‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 13 sur 62 · A M. EDGARD NET, A ROME · texte numérisé non relu

A M. EDGARD NET, A ROME

« Elysée NaUonal , le 18 août 1849.

• Mon cher Ney,

• La République Française n'a pas envoyé une année à Ro- « me pour y étouffer la liberté italienne, mais, au contraire,

• pour la régler en la préservant de ses propres excès, et pour

• lui donner une base solide, en remettant sur4e trône ponti-

• fical le prince qui s'était placé hardiment à la tête de toutes i les réformes utiles.

• J'apprends avec peTne que les intentions bienveillantes i du Saint-Père, comme notre propre action, restent stériles

• eij^ présence de passions et d'influences hostiles. On vendrait

• donner conune base à la rentrée du Pape, la proscription et « la tyrannie. Dites de ma part au général Rostolan qu'il ne « doit pas permettre qu'à l'ombre du dnq)eau tricolore on « commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de « notre intervention.

• Je résume ainsi le rétabliss^nent du pouvoir tempord du

« pape: amnistie générale, sécularisation deradministrati(m,

• Code Napoléon, et gouvernement libéral.

• J'ai été personnellement blessé, enlisant la proclamation

• des trois cardinaux, de voir qu'il n'était pas même fait meni tion du nom de^a France, ni des souffrances de nos braves

• soldats.

« Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre uniforme « me va droit au coeur, et je vous prie de bien foire savoir que « si la France ne vend pas ses services, elle exige au moins

• qu'on lui sache gré de ses sacrifices et de son abnégation.

• Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissà- « rent partout, comme trace de leur passage, la destruction des i abus de la féodalité et des germes de liberté : il ne sera pas « dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre « sens ni amener d'autres résultats.

« Dites au général de remercier en mon nom l'armée de sa « noble conduite. J'ai appris avec peine que, physiquement i même, elle n'était pas traitée comme elle devait l'être. Rien « ne doit êtrenégligé pourétablir convenaUementnos troupes.

• Recevez, mon cher Ney , l'assurance de ma sincère amitié.

• Locis-Napoléon Bonaparte. »

La lettre à M. Edgard Ney ne porta pas sans doute tous les fruits qu'aurait désirés Louis-Napol^ ; mais elle eut plus d'un Résultat utile : les rigueurs de la réaction s'adoucirent, et si le Wlti proprio de Pie IX ne donna pas à Rome la liberté poli^ tique, il octroya au moins d'assez larges libertés municipales. Espérons que le calme et la tranquillité de ses sujets permettront à ce pape réformateur d'achever peu à peu son œuvre de progrès.

Cette lettre du Président de la République française n'est pas seulement remarquable à titre de document diplomatique. Son action ne se borna pas à l'extérieur; le contre-coup s'en fit aussi sentir à l'intérieur. C'estelle qui précipita la chute du

cabinet Barrot-Dufàure, de ce cabinet qui poriak dans bod flein tant de germes de dissolution.

Essayons ici d'apprécier brièvement ce Ministère, et l'attitude d^à prise par les partis entre les mois de join et d'oetid>re.

Le cabinet Barrot-Dufaure avait eu la prétention d'inaugnrer, sous prétexte de eondliation, une pditique impossible, de tenir la balance égale entre les fiMstions, de ne pencher ni à droite ni à gauche, et de n'appartenir entièrement ni aux saines doctrines d'ordre et d'autœrité, ni surtout aux principes de désordre et d'anarchie. M. DufiBiure el^obstinait à garder le personnel administratif qu'il avait contribué à créer pendant qui! tenait le pouvoir sous le général Cavaignac, et dans lequel ae trouvait plus d'un legs du Gouvernement provisoire. M. Odiion Barrot avait bien commencé les épurations judidafrefi, mais il s'était arrêté tout-à-conp, n'oaant pas aller Jusqu'au bout. Ce système de concessions avait le tort de ne satisfûne personne, ni la Montagne qui les trouvait insuffisantes, ni la majorité de l'Assemblée, qui, tout en appuyant de ses voles le eabinet, les jugeait imprudentes et pleioeB de périls.

Une autre raison motivait encore le mécontentement secret de la majorité en face de ce cabinet ; c'est que, depuis trois mois, elle attendait et demandait avee instances certaines mesures salutaires, ceit|ines lois que présenta plus tard leMInistère du 31 octobre; et ces lois, ces mesures, le cabinet les promettait toujours et ne les présentait jamais.

Nous n'avons pas besoin de dire que le Prince n'était guère plus satisfiiit que la majorité dle-méme de cette politique ; f 1 avait même une fm<m de plus pour ne pas l'être, c'est que M. Dufaure avait apporté aux affaires, et réussi à foire pénitrer dans l'esprit de plu^eurs de ses collègues, la pensée arr^ tée d'empêcher, par tous les moyens, la réélection de Louis-Ntr poléon, et de préparer, pour l'année 18U, la nomination de M. Cavaignac. Àimi,<êi hoamo auquel ie Prinee avait d géii6-

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