MESSAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
• Monsieur le Président,
c Dans les circonstances graves où nous nous trouvons, c l'accord qui doit régner entre les diflérents pouvoirs de TÉ c tat ne peut se maintenir que si, animés d'une confiance mu» i toelle, ils s'expliquent franchement l'un vis-à-vis de l'autre, t Afin de donner Texemide de cette sincérité, je viens faire c connaître à l'Assemblée quelles sont les raisons qui m'ont c déterminé à changer le Ministère, et à me séparer d'homf mes dont je me plais à prodamer les services éminents, et
• auxquels j'ai voué amitié et reconnaissance.
t Pour raSérmir la République menacée de tous côtés par t l'anaràûe, pour assurer l'ordre plus etScaoement qu'il ne f l'a été jusqu'à ce jour, pour maintenir à l'extérieur le nom
• de la France à la hauteur de sa renommée, il faut des
• hommes qui, animés d'un dévouement patriotique, com-
• prennent la nécessité d'une dkection unique et ferme et t d'une politique nettement formulée, qui ne compromettent i le pouvoir par aucune irrésolution, qui soient aussi préoc-
• cupés de ma propre responsabilité que de la leur, et de l'ao- « tion que de la parole.
• Depuis bientôt un an j'ai domié assez de preuves d'abné- « gation pour qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions
• véritables. Sans rancune contre aucune individualité , contre a aucun parti, j'ai laissé arriver aux affaires les hommes d'o-a pinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux a résultats que j'attendais de ce rapprochement. An lieu
d*0pârer mie fttsion de nttaiiceB, Je n'ai obtenu qu'une neutralieatîoii de forces. L'unité de vues et dlntentions a été entrar fée, fesprit de eontilfatkm prifi pour de ta fiaiMesse. A peine les dangers de la rue étaient-ils passés , qu'on âvu les partis releva leur idrapeau, réveiller leurs rivalités, et alarmer le pays en semant l'inquiétude. Au milieu de cette confusion, la FraoûB, i»qttièt£ parce fv'ellf ne ^ctt pas de direction, cherche la main, la volonté, le drapeau de l'élu du 10 décembre. Or, cette volonté ne peut être sentie que s^ y a communauté entière d'idées^ de vikqBi de^onvictions ^ entre le Président et ses ministres , et si l'Assemblée eUe-méme s'as&od» à la pensée nationale dont l'étoctkBi dupoiufoir eiécutif a âé l'eiq^ressiofl.
i Tout nnsyi^ène m triomphé aa 10 décembre, car le nom de Napoléon eet à lui seol tout on programme. Il yeut^ie: à llntérinir, autorité, religion, bien-être du peuple; à l'esté* rieur, dignité urtimiale. Cest cette politique, inaugurée par mon élection, qm Je teux faire trionpher a?ec l'appui de l'AfisemUéa et celniân pesple. Je veux être d^e de la confiance de la oatiNi, ta maintenant la GonstHution que j'ai jurée. Jeveiainspirar an payi, par ma loyauté, ma persévérance et nm fierBHté , ane confiance (elle, que les affateet reprennent et qu'on ait toi dm l'avenir. La lettre û>mm Constitution a nns douta nne grande influence sur les destinées d'un paya y mais la aanîdre dont elle est exécutée ne «xerce une fflieore plus grande peul*dtpe. Le plus ou moins de durée du poovoir oontittme, certes, paissamment à la stabilité des choses; mais c'est auscd par les idées et les principes que k Ooawniemeal saitfluire prévalcnr, que la sodété se rassure.
c Relevons donc rantoiité sans inquiéter la vraie h'berté. Calmons les craintes en domptant hardiment les mauvaises passions, et en donnant à tous les noUes instfncts une direction atfle. ACTermisBons le principe religieux sans rien
m alMDdoluier 4es eonquftle» de ia révolotioa, et noue smm serons le pays malgné ks pArtiB) tes ambitions ^ mène a les imperfèatieiiB «ne aoa iostUutions pounraieal regt fenner. i
Ce message calme et fier, qu'on dirait rédigé avec la plmne dont l'Empereur se servait pour écrire ses triomphants ordres du jour, ce message étonna la majorité et l'irrita. Mais eOe renferma en elle-même ses colères, courba la tête et patienta , attendant un moment plus opportun pour les faire éclater.
Pendant qu'un messager d'État portait ce document à TAssemblée, le Moniteur imprimait la liste des nouveaux Mùûstres. M. Ferdinand Barrot, un des négociateurs employés pour la formation du cabinet, y trouvait lui-même une place. Le Prince, qui depuis longtemps avait apprécié son caractère concUiant, la finesse de son esprit, et sa parole élégante et facile, avait voulu utiliser ces qualités pour le service dj} pays (1). M. Ferdinand Barrot était chargé du portefeuille de l'intérieur.
Les autres Ministres étaient MM. d'Hautpoul à la guerre,
(i) V. Ferdinand Barrot n'accepta ces hantes fonctions que par dévouement à Louis-Napoléon Tous ceux qui connaissent son abnégation personneUe, sa rare modestie, et la vivacité de ses sentiments de bmiUe, savent combien il dut lui en coûter d'entrer dans une combinaison qui succédait au cabinet présidé par son frère. Et cependant. Dieu sait les calomnies qu'amoncelèrent contre lui les journaux & cette époque : on le représentait comme un parent dénaturé , qui n'avait reculé devant aucune complaisance, devant aucune indignité, pour liériter des dépouOles fraternelles. Jamais l'eq»rlt de mensonge et de dénigrement n'alla plus loin.
C'était H. Abbatucci qui, depuis deux ou trois mois, avait poussé et le Prince et M. Odilon Barrot à modifier le Ministère, à le rendra plus bomogëne; le Prince et II Barrot lui-même étaient de cet avis. Mais on ne faisait rien : M. Odilon Barrot hésitait, par indécision, à renvoyer M. DuCaure et quelques autres.
de La Hitte aux affaires étrangères, Fould aui finances, Bîneau aux travaux publics, Dumas au commerce, de Parieu à rinstruction publique, RomaiQ-Desfoseés à la marine, et Rouber à la justice.