrets, etc., dits de Bachaiimont, t. I, p. 43, du 11 février 1762.)
gon (l'un parricide, que sur la place de Toulouse ou le fanatisme a fait mourir Calas, il sera élevé aux frais de la République, une colonne de marbie sur laquelle cette inscription sera inscrite .- 0 La Convention nationale A la Nature à l'amour paternel A Calas, victime du fanatisme. »
(Voyez La Feuille villageoise, IV année, p. 208). (R. d'A.) ■t En adressant cet ouvrage ii La lîarpe. Voltaire lui écrivait, le 17 novembre 1777 : « Vous devez vous y intéresser, mon cher confrère, non pas en qualité d'académicien, mais en qualité de Suisse du pays de Vaud ; car entin vous êtes mon compatriote. Je suis membre d'une société de Berne. Un des membres de la société a donné cinquante louis, et moi cinquante autres pour un prix qui sera adjugé à celui qui aura fourni la meilleure méthode de corriger l'abominable loi criminelle l'eçue en France et dans plusieurs états de l'Allemagne. Nous venons au secours de l'humanité et de la raison bien cruellement traitées. Si vous connaissez quelque jeune candidat de la chicane à qui vous vous intéressiez, et à qui vous vouliez faire gagner cent louis d'or, donnez-lui ce programme à lire, et faites-lui gagner le prix, a moins que vous ne vouliez nous faire l'honneur de le gagner vous-même. » (R. d'A.)
2 Augustin-Louis, marquis de Ximenès, littérateur et bel esprit, né à Paris (17^20-1817). Il descendait d'une famille espagnole, mais non du cardinal
On pourrait le croire et le dire avec raison, ainsi que de bien d'autres, (jui ne s'en sont jamais vantés. — Wagmère, Examen des Mémoires de Bachaumont.
On découvre quelques indices de cette vérité dans la correspondance générale de Voltaire. Il est certain que parmi les écrivains célèbres, aucun n'a plus que lui encouragé les jeunes gens de lettres qui montraient d'heureuses dispositions. 11 les favorisait de sa bourse, de ses conseils et de sa plume. Il leur donnait des plans, corrigeait leurs vers, améliorait leur besogne, le tout avec une discrétion (|u'ils gardaient aussi scrupuleusement que lui. Dans les premiers temps, Desfontainest Linant , La Mare, du Resnel ', Moncrif^, Bernard ■. La
Ximenès, quoiqu'il le préteiuiît liii-iuèrac. Auteur iVEpicharis ou la .}Iorl de Néron, de don Carlos, A'AmalasonUie, tragédies, et de divers autres ouvrages. Il était paivenu à gagner la bienveillance de Voltaire, qui le recevait familitM'enient à Ferney. On dit nuMue qu'il était très-avant dans les bonnes grâces de M""= Denis ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle refusa de l'épouser! Voltaire le chassa des Délices, à propos du manuscrit AcV Histoire de la guerre de 17i1 , qu'il lui avait soustrait ; mais six ans plus tard il consentit à le recevoir en grâce, à la condition qu'il signerait pour lui les Lettres sur la Nouvelle néloïse (ITGl), pamphlet virulent dirigé contre Rousseau, et qui a passé longtemps pour être de Ximenès. (R. d"A.)
1 Jean-François du Bellay du Resnel, abbé des Sept -Fontaines (1G92-I7(il), fut membre de l'Académie française et de celle des Inscriptions. Il a traduit en vers l'Essai «wr la critique et l'Essai sur l'homme de Pope. 1730 et 1737. (R. d'A.)
2 Paradis de Moncrif, littérateur (1687-1770). On lui doit un grand nombre d'ouvrages, entre autres l'Histoire des Chats (1727). Après avoir' été secrétaire des commandements du comte de Clermont, il devint lecteur de la reine Marie Leczinska. Il était en correspondance avec Voltaire, qui estimait médiocrement son tnlont liltérairo, niai^ ménageait en lui le lortonr de la reine. (R. d'A.)
3 Gentil-Bernard, on piii^ e\it<lciiii'iii iiiTiiiird (1710-1770). i""i' i-^i
Bruère',etc., en fourniraient des exemples. Il aidait le premier dans ses traductions de l'anglais, les deux suivants dans leurs œuvres dramaiiijues, le (juatrième dans ses versions en vers français des poëmes de Pope, les trois derniers dans leurs opéras, et notamment ceux de Castor et Pollux et de Dardanus, iju'il a revus et corrigés. M. de Saint-Lambert a commencé son poëme des Saisons à la cour de Lunéville, étant journellement avec M. de Voltaire, à (jui il communi(|uait les premiers essais. Celui-ci sans doute, par une censure juste et sévère, n'était pas inutile au jeune poète; il en est question en plusieurs endroits des écrits de Voltaire; il dit dans une lettre de 1749, à son ami M. d'Argental, en parlant de M. de Saint- Lambert : « J'ai là un terrible élève. J'espère que la postérité m'en remerciera ; car, pour mon siècle, je n'en attends que des vessies de cochon par le nez. » Dans des temps plus rapprochés de nous on trouverait aussi de pareils exemples, quoique Wagnière, alors non moins discret que Voltaire, n'en cite qu'un seul. Ne pourrait-on, à ce sujet, hasarder une observation qui, si elle n'est pas d'un grand poids, est du moins singulière? C'est que les deux principaux ouvrages dramatiques de La Har|»e, les mieux écrits, les deux seuls ([u'il ait jugés dignes (l'entrer dans la première édition de ses œuvres, enfin Warwick et Mélanie, ont été composés pendant deux longs séjours qu'il lit au château de Fernoy, à deux époques différentes. On ne peut douter aussi que Voltaire n'ait revu (au moins pour le style) les jtrinciiwux ouvrages de madame du Châtelet et du roi de Prusse. On aperçoit même, à l'égard de celui-ci, une grande différence de style entre ses œuvres
Voltaire qui, cpri? des grùces de son esprit et de sa personne, lui donna le surnom de Gentil. (R. d'A.)
1 Secrétaire du due de Nivernais et rédacteur du Mercure. (K. d'A.)
publiées avant ou après 1753, époque de la séparation desdeux auteurs, ei surtout dans les poésies. S'il était obligeant à cet égard avec les étrangers, à plus forte raison a-t-il pu l'être avec des parents ; et l'on peut croire que les ouvrages historiques de l'abbé Mignot, son neveu, avaient été lus et corrigés par l'oncle avant d'être livrés à l'impression. 11 en était de même, sans doute, d'une cerîaine comédie intitulée la Coquette corrigée^ attribuée à madame Denis. Cette comédie n'a été ni jouée, ni imprimée, et on la croit perdue. Enlin ce (ju'avance Wagnière se vérifiera dans le supplément aux œuvres de Voltaire, par divers écrits, tant en vers qvCm prose. (|ui ont été imprimés sous des noms étrangers, et ([u'on a revendiqués à juste litre au nom de cet inépuisable auteur. — (Note de l'Éditeur des Mémoires sur Voltaire, etc.), p. 104-
M. de Voltaire, doué d'un cœur aussi actif (|ue son esprit, a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre un jeune médecin chargé de deux hôpitaux dans le pays de Gex, et qui venait solliciter à Paris une augmentation d'appointements. Muni de la lettre de M. de Voltaire, M. Cosie a été très-bien accueilli de M. le duc de Ghoiseul ; il a eu l'honneur de dîner avec madame la duchesse ; et ses appointements, (jui n'étaient (pie de 50 écus,*oiit été jtortés à 1200 livres ; et il a ret,'U en outre GOO livres pour les frais de voyage. — [Mémoireu secrets, dits de Dachaumont, t. XIX, p. 112, du 21 août
nr.o)
En 1753, un élève de l'école militaire de Berlin, nommé -Mingard, âgé de 16 ans, que le roi avait distingué plusieurs tois aux exercices, étant très-curieux d'assister au spectacle de la cour, s'adressa à M. de Voltaire par le billet suivant :
Ne pouvant plus gourmande!' Le goût vif qui me domine, Daiifnoz, Seigneur, m'acconler Un billet pour voir Janine.
M. de Voltaire y lit cette réponse impromptu :
Oui sait si fort intéresser, Mérite bien qu'on le prévienne ; Oui, parmi nous viens te placer, Nous dirons tous : qu'il y revienne.
11 conduisit en eiret le jeune homme à la comédie, et le présenta au roi, qui les retint tous deux ce soir même à son souper. M. de Voltaire ([uitta Berlin peu de temps après. M. Mingard, ayant dans la suite négligé le soin de sa fortune pour des objets frivoles, tomba dans la disgrâce de sa famille, et, par une suite de catastrophes sinistres, s'est trouvé trèsmalheureux. Réfugié à Paris et sans ressources, il s'adressa à un homme île lettres qu'il engagea a écrire en sa faveur à M. de Voltaire. L'homme de lettres le recommanda en eftét, en rappelant à M. de Voltaire l'anecdote de Berlin. Celui-ci répondit par une lettre assez laconicpie et un peu vague. Mais quelques semaines après, M. Mingard reçut avec surprise des secours de la part de sa famille, accompagnés d'une lettre pleine de tendresse, et crut ne devoir qu'à M. de Voltaire cet heureux changement, (jui semblait renouveler pour lui la réconciliation de l'enfant prodigue. Ce trait de bienfaisance, quoiqu'un peu ancien, n'a guère été connu jusqu'ici. — {Ibid., t. V., p. 28, du 5 décembre 1769.)