‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 11 sur 62 · LES ÉLECTEURS DE LA SEINE · texte numérisé non relu

LES ÉLECTEURS DE LA SEINE

A USSiaOBS us VEMmU DB L'aSSBHSiSB MATIOBALS*

• Messieurs les Représentants

« Lesservieesrenduspar l'As8end>lée Nationale, au milieu « des orages que les événements de février avaient dédiatnés m surlaFnuiûe,sontincontostabie8.

t Vous aves proclamé et fait prévaloir la souveraineté na* • tionale ; vous aves rétabli l'ordre matériel ; vous aves donné

i un chef à rÉtat ; vous avez vaincu les mauvaisee passions : • la patrie vous doit et vous conservera sa reconnaissance.

« Mais cette patrie que vous aimez et qui a tant besoin de « Tamour désintéressé de tous ses enfants, réclame de vous « un dernier service, une preuve éclatante de respect pour sa « souveraineté, pour les grands principes que vous-mêmes « avez proclamés : c'est d'abandonner un pouvoir vieilli, con- « testé, né de circonstances qui ont disparu pour toujours.

« Ce pouvoir, Messieurs, fut le salut du pays ; aii^ourd'hoi i il ne serait plus qu'une menace. Le pays craint de voir sur- « gir un désaccord trop possible, probable même, entre les « deux pouvoirs chargés de ses destinées. Un incident légis- « latif vient tout récemment de redoubler la vivacité de ces « craintes. Le désaccord peut devenir plus profond. Dans ce « cas, que deviendrait l'autorité? Dans ce conflit entre deux « pouvoirs immenses, qu'adviendralt-il? Qui jugerait? Qui « céderait?.

« Arrêtez-vous, Messieurs ; Mes un dernier acte d'abnéga- « tion pour votre chère patrie, épargnez-lui de nouveaux dé- « chirements, et rentrez au milieu de vos concitoyens encore « heureux et reconnaissants de vos services. »

A cette adresse et à d'autres de môme nature, comment répondait l'Assemblée? Elle répondait par des votes de défiance contre le Ministère ; puis tout à coup elle avait peur de sa pro. pre témérité, et accordait des votes de confiance. Elle se montrait tour-à4our violente et irrésolue ; elle se h&tait de défaire le lendemain son œuvre de la veille ; elle prenait exclusivement sur les bancs des républicains d'ancienne date les membres de ses Commissions, les présidents, les secrétaires des bureaux ; elle fatiguait les Ministres d'interpellations inutiles, et dépensait un temps prédeux en taquineries misérables. Tout lui était suspect, hommes et choses. Elle fermait les sources des revenus publics, d'abord le 29 décembre, en réduisant des deux tiers l'impôt sur le sel à partir du l«r janvier 1849 ; puis.

le 18 mai 1849, en abolissant, à dater de Tannée 1850, un impôt de cent millions, l'impôt des boissons. Elle désorganisait les services de l'État par des économies mal entendues. Elle votait Veipédition de Rome, et infligeait ensuite une sorte debl&me au cabinet qui n'avait fait qu'exécuter sa volonté. Enfin, par ses colères et ses pusillanimités, l'Assemblée montrait tous les jours que son énergie n'étail pas au niveau de ses malveillances; et, à partir du 20 décembre, on peut dire, sans injustice, que la d^nité hii manqua également soit pour vivre^ êoitpour mourir.

Ce n'est qu'après deux mois d'incertitudes et de tergiversations, que l'Assemblée adopta la proposition Râteau, qui réduisait à trois le nombre des lois organiques à faire avant la dissolution. Ces trois lois étaient : la loi électorale, celle sur le conseil d'État, et celle sur la responsabilité des agents du pouvoir exécutif. Cette dernière ne fut pas ftiite.

Rendons justice à qui de droit: c'est M. Odîlon Barrot surtout qui, par sa patiente fermeté, eut le mérite de dompter ce monstre aux neuf cents têtes, qui tantôt menaçait et rugissait, apprêtant ses dents et ses griffes, tantôt s'apprivoisait et ae calmait sous une main courageuse et habile.

Pourquoi n'est-ce qu'à la dernière extrémité que l'Assembtée, vaincoeparla clameur publique, se résigna à sa retraite? Etait-ce, comme on le disait, l'intérêt du pays qui préoccupait l'opposition? Non, il fout bien le reconnaître, c'était à un mobile moins généreux, moins noble, qu'obéissaient en général les membres de cette Assemblée.

Les républicains de la veille pressentaient que les élections letures ne leur seraient pas fovorables. Les plus ambitieux parmi les modérés, ceux qui pouvaient prétendre à un portefeuille, prévoyaient que, s'ils n'étaient pas ministres avant la convocation de la prochaine législature, ils ne le deviendraient jamais. Les autres, plus humbles dans leurs prélcntîoos, craignaient de ne pas être réélus, et repoussaient la

propoeitionRateaupour proloogerle ptaisposaade leurmaBdit et ses bénéfices.

Cette proposition Bateau Ait le prétexte d'une Journée qui est devenue historique, et qui,, par les conséquences qu'elle aurait pu avoir^ est trop importante.pour que nous puission» ]a passer sous silence. C'est la journée du 29 janvier.

Quelques détails à cet égard.

Le 37 janvier, M. Ledru-Rollin étoit montée la tribooe pour déposer un acte d'accusation contre le cabinet Barret, lequel venait de présenter une loi sur les dubs, eootraiie» suivant HL Ledru-Rollin, aux prescrirons delà ConstitutîoD.

Tandis qu'on enflammait ainsi les passions parlementaiNB, tantôt au nom de l'existence même de T Assemblée, tantôt lu nom delà Constitution qu'on disait violée, voici ce qui se pensait au dehors, & Paris et ailleurs*

Des journaux appartenant auj[»arti montagnard ou aux diverses sectes socialistes, attaquaient, tous les jours avec une violence croissante, non-seulement le cabinet, mais encon Louis-Napoléon lui-même. Ces feuilles ne parlaient de tm moins que de faire traduire l'élu du 10 décembre à la barr* de l'Assemblée, et demandaient insolemment sadestitutioD.

D'un autre côté, les clubs anarchtques, qui, depuis le décret du 28 juillet 1848, s'étaient tranformés en comités deotoraux, afin de soustraire leurs opérations à lasurveiUaooede la police, restaient toi^ours ouverts, et n'avaient rien perdu de leur première virulence. Ces clubs correspondaient avec ceux des départements. Une société démagogique, dite société de la Solidarité Républicaine, étendant ses réseaux sur toute la province, reliait en un seul faisceau œe éléments épars de troubles et de guerre civile.

Sur la fin de janvier, tout était prêt pour une exjdosioo. On n'attendait qu'une occasion fevodrable. Celte occasion se présenta.

Du arrêté du 25 de ce mois avait décrété la réorganisation

de la garde mobile eilaréduetioiides cadres de ce corps. On «enta d'eiiploîter l'iif italien que devait causer cette meeuie dieft qoelques-ons de ceui qui en étaient Vi^^

Bans la mal du 88 au 29, les cbefe das agitateurs de Ptt» aacQnaUiaèreBt en pennaneBee, après aToic envoyé le mot d'ordre aux frères et aux amis des déparlemente.

lie 29aamalia,on devait descendre dans la me, dissoutes rAssemidée, emposonoer Louis-Ni^oléoa et sa famille, établironcomUéde sakit public, licencier la garde nationale, proclamer le droit au travail, substituer le drapeau rouge au drapeau (ricoloie, et confisquer teut à la fois la liberté et la fortune de tous les citoyens suspects» c'est-à-dire peu sympathiques à la République sociale.

Jamais insurrection ne s'organisa sur ime plus vaste échelle et avec des projets plus subversift. Mais d'habiles mesures préventives prises par M. Rébillot, akN» préfet de police, et instruit de ce qui se passait, déjouèrent cet immense complot.

Pendant la nuit qui précéda le 29, AL RébiUot faisait arrêter les principaux membres du comité central de la Solidarité fépahUcaine, MBI. Raune, d'Alton-Shée, Greppo, DdesdJize, etc., etc. ; et,, le 29 au matin, les portes de la Conciergerie s'ouTralent devant un autre chef des insurgés, le CQjnnel de la 6« légion de la garde nationale, M. Forestier.

Le 29, cependant, Témeute se présenta, mais privée de ses chefô ; elle recula aussitôt épouvantée devant deux faits inattendus : d'abord l'indifiérence publique, qui, en l'isolant, lui garantissait une défiu'te ; ensuite, devant le formidable déploiement de forces mih'taires préparé dans la nuit par le général Changaruier (1).

(f ) Au nioment où rinsurrection avortait dans la me, elle en faisait autant à V Assemblée f où une trame avait été ourdie entre le présideiit, M Marrast, et le bureau.

Voici quel était le prétexte de cette trame.

Le Palais Législatif avait été, dès le matin, comme les autres points importants de Paiis, entouré de troupes nomiureuses. M* Macrast et

Pendant que Témeute rétrogradait dans Paris, des troubles éclataient à Dyon, à Strasbourg. Des perquisitions, des saisies s'opéraient à Marseille, à Lyon, à Màcon, à Chalonsur-Saône, à Limoges, à Troyes. La simultanéité de tous ces mouvements, ici tentés, là prêts à s'accomplir, attestait une impulsion commune qui partait de Paris.

La Montagne se consola de son échec en jouant une comédie ; elle aCDrma que le Gouvernement avait voulu la pro^ quer, et dénonça de prétendus projets de coup d'État ; elle se délivra un brevet de modération et de sagesse républicaine.

Ce fût là la première p^ode de la guerre faite à l'élu du 10 décembre par les partis républicains.

Le 13 juin fût la deuxième.

La Montagne, vaincue sans combattre sur le terrain de la politique intérieure, essaya de se relever, et voulut prendre une revanche sur le terrain de la politique extérieure.

Nous entendons parier de l'expédition de Rome.

Nous commençons par déclarer que nous n'approuvons pas cette expédition.

Sans doute, nous croyons qu'il était convenable, nécessaire de rétablir sur son trône Pie IX, ce pontife si libéral, si popoi laire, ce cœur si évangéllque ; nous croyons qu'U était opp<v-

ses amis prétendirent qu'on voulait inlimider rA^semblée Natiooalei et lui faire voter, sous Pempire de la contrainte» la propositioQ Râteau, laqueUe n'était pas encore adoptée.

U fut convenu entre ces messieurs que rAssemblée serait par eox ^pelée à déUbérer sur ces faits, etqu'on demanderait à M. Gbangamier compte de sa conduite; que si le général refusait de répondre oa se réfugiait derrière l'autorité du Prince, Louis-Napoléon lui-même serait cité à l'Assemblée, sommé de s'expliquer, et mis en accusation si ou n'était pas satisfait de ses paroles.

Mais M. Odilon Barrot ayant été instruit de ce qui se passait, alla trouver M. Blarrast, et parvint à lui faire comprendre tous les périls qu'allait entraîner ce conflit de pouvoirs.

M. Marrast ne crut pas devoir donner suite aux machinations concertées avec ses amis , machinations dont le but définitif, pour la plupart d'totre eux, était le renversement de Louis-Napoiécm.

tm et urgent de mettre un terme aux indignes excès de cette Biblique romaine qui avait débuté par un assassmat et par it coupables violences exercées sur le chef de la chrétienté.

Sans doute, nous croyons que la papauté est la clef de voûte 4e rèdiflce social. Le pape exerce deux souverainetés : Tune temporelle, l'autre spirituelle. Otez-Iui la première, et il perd la moitié de son prestige en perdant son indépendance ; alors la royauté des Ames échappe de ses mains, et les croyan- «B religieuses, déjà si ébranlées, s'en vont complètement, entraînant avec elles toutes les autres.

Le vénérable Pie IX devait donc être rétabli dans ses droits temporels. Mais était-il nécessaire que la France intervint pour atteindre ce but? Ne pouvait-on abandonner la république romaine à sa propre faiblesse?

Telle ne fût pas l'opinion du Ministère du 20 décembre, qui feima, du reste, d'assez bonnes raisons pour justifier Tintervention de la France.

On se rappelle la position où se trouvait, en ce moment, la Iqiublique romaine, placée entre deux ennemis, d'un côté i armée napolitaine, et de l'autre l'armée autrichienne qui, avoir remporté la victoire de Novarre sur le Piémont, » dirigeait déjà vers l'Italie centrale, et menaçait Parme, Modîne, Florence, Bologne et Rome, t Si nous laissons à FAu-

■ triche le temps d'aUer dans la ville étemelle, disait M. Bar-

■ rot, ce sera là d'abord un dommage pour l'influence fran- « çaise en Italie ; ce sera ensuite le rétablissement de l'abso-

• lutlsme à Rome, comme au temps de Grégoire XVI ; inter-

• venons donc nous-mêmes, pour ne pas laisser rompre

■ réquilibr^ des influence en Italie au profit du cabinet de

■ Tienne, et aussi pour sauvegarder la liberté romaine. » L'Assemblée, convaincue par les arguments du Ministère,

vota, le 10 avril, un crédit de un million 200,000 francs pour rcntretien d*un corps expéditionnaire sur les côtes de l'Italie centrale.

Le9 atril, l'escadre d^np6âitiOB détorqpiaK à a^ritft-Yee^ cUa, et de là se mettait en marche rar Rome. Le général Oudinot, qui la eeifimandait, adrenatt au Êtati Bornai» la prodamatloa Bdhrante :

t BabKatits des ifoals-noimtimt im torps d'année fiwBçaii « eist débaf^ sur^Yotre f(»ritoii«; aon botn'eat pas da toot « d*yex«roer une ialIu6iieeoppra6sii^,Bi de v(ms imposer Qo

• gouvernement qd ne serait pas «conforme à vos vues.O f corps 'fîent seulement toos ppôsenrer de plus granAi

• malheurs, etfaciUter, s'H le peut, rétaÈMsBcmenttfumf t gîme «gaiement «loîgnë ^ abos à Jamais débraite par Hlf lustre Pie IX, etdel'anancMe de ces denawrs tenqis. ir

(Juc prétendait fclw !e généralftançais? il sawH, ^qoiconque connaît l'esprit des populatto» romatoes ne Vigoo^ ra» p«, que la république n'était pas populaire danslaifflle étemelle, ^'eOe avait été imposée à la majorité par une minorité fanatique, appuyée sur une poignée d'aventmiBEi venus de tous les pays de l'Europe. Lo général Oudinot demandait que le peupk romain fût consulté sur la forme de son gouteniement, c'est^-dire qu'on le laissât <di>éir Ubiemeot à ses sympathies et rappeler Pie UL

Hais ce n'était pas là le comple de l'Assemblée oonstUosate romaine, qui, refusant de laisser périr sw ouvrage, la république, répondit à fat proclamation d^iessus par le décret nivanl : « L'Assemblée, après une discussion mûre et raisonafe, « a résolu, à l'unanimité, de sauver la RépubBqoo, et ds ir i pousser hi force par la force. »

Cette rérfstance de l'AssenAlée mnaifie an désir exponé par le généra Oudinot d'occuper parifiquemeat Rame, d»wii aboutir à la guerre.

La guerre eut lieu, et commença par des rerars pour les armes ftTOçaises. Notre attaque du 30 avril fût repouaséSi elk général Oudinot perdit 900 hommes, coopta 300 blessés et 365 prisonniers.

ObM'VVP^Ub joditt ctafflieurs oolte dtfafte fit pousser à roppoflitioD de rAssemblée CkumtituaDte fkvnçaise. L'Assem- HKcratdefoir inffiger mk bUme an Ministère et désavouer nos soldats. *

Pendant tpeknp-ésniatkm nationale comprenatt si pea ses devoirs et montrait cette indifférence pour l'honneur de BO0 annes rt de notre dnqieau, Loui»^Napoléon écrivait à H. podîBot una lettre j/Moê de sympathie pour les troupes éa Teipécfition.

roki cette lettre:

i Mon cher général,

« La DDuvdle tâégr^iqne qui annonce la résistance f tBBttendoe qne voœ aves rencontrée sous les muis de

• Bome^ in*a vivement petaié. J'eq>érai8, vous le savez, que

• les habitants de Rome, ouvrant les yeux à l'évidence, re-

• cevraient avec en^preaBement une armée qui venait accom

• pUr cfaex eux une mission bienveillante et désintéressée, t II en a été autrement : nos soldats ont été reçus en ennemis, t Notre honneur militaire est engagé. Je ne souffrirai pas ff qa'il reçoive aucune atteinte. Les renforts ne vous manquec root pas. Dites à vos soldats que j'apprécie leur bravoure, i ^le je partage leurs peines, et qu'ils pourront toiyours « compter sur mon appui et ma reconnaissance. •

k \a suite do vote par lequel TAssemblée Nationale blâmait le Ministère, les hostilités flirent momentanément suspendues, et M. de Lesseps ftit envoyé comme ambassadeur extraordiaaire à Rome. Ma» ses négociations n'ayant pas obtenu de pésullot aoœplable, le général Oudinot recevait, le 1«^ Juin, one dépèche télégraphique qui lui intimait Tordre d'entrer de gré ou de force dans la ville étemelle.

Cette rigueor, qui s'adressait au gouvernement dictatorial de M. Mazxini, non an peuple romain, ne pouvait que blesser au cœur la Montagne flpançaise«

Déjà plusieurs fois, dans les mois d'avril et de mai, M. Le' dni-Rollin avait, avec une ftpreté singulière, attaqué, à propos de l'expédition, non-seulement le Ikiinfetère, mais encore le Président de la République •

Ces attaques redoublèrent en juin. Quelques eiplicatiODS sont ici nécessaires.

Les élections de mai 18tô, à TAssemblée Législative, avaient grossi les rangs du parti montagnard. Plusieurs localités s^é> talent laissé séduire par de décevantes illusions, et la républh que exaltée comptait ISâsuflrages dans la nouvelle législatiare.

^I. LedrU'RoUin, personnellement, avait été élu dans cinq départements : sur ce sommet de popularité où le portèrent des votes peu intelligents, le vertige le prit. Il fut ébloui à ce point que, dans les derniers jours de mai, il disait ouvertement, à qui voulait Tentendre : § Dans un mo%$ je $9rai dUiat teur. oufusiUi. »

Il s'imagina qu'un seul mot de sa bouche suffirait pour déchaîner de nouvelles tempêtes, et pour faire revivre ces jours de fièvre chaude qui s'appellent le 29 juillet 1830, le 211 février 1848. L'histoire aurait dû cependant lui apprendre que ce n'est qu'à de longs intervalles que les peuples se précipitent dans les folles aventures pleines de repentir et de mécomptes. Pour recommencer ces fatales épreuves, il faut qu'ils aient eu le temps d'oublier ce qu'elles coûtent.

Le 11 juin, l'orateur favori du parti rouge monta à la tribune pour déclarer que, selon lui, l'artide 5 de la Constitution était audacieusement violé par l'expédition romaine, et, invoquant l'article 110 de cette même Constitution, il ^outa, avec sa véhémence accoutumée : c La Constitution a été violée, « et nous la défendrons partons les moyens possibles, même « par les armes. »

Ce cri de.guerre de l'orateur fût répété par tous les échos de la Montagne, ce qui n'empêcha pas l'Assemblée Nationale de décider que Al. Ledru-RoUin se trompait.

Le surlendemain de ce jour, les Journaux de la démagogie flonnaient le tocsin de Tinsurrection. Us aiBcbaient, en tête de leurs colonnes, deui manifestes incendiaires : le premier, qui portait les signatires de cent Représentants, déclarait le mandat des Ministres et de la majorité de l'Assemblée déchiré par l'expédition ; il appelait aux armes la garde nationale, l'armée, le peiq>le. Le second donnait le signal de l'émeute en termes encore plus violents; le voici :

• Le Président de la République et les Mim'stres sont hors i de la Constitution. — La partie de l'Assemblée qui s'est

• rendue leur complice par son vote, s'est mise hors la Cons-

• titution. La garde nationale se lève, les ateliers se ferment ;

• que nos firères del'armée se souviennent qu'ils sont citoyens, « et que, comme tels, le premier de leurs devoirs est de dé- « tendre la Ck>nstitution.

« Que le peuple entier soit debout 1 •

Raconteron&-nous maintenant les divers incidents de cette burlesque journée ? Montrerons-nous à nos lecteurs cette maniCBstation soit-disant pacifique ? Cette colonne s'avançait du Chàteau-d'Eau, et à travers les boulevards, vers l'Assemblée Législative et FÉlysée, ne rencontrant sur son passage qu'un dédaigneux silence ; et tout-à-coup, au débouché de la rue da la Paix, coupée en deux par le général Changarnîer, suivi de quatre bataillons et de huit escadrons, et refoulée dans les rues voisines des boulevards, se dépouillait alors du masque de légalité qui la couvrait, et poussait dans toute la ville le cri : aux armes!

Pendant que M. Etienne Arago paradait sur les boulevards à la tête de cette manifestation, M. Ledru-Rollîn, entouré de M. Considérant, de deux sergents nouvellement élus à l'Assemblée, MM. Boichot et Rattier, qui ont payé bien cher une célébrité de quelques jours, passait fièrement en revue, dans la cour du Palais-National, deux cents artilleurs environ de la garde nationale paririenne, et une cinquantaine de ces condot-

tien politiques qu'on voittoiyours au service de rameute. Soivi de ce cortège, il se mettait eu marche à deu heures pour k Conservatoire des arts et métiers^où il arrivait pUe^ eOaié^ et tout ému du peu de sympathie qu'il avaitiu enroule sur tm visages de la foule. Arrivé au Consenratoine, il donait û'tmtk voix tremUante l'ordre de construire des harricades; mab i peine ébauchées, ces barricades étaient attaquées par des ga^ des nationaux de la 6® légion, et, peu d'instants q>rôs, par m

bataillon du 63« de ligne que comaiandait le colonel d'Alphonse. M. Ledru-RoUin et ses amisfuyaient bientôt devant les baioonettes, et s'échappaient, les uns par des portesdérobées qu'ils enfonçaient, les autres par les murs du jardin du Conservatoire qu'ils escaladaient à k UUe,ou bien par les iMiAties dont ik brisaient les vitres !

Ainsi finit cette journée. Les chefs du parti rouge ivaiem appelé à leur aide la garde nationale, l'armée, kpeupk; et k peuple, l'année, la garde nationale, restèrent sourds, et les laissèrent dans leur isolement : ce fut une défaite morale des plus accablantes. La Montagne, qui jusqu'alors avait &it peur fit pitié ce jour-là, et son échec fut salué en France par un immense édat de rire.

On ne peut pas comprendre conunent un homme du takm de M. Ledru-RoUîn put s'aveugler jusqu'à croire qu'il avait paa^ sionné l'opinion publique enfkveur de la république romaine.

M. Ledru-RoUin avait plus d'éloquence que de bon sens et de connaissance des masses.

Nous verrons plus tard que M. Thîers, frappé du mtae aveuglement, commit une erreur analogue.

Le lendemain, 14 juin, des nouvelles télégn^ques anoon* çaient que Tinsurrection de Paris n'était pas un ftit isolée qu'elle se rattachait à un ensemble formidable qui embrasaaii toute la France. Excepté à Lyon, où le sang couk à grands flots, les tentatives anarchiques avortèrent partout an cria et en attroupements démagogiques*

Toyons nudntemait qndle fut h conduite du Prince dans la Journée dalB.

Pendant que M. Ledra-RéRhi InstaHaft an Gonsenratoira une dictature d'une heure, Louis-Napoléon sortait de TÉlysée, parcourait, ani aedamations de la population, la ligne des boulevards d le Aiubonrg Sdnt-Antoine, et ne rentrait à TÉljsée qu'à sii heures. Tous ceux qui l'entouraient eurent œ jour-là roeea^n d'adnnrer son calme courage. Il était en rentrant s! peu ému, que ce ht en ùtanl son uniforme de général quH fida couramment à M. Mocquart, son secrétaire, en présence de M. Ferdinand Barrot, la belle procltoation que tout Paris trouta le lendemain affidièe sur les murs.

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