‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 4 sur 62 · HORTENSE · texte numérisé non relu

HORTENSE

« Ge3 avili 1837. »

Cett lettre, où se peint l'ftme angélique de la fille de Joséphine, cette lettre si pleine de résignation, d'une tendresse émue, et des pressentiments d'une autre vie et d'un monde meilleur, devait faire cesser à l'instant même les hésitations du Prince. Ck)mme nous l'avons dit et démontré, fl n'avait pris aucun engagement en s'embarquant pour les États-Unis, il n'avait fait que céder d la force; il avait donc le droit de repartir pour l'Europe aussitôt que cela lui plaisait, et surtout quand il s'agissait de l'accomplissement d'un devoir pieux, de fermer les yeux d'une mère. II arriva heureusement asseï à temps pour recueillir le dernier soupir de l'auguste malade (1).

Le retour du Prince en Europe et'son nouveau s^'our en Suisse ne tardèrent pas à porter ombrage au Gouvernement de Louis-Philippe.

Ce môme Gouvernement, qui, depuis l'entreprise de Strasbourg, avait, par ses organes les plus accrédités, le Journal des Débats et autres feuilles quotidiennes, déversé le ridicule sur Louis-Napoléon, traitant cette entreprise à'enfaniiUage

(i) U reine Hortense, à la fin de sa vie, témoigna souvent le désir d*ètre inhumée en France; ses yosxa, ont été. exaucés : ses restes reposent dans régilse du village de Rueil, à côté des dépouilles mortelles de sa mère, rimpératrice Joséphine.

Kr.e est morte le 5 octobre 1837.

et de foUe équipée j conçut pourtant de sa présence en Thurgovîe les plus vives alarmes. Mettant ses actes en contradiction flagrante avec le langage moqueur de ses Journaux, fl s'adressa au président du directoire fédéral en Suisse pour obtenir Pexpulsion du Prince. Ce Ait M. de Montébello, le fils d'nn des maréchaux de l'Empire, le brave Lannes, qui, en sa qualité d'ambassadeur français près du Gouvernement helvétique, se fit le docile instrument de cette persécution politique contre le neveu de l'Empereur.

Et cependant le Prince vivait en ce moment dans la solitude la pins complète, occupé seulement de ses regrets, et ne demandant qu'à pleurer en paix la perte irréparable qu'il avait ftite, lapertede sa mère.

Le président du directoire fédéral répondit à M. de Montébello qa*D ne voyait pas de motife pour obliger le Prinee à fiféloigner de la Suisse.

Jusque-là, les choses n'avaient eu qu'un caractère offldeui. Mais le l*' août 1838 commença une lutte qui eut le plus grand retentissement, non seulement en France, mais en Europe, et qui prouva une fois de plus que ce nom de Napoléon était une puissance qui n'avait rien perdu de son ancien prestige aux yeux des peuples conuie des rois.

Ce Joor-là, M. de Montébello remit au Gouvernement suisse une note diplomatique où la menace accompagnaitla demande formelle d'expulsion. On y remarquait cette phrase : « La « France aurait préféré ne devoir qu'à la volonté spontanée, « et au sentiment de bonne amitié de sa fidèle alliée, une « mesure qu'elle se doit à ell^méme de réclamer enfin, et que « la Suisse ne fera sûrement pas attendre f »]

L'ambassadeur français communiqua en même temps une leHre du Ministre des affaires étrangères, M. MoIé, qui se terminait en ces termes : f Vous dédareres au vorort que si| ff contre toute attente, la Suisse, prenant fait et cause pour « celui qui compromet si gravement son repos, refusait léiof-

« gnement de Louis-Bonaparte, vous avas ordrede demander «TospassepcNis.»

Cela était fort eldr; c'était dii^ à la Svtae: 8id)iœeziah^ da plus fort, ou préparej^rouB à la guérie

Hais la Suisse «vaitadc^té Louis-IfipoiéoBMkiialtritaiBl la qualité honorifique de citoyen de ThurgoMe. D'aitteurs, laisser attenter à rbos^talité que le Prince recevait d'elle, tétait abandonner sa propre digmié, c'était abdiquer comme Etat neutre et libre, c'était enfin s'annilifler. La Suisse reftisa donc de condescendre aox exigences du Oouveroement de Louis-PhiUi^. Malgré sa fledblesse relative, eUe ne voulut pBscédm*.

La diète, convoquée pour délibérer sur la demande de M. de MontébeBo, prit une lésohi&m évasive, et renvoya la décision de cette afiiaire au grand coiMil de Thurgovie.

Le grand conseil de Thurgovie ne se montra pas {dus favorable que la diète aux prétenttom de Tombassadenr ûvnçais.

Alors M. de Montdbello annooça à la Suisse un bhoushern^que. En même temps, des tnmpee s'avinoèrent; le gâiéral Aymar, commandant i Lyon, donna Tordre i rartillerie de sa division de aetoiir prête à marofaer,et, poMlantGes prépa* ratife de guerre, les ambassadeurs des puissances étrangères, appuyant de leur influence la donande de M. de JWontébeUo, conseillaient à la Suisse de se soumettre, en hû disant que, si eUe résistait, on rabandonneiaft sans dé&nse à la colère de la France.

Dans cette dure extrémflé, le Gouvernement helvétique, toi^ours digne et fier, conmiença à se mettre en état de vé* sistance.

Mais rhomme qui n'avait pas voulu qu'une seule goutte de sang français coul&t dans les rues de Strasbourg pour le triomphe de sa cause, ne devait pas souQrir que son nom fiH i'oc* easion d'un conflit entre la France, son pays natal, et la Suisscf, qui l'avait si cordialement reçu dans son sein. Louis-

Ifapdéon, pour mettre un terme à ces débats, se décida donc qioiitaiiément à partir, et 9 adressa la lettre suivante au présideniduconseQ du canton de lliurgovie:

« Ireoeaberg, ce 92 septembre i888«

fl Monsieur le Landamann,

« Lorsque la note du duc de Montébello fut adressée à 1* c dâète, ie ne voulus pas subir les exigences du Gouvernec ment français : car il m'ini^rtait de prouver, par mon re» c fiis de m'ékiigner, que j'étais revenu en Suisse sans man^ c quer i aucun «tgagoment, que J'avais le droit d'y résider, « et que J'y trouverais aide et protection.

« La Suisse a moBlré depuis deux mois, par ses protesta- « Iû)ii5éi2eii^qaes,etmaintenant par lesdécisions des grands « conseils qiû se sont assemblés jusqu'ici, qu'elle était pré^ « à faire les plus grands sacrifices pour maintenir sa dignité « et son droit. Elle a su faire son devoir comme nation indéi pendante; je saurai faire le mien, et demeurer fidèle à la « voix de l'honneur. On peut me persécuter, mais jamais « m'avilir,

t Le Oouvenaement français ayant déclaré que le refus de c la diète d'obtempérer à sa demande serait le signal d'une € conflagrationdontlaSuissepourraitêtrela victime, Une me • reste plus qu'à quitter un pays où ma présence est le sujet « ffans^ injustes prétentions, où elle serait le sujet d'aussi « grands malheurs.

« Je vous prie donc, Monsieur le Landamann, d'annoncer c au firedoire fédéral que je partira dès qu'il aura obtenu « des ambasMdeurs *s diverses puissances les passeports c qui me sont nécessaires pour me tendre dans un lieu où je « troov^ti un asBe assuré.

« En quittant aujourd'hui volontairement le seul pays où c j'avais trouvé en Europe appui et protection, en m'éloignant

« des lieux qui m'étaient devenus cbers à tant de titres, j'es. t père prouver au peuple suisse que J'étais digne des mart ques d'estime et d'afiTection qu'il m'a prodiguées. Je n'out blierai jamais la noble conduite des cantons qui se sont « prononcés si courageusement en ma faveur, et le souvenir t de la généreuse protection que m'a accordée le canton de t Thurgovie restera .surtout profondément gravé ians mon < cœur.

« J'espère que cette séparation ne sera pas étemelle, et « qu'un jour viendra où je pourrai, sans compromettre les t intérêts de deux nations qui doivent rester amies, retrouver « l'asile où vingt ans de s^'our et de droits acquis m'avaient t créé une seconde patrie.

« Soyez, Monsieur le Landamann, l'interprète de mes seni timents de reconnaissance envers les Conseils, et croyez « que la pensée d'épargner des troubles à la Suisse peut seule t adoucir les regrets que j'éprouve de la quitter. « Recevez, etc.

i Louis-Napoléon Bonaparte. »

Le Prince partit donc ; et ce que Louis-Philippe gagna dans cette affaire, ce fut de montrer clairement aux yeux de tous qu'il avait peur du neveu de Napoléon, quoiqu'il dissimulât ses craintes sous le persifflage de ses journaux, pareil à ces poltrons qui essaient, en chantant, de cacher leurs iïayeurs.

Louis-Napoléon quitta la Suisse pour l'Angleterre, où il ne tarda pas à être rejoint par son oncle Joseph Bonaparte, qui venait de quitter les États-Unis.

Arrivée Londres, le jeune Prince, pour lequel les dissipations et les frivolités de la vie aristocratique n'avaient jamais eu aucun charme, garda les habitudes laborieuses qui avaient appelé sur lui l'attention en Suisse. Depuis longtemps il avait commencé à étudier et cherché à comprendre toute la période impériale, fouillé dans les replis les plus profonds de ce

Taste génie qni s'appela Napoléon, et qui nous a laissé de si éclatants témoigoages de son immensité, soit dans les différents écrits de Sainte-Hélène, soit dans un grand nombre d'institutions et de lois encore actuellement en vigueur. C'est des études assidues et pénétrantes du Prince sur cette grande époque, que sortit en 1839, aux premiers temps de son séjour à Londres, un livre qui fût en Europe un véritable événement, Les liées Napoléoniennes.

Arrêtons-nous quelques instants sur cette publication, la plus importante sans doute et la plus remarquable de toutes celles auxquelles Louis-Napoléon a attaché son nom. La situation actuelle de la France, la nouvelle organisation politique qu'elle possède, donnent un intérêt de plus à l'examen de cet ouvrage, où l'auteur avait déposé sa pensée personnelle en même temps que celle de l'Empereur.

Le livre commence par des considérations de l'ordre le plus élevé sur les gouvernements et sur leur mission sur le progrès et sa marche incessante.

Détachons de la gerbe quelques épis ; montrons au lecteur quelques-unes des pierres précieuses dont se compose cet éerin.

« Les révolutions qui ont agité les peuples, s'écrie l'auteur i dans cette préfiice, tous les elTorts des grands hommes,

• guerriers ou légishiteurs, ne doivent-ils aboutir à rien ? Nous

• remuons-nous constamment dans un cercle vicieux, où les i lumières succèdent à l'ignorance, etla barbarie à la civilisa-

• tien? Loin de nous une pensée aussi aiOigeante ; le feu sa- I eré quinous anime doit nous mener à un résultat digne de € la puissance divine qui nous l'inspire. L'amélioration des c sociétés marche sans cesse, malgré les obstacles; elle ne i connaît de limites que ceUes du monde. ..«••• c •

« Les peuples ont tous quelque chose de commun, c'est le t besoin de perfectionnement; ils ont chacun quelque chose de

« particuIier,c'e8tlegenredemaIadiequipaniIyseleurseQMlfl» « Les gouvernements ont été établis pour aider la socîéfté i à vaincre les obstacles qpii entravaient sa marche. Leurfoi^ « me a dû varier suivant la nature du mal qu'ils étaient ap- « pelés à guérir, suivant Tépoque, suivant le peuple qu'ils do- « valent régir. Leur tâche n'a jamais été et ne sera jamais fte « die, parce que les deux éléments contraires dont se conv « pose notre existence exigent l'emploi de moyens difféienta. « Sous le rapport de notre essence divine, 0 ne nous fouit pour c marcher que liberté et travail ; sous le rapport de notre na- « ture mortelle et corruptible, il nous faut pour nous coa- « duire un guide et un appui.

« Un gouvernement n'est donc pas, comme Ta dit un écof nomîste distingué, un vlcère nécessaire. C'est plutôt le mo» f teur bienfaisant de tout organisme social.

« Le progrès ne disparattjamais, maïs ilse déplace souvent; « il va des gouvernants aux gouvernés. lia tendance des lé- « volutions est de le ramener toujours parmi les gouvernants. « Lorsqu'il est à la tête des sociétés, U marche hardiment, « car il conduit ; lorsqu'il est dans la masse, il marche à pas

• lents, car il lutte. Dans le premier cas, le peuj^ confiant « se laisse gouverner; dans le second cas, il veut,. au cou-

• traire, tout faire par lui-même. •

L'idée fondamentale qui circule dans tout l'ouvrage, c'est que Napoléon était le progrès incarné, l'esprit nouveau fait homme, la personnification magnifiqueet vivante de tout une civilisation, et que cette formidable puissance dont la France l'arma n'avait d'autre but que de faire triompher la civilisation nouvelle de tous les ennemis, soit du dehors^ soit du dedans, qui voulaient l'étouffer à son berceau. Pensée vraie, dont les hommes de sens* apprécient tous les jours davanta^ la justesse, et d'oif découlent d'ans ce livre mille aperçus divers aussi neufs que profonds.

L'auteur examine d'abord l'organisalioQ administrative de VEmpire, cette orçanisation si vivace qui a survécu à tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1815; U établit que la centralisation était leseulmoyende constituer le paya» d*en faire un tout compacte.

Ecoutons-le ici : « Ce qui distingue surtout, dit-U, une « bonne administration» c'est lQrsq^'elle £ût i^pelà tous las « ménieSy à toutes les ^dalités, pour éclairer sa marche et fl mettre en pratique tous les perfectionnements ; c'est lorsi qu'elle réprime avec force tous les abus, qu'elle améliore le « sort des classes laborieuses, qu'elle éveille toutes les indus- « tries, et qu'elle tient une balance égale entre les riches et les « pauvres, entre ceux qui travaillent et ceux qui font travaO- « 1er, entre les dépositaires du pouvoir et les administrés. » Après avoir ainsi parlé, l'écrivain examine l'organisatira politique de ce tamps-là [ il recherche sur quels principes fondamentaux reposaient les lois impériales; il en trouve deux: le principe de l'égalité civile, résultant du dogme démocratique, et celm de la hiérarchie sociale, produit des doctrines d'ordre et de stabilité. Il démontre que les emplois héréditaires avaient été auK>riméspar Napoléon, et que toutes les Ibnctioos étaient attribuées par lui à l'élection pc^aîre, ou au mérite que le pouiKHr central était chargé de reconnaître et de mettre à sa place légitime. U passe en revue les diverses institutiona, le sénat et le corps législatif, le consefl d'État, la cour de cassation, la Légion-d'Honneur, l'instrue* tSon piibBque, Ih justice, les finances, enfin toutes les créalions impériales; ilmontre les racines et analyse les attributions de tous cee corps divers.

Puis, Aacutmt la qoestlon extérieure, il commence par ces paroles :

« IIyatroismam*ëre8d'envisagerlesral^>orts de la France « aveclea Gouvernemfi^ étrangers. EUes se formulent dans « les trois systèmes suivants :

c n y a une politique aveugle et passionnée qui voudrait « Jeter le gant à FEurope et détrôner tous les rois.

« D y en a une autre, qui lui est entièrement opposée, et i qui consiste à maintenir la paix en achetant Tamitié des • souverains aux dépens de l'honneur et des intérêts du pays.

i Enfin, il y a une politique qui o£fre firanchement l'alliance i de la France à tous les Gouvernements qui veulent marcher € avec elle dans des intérêts communs.

« Avec la première, il ne peut y avoir ni paix ni trêve ; avec i la seconde, il n'y a pas de guerre, mais aussi point d'indéi pendance; avec la troisième, au contraire, pas de paix sans « honneur, et pas de guerre universelle. »

Après cette entrée en matière, le Pdnce établit que le but de son oncle fut d'assurer l'indépendance de la France, d'établîr une paix européenne solide; qu'il ne fut jamais agresseur, majs obligé de repousser les coalitions de l'Europe (1), et il termine ses développements à ce siget par cette judicieuse réflexion, rendue plus saisissante par la brillante image dont elle est revêtue:

(1) Le 14 Janvier 1805, Napoléon écrivait an roi d^Angleterre : « le « n'attache pas de déshonneur à faire les premiers pas. La paix est le « VŒU de mon cœur. Je conjure Votre Miûesté de ne pas se reftiser « an bonheur de la donner au m(mde. •

Comment répondit P Angleterre à ce langage pacifl<iue ? Ba poussant de nouveau les armées étrangères contre nous, et en soldant nos ennemis de ses deniers.

Qui donc, de r An^eterre ou de Napoléon, était le véritable provocateur?

Et la campagne de Russie » cette expédition si désastreuse et si calomniée, ne fut-eUe, comme on l'a prétendu, que llnspiraUon de PongueU effréné et de Fambitlon d^m homme ? N'est-ce pas le czar, au contraire, qui la veaùM inévitable en foulant aux pieds des traités incrément consentis, en se faisant un jen des eonventtons relatives au blocus continental ?

Ce sont là des faits hl8t(»iques irrécusaUes, et qui prouvent que rauteur des Idées napoléoniennes, en prêtant des pensées de paix à son glorieux onde, était bien dans le vrai.

« Concluons : si la guerre est le fléau de riiumaDlté , ce fléau a perd une grande partie de sa malheureuse influence quand « la force des armes est appelée à fonder au lieu de détruire. « Les guerres de l'Empire ont été comme le débordement du « Nil: lorsque les eaux de ce fleuve couvrent les campagnes a d'Egypte, on pourrait croire à la dévastation ; mais à peine « se sont-elles retirées, que l'abondance et la fertilité nais- « sentde leur passage. »

Pendant que le Prince occupaitnoblement ses loisirs de cette étude rétroq)ective sur une époque mémorable, la France continuait à s'agiter et à donner des marques de mécontentement. Les Ministères se succédaient les uns aux autres ; mais la politique restait invariable. Un système inflexible pesait sur tous les hommes qui prenaient tour à tour le timon des affaires. La trop fameuse coalition des premiers mois de 1839 contre le cabinet Mole étonnait et scandalisait tout le monde. Les partis se découvraient et commençaient à compromettre, par leurs imprudentes agressions, la royauté, déjà si compromise par ses actes. La corruption etrégoïsme,dont nousavonsesquissé le tableau dans le chapitre précédent, faisaient tous les jours des progrès dans les régions ofiicielles. Les choses en étaient arrivées à ce point, que, en dehors du cercle si restreint du pays légal, un cri de rénovation politique retentissait de toutes parts ; trois ou quatre drapeaux flottaient dans l'air : les republicains arboraient celui de Vt^ppel au peuple ; les légitimistes agitaient toujours bruyamment, et avec une sincérité équivoque, celui du t70<e universel: enfin l'opposition dynastique portait la bannière de la réforme électorale, et le tiers-parti celle ielàréforme parUmeniaire.

Les trois journaux intitulés: la Révolution de 1 S 30, le Courrier des Electeurs, la Tribune, avaient péri sous les exigences du fisc, et il fallait de nouveaux organes au parti bonapartiste. Ces organes nouveaux, qui d'ailleurs, disons-le en passant, n'exprimèrent pastoiyours très-fidèlement la pensée

qd les inspirait, et la dénaturèreift f)rë(iuenmient, comme Vavaît fait avant eux la Tribune, ces organes nouveaux, Louis- Napoléon avait su les trouver. C'était le Capiiole, c'était le Jaumaljdu Commerce, qui, se jetant dans les discussions de tous les jours, rappelaient aux masses, avec toutes les précautions exigées par les lois sur la presse, ce nom de Bonaparte ressuscité par l'entreprise de Strasbourg : et ce nom continuait à être d'autant plus sympathique au pays, que Louis-Philippe en avait encore maladroitement accru, s'il est possible, l'importance parles mesquines éternelles vexations dont n Pavait poursuivi en 1838 lors du retour en Suisse de Louis-Napo* léon, et jusque sur le bord de la tombe d'une mère 1

Tel était l'état de la France en 18*6, quand M. Thîers renversa le Munstère du 13 mai 1839 et devint président du cabinet du l*' mars. L'histant n'est pas Tenu pour nous de faire le portrait de cet homme d'État. Nous le ferons plus tard, quand nous le trouverons aux prises avec la révolution de Février et le Gouvernement du 10 décembre. Mzds ce que nous pouvons reconnaître dès ce moment, c'est que si les grandes et utiles pensées lui ont souvent manqué, les petites roueries, la science des habiletés secondaires et des expédients ne lui ont jamais ftdt défaut.

M. Thiers, dès son arrivée au Ministère, voTdnt frapper nn grand coup, et taire vibrer sous ses doigts la corde si sensible de l'honneur national. Nous avons ^déjà raconté à nos lecteurs la restauration de la statue impériale sur la colonne Vendôme; on sait aussi que le monarque de Juillet avait toujours eu soin, depuis le commencement de son règne, de s'attacher tous les grands personnages, mOitaires ou autres, qui s'étaient distingués au service de l'Empereur. M. Thîers conseilla k Louis-PhiUppe de cmnpléter son oeuvre en fusant transporter de 111e de Sainte-Hélène à l'église des Invalides les restes mortels de Napoléon. M. Thiers voyait bien les misères de ce règne dont ilétait un des héros ; il voulait jeter sur les

Ira!» etle6 taches de ce trèoe diaciédilé lesplenfide manteau

LnisSWippe résulta 4*Aari fiôUnaent, fNria biaotOt il oUa,fl9éiaBtiqa'i]iielBUeaesiue fei^i^^^ «n effet sor iuHnéiBe gadqae cbûse de J'âeiat d'un grand mm.

Itiamai 1840, m ^rojetdeM tendant à obtenir un créiit^édal 4Hm oiffiDn pour falrasbtioD doBft nous «vons parlé etla oonsinictîM d'u lombean dansPégHBe des Inva- Mtt,fQiâoM(ffé8enté àlaCSiambredes Députés et voté avec enthousiasme.

^ se rafifiàie VettA ntgique que proddsit ce ^te; la France entière hattii des mate, etnnfInéniissemeQt de Joie patriotique courut d'un houti Tapstre du pays^ on eût dit qnele grand capitaine secmiait enfin son linceulet salait loni^à-coop de la tombe (i).

U) lions ne pouTons nous empêcher de rappeler id un £Ut qui lut fort remarqué à Tépoque dont nous parlons.

Le généra! Bertrand avait reçu à Sainte-Hélène de TEmpeKenr moolant ses armes, avec mission de les remettre au roi de Rome. La mort de celui-ci ne permit pas au général de remettre, aux termes de son mandat, ces précieuses et saintes jntiiiqaes, qui se composaient : 1* de répée que Napoléon portait habitueUement depuis la bataiUe d'Aus* terlitz; S* de deux paires de pistolets d'arçon d'un très-riche travail; S* de répée en forme de glaive qu'U avait au Cbarap^de-Mai ; ^ d'un sabre qui avait appartenu à Jean Sobieski ; 5* d'un poigiard <^pn4 autrefois par le pape au grand-maître de Malte, Lavalette*

A PoccasloQ de la translation des cendres, l'idée vint à Joseph Bonaparte et à Louis-Tïapoiéon de faire hommage de ces armes à la France.

"Le général Bertrand M donc autorisé par euxà les remettre deleur part au gouvemeur des Invalides, afin qu'eUes fiiaseat déposées soil à lliôtel, soit dans un autre monument public, comme la colonne Tendôme. Mois le roi Louis-Philippe , ne voulant pas permettre l'hiterventjon directe de la famille de l'Empereur dans le grand acte national qui se préparait, mit en œuvre tous les ressorts de sa dipio^ matie poinr être mis lui-même en possession du legs impérial que les deux Bonaparte voulaient oflHr directement au peuple.

Soit par un singuUer oubli de toutes eonvenancesi soit qu'U ne

Un fait diplomatique de la plus haute importance se produisit à cette époque, et vint fournir un nouvel aliment aux généreuses passions enflammées par le vote de la Cbambre. La question dite d'Ori^nl, qui occupait l'Europe depuis plus d'une année et semblait tom'ours prête à y mettre le feu, aboutissait enfin au traité entre TAngleterre et les grandes puissances du Nord. La France était injurieusement, brutalement exclue de ce pacte d'alliance. Ce n'était pas seulement un affront à la dignité du pays, c'était aussi une atteinte portée à ses intérêts maritimes, industriels, commerciaux. Le coup fut douloureusement senti par M. Thiers, alors Ministre des affaires étrangères, et il crut devoir y répondre par des menaces et des préparatifs de guerre. Il était difficile qu'il agit autrement, alors qu'U venait lui-même de passionner ses concitoyens au souvenir du

comprit pas la portée d'une telle prétention, le général Bertrand consentit à ce qu^on lui demandait.

Cette conduite ne tarda pas à provoquer deux protestations énergiques» Pune du roi Joseph, Pautre du prince Napoléon, que nous citerons tout entière :

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