‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 12 sur 62 · LE PRÉSIDENT DE LA. RÉPUBUQCE · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT DE LA. RÉPUBUQCE

àM PWQÊtB riâlIÇAtS.

' • Quelques IhcSeux osent encore lever Tétendard de la réc Tolte contre un gouTcrnement légitime, puisqu'il est lepro- • duît du suffrage universel.

1 ns m*accusent d'avoir violé la Constitution, moi qui a, € supporté, depuis rix mois, sans en être ému, leurs injures! « leurs calomnies, leurs provocations.

t La majorité de TAssemblée eDe-même est le but de leurs € outrages.

€ Uaccusation dotit je suis Fobjet n'est qu'un prétexte, el « la preuve, c'est que ceux qui m'attaquent me poursuivaient « déjà avec h même haine, avec la même injustice, alors que € le peuple de Paris me nommait Représentant, et le peupla € de la FVance Président de la République.

c Ce système d'agitation entretient dans le pays le malaise « et la méflance, qui engendrent la misère.

• Il faut qu'il cesse.

• Best temps que les bQD8aeras8urent,etque les méchants € tremblent.

• La République n'a pas d'ennemis plus implacables que • ces hommes qui , perpétuant le désordre , nous forcent à « changer la France en un camp, nos idées d'amélioration et i de progrès en préparatifs de lutte et de défense.

« Elu par la nation, la cause que je défends est la vôtre. « C'est celle de vos familles, de vos propriétés, celle du paui vre comme du riche, celle de la civilisation tout entière.

« Je ne reculerai devant rien pour la faire triompher. »

Maintenant , avant de baisser le rideau sur cette tragi-comédie du 13 juin, il nous reste un détail à porter à la connaissance de nos lecteurs. Le fait que nous allons leur raconter suffira pour leur faire apprécier la moralité du rôle joué plus tard par M. Changarnier, lors de la ligue royaliste contre la réélection du Prince.

Déjà, au mois de mai, M. Changarnier avait prouvé son peu de déférence pour les majorités législatives, qu'il prit ensuite sous sa protection, et son mépris pour le décret de l'Assemblée Constituante relatif au droit de réquisition des troupes, à ce droit dont, en 1851, il fut un des plus ardents défenseurs. Nous voulons ici parler de l'ordre qu'il donna, en mai 18^9, au général Forest, de ne pas obéir aux iiyonctions du président Marrast.

Mais, à la suite de l'échauffourée du 13 juin, le général voulutprouver au Prince son dévouement d'une manière bien plus éclatante ; car, en présence de M. Odilon Barrot, il lui disait : i Prince, voilà le moment opportun ; saisissez-le : flnissez«en i avec la République, et proclamez la dictature (1). •

Le Prince repoussa ce conseil, comme il avait , huit mois auparavant, repoussé celui de M. Thiers sur le manifeste adressé àla France électorale. Il croyait à la loyauté des partis royalistes, et il lui répugnait encore de devoir à des mesures

(1) Du reste, MM. îhierSi Mole» (Siangamier et d'autres poossaleot le Prince à l'Empire. Dans la nuit du 28 au 29, ces messieurs vim^ot trouver M. Barrot à cet effet.

extrêmes un pouvoir qu'il pensait obtenir par les moyens légaux , et voulait mériter en donnant des gages à la cause de l'ordre, en raffermissant sur ses bases la société encore tout ébranlée des suites de la grande commotion de février.

Id se termine la première lutte, celle que le Prince soutint d'accord avec les partis royalistes, contre les républicains de là veille.

La seconde va bientôt commencer , d^abord sournoise , hypocrite, masquée, puis se montrant à découvert et s'afBchant avec audace.

Constatons une chose dès ce moment. Dans cette seconde campagne contre l'élu du 10 décembre, les républicains de la veille se montrèkni au moins conséquents avec leur passé fidèles à leurs vieilles antipathies. Mais on ne peut en dire autant des partis royalistes, qui, se montrant aussi ingrats qu'inconséquents, après avoir, avec l'aide du Prince, battu partout les républicains de la veille, aux élections à l'Assemblée Législative, et dans la rue , le 29 janvier et le 13 juin, abandonnèrent tout-àH^up le loyal et habile général qui les avait conduits à la victoire.

Cette désertion des partis dynastiques sera dans Favenir une des pages les plus honteuses de leur histoire.

La nouvelle série de faits que nous avons à dérouler, nous force à retourner un instant sur nos pas.

Nous avons vu que l'Assemblée Constituante, obéissant en fin au cri de l'opinion publique, s'était résignée à la mort en votant la proposition Râteau amendée par M. Lanjuinais. Des élections allaient donc avoir lieu, et il importait, avant tout, de fermer les portes de l'Assemblée future à ces républicains de toutes les nuances qui avaient été si hostiles au Prince. Tout gouvernement, en eflfet, si respectueux qu'il puisse être pour la sincérité et l'indépendance des élections, a le droit et môme le devoir d'user de ses légitimes influences , et d'éclairer les votes des électeuss.

Telle était la situation aux mois d'avil et de mai iSM.

Les partis royalistes eipk^itèreBt cette ailoatioft^ik drean- Tinrent Louis-Napoléon, et essayèreit de te coomncre 411% étaient ses meilleurs amis, et que t'était i km eaadidatiirw qu'il devait accorder son appuL Ils dissieBl bsutemeiii alors qu'il n'y avait que lui de possible^ qa'il eût été abameda da songer à une des deux dynasties bourboniennes.

Louis-Napoléon, voyait avet raissB en esx les vMtaftles représentants des principes sociaux, accepta Jmt eoncoQr& : avant tout, il fallait alors rasseoir le pays, ramener Foi^ie ÔB^ les écrits et dansles Ms matériels; ces partis pouvaient être des ouvriers utiles pour raccomidisaaDant de cette ceufre, et le Prince pensa d'ailleurs que si, d'amis, i%wienaiiiit i se iiû^ ennemis,* k Fïanœ serait tûi](Joura là pour BMitre du» le balance sa volonté toutes uissante et Caire eirtfludre se grande voix (1).

Louis-Napoléon montra dans cette circonstance une tdle abnégation, que nous connaissons des coUâg^ électoraux ou il sacrifia des amis personnels, des candidaki boDapertfetas, aux candidats de M. Thiers et de M. Berryer.

C'est dans ces coqlonctures qjuya se &rma le comité électoral de la rue de Poitiers.

Du reste, Louis-Napoléon ne s'encfaalndt pas aux partis dont il acceptait le concours. Il se refiisa même àuserde l'iofluence du Gouvernement pour exclure de l'Assemblée future les hommes de conscience, vraiment amis de leur pays , queUe que fût leur religion politique. Voici une lettre publiée, le Ifi avril 1849, dans le Mémorial Borâdaii^ r^étée ensuite par les journaux de Paris, et qui prou^w qu'il avait réservé son in-

(1) M. Abbatucci combattit cette idée delseréalkmdaeoiirité delà rae de Poitiers ;U disait au Prince: ils veulent preodie votre drapeau pour vaincre, et, après la victoire, ils se tourneront contre vous. M. Abbatucci, sur les Instances du Prince, entra au comité, puisU en sortit quelques jours après, quaod U connut le maiÉMsâa ce comilé.

d<fieiid«ics, et qall notait qs'oii bol, le rapprochement, la rtcanraiatiep de Iom les aarieDB partie. Cette leitroélail aAranée i un dee coueiiie do Piinee^ Na-

« BiaéeKatioail^leiaaiiiliaieL

• Mon cher coueiii,

f Oftprétmd qififeii passage à Bordeaux, tu as tenu un kngege propre à jeter la division parmi les personnes les iriem intentieniiées. Ta aurais dit que, dominé par les chel^ di eseofement réactionnaire, je ne suivais pas librement mes inqpiraâen; qu'impatient du joug, j'étais prêt à le seeouer, et que pour me venir en aide, fl Mait, aux élections prodMdnes, envoyer à la Chambre des hommes hostiles à mon Gouvernement, plutôt que des hommes du parti modère.

f Une8endHa])Iehnputationdetapartadro{tdem'étonner. Ta me connais assez pour savoir que je ne subirai jamais rascendant de qd que ce soit, et que je m'efforcerai sans cesse de gouverner dans Tintérét des masses, et non dans Ilntérét d'un parti J'honore les hcmunes qui, par leur capacité et leur expérience, peuvent me donner de bons cou* seils ; mais, ai je reçois journellement les avis les plus opposés,/oMiaiiaB êeuUii0^piuliùm$difna raiumtt de tmm emur.

« Celait à Ud, moins qu'à tout antre, de bllkmer en moi une politique modérée, toi qui désapprouvais mon manifeste, parce qu'il n'avait pas rentière sanction des chefis du parti modéré. Or, oe manifeste, dont je ne me suis pas écarté, demeure rexpreaeion consdeneicmse de mes opinions. Le premter devoir était de rassurer le pays;eh bient depuis quatre mois U se rassure de plus &ï plus. A chaque Jow sa tlMliA^lMéciiitéd'abord, tosiiite lee amélioratioDs,

i Les élections prochaines avanceront, je n'en doute pas, « répoque des réformes possibles, en affermissant la Rq)u- « bUque par Tordre et la modération. Rapprocher tous le$ « anciens partis^ les réunir ^Us réconciUerjtél doit être le but « de nos efforts. C'est la mission attachée au grand nom que « nous portons; elle échouerait s'il servait à diviser et non à « rallier tous les soutiens du Gouvernement « • . . .

« Désormais donc, je Tespère, tu mettras tous tes soins, « mon cher cousin, à éclairer sur mes intentions véritables « les personnes en relations avec toi, et tu te garderas d'ac « créditer, par des paroles inconsidérées, les calomnies ab- « surdes qui vont jusqu'à prétendre que de sordides intérêts • dominent ma politique. Bien, répète-le très-haut, ne troui blera la sérénité de mon jugement et n'ébranlera mes léso- « lutions.

i Libre de toute contrainte morale, je marcherai dans h i sentier de l'honneur, avec ma conscience pour guide; et i lorsque je quitterai le pouvoir, si l'on peut me reprocher i des fautes fatalement inévitables, j'aurai fait du moins ce f que je crois sincèrement mon devoir. •

Tels sont les faits qui précédèrent les élections à l'Âssem. blée Législative. Ces élections se firent le 31 mai 1849.

C'était la troisième fois, depuis la fondation de la République, que le suffrage universel était appelé à émettre sa volonté.

La République soi-disant modérée fut hautement désavouée par lui dans les personnes de la plupart de ses Représentants.

La République rouge obtint, comme nous l'avons déjà vu, d'assez nombreuses victoires. Elle triompha dans quelques départements du Centre et de l'Est, dans la Nièvre, le Cher, le Rhône, Saône-et-Loire, le Haut et le Bas-Rhin.

Le parti de l'ordre compta environ 450 succès; mais tà,

paimi ees 450 Représentants, on rencontrait plusieurs homiMs sincèrement dévoués au pays, et sachant ônmoler à Tintérét national certaines sympathies politiques, si on en voyaH d'autres firandiement attachés à la cause du Prince, il s'en trouvait malheureusement un grand nombre qui n'étaient que des hommes de faction, ayant tous les jours l'intérêt public sur les lèvi^, et dans le cœur l'intérêt d'une coterie.

Deux jours après l'installation de l'Assemblée nouvelle, le 2 juin, Louis-Napoléon pratiquait noblement l'oubli des iiqures, en appelant au ministère ie l'intérieur ce même M. Dufaure qui, six mois auparavant, sous la dictature de M. Gavaignac, avait autorisé, ou du moins toléré, cette indigne guerre de calomnies et de dénigrement entreprise contre l'homme que le sufiCrage universel allait nommer. On ne peut qu'admirer chez le Prince ce pardon magnanime d'offenses personnelles; mais que dire du Ministre qui consentait à servir un pouvoir qu'il avait combattu et laissé insulter?

M. Dufaure emmena avec lui MM. de Tocqueville et Lanjuinais ; M. de Tocqueville aux affaires étrangères, M. Lanjuinais au commerce et à l'agriculture.

Le 6 juin, Louis-Napoléon faisait transmettre à l'Assemblée un message empreint de sagesse et de patriotique fermeté, dans lequel il ne cherchait pas à éblouir les imaginations de chimères et d'utopies, mais où il posait quelques-uns des plus graves problèmes de l'ordre social, et les résolvait avec le bon sens. *

Ce document commençait en ces termes :

« Mon élection à la première magistrature de la République

• avait fait naître des espérances qui n'ont point encore pu

• toutes se réaliser.

« Jusqu'aujouroù vousvousêtesréunisdanscetteencdnte,

• le Pouvoir exécutif ne jouissait pas de la plénitude de ses

• prérogatives constitutionnelles. Dans une telle position, il

• lui était difficile d'avoir une marche bien assurée.

« NéamnoiDa, je auiaieaié Adèle i mM maiitfeBle* « A qfiûl^ en effets me suîsge engagé em aott^taffillee ^

• fcegee de la nation?

• A défendre la société audaeieosenKntaÉtaïquée; « A affennir une BépuUique sage, grande, honnête ; f A protéger la fimnile, la religion, la piopriéfeé ; « A provoquer toutes lea améliaratîons et teutea les t

t aûee possibk» ; € A {NrelégerlB pieaae contre rarbitrairo et b Deenoe';

• AdimbHierlesabnsdelaôen^nrifsalioii; c A effiicer les traces de nos discordes dvîlee ; t Enfin, à adopter à rextérieor une politique sans

• ganœ, comme sans ftdbtesee.

t Le temps et les drconstances ne m'ont pobit permfe d*ae^ r eemplir tous cesengagements ; eependant de grands pas-ont

• été bits dans cette voie. •

Après ce début, remarqoaUe par Ib modestie du langage, Loiiis*Napoléon trace à grands trait» le tableau de i*état intérieur et extérieur de la France, puis fl annonce une polîtiqae démocratique dans le sens légitime de ce mot. Parmi les réftmnes pratiques qu'il promet, se trouvent un projet de loi sur les institutions de secours et de prévoyance à l'usage des classes laborieuses, un autre sur la réforme^du régime hypothécaire, d'autres encore sur les pensions de retraite éss sous-offldfers et soMats:, ainsi que sur la défense des ukBgents.

Tous ces projets de lois ont été présentés, toutes ces promesses tenues.

Le message se terminait ainsi :

c J'appelle sous le drapeau de la République et sur le ter- « rain de la Constitution tous les hommes dévoués au salut t du pays. Je compte sur leur concours et sur leurs luraiëru5 « pour m^dairer, sur ma conscience pour me conduire, sur « la protection de Dieu pour accomplir ma mission. •

PtadftBt que rAssemblée nouvcdle entrait en fonctions, la onpagse de Bome continuait, et, dans les premiers jours de jjQîUet, l'armée française entrait vî<^orfende dans la ville éter- Mlle, où, ap^ avoir M( admirer son courage sur les champs es batiMe, ^le montrait, an sein da triomphe, ces sentiments d'hiMiiaaBité et cet esprit es discipline auxquels elle resta

Le Pape fut rétabli sur le trône pontifical, et envoya (rois eapdiilAit pour gouverner Jlome jusqu'à l'heure de son retour.

Le premier but de l'expédition était rempli, mais le second ne rétait pas. On n'a pas oublié que la FVance n'était pas intefvenue seulement au profit de la papauté ; qu'elle avait obéi eneoreà une antre pensée, celle de'protéger la liberté romaine : non pas la liberté politique dont le peuple romain avatt malheureusement abusé, et qui n'avait servi qu'à renverser Pie IX. Vouloir restaurer celle-là, c'eût été de la part de la France la ^conduite la plus inconséquente ; car c'eût été mettre encore le trône pontifical aux prises avec les factions, e^provoquer l'inévitable retour du mal que l'on était venu guérir.

MaiSj à côté de la liberté politique, il y en a d'autres mcrins dangereuses, les libertées municipales, et c'était eelles-li qu'on avait entendu sauvegarder.

Pourquoi n^ pas reconnaître la vérité ? Rome, cette mère sainte de la civilisation moderne, reMe depuis quelque temps en arrière du* reste de l'Europe dans la carrière du progrès; elle n'a d'autre législation qu'un péle-méle confus de lois Kodales et monacales; les tribunaux y sont envahis par les pré* ires qui jugent les laïques : devant ces tribunaux, aueune^garantie, ni débets publics, nf déflense orale; enfin toutes les HMiGtîoDS publiques y mtH IfVi^es en monopole aux gens d'égitoe, peraonnages sans doute fort honorables, et qui, prenanf part au gouvernement dan6 une certaine mesure, peuvent rendre de grands services, mais qui ne doivent pas l'absorber tem entier an préjudice el à l'exclu^n des autres dtovens.

Malheureusement, les premiers actes de la commission de gouvernement nommée par Pie IX n'annonçaient pas l'intention de détruire tous ces abus. Les trois cardinaux apportèrent à Rome plus de rancune et de sentiments de vengeance que d'idées de réforme ; ils se montrèrent pleins de rigueurs pour le parti vaincu, et, méconnaissant une dette dç gratitude, ils publièrent une {u^odamation où le nom de la France semblait systématiquement oublié.

Louis-Napoléon ressentit vivement l'injure faite à nos braves soldats, et, pour faire connaître sa pensée personnelle sur l'eipédition romaine, il écrivit à M. Edgard Ney, son officier d'ordonnance, une lettre qui eut une grande publicité et fût universeUement louée. Voici cette lettre, dans laquelle le Prince rendait pleine justice au caractère de Pie IX :

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