CHAPItRE NEUVIEIL
SovMAJiiB. — Betiaite du Hlntotère Bavodie. ^U «ibinat toiMnuUre et le Message du 24 janvier. — Colère de la nouvelle mi^o* flté; eue r^tte une demande de crédit pour frais de la Présidence. «-* Uuia-Ni^oléea vefue une sooserlpttoo nationale.— U propositUm Creton. — Nouveaux Ministres. M. LéoA Faucber» et Tanden cabinet modifié. -- Attaques de M. Sainte-Beuve. — Les pétitions sur la révision et sur l'article 45 de la Constitution. — Deux jnropositions de M. Pascal Duprat, Time contre le droit de suffrage» Fautra contre le droit de péUtton. *- Diseomt du Prince à IH|on«r- Les partis Vincriminent. — Le discours de Poitiers. — La question àd la révision. — Qu'aurait dû faire PAssemblée? — Discussion 4e la révision. — M. Dufaure et sa pcHitique; M. Victor Hugo, son portrait et son discours. — Rejet de la révision. — M. Baie attaque le pétitionnement. -* Yote de bUUne. — Les candWatWMi à la Présidence pour 1852.—Pose de la première pierre des balles centrales. — Napoléon révèle sa répugnance pour le suffrage restreint ; retraite du caMne!, le 15 octobre. — Message du 4 novembre.— Motion de M. Berryer.^ La proposition des trois queateurs. — L'Assemblée repousse le projet ministéri^ de loi électorale» et maintient le suffrage restreint. — Les trois questeurs modifient leur proposition. — Le droit de réquisition directe. — Ce que e*étaUque le Conseil d'État depuis i846. <- Le projet dsKH sur la responsabilité du pouvofr exécntlL— Encore le droit de réquisition directe. — Complot ; les deux décretssaisis à la questure. —Les deux cents Représentants napoléoniens.— Discours du Prinoe MX olQcieEB de Pannée de Paris.
Qu*étaii-il résulté de la triale campagne que wnm w9om décrite dans la chapitre précédent ?
Il en était résulté le contrare de ee qu'eqiénient les partit; les intrigants des factions de toutes les coulears, républicains et royalistes, s'étaient discrédités de plus en plus ; car Os
avaient, pendant deux mois, troublé la France et paralysé les affaires, inquiété l'industrie et le conunerce. Puis, à mesure qu'ils déclinaient dans ropinion publique, ils avaient augmenté, sans le vouloir, par leurs injustices, la popularité de Tbomme qu'ils avaient imprudemment attaqué.
Le vote de défiance du 18 janvier, eut pour effet de déterminer la retraite du cabinet du 31 octobre; il était difficile à des Ministres ainsi bl&més et repoussés par une Chambre hostile, devenir tous les jours affronter ses répugnances. La situation n'était pas supportable pour eux. Demeurer au pouvoir après ce qui s'était passé, c'était s'apposer à se faire accuser, soit d'une ambition sans dignité, et résignée d'avance i toutes les humiliations, soit d'une pensée de bravade et d'aveugle entêtement.
Loui&-Napoléon ne recula cependant pas devant le vote du 18 janvier : s'il fut obligé d'accepter la démission de ses Ministres, il maintint avec fermeté la démission de M. Changamier.
Voilà donc tout ce que gagnait la coalition monarchico-répu blicaine, la retraite des hommes honorés de la confiance du Président! C'était bien peu sans doute, mais c'était beaucoup trop encore : c'était revenir à d'anciens errements , et commettre un grossier anachronisme. Sous une monarchie , on comprend que le roi , irresponsable d'après la ConstitutioD, accepte de la main des Assemblées im cabinet tout fait, quiJ ne puisse pas s'entourer de Mim'stres de son choix ; mais sous la république, un Président, déclaré par la Constitution révocable et responsable, doit avoir le droit de choisir et de conserver, tant qu'ils n'enfreignent pas les lois, les conseillers qui ont ses sympathies et s'associent à sa politique.
Ce droit, Louis-Napoléon s'en laissa dépouiller, il subit patietnment la violence qui lui était faite.
Ne pouvant prendre un Ministère dans l'Assemblée , parmi ses ennemis, il en forma un en dehors des partis pour Texpé-
dition des affaires, en attendant que la véritable mqjorilé, la majorité homogène brisée par les derniers événements, ^re- Gonstituàt, que ses tronçons épars pussent se renouer. Il composa ce cabinet nouveau et transitoire d'honunes d'élite, pris parmi les cbefe des différentes administrations, et en informa l'Assemblée, en lui adressant le message suivant, où se manifestait ce même esprit de conciliation et de mesure qui avait inspiré celui du 12 novembre :
Piris, 24 janvier 1851.
A Jfonfîmr le Président de VAssmblée Naiianale LégisUUi^e*
i Monsieur le Président ,
« L'opinion publique, cdbflante dans la sagesse de TAssem- « blée et du Gouvernement, ne s'est pas émue des derniers « incidents; néanmoins, la France conunence à souffrir d'un « désaccord qu'elle déplore. Mon devoir est de faire ce qui
• dépendra de moi pour en prévenir les résultats fâcheux.
• L'union des deux pouvoirs est indispensable au repos du « pays. Mais, comme la Constitution les a rendus indépen-
• dants, la seule condition de cette union est une confiance f réciproque.
f Pénétré de ce sentiment, je respecterai toujours lesdroita « de l'Assemblée, en maintenant intactes les prérogatives du
• pouvoir que je tiens du peuple.
• Pour ne point prolonger une dissidence pénible, j'ai ac* t cepté, après le vote récent de l'Assemblée, la démissioD d'un « -Ministère qui avait donné au pays, à la eajose de l'ordre,
• des gages éclatants de dévouement.
• Voulant, toutefois, reformer un cabinet avec des chances t de durée, je ne pouvais prendre ses éléments dans une ma* i jorité née de circonstances exceptionnelles, et je me suis
• vu à regret dans l'impossibilité de trouver une combinai-
« son parmi les membree de la minorité, malgré son im- « pSrtnee.
« Dans cette conjonetnre, et après de naines tentathres, Je « me suis résohi è former mi Ministère de transition, com* « posé dliommes spédanx, n'appartenani à aucune fraction f de fAssemblée, et déddé à se Hvrer aux afllaires sans préoo- « oupatlon de parti. Les hommes honorables qui accepta
• cette tâche patriotique auront des droits à la reconnaist sanoedupaya.
f L'administration continuera donc, comme par le passé. « Les préventions se dissiperont au souyenir des déclarations « solennelles du message du 18 novembre. La msjorité réelle « se reconstituera ; rharmonie sera rétablie, sans que les
• deux pouvoirs aient rien sacrifié de la dignité qui fait
• leur force.
« La France veut avant tout le repos, et die attend de ceux « qu'dle a investis de sa confiance une conciliation sans fiit- « blesse, une fermeté calme, TimpassâbUité dans le droit.
« jkgréei, Uonsieur le Président, eta, die
• L.-If . BanApAiTt. s
Quoi de plus sage et de moins passionné que oe laogagef Et cependant, dès qu'elle en eut connafssanoe, la coalition édata en murmures et en menaces contre le Prtsident. laie prétendit qu'il avait joué la comédie, tn «Eignant de cherdier pendant six jomv m cabinet dans l'Assemblée. Elle cria que la PriDoe vioulait rhumiUer par le diofx de Mtnislres extraptilementairei» qu'il était nécessidre dt loi donner une leçon. Divers projets furent mis «i «vant : les uns étaient d'avis dt lédiger ime adresse agressive m réponse joi oussage ; les aitfres penchaient pour un oodre du jour moÉlvé^ dans lequel en déclarerait que le ponvoir exécutif était sorti de Fespritds kConstUtttion en disant quil existait deux pouveics indépei^
4ant8 ; lespta» trdaits, allant difettamnt au fttft, paiW^ 4e mettre en aeooaattoa le Présllent de la R^ubCque.
Tout cela aboutit à des inteipellatione ftitee le 21 janvier, par un comparfB ebeonr de la nouiFeOe majorité, M. Ho^yn de Tranchère, qoMemanda an nouveea eabiaet : t Où noue «onduteeMonsf • A qud le Minietën, par Tergane de M. de Boyer, garde «deiaoeatti intérimaire, répondit^ • AunMijnalè» déflnâiC. • fit aur cette réponse, TAssemldée adopta im onke dn jour pur et staple, i^oniBant sa oolàre à un autne moment.
€e mmneot attendu ne se fit pas attendre longtemps. Le 3 ihrrier, le Afiaielre des ilnanoes présentait à la CJtiambre un projet de loi demandant un crédit supplémeutaire de 1,800,000 francs poor lestais de rQ)résentaUon de la Présî- -denee de la S^iddique. L'Assemblée appela à examiner ce projet une Commission composée des plus purs montagnards) d'orléanistes et de légitimistes, une Commission où, à c6té de MM. Bac, Salvat, Grévy., on remarquait MM. Cbambolle, Piscatory, Baze, Creton, Mornay. On sait quel fut iç sort de ee projet de loi^ vainement défendu par Téloquence de M. de Montalembert Une majorité de 102 voix le rejeta, et le punit de ne pas être, 4)omme celui de l'année précédente, protégé par M. OiAi^amiar.
Ce vote produifiit dans le pays une pénible sensation, et dé* jà de tons côtés une souscription nationale s'organisait pour réparer la fimte de l'Assemblée, lorsque Louis-Napoléon, voulant épargner à bi France les agitations et Téclat inséparables d'une manifestation de ce genre» fit publier par le Jfa- «•leur la note suivante : • Dans la prévision du re^t qui vient a d'avok lien an siQet des fhds de r^ésentatioa, des souit criptiooi nombrenses s'organisateitf.«--C'était làuntémcri- « gnage invosant ei manifeste de sympathie et d'approbation f pour la conduite du Président. U en est profondément ton- « ciié,et remerde cordialement tous ceux qui en ont eu la
« pensée. Mais il croit devoir sacrifier au repos du pays une t satisfaction personnelle. U sait que le peuple lui rend just tiee, et cela lui suffit.
i Le Président refuse donc toute souscription, qfudque « spontané et national qu'en soit le caractèfe. »
L'élu du 10 décembre ne répondit à de hargneuses inimitiés que par la note dont nous venons de donner connaissance. L'Assemblée, qui tenait les cordons de la bourse, refusait de les délier, pour avilir et dégrader le premier magistrat de la République ; c'était son droit, et, quoiqu'elle fit de ce drcA rigoureux un déplorable usage, le Prince se soumit, en apportant dans les dépenses de sa maison les réformes nécessitées par ce refus. Il ne souffrit que d'une chose, ce fut d'être obligé de circonscrire ses libéralités dans des limites plus étroites, de ne pouvoir plus obéir aux élans de son cœur charitable, et de répondre à tant d'honnêtes et touchantes misères qui se pressaient tous les jours à sa porte: i Vous « reviendrez plus tard : en ce moment je ne puis rien pour • vous. »
Dans le sein d'une des flractîons de la ligue monarchique, on conmiençait déjà, au mois de mars de l'année 1851, à rêver pour 1852 des candidatures à la Présidence de la République. Pour floicililer le succès d'une de ces candidatures, celle du Prince de Joinville, qu'on n'avoua hautement que plus tard, peut-être aussi dans l'espérance de préparer le triomphe de la régence, cette illusion de M. Thiers, M. Creton et quelques orléanistes de ses amis ramenèrent à la tribune une proposition qui s'y était déjà montrée, celle d'abroger le décret de bannissement porté contre les Princes de la maison de Bourbon. Mais comme la majorité royaliste n'était d'accord que pour détruire, et que, aussitôt qu'il s'agissait de mettre quelque chose à la place des ruines à faire, elle se divisait inévitablement, l'Assemblée, pour gagner du temps, i^oumait à six mois la proposition Creton, désavouée par le paHi légitimiste.
Cependant, le pays demandait un cabinet déflnîtif. Il notait pas possible de prolonger davantage l'existence du Ministère transitoire. Après de longues et inutiles négociations pour en composer un qui eût ses sympathies et cdles de la majorité de l'Assemblée, Louis-Napoléon se vit obligé d'appeler de nouveau au pouvoir quelques-uns des hommes condamnés par le vote du 18 janvier. Soigneux pourtant de ménager d'ir^ ritables susceptibilités, il entoura ces hommes de noms pris sur les bancs des partis royalistes, mais suflBsamment ralliés à sa politique ; enfin, à MM. Chasseloup-Laubat, de Crouseilhes, Baroche, Fould, Rouher, il associait M. Léon Faucher, connu par son dévouement au principe parlementaire, par son culte pour la légalité, et dont le nom devait suffire pour dissiper les plus ombrageuses préventions.
Le jour où les nouveaux Ministres se présentèrent à la Chambre, à peine M. Faucher avait-il lu le manifeste de sa. politique, manifeste qui promettait le respect de la loi et le maintien de Tordre, que l'auteur de l'amendement du 18 janvier, M. Sainte-Beuve, proposait à l'Assemblée de condamner le Ministère sur ses noms, sans attendre ses actes, et de renouveler le vote de défiance. L'Assemblée rqetait cette demande, consentant dédaigneusement à laisser végéter le cabinet, et réservant toutes ses passions contre celui dont il était l'jouvrage.
Pendant que ces faits se passaient dans l'Assemblée, l'ineertitude de l'avenir pesait de plus en plus sur les esprits, arrêtait les transactions, dépréciait les valeurs de tout genre, paralysait l'élan de l'industrie. Le parti rouge, dans les départements et à Paris, se relevait du coup qu'il avait reçu au 13 juin; fort des divisions du parti conservateur, enhardi par ses alliances récentes avec les royalistes, U tramait le complot de Lyon, il menaçait et effrayait toute la France de la fatale échéance de 1852.
Déjà, en 1849cten 1850, plusieurs conseilsgénéraux avalent
émis le vœu d'une révision du paole fondamental; naisen 1851 ce sentiment fit eiplodon dans de bien autres proportions. De toutes parts les conseils municifiaux des plus hum* blés communes, comme desi^llea les plus opulentes, prirral part à ce grand mouvement, et des fioti de pétitions, dont os grand nombre s'attachait spédalemeiit à demander l'abrogih tîon de Farticle kS et la pleine liberté de la France électorale, commeacàre&t, au mois de mai, èMoader la tribane pai^Iomentaire.
Ce pétitionnement immense, (pA, au mois de joniet, atteignait le chiffre gigante8()ue de deux millions de signataireB, ne se peut tomparer qu'à celui par lequel le pays, deux ans avant, avait réclamé la dissolution de rAssemUée Constituante.
De toutes ces pétitions, nous nous contenterons d'en citer deux : l'une, de la petite commune de Nogent-les-Yierges, dans le département de l'Oise ; l'autre, du comité général qui s'organisa à Paris dans le but de centraliser toutes les manifestations de l'opinion publique sur cette grMde question de vio et d'avenir national.
Voici la pétition de Nogent-Ies-Vierges; elle nous a frappés par la justesse des arguments, par sa logique droite et saine, par la clarté des conclusions.
U eomeU mwiidpal U Us kal>Uant$ de NogmtAeê-Fiergm
à V Assemblée NaHonale.
« Par la combinaison des articles 31, 45 et 40 de U Constitattoo, « rélection des membres de rAssemblée devant composer la Chambra « qui conUnuera celle dont voua faites partie , el l'élection d'un noo- • veau Président , doivent avoir tteo simoltaiément dans les premiers « jours de mai 1852 ; c'eat-à-âke qu'à cette époque, en outre de Tagi* « tation qui accompagne toujours les opérations électorales même « lorsqu'elles sont simples, Il y aura, par le fiait de la rencontre des « deux électtons, une espèce de suspension du pouvoir exécoti(
« nementale.
• C«rt0s, lonqoe^talégiilaiMnsdel'Aneinblêe^^
• rédigé la Gonstitatlon , Us n'ont pas voulu pi^parar un teil Msai « nêu^Vpovlâ tranfontité plMÉ^OB, etansi bvorabto mk pro> « Jeli de raMicUs. Ami» Patlel» Mi d^laConalitaiion» daasla « fréTlslo»d'aofUtssA»laliHikl^laMill»aMUdeiéTl8ionte
« Constitution.
« ToutelaFrance» en présence des maOïeur^teitlepayêast menacé
« par suite des doubles élections de 1852, se préoccupe de cette épo-
« 4«e, eamau en s'iaquièt» de désastres possUMes, en présenco de
. « signes certains qui annoncent un orage ou une inondation qui por-
« terait le ravage et la désolation danf le pays qui en serait atteint.
« De là rétat de malaise auquel la France est livrée , la langueur ou
• la fesaaiMo des alUret» tenaserremem ta eapttaiii, eha détresse c de rindustrie» de Tagriculture et du commerce.
« Il appartient à TAssemblée de Ikire cesser un état de choses aussi « déplorable : toute la France , dans ce moment, élève la voix vers « eHe pow lui demander de la sauver-
« Peut-^tre i ee vcmi de révision fai est tout constitutionnel » et « pour que les Représentants connaissent Pétat de Topinion publique « dans les diverses contrées de la France , est-il nécessaire que lea € soussignés (goûtent ici tempressùm du désif qi/ik auraient de vùit
• proroger peur plusieurs mméee IsrpovvMrs du Présilent actuel,
• dont le nom glorieux est eOfCore si magique parmi les populations « iodustrielles et agricoles. »
Voici maintenant la pétition formulée par le comité central de Paris^ composé de MM. de Turgot^ Pepin-Lehalleur, de Beaumont-Vassy^ Lebobe, Thayer, etc.
rarii, S «ui iSSi.
A MM. las Aspr^sanionts du peupla.
MassiBURty
« L'expérience a démontré à la Fmnca les vices de la Gonslitutimi « de 1848, les impossibilités et les périls qu'elle renferme ; sa révision
• est devenue une Impérieuse nécessité.
« Au nom de Pagriculture, du commerce» â» PinAistrie, et surtoul « dee populaliana laborieiMea, au nom de to«» les intérêt» en soof-
« france«an nom du salut du pays» les soussignés font appel à Totr» « patriotique sollicitude.;
€ Il leur appartient de vous signaler le danger; il yous appartient « de le iaire disparaître.
€ Pleins de confiance dans YOtre haute appréciation des intérêts du m pays et des moyens de salut que la Constitution elle-même a mis « dans vos mains, les soussignés vous prient de déddar que la Goosti- « tuUon sera révisée.
Il n'était pas possible que des pétitions empreintes d'un pareil esprit n'excitassent pas les colères de certains membres * de rAssemblée.
M. Pascal Duprat , ce même Représentant qui, sous le règne de rAssemblée Constituante, gagna si bravement ses éperons dans cette lutte de toute ime Assemblée contre un seul bomme, contre l'élu Mur du 10 décembre , M. Pascal Duprat, en 1851, s'était déjà, dès le mois d'avril, signalé par une proposition qui édictait des peines rigoureuses contre quiconque provoquerait^ souiiendraii par ses discours, par ses écrits, par une manomvre quelconque, une des candidatures interdites par l'article 4^5 de la Constitution, et qui, en outre, obligeait les bureaux des assemblées électorales à déchirer et annuler les bulletins portant le nom dCun candidat inéligybU^ en leur interdisant de mentionner au procès-verbal ces bulletins. C'était là une proposition si folle, si absurde, si incoDsti tutionneOe même, et si contraire aux droits de rAssemblée, que celle-ci la repoussa.
On comprend qu'un homme qui foisait si bon marché du droit de suffrage , ne devait pas se montrer plus respectueux pour le droit de pétition. M. Duprat appartient cependant à un parti qui n'a guère laissé échapper d'occasion de déclamer à la tribune en faveur de ce dernier droit ; mais ce parti a des principes si élastiques, il en change si aisément au gré des dr* constances et de ses intérêts 1 Toiyours est-il que le 5 mai, lorsque les premières pétitions demandant la révision et la
prolongation des pouvoirs se produisirent aux yeux de TAssemblée, M. PascAl Duprat, au nom de la Montagne, cria à nnconstitutionnalité ; ce qui n'empêcha pas l'Assemblée de trouver qu'il allait beaucoup trop loin, et de décider que le vœu populaire méritait un peu plus d'égards, sinon au fond, du moins dans la forme.
M. Pascal Duprat n'était pa» un adroit ennemi, ses alliés eux-mêmes le désavouaient.
Tandis que la France pétitionnait en masse pour la prolongation des pouvoirs présidentiels, Louis-Napoléon parlait de Paris, le l«'|uin, pour Dijon, où il allait inaugurer le chemin de fer qui conduit de Tonnerre dans cette ville. Partout sur son passage, à Sens, à Melun, il était accueilli par le même enthousiasme que sa présence avait fait éclater déjà dans ces contrées en 1850. Arrivé à Dyon, il prononçait le discours suivant au banquet que la municipalité lui offrait dans le palais des anciens ducs de Bourgogne, devenu aujourd'hui l'Hôtel-de-Ville :
« Je voudrais, dit le Prince, que ceux qui doutent de Tave-
• nir m'eussent accompagné à travers les populations de
• l'Yonne et de la Côte-d'Or. Us se seraient rassurés en ju-
• géant par eux-mêmes de la véritable disposition des esprits, i Us eussent vu que ni les intrigues, ni les attaques, i^ les dist eussions passionnées des partis, ne sont en harmonie avec t les sentiments et l'état du pays. La France ne veut ni le ret tour à l'ancien régime, quelle que soit la forme qui le dé-
• g:uise, ni l'essai d'utopies funestes et impraticables. C'esf
• parce que Je suis l'adversaire naturel de l'un et de l'autre,
• qu'elle a placé sa confiance en moi. S'il n'en était pas ainsi, ,
• comment expliquer cette touchante sympathie du peuple à
• mon égard, qui résiste à la polémique la plus dissolvante et
• m'absout de ses souffrances?
« En effet, si mon gouvernement n'a pas pu réaliser toutes
• les améliorations qu'il avait en vue, il faut s'en prendre aux
« manœuvres des factions, qui paralysent la bonne v^lmU i des Assemblées coçune celle des Gouvernements les pin» 1 dévoués au bien public C'est parce que vous Tavez com{nîs • ainsi, que j'ai trouvé dans la patriotique Bourgogne un aef cueil qui est pour moi une approbation et un encouragec ment.
f Je profite de ce banquet i^omme d'une tribune, pour ouc vrir à mes concitoyens le fond de mon coeur. Une nouvelle c phase de notre vie politique commence. D'un bout de la 1 France à l'autre des pétitions se signent pour demanda la « réviûon de la Constitution. J'attends avec confiance les ma- « nifestations du pays et les décisions de l'Assemblée, qui ne i seront inspirées sans doute que par k seule pensée du bien i public.
« Depuis que Je suis au pouvoir, J*ai prouvé combien» an i présence des grands intérêts de la société, je faisais abstraoL c tion de ce qui me touche. Les attaques les plus injustes et f les plus violentes n'ont pu me foire sortir de mon calme» c Quels que soient les devoirs que le pays m'impose, il me c trouvera décidé à suivre sa volonté ; et, croyez-le bien. Mesc sieurs, la France ne périra pas dans mes mains. »
Ce discours Ait l'objet d'une trè^-violenie polémique, soit dans la presse, soit à la Chambre. On prétendit qu'il n'avait pas été fidèlement reproduit par le Moniteur j et que Louis* lïapoléon avait, dans une phrase supprimée après coup, calonmlé l'Assemblée Nationale. On lui reprochait d'avoir dit f que si la Chambre lui avait toigours prêté un concours emf pressé pour les lois de répression, il n'en avait pas été de « même pour les lois d'amélioration matérielle. • Nous ignorons si le Prince prononça en e&ét une pareille phrase, nous ne le croyons pas ; mais, quand cela serait , était-ce là une ca* lomnie ? Et qui ne sait que la Chambre s'est totjjours montrée plus diq>08ée à faire des lois restrictives sur la presse, sur les clubs, etc.) qu'à ouvfir des chemins de fer^ qu'à creuser des
cmauz, qn*k régler, par exemple, la question des hypotbé* ques ? Tous oeux qui lisent les Journaux ont remarqué cela •
* ili le sayaient avant que le Prince leur en pariÀt, si toutefois il astvrai qu'il Tait dit.
Donnons maintenant au lecteur coonaissance du beau discours que prononçail, un mois après, Louis-Napoléon à la cérémonie dlnauguration du chemin de fer de Poitiers. On y verra comment le Prince, dans cette allocution nouvelle, de même que dans celle de Dyon, en appelait des partis au pays, et s'inclinait, comme toigours, devant la volonté nationale.
c Soyez mon interprète auprès de vos concitoyens, disait^ c il au maire de Poitiers, pour les remercier de leur accueil a si cordiaL
« Comme vous J'envisage l'avenir du pays sans crainte, « car son salut viendra toi^ours de la volonté du pei^le li- « brement eiiuimée, religieusement acceptée. {Exphêion de c brmvoi.) Aussi J'appelle de tous mes 'vœux le moment sof lennel où la voix* puissante de la nation dominera toutes les a oppositions et mettra d'accord toutes les rivalités; Car il est s bien triste de voir les révolutions ébranler la société, re- « oouveler les ruines, et cependant laisser toujours debout c les mêmes passions, tes mêmes exigences, les mômes éléi ments de troubles.
« Quand on parcourt la France, et que l'on voit la richesse a variée de son sol, les produits merveilleux de son indus- « trie, lorsqu'on admire ses Oeuves, ses routes, ses canaux, c ses chemins de fer, ses ports que baignent deux mers, on « se demande à quel degré de prospérité elle n'atteindrait € pas si une tranquillité durable permettait à ses habitants « de concourir de tous leurs moyens à ce bien général, au c lieu de se livrer à des dissensions intestines.
i Lorsque, sous un autre point de vue, on réfléchit à cette c unité territoriale que nous ont léguée les efforts persévéa rants de la royauté, à cette junité politique, judiciaire, ad-
• mînîstrative et commerciale que nous a léguée la révolu- « tion ; quand on contemple cette population intelligente et
• laborieuse, animée presque tout entière de la même croyance
• et parlant le même langage; ce clergé vénérable qui en- « seigne la morale et la vertu ; cette magistrature intègre qui 1 fait respecter la justice ; cette armée vaillante et disciplinée c qui ne connaît que Tbonneur et le devoir; enfin, quand on € vient à apprécier cette foule d'hommes éminents. capables c de guider le Gouvernement, d'illustrer les Assemblées aussi « bien que les sciences et les arts, on recherche avec anxiété t quelles sont les causes qui empêchent cette nation, déjà si « grande, d'être plus grande encore, et Ton s'étonne qu'une t société qui renferme tant d'éléments de puissance et de i prospérité s^expose si souvent à s'abimer sur ëile-méme.
t Serait-il donc vrai, comme l'Empereur l'a dit, que le vieux « monde soit à bout, et que le nouveau ne soit point assis? « Sans savoir quel il sera, faisons notre devoir aujourd'hui, c en lui préparant des fondations solides.
« J'aime à vous adresser ces paroles dans une province re- « nommée à toutes les époques par son patriotisme. N'ou- 1 blions pas que votre ville a été, sous Charles VII, le foyer < d'une résistance héroïque, qu'elle a été pendant quatorze
• ans le refuge de la nationalité dans la France envahie. « Espérons qu'elle sera encore une des premières à donner « l'exemple du dévouement à la civilisation et à la patrie, t
Arrivons maintenant à la discussion relative à la révision du pacte fondamental.
Mais d'abord, recherchons ce qu'aurait dû fWre l'Assemblée Nationale bien inspirée. Nous jugerons ensuite ce qu'elle fit.
Que demandait la France par l'organe de deux millions de citoyens? qu'avaient demandé en 1850 la plupart des conseils généraux? Demandaient-ils, avaient-ils demandé la révision pure et simple de la Constitution? Non; parmi les vices de
cette loi suprême, un surtout les avait frappés : c'était Varlide 45, qui ne pennettait pas la réélection ; c'était cette disposition attentatoire à la souveraineté nationale qu'on trouait avant tout nécessaire et urgent de supprimer.
Maintenant, quels étaient les moyens que le pacte fondamental donnait à la Chambre pour satisfaire la volonté publique?
Il y avait d'abord, cela est vrai, l'article iii, ainsi conçu : f Lorsque, dans la dernière année de la législature, une Asi semblée Nationale aura émis le vœu que la Constitution f soit modifiée, en tout ou en partie, il sera procédé à cette i révision de la manière suivante : — Le vœu exprimé par t l'Assemblée nesera converti en résolution définitive qu'après « trois délibérations successives, prises chacune à un mois «.d'intervalle, et aux trois quarts des suffrages exprimés. Le « nombre des votants devra être de cinq cents au moins. »
Que de causes de lenteurs et d'agitation permanente dans l'emploi de ce mode de révision l Une triple discussion à trois mois d'intervalle, le chiffre obligatoire de cinq cents votants, et enfin, les trois quarts des suffrages exprimés! Cette dernière condition surtout, rapprochée de l'état des forces des divers partis à l'Assemblée, était tdle, qu'elle rendait tout-à-fait impossible la satisfaction demandée par l'opinion publique, si on suivait l'espèce de procédure indiquée par l'article 111. Les irdx de la Montagne suffisaient presque pour foire repousser toute demande de révision, et on n'ignore pas que la Montagne était peu favorable à ce projet.
Mais n'y avait-il donc aucun moyen de se soustraire aux entraves de l'article 111 ?
Il y en avait un, il y avait un mode de révision praticable, jrapide, n'oflhmt aucun des inconvénients que présentait celui dont nous venons de parler ; il avait été proposé dès le mois de janvier 18!^9 par M. Dupin, dans son Commentaire de la Canêiituiian ; par M. Dupin, le savant jurisconsulte, qui,.
aprÔB ftvobr critiqué lesfonnaI<téa coœpliquéed de Tartfole 111 , ijwUit;
t Vne Asietnbîêe pourraiUette, au lieu de proposer queU c ques articles à la révision iune autre Assemblée, proposer ff ^reetement cette révision à la sanction dupeuple souverain ifnifcle i^'de la Constitution)? dupeuple, de qui tous les •pouvoirs émanent (art. 18), et dont V Assemblée Nationale f elle-même n'est qvtune délégation (art. 20) ? — Si cela arrû t vait, qui pourrait s'en plaindre, puisque le peuple entier sef rmt appelé à prononcer dans les comices du suffrage uniit^«f{(art. 24)? »
M. Dupin, il est vjrai, ne crojalft pas ce mode de féfkioii upplicaWft dans tous les cas. Pour la scduiion de quesMoos difficiles, accessibles seulement aux écrits cultivés, il estimail qu'il se fallait pas c(msulter le vote unirerael, qu*0 fkllait ste imr à Tartide illt au mode de révision par une AssemUée ^éciale. Mais était-ce une questien épineose, d'un ordre fla* périeur, que celle rétive à Tarticle 45 ? Les plus humbles b^ teIKgienceSy comme les esprits les plus élevés, n'étaient-dte» pas en mecure de la résoudre? Qui donc, en Franoe, n'était pas comble de répondre par omoaparnoii à ceci: c Vouh»- « vous que Tarticle 45 soit abrogé» et que le Présâdent aciaal 4 de la République soit rééligible ? t
Ce mode de révision était donc parMtemcBt praticabit; il était très-conforme, sinon à la lettre, du moins, ce qui mst mieux, à l'esprit d'une constitution démocratique. M. Dnpin, a «st vmi, n'y avait peulHôtre songé qu'au profit d'une monarchie ; mais enfin il l'avait découvert, approuvé et prtoé« Pour quoi donc l' Assemblée n'y eut-elle pas recoure? L'emploi d'tn pareil procédé eût été le remède i nos maux ; Q nous eM épargné l'opération terrible, mais nécessaire, du 2 déœnbra. ]>ans quelques jours, la France, si eoufflrante dqHiùi un an, aurait été guérie. Pourquoi la Chambre «kna-t-dle deno*
fieler MipriionDée dans les inextiiDsbtoB Heu éê Far-
Vomvm ? C'est qoe la Ghandm^ par mi nste de respect pour ropnùon publique» et» d'un aotra cAté, redoutant le verdict do pa9« aux élecUooa fiitures i rAsseiublée Législathe, Youlait paraître dâ^irer une révision, mais qu'elle espérait bien «UfiAigî^ ta^^vg^i^HM de J'artide 111, que eette révision ne serait pas votée.
Sd cela, (m C(»i)])oreiul le oaloul daa partis royalistes, qui, en ftjaaflt obstacle à la rééligibilité du Prince, contoitaient à la UàB leur baine contre lui et leur répugnance pour la Bépublifue» U$ rojalistas espéraient, eu effet, que la France se lass^^t bientôt de cette instabilité gouveraemeptale, ds ces niKNiveUeneaU de pouvoir tous les quatre ans, de eette prélandœ souveraineté qui n'avait pas même le droit de réélim Vh^nam de sas piélémno^* « Qua&d le pays en aura asset, « disaient-ils, U faudra bi^n qu'il se r^|iHte dans nos bras, et « 4«e,affamé;, misérabl^ue sacbant plue & quel saint se vouef , a tt nous dise; '^Pennes^moi donc un roi, et que eek finlssel •
ttais si on s'eaydlique aisément la conduite des partis dynaati^pes, on a peine h comprendre les partis républicains. Ils Avaieut, eux, un intérêt cont/«âre; ils avaient intérêt k faite ^nf la Bépubliquei ils devaient donc demander les preduers qu'on en wrtia^t i^ défav^ qu'OD b rendit piq^iertable as pays.
Béliisliln'enflitpisainsîs la CoPA^tution étaK letH* fille, et ces pères si tendes ne voyaient pas ses vices. Ils la trou* raient, ou du moms ite feiguaiwt de la trouver adorable et parfiBdt^
Et respritde parti wind te» hommes ai sourds et si awugie», (pue UM» o» élusiA» jaFuyaee n'entendaient pas la France qui l0Vdî8ait : f le «snx oanaifviv m qui est, nen de plus, rien a de moîAs; t et i^i^lsiitvtyaiaiil pas qu'ffli maintenant l'exdtasîw du Prime, is (mx^Aià finoore davantage, s'il est
possible, sa nomînation! Et ils ne voyaient pas non plus la haute position qu'ils préparaient à cet homme, qui, nommé en dépit du pacte fondamental, aurait le droit de tout oser, et de leur dire : « Le pays vient de m'élever au-dessus de la loi, 1 au-dessus de vous tous, au-dessus de la Constitution. Tout
• ce que je veux, je le puis à cette heure. • Dirons-nous maintenant quelques mots de la discussion?
La discussion, qui commença le 1( juiDet et hit dose le 19, offrit ce caractère particulier, que personne n'osa aborder franchement la vraie question, et attaquer résolument Tarticle (5, tant on redoutait de froisser les préventions et les haines de la majorité 1
MM. Berryer et Falloux plaidèrent en fiiveur de la réviAon totale, c'est-à-dire pour la monarchie légitime et de droit divin. C'étaient des plaidoiries fort inutiles, et ils savaient fort bien qu'ils auraient peu d'écho dans l'Assemblée.
• MM. Dufaure, Grévy, Michel (de Bourges), Cavaignae, repoussèrent toute espèce de révision. M. Dufàure prétendit que la France prendrait peu à peu l'habitude des renouvellements quadriennaux de la Présidence, et qu'une fois accoutumée elle ne s'en inquiéterait plus. Cela nous rappelle ce itri d'Asie, Mithridate, qui, lui aussi, à ce que dit l'histoire, habitua son corps peu à peu au poison. Mais les nations n'aimeot guère à se traiter ainsi ; et d'ailleurs, nous doutons que œ régime-là fût favoraUe à la santé de Mithridate. La Franœ aurait peine à s'accommoder de médecins qui lui diraient, comme M. Dufaure : i Vous voulez vous guérir, n'est-ce pas ?
• Eh bieni vous avez tort: gardez la maladie, cda vaut t mieux ; votre corps finira par s'y flaire. •
Au reste, MM. Berryer, Dufaure et leurs amis, tout en partant de points diamétralement opposés, arrivèrent aux mêmes conclusions, et soutinrent avec achamem^t que si la révision légale n'avait pas lieu, et si liOuis-Napoléon élaH
nommé en 1^2 malgré la Constitution, l'élection nationale devait être annulée.
MM. Coquerel et Barrot /tarent les seuls orateurs qui laisfièrent percer un peu de sympathie pour le Prince.
Nous voudrions bien ne pas parler du discours de Fauteur de Notre-Dame^ Paris ; mais le scandale fut trop grand pour que nous puissions le passer sous silence.
M. Victor Hugo, cette parole théâtrale et idolâtre d'ellemême, alliage oratoire où le clinquant domine et oii se trouve si peu d'or pur ; cette éloquence à grand orchestre, qui ne sait qu'éclater et tonner, qui s'adresse sans cesse aux sens, parfois à ^imagination, presque jamais à la raison ou au eoeur ; ce singulier talent, qui aurait honte de dire quelque ehose simplement et avec calme, comme si la simplicité n*était pas le cachet de la vraie grandeur, et le calme celui de la vraie fbjpce ; cet homme d'État sans idées, qui «npruntait celles de la Montagne ; cet écrivain qui encensa toutes les royai^és debout, et renia toutes les puissances tombées ; qui se plaçait d'abord sous le patronage du parti conservateur, et ensuite se séparait de lui, parce qu'on reflisait d'épouser toutes les débauches de sa pensée et d'admirer ses écarts de langage ; eet orgueil comparable à celui de l'archange rebelle du^poète Milton, cet ambitieux qui disait à qui voulait l'entendre : t Ce n'est pas ministre, c'est Président de la République que je veux être I » (Président de la République, l'auteur de Xuy-Blaê et des Burgraves t) ; M. Victor Hugo, disons-nous, Alt digne de lui-même dans ce débat sur Is^ révision : au lieu de raisonner, il outragea; au lieu de discuter, il diffama. Il eut la gloire de ramasser les pauvretés et les brutalités tombées trois ans auparavant des lèvres de M. Clément Thomas à la tribune de l'Assemblée Constituante, et de les faire repalaltre ornées de fleurs de rhétorique. Il n'oublia qu'une chose, c'est que l'iiqure ôte toute autorité à la bouche qui s'en sert, €t tout ce qu'il gagna, ce flit de s'attirer, pour prix de ses
mensonges et de ses insolences, les plus Aires et les fbm justes vérités. . *
Terminons maintenant, et voyons lerésultut*
Le nombre des votants était de 72k Aux tenoM de TarUcle 111, 543 voix étaient donc nécessaireaau succès duprojet de révision ; mais ce projet n'obtint qm 446 suffrages ; It Montagne, réunie à la plupart des cbefii orléanistes, doow 278 opposants.
La Montagne couvrit son veto du prétexte de la loi du mitfrage restreint; elle dit que tant que cette loi subsisterait, U révision serait à ses yeux impossible.
Le vote des 278 non révisionnistes peut se traduire alori : « Périsse la France^ plutôt que la ConstituêUml •
A ce vote de TAssemblée, quatre-vingts conseils généraw sur quatre-vingt-six, et la plupart des conseils d'arrondissdment, joignant leurs voix à celles de deux miUions de pétitionnaires, répondaienti aumoisd'août^ par un vcw fiMrorablf à la révision.
Ainsi, une minorité, formant le tiers de la représentatioia nationale, imposait à la France sa volonté I
Et cependant, ce n'était pas assex encore, Nous avons m^ au mois de mai, M. Pascal Duprat, au nom du parti rong^ essayant de fermer la bouche au pays, et atta4}uant la Jégittmité des pétitions révisionnistes; après le vota sur la révision, ce fut au tour des partis royalistes, qui, par YQrgsméf M. Baze, contestèrent, le 21 juillet, la spontanéité du pétitiotnament. En vain M. léoa Faucher prouvaiMl qoe Vnàmkoistration était demeurée étrangère au luouwement, qu'ail» n'avait rien demandé, rieo provoqué. En vaiu rAssemblée savaitrelle de science certaiAe que le cabioel n'aurait imj exercer d*4nfluence sur os grand fiût national, lors mène qu'l raurait voulu, puisque la ptepart des feoettomiabes de cette époque étaient hostUes A la riééligibiliié, et mainteiwii néai^ oioins A leur poste pv la généransû toléranee du Prinoft.
Malgré toutes ces preuires, malgré Févidence, TAsseinblée Ihqipale Ministère d'un blâme immérité, en adoptant lapropofiitioii suiTSiite: < La Chambre, <cmt en regrettant quê, m datu un grand nombre de localités^ Tadministration^ conm irairemmi d ton devoir, ait usé de son influence pour m exciter bf cUoyen» au pétitionnement, ordonne le dépôt « des pétitions légales au bureau des renseignements. »
Lt m^iorité prouva bien ee jouira que son vote en foveuiw êê la rémien n'avait été qu'un mensonge hypocrite^ qu'elle n^ait ùài qoe donner d'une main ce qu'elle était sûre de re prendre de l'autre.
La ligne monaréhieo-républieaine ayant décidé que le pactt fondamental ne serait pas corrigé de ses vices, les partis se ndreot en quête, dans les mois de Juillet et d'août, de candidats à la présîdenoe de ia Iléptâ>Bque.
Quelques mots seulement sur ces héritiers présomptflk qu'on donoaif i Louis-Napoléon.
Les noms les plus nnrraisemblables tinrent proposés au pays : les uns parlaient de M. de Lt Rochejaquelein, les autres de M. de ioinville; eeux-<i de M. Camot, de M. Gavaignac; ceux-là de MM. Ledra-EoUia et Orévy. Il se trouva même deê partisaBS dn montagnard Nadaud.
La France accueillit la plupart de ces noms en haussant les épaules; mais celui du prinœ de Joinville l'étonna.
Le prince de Joinville président de la République! Mais que voulait-il donc? Acceptait^ sincèrement, loyalement, les institiitionsque la France possède depms quatre ans? Alors il condamnait le passé de son père^ et il reconnaissait la légitl-» mité des événements de lévrierl Repoussait-il, au contraire, ^u fond du corar, la BépubUfiis? En ce cas, quel rôle venait^ il donc jouer?
Nous n'en dirons pas davantage.
Cette candidiÉure était haut«nent patronée par MM. nrfers^ Ghai^gamieTi Bedeau, La Morioière,*par presque tous les gé>
néraux d'Afrique, qui pour elle avaient renoncé momentanément à la régence. Hàtons-nous d'ajouter que le prince dont on livrait ainsi le nom aux diseussions des partis, s'enveloppa toujours à ce sujet de la réserve la plus diplomatique, laissant tout dire, mais se taisant lui-même. Disons aussi que sa candidature ne tarda pas à disparaître devant les répugnances des chefs légitimistes.
Parmi les autres noms, un seul avait quelque chose de sérieux, c'était celui de M. Cavaignac. Or, M. Gavaignac avait été repoussé par la France en 1848, comme étant à ses yeux rhonune' d'une coterie égoïste et turbulente, et non l'homme de l'intérêt public. Conunent la France l'aurait-elle nommé en 1852?
Tandis que toutes les ambitions se disputaient d'avance les dépouilles du Président de la République française, l'élu du 10 décembre, sans laisser altérer par ces intrigues la sérénité de son âme et de son esprit, continuait à s'occuper des affaires publiques. Il h&tait la construction d'un monument d'utilité et de bien-être depuis longtemps sollicité par la ville de Paris, et prononçait le 15 septembre le discours suivant, après avoir posé la première pierre des halles centrales :
t Messieurs, » disait-îlenprésencedes Ministres, des préfets de la Seine et de police, et du bureau de l'Assemblée Nationale, t voici quarante ans que l'on songe à élever un vaste « monument destiné à préserver de l'intempérie des saisons « cette classe nombreuse qui soufibre journellement pour ali- « monter Paris de ce qui est nécessaire à son existence; mais « grâce à la direction éclairée du Ministre de l'intérieur, grâce « au concours énergique du conseil municipal de Paris et de « soû digne chef, grâce à l'Assemblée Nationale, cette œuvre f « que j'ai tant souhaitée s'accomplit enfin.
« La construction de ces halles, véritable bienfait pour < l'humanité, facUitc l'approvisionnement de Paris, et appelle « un plus grand nombre de départements à y concourir. Ce
< n'est done pas une ceuvre pureihent municipale; car Paris « est le cœur de la France, et plus sa vie est active et puisf santé, plus elle se communique au reste du pays.
f En posant la première pierre d'un édifice dont la destî- • nation est si éminemment populaire, je me livre avec conf fiance à Tespoir qu'avec l'appui des bons citoyens et avec la « protection du ciel, il nous sera donné de jeter dans le sol f de la France quelques fondations sur lesquelles s'élèvera t un édifice social assez solide pour ofBrir un abri contre la' M violence et la mobilité des passions humaines. »
On volt, par ce discours, que le Prince, tout en vouant aux intérêts matériels sa plus vigUante sollicitude, ne perdait pas de vue la situation politique. Nous avons déjà dit comment il envisageait, dès le mois de mai 1850, la loi du suflPrage restreint.
Cette loi, nous croyons l'avoir prouvé^ était mauvaise et mal conçue,' elle ne pouvait pas survivre plus longtemps aux circonstances qui l'avaient appelée. Elle fermait' la porte des collèges électoraux à trois millions de citoyens, dont deux millions habitant les campagnes. Elle frappait, les yeux fermés, au moins autant sur les électeurs modérés et honnêtes que sur les partisans de l'anarchie. Elle offrait ce grave danger, que tous les pouvoirs qu'elle aurait pour mandat de produire seraient inévitablement contestés par tous les anciens électeurs qu'elle dépouillait de leurs droits. Enfin, elle était devenue un dtapeau de discorde et de guerre civile. Tout le monde sût, en effet, que, grâce à cette loi, les factions anarcfaiques recrutaient tous les jours un grand nombre d'adhérents, et que le mot de ralliement des ennemis de la société, pour les élections de 1852, était : Abas la loi du suffrage reêireint 1
liOuis^Napoléon, frappé de toutes ces raisons, jugea, au mois d'octobre dernier, que l'heure était venue d'arracher ce prétexte à la démagogie, et de ramener au parti conservateur tous les transfuges de bonne foi que la loi du suffrage restreint
en avait éloignés. Il prit la^solution de demandera l'Assemblée Nationale Tabolition dd cet acte législatif, et en Informa ses Ministres. Ceux-ci ayant déclaré ne pouvoir acoq>ter la responsabilité de cette politique, Louis-Napoléon, le 15 octobre, accepta leur démission, ainsi que celle du préfet de police, M. Carlier.
Après dix jours de crise ministérielle, le Jfofitetir publiait la liste d'un nouveau cabinet, composé de MM. Turgot aux affaires étrangères, de Tborigny i rintérieur, de Gasabianca au commerce, Lacrosse aux travaux publics, Leroy de Saint- ' Arnaud à la guerre, Giraud à l'instruction publique, Fortoul à la marine, Blondel aux finances; M. de Manpas, pré* jfet de la Haute-Garonne, remplaçait M. Carlin.
L'Assemblée, en se prorogeant au mois d'aoât, avait non», mé une commission de permanence, qiii, sans avoir le caractère provocateur de celle de 1850, était loin toutefois d'étra bienveillante. Cette commission, composée de MBL Hemi Didier, Dufougerais, Sauvairede Barthélémy, de Biontigny, Changarnier, Berryer, Vitet, Poiyoulat, de Melun, Passy, Sruet-Desvaux, d'Olivier, Gouin, de BeniuxU, de MontêbeUo» Bocher, de La Tourrette, Cécille, Ruiliàre, Hubert-Defislei Boinviltiers, de Eermarec, de Bar, Grouchy, de Mortemart, s'inquiéta ou feignit de s'inquiéter de la retraite- du Ministère Faucher-Barodie et des révélations de la presse sur les intentions attribuées au Préaident contre la loi du tl mai 1850. Trois membres, notamment MM. Dufougerais, Poi^ouJat et Yitet, demandèrent la convocation immédiate de l'Asiemblée; mais les autres commissaires jugèrent qu'il n'existait aucun motif pour devancer le jour fixé par la Chambre elle-même pour la reprise des travaux.
Tandis que les agitateurs échouaient dans la eomm&sion, la presse des partis royalistes, VOpmimpubUfue^l^ Jotirfud des DébaU, le Messager de VAssembUef poussaient des cris de*colère, cherchaient à passionner l'opinion, et aflBr-
Dt calomotoitteinart qutkf Prhioe désertait les priudfts GMiervatears^qu'il piMait, avec armes et bagages, dans le Qàmp da la démagc^ia. *
Touiea oœ iqjtires, tous ces metisonges ne détournèretit pas Louis-Mapoléra de la ligne qu'il avait adoptée. Il deAeura fidèle à la poUtiqo^de Tordra , et le prouva par Ténergique lépreaeion dea troubles qai venaient d'éclater dans les départements da Cfaar et ia 1% Nièvre; mais, d*un autre côté, il persista inébranlahlament dans aon désir de concourir de toute ;a puissance au rtobHssement du vote universel.
La4navmbra) Jo«r Ai retour de l'Assemblée, il envoyait sn R^résentants m message, où, après avoir exposé l'état général du pajfa, flirtait r
« Cette situation ofire pour le passé des résultats satisfid-
• sauts ; néaiii&a)ns> un état de malaise général tend chaque « )our à s'accroître. Partout le travail se ralentit, la misère
• augmanta, las intérêts s'efliraient, et les espérances antî-soa dates l'exaltenl à mesure que les pouvoirs publics aiSsdblis
• qiprocbeat da leur tenue.
• Dans un tel éW de oboses, mon devoir est le même au-
• Joardlini qa'bier. Il consiste à maintenir l'ordre, à foire dis- € paraître toute cause d'agitation, afin que les résolutions qui
• décideront de notre sort soient conçues dans le calme et
• adoptées sans contestation.
« Ces résolutions ne peu^^nt émaner que d'un acte décisif « de la souveraineté nationale, puisqu'elles ont toutes pour € base l'élection populaire. Eb bien I je me suis demandé s'il
• fallait, en présence du délire des passions, de la confusion « des doctrines, de la division des partis, alors que tout se a ligue pour enlever à la morale, à la justice, à l'autorité leur « dernier prestige ; s'il fallait, dis-je, laisser ébranlé et incom- « plet Je seul prineipe qu'au milieu du cbaos général la Pro- « vidence ait maintenu debout pour nous rallier. Quand le « suffrage universel a relevé l'édifice social, par cela même
i qu'il substituait un droit à un fait révalutionnaire, est-Il ff sage d'en restreindre plus longtemps ia base? Enfin, je ff me suis demandé si, lorsque des {pouvoirs nouveaux vienff dront présider aux destinées du pays, ce n'était pus d'avance ff coivpromettre leur stabilité que de laisser un prétexte de ff discuter leur origine et de méconnaître ^ur légitimité.
ff Le doute n'était pas possible, et, sans vouloir m'écarter « un instant de la politique d'ordig que j'ai toujours suivie, « je mç suis vu obligé, bien à.jegret, de me séparer d'un i Ministère qui avait toute ma confiance, pour en choisir un « autre, composé également d'hommes honorables connus « par leurs sentiments conservateurs, mais qui voulussent « admettre la nécessité de rétablir le suifirage universel sur la ff base la plus large possible.
ff II vous sera donc présenté un projet de loi qui restitue ff au principe toute sa plénitude
ff Ce projet n'a rien qui puisse blesser cette Assemblée ; i car, si je crois utile de lui demander aujpurd'hui le retrait « de la loi du 31 mai, je n'entends pas renier l'approbation ff que je donnai alors à l'initiative prise par le Ministère, qui ff réclama des chefs de la msjorité dont cette loi était l'œuvre, ff l'honneur de la présenter.
ff En se rappelant les circonstances dans lesquelles elle fut ff présentée, on avouera que c'était un acte politique plus ff qu'une loi électorale, une vraie mesure de salut public ; ff mais les mesures de salut public n'ont qu'un temps limité.
ff La loi du 31 mai, dans son application, a même dépassé ff le but qu'on pensait atteindre. Personne ne prévoyait ia ff suppression de trois millions d'électeurs, dont les deux tiers ff sont habitants paisibles des campagnes. Qu'en est-41 résulté? « C'est que cette immense exclusion a servi de prétexte du « parti anarchique, qui couvre ses détestables desseins de « l'apparence d'un droit ravi à reconquérir. Trop inférieur i en nombre pour s'emparer de la société par le vole, il
« espèrej à la ftiveiir daNMmotipii générale et au déclin des € pouvoiis, fiiire nattre, sur plusieurs points de la France à
• la Ibis, des troubles qui seraient léprîmés sans doute,
• mais qui nous jetterafent dans de nouvelles complications.
m Une autre raisoi^dédsiTe appelle votre attention. . « Le rëtaUissement du vote universel sur sa base rationnelle donne une chance de plus d'obtenir la révision de la Constitution. Vous n'avec pas^ oublié pourquoi, d^ns la session dernière, les adversaires de cette révision se refusaient Ma voter. Ils s'appuyaient sur cet argument qu'ils savaient r^dre spébieux : La Constitution, disaient-ils^ <BU^ d'une Assemblée issue du sufifrage de tous, ne peut pas être modifléepar une Asstmbléenée du suSrage restreint. Que ce soit là un motif réel ou un prétexte, il est bon de récarter et de pouvoir dire à ceux qui veulent lieç le pays à une Constitution immuable : c Voilà le suffrage univers^ rétablî. » La mtg^rité de l'Assemblée, soutenue par deux mOlioBS de pétitionnaires, par le plus grand nombre des conseils d'arroirdissement, par ]|t presque totalité des conseils généraux, demande la révision du pacte fondamental. Avez-vous moins confiance que nous daB%« l'expressian de la vtlonté populaire ? La question se résume donc ainsi pour tous ceux qui souhaiteijit le dénouement pacifique des officiâtes du jour.
f La loi du 31 mai a ses imperfections; mais, fttt-elle parfaite, ne devrait-on pa» égdîement l'abroger, si elle doit empêcher la révision de la CopsUtution, ce vœu manifeste du pays?
« La proposition que je vous ftds. Messieurs, n'esta une tactique de parti, niam calcul égoïste, ni une résoli^n subite; c'est le résultat de méditations sérieuses et dTme conviction profonde. Je ne prétend» pas que cette mesure
t fesse dtoponttretMlties ks dUB«#és de ia siiiBtmi. llaiB ê kéhBqm jour sa iàebe. At^niâ'bui^ rétaWr ^ fiufitege
• uslvenel, Q'tet ettleiier è te gmrv% tkrik so» dcafeaii, i
• rq[)posUioB son darsisr «rgisiBMKL Ce sura foucnir h la .il J^rapce te possibilité 4q 9^ dom^eir des institutions qui « .assureni $eii: reyoft. Ce seca raodire ,aui. pouvoirs avenir « Gstle force n^rate^ qui n'esteie fu'autail qu'eUe Bepq^ if sur U9 principe comao^ et a«r ofleautoarité i^eooteaUAIe.
• Recevez, Messiearsyf eto. ^
1.6 prograHwe contenu dans ce meaqage se réaunoe, on le voit, en ces termes : maintien de te politique conservatrice, rappel de te loi. du suffi^ge restreinL *
Après avoir donné Jectureà.rÂss«9[ibléa de cet important âocuioent, M. te IMbûstre de rintériwr. déposait un projet de lot, qui, feisant revivre te pdnqlpe de te loi du 1( mai ^9/ A'eugeait que six ipote de donùcile dans te coommne pour confiérer te droit éleetoral. ,
Si on eût ignoré que te loi du auffirage restrmnt n'était qu'une arme contre Télu^ du 10 décembre, qu'une trappe tcattreusement pratJujpiée sous fse% pas, tes partis roydistes Vsuratent aj^ds à la France ce jour-te/te k novembre, par Focgsne de IvL Berryer. BL de Tborigny, Ministre de Fioté^ rkiur, était à peine descendu de te tribune, que M. Beisrjfor y montait pour y donner une seconde sepréasiUatioxi 4ili oowédte Jouée te li^janvteriMyr JkL 4e Aémui^. L'eiatear da parti légitimtetS'tÊiitatft «if coup d'Etat paiiciDeQtaife, et, aras pséAeata que te France l'atennttl des évènemeoliaceoin* pUs depuis un mois, il demandait que TAssemblée se reUrM dïui§ ^p^ïiure^ia pour y ponmier tfte .Commission chargée d^av^am smttre» à preidre; et» d'aunes termes, de dédarar te patrie en péril. La Gbamhff^ûrouva quaM. Berryer dépassait tmM mesure^ et recela sa demande*
Qu'avait feîi te Pnaee Loa»-Mapo]éoii ea demandant te
lÉaUisfiBflient du tôle marerael? n atai! mé de son droit eoDsUMIoiiiiel; if y a mien eacore, ili>ffnit à la Chambre wm oecaaiaii <e retotnrrer sa popriarité évanouie, pnisqa'U ranodidt à an aete répffirafeur dlepuiô longtemps sollicité par nqpiBlQfipabU(IQ0>.
Eh bienl comment les cheft dt»h maforîtf répondirent-ils an ponvofr eiéoutff?
Ils eafluneffcérenf par fUre présenter mie proposition ainsi MDfue; ^
t 'Article premier. Le président de TAssemblée Nationata t est ebargé de veiller à la sûreté intérieure et eiitérieure de « r Assemblée. — U exerce, au aom de TAssemblée, le droit « conféré au pouvoir législatif par Vartide Sftde IftGonsftitu* c tioB, de fixer l'importance des fioreesmUitairaa 91e réelansi t sa sûreté^ d'en diq)oser, et de désigner le chef chargé de le»
• conomander. —A cet effet, il a le droit de requérir la Ibrea c année et toutes les autorités dont il juge la coocotirs né-
• œssaire. — Ces réquisitions peuvent être adreasées directe* i m^t à tous les officiers, commandants ou fSonctioBBaires, « qui sont tenus d'y obtempérer immédislfluint, sous les « peines portées par la loi*
c Afft Sl la prtaiiBiit penT détSgner son drdt de requise c tion aux questeurs ouàrun#eiix.
« Art. 3. La présente loi sera mise à Tordre du Jour de t Tannée, et affichée dans toutes les casernes sur Te territoire c de la République. •
TcUe fsl ht premièro réponse que frent les partis. On mettait l'Assemblée en état de défense, mais contre qui, puisque pepaoBoe ne la meiiaçaitl
hpp^onu donc les choses par leur nom : on voulait mettre TAssemblée non pas en état de défense, mais en meeure de ptendEe Foftnsive.
Voyons ce que devinrent cette proposition d'une part, et, d'autre part, le projet d'abrogation de la loi du 3i mai.
Le projet d'abrogation fut repoussé par une ^mple n^jcMJté de trois voix, le 13 novembre. On le traita avec un dédain inouï, on l'écarta par une sorte de question préalable, on M refusa les honneurs d'une seconde lecture.
On aiOrma, pendant la discussion, qu'on voulait respectar le principe de la loi du sullrage restreint, et ce principe on Fentamait pourtant le SI novembre, dans le vote de la loi municipale, puisqu'on réduisait à deux ans la durée du domicile.
Il était évident que, par le vote du 13 novembre, les partis n'avaient en vue que d'infliger une humiliation au pouvoir exécutif; qu'ils entendaient réserver pour eux seuls tout l'honneur et tous les profits des modifications plus ou moins larges qu'ils consentaient à apporter à la loi restrictive du vote universel.
L'opinion publique, par la bouche du Prince, leur demandait un sacrifice douloureux, celui de leur ouvrage. Ce sacrifice, ils prétendaient en recueillir tous les bénéfices. Du reste, ils ne surent le faire que de mauvaise grâce, et à demi.
Arrivons maintenant à la proposition dont nous avons parié, dont les auteurs étaient MM. Baze (encore M. Baxe /), LeFIÔ, et de Panât, membres de la questure.
Cette proportion était insoutenable, absurde, surtout dans son article 2; elle tendait à investir d'unesorte de dictature.... qui? des questeurs, c'est-à-dire les comptables de l'Assemblée, des hommes exclusivement chargés par elle de diriger et contrôler ses dépenses I Évidemment, cela n'avait rien de sérieux.
Les trois auteurs de cette proposition renoncèrent eux mé* mes à ce.qu'elle avait de ridicule, et se h&tèrent de la remplacer par une autre, dont voici le texte :
« Sera promulguée comme loi mise à l'ordre du jour de
« raimée, et affichée dans les easemes, la disposition de l'arO- « de 6 do décret du 11 mai 1848 dans les tennes suivants :
« Le président de rAssemblée Nationale est chargé de veilc 1er à la sûreté intérieure et extérieure de TAssemblée.
« Il a le droit de requérir la force armée et toutes les au- € toiités militaires dont il juge le concours nécessaire.
« Les réquisitions peuvent être adressées directement à tous i les oiBciers, commandants et fonctionnaires, qui sont tenus f à*y obtempérer immédiatement, sçus les peines portées par claloi. •
Ainai,onexhumaitlerègIementde l'Assemblée Constituante! on allait demander à ce décret du 11 mai une muphîTift de g^erre contre le Président I
Mais d'abord, ce qu'avait pu faire l'Assemblée Constituante, qui, à l'époque où parut ce décret, concentrait dans ses mains tous les pouvoirs, l'eiéculif et le législatif, une simple Assemblée Légîsiativelepouvait-elîe?£t puis, contre qui était-il dirigé, ce décret des Constituants? Les circonstances qui en déterminèrent le vote sont encore présentes à tous les souvenirs; il était dirigé contre les clubs, contre l'émeute démagogique ; et cela est si vrai que, lorsqu'après le 20 décembre 1848 ownmença le duel entre l'Assemblée Constituante et le Préâdent de la République, l'honorable général Changamier, alors commandant de l'armée de Paris, ne reconnut Jamais, comme nous avons eu occasion de le dire déjà, le prétendu droit de réqmsiUon directe, si bien qu'il enjoignit formellement un jour au général Forest de ne tenir aucun compte de l'injonction du président Marrast.
Ainsi, voilà les précédents : le décret qu'on voulait faire revivre avait été rendu dans des conjonctures exceptionnelles, au profit exclusif du pouvoir souveraiil de cette époque ; il était destiné à combattre, non le pouvoir exécutif, mais les anarchistes, et, quant on avait essayé de le tourner contre l'élu du 10 décembre, il n'avait pas été exécuté : U avait été
«éeèBûu |Mir œ mUne M. diangnmler, qui, en mmmbi« 1851, prenttt soiib sa proteoUon les den proposHioiis te trois questemB.
Voyons, maintenait, si la seconde deces deu prepe^ont , .dstradion feiite des précédents qui étalent lein de la légitimer, ponyait être an moinsmvenéo par le Irai Men» et par k M fondamentaie*
Que disait la CmsUteftion de 18(8, fpd, a|^)arefflnM!Dt, aurait plus d'autorité <|u'un déorel isc^é ^et ée dreonstanccft
Elle disait, à l'article 50, que le Président de la fiéput- Wqpt dwrpoMTtf de ia forée «rvnée, ëi à faitlde 61^, qu'il mommaU sewi ks fùMiwftmi%re$ di Umt ordre, ewili H mO^ taireê. Il est vrai qu'à Tarticle 3i, elle disait aussi que Thêsemblée Nationale axait l'importance dea Ibroea mlJltofires établies pour sa sûreté, et qu'elle en dicposail. Mais que signifiait œt article, sinon que TAsseniUée avait le droit de flier le nombre des régiments nécessaires à sa sécmfté, et qif une fois qu'ils lui étaient donnés, eBe les employait pm^ aa défense?
Attribuer une antre faitention à oét artide, dire quH dispensait rAssemblée ou son président éd demander des tror pes au pouvoir exécutif, qu'U permettait à If. Dupîn ou totit autre de désigner les cbefe des rorces destinées è la garder, cherdier enfin dans cette disposition la consécration du droft fl«(vendiqué par les partis, du drotl de réquiêUien dérem^ -c'était outremer le bon sens et le pacte fbndamenlal; c'étaR dire que la Constitution avait voulu «xposer les soldats à rr cevoir de deux chefs dilBîrents des ordres contradictoires, oa .pis encore, à se battre les uns contre les auties ; c'était ?or loir organiser Tanarchie et la guerre civile.
C'est ce que comprit rAssembléB, qd, I une »i(forfté de 408 contre 300, repoussa, le ITmrrembre, la proposiftiea moendtaire des trois questeurs. En vain 11. TMers moDti-t-il Àla tribune^ en vate£^il appeiaux passions delà Ifontagna^
em WD lapnht-fl une réeenle drailaire du Miûire^ la guerre, circulaire où M. de Saiolrirnaud disait Ion saioenmt ipe le «oldai n'^Mt pas Juge de la loi, qu'il devait àecs ebcfe une obéîBBaiicepaadve; la lloatagae ae divisa : quelque^uos de «es membres votèrent avec les partis royalistes ; mais les autres, peu rassurés par la perspective d'une dictatuore dans les mains de M. Changarnier, fooncés d'opter entre deux advergairea, votèrrat pour le Gouvemeaieiit
Ce ^ serait advenu si l'Assemblée eût pris uoe décision ceotraife, le voici ea deux mots. — Les partis royalistes avawBt momentanément renoncé, l'un à une restauration immédiate du droit divin^ et l'autre à la candidature du ptioce de Joînville pour la présidence de la République. Se plaçant sur un terrain neutre, ils avaient tous deux investi de leur confiance M. Changarnier, le chaînant de frayer la rente à sme royauté quelconque, suivant les circonstances.
Si ia Chambre eût voté la proposition des trois questeurs, onaurHit, séanee tenante, décrété d'accusation les Ministres, et pois le lendemain Louis-Napoléon lui-mémi.
Si après ? dira-4-on peut-être.
après? aprèe, c'était la guerre : la guerre d'abord entre les troupes de M. Changarnier, s*il en avait trouvé, et celles qui seraient demeurées fidèles à l'élu du 10 décembre.
Et puis, en admettant, ce qui est fort invraisemblable, qve M. Chancvmier eût triomphé, encore la guerre entre lui .et M. Cavaignac, entre le parti blanc et le parti rouge!
fit puis, si M. Changarnier avait remporté ia victoire, la goerre encore, toujours la guerre : mais cette fois entre les paladins de la régence et ceux de hi monarchie légitime)
Voilà le riant avenir que les factions monarchiques préparaient à la France.
Et, chose étrange I ces gens-là croyaient le pays derrière euiLl Maladroits, qui, en renouvelant les fautes de Louis- Plulippe, de la Commission executive et de l'Assemblée cons-
tituante, en s'acharnant contre un homme, n'avaient fait que le rehausserdans Topinion publique.
Us s'imaginaient ou feignaient de s'imaginer que la Franee les approuvait, les insensésl Et qu'avaient-ils donc fait pour elle? Depuis un an, ils l'agitaient, l'inquiétaient et la bouleversaient. A mesure que la confiance générale reparaissait, ramenée par l'habile politique du Prince, eux la chassaient par leurs intrigues et leur turbulence; ils paralysaient les affaires, arrêtaient le commerce, causaient la ruine du bouti^ quier et l'avilissement de toutes les valeurs; ils arrachaient de la bouche de l'ouvrier le seul morceau de pain qui lui rest&ll
Les royalistes, battus le 17 novembre, essayèrent de prendre une revanche. Mais ici il nous faut retoiumer sur nos pas.
Parmi les créations de la Constitution de 1848, la plus monstrueuse peut-être fut le conseil d'Etat. Jusqu'alors on avait entendu par là une assemblée composée d'hommes éminents, spéciaux, choisis par le pouvoir exécutif pour l'édairer de ses lumières dans les difficultés de haute administration. En 18<k8, il en fut autrement : la Constituante avait rejeté le système de deux Chambres; on essaya de remédier à œt inconvénient en flEdsant du conseil d'Etat une espèce de deuxième Assemblée, et on refusa au chef du Gouvernement la faculté d'en désigner les membres, le condamnant ainsi à prendre, sur des questions délicates, l'avis de personnes qui pouvaient n'avoir pas sa confiance. Ce n'est pas tout : ce nouveau coipe reçut des attributions toutes nouvelles, et le Gouvernement dut prendre son avis sur les matières qui tiennent de plus près à la responsabilité du pouvoir exécutif. Ce n'était plus un conseil d'Etat, mais un tuteur du Président. Les conflits qui devaient naître d'une pareille organisation auraient pu être évités, si l'Assemblée avait eu la sagesse et le bon goût de faire entrer dans ce corps des hommes dévoués au Président II n'en fut rien; Louis-Napoléon y compta tOMjours peu d'adhérents : quelques républicains, deux ou trois légitimistes, beaucoup
d'orléanistes, tel en était le personnel. Aussi les rapports en* tre le Président et le conseil d'Etat eurent-ils constanunent quelque chose de roide et de guindé. C'était pour FAssenddée, sa mère, que le conseil réservait toutes ses bonnes grftces : il la simil bientôt dans la lutte entreprise contre le Prince.
Le conseil avait été saisi, le 20 juin 1849, d'un projet de loi sur la responsabilité du Président de la République et du pouvoir exécutif. Cette loi, du reste fort difficile à faire,avait dormi pendant tmgi-neuffnais dans les cartons du conseil, quand tout-à-eoup, le 17 novembre, le jour même du vote sur la proposition des questeurs, on la vit apparaître inopinément à l'Assemblée Législalive.
Cétait sur ce nouveau terrain, préparé par eui-mèmes, que les adversaires du Prince voulaient réparer leur échec.
Soumis immédiatement par l'Assemblée à l'examen d'une Commission, ce projet révélait l'hostilité la plus flagrante ; chacun de ses articles était un cri de haine et de colère, chacime de ses lignes une menace.
Il ne suffisait pas que l'article !«' portftt ces mots : «Le Pré» « sident de la République pourra être accusé, s'il se rend cou* • pable d'un attentat ou d'un complot contre la sûreté de « l'Etat, on dont le but serait de détruire ou de changer la « forme du Gouvernement, ou de suspendre l'empire de la € Constitution ou des lois. »
Comme on n'ignorait pas que la réélection de Louis-Napoléon était certaine malgré la Constitution, et que d'ailleurs on reprochait déjà au Prince de tendre vers ce but,on avait ajouté à cet article un paragraphe ainsi conçu : «Le Président pourra « être accusé s'il se rend coupable de provocation à l'abroga- « tion de l'article 45 de la Constitution. » Mais qu'entendait-on par ce mot élastique prot^ocoltonf Est-ce que le Prince ne pouvait, par exemple, exprimer le désir d'être réélu ? Ce désir serait-Q un crime ? Voilà à quoi la Commission nommée par Assemblée se gardait bien de répondre : le mot lui convenait
îfêxMxA mieux, qifeti rafeon de Bon irague on lui ferdt dire • iMft oe que I'oû vondraflt.
Ge D'est pas tout : il y «fait eneore un artide qoi portdc q^e le Pré^dent pourrait être accusé «I, dam l'exercice du droit qui lui était confié par lYtrticle 50 de la Constitution, U mettait obstacle à rextrcico des droits conférés à TÂssenAIée par l'article 32.
Enfin, la Commission, dans Jes prenders jours de déœmbpe^ 66 pi^pm^ à ^sser dans la loi un article consacrant au profit de l'Assemblée eC de son président le fiameux Aroit de réquisition dû'eele.
C'était un arsenal des plus complets que cette loi sur la nq^onsafattité des agients du pouv<Dir. XDe faisait feu sur le Président par cbacun de ses paragraphes.
Maintenant, comment les partis royalistes espértôent-ils obtenir de la Chambre un vote contradictoire avec celui du IT novembre?
La réponse est flacile. On se rappcfle ipl^lne partie de la Montagne ccviit iroté ce Jour-là pour le Oonvemeraent. Une s'agissait donc que de séduire ces opposants. Or, pour cda, ùù leur avait ikit des prcmesses, on s'étaft engagé à lever l'état de siège partovt oà Ntat de siège existait, c'est-à-dire 91'on s'engageait -à •désarmer la société vis-à-vis de ses ennemis. Enfin, 0 n'était pas de conoession -que M. Hiiers et sesamisnefiBBentprétsà Atire A ia •démagogie pour assurer la perte du Présideat
Du reste, tout éttât préparé, toutes les batteries dressées, Umqu'édatèrent les événements de décembre. Dans l'attente d'un nouveau vota sur le dn^ de réquisltioa directe, on avait lédigé d'avance àla fuestnre, pour les exécuter à llnstant aéme, les deux décrets auivaots, oè om ii^avait laissé en blanc qte les noms et les dates^ etdont Je sec(mâ| deirtiné aux diefi de corpe, éiait tiré à dnq exemplaires.
« Le Président de PAssemblée Nationale ,
« VurartMle 32 de la GcnstlIiiQoiiy ainsi eonçti':
« LrAiaenUéeUxe rim^itace dee fonèsnlitaiiea ëêMm pOv « sa sûreté^ etelle en diapose^
« Va le décret réglementaire de PAssemblée, ainsi conça :
« LePréddent est chargé de TeiOer à la sâreté intérleinre et esté- « HMiraée PAssemblé*.
« AoBl^ffet) fl exerae aa nom de rissemblée le droit «NÉMau ■ pouYûir législatif par rarttda 33 de la Constitation» de fixer l'im- « portance des forces militaires établies pour sa sûreté, et d'en dis- « poser;»
« Ordonne à V.-.« âêprendnUrmMittiemmt htcmmandemeni f de toutes lee forces tant de V armée que de la garde nationale sCo» « tkmnées dans laV* division mUitaire, pourganniir la sûreté de « FÀssemblée Nationale.
« Fait au palais deTÂssemblée» le >
DBUXltME DÉCRET.
« Le Président de TÂssemblée Nationalei etc.,
« Vurarticle^ delà Constitution,
« Tu te décret rëc^ementaire, etc.,
■ Ordonnons à tout général, à tout ccnmnaadanr de corps ou déta- « cbemeni, tant 4b Tarmée que de la garde nationale, stationné dans
« la 1'* division militaire, d'obéir aïK ordres du général chargé
« de garanthrFAssenMée Nationale.
• Vaitia palais de PâssemUée, le »
On voit que ces décrets ne tendaient à rieo moins qu'à la levée en masse de toute la garde natiooale et de toute Tarmée. On iie laissait an Ppéaident de la ftépublique ni un soldat, ni un gaitle national. Et cela« disaîl-on, pour sauve» gnpder rAssemhléei N'esta pas évident que ces hommes, qm' ne parlaieDt que de défenseï ne soi«eaient qu'à l'attaque (Ij?
(i) Ces deux décrets fdrent saisis àla questure de TAssemblée pos* Sérieurement au 2 décembre.
Que devait Mre Télu du 10 décembre en face d*un complot dcmt les circonstances les plus secrètes n'avaient pas échappé à sa vigilance?
S'il n'avait eu 4pie lui-même à défendre, il eût pu hésita ; mais il avait aussi à préserver la France que les intrigues se disputaient conmie une proie, la France menacée de bouleversements nouveaux, de conflits sanglants entre tous les partis, de restaurations impossibles, et d'une hideuse anarchie.
n se railla qu'il était le neveu du grand homme, qui, dans des com'onctures semblables, avait été le sauveur du pays, et il n'hésita pas. Il n'avait pas hésité le 31 octobre 1849, il n'avait pas hésité le 9 janvier 1861, il ne pouvait pas hésiter le 2 décembre.
La nation était pour lui et contre l'Assemblée, il le savait ; les masses attendaient un changement dans la situation politique ; mais ce changement, pour le faire, pour entraîner les indécis et pour paralyser les malveillants, il fhUait avoir avec soi la force matérielle et la force morale.
Or, ni l'une ni l'autre ne manquèrent au Prince.
Si les deux tiers de i;Assemblée s'étaient déclarés contre lui, l'autre tiers, composé d'hommes intelligents, honnêtes, s'était dévoué à sa cause. Déjà, le dimanche 30 novembre, deux cents Représentants, dans la prévision d'une coUision prochaine entre les deux pouvoirs, s'étaient réunis pour s'entendre sur la ligne de conduite à suivre dans ce cas. Us avaient décidé que, le Prince représentant le principe d'autorité, et le triomphe de l'Assemblée ne pouvant être que le signal d'épouvantables catastrophes, ils se rangeraient du côté de Louis-Napoléon dès que la lutte éclaterait.
Voilà pour la force morale. Cette adhésion de la partie saine de l'Assemblée devait prouver aux plus incrédules et aux plus défiants que le Prince ne tentait pas ce qu'on appelle un coup de tête, mais qu'il représentaitla cause de l'ordre, a cause de la société.
Quasi ft la fbrce matérielle, jamais, depuis trente-cinq ans, aocun gouvernement en France ne l'avait eue autant que lui. Sans doute, le soldat français obéit toujours à ses chefe; mais met-il toiijours tout son cœur, toute son âme, dans son obéissance? Demandes-Ie à Louis-Philippe, demandez-le à Gharies X I Cest alors seulement qu'un pouvoir a des radnes populaires, alors que ce pouvoir s'appelle Napoléon; c'est alors seulement que le soldat donne sa vie, non pins pour écouter la discij^ine, mais avec enthousiasme et dévouement
Et conunent l'armée de Paris n'eût-elle pas montré du dévouement pour le cœur intrépide qui, le 9 novembre 1851, s'épanchait en ces termes devant les officiers conduits à t'ÉIyséf par l'honorable général Magnan? t Messieurs, en « recevant les officiers des divers régiments de l'armée qui f se succèdent dans la garnison de Paris, je me félicite de f les voir animés de cet esprit militaire qui fit notre gloire et i qui fiiit aujourd'hui notre sécurité. Je ne vous parlerai donc t ni de vos devoirs, ni de la discipline. Vos devoirs, vous
• les avez toujours remplis avec honneur, soit &ur la terre
• d'Afrique, soit sur le sol de la France, et la discipline, vous
• l'avez toujours maintenue intacte à travers les épreuves les f plus difficUes. J'espère que ces épreuves ne reviendront t pas; mais si la gravité des circonstances les ramenait, et t m'obligeait à faire appel à votre dévouement, il ne me c ftûllirait pas, j'en suis sûr, parce que, vous le savez, je ne « vous demanderai rien qui ne soit d'accord avec mon droit, c avec ITionneur militaire, avec les intérêts de la patrie; ff parce que j'ai mis à votre tête des hommes qui ont toute ma « confiance et qui méritent la vôtre, parce que, si le jour du
i i danger arrivait, je ne ferais pas comme les Gouvernements € qui m'ont précédé, et je ne vous diraU poê : Marchetj je
' « «OUI fiMs; moM je wuê diraiê : Je marehe, iuivn- « moi! 9
Ainai) Louia-Napoléoa amôtpoiic IuiM.l« Utm i la force matérielle.
Maintenant, foeUaétattlajEDCMnfi^fldÉvaitipeBirapoar se défendre et aau^er la paja?
n n'y en avait qu'uni^, abaple, giwde, ttrishn, q«f M fut suggérée àlafûia par sfknMSûB et aoapi(MatlnM:«ré^ d'aQ^ec le paj» à régi» luirintog >e» drwihrfei.
Tout le reste, toutea leo mmmmh partkiiliènff ij^^f^nf de celle-là^ comme les conséquenoea diceoIesfcdB priacfpe.
D'abord, il fallait rétablir le vote universel, pavr q» personne ne pûtdir^qufUn'avaiipaa pilapoit aagnnd verdict nationaL
Ensuite, il Mail s'assurer de toutes les persQDBes soqneieB par leurs antécédentSi el capables de gènor on fanver te auh nifestation populaire. U fUlait eafin saspenëne toutes ces mauvaises iostiiutions, quin'avaieBl fUt qu'agHer le psyv on le tromper^ sus|endre la presse^ la Coastiùitiim) disseodre l'Assemblée et le conseil d'État» éleiadie oss braidow de discorde et de guerre civile»
C'estce 91e fit Louis-MqKdéoiL U jouait m tête dans^ett» terrible partie, il nel'ignoititpas. Mais que lui importaîtril st sacnfiaii à TintérÊt public.
CHAPiïRE JUlCME.
S^vorAims.— le eoup d^Etat; mesnreB my^nes^ ^fsc^^ proeltaiMitloiis. -- fteMf 69 des MiBfom d# PAMmMe. --- Sé|p(M à tiim^ a» ammdiaMviem. r- On anMi dUen npr^ealMMs. --llteii«» liberté. — Journée da 2. — Physieaoftie d6 Palïiâ le matin. — In^ presëons diverses^^H^ P|ixic6 parcourt Paris.— La I)iute^our de jnst^, — Eflbt di| tbui^ d'Etat sur tes partis. — Leur langage» iâteartato ^%wniBtierB de rémeule. *- Les concilSâbulesHioaK tagnards. ---t:e qu'on y fOt eft ee ^l'oa ]( w^re. — PreoDiersdéaappointeineAft de iféi«eulk. ^ Une lettre de Londres. — Découragement. — lettre di^ Ministre de la guerre au général Maguan. — ioumée du 3. — L'ftneute se détidb. — Appel au peuple. »- La place de la Bastille. - i<e manifeste de ft Montagne. -^ ^dressewdes cJliibe ^rarmée.— Le manifeste ^* comité' (fbs*corporat|bn»> ouvrières.
— Les preoières barricades afftfaubo||i|[ Saint-lntoiAe.— MortMu représentant Q^udiA. — Les conciliabules rouges ^ permanence.
— Projets divers. — On songea désannv lea gardes nationaux du faubourg Saint-Germaia. -^ Acrèté du pr^j^et de poUce.^Proclamation et arrêté de*M. de Saint- Amaut. -*- Lee barricades de Paprèsmidi. —Les barricades du soir.— Plan de Pémeute.— Goupde théâtre : les deux cadavres delà rue Beauboui^,— ioumée du 4.— Fausses nouvelles. — Deux nouveau:!^ manifestes de la Montagne. ^Nouvelle proclamatlŒi du,prétéide police, et nouvel arrêté do Ministre de li guerre ^ L'émeute s« dispose pour la bataille.— B^icaies parliiui. -^ Une liemme iacoBnuo^^ Les drapeaux do toutes ceuleuis. -^a fénéraux de PariBée de Paris. — Un extrait du rapport du génésal Magnau. ^ |»étaiB sur le oombtl du 4** TentaUvçs dans la banlieue.-^Ce qo'écaient les soldats da l'émeute.
— Chifflra deeWts oi^ilfettéaw^GoiVparaison entre jiân 1848 AdeQQ«ibrel85i«
AûlimBesdA «wOftf toSlAtonnbie^rjkfisemblée Nationale et fies dépendances^taieBt eminitiiiéeB et oeci;|)4ts pcv tipig Batafllonar. M. de F^psigviy, W Mbûfhe actuel de Tintécteiir,
présidât à cette opération. Une heure après, I» rëgimeiits des. trois divisions de l'aripée de Paris se rangeaient par brigades et gccupaient K qjStà d'Orsay, le Carrousel, le jar> din des Tuileries, }/l place tTe la Concorde, et les Champs* Éljîsées. •
À la même heure où les tAupes cernaient le palais législatif, on arr^t d^QH leurs domicUes MM. Ghangamier, Cavaignac, La^o^icière, Le Flô, Bedeau^ Charras, Charles Lagrange,, Grep^, Thiers, Baze, etc., et plusieurs démagogues dangereux, chefs dftociétés sejcrètes.
I^ndaiit'que ces arrestations ^Apm^t, et que PaAa se hérissait de baïonnettes, de nombreux Agenta^|MiquâieiitlBur
les murs les docpmeiMçi suivi
fnts^* ^\ • : .
Composition du Mimstèft,
HM. de Moam^int^i^r^ \ , •frpwtDitflnanceç. ^ , ^
Sifcifk, travaux pobUcs.
LACROMtf, fiârine.
Lbfebybb-Dwiufl*, commeree.
SAiHT-ABtf ACDy gberre.
FoRTouiy instrucUon pubU<iue TuKGOT, aflàires étMmsères.
4 LePrésIdent'delaRépubli^é, » .«
« Décrète ; •' ■ ■ * . ,
€ Article premier. ^ VAssemblée Nationale est drasoute. *
• Art. 2. — Le saffrage uxÉvofsel est rétabU. La lei du^i nu/ est « abrogée.
^ Art. 3. — Le peuple firançdisest convoqué dans 8eleolnica^ à € piTttr du 14 décembre Jusqu'au M décembre suivaal.
« Art.4.^L'étatdeafl«emé6crét4daiii4'eteodtt6de]al*« dl » vision mUitaire.
« Art 6. — Le Conseil d*Etat est dissous.
« Art 6. — Le Ministre de Tintérieur est cliargé de Pexécution du
• présent décret. *
« Faitan pttais de l'Elysée, le 2 décembre 1851.
« Louis Napoléon Bonapabti. a le Ministre de l'intérieur,
m DlMomifT. »