RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
ProclanuxHon du Président de la République aupeupU françaie.
< Français,
« Les troubles sont apaisés* Quelle que soit la décision du peuple» • la société est sauvée. La première partie de ma tâche est accomt pUe ; rappel à la nation pour terminer les luttes des partis, ne faie sait, je le savais, courir aucun risque sérieux à la tranquillité pu- > bUque.
« Pourquoi le peuple se serait-U soulevé contre moi ?
« Si Je ne possède plus votre confiance, si vos idées ont changé, « U n^est pas nécessaire d'avoir recours à l^nsurrection : U suffit de f déposer dans Tume un vote contraire. Je respecterai toujours l'ar- " rét du peuple.
« Mais tant que la nation n'aura pas parlé, ]e ne reculerai devant t aucun effort, devant aucun sacrifice pour déjouer les tentatives des « factieux. Cette tâche, d'aiUeurs, m'est rendue fadle.
« D'un côté, Ton a vu combien U était insensé de lutter contre une « armée unie par les liens<^e la discipline, animée parle sentiment de < rbûDDMU' militaire et par le dévouement à la patrie.
« D'un autre côté, l'attitude calme des habitants de Paris, là réproc bation dont Us flétrissaient l'émeute, ont témoigné assez haute- « ment pour qui se prononçait la capitale.
« Dans ces quartiers populeux où naguère Pinsurrection se re- « emtait A vite parmi des ouvriers dociles à ses entratnemeuts, « l'anarchie, cette fois, n'a pu rencontrer qu'une répugnance profonde « pour ses détestables excitations. Grâces en soient rendues à l'Intel- « ligente et patriotique population de Paris I Qu'eUe se persuade de « plus en plus que mon unique ambition est d'assurer le repos et la « prospérité de la France*
€ QiMleecmifamedeiJVêterMmcoAcovra&rauV^itét'etilfliildlle « pays poum aceomplir, dans to calme, Tactt soleimel ^i àokimmc gurer une ère nouvelle pour la République.
« Fait au palais de l'Elysée, le a déceaibre 18&t.
« L«1AS-NA»0|.telf BOVA»A»TS. •
Le jour oùae déeret était rendu, Tbôpital militaire duGfes CaUtou était le tbéàtre d'uM scène looebat^ Panm ks soldats étendus sur teurs lits de douleur et blessés à Tatta^pie des barricades de Paris, il en était un qui, sentant approcher sa dernière heure, disait à raumônier : t Je mourrais sans regret \ t ai je pouvaîe veîr Napoléon auparavant.» ^Cne heure après { le Prince se penchait au chevet du blessé, lui adressait de ces paroles qui adoucissent le passage de la vie à la mort, et le décorait sur son lit en pleurant d'émotion. — A côté de OB militaire on en voyait un autre, également victhne des jou^ Bées de décembre, et auquel il avidt faite foire, la veille, Famputation d'un bras. Il fut aussi décoré par le Prince, et, lui montrant le bras qui lui refait, il dit, ^ rece^Faot la croix : t J'ai enc(»« cdm-là ,à votre service. Monseigneur.»— Si nous rapportons ces détafls, c'est dans un double but : d'abord pour qu'on sache que le neveu de r£mpereur ne f!ait jamais atlenàre la récompense due au courage; ensuite, pour fure a^ précier le dévouement chevaleresque que lui témo^nent tes soldats. On retrouve dans ce dévouen^nt quelque chose de celui que le grand capitaine de Marenge et d'Âusterliti savait si bien inspirer à ses troupes.
On comprend que nous omettons volontairement dans ce récit ce qui n'a pas d'importance politique ou n'en a qu'une aeciHidaire; nous devons constater, toutefois, la mise sueeesrive en état de «iège desffiverses locaBtés envahies par i'émeute, les missions extraordmaires données à MM. Maurice Duval, Carlier et Bérard, à l'effet d'aviser aux mesures nécessaires pour faire cesser le plus tôt possible les désordres de rinsurrec-
HoD, ^ enOn k crétftien des coimiisBiofiS ndlftairês appelées à jQger ks eoupaUes de décembre, lesqneliefl commimions firent bientôt place à ce qu'cm app«He eneore aaJourd'Kcrf les ciQfaamskiD& mxies^ c'est-inUfe composées mi-partie (te mi- Ikaires éi de fonetioamaâres de l'ordre eitil.
AifWQBB maîtttaïaat au grand verdict des 90 et 91 déoembre. Maïs quelques mots d'abord sur us incident qui predufntt une oariaioe sensation.
JLePn'nce avait d'abord voulu que tous les dtojens votassent sur des registres déposés aux nudries, en inscrivant leur nom à o6té de leur vote affimatif ou négatif. C'était un hommage rendu au caractère national, à ta loyauté du pays; mais soixante ans de révolutions ont singulièrement refirokti le courage civil en France; aussi trouva^tHOftg^ralement que dans rétût aciiiel de noe mceurs et de ttss bahitadss électontles, le mode de volation à découvert n'assurait pas suffisamment Tindépendance des sufiEragea. Louis-Napoléon ne résista pas un jmstant au vœu de l'opinioniicet égard, et maintint le scrutin secret, ùtant ainsi d'avance tout prétexte pour contester la liberté des votes.
Revenons à l'élection.
n n'était pas possible que les eheb de Qartis, oiBciellement chassés de la scène politique par l'énergie libératrice duPrince, ne fissent pas quelques secrètes tentatives pour agir subrepticement sur l'opinion publique et amoindrir la manifestatioB ^oationale qu'il avait provoquée. Nous voudrions ponvoir taira les noms, car il n'est pas dans notre caractère de signaler qui que ce soit aux ressentiments du pouvoir et de perpétuer les haines; mais deux importants personnages, entraînés sans doute par leurs antécédents, et qui depuis lors ont pe«t«âtre changé de manière de voh* et se sont résignés à être de l'avis de tout le monde, MM. ThiersetFalloux,ont,dans oetie circonstance, joué un rôle trop remarquable pour qu'il nous soit permis de ne pas le qualifier. Que ces messieurs n'aii'nt paa
cru devoir inviter leurs partistois à voter pour Louls-Napo» léon, cela se conçoit à merveille, puisqu'ils étaient depuis longtemps ses adversaires; mais alors ils devaient avoir le coorage de leur opinion, et dire aux électeurs : «Votez contre.t Au lieu d'agir avec cette franchise, ils adoptèrent nous ne 8a> vous quel expédient amphibie, qui consistait à faire circuler parmi leurs prosélytes ce mot d'ordre : — «Ne votez pas da tout. » M. Thiers appela cela faire le vide autour du Prince, M. de Falloux baptisa cette politique du nom de poUtigue ieVab$Uniion.hîi tactique de ces deux hommes d'Etat fut imitée par quelques-uns des chefs du parti rouge; mais les uns et les autres fUrent peu écoutés, et les volants affluèrent au moins autant qu'à l'élection de 1848.
Cette poUtique sournoise de l'abstention fût, du reste, condamnée par une plume éloquente, celle de M. de Montalembert, qui adressa à ce sqjet au journal YVnivers une lettre dont nous extrayons les passages suivants : — « S'abstenir, « c'est renier tous nos antécédents, c'est manquer au devoir « que nous avons toujours recommandé et accompli sous la « monarchie de Juillet, comme sous la République : c*est ab- « diquer la mission des honnêtes gens au moment même où « cette mission est- la plus impérieuse et la plus féconde. Je « respecte profondément les scrupules honorables qui inspî- « rent à une foule d'esprits considérés la pensée de l'abstenfl tion. Mais je sais aussi que de grands politiques, fort peu ff scrupuleux d'ailleurs, après nous avoir menés où nous « sommes, après nous avoir condamnés à la perte de toutes « nos libertés par l'abus qu'ils en ont fait ou laissé faire, prê- « chent aujourd'hui qu'il faut faire le vide autour du pouvoir. « Je m'hîcline devant le scrupule; je proleste contre la tac- « tique. Je n'en conçois pas de plus immorale ni de plus malai droite. Je défie qui que ce soit de la justifier aux yeux de la « conscience et de Thistoire. L'histoire dira comment laFrance « entière, après l'ignoble surprise du 24 février, a reconnu
• l'autorité des hommes de THôtel-de-Ville, parce qu'ils of- « fraient une chance d'échapper àl'ablme qu'eux-mêmes ve- « naient de creuser. Que les preux, s'il en est qui en 1848 ont t protesté contre la destruction de la royauté, contre l'expul- « sion brutale des deux Chambres, contre le désarmement de t l'armée, contre l'usurpation de tous les pouvoirs et la viola- « tion de toutes les lois, que ceux-là aient le droit de protester « et de s'abstenir aqjourd'hui, jeleveux bien. Mais je ne re- ' « connais ce droit à aucun de ceux qui ont accepté la Républi- . t que en février, à aucun de ceux qui ont envoyé des représen- ' « tants pour remplacer les députés chassés de leurs bancs par
« une horde de barbares, ou qui y ont été siéger eux-mêmes, t pour proclamer que le gouvernement provisoire avait bien
• mérité de la patrie, et pour voter l'exil de la maison de Bour-
• bon I Quant à la conscience, celle qui s'est résignée à accept ter un joug pareil, crainte de pire, ne saurait guère éprouver i des difficultés sérieuses et sincères à confirmer le pouvoir qui i nous a rendu l'ordre et la sécurité en 18&8, et qui seul peut « nous préserver de l'anarchie en 1852. »
Ces sévères paroles allaient droit aux deux inventeurs de l'abstention, dont tout le monde, en 1848, put remarquer la prompte et facUe adhésion aux actes du Gouvernement provisoire. Pourquoi donc voulaient-ils faire le vide en 1852 et ne l'avaient-ils pas ftut en 1848 ? Pourquoi ? c'est que la République leur avait fait peur, les avait fait trembler pour leur fortune et pour leur vie, tandis que, même dans ses rigueurs nécessaires, l'auteur du coup d'Etat du S décembre ne leur inspirait pas ce sentiment; ils savaient bien qu'ils n'avaient pas grand'chose à craindre de ce côté. Pourquoi encore? c'est que sans doute ils espéraient que la République ne vivrait pas longtemps, et les ramènerait à une des deux royautés déchues, tandis qu'ils voyaient bien que si le coup d'Etat réussissait, il en sortirait un gouvernement fort et vivace, dont la longévité pourrait ajourner indéfiniment leurs factieuses espérances.
Pendant qne les ambitieux désappointés s'efforçaient d'amoindrir la portée du scratîn du 20 déceratai^, les citoyens honnêtes poursuivaient actÎTement le bat opposé. Les adresser, les manifestes pleuvaient de toutes parts. Les maîtres s'adressaient aux ouvriers, les ouvriers exerçaient les uns sur les autres la plus légitime influence, celle de la persuasion et de la vérité. Parmi les proclamations que vît éclore cette courte période du 10 au 20 décembre, nous prenons au hasard ccUc-d, que signa un nom honorable dans lïndusfrie :
AUX OUVRIEB& SK BàJUBSXt^
« Omnlers,
« Plus qoe tous autres vous avei soufert de réM da nalalMqvi « dore depuis tantôt qaatra ans» malaise qal appaavrH la êotàéêé « pour la ruiner, et la pFécipitor l^ientôt dans les hasards d^uia rôvo- « lution terrible.
« Comme vous, étranger à la polltltiae, à tous les partis, je ne veux « vous parier que de ce qui nous iatéresse; car not Intértta vmX « communs.
c Avant la révolution de février 1848,70,000 ouvriers environ de « tous corps d'état trouvaient facilement chaque année dans Paris on m traval honorable et lucratif; en 1846, ce nembm deaeendiià ti,l50; m au 1*' avril 1849, U n*aait plus que de 4,pâ0. Ces chiOres soaiM- « sez éloquents pour se passer de tous commentaires. Depuis, saoi c doute, le nombre des ouvriers occupés a été toi^ours croissant ; « cependant, malgré ton» les efforts et te bon voutoir du G^uven»- « ment et de rédUité parisiemM, œ omiière ik ôlétouioura lièMM- « treint. La raison, f3ait-41 vous la dire? mais vous la co^^naifisea tous: « c'est que la confiance ne se décrète pas, et sans confiance les capL « taux ne s^exposent pas ; or, vous n^ignorez pas que dans le Ma- « meut il faut beaucoup d'^genl.
« n û'étaU dooBéà pcrsoiaa ée prétoir k te procbalBe de eei « état alarmant» intolérable; état de toipeur^ de paralysie» de mtc rasme et de misère profonde.
« La question vient enfin d'être posée netlemeni, courageusement. « U appartient à tous et à ibacun de cotcswiir à sa aolution paoia> • que.
« Je ne doute pas que, dans cette cbrconstance, dans cet acte solenm nel. vous ne soyea aussi dévoués à Tordre que vous êtes courageux « autravafl.
« Foiot d'AbstoBlioni S'abstenir, ce serait oUiremeat âémdiilTet Yotre indifférence deyant rume électorale ;i^ serait prouver ie peu de cas que^ eus folles d^on droit pour lequel tous avez déclaré hautement réclamer et qui yient de vous être rendu. Point d*alntention ! le TOte, dans la circonstanM actueBe, est plus qu'un droit; c^est UA devoir : devoir imparieuxy sacré; c'est presque un sacerdoce. »
« Oui ou non, ordre ou désordre : Oui ou non, tfayail ou chômage; Cul ou non, prospérité ou misère profonde. Tels sont les deux ter^ mes dans tesqueis se trouve éiroiCement reofMrfiQéd^a qvesQoii à résoudre.
«r Oui, c'est l'anarchie terrassée, Tordre rétabli, la conQance rerenne, les capitaux abondants, le travaiUous toutes ses formes ; c'est Botie résettt de chenins de/sr activenent continué et bientôt achevé (et vous n'ignorez pas que par la promptitude et la facilité des transports, c'est la vie à bon marché); c'est le Louvre terminé, la rue de Rivoli prolongée, la bibliothèque Nationale réédifiée; ^est Touverture des rues des Keoles et de Strasbourg; ce •ont les halles, le ^lais du peuple, commencées et bientôt achevées. Oui, c'est en un mot le travail sous ses formes multiples» c'est la prospérité.
« Non, c'est la révolution continuée, l'anarchie ressuscitée; e^est le chômage, la misère décuplée ; c'est la terreor, la gnerre clvfle. Ma»» ce sont les abominations, les monstruosités, les saturnales dont on vient de voir des exemples dans une partie de la France, reprises, continuées et poussées jusqu'aux limites les plus extrêmes. Non, c'est en un mot llnvaslon des Barbares, et de plus, la guerre g^
« Vous dont toute la politique consiste dans le travail» et qui ne demandez qu'à vivre honorablement des fruits de votre labeur, vous déposerez dimanche prochain, dans Fume électorale, un : Oui.