CHAPITRE SEPTIÊIE
I du Priice peodant les él6eti<»s.-^n prender Ministère.— Portrait de M. CbaQgamier. ^ Ce que devait faire Fiasemblée après le 20 déceiobre. — Première lutte du Prince. ~ Las deox partis républicains se ligoeiil contre lui.«-La proposition BalesiL— On demande la dissolntion de PAssemUée. -* Résistance des parfis hostiles.— Politique de la minorité de l'Assemblée Constitoante. — Pourquoi cette Assemblée refusait-elle de mourir 7 — Le 19 janirier.— Les clubs et les gardes mobiles.— But du complot.— Mesures prlsespcr M. Bébillot.— L'émeute recule.— L'expédition de Momet ses notili.— L'Asseaablée Papprouy e par le yole d'un crédit. ^Débot de Texpédition.— Les Français sont d'abord repoussés.— L'Assemblée biâme le Ministère.— Lettre du Prince au général en cbef de l'expédition. — M. Ledru-Rollin et ses succès électoraux. — Le iS juin.— Manifestation iMiet/lfus du Gbâtean-d'Baa, el dictature êa Conservatoire.— Proclamation du Prince.— M. Gbaogamier conteille un eoup d'État an Président de la République. — Deuxième Intte du Prince.— Les élections à l'Assemblée légl^tive du 13 mai 1849. — Les partis royalistes drconviennent le Prince^— Le comité 4e la me de Pioitlers.^LettrBde Louis-Nspoléon au si^et des électlons.- La nouvelle Assemblée.— M. DuHuire rentre au Ministère.— Message de Louis-Napoléon à l'Assemblée.— Prise de Rome.— Les abus du gouvernement romain. — Lettre du Prince à M. Edgard Mey.— La poUtIqne du cabinet Barrol-Daftuire. — Les tarnits de Inaloii des deux branches. — Le Ministère n'ose pas avouer la lettre à M. Edgard ney. — MM. Ferdinand Barrot et Persigny chargés des négociations pour la formation d'un nouveau cabinet — Message ûm Si oetobre, et ehangemenl de Ministère.
Ce n'est pas, nous devons le répéter, un procèft-yerbal d'ae^ tes législatifs ou autres que nous voulons id dresser. Les bornesdecet ouvragenenouspermettraientpasderaconter un à un tous les faits de l'histoire de cqs quatre dernières années. ITons nous attacherons surtout à rechercher le caractère général des choses, à saisir l'écrit des événements.
Nous avons dit, dans le chapitre précédent, ce que signifiait, pour les yeux les moins clairvoyants, l'élection du 10 décembre. Assurément, si le Prince eût voulu, le 20 du même mois, rappeler le pays dans les comices et l'interroger sur la forme du gouvemoment, s'il lui avait dit : « Je ne puis rem- « pUr mon mandat avec les institutions nouvelles , avec la « Constitution que vient de faire l'Assemblée; » si, enfin, il lui eût tenu le langage qu'il a parlé plus tard, nul doute que la France lui eût laissé pleine et entière liberté d'action, et qu'elle lui eût répondu à cette époque comme elle a fait le 20 décembre 1861 : « Vous seul avez notre confiance ; agisse» c comme vous l'entendrez. »
£h bien 1 est-ce là ce que fit Louis-Napoléon? Pendant qu'on dépouillait dans les bureaux de l'Assemblée les procès^verbaux relatifs aux opérations électorales, il avait quitté son appartement de la place Vendôme; refusant tout prétexte aux agitations, il s'était dérobé même aux légitimes ovations qui épiaient son passage dans les rues de Paris ; il était allé partager, pendant ces jours de fièvre et d'exaltation, le domlcUe de son ami, de son parent, M. le comte Gary.
Et maintenant, quel est le Ministère qu'il choisit? Il n'appelle pas, il est vrai, dans ses conseils ces républicains de la veille qui s'étaient déclarés ses ennemis; mais cboisit-il des hommes hostiles à l'Assemblée ? Non, il met à la tète du cabinet un honnête homme, républicain du lendemain, uo homme dont la loyauté et le libéralisme éprouvés devaient inspirer pleine confiance à la rq)résentation nationale, un Représentant qui , dans la question de la présidence, ne s'était pas même prononcé en faveur de Louis-Napoléon et avait cru devoir rester neutre, — M. Odilon Barrot.
Certes, c'était faire preuve de modération.
Voici quels étaient les Ministres : M. Odilon Barrot, garde des sceaux et président du conseil, MM. Léon de Maleville à l'intérieur, Drouyn de Lhuys aux affaires étrangères, généra
— <89 — RnQiëre à la guerre, de Tracy à la marine, Passy aux finances, Léon Faucher aux travaux publics, de Falloux àTinstruction publique, Bixio à Tagijculture et au commerce. — Quelques jours après son entrée en fonctions, le cabinet se modifiait de la manière suivante : M. Léon Faucher remplaçait à rintérieur M. de Maleville ; M. Lacrosse succédait à M. Faucher, et M. Buffet devenait ministre de l'agriculture et du com. merce.
Le même jour où ce cabinet s'emparait des affaires, M. Cbangamier était investi du double commandement de la garde nationale et des troupes de la première division militant.
Un mot sur M. Changamier : cet honorable général a fait beaucoup de bruit; il a été pour le pays, pendant deux ans, une énigme vivante; en regardant cette figure impénétrable, en écoutant cette figure froide et discrète, chacun, pendant deux ans, s'est demandé : Que pense donc cet homme ? Est-ce un bonapartiste, est-ce un orléaniste, est-ce un légitimiste? » Le problème n'a été résolu à demi qu'en janvier 1851. Nous démontrerons, dans le cours de ce récit, que M. Changamier a été tout-à-fait bonapartiste jusqu'à la loi du suffrage restreint. L'était-0 par raison, par sentiment, ou par calcul? peu nous importe. Quant à ce qu'il est devenu depuis lors, nous l'ignorons, et nous présumons fort qu'il n'en sait rien lui-même. Cependant nous penchons à croire qu'il ne songeait sérieusement à la restauration d'aucune des deux dynasties bourboniennes : enivré par l'encens que lui prodiguaient les partis, ce Narcisse mihfaire avait fini par s'adorer et par rêver à son profit une de ces dictatures qui surgissent toujours du sein des crises sociales. Cela peut paraître plaisant, mais n'en est pas moins vrai. Ce général, fort distingué sans doute, mais trop infatué de l'importance qu'on lui donnait, ne songeait à rien moins qu'à implanter dans le sol de la France une quatrième dynastie, h sienne.
Mais reprenons notre rédU
Qu'aurait dû faire l'Assemblée en présence du pouvoir né des élections du 10 décembre ?
Elle devait reconnaître que toute harmonie était devenue impossible entre elle et lui ; elle devait se souvenir de tout ce qu'elle avait tenté, de toutes les démarches personnelles et collectives que ses membres avaient faites pour la candidature de M. Cavaignac. Elle devait comprendre que le pays avait prononcé son su'rôt de mort, en repoussant son protégé. Son devoir était donc d'accepter la sentence et de se dissoudns. C'est ce que lui conseillaient la raison et le vrai patriotisme; mais le monde politique écoute-t-il ces motifs-là !
Louis-Napoléon, avant d'af&rmir son autorité, avait deux luttes à soutenir : l'une aveo les partis républicaâiSi l'autra avec les partis royalistes.
Dans la première, le Prince eut M. Thiers pour auxiliaire. Dans la seconde, ce même M. Thiers prit pour ses alliés contre le Prince ces mêmes partis républicains qu'il avait si vaillamment combattus.
Étrange moralité ! M. Thiers se servant d'un de ses ennemis pour vaincre l'autre, et puis allant demander au vaincu des armes contre le vainqueur!
Racontons d'abord la première de ces luttes.
Elle eut deux phases. D'abord on essaya de passionner les esprits contre la proposition Râteau, puis contre l'expédition de Rome.
La proposition Râteau avait pour but de faire fixer par FAbsemblée un terme à sa durée. L'Assemblée s'indigna de cette proposition, et, sous prétexte que la République était en danger, alors que personne ne la menaçait, elle répondit qu'elle entendait faire les lois organiques, c'est-^nlire prolonger indéilnlment son existence.
Mous avons vu, dans le chapitre précédent, que les républicains modérés, sous la dictature du général Cavaignac,
tfOBHNiaTeelMmaatagiiinlBet «^étaieiit imés à < taijift bommes des partis dynastiques; la {Kroposition Bateam «t pour etbt de diBiigsr cet état de choses, et de placer 8008 le même étendard tons les répiAlicains de la Tsllle, cem du drapeau nwigs conune ceux du drapeau tricolore.
Tiras crièrent à la tiolenee morale.
Jamais les ^îees de cette Censtihition, q[ui M permettait pas au Présfdent d'en appeler d'une Assemblée hostile, au pays tout entier, jamds ces tices n*éclalàrent mieux que dans la ctreonstanee dont nous parlons.
Non-seulement les républicains de la ireille déclinaient k irordict du pays et refusaient d'aller ri^eunir leur mandat dans les collèges électoraux ; mais quelques-uns d'entre eus voulaient contraindre le nouveau Président & recevoir un ca* binet de leur main.
Le Préàdmi tint bon et garda ses ministres.
Cependant ropinion s'était émue ; des milliers de pétitions venaient processtonneUement chaque jour à la tribune demander la dissolution de rAssemblée.
CitoDS une de ces pétitions, celle du département de la Seine ; elle est remarquable par la modération du langage, et on y rend un légitime hommage aux senices précédemment renduspar l'ABsentUée.