‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 79 sur 122 · VOLTAIRE PROTECTEUR DE MALLET DU PAN · texte numérisé non relu

VOLTAIRE PROTECTEUR DE MALLET DU PAN

... La jeunesse lui est i)articuliérement sympathique; il est heureux de rencontrer dans une intelligence encore tâton-

1 Damilaville, l'un des plus dévoués amis de Voltaire ; mort le 13 décembre 1768. (R. d'A.)

2 Voltaire, Œuvres complètes (Beuchol), t. LXVI, p. 04. Lettre de Voltaire à d'Alembert. (Notes de l'auteur.)

3 Publieiste (1749-1800). Il continua les Annales politiques de Linguet, publia de 1779 à 1782, des Mémoires politiques et littéraires sur Vélat de l'Europe, vint à Paris et redii;ea, de 1783 à 1788, le Journal historique et politique de Genève, qui fut ensuite réuni au Mercure de France. En 1792, la Cour le chargea d'une mission secrète auprès des souverains coalisés contre la France. En 1799, il passa en Angleterre où il publia le Mercure britannique. On a de lui des Mémoires et correspondances, etc. qui ont ete publiés par M. Sayous. Paris. 18GI. 2 vol. in-8^ (R. d'A.)

liante des facultés brillâmes que le temps et l'étude déveloi)peroiit ; et, s'il peut lui venir en aide, il ne s'y épargnera point. Un jeune homme de vingt ans, d'une ancienne famille genevoise, le fils d'un honnête pasteur aimé et vénéré de son troupeau, qui annonçait de grands talents et de rares facultés d'écrivain et même de polémiste, s'était précipité dans la mêlée avec la fougue un peu irréfléchie et l'excès de son âge; il s'était courageusement constitué le champion d'une cause qu'il était peu habile à défendre, celle des natifs, et la brochure avait obtenu les honneurs du bûcher, ni plus ni moins (|ue V Emile et le Dictionnaire philosophique \ C'était tout ce (|u'il en fallait pour être reçu, choyé, reconforté à Ferney; et lors(|ue l'occasion s'en présentera, le patriarche le recommandera avec toute la chaleur d'une réelle amitié, insistant sur sa valeur, et se portant le garant de sa personne comme de sa science. Ainsi épaulé, ainsi appuyé, Mallet du Pan, car c'était lui, après avoir passé plusieurs années auprès du poète, parlait pour Cassel, où il fut accueilli avec toute la considération que lui méritait un tel patron, par le landgrave de Hesse Frédéric, dans les premiers jours de l'année 1772. — Gustave Desnoikkstkukes. Voltaire et la société au AT///' siècle. Voltaire et Genève. (Paris, Didier cl 0'% 4870.)

1 Savons, Mémoires et correspondances de Mallet du Pan (Paris, Aiuyoi, 1851), t. I, p. 10, 17.— « Ce fut, nous est-il dit, ii la pressante recommandation de madame Piolet qu'il plaça ciiez le landgrave de Hesse Maticl du Pan, très-jcunc encore et qui comincn(:a ainsi sa carrière. » Ril)liollic(|ue de Genève. Manuscrits. C. ¥d. Relation du séjour de Voltaire en Suisse, par mademoiselle Rosalie de Constant. (iNote de l'auteur.)

a Je prie M. Delaleu, écrivait le poète à son notaire, le 4 mai 1772, de vouloir bien avoir la bonté de i)ayer les frais de chancellerie dans l'affaire du sieur Sirven et de sa famille, qui enfin a été rétablie dans tous ses droits; je lui serai trèsobligé... » Il disait à M. Bacon, le 13 avril suivant: a S'il faut encore de l'argent, on donnera tout ce qu'il faudra, v Cabinet de M. Feuillet de Couches, Leltres inédiles de Voltaire à. M. Bacon, substitut du procureur générai— Cité par M. Gustave Desnoirestehues, p. 400 de Voltaire et Genève.

l.a duchesse de Saxe-Golha voulut lui payer mille louis les Annales de VEmpire, ouvrage qu'il avait entrepris à la prière de celte duchesse : a Faut-il qim la petite-fille d'Ernest-le- Pieu?v, répondit-il, veuille, par sa générosité, me faire tomber dans le péché de simonie? » Il n'accepta qu'un portrait et se plaignit même des ornements ajoutés à un objet par lui-même si précieux. — Evariste Bavoux, Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Golha, 10 février, 10 mars et 30 juillet 1754.)

Voltaire était bon et bienfaisant... Rien n'a été moins fondé que le reproche d'avarice que l'on fait à ce grand homme. . . L'avare amasse, ne jouit pas et meurt en thésaurisant. Voltaire avait l'art de jouir et d'augmenter sa fortune. La lésinerie n'eut jamais accès dans ^a maison : je n'ai jamais connu d'honnne que ses domestiiiues pussent voler plus facilement. Est-ce là un avare? Je le répète, il n'était avare (jue de son temps. — CoLLiNi ', Mon séjour auprès de Voltaire. (Paris, 1809), p. 182-183.

1 II fut, on le sait déjà, secrétaire de Voltaire, de 175-2 à 1756.

\ VOLTAIRE EST DUE LA GLOIRE DE LA PRATIQUE DE l'inoculation en FRANCE.

Pendant son séjour à Constantinople, où son mari était ambassadeur dès 1716, lady Worlley Montagne eut occasion d'être témoin par ses propres yeux de l'extension que prenait cette pratique en Turquie, et de recueillir les témoignages des Circassiens sur l'infaillibilité du procédé de l'inoculation. Elle écrivait à Londres dans une lettre datée d'Andrinople, lettre qui est la 31'' de son recueil : « J'écrirais bien à nos médecins de Londres, ajoutait-elle, si je les croyais assez généreux pour sacrifier leur intérêt particulier à celui de l'immanité ; mais je craindrais, au contraire, de m'exposer à leur ressentiment, qui est dangereux, si j'entreprenais de leur enlever le revenu qu'ils tirent de la petite vérole. » Ce qu'elle craignait d'écrire, elle osa le pratiquer dès son retour à Londres, qui eut lieu en 1719. Milady se mit dès lors à faire de la médecine d'autant plus morale qu'elle était plus illégale; elle dénicha pour sa garantie le docteur Mead, qui la seconda et y trouva amplement son compte, pendant que tous les autres crétins de marchands de santé boudaient contre leur vente en boudant contre l'humanité.

Et ils boudèrent longtemps; car la découverte ne se lit jour en France que trente ans plus lard ; et c'est à Voltaire (|u'en revint la gloire'. Les médecins français se refusant à cette innovation. Voltaire \)nl le docteur Tronchin, de Genève, pour

< Voyez Revue complémentaire des sciences. livr. de jiiillot 1850, i. j p. 379. (Note de l'iiiiU'iir.)

son docteur Mead; et la foule du grand monde donna l'exemple au peuple, en allant se faire inoculer à Genève '.

Mais ce fut alors le tour du crétinisme sacerdotal à prêter les mains au crétinisme médical : comment l'inoculation pouvait-elle n'être pas une œuvre maudite de Dieu et funeste aux hommes, puisque M. de Voltaire la patronnait? On la maudissait donc dés lors du haut de toutes les chaires profanes et sacrées; mais sans s'en inijuiéter davantage, l'inoculation répondait aux anaihèmes de ces deux sortes de fanatisme par des succès qui sont la voix de Dieu. — F.-V. Raspail. Histoire naturelle de la santé et de la maladie chez les végétaux et chez les animaux en général. El en particulier chez l'Homme. (Paris 1800), t. III.

MliDAILLE FliAPPEE EN L HONNEUR HE VOLTAIRE.

La France semble le pays de l'Europe (jui rende le moins de de justice au grand poète qui fait aujourd'hui l'honneur de notre patrie et de son siècle. Tandis ciue, sans être exilé, il semble dans une sorte de proscription, dans un éloignement injurieux ciue ses ennemis lui reprochent, les étrangers s'empressent de lui rendre hommage et de le couronner de gloire. Les souverains le comblent de leurs bienfaits et lui consacrent des monuments durables de leur estime et de leur vénération. On vient de frapper en son honneur, dans les États de l'électeur Palatin ^, une très-belle médaille, comme au

' Coirespondaiice do Voltaire. Lottro du 12 avril \lôCi. (Note de l'auteur.)

2 Charles-Thcncoit' u est un ne.-- [Miuies sou\erain> (|iii mil {<^\i]n\'^w a Voltaire le plus d'attachement. (R. d'A.)

génie qui ôie aux nations le bandeau de Verreur, Il est inutile d'ajouter combien la superstition et le fanatisme s'élèvent contre le titre auguste que lui défèrent de concert la raison, la philosophie et l'humanité. — {Mémoires secrets, dits de Bachaitmont ; t. XIX, p. 82, du 7 juin 1769.)

INGRATITUDE DES COMÉDIENS QUI JOUÈRENT DANS SémiramiS ', ENVERS VOLTAIRE.

Pour un conseil qu'un poète est toujours en droit de donner à qui se charge de l'interpréter, Sarrazin lui avait répondu avec la dernière insolence. Quatre ou cinq comédiens, peu satisfaits de leur rôle, lui refusaient le salut. La Noue, qui avait joué avec tant de zèle Mahomet, à Lille, ne se gênait pas de dire le plus de mal de Sémiramis. « En un mot, je n'ai essuyé d'eux que de l'ingratitude et de l'insolence. Permettez, je vous en prie, que je ne sacrifie rien de mes droits pour des gens qui ne m'en sauraient aucun gré, et qui en sont indignes de toutes façons-, b II ressort de là ce qu'on savait déjà, qu'à moins de mécontentement, A'oltaire abandonnait ses droits d'auteur aux comédiens, comme les bénéfices (jui pouvaient lui revenir de ses livres aux libraires et aux gens de lettres nécessiteux. Et s'il tient à faire sentir qu'il est blessé, l'argent passera celte fois encore en petits cadeaux à l'adresse de mesdemoiselles Dumcsnil et Clairon, et de l'acteur Grandval. — Gustave Desnoiresterres, Voltaire à la cour (Paris, Didier et G", 1871.)

1 Jouée le 29 août 1748. (R. dA.)

2 Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot). t. LV, p. 201. Lettre de Voltaire a d'Argental ; à la Malgraiige, le 4 octobre 1748. (Note de l'auteur).

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