CHAPITRE QOATORZIÈRE
Som AtRB. — Coup d'œil sur Pétat de la France après le coup d'État. *- Brvits de guerre ; It réponse du Moniteur. — Les élections au Corps Législatif; règlement organique de ee Corps. — Séaace d^nstallation des grands Corps de l'État ; faux bruits sur le rétablissement de l'Empire ; discours du Prince Président. — La lettre de MM. Gavalgnac, Camot et Hénon. — Le serment politique restauré. — Les r^us de serment de MM. Chai^amlery La Moricière, Arago, etc. — Revue des partis poUtiqaes après déeembie. — Le parti rouge européen. — MM. Mazzini, Kinliel et Kossutb et les emprunts Italien^ allemand et bongrois. — La ligue révolutionnaire pour FSurope. — Les démagogues français. — La coterie légitimiste ; les deux lettres de Frobsdorff, de M. deCbambord et de M» Aete Ferronnays. — Les Cours du Nord. — La coterts (yrléaniste. — La Ministère belge, le roi Léopold et la reine Victoria. ^ Le voyage du Pflnee en Sologne. — Travaux d'amélioration dans ce pays. — La ftte (kl iO mal; discours du Prince. — Nouveaux bruits surleréta^ blissement de l'BmpIre. — Le prétendu traité da SO mai entre Isa Puissances du Nord ; note du UonUeur à cet égard. — Accroissement dans les revenus indii:octs de la France pendant les six premters mois de I8ft2.
Jetons mainlenant un coop-d'œil sur les faits de quelque Importanee qui ont ingnalé les premiers mois de Tauuée 1853, el précédé tas élections au .Corps Législatif.
Noie avons d^à appelé l'attention du lecteur sur l'élan ra- {Me et vraiment merveilleux imprimé aux affaires et au crédit public par le coup d'Etat de décembre. On comprend que ces magnifiques résultats, témoignages éclatants de la confiance quinspiraft au pays le neveu de Napoléon, durent mécontenter les malveiDfflEits de toutes les nuances. D^ms un autre momei^ nou0 essaierons de résumer les menées des partis depuis li coiq» d'Etat : bomcms-nom actuellement à constater que lea preinier& désappointements éelafèreni sous forme d'épi* grammes de salons, ou se traduisirent en fiiux brufts, en mm-
velles mensongères, propres à inquiéter les esprits, et destinées à arrêter ce grand mouvement industriel et commercial qui se manifesta immédiatement après le 2 décembre, et qui,heureasement, n'a fait depuis lors que s'accroitre, malgré les manœuvres des factions.
Dès le mois de janvier on commença à faire circuler des bruits de guerre extérieure, tous plus absurdes les uns quo les autres. Les uns allaient disant que le Prince Président se préparait à opérer par un décret l'annexion de la Belgique à la France; — les autres, qu'il s'apprêtait à reprendre, les armes à la main, les frontières du Rhin. Il y avait de soi-disant nouvellistes qui affirmaient que le Gouvernement méditait Fenvahissement de la Savoie; il se trouvait aussi des gens pour annoncer un coup-de-main sur Genève. — Mais c'était surtout un conflit avec l'Angleterre que les fabricants de nouvelles prophétisaient comme inévitable et prochain. A. en croire leurs fabuleux récits, nous étions revenus à l'époque du camp de Boulogne, et le jour approchait d'une âescente sur les côtes de la Grande-Bretagne.
L'esprit humain est si crédule, que bien des gens se laissèrent tromper par ces ridicules sornettes. D'autres, sans y clouter foi, affectèrent d'y croire. Elles furent accueillies avee empressement par plusieurs journaux anglais, notamment Je Times et le Chronicle, qui jetèrent le cri d'alarme et demandèrent avec ft*acas que le Gouvernement britannique pili les précautions les plus formidables, qu'il hérissât de canons ses cent cinquante lieues de côtes, qu'il couvrit Londres de camps retranchés, et fit des armements considérables proportionnés à la gravité du danger. Les articles de ces journaux ne réussirent pourtant pas à faire naître au-delà de la Manche l'émotion qu'ils provoquaient, et le Gouvernement anglais, ne prêtant qu'une oreille peu favorable à ces vagues rumeurs, se contenta d'adopter prudemment quelques mesures de précaution sans importance.
Ce8 mensongères assertions rencontrèrent, à leur origine, des dupes si faciles et si nombreuses, que le Gouvernement français se crut dans la nécessité de leur donner, le 18 février, par l'organe du Moniteur^ le démenti suivant : — iLors-
• qu'en 1848 il s'agissait de la nomination du Prince Louis- € Napoléon à la présidence, plusieurs journaux anglais, et la
• plupart des personnes intéressées à là combattre préten-
• daient que placer un Bonaparte à la tête de la France, « c'était jeter un défi à l'Europe, et ils voyaient dans cette élec- « tion comme le signe d'une guerre générale. On sait si ces « craintes se sont réalisées.
• Depuis le 2 décembre, c'est le même système de calom-
• nies. L'esprit de parti et l'ignorance ont conspiré pour les f accréditer ; on a inventé les plus absurdes suppositions :
• tantôt ce sont des demandes faites aux Etats voisins sur un « ton presque menaçant, tantôt ce sont des préparatifs de « guerre, et les correspondances étranges, à l'aide d'auda- « deux mensonges, présentent notre situation sous un point « de vue imaginaire.
€ Le temps, qui fait ordinairement assez promptement ju&- « tice de l'œuvre de la malveillance et de la sottise, semble « cette fois au contraire l'encourager. Plus que jamais on
• sème de fausses alarmes, on suppose des projets d'envahis- « sèment; on montre jusqu'à nos régiments prêts à franchir « la frontière. De là des atteintes portées au crédit, et des « obstacles funestes à la reprise des affaires.
« Cependant, dq)uis le 2 décembre, le Gouvernement fran- « çais n'a adressé aucune espèce de demande aux puissances c étrangères, si ce n'est à la Belgique, afin qu'elle empêchât « de s'organiser chez elle un système d'incessantes attaques. « Il n'a pas armé un soldat de.plus, U n'a pas même passé de « revue générale, et enfin U n'a rien fait qui pût éveiUer la a moindre susceptibilité de la part de nos voisins.
• Toutes les vues du pouvoir en France sont tournées vers
« \m amèlioraUoiis intMeores. Dlcjostes attaques ne sau- « raient rémouiroir. U ne aortSra île son eahne qnt le jour oè « l'OB YieiMtarail attenter à rtKmnenr et à la dignRé nationales, t Son attitude n'a pm cessé an moment d*etre pacifique, et 1 toute noa>elle qui tendrait à le présenter sous un autre as- • pect serait une foMe grossière, à laquelle, après un dément! « anesi formel, il ne resterait à OK^oeer que le m^ris.t
ArriviHis maintenant aux éleetiraa*
Nous avoBS dR précédemment que le Gou^Femement du 2 décembre, répudiant les traditions politiques du paaaé, vmïî firancbement paironé auprès des collèges tieèU>raux les candidats investis de sa eonâance. Cette noble et lojile tacti^pie lui valut, au électlonsdel6Trier, le triorapèe le plus eon6îd6> lable qu'aucun Gouvememeot ait encore obtenu. Ce n'est pas loutef(tts qoe les partis eussent donné leur démission et re* nonoé à paraître sur le champ de bataille du scrutin : tons, an contraire, étaleal présents; mtds ceux qui demandaient surtout à se compter, c'étaient les fractions républicaines, qui ipoijaient dans les élections une occasion de protester contre CB qu'dles appelaient la surprise du S décembre, et d'atténuer In portée de la victoire de ce Jour.
Excepté à Lyon, oà la éémagogie socialiste bdànça les ftiroes du parti modéré, partout Teppositlon constata néan- ■oint de nombreuses défections et son état de ftiblesse numérique. Deux on trois partisans de M. le Comte de Cbambari, pas un seul de la dynastie de JuiOef , trois ou quatre fépdlilicaiBS, parmi lesqu^ MM. Cavaignac et Camot élus à Paris, voilà à quoi se réduisai^t les résultats laborieuse- BMnt oonqnis, à fbree de démarcbes et d'intrigues, par la coalition renaissante. On remarqua qu^ province ce fhrent ks localilés autrefois les {dus indeeCées du venfo rivc^floxh naire qui donnèrent le plus de vdx anx canAdats du 600»
Paris, sur neuf nominations, en accordait sept à des hommes recommandés par le pouvoir.
Les choix faits par la France prouvaient le bon sens du pays et sa persévérance depuis trois ans à suivre la ligne qu'il s'était tracée. Le scrutin de février était le corollaire du scrutin de décembre. Élire des hommes hostiles au Gouvernement, c'eût été un acte d'inconséquence, c'eût été démentir, renier ce qu'on venait de faire deux mois avant.
Un fait remarquable frappa ropînîon publique pendant les Aections : ce ftit l'oubli dans lequel parurent s'ensevelir d'eux-mêmes certains personnages considérables, et leur retraite volontaire de la scène du monde politique. MM. Berryer, Dufaure, Jules Favre, Falloux, et tant d'autres plus ou moins connus, refusèrent spontanément toute candidature an Corps Législatif. Ds firent entendre qu'à leurs yeux la tribune n'était plus libre, du moment qu'U serait interdit d'y parler le langage de l'esprit de parti, et ces éloquences justement admirées se condamnèrent d'elles-mêmes au silence. Et cependant un champ nouveau, plus fécond (fie l'ancien, s^OQVTait à leur patriotisme, à leur capacité. Discuter et voter des lois utiles, faire sans bruit et sans éclat le bien de leur pays, n'est-ce donc pas une tâche honorable et suffisante pour les plus hautes ambitions ? Regrettons que les précédents de ces hommes, si remarquables par leurs talents, ne leur aient pas permis d'entrer dans cette voie. Des noms chers au pays à plusieurs titres n'appartiennent plus qu'à Ja vie privée ; de brUlantes étoiles ont disparu du firmament des affaires publiques. Consolons-nous de ce malheur par l'espérance que des astres nouveaux se lèveront bientôt à fborizon. La France est riche en dévouements et en mérites ôe toutes sortes, n s'en est révélé déjà plus d'un qui était inconnu ou à peu près avant le 2 décembre. D'autres surgiront à leur tour ; le Gouvernement actuel ne ferme la porte à personne.
Un décret convoqua pour le 29 mars les membres du Corp 5 Législatif et du Sénat. Nous n'irons pas plus loin sans donner connaissance à nos lecteurs de la partie la plus importante du décret qui régla l'organisation intérieure des corps constitués, celle qui était relative au Corps Législatif
Aux termes de ce décret, le Corps Législatif conserve la haute et principale prérogative de toutes les anciennes assemblées délibérantes, le vote de la loi et celui de l'impôt.
Les formes de délibération sont les mêmes qu'autrefois ; tout projet de loi doit donc être préalablement discuté dans les bureaux, et cette discussion aboutit à la nomination de commissaires chargés de faire un rapport sur le projet. Les amendements individuels des Députés doivent être sounus à cette Commission. Lorsqu'elle en a adopté un, il doit être transmis au conseil d'État qui en délibère. L'amendement, si le conseil d'État l'accepte, prend place dans le texte du projet; sinon, il est considéré comme non avenu. Le Corps Législatif vote séparément sur les articles, et, sans être forcé de recourir à un vote général de rejet sur un projet de loi, il peut repousser un article se rapportant à un amendement que le conseil d'État a rejeté.
Les votes ont lieu au scrutin public ; la moitié des membres, plus un, doit y concourir. Le Corps Législatif n'exprime pas d'opinion, il ne motive pas ses décisions, il n'émet que des votes afflrmatifs ou négatifs. Il ne peut mettre en discussion les communications du chef de l'État, ni écarter ses propositions par la question préalable.
La seule publicité donnée aux discussions consiste dans l'insertion des procès-verbaux des séances au Moniteur ou bien dans tous les autres journaux. Toutefois, l'Assemblée peut toqjours autoriser un député à faire imprimer et distribuer un discours prononcé par lui. C'est elle qui résout à cet égard la question de convenance.
Nous avons déjà vu qu'aux termes de la Constitution, le
Président et les vice-présidents du Corps Législatif sont nommés directement et pour un an par le chef de l'État. Il en est de même des deux questeurs. Les fonctions de secrétaires sont dévolues aux quatre membres les plus Jeunes. Dans les bureaux, la préndence appartient de droit au doyen d*âge.
Par décret du Prince Président, un homme qui, par la rec* titude de son esprit, par la variété de ses connaissances, la précision et la clarté de sa parole, avait conquis une légitime eéléÊrité dans nos anciennes Assemblées, M. Bîllault, fut nommé président du Corps Législatif. M. Billault avait toujours, sous le règne de Tex-roi Louis-Philippe, appartenu ù l'opposition modérée. Ami du vrai progrès, c'est-à-dire des innovations praticables, c'était le meilleur choix que pût faire le prince, et tout le monde y applaudit.
La cérémonie d'installation des grands Corps de l'État devait avoir lieu aux Tuileries, dans le salon des Maréchaux. Le jour fixé, 29 mars, deux cent mille hommes se pressaient sur la place du Carrousel, sur le quai, sur la terrasse du bord de l'eau, sur la place Louis XV, enûn depuis l'Elysée jusqu'au palais des Tuileries. La curiosité était peinte sur tous les visages, et il semblait que cette foule fût dans l'attente d'un coup de théâtre, de quelque grande péripétie politique. C'est que la calomnie n'avait pas achevé son œuvre. Dernièrement encore, nous l'avons vu, elle parlait faussement de conflits extérieurs, elle prêtait au Prince des projets de conquête imaginaires : aujourd'hui, elle avait changé de thème, et elle murmurait à voix basse parmi ces groupes, que le Prince n'allait aux Tuileries que pour y proclamer l'Empire do ^n autorité privée, et sans interroger la France à cet égard.
Loui»-Napoléon ne répondit à ces nouvelles calomnies que par le discours ci-après, admirable exposé de prindpes, où l'on retrouve toute la fermeté et la simplicité de son langage politique. On verra en quels termes il rappelait que si une
Toigaife ambitkm eCtt dominé boh âme comme le prélwdaiaiil ses ennemis, il n'eûl pas liUssé écbai^er les nambreuses oocaaîoiis qu'il avait eues, depuis décembre iSkSy de se saisir du sceptre impériaL Et cependant, il avait résisté à toutes les tentations. Pouiquc»? C'est que, pour poser sur sa télé Ja couronne de son glorieux onde, i) attendait que l'animoeité peisèrtante des partis, que l'intérêt de la Fkanoe lui en flasent une nécessité, et surtout que la Fraaee elle-même le demandât.
Yoici ce beau discours, qui fût prononcé en présence de r<^ite de la France et de l'Europe, du corps diplomatique, du Conseil d'État, du Sénat, du Corps Légidstit, et des hauU fonctionnaires.
• Messieurs les Sénateurs, Messieurs les Députés,
ff La Stature que le peuple m^vait confiée cesse atjotn^ ffbiû. Les choses vont reprendre leur cours régulier. Cest avec un sentiment de satisfection réeQe que je viens proclamer ici la mise en vigueur de la Cmstitutton; car ma pré* occupation constante a été non-eeuiement de rétabli Tordre, mais de le rendre durable m dotant la Rranee diiœtitutioBt appropriées à ses besoii».
« Il 7 a quelques m(Hs à peine, vous vem en somenex, phis je m'enfermais dans lecerdeétroit de mes attributions, ^us on s'ef&H^t de le rétrédr enccuie, afin de m'èier le mouvement et l'action. Découragé souvent, je l'avoue, j'eus la pensée d'abandonner un pouvoir ainsi disputé. Ce qui me retint, c'est que je ne voyais pour me succéder qu'une cboee : l'anarchie. Partout, en effet, s'exaltaient des passioQS ardentes à détruire, incapables de rien fonder. Nulle part ni mie institution, ni un homme & qui se rattacber; nuUepartun droit incontesté, une oiganisation quelconque, un système réalisable.
t Aussi, lorsque, grâce au concours de quelques iionunes