‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 17 sur 62 · AFFAIBLISSEVEHT GRADUEL DB L' ASSEMBLAI NATIONALE · texte numérisé non relu

AFFAIBLISSEVEHT GRADUEL DB L' ASSEMBLAI NATIONALE

t L'Assemblée Nationale devrait mettre en accusation, « comme son plus implacable ennemi, celui qui lui ferait le t quart du mal qu'elle se fait à elle-même.

• Jamais pareille instabilité ne fut étalée aux regards des c hommes. La disposition du matin n y est plus la disposition

— St34 —

€ da soir, et le caprice y enfante les lois que devraient produire i la maturité et la sagesse. Voilà déjà trois fois que cette t malencontreuse loi sur la presse est radicalement changée.

• La Commission change la loi du Ministère, MM. de Tinguy f et de La Boulie changent là loi de la Commission; enfin, M. t de La Rochejaquelein change la loi de MM. de Tinguy et de f La Boulie. Il n'y a qu'une chose qui ne change pas, c'est la ff profonde stupéfaction du pays en présence de cette versa-

• tilité.

f On se demande sî, dans Tétat de profonde désorganisai tion où se trouve la France, Tordre n'est pas beaucoup plus

• .compromis que défendu par une Assemblée complètement

• étrangère à l'esprit poUtique comme à l'esprit des affaires, t et si elle n'est pas bien plus un obstacle qu'une garantie.

• On se demande même si la France, tant qu'elle dépendra i des Assemblées, n'est pas condamnée fatatalemenl aux i luttes, aux déchirements et aux révolutions.

t Certainement, c'est un fait public et éclatant qu'il y a i beaucoup plus d'ordre et de calme dans le pays que dans

• l'Assemblée» et que si l'agitation, la lutte, les ambitions aoi^ t entretenues quelque part, c'est dans le sanctuaire législai tif. Quelle est la province, quelle est la ville où l'on s'attai que, où l'on s'insulte, où l'on ^ menace avec autant de

• vivacité et de fureur qu'au Palais Bourbon? U n'y en a pas, i et, s'il pouvait y en avoir, on les mettrait pour beaucoup t moins en état de siège.

• Croit-on qu'une nation puisse impunément avoir et enf treienir longtemps ub foyer de discorde^ civiles? Nous ne

• le pensons pas, et l'histoire de ces soixante dernières an- « nées est là sous nos yeux pour mms enseigner que le feo a

• été toiB^ours mis au pays par les AssemUées délibërante? « Ce long et douloureux enseîgnem^t commence à porter

• ses fhiits. La France, fatiguée de révolutions et de misères

• grataites, demande un peu de repos et de sécurité. Malheur,

• désormais, aax Assemblées qui mêcomiËîtront cette néces- « site, et qui entretiendront le fetï an Ben de Téteindrel

« On avait cm qne l'Assemblée Consthnante avait atteint « en tombant la dernière limite dn discrédit où on corps dét libérant puisse arriver. L'Assemblée actuelle semble desti- € née à fSranchir cette limite. CTest une grave et solennelje c épreuve que subit en elle le régime représentatif livré ft t lui-même et dépourvu d'une haute et ferme pensée en état fl de le diriger, de le contenir, et de lui résister. Tout semc ble annoncer sa fin prochaine, car ses actes sont autant de « démissions, i

Certes, cet article était vif; mais n'était-il pas mérité? Ce qui s'était passé lors du vote de la loi de dotation, ce qui ve- BBdt de s'accomplir dans la discussion de la loi sur la presse, tout cela nejustiflait-il pas le journaliste?

Dans la séance du 16 juillet, M. Baze, cette médiocrité de province, cet avocat gascon qui mettait si complaisamment et avec une si naïve împortace sa petite personne en scène, ce Mirabeau de l'hypothèque et du mur mitoyen qui poursuivsdt, sans doute, la gloire du talent, et n'atteint que la célébrité du ridicule; M. Baze, disons-nous, crut devoir dénoncer aui foudres vengeresses de la majorité le journal le Pouvoir.

L'Assemblée décida que le gérant de cette feuille serait traduit t sa barre.— Le 18 juillet, M. de LamarUnière comparaissait devant la Chambre. En vain, dans une plaidoirie incîfflve et habile, M« Chaix d'Est-Ange prouva-t-il à la Chambre que le journal avait usé de son droit de critique ; en vain, à travers les plus transparentes précautions de langage, flt-îl entendre qu'après tout cet article était juste et vrai; en vain, pièces en mains, démontra-t-il que l'Assemblée et toutes celles qui l'avaient précédée, Chambre républicaine et Chambres monarchiques, avaient été mille fois critiquées bien plus vivement que dans cette circonstance. — Si l'article eût paru dans un journal rouge, dans le National ou autrcj la Chambre se

serait abstenue de poursuites, sans doute ; mais comme il avait trouvé place dans les colonnes d'un journal voué à la défense du Pouvoir exécutif, une répression devenait nécessaire. II importait d'atteindre, par<lelà la personne du gérant, le protecteur présumé delà feuille, Louis-Napoléon.

M. de Lamartinière fut condamné à cinq mille firancs d'ar monde.

Le lendemain du jour où elle prononçait ce verdict, l'Aflsemblée commençait à désigner les noms des membres de b Commission de permanence. Le 20 juillet, elle noramaii MM. 0. Barrot, Jules de Lasteyrie, Monet, le général de Saint- Priest, le général Changarnier, d'Olivier, Berryer, Nettement, Mole, le général Lauriston, le général de La Moricière, Beugnot, deMomay, deMontébelIo, de TEspinasse. Le 23 juillet, elle ajoutait à cette liste les noms de MM. Creton, Rulliàre, Vesin, Léo de Laborde, ^Casimir Perier, de Crouseîlhes, Druet-Desvaux, et enfin elle complétait, le 25, son œuvre par le choix de MM. Combarel de Leyval, Gamon, et Chambolle.

Tels étaient les hommes qui avaient pour mandat de siu^ veOler les circonstances, et de convoquer immédiatement l'Assemblée si qitelque danger imprévu ou si quelque sympiàm grave leur paraissait de nature d menacer la République.

Sauf un seul, qui était celui d'un homme impartial, tous ces noms étaient notoirement ennemis. Tous appartenaient, soit à des orléanistes, soit à des légitimistes connus par leur malveillance avouée pour le Prince Louis-Napoléon.

Nous verrons, tout-à-l'heure, s'ils restèrent fidèles à leurs vieilles tendances, et ce que firent ces vingt-cinq inquisiteurs iÈtat.

Pendant que l'Assemblée enU*ait dans sa période légale de prorogation, et que ses commissaires préparaient leurs batteries contre l'élu du 10 décembre, le Prince quittait Paris, et, dans deux voyages successifs, celui de Lyon et celui de Cherbourg, il allait ;»e mettre en contact avec la province, il allait

Toir lui-même et écouter de ses propres oreilles les populatioDe des vUIes et des campagnes. Pendant plus d'un mois il tentait battre sous sa main le cœur du pays, et acquérait la conviction qu'il n'en était pas de la France comme de ses représentants parlementaires ; qu'elle n'avait pas oublié, qu'elle ne méconnaissait pas les services rendus depuis près de deux ans à la cause conservatrice, et que dans sa reconnaissance elle appelait de tous ses vœux la prolongation du pouvoir qu'elle avait elle-même établi.

Nous ne pouvons suivre le Prince pas à pas dans ces deux courses triomphales à travers les départements ; nous nous contenterons d'en signaler les incidents les plus remarquables, et de faire connaître les principaux discours.

Dans le petit village de Fixin, près de Dijon, un ancien officier de l'Empire, M. Noizot, a élevé à l'Empereur un monument de pieux souvenir. Louis-Napoléon ne pouvait tra* verser le Dijonnais sans visiter ce monument ; mais M. NoI- EOt, se laissant entraîner sans doute par un sentiment d'amitié, crut pouvoir ajouter à l'expression de son dévouement pour le Prince une demande d'anmistie en faveur de M. Guinard, un des condamnés du 13 juin. Voici la réponse qui lui Ait ftite. Cette réponse montrera comment Louis-Napoléon proclamait et faisait respecter les droits et les prérogatives d'une Assemblée qui commençait à lui marquer pourtant une fi vive hostilité.

§ Quand Je suis venu, répondit le Prince à M. Noizot, i guidé par un sentiment religieux, visiter le monument c érigé au martyr de Sainte-Hélène, je voulais rendre hom- « mage au dévouement respectueux qui en a conçu le projet, t et surtout à la pensée qui l'a placé au sein de cette Bourc gogne, où l'on a vu tant d'héroïsme en 181(^ pour la dé- « fense de TEmpereur, ou plutôt pour la défense des droits f du peuple français, des droits de tous les peuples, dont a i Ait jusqu'au bout le champion fidèle.

i Je ne m'attendais pas Je Favoue, qu'en un teLlieu^^qu'en « un tel moment) il me serait adressé un reproche, et leguel? t un reproche au sujet d'un acte qu'on me demande, sans f songer qu'il m'est interdit par la Constitution de raccomt plirl On ne le sait donc pas? les prisonniers qu'vn arrêt t de la HauteXour a envoyés à DouUens n'en peuvent sortir f que par une décision de l'Assemblée; et moi, à leur, égard c comme à l'égard de tous, petits et grands^ innocents on

• coupables, je n'ai qu^un rôle à rçmplir, c'est d'assurer, f dans l'intérêt de la société, l'exécution de la loi envers f ceux qu'elle condamne, comme j'ai juré d'assurer sa prot tection à tous les membres de la nation. N'aî-jepas fidè t lement tenu mon serment? La loi n'est-elle pas souveraine

• et respectée? Ne venez donc pas me demander pourquoi je « n'ai pas fait ce que je ne pouvais faire sans la violer, ij^ue i l'Assemblée prononcOi et je saurai faire exécuter et respecf ter sa décision, t

A Lyon, au banquet que la ville lui offrit, il prononça le flS août, en réponse au toast du maire^ ime allocution éoepgique où il disait qu'il était prôt à.obéir au vœu national, quel qu'il fût, soit que la France lui commandât de garder le pouvoir, soît qu'elle émit une volonté opposée. Voici ce noble et beau discours, qui invitait tous les partis i la xnùme abnégation.

ff Que la ville de Lyon, dont vous Ates le digne infe^ « prête, disait Lottl^-Napoléon au maira, reçoive l'expression t sincère de ma reconnàiasance pour l'accueil sympathique ê qu'elle m'a fait. Ma», croyes-Ie, je ne suis pas venu dans 0 ces contrées, où l'Empereur, mon oncle, a laissé de si pro- « fondes Iracesi afin di». «cueillir seulement des ovations et « passer des revues*

c Le but de mon voyage est, par ma présenœ, d'encounir i gerles bons, de rassurer les esprits égarés, de juger par f moi-même des sentiments et des besoins du pays. Cette

f tidie exige w&re coneeni»^ et, pour ^leTOfreeiooeOTtfm

• fioit complètement aoqiiie, Je doîe vous dire avee franchiie

• ce que je suis, ce que je veux, a .<

« leeuiB^-BODpMtonepi^^atHantd'imptrti^iiudflerQpré- « sent^Dlde deuxgrapdea mtniftetalioittiifltioiialeSf qui, m « 180i^, eoBUoe en iSkS, ont vonla feauter par l'ordre te « graidsprinoipeedeJa Dévolution française. Fier donc de

• jDoo origine et do mw drapeau, je leur demeurerai Sdèle: « je serai tout entier au pajs, qndque ehose qu'if exige de « moi, abnégation ou perBévéranee. {Àppkmiiê$emmiê.)

i Les bruits de eoups d'État sont peut-être tenus Jusqifl « TOUS, Me8Bieiirs;fl3ai8 TOUS n'y avez pas cm, Je TOUS en re* t Bercîe. Lessurprises et les osurpations peuvent être le ftilt M de partis sans appui dans la nation; mais réInde 6 milliow c de suffirageseiéeate lesnrolontéft&i peuple, il ne les tak a faitpas.

« Le patriotisme, Je le r^te, peut consister dans Fabnéc gatjon comme dans la persévéraoce.^vant on danger géa nénri, toute amèifinn personnelle doit disparsftre.

t Danscecas^lepairiotisDieserscaDnaltconuneonreeooa mitlamstemilédansunpiDcèscélèbre.yousvoussouvenez « de ces deux femmes réclamant le même enfiint? A quelsi- € gne recoDDut-on la véritable mère? au renoncement de ses a droHa que hn arraoiia la.'péeil d'une tète chérie. Que les t partis qui absent la Eïmee n'oublient .pas cette suUime « leçon I

c Moi-nrtme, s'A le laal, Je m'en souvfendral. Mais d'aa c autre c6té, A des préleatiÉns coupables se ranimaient et m5- 4 Basaient de compromettre le rqi;KM9<]i3 IftFnuice, je saurais a les réduira à llmpitlsasnca, en invoquant encore la sonvac raineté du peuple^ cas je ne iMOftnais à personne le droit a de se dire son représentant plus que mai.

a CesseotiflMnts, vous devez les comprendre, car tout œ a*' qui est noble, généreux, sineère, trowe derécbo parmi les

i Lyonnris. Votre histoire en offre d'immortels exemples. € Considérez donc ma parole comme ane preuve de ma con-

• fiance et de mon estime. •

Nous n'avons pas besoin de dire que st le Prince était partout, sur son passage, salué par les cris sympathiques |le Timinense msgorité des citoyens, il rencontrait souvent, çà et là, des minorités démagogiques qui ne lui faisaient pas I^même accueil. Un ignoble scandale signala son séjour à Besançon. Avant d'aller au bal que lui ofiOrait la ville, Louis-Napoléon désira visiter un bal populaire. Des clameurs hostiles s'élevèrent à son entrée dans la salle. Pendant que la plupart des assistants se découvraient avec respect, les anarchistes se ruèrent autour de lui, hurlant l'outrage et la menace, et le séparèrent de son escorte. Le Prince n'opposant à ces furieux, pour toute arme, qu'une attitude calme et la fierté de son regard, faisait face à l'orage, lorsque ses officiers, tirant l'épée, fendirent les flots de la foule, et parvinrent à le dégager du milieu de l'immonde cohue. Hâtoiis-nous, au reste, d'ajouter que les meneurs de cette manifestation étaient étrangers à la ville de Besançon. C'étaient des démagogues suisses.

Louis-Napoléon était de retour à Paris le 28 août. D en repartait dans les premiers jours de septembre, pour aller i Cherbourg.

De ce nouveau voyage nous nous bornerons à citer le uiscours qu'il prononça, le 6 septembre, à Cherbourg même, au banquet qui lui fut ofifert à l'arsenal. On y verra avec quelle haute raison le Prince revendiquait pour le pouvoir exécutif la force et la stabilité dont on l'avait si follement privé.

c Messieurs, dit-il, plus je parcours la France, et plus Je t m'aperçois qu'on attend beaucoup du Gouvernement. Je

• ne traverse pas un département, une ville, un hameau, sans c que les maires, les conseils généraux et même les Repréf sentants me demandent ici des voies de communication, tels c que canaux, chemins de fer ; là l'achèvement des travaux

f entrepris ; partout enfin des mesures qui puissent remédier f aux souffrances de l'agriculture, donner de la vi$ à Tindus*

• trie et au commerce. ,

t Rien de plus naturel que la manifestation de ces vœux, f Ils n^ f^ppent pas, croyez-le bien, une oreille inattentive. « Mais* à mon tour, je dois vous le dire, ces résultats tant dt'^

• siré^ ne s'obtiendront que si vous me donnez le nibyen de

• les accomplir; et ce moyen, il est tout enti^ dans vom*

• concours à fortifier le pouvoir et à écarter les dangers de

• l'avenir.

• Pourquoi l'Empereur, malgré ses guerres, a-t-il couvert c la France de ces travaux impérissables qu'on retrouve à

• chaque pas, et nulle part plus remarquables qu'ici? C'est

• qu'indépendamment de son génie, il \int à une époque où

• la nation, fatiguée des révolutions, lui donna le pouvoir né- « cessaîre ppur abattre l'anarchie, réprimer les factions, et

• faire triompher à l'extérieur par la gloire, à l'intérieur par

• une impulsion vigoureuse, les intértts généraux du pays.

• {Applàudissemmtt.)

• S'il y a donc une ville en France qui doive être napoi léonienne et conservatrice, c'est Cherbourg: napoléonienne t par reconnaissance, conservatrice par la saine appréciation

• de ses véritables intérêts. Qu'est-ce, en effet, qu'un port

• créé, comme le vôtre, par de si gigantesques efforts, sinon

• l'éclatant témoignage de cette unité française, poursuivie à fl travers tant de siècles et de révolutions, unité qui fait de « nous une grande nation ; mais une grande nation, ne l'on-

• blions pas, ne se maintient à la hauteur de ses destinées que

• lorsque ses institutions elles-mêmes sont d'accord avec les i exigences de la situation politique et de ses intérêt^ matériels.

« Les habitants de la Normandie savent apprécier de sem-

• blables vérités; lis m'en ont donné la preuve, et c'est avec

• orgueil que je porte aigourd'hui un toast à la ville de Chert bourg.

t Je porte ce toast en préscuce de cette flotte qui a porté si « nobleiigent en Orient le pavillon français, et qui est prête à € Importer avec gloire partout où l'honneur national l'exige- « rait ; en présence de ces étrangers, aigourd'hui nos h6- « tes (1). Ils pçuventse convaincre que si nous voulons la paix, . c ce n'est pas par faiblesse, mais par cette commurmuté d*in- € térôts et par ces sentiments d'estime naturelle qui lient entre € elles les ^jbux nations les plus civilisées.

c Au p6n de Cherbourg I •

Le 13 septembre, le Prince descendait de wagon à la gare du chemin de fer de tlouen. Son arrivée fut signalée par quelques scènes de désordre que la presse républicaine ne manqua pas de dénoncer â Vindignalian publiq%te. On prétendit que les membres d'une société nouvellement formée, celle du Dix- Décembre, s'étâent embusqués à la place du Havre, et que là, quatre heures durant, ils avaient bûtonné et assommé sous les yeux d'une police complaisante, tous ceux qui refusaient decnerf îve le Présidentl Ces récits des journaux manquaient complètement d'exactitude, et l'esprit de parti, suivant ses habitudes, avait dénaturé les faits. Voici la .vérité à cet égard : A Paris, comme dans la province. Louis-Napoléon trouvait toujours sur son passage des acclamations sympathiques ; mais, d'un autre côté, à Paris plus encore qu'en province, il rencontrait fréquemment sur ses pas des cris hostiles, des démagogues qui affectaient de pousser devant lui des clameurs léçtimes en apparence, mais malveillantes par la pensée qui les dictait. Ces démagogues, les mêmes qui, le 13 juin, hur^ laient si bien vive la Constitution I vociféraient en 1850 vivt la R^ptiAlique 1 Ce n'est pas tout ; ils msultaient et menaçaient ceux'qui criaient vive Napoléon ! ou bien vive le Présiéent / De là, sur la place du Havre, les scènes de désordre

(I L'Angleterre assistait lox fêtes navilet de Cberinmig , repré tentée par de nombreux navires.

dont BOUS avons juurlé, scènes qiti, au resie^ donnèrent Ueu à une enqaèle judiciaire, laquelle, vule peu de gravité 4eaflaits, 8e termina par une ordonnanoe de non^Ueu. •

'Que faisaient cependant les partis royalistes, tandis que le Prince tenait partout daus les départements le langage le plus conforme aux lois» le plus respectueux pour la volonté de la France ? MM. Thiers, de Broglie, Mdé, et tant d'autres^ allaient h aaremonl sous prétexte dé rendre leurs derniers devoirs à ce vieux roi dont ils avaient, par leur imprudente et coupable conduite, causé la chute et avancé la dernière heure; et là ils arrêtaient avec les Princes de la famille d'Orléans les hases de cette politique d'opposition k outrance qu'ils ne suivirent que trop bien. — £n même temps, MM. de Saint-Priest, Berryer, de La Rochejaquelein allaient à Wieshaden déposer leurs re^ects aux pieds du comte de Chaipbbrd. De là, ils envoyaient à Paris, aux journaux légitimisteus, les bulletins de réception de la cour de Henri Y; ils Élisaient publier par toutes les trompettes du parti que des ouvriers de Paris, des paysans bretons étaient venus apporter leurs hommages et leurs vœux à Vauguiie proscrit ^ qu'ils s'étaient assis à sa table, qu'ils avaient porté des toasts à son retour en France. Enfin, ils organisaient une espèce de gouvernement provisoire, en attendant le jour du triomphe du droit divin et du gouvernement définitif. Ils adressaient à tous leurs partisans la circulaire Barthélémy, document historique précieux qui proclamait un droit personnel antérieur et supérieur au droit national. Ypici cette circulaire, l'une des pages les plus mémorables de l'histoire contemporaine.

« Wiesbaden, 30 août 1850.

€ Des journaux de Paris et des départements vous ontd^à- • fait connaître, dans tous ses détails, ce voyage qui semble « destiné à exercer une si grande et si heureuse influence.

t Vous savez maintenant avec quel religieux empressement

• des hommes partis de tous les points de la France, et re-

• présentant les diverses positions sociales, se sont rendus auprès du petit-flls de Henri lY.

• En présence des graves circonstances mk nous nous trou- « vons^ et sdus la menace des complications nouvelles qui pa- « raissent devoir se produire, M. le comte de Chambord apu « ainsi étudier la situation de plus près.

i Toti4 ceux de nos amis de V Assemblée Législative qui « ont pu quitter la France, se sont fait un devoir d'arriver

• des premiers à Wiesbaden, et M. le comte de Chambord, i ainsi que vous Font appris les journaux, les a reçus chacun i en particulier, afln de se faire une idée eiiacte du mouvement i des esprits et des divers intérêts des populations dans cha- « que département.

• Dans ces différents entretiens, et chaque fois qu'il les a

• réunis auprès de lui, M. le comte de Chambord s'est montré i constamment préoccupé de la ligne dé conduite qu'en ce mo i ment, plus que jamais, 11 importe de suivre avec ensemble, « pour activer le progrès de nos opinions , et maintenir en « même temps les principes au-dessus de toute atteinte.

• M. le comte de Chambord a déclaré qu'il se réservait la

• direction de la politique générale.

i Dans la prévision d'éventualités soudaines, et pour asi surer cette unité complète de vues et d'action qui seule peut « faire notre force, il a désigné les hommes qu'il déléguait, en « franco, pour l'application de sa politique.

i Cette question de conduite devait nécessairement ame-

• ner l'appréciation définitive de la question de l'appel au

• peuple.

« Je suis offlciellement chargé de vous faire connaître

• quelle a été, à ce sujet, la déclaration de M. le comte de

• Chambord.

t /{ a formellement condamné le système de V appel au peur i^pUy comme impliquant la négation du grand principe natio-

nal de l'hérédité mo9a^ohiquâ.*tl repousse d'avanlte toute (tf^çition qui, reproauisai|t cette pensée, viendrait modifior les éAndition; de stabilité qui sont le iaractère essentiel • (j{p noire princi^, et doivj^nt le faire regarder comme l'unique moyen d'arracher enfin la Franeb aux convulsions ré- ^ volutionnaîres.

c Le langage de M. le comte de Chambord a été formel, précis; il ne laisse aucune place *au doute, et.tou^ interprétation qui en altérerait la portée^ serait entièrement inexacte. *

« Tous ceux qui sont ^nus à Wiesbaden ont connaissance * de cette décision; tous ont entendu M. le comte de Chàmr bordNe prononcer avec la même fermeté* tandis que l'étto-* tion profonde et l'expression du vrai bonheur, qu'il pM^uvait * remarquer sur tous les fronts, semblait lui promettre que cette déclaration venue de l'exil serait désormais une règle ^ absolue pour tous les légitimistes de France. Mettre fin à toutes ces dissidences qui l'ont si vivement affecté, et qpi ' ^ n'aboutissent qu'à notre amoindrissement; abandonner sincèrement, absolument tout système qui pourrait porter la* moindre atteinte aux droits dont il est le dépositaire ; revenir à ces honorables traditions de discipline, qui seules peuvent relever, après tant de révolutions, le sentiment de Tautorité ; rester inébranlables sur les principes, modéra et conciliants pour les personnes, tel est le résumé de toutes les recommandations que M. le comte de Chambord nous a adressées, et qui, nous en avons la confiance, seront fé- * condes en heureux résultats.

c Ce qui en ressoi;^ incontestablement, c'est que la direction de la politique générale étant réservée par M. le comte de Chambord, aucune individualité, soit dans la presse, soit ailleurs, ne saurait être désormais mise en avant^ comme représentation de cette politique. £n dehors de M. le comte de Chambord, il ne peut y avoir, aux yeux des légitimistes.

• ' . ^ € qmt M HMBdiitairee qu'if «dé«^|, et qoS sotil : MAT. hr '

• «Ne de LMb, I$fà9iràl dêS^uintrPrieiîy Berryers M^fri- j i^ • mumU éupe^^ mer^ âeJPaetoi^i, duc d'ilcanu ;

"^ ! ^ Oentoar «n France, j'&uraf ^^igtamne ev le pa^ié, I1i«i- ' « f teor dd vous traiislhetXre lem instructions, et j'ui ht coci- î c fiance que, vous voudrez bien me continuer votre prédeox

• eomoUM, et me tenâr âu eouraut de la sftuatiqp de votre

• lUpiriyiBBdt. § - *.

- • Qu'étaif-ce donc qu'un^parâfl m^este, sinon un éûvik

, défi à la«valonté nattonrie et à l'élu fu fO déoembre? Et quel

' ' cQo^teMit^ldelalléffrtAiqueetdelaGonstitutionf

. JfMU Jdk>ns Ébofder maintenant un ordre de fizits'JI, que .

' nons «I9ÛS demandons presque ei nous devons continuer notre

^ • rérit ' 1

* L'hiâlolre, quand eDe trouve èTetraccr de g4nércux dé-

^ b«tssur4^ principes sociaux, des hantes discussions sur tes .

« 19cicfK^aes, reBSpIit'sa tftche avec amerur ; mais quand die ne

' voit devant elle que de mauvaises passions, d'indignes luftep

personneles, de fousses insinuations, le mensonge préméAté

et 1^ ealonmie érigée en système, elle recule découragée, et,

sateîe de cogère non moins que de dégoût, elle se sent prête à i

briser sa plume.

• ' Continuons potxrtanft, puisqu'il le fkiut. , * lie Prince, de retour de ses voyages dans les départeAerti^

* . avait Ji:^ ocmvemable de se mettre en contact Arquent avec

*les troupes de l'armée de Paris. Il voulait entretenir, par ces sor^ de communications réitérées, le zèle du soldat, et, exe^ çaiit le droit qui lui appartenait comme à t^s les dieft de gomiemeraent, 9 passât «do nombreuses rcfnies, soit dans la pMine de Saint-Maur, scAt dans celle de Satory. Nous n'af ons j pas besoin de dire qu'à ces revues il était toujours accueSli ainec enthouMasme ; lescris Vive le Président! vive NapoUm! retenlisëaient de toutee paris. Noos s^jouterons même, en I '

dèies histafans que ims: aonmes, que quelques voix se pei^ T||pnt de 'crier ttoe VÉmgfreur! Noos irons encore plw Ifia, et&)Q8 coalBMeronjique qyekpies^^Ustrïbations soit de * w, soit d» viande, fi^i^lbftes à ces^pauvres militaires afr funés et altéiés voons reconnaîtrons âifln que le général Nen-^ mayer, commandant de la première diy&ion^ ayant cru de- « voir4iter^, parmi ordre du joty*, non pas le cri de vive V Empereur! ce qui aurait pu s'expliquer à)» ligienr, mais -^ocofa les cris vive le Pfémden{t viv^ N<qKiléen] ce qui était, inaqdicablB, Louia-Ifagoléon reng^Fcia de ses seivices le ^ « néral Ifeiuiayer, envers lequel, dd reste, 3 ne se^ldontra pà%; fort sévère, car il l'indemnisa du cmmnandement qu'il perdit, . par Éd antre fort beau assurément, celui des 14« et 15«^di^* * sioDS nûUUiires. ^

Or, tout cela n'était pas, à ce quil* parait, du goût de la, Commiss^n de pennanenee. Nous avons vu comment ^nf sieurs des membres de Mite Commission allaient ^tes^âtv {a * Constitution, les uns à Wiesbaden, tes tfutres à Clarement. ^Ces membres furent ceux qui crièrent le plus haut que le Prince violait, dans ses revues, la Constitution ; qu'il ne 4isait * pas observer les lois de la discipline militaire. D'abor^, on ^ n'incrimina que le cri de Vive V Empereur! comme *si, dans celui-là même, on devait voir aijliv chose qu'un hommage i la mémoire do grand ]iomme;^mme si, sous le règnode ^ Loul^-Plûl^ppe, il n'avait pas été couramment t(déré, nous dirons plus, encouragé. Puis on alla plus loin, et onenveloppa dans le même anathène toutes les manifestations de sympathie qui s'adrearoieot au Prince, même ce cri constitnU6nnel et légal cepenj^t : Vive U PritOent ! On trouvait parftdtement juste que, sous Louift-Philippe, sous. Charles!, sous ' Louis XVIII, rarraéeeriàt: Ftve le Jlot/ mais 0 était contraire à la discipline miUtaire que, sous la République, <m la laiss&t' crier: Vive le PréeidetU / Nous ne saurions con^ter toutes les mesquinee ttfqunierrf»

^ dont les vtegt-dnq inquisiteurs fElat poursuivîrmt le ca- ' binet : ils traduisaient sans cess^les ministres à leur baf«4 c'étaientd'étemellesiiterpella^ons, t^ntôtaug^Lrde-desftceaur^ ^ t^uitôt aux Ministres deJa guerre qu4}Q l'inténûeur : 4l l'un ob * demandait compte de bChon dissolution de la^oeiété du Dix- Décembre, ii^ustem^nt. compromise dans les troubles de la 'placé du Havre, car l'ordonnance de non-lieu reiic||ie fét le tribunal de^a Seine portâit^ur des hoofines étrangers à cette ' Société, et p^ un de se^membres a^av^dt figuré dans rinstroc- «> * ,tion; à Tautf e on reprochait^la dSstitu^n ou plutôt le dépla. ' cément de M. Meumayer, les distributions de vin et de viandes • faites &UX troupes; on lui demandait pourquoi tel régiment ' *avait Quitté Paris, et pourquoi tel autre y était appelé. On jfentendait, dans ce conseil de surveillance, que les plus misera- ' • blés commérages, auxquels on essayait de donner les proportions des grandes afikires de l'État et des plus grave» dangers . publics. £t]a presse républicaine, de son côté, tenait le public aifceurant de ces billevesées, et il ne se passait pas un seul ' ' jour sans qu'elle annonç&t, pour le lendemain, un dtx-huit ^

«brumy^e qui n'arrivait jamais I ; .• Au reste, ce qui prouve que la Commission de permanence ne prenait pas au sérieux toutes ces prétendues pensées de coup d'État, dont elle inquiétât machiavéliquement ropinion • • * publique, c'est qu'en cas de péf^l, comme nous l'avons vu, elte : avait ceçu la mission de convoquer inunédiatement rAssêîn- .* 4 blée. Or, à chaque séance, ses membres étaient unanimes * ■ pour déclarer que rien, dans la situation, ne pouvait motiver *. une convocation. Il est vrai que, d'un autre côté, elle mêlait de réticences calculées et perfides ses indiscrète^ révélations «ux journaux; qu'elle entourait ses procë»-verbaux de mystère, et finissait par les mettre sous les scellés. Cette mise sous les •scellés était un coup de maître pour arriver à effira^rer Timagînation de la France; c'était tQ)it l'art du méloi^Qie appliqué à la politique ; c'était un champ sans limites ouvert à too-

les les erëdulités; c'était la peur mise aux prises avec cette pDÎflsanee qui épouvante ]e plus ferme esprit, l'inconnu. Que renfermaient-ils donc ces terribles procès-verbaux dans lesquels on feignait d'avoir enfoui les plus formidables secrets? Hélasl ils ne renfermaient rien que ce qu'on sait déjà. C'était bien peu pour tant de bruit.

Kous avons vu que le général Ghangamier était membre de la Commission de permanence.il crut devoir, en cette qualité, jouer un rôle étrange. Comme conunandant de l'armée de Paris, U assistait k toutes les revues; il écoutait en silence les cris qu'on y poussait, ne blâmait rien d'abord, ne donnait aucun ordre pour les faire cesser ou pour faire punir les prétendus coupables. Il ne manifestait aucun mécontentement; puis il s'en allait bravement, au sein de la Commission, désapprouver tout ce qu'on avait fait; lui, l'agent du pouvoir, il critiquait ses chefs, il attisait, au lieu de l'éteindre, le feu parlementaire. Cependant, à lafln, et à la suite de nous ne savons quels conseils, il voulut mettre plus d'unité dans sa conduite, et, oubliant qu'en 184911 avait le premier encouragé les démonstrations militaires en faveur de Louis-Napoléon^il répondit au remplacement du général Neumayer par cet ordre du jour qu'il envoya à l'armée de Paris, au commencement de novembre :

ORDRB DU JOUR.

t Aux termes de la loi, l'armée ne délibère point; aux term mes des règlements militaires, elle doit s'abstenir de toute « manifestation et ne proférer aucun cri sous les armes.

• Le général en chef rappelle ces dispositions aux troupes «placées sous son conunandement. t

C'est au milieu de l'émotion générale causée par cet ordre du jour inattendu et si difficile à prévoir, qu'éclatait toutàeoup la nouvelle suivante, publiée, le 8 novembre, par un des journaux de la coterie monarchique, le Journal des Débats :

€ La Commission de TAssemblée, dteit eal artide, s'est

réunie aujourd'hui. Elle atonsacré pcciyte toute sa à délibérer sur un incident fbrt singulier. L'un de bres a déclaré, de la manière la plus fonaeDe^ qu'il était à sa connaissance que, dans la soirée du S9 octobre^ vingi^êfai individus, parmi les plus exaltés de la Société du Dix-Dé* cembre (encore la Société du Dix-Décembre I), ont tenu mm séance extraordinaire où ils ont agité hautement le prpjei d'assassiner le président de l'Assemblée Nationale, M. Du* pin, et le commandant en chef de l'armée de Paiis^ M. k général Cbangamier, comme étant tous les deux le ffwaà obstacle à racconq)lissement des desseins de la Société. « Ce prqjet aurait été adopté à l'unanimité, et on aurait procédé au tirage au sort pour désigner ceux qui devaienft mettre à exécution ce double attentat En eonséquenoe, on aurait mis dans un diapeau vii^Kiuatre bulletins blanesi et deux portant, l'un la lettre C, et l'autre la lettre D« « Chacun des vingt-six membres aurait été appelé à tirer successivement un bulletin. Cdui qui aivait amené le bulletin avec la lettre C aurait aussitôt déclaré, en termes énergiques, qu'il était prêt à exécuter la décision de la réunion. Celui auquel serait échu le bulletin avec la lettre D aurai! gardé le silence.

f Le président de la réunion ayant annoncé que le jour de l'exécution serait ultérieurement fixé, les vingt-six membres se seraient alors séparés. Les délibératioi» subséquentes donneraient lieu de croire qu'(m aurait été disposé à Mre quelque tentative de ce genre le Jour de fat réunion de l'Assemblée.

« Telles sont, d'après oe que nous croyons savoir, les étranges révélations dont s'est occupée tujourd'bui la commission de pormanenct. Avant de se séparer, la commission, qui, depuis un mois, avait demandé la dissolution de la Société du Dix-Déoembre, qui a lou}ours présenté à ses

ff yen le caractère ^hme société politique défendue par les • lois, a chargé trois de ses membres , MM. Baze, Faucher et i Monet, de se rendre auprès du Ministre de Tîntérieur pour f bii eiLprimer son profond étonnement de ce que l'autorité t n'ait pas cru devoir prévenir le président de l'Assemblée € Nationale et le général en chef de Tannée de Paris des pro- € jets qu'en tramait contre eux, et de ce qu'aucune mesure € n'ait encore été prise pour fermer cette dangereuse Soi détL «

Cette nouvelle épouvanta la France. Qu'y avait-il de vrai dans tout cela? Rien, comme on le verra tout à l'heure (1). Le lendemain du Jour de la publication de cet article ,

(1> Fentad quels fréfet de police démentaK, par sa note, le Jomntà des ÏMtUif Pbonorable eénéral Plat, président de la Soctélédii Bîx-DéceiDlire, adressait à ceUe léuUle la letUe suivante :

« Parmettas-mol , Honsieur, de protester de toutes lesforeasde « mon âme contre une pareille calomnie, et de m^étonner qu'elle att m pu trouver accès dans un journal aussi grave que le vôtre.

« le saUFun des fondateurs de la Société du Dix-Décembre, et, « depuis son origine, )e n'ai cessé de la présider. Je déclare Acmc sur m mon honneur militaire,

« Que Jamais la Société du Dix-Décembre ne s'est occupée de poil- € lique; que son seul but a été de réunir, par rassociation , des € hommes honnêtes, devant se prêter mutueUement assistance» et de c les soustraire parlÀ à des passions désorganisatrices.

« n eellMix quH y aH eu réunion le 89 octobre.

« Les seiâes séances «apimohées de cette date ont eu lieu le 36 oc» € tobre et le !•* novembre, et, dans ces réunions que fai présidées, je « le répète, 11 n'a pu été quesUon de potiUque,

« Quant au complot dont vous parlez, je croirais dégrader ma vie « entière , si Je descendais à nier Texistence d'une délibération dont « rassasslnat aurait été Tobjet. ^

YoUà pourtant conAnent fes hommes de parti diffamaient sdemment cotte Société, qui ftit, pendant inrès de deux ans , le point de mire de tant de haines et de dénigrements I On lui imputait des pensées abominables d'assassinat, et elle ne s'occupait même pas de discoasiompolitifuesf

M. Garlier, préfet de police, répondait en ces termes au Journal des Débats : « Les faits indiqués dans votre article f sont complètement dénués de fondement. Le prétendu comi plot n'est qu'une mystification, dont un agent, qui n'estpas « sous mes ordres , paraît avoir été la dupe. » En même temps, M. Carlier prenait l'arrêté suivant :

f Attendu que, dans une récente occasion, M. Yon a cru « devoir adresser des rapports inexacts à des membres de « FAssemblée Nationale sur une prétendue conspiration contre « le général Ghangarnier et le président de l'Assemblée Na- « Uonale, sans avoir aussitôt transmis ses rapports à la Pré- « fecture de police , qui n'a pu, en conséquence, les contrôler « et les rectifier, et, au besoin, prendre les mesures néces- « saires; — attendu qu'il est résulté de cette infraction aux i ordres qu'il avait reçus des conséquences fiàdieuses pour « Tordre public; et qu'en agissant ainsi , il a non-seulement

• manqué aux règles de la hiérarchie, mais a encore compro- « mis la responsabilité de M. le Préfet de police.

« Arrêtons ce qui suit : — Le traitement de M. Yon , com

• missfifre de police près l'Assemblée Nationale, est susi pendu jusqu'à nouvel ordre. §

Au moment où M. Yon était ainsi fort justement fVappé. dans ses appointements, la questure de l'Assemblée, inféodée' comme chacun le sait , aux partis royalistes , protestait par la proposition suivante contre la mesure du Préfet de police :

• Article premier. Il est établi pour la police de sûreté de « l'Assemblée Nationale un commissaire spécial de police, « placé exclusivement sous les ordres du président et des « questeurs. • *

• Art. 2. n exerce, comme commissaire de police et officier

• auxiliaire de police judiciaire, les fonctions déterminées « par le chapitre v, livre l*!*, du Gode d'instruction criminelle.

i Art. 3. n est nommé et peut être révoqué par le bureau i de TAssemblée, sur la proposition des questeurs. ,

• Art. 4. Le traitement du commissaire de police et les dé-

• penses de la police de sûreté de l'Assemblée Nationale sont

• inscrits au budget de la dotation de l'Assemblée Nationale. »

Nous allons voir bientôt ce que c'était que cet homme que la questure prenait sous sa protection.

Quelle fût cependant la réponse du Prince à toutes ces attaques multipliées , aux accusations et aux manœuvres de la commission de permanence , à cet ordre du jour provocateur de M. Changamier, à cet article du Journal cfe5 Débats qui ne visait rien moins qu'à l'atteindre lui-même à travers la Société du Dix-Décembre ?

Sa réponse fut dans sa patience et dans sa longanimité. Ré» solu à donner jusqu'au bout des preuves de modération, il immola le général d'Hautpoul aux exigences de M. Changarnier et de la commission de permanence ; il se priva des bons ser. vices de ce Ministre de la guerre; il sacrifia aux clameurs des partis ime Société innocente de tout ce dont on l'accusait, uns Société dont le seul crime était son dévouement à la cause da Prince , mais un dévouement honorable, et incapable de se manifester par les complots et par l'assassinat. Enfin, après avoir dissous l'association du Dix-Décembre, fl envoyait à l'Assemblée le message du 12 novembre, où, après avoir exposé l'état des affaires publiques, il terminait par ces nobles paroles, si pleines de mesure et de patriotisme :

• J'ai souvent déclaré, lorsque l'occasion s'est offerte i d'expliquer publiquement ma pensée, que je considérerais i comme de granAs coupables ceux qui, par ambition personff nelle, compromettraient le peu de stabilité que nous garantit t la Constitution. C'est ma conviction profonde ; elle n'a jaâ mais été ébranlée. Les ennemis seuls de la tranquillité pu-

c tlique ont pu dénaturer le» plus MSifte téiDambes qui f naissent de ma posUioa.

i Comme premier magistrat de la Répid)Ii9ue, j'étais « obligé de me mettre en relation avec le dei^, la ma^is-

• trature^ les agriculteurs, les industriels, radministraUoDy

• l'armée, et je me suis empressé de saisir toutes lesoccas|.ons « de leur témoigner ma sympathie et ma reconnaissance pour

• le concours qu'ils me prêtent ; et surtout, si mon nom et mes i gfforts ont concouru à raffermir l'esprit de l'armée, de lac quelle je dispose seul, d'après les termes de la Constitution, f c'est un service, j'ose le dire, que je crois avoir rendu au c pays , car toujours j'ai fait tourner au profit de l'ordre mon c influence personnelle.

• La règle invariable de ma vie politique sera dans toutes « les circonstances de faire mon devoir, rien que mon devoir.

t II est aujourd'hui permis à tout le monde, excepVé à c moi, de vouloirh&ter la révision de la Constitution. Ce vœu « ne s'adresse qu'au pouvoir législatif. Quant à moi, élu du f peuple , ne relevant que de lui , je me conformerai toi^oiirs

• à ses volontés légalement exprimées.

i L'incertitude de l'avenir fait naître, je le sais, bien des 9^

• préhensions, en réveillant bien dea.eq^ranœs ; sachons

• tous faire à la patrie le sacrifice de ces espérances, et ne « nous occupons que de ses intérêts. Si, dans cette session, € vous votez la révision de la Constitution , une Constiluaate « viendra refaire nos lois fondamentales et régler k sort du

• pouvoir exécutif. Si vous ne la votez pas, le peuple, en 1852, ff manifestera solennellement sa volonté nouvelle. Mais quelles .

• que puissent être les solutions de l'avettir, entettdons-nous,

• afin que cène soit jamais lapassina, k luriNnsa ou lavis- « lence qui décident du sûri d'uM grande aatioiL tnspirons < au peuple l'amour du repos, en mMuA du calme dans t nos délibérations; inspirons-lui k religion du droit, en ne € nous en écartant jamais noiis<«i6iiM»;e&«kirSyeroyes^^

« progrès dw aKBim pciitiqua» eonpaBsara le danger 6%- « slitutions créées dans des jours de défiances et d'ineeiti- « isdes.

t Ce qui nepréoecupe suriouty soye»«n persuadés, oe a'est « pas de savoir qui gouvernera la France en 1852, c'est d'em- • ployer le .temps dont je dispose , de manière à ce que la « trftnsitiûn, quelle qu'elle soit» se fiisse sans agitation et sans « trouble.

« LelKitle plus digne d'uneâmeékvéen'estpointdered^r- € cbeTi quand on est au pouvoir, par quels expédients on s'y ■ perpétuoa, mais de veiller sans cesse aux moyens de cod- « solider, à ravantage de tous, les principes d'autorité et de « morale qui défient les passions des kommes et l'instabilité « des lois.

t Je VMS ai loyalement. ouvert mon cœur; tous répon- « dre& à me franclûse par votre confiance, à mes bonnes inm tentionspar votre eoBCOors^^ Dieu fera le reste. §

Aeveoons maintenaat à l'article du Uumal des DAaU.

Quel était Tbomme qui avait dénoncé ce prétendu complot? C'était un nommé Allais, un agent de poUce de bas étage, d^à poursuivi, avant cette affaire, pour dénonciation calomnieuse, devairt le tribunal de Chartres.

Et que valait son accusation? Les mensonges les plus mar nifestes, les plus révoltantes invraisemblances y étaient entassés les uns sur les autres* II prétendait qme vingt-six conjurés s'étaient réunis dans une arrière-boutique pour tirer au sort à qui assassinerait le président de l'Assemblée Nationale €t le commandant de l'année de Paris; el la seule inspection des lieux qu'il désignait suffisait pour démontrer que le fait était impossible^ que .vîngt-sîx coiyui^ n'auraient pu tenir dans l'étroit espace où il affirmait qu'ils s'étaient rassemblés. il en était ainsi de toutes ses assertions. Son procès-verbal s'était qu'un tissu d'impostures et qpi*un échafaudage d'im-

possibilités ; il ne supportait pas un seul instant l'examen du bon sens.

Aussi Allais fiuit-il par faire cet aveu, que sa dénonciation lui avait été inspirée par M. Ton, son cbef hiérarchique.

Ce qui prouve qu'Allais ne mentait pas en accusant ainsi M. Yon, c'est que M. Yon feignit obstinément, et malgré l'évidence, malgré l'opinion contraire de deux de ses collègues, MM. Brun et Froîssard, c'est qu'il feignit obstinément Rajouter foi à cette œuvre de mensonge, à cet amas d'invraisemblances ; c'est, enfin, qu'appelé à donner à la Justice, des nouvelles d'Allais, qui avait disparu, il recueillait chez lui cet honune et cachait son retour au juge d'instruction.

Mais quels étaient, dans cette affaire, le but, le mobile de ce M. Yon? M. Yon était commissaire de police, spécialement attaché à l'Assemblée Nationale ; il dépendait de la questure : cette position dit tout. M. Yon voulait servir les haines ameutées contre le Prince; séide ambitieux d'une coterie passionnée, il espérait être récompensé plus tard de ses services.

Ajouterons-nous maintenant que les événements se chargèrent de dire avec éclat à qui M. Yon avait voulu plaire dans cette affaire? Lorsqu'il ftit clairement démontré que le complot de la Société du Dix-Décembre n'était qu'une fable non moins grossière qu'odieuse, le Ministère se crut en droit de demander au bureau de l'Assemblée Nationale la révocation d'un agent flétri d'une voix unanime par l'opinion publique. Eh bieni le croira-t-on, cet agent, des services duquel une As* semblée qui se respecte aurait rougi, cet agent, le bureau re* fusa de le sacrifier aux légitimes exigences du cabinet. 11 fallut que lui-même sentit la triste position qu'il s'était faite, et qu'il donnât sa démission.

Etait-ce enfin assez d'iniquités? Sonunes-nous arrivés au bout de cette guerre sans pudeur?

Non, l'Assemblée devait marcher, sans s'arrêter, dans cette voie Ameste. Dans ses désirs d'omnipotence, qui n'avaient

diantre but que de renverser le pouvoir du 10 décembre, elle devait aller, au grand scandale de Thistoire, jusqu'aux plus violentes extrémités, jusqu'à rempiètement sur la puissance judiciaire, jusqu'à briser des arrêts de justice.

Le 28 décembre, M. Mauguin, Représentant du peuple, avait été arrêté par un garde du commerce, en verte d'un jugement régulier prononçant la contrainte par corps. Alléguant sa qualité de Représentant, il avait demandé à être conduit en référé, et le tribunal de la Seine avait rendu un nouveau juge^ ment qui maintenait l'arrestation.

Cette décision du tribunal de la Seine était non-seulement respectable comme acte judiciaire, mais encore dictée par une saine appréciation des choses. Un motif politique, qui est compris de tout le monde, a fait prononcer jusqu'à présent l'inviolabilité du Rq>ré8entant pour ses opinions, pour ses discours, et en matière criminelle, sauf le cas de flagrant délit; mais quant aux dettes, soit civiles, soit commerciales, il est toujours resté, comme les autres citoyens, soumis au droit commun jusqu'à la charte de 1814. La charte de 18H, et, après elle, celle de 1830, qui créèrent un privilège au profit des membres de la Chambre des Députés à l'égard de la contrainte par corps, ne déclarèrent néanmoins ces députés inviolables que dans de certaines limites, laissant agir les lois dans l'intervalle des sessions. Quant à la Constitution de 1848, elle gardait le silence en ce qui concernait la contrainte par corps. Que voulait dire ce silence, sinon évidemment qu'elle rq>oussait une inviolabilité qui, en raison de la permanence des assemblées républicaines, aurait indéfiniment suspendu les droits des créanciers?

Cette manière de voir ne fut pas celle de la majorité, qui, méconnaissant le principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs, et prenant sous sa protection les Représentants insolvables, ordonna révolutionnairement que M. Mauguin ttA rendu à la liberté.

Tout le monde ee rappelle cette grande campiigne, cetli iUade un pea buriesque de VÂMixBà» des partis monarchiquei, qai s'en alla avec tant de ftmas se M^ rendre, par le gref fier de la prison pour dettes, la penon&e de ce pauvre M. Maugoin, et qni Im en donna quittance. M. Baze gagna vaiUanMBettt c« jour-tà aea galons de caporal dans Tarmée roy^dista.

Cette affaire M auguin eut encore des suites qui amenèreot enfin la destitution de M. Changamier.

Depuis plusieurs mois, M. Changamier était devenu imposaiUe. D'abord il exerçait un pouvoir extraordinaire qui ne^ pouvait survivre plus longtemps aux circonstances pour lesquelles on l'avait institué. Ensuite, il fatiguait sans cesse de ses prétentions exorbitantes tous les Ministivs de la guerre, a'interposant entre eux et tous les chefis de corps. Enfin, on se senvient de aon ordre du jour de novembre.

Le 3 janvier 1851, à propos d'interpellations adressées an ■ônistre de la guerre par M. Napoléen Bonaparte, sur des instructions émanées du quartier-général du commandant de Karmée de Paris, et publiées par un journal, M. Changamieff crut devoir monter à la tribune, et cet homme qui, au 13 juin, offrait ses services au Prince pour un coup d'Etat, qui, eu 1849, bisait si bon marché des prétendus droits de VAs&Uùr Uée Constituante, prononça ces étranges paroles : t Non-seu*

• lement les articles du journal dont on parle ne sont pas t textuels, mais je déclare qu'il n'y a rien de pareil dans ao^ i cune des instructions émanées du quartie^générai. Deas i aucune de ces instructions k dr&U eoruMutUnmel de VAêt semblée, de requérir Us troupes, fia iU vm en diseussioK « non phis que teirliele de sen^rêglemerU qui défère à son

• présiâefU fesereice de ce drcii. »

Certes, c'était là combler la mesure. Dans d'autres oircoor stances, cette iBConnaisBanca des droits de rissemblée eùi pu passer inaperçue ; mais dans les coiyonctureaoù on était alors

flu6, qiumd la tmj&tttÈ m montrait tôt» fes Jours de pftK en plus implacable et perfide dans ses hostilités, que signiflaR na fÊna langage, siiioii que H. diatigarnier s'associait â ces haines, et épousait toutes les mauvaises passons de TAssem* Wéet

Loi*4hp(Moii aurait été tm Kche et un tt! ais sll avait sup- ^orlA pt» Mngtemps de send^lables outrecuidances. Avoir tforft le message du 31 octobre et ne pas oser ^afiCrancfafr de la (uaeOe de M. Changamler, c'eût été fi&ire un pas en avant, pour e& tdre plus tard deux en mtière : c'eût été manquer de Murage ou dlHtiAfgence.

Le Prince ne manqua ni de Fim ni de Pàutre ; 11 fit rentrer dans son fourreau cette épée insolente, dont la pointe mena» ^alt, dans ma avenir r^^»\>ché, la liberté du vote mdversel, «t vwlaît ai piaeer entre le paya et Téia du 10 décend^re.

Par décWon du % janvier, le général perdit son double conaundement.

Ce qu'il y eut de curieux, c'est que cet homme, ^ui croyait flite en France la pluie et le beau temps, qui croyait, dans sa modestie, la fertone publique liée à la sienne, eut la douleur éi vtrir la Boofse sahier son départ par la hausse de tous les fonds publics.

La dntilstlon du Mtoât paf lementaire devait amener un «nge au sebi de l'Assemblée.

Doua ne première eacarmouehe, le 10 Jativfef, les cbetb d'éiiq[>loi ne samontrèrent pas en scène. Ils se bornèrent * f pousser une doublure,. M. de Rémusat.

M. de Rémuaat, eett» éloqiienoe à l'eati de roée, tê tribun de boudoir, monfa à la tribune pour demander que l'Assemblée aie retirât fanmédiatemeDt daw ses bnrtauk, ei y nommât ime Commission chai^ apprendre deg remMgnemefUê $nr ee qui se passait ^ et de soumettre à la Chambre les ftfsolulûms' que Us einomkmeesp^mr aient rendre fdeeeeaSrer.

Ce comité de salul public fut nommé, et clMisit poir soo

rapporteur M. Lanjuinaîs, un des ancieDfi Ministres de Louia- NapoKon.

Le grand combat conunença le 15 janvier, et dura plusieurs jours.

M. Berryer parla et fût sincère : il planta hardiment à la tribune le drapeau de ses sympathies, le drapeau blanc.

M. Thiers, ce môme M. Thiers qui, avant le 20 décembre, conseillait 'à Louis-Napoléon de ne pas s'engager dans son manifeste à respecter la Constitution, M. Thiers, disons-nous, fit entendre sa voix dans ce débat. Suivant ses habitudes, il flit moins loyal que le chef du parti légitimiste ; ses lèvres mentirent à son cœur : son cœur brûlait pour la régence, et il baisa la République sur les deux joues.

A défaut d'autres preuves, ces deux discours de M. Thiers et de M. Berryer auraient sufB pour démontrer aux plos in* crédules que le Prince, en frappant M. Cbangarnier, avait usé du droit de défense personnelle et préservé Tindépendance électorale de la France.

M. Baroche prit la parole au nom du Cabinet, et sa chaleureuse éloquence avait réussi à convaincre tous les esprits impartiaux de l'Assemblée, quand M. Thiers, pressentant sa défaite, crut devoir recourir à un expédient.

M. Lanjuinais, au nom de la Commission, avait proposé un ordre du jour qui renfermait à la fois un bl&me pour le Ministère et une apologie pour le général Cbangarnier. — Les factions républicaines, par haine pour le général Cbangarnier, repoussaient cet ordre du jour.

Pour conquérir les voix rebelles des montagnards, M. Thiers imagina de supprimer l'éloge du général, et de faire présenter par M. Sainte-Beuve un amendement ainsi conçu: t L'As- « semblée déclare qu'elle n'a pas confiance dans le Ministère, • et elle passe à Tordre du jour. »

Sur ce nouveau terrain, tous les partis se trouvèrent d'accord, et républicains modérés, montagnards, orléanistes, lé-

gitimistes, tous ces ennemis de la veille donnèrent au pays rédi&ant spectacle d'un vote fraternel. Les rancunes de toutes dates et de toutes couleurs se rencontrèrent et se donnèrent la main sur ce champ de bataille : à côté de M. Ghangamier, la victime du 9 janvier, on voyait M. Cavaignac, le vaincu du 10 décembre, et M. Dufaure, le Ministre congédié du 31 octobre.

Signalons cependant la conduite de M. Lamartine : nous BOUS sommes montrés sévères envers lui pour ses actes de 1848 ; raison de plus pour lui rendre la justice qui lui est due. M. Lamartine qui, du reste, retourna promptement aux saines doctrines, en 1848 dans la discussion sur le mode de nomination du Président de la République, et en 1849 dans le débat sur la proposition Râteau, M. Lamartine, en 1851, sut revenâiq[uer noblement les prérogatives du chef de TEtat, et l'opportunité que celui-ci avait mise dans l'exercice de son incontestable droit vis-à-vis de M. Ghangamier.

Mais revenons au vote du 18 janvier.

Ainsi , c'en était fait de la msyorité. Il s'était déchiré ce grand parti de l'ordre, qui avait adopté les importantes lois présentées dans les six premiers mois de 1850, par le Ministère du 31 octobre. La majorité, maintenant, c'était un assemblage de rencontre et sans cohésion, un pèle-méle de partis hétérogènes, une tour de Babel politique, une armée qui avait à la fois vingt cocardes et vingt drapeaux.

L'Assemblée Législative, dans sa lutte contre Louis-Napoléon, était tombée même au-dessous de l'Assemblée Constituante.

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