‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 42 sur 62 · SH · texte numérisé non relu

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I, grte «■rteut à ré&ergiqDe attfhide de ranvéé, 4eustos Déril^ tirait eoq{uié8 en quelques heures, mon pre* nier soio M de demander m peuple des losdtQtions. Depui» troplongtempe fat JOcMé ra6end>lait à mie pyramMe qa*oii aimdt reloaniée et vouhi fiiire reposer sar son sommet : Je Tâi reptaeée eor sa base» Le suffiaive miiversel, seule source du droit dans de pareUles cofljonetures, Ait immédiatemeot rétabli L'autorM reconquit son ascendant; enfin, la France, ack>ptant les disposlticms prindpales de la ConstKutien que je hil soumettais, il me ftit permis de créer des corps politiques,' dont l'influence et la considération seront d'atitiint plu? grandes, que leurs attributions auront été sagement réglées.

i Parmi les institutions politiques, en effet, celles-là seules OHt de la durée, qui fixent d*«ne manière équitable la fimite •à chaque pouvoir doit s'arrêter. Il n'est pas d'autre moyen d'arriver à une qipMe^Uion utile et bieniUsante de ia liberté. Les eiemples n'en sont pas loin de nous. /

« Pourquoi, en 1814, dhUm vu avec satisfaction, en déptt de nœ revers, InMgurer le régime parlementaire ? C'est que rEmpereor, ne craignons pas de l'avouer, avait été, à cause de la guerre, entraîné à un exercice trop absolu du pouvoir.

• Pourquoi, au contraire, en 1851, la FVance applauditeOe à la chule de ee même régime parlementaire ? C'est que les Cband>res afvaient abusé de l'influence qui leur avait été éonaée, et que, voulant tout dominer, elles compromettaient l'équilibre général.

€ Enihi, pouri^oi (a FVance ne s'est-elle pas émue des restrictions apportées i la Hberté de la presse et à la liberté individuelle? C'est que l'une avait dégénéré en, licence, et que rautre, au Heu d'être l'exercice légal du droit de chacun, avait, par ^odieux excès, menacé le droit de tous.

« Cet extrême danger, pour les démocraties surtout, de voir sans cesse des institutions mal définies sacrifier tour à-tour le pouvoir ou la Mberté, a été parfaitement apprécié par nos

pères, fl y a un demi-siècle, lorsqu'au sortir de la tourmente révolutionnaire, et après le vain essai de toute espèce de régimes, ils proclamèrent la Constitution de l'an vin, qui a servi de modèle à celle de 1852. Sans doute, elle ne sanctionne par toutes les libertés aux abus même desquelles nous étions habitués ; mais elle en consacre aussi de bien réelles. Le lendemain des révolutions, la première garantie pour un peuple ne consiste pas dans Tusage immodéré de la tribune et delà presse; elle est dans le droit de chomr le gouvernement qui lui convient. Or, la nation française a donné peut-être pour la première fois au monde le spectacle imposant d'un grand peuple votant en toute liberté la forme de son gouvor^ nement.

« Ainsi, le chef de l'État que vous avez devant vous est Inea l'expression de la volonté populaire ; et devant moi que vois-je? deux Chambres : Tune, élue en vertu de la Id la plus libérale qui existe au monde ; l'autre, nommée par moi, il est vrai, mais indépendante aussi, puisqu'elle est inamovible.

« Autour de moi vous remarquez des hommes d*un patriotisme et d'un mérite recoimus, toujours prêts à m'appuyer deleurs conseils, à m'édairer sur les besoins du pays.

a Cette Constitution qui, dès aujourd'hui, va être mise en pratique, n'est donc pas Tœuvre d'une vaine théorie et du despotisme ; c'est l'oeuvre de l'expérience et de la raison. Vous m'aiderez, Messieurs, à la consolider, à l'étendre, à l'améliorer.

a Je ferai connaître au Sénat et au Corps Législatif l'ex-^ posé de la situation de la République. Ils y verront que partout la confiance a été rétablie, que partout le travail a repris, et que, pour la première fois après un grand changement politique, la fortune publique s'est accrue au lieu de diminua.

« Depuis quatre mois il a été possible à mon Gouvernement d'encourager bien des entreprises utiles, de récompenser bien dçs services, de secourir bien des misères, de rehausser

même la position de la plus grande partie des principaux fonctionnaires, et tout cela sans aggraver les impôts ou déranger les prévisions du budget que nous sommes heureux de vous présenter en équilibre.

fl De pareils faits, et l'attitude de l'Europe qui a accueilli avec satisfaction les changements survenus, nous donnent le juste espoir de la sécurité pour l'avenir. Car, si la paix est garantie au dedans, elle l'est également au dehors. Les puissances étrangères respectent notre indépendance, et nous avons tout intérêt à conserver avec elles des relations amicales. Tant que l'honneur de la France ne sera pas engagé, le devoir du Gouvernement sera d'éviter avec soin toute cause de perturbation en Europe, et de tourner tous nos efforts vers les améliorations intérieures, qui peuvent seules procurer l'aisance aux classes laborieuses et assurer la prospérité du pays.

fl Et maintenant. Messieurs, au moment où vous vous associez avec patriotisme à mes travaux, je veux vous exposer franchement quelle sera ma conduite.

i En me voyant rétablir les institutions et les souvenirs de l'Empire, on a répété souvent que je désirais rétablir l'Empire même. Si telle était ma préoccupation constante, cette transformation serait accomplie depuis longtemps. Ni les uioyeos, ni les occasions ne m'ont manqué.

i Ainsi, en 1848, lorsque six millions de suffrages me nommèrent en dépit de la Constituante, je n'ignorais pas que le simple refus d'acquiescer à la Constitution pouvait me donner un trône; tnais une élévation qui devait nécessairement entraîner de graves désordres ne me séduisit pas.

fl Au 13 juin 1849, il m'était également facile de changer la forme du Gouvernement. Je ne le voulus pas.

« Enfin, au 2 décembre, si des considérations personnelles l'eussent emporté sur les graves intérêts du pays, j'eusse d'abord demandé au peuple, qui ne l'eût pas refusé, un titre pompeux. Je me suis contenté de celui que j'avais.

« Lors donc que je puise des exemples dans le Consulat et rEropire, c'est que là surtout je les trouve empreints de nationalité et de grandeur. Résolu aujourd'hui comme avant de faire tout pour la France, rien pour moi, je n'accepterais de modifications à l'état présent des choses que si j'y étais cootraint par une nécessité évidente. D'où peut-elle naître? uniquement de la conduite des partis. S'ils se résignent, rien ne sera changé ; mais si, par leurs sourdes menées, ils cherdbaient à saper les bases de mon gouvernement; si, dans leur aveuglement, fls niaient la légitimité du résultat de i'électîoo populaire; si enfin ils venaient sans cesse, par leurs attaques, mettre en question l'avenir du pays ; alors, mais seulement alors, il pourrait être raisonnable de demander au peuple, au nom du repos de la France, un nouveau titre quifiiat ircé^ vocablement sur ma tète le pouvoir dont il m'a revêtu.

• Mais ne nous préoccupons pas d'avance de diCBcultés qui n'ont sans doute rien de probable. Conservons la République, elle ne menace personne, elle peut rassurer tout le monde. Sous sa bannière, je veux inaugurer de nouveau une ère d'oubli et de conciliation, et j'appelle sans distinction tous œn qui veulent concourir avec moi au bien public.

• La providence, qui jusqu'ici a si visiblement bénî mes efforts, ne voudra pas laisser son œuvre inacbevée. £lle nous animera tous de ses inspirations, et nous donnera le courage et la force nécessaires pour consolider un ordre de choses qui assur^a le bonheur de notre patrie et le repœ de l'Europe, i

Ce livre étant, non pas l'histoire de la France pendant un certain nombre d'années, mais bien surtout l'histoire personnelle duPrince Louis-Napoléon, tendante le faire connaître par ses discours et par ses actes, nous n'entreprendrons pas une analyse détaillée des travaux du Sénat et du Corps L^gislatiL Nous nous contenterons de résumer ultérieurement, au pas de course, les travaux de la Chambre issue da vote uxA^

versel, et, quant au Sénat, d'appeler l'attention sur les décidons les plus importantes prises par lui. Ainsi, à une de ses premières séances, la dernière de ces deux Assemblées, conformément à rarticlc 15 de la Constitution, réparant une des bévues des ex-constituants de 1848, fixa par un Sénatus-consuite, à la somme de 12 millions, la liste civile annuelle du chef du Gouvernement.

Quant au Corps Législatif, sa première séance fut signalée par un petit événement auquel le parti rouge prôta de grandes proportions, mais qui fut loin d'avoir le retentissement et le succès qu'on attendait.

Nous difc^ions, il y a peu d'instants, que les diverses notahiiîtés parlementaires avaient volontairement refusé de paraître au milieu de la lice électorale. U n'en Ait pas ainsi pourtant de IIM. Cavalgnac et Camot, élus à Paris, et de M. Hénon, oonwié par les électeurs de Lyon. Ces trois républicains, sachant parMtement que leurs amis se préparaient à porter leurs suffrages sur eux, se laissèrent élire. Voulaient-ils donc aller siéger dans l'enceinte du Corps Législatif? Non, ils avaient on autre but : c'était de se créer une occasion de protester « contre le 2 décembre, de se draper en martyrs politiques, et d'insulter impunément l'autorité nouvelle.

Le 30 mars, à peine M. Billault avait-il pris place au fauteuil de la présidence, qu'il donnait lecture & ses collègues de la lettre collective qui suit :

« Monsieur le Président,

Les électeurs de Paris et de Lyon sont venus nous chercber dans « la retraite ou dans Texll.

« Nous les remercions d^avoir pensé que nos noms protestaient « d'eux-mêmes contre la destruction des libertés publiques et les « rigueurs de Tarbitraire.

« Mais nous n'admettons pas qu'Us aient voulu nous envoyer sié- « ger dans un Corps Législatif dont les pouvoirs ne s'étendent pas « jusqu'à réparer les violaUons du droit.

« Mous repoussons la tbéoris Immonle des réticences et des ar-

« rière.peDsées,et nous refusons le serment exigé à rentrée du Corps « Législatif.

« Nous vous prions, Monsieur le Président, de vouloir bien donner « à PAssemblée connaissance de cette déclaration.

« Paris, 99 mars 1852.

« Signé : 6ÉHÉBÀL Gavàigicàc, Ga-eicot, HâHoii.B

Nousneferons sur cette lettre que de bien courtes réflexions.

— Ces messieurs y prononcent le mot d'exil : ce mot est sonore, sans doute, et il appelle Tintérèt ; mais quel est donc celui d'entre eux qu'a atteint une mesure aussi rigoureuse? — La destruction des libertés publiques et les rigueurs de f arbitraire t De semblables paroles vont-elles bien à M. Cavûgnac, à l'homme des déportations en masse sans jugement, de la presse bâillonnée et suspendue, des journalistes mis au secret?

— Enfin, comment les trois signataires de cette lettre ont-ils pu y parler de violation du droit^ trois mois après que le pays, la meilleure source du droit, il nous semble, avait couvert par un vote presque unanime les prétendues illégalités de décembre?

La protestation de MM. Cavaignac, Gamot et Hénon entraînait, comme conséquence, leur exclusion. L'article 14 de la Constitution du 15 janvier dispose, en efTet, que les membres du Corps Législatif, de même que les magistrats et fonctionnaires de tous ordres, doivent prêter serment d'obéissance à cette loi fondamentale, et de fidélité au Prince Président. L'article 45 du décret du 22 mars, réglant l'organisation intérieure de l'Assemblée élective, porte, de son côté: • Si fl l'élection est déclarée valable, l'élu prête, séance tenante, t ou, s'il est absent, à la première séance à laquelle il assiste, « le serment prescrit par l'article 14 de la Constitution, et • le Président du Corps Législatif prononce ensuite son ad- « mission. Le député qui n'a pas prêté serment dans la « quinzaine du jour où les élections ont été déclarées va « lides, est réputé démissionnaire, t

MM. Hénon, Camot et Cavaignac furent donc déclarés démissionnaires.

La volonté intelligente du Prince Président avait, comme nous Tavons dit, imposé la loi du serment à tous les citoyens investis de fonctions publiques, soit que ces fonctions eussent été conférées parle Gouvernement, soit qu'elles émanassent de l'élection populaire. La révolution de février, ou du moins les hommes d'Etat qui ia représentèrent à l'origine, s'étaient trompés en abolissant le serment. Sans doute, la foi jurée n'est pas un frein pour les consciences faciles; mais les véritables honnêtes gens la respectent, et, pour l'honneur de notre pays, nous aimons à croire que ces gens-là ne sont pas rares chez nous, et qu'il s'en rencontre plus d'un occupant des postes publics. Le serment des agents d'un Gouvernement ne prévient pas toujours la chute de ce Gouvernement, s'il est abandonné parl'opinion publique, cela est vrai ; mais, du moins, il éveille d'honorables scrupules dans les âmes délicates, et y réprime des malveillances qui, à défaut de cette barrière morale, offriraient des dangers et pourraient devenir criminelles.

Tout ce qui est chargé en France d'un service public prêta donc le serment exigé. C'est dans le cours des mois d'avril, mai, juin, que ftit remplie cette formalité. Peu de personnes essayèrent de s'y soustraire; les démissions les plus nombreu* ses furent celles de divers membres des oonseils départementaux ou municipaux. — On remarqua, en outre, les refus de serment de MM. Changamier, La Moridère et Arago, de ce dernier surtout. Le célèbre astronome ayant menacé le Gouvernement de dénoncer au monde scientifique sa sortie de l'Observatoire, le Prince lui donna une leçon piquante de convenance et de bon goût : par une faveur spéciale, il dispensa du serment obligé l'ex-membre du Gouvernement provisoire.

Le refus fait par MM. Hénon, Cavaignac et Camot de se soumettre à la loi générale, nous amène à jeter maintenant un

conp^'œil sur Fattitnde prise par les partis, poeCérieiir»neiit au 3 décembre.

Mous aUoDS eommoïc^ ptr le parti démagogique. Mais pour que cet coamen ml complet, nous sommes obtigés de Icaochir lafinoutite*e, et de &iie d'«tM>rd avec notre lecteur me SMursion à Fétranger.

Nous «Yons déjà dit que k gomremement de l'anarchie ne oJéjOQtt pasi Paris, mais à Londres. Nous avons expliqué «a foe cfétait que ce fameux comité qui, d'un geste ou d'un raol parti des bords de la Tamise, fanatise et soulève les membrcB des aodétés secrètes. Frappé comme d'un coup de tonnerre par le résultat des journées de décembre, ce comHé avait alore fBaacdt à son armée de se résigner et d'attendre. Ne erojant pas à la vitalité du pouvoir que la France venait cependafli d^acdamer, il espérait que dans deux ou trois mois l'édifice nouvellement fondé s'écroulerait comme un château de caos tes, et il avait recommandé à ses soldats de se tenir prêts t agir au mois de mars. Mais mars arriva sans que la réaction sur laqu^De on comptait se produisit, sans que l'autorité, si bien raffermie en décembre, perdit un pouce de terrain dans l'opinion pubfique ; de sorte que les chefs de la démagogie, se wyant seuls de leur avis, expédièrent un contre-ordre et firent un nouvel appel à la patience de leurs fougueux adeptes.

Ce n'est pas, touteibis, quHs eussent reconnu leur imputo- «anoe et renoncé à leurs desseins; au contraire. SeuteraeÉl, is avaient renoncé à la France comme point de départ de i'Iaeendle qu'ils voulaient allumer. Au lieu d'agir par elle sur le reste de l'Europe, <;'est à l'aide de rADemagne, de l'ItaBe ou de la Suisse, qu'ils espéraiem agir sur la France. D'un autn eMé, s'avouant à eux-mêmes, eiriln, leur faute la plus grossière, eette division intestine qui afhît leur faiblesse et leur discrédit, et qui scinde la grande communion socialiste^n une multitude de peMtes églises toujours prôtesi se jeter rédproquemral Tanathème, ifs avaient reconnu la nécessité d'oublier

Umt dissentiment, d'&Jonrner après le triomphe a solution des questions qui les divisent, et, unissant ainsi toutes leurs forces, de porter à leur adversaire, la société eurqvéenne, des coups plus décisift. Enfin, conmie l'argent est le nerf de la guerre, et que rien ne se fait gratis, pas même les révolutions, ils s'étaient décidés à battre monnaie aux dépens des dupes qu'ils pourraient rencontrer, et à instituer ce qu'ils appelaient une caisse de la démocratie.

Parmi les sommités de l'émigration démagogique européenne, le premier qui ait mis en pratique ces idées, c'est Joseph Mazzini, Fex-dictateur de la République romaine. C'est lui qui a ouvert à Londres Y emprunt italien; emprunt qui n'a pas eu un grand succès, que nous sachions, soit eu Italie, soit en France, soit en Angleterre, et qui a dû laisser 1» caisse à peu près vide.

En même temps qu'U cherchait à frapper cet impôt sur ses coreligionnaires politiques de tous pays, Mazzini adressait le document suivant aux comités propagandistes du continent.

Des devoirs de la démocratie,

« Quel doH être «ujonrdliai le mol d*ordre, le cri de ralliement « des partis?

« La réponse est bien shnple ! elle est tonte en un mot, action; ac- « tion une, européenne, ineessanle, logique^ hardie, de tous, par-

« tout!

« Les discoureurs ont perdu la Pnmce; fls perdront l^Enrope, af • une sainte réaction ne s'opère pas contre eux dans le sein du parti. « Grâce à eux, nous en sommes aujourd'hui au Bas-Empire. A force c de disserter sur rarenir, nous avons abandonné le présent au pre- « Biier venu. A ft»^ de substituer chacun sa petite secte, son petit « système, sa petite organisation de rbumanité à la grande religion m de la Démocratie, à la foi commune, à TassociaUon des forces pour « conquérir le terrain, nous avons jeté la désorganisation dans les « rangs. La phalange sacrée, qui devait avancer toujours comme un « seul homme, se resserrant à cliaque mort de martyr, est devenue « un asseokbiage de corps francs, véritable camp de Wallenstein, « mohis le génie du maître.

« A l'heure de Pattaque, elle s'est débandée à droite et à gancbe; c elle s'est trouvée éparpillée par noyaux, par petits détachements, « sur tous les chemins de traverse du socialisme, partout, excepté au « cœur de la place. L'ennemi était un; il ne discutait pas, il agissait : « il s'en est emparé, et ce n'est pas en discutant sur la meilleure malt nière de mettre l'humanité en coupe réglée, que nous Pen chasse- « rons pour toujours.

« L'heure est venue de dire la vérité pure et nette, comme nous « la concevons, à nos amis. Us ont fait tout le mai possible à la plus « belle des causes. Ils l'auraient tuée par excès d'amour ou par inln-' « telligence, si elle n'était pas immortelle.

« J'accuse les socialistes, les chefs surtout, d'avoir foussé, matUéy « rétréci la grande pensée, en l'emprisonnant dans des systèmes ab- « solus qui usurpent à la fois sur la Uberté de individu, sur la soa* « veraineté du pays, sur la conthiuité du inrogiès, notre loi à tous.

« Je les accuse d'avoir voulu, au nom de leyr chétive individualité, « bâcler des solutions positives au problème de la vie humahie ayant « que la vie elle-même ait pu se manifester dans âa plénitude d'a^i- « ration et de capacité, sous l'action de ces grands courants éleclri* t ques qu'on appelle Révolutions.

« Je les accuse d'avoir prétendu faire sortir, à heure fixe, de leurs « cerveaux étroits ou malades, une organisation qui ne peut sortir m que du concours de toutes les iiEu^ultés humaines en action, et d'avoir « substitué leur moi solitaire au moi collectif européen : d'avoir parlé « au nom de Saint-Simon, de Fourrier, de Gabet, de tout autre, là où « il s'agissait de tuer les révélateurs au profit de h, révélation conti» « nue, et d'inscrire sur le fronton du Temple : Dieu ett JHeu, et fkt^ « manité est son prophète.

« Pour avoir oublié Vaction 1 — pour avoir ûïi: Cequela Frtmcê m doit à l'Europe, c'est la soluHon duproMème de l'organisation du « travails — pour avoir méconnu la voix de ceux d'entre ses enfants « qui app^^ont toutes les dissidences à s'organiser sur un terrain « commun pour soutenir la bataille : — la France est airivée, pur « Rome, à la honte du 2 décembre.

« Dfaut qu'aujourd'hui l'Europe démocratique tout entière aide la « France à se relever, comme elle a autrefois aidé l'Europe. D fraC « qu'au lieu de la flatter dans ses égarements, elle lui parle la parole « franche et sévère qui est le partage des forts. Il faut surtout qu'elle « marche, qu'elle mar<^e toujours, qu'elle mardie sans elle» pour • que la France se hâte de ki rejoindre. Le mouvement de la France « tient aujourd'hui au mouvement européen : le mouvement du « Tesshi et l'insurrection sicUiMine précédèrent la République de « 1848.

« L'inUiaHve evropéetwié apporUmt aujaur^hui au premier peu-

• pU, quel qu'Usait, qui se lèvera au nom, non pas d'un intérêt lo- « cal» mais d'un principe européen. Si la France le fait, que Dieu et « i'iiumanité bénissent la France ! Si elle ne le fait pas, que d'autres

• lofassent. Dieu ne connatt pas de peuple élu Père de tous, il est

• avec tous ceux qui sont prêts à s'immoler pour le bien.

« L'alliance des nationalités, là est le siège de l'initiative. Il n'en « est pas une qui ne puisse, à l'heure qu'il est, en s'élançant sponta- « nément sur l'arène, ou en résistant noblement, soulever les deux « tiers de l'Europe.

« Le jour où la démocratie militante aura un gouvernement^ un fl budget, un terrain eommunf un plan, un ensemble d'opérations,

• elle aura vaincu.

« Jusqu'à ce Jour, qu'elle se résigne à H. de Maupas, à Schvartzem- « berg, à Radetski ; qu'elle se résigne à la honte, au bâton, à la dépor- « tation, au gibet, et qu'elle trouve sa compensation, si elle le peut,

• dans la lecture des romans politiques que ses pacifiques utopistes « sauront toujours lui écrire : ils^ûtent fort peu à faire.

« Joseph Màizuii.

m Man IMfi. >

Mazzini a eu potir émule et pour imitateur le célèbre 6ottfHedElDkeI,cedémocrate passionné qulypendant quelques mois, en 1848, a eu la gloire de f^re chanceler sur son trône le roi de Prusse. Après s'être évadé du donjon de Spandau, où il était emprisomié, Kinkel s'était réfhgîé à Londres, dans cette hospitalière dté qui ouvre si imprudemment ses portes à tous les prédicants de désordres. D'Angleterre, il était parti pour l'Amérique, y apportant une contre-façon de l'invention politico-financière de Mazzini. Se souvenant fort à propos que les Ëtafs-Unis comptent parmi leurs houveaux habitants trois ou quatre millions d'Allemands émigrés, tous pleins d'une haine profonde pour les Gouvernements de leur patrie natale, il avait, sur l'emprunt italien de l'ancien dictateur de la République romaine, calqué un emprunt révolutionnaire aUemand^ ^ recueilli les offrandes de ses anciens compatriotes. Nous élevons i^outer que Kinkel lût plus heureux que Mazzini, et lu'il réussit à lever des contributions assez abondantes.

— 5Sffl —

Nous ayons seos les yeox un dnemmi pronoDcé par lui

dans une de ses pérégrinations à trayers l'ouest des EtaU> Unis, discours trop long pour être reproduit ici, mais auquel aous emprunterons quelques citationa.

« Les Allemands, disait-il dans le mcto de tértier dernier, les patriotes allemands, ne sont pas encore entièrement prêts; ee n'est pas que les associations politiques manquent, au contraire ; mais tout n'est pas encore suffisamment mûri. Les Allemands peuvent très-bien être préparés à la révoitrtion, plus facilement môme que les Hongrois, les Italiens et d'autres nations ; mais il faut de l argent pour VagiUUUm d faire. Les soldats dans les casernes, et les paysans dans les champs, ne sont pas encore gagnés à la révolution. Des proclamations, des manifestes, des pamphlets, des journaux pour préparer eX avertir le peuple, la, formation des sociétés secrètes, tout cela demande des ressources pécuniaires. L'argent est donc indispensable, et il faut avoir en réserve des sommes considérables pour le moment de l'expJosion, qui, j'en suis coufaiiicu, ne se fera pas longtemps aUendre. »

kinkel parle à son tour de la nécessité d'algurer tout espift de secte, — a II est naturel, dit-il, qu'un peuple qui a adopté les principes du jacobinisme, et qui a en vue un aussi grand objet que l'extirpation du despotisme, forme des théories diverses et conçoive des idées dîQérentes. Les uns veulent a^ teindre an but par le fédéralisme, et les autres par lacentralisatlon.Mais celui qui, par esprit de parti, ne s'unitpasauxastras pour abattre l'ennemi (5bmmun, qui ne prête pas son aide m bouleversement général de tous les OouveniemenU despch tiques, qui ne travaille pas à briser le joug de fer qni pèse sor aa nation, celui-là, évidemment, préfère son système à sa patrie. Pour moi, je ne suis pas communiste : dois-jo pour cela refuser dem'unir aux communistes ponr renverser les nienar* chies ? Toutes les fractions doivent s'unir. Pour foire une f6> voluUon, U ne fout pas avoir un progranune de principes i

rêtfiser; ce serait une imprudence de conduite et une impos- Ailité pratique. Point de propagande; mêlions le pouvoir aux mains du peuple, et c'est devant ce tribunal suprême que nos systèmes seront jugés.

t II fout, i^oute M. Einliel, que chaque nation réunisse les moyens de frapper un grand coup. Il serait déraisonnable de s'en reposer uniquement sur une seule ; il faut des mouvements qui se combinent à l'est et à l'ouest de l'Europe, s Puis ai termine par ces mots, qui attestent le fraternel accord fc tous les démagogues: — • L'emprunt national allemand a tente l'approbation des hommes qui auront dans la révolution qui se prépare la plus grande part à l'estime du peuple. Notre plan a été discuté et adopté par le comité d'agitation de LendreB, avant de l'être dans plusieurs meetings par les Allemands des Etats-Unis. •

Après Temprunt révolutionndre allemand , vient l'emprunt rivoluticmnaire hongrois; après Gottfried Kinkel, Eossuth, qoi, à l'exemple du démocrate prussien, est allé aux Etatsdûs battre la grosse caisse de la démagogie et lever des tributs sur les crédules Américains. Ses recettes ont été du reste asset Bialgres, comparées à celle de Kinkel; et comme ses di»eours pompeusement déclamatoires ue contiennent guère que des banalités et sont fort loin d'avoir la précision de ceux de 8on énnde en progrès révolutionnaire, nous nous abstiendrons de toutes dtations.

On voit, par l'exposé que nous venons de flaire, que la démagogie n'avait pas désarmé au mois d'avril dernier, et que ses cheb de tous pays étaient parfaitement d'accord les uns avec les autres pour one œuvre commune de bouleversement. A la BsledesMiprants révolutionnaires, il n'en manque qu'un seul, on emprunt français, et à celle des chefs de la démocratie subversive, un seul nom fait défaut, celui de M. Ledru-Rollin. Mais avonMNus besoin de dire que l'ancien membre du Goth lamemem pro^riaoire est on homme de trop d*esprit pour

avoir voulu se traîner sur la trace de MM. Mazzini et compagnie; mais que s'il lui a répugné de copier les formules de ces messieurs, il n'en a pas moins ses contribuables comme eux, et perçoit régulièrement et d'une façon plus discrète Yobok destinée par les frères et amis à hâter le triomphe de la cause socialiste ?

Pour achever Thistoire jusqu'au mois de mai dernier de cette vaste conspiration anarchique qui enveloppe de son réseau les divers points du continent européen, il ne nous reste plus qu'à constater le déménagement du comité démocratique de Londres, qui tran^orta, à l'époque dont nous parions, son centre d'action en Amérique, quitta Londres pour les Etats- Unis, et ne laissa en Europe que des succursales. Ce changement de domicile eut deux causea: la première fut l'avènement au pouvoir du ministère tory, qui vient en ce moment de quitter les affaires ; la seconde fut le succès pécuniaire obtenu par Einkel, succès qui a fait espérer aux généraux de la démagogie qu'ils trouveraient par-delà l'Atlantique des sympathies plus libérales et des dévouem^t moins avares que sur les bords de la Tamise. Au reste, cet éloig^ment de mille lieueç ne doit avoir, dans la pensée de ces messieurs, que de très-légers inconvénients; la /hcilité et la promptitude des conununications entre le nouveau monde et l'ancien garantissent l'expédition rapide des ordres, qui n'auront à subir tout au plus qu'un retard de qudques jours.

Le comité démocratique de Londres, en émigrant en Amé* rique, a cru devoir modifier son nom : il s'a{^lle acûoimfhui la Ligue révohuionnaire p<mr l'Europe. Le but, noas n'avons pas besoin de le dire, n'a pas changé, c'est toij^oors le renversement de la monarchie par toute TEurope, et la réorganisation sociale de cesmessieurs.Quantaux moyens, ce sont aussi les mêmes : une agitation permanente et universelle , la réunion de ressources financières considérables, d'armes et

de muniticms, et enfin la formation d'un personnel militaire tout prêt à fonctionner au premier signal.

La ligue révolutionnaire a déjà formulé un manifeste que nous allons faire connaître : on y retrouvera ce parti pris, déjà constaté par nous chez MM. Mazzinl et Kinkel, d'ajourner les querelles de sectes au lendemain de la victoire.

La ligue révolutionnaire pour V Europe d tous les amis de la vraie révolution.

• Citoyens,

« La ligue révolutionnaire pour TEnrope vient soumettre le résultat

• de ses délibérations au jugement du peuple.

« Sincèrement résolus à trouver les moyens de mettre un terme à « la situation désespérante du peuple d'Europe si altéré de liberté, et » fermement convaincus que le premier pas décisif vers raccomplis- « sèment de ce but était la cordiale coopération de tous ceux qui le

■ poursuivent, nous avions à diercher le terrain neutre sur lequel

• tous les partis pourraient honorablement et volontiers unir leurs « efforts.

« Nous sommes persuadés que résoudre le problème de Pavenir, « aux dépens des justes prétentions de quelqu'une des fractions de

• parti, aurait été se méprendre complètement sur nôtre tâcbe. Nous

■ tenons que la lutte des partis, des opinions, des esprits, est féconde « en bienlaits, est nécessaire, est étemelle. La liberté de penser est la « première source des aspirations politiques, la méthode la plus lé- « gitime pour les réaliser, et le dernier point de leur perfection. L'ob- « jet principal de la Révolution est de protéger les libres luttes de la <c pensée contre Tintervention perturbatrice des forces matérieUes. « Nous tous, tout en gardant nos convictions personnelles, concluons m donc un armistice en vertu duquel nous puissions quitter nos camps « séparément pour former une phalange compacte jusqu'à la ruine de « reunemi commun. Quant cet ennemi aura été abattu, non-seule- « ment en apparence, mais en réalité, alors les alliés victorieux pour- « ront se disputer les dépouillés : mais nous avons la ferme conûance « que cette seconde lutte aura un tout autre caractère que la pre- « mière.

« La détermination consciencieuse de mener afin une œuvre radicale « et complète, a été le motif de noire conduite: et c'est à toi, peuple « souverain, que nous demandons de ratifier nos actes.

« Debout donc, et à Tœuvre ! Notre cause est noble, elle est sacrée. « Faisons tomber les barrières qui compriment rélan des peuples ac-

« tib, intelligents et animés du feu divin. Restituons tous les honunes € à rbumanité. Que le cri de ralliement dans la lutta soit : L'unioa « dans la ligue révolutionnaire!

( Suivent les signatunk « PbOadelplUe. »

Maintenant que notre lecteur est au courant des espérances et des desseins de la démagogie européenne en général , un mot sur ce que pensaient et faisaient spécialement les anarcbistes français au commencement de Tannée 1852.

Leurs chefs étaient, soit à Londres, soit à Bruxelles , soit en Suisse, mais notamment dans les deux capitales de ia Bet gique et de TAngleterre. Ils y étaient, les uns avant, les autres depuis le 2 décembre. Ils y composaient des brochures, des livres destinés à jeter la calonmie et Tliyure sur le Gouvemement français, livres qu'on tentait d'introduire secrètement, mais qm*, pour la plupart, n'échappaient pas à la vigflanoe de la douane nationale. Enfin, ils écrivaient dans certains jour naui étrangers, et notanunent dans le journal sodaliste belge, la NcUion. Dans ces diverses publications, ils annonçaient A la France une révolution prochaine et êongUmie.

Pendant que les réfugiés politiques français essayaient de s^r à coups de plume les bases du Gouvememeot n^enni en décembre , leurs coreligionnaires de lli^rieur se mon* traient am'més des mêmes haines, et se tenaient, de leur côté, prêts pour un bouleversement. Nous avons, dans un précédent chapitre, fait connaître une lettre dans laquelle Thonorable général Canrobert fait une affligeante peîntiffe de Tétat politique des départements du Centre, et de la Nièvre en particulier. Nous avons également parlé des élections de Lyon et de Paris, qui témoignaient de la persistance du parti anarcfaiste. Nous trouverions facilement de semblables symptômes dans les divers départements livrés, pendant ces dernières années, à la propagande socialiste. La défaite de décembre avait bien éclaircilesrangs du parti rouge, maisneraviîliMiasiv -

primé. — Ici, c'étaient des militaires isolés tombant victimes d'abominables guet-apens. — Là, c'étaient des placards menaçants qu'on collait nuitamment sur les murs, et dans lesquels on annonçait la mort des oppresseurs du peuple et Textermînation des riches et des prêtres. — Ailleurs, c'étaient des lettres anonymes qu'on envoyait aux fonctionnaires, aux partisans du Prince Président , pour les intimider et leur jeter l'insulte. — Enfin, partout, pendant que le pays applaudissait de plus en plus à l'acte régénérateur du 2 décembre, les chefs locaux de la démagogie renouaient leurs intrigues et i^constituaient leurs bataillons dispersés par la peur.

Telle était, au début de Tannée 1852, Tattitude prise par le parti démolisseur.

Voyons maintenant quelle était celle du parti légitimiste. C'est assurément un spectacle qui ne manque ni de grandeur ni d'intérêt, que celui que donne depuis vingt ans à l'Europe et au monde M. le comte de Chambord. Ce rejeton d'une antique race de souverains, banni du sol natal, et promenant sur la terre d'exil, de contrée en contrée, ses patriotiques re. gretfi, ce prince innocent expiant des fautes dont il ne fut pas le complice, tout cela est bien fait pour éveiller dans l'àme de sympathiques émotions. Il est fâcheux seulement que M. de Chambord épouse peut-être un peu trop ces préjugés de position, ces erreurs de parti dont il est aujourd'hui la victime ; il est fâcheux aus» qu'il ne soit pas un peu plus de son temps, et qu'il fasse si boa marché des droits du peuple et de la digmté humaine.

Tant que M. le comte de Chambord a eu le soin de s'en* tourer de conseillers fidèles, tant que son âge l'a forcé de recourir aux lumières d'autrui et qu'il s'est défié de son insuffisance personnelle, il a bien dirigé le parti qu'il gouverne. Ainsi, après la révolution de Juillet, c'est en son nom, quoique sans rien abandonner de ses prétentions à restaurer le trtaelégUime, c'est en son nom qpi'on donna aux légitimistes

le conseil de prêter serment à la nouvdie monarchie et de défendre, môme sous un Gouvernement usurpateur, les principes conservateurs de Tordre social. La révolution de Février ne modifia pas la manière de voir du fils de la duchesse de Berry. Le Gouvernement provisoire, la dictature de M. Cavaignac, l'autorité née du scrutin du 10 décembre IStô, comp> tèrent parmi leurs partisans presque tous les henriquinquistes, et, dans ces difiërentes circonstances, ceux-ci prouvèrent vérîtablemenjt leur amour pour leur patrie, car ils fiusaient noblement £})négation de sympathies particulières et profondes pour prêter leur appui à des systèmes et à des hommes qu'ils goûtaient peu, mais qui avaient à leurs yeux le mérite de vouloir arrêter, d'accord avec tous les honnêtes gens, Je flot envahissant de la démagogie. Aussi peut-on dire que si la révolution de Février ne réalisa pas toutes les menaces dont elle avait, à son origine, la bouche pleine, si le torrent ne porta pas de tous côtés la désolation et la stérilité, on le dut en grande partie aux partisans du comte de Chambord.

Mais pourquoi l'héritier de Charles X a-t il abandonné cette ligne de conduite si sage et si honnête ? Pourquoi , devenu homme, a4-il si mal usé de sa libre initiative personnelle, ou a-t-il obéi à d'imprudentes suggestions? La première faute qu'il a commise, c'est le manifeste de Wiesbaden, que nos lecteurs connaissent, et où Q eut le double tort de renier la souveraineté nationale, et de laisser percer des arrière-pensées hostiles pour le Gouvernement du 20 décembre, arrière-pensées qui jetèrent le gros de son parti dans les rangs de l'année parlementaire qui lutta avec tant d'acharnement, jusqu'à l'heure du coup d'État, contre le Prince Président.

Que le château de M. de Chambord soit un but de pieux pèlerinage pour tous les esprits en retard jai croient encore au droit divin ; que le prince déchu entretienne d'activés correspondances avec MM. Berryen de Walsh, de Lévis, de Damas, de BeauiTremont, de Nadaillac, de Chapponays, de

Blacas, etc.; qu'il organise des comités chargés de pétrir à sa guise l'opinion de ses concitoyens, tout cela se comprend, quoique ce soit en violation des lois de son pays; et à la rigueur cela peut s'eicuser, car ce sont là des rêves innocents qui auront de la peine à se réaliser. Mais faire succéder au manifeste de Wiesbaden la lettre de FroshdorfTdu mois de mai dernier, y outrager tout à la fois d'abord, d'une façon formelle, le Gouvernement de Louis-Napoléon , et puis tacitement et implicitement la France toute entière, qui, dans deux circonstances déjà, avait appelé ce Gouvernement à régir ses destinées; enfloy interdire à tout un parti de prêter le serment imposé pai* la Constitution de 1852 à tout fonctionnaire public, c'est-à-dire l'éloigner impérativement de toute participation à la gestion des affaires publiques : c'est là, il faut le dire , un singulier oubli de tous les droits et de tous les devoirs, une inspiration de tous points malheureuse, un démenti bien follement donné à la politique expectante suivie depuis vingt ans.

Nous ne pouvons transcrire ici la lettre dont nous parlons, car le Gouvernement n'a pas cru pouvoir, en raison des expressions Uessantes qu'elle renferme, en permettre la publication. Nous dirons seulement qu'elle affirme que le premier devoir des royalistes t est de ne prendre aucun engagement

• en opposition avec leur foi politique, afin de pouvoir cont ecmnr au rétablissement de la monarchie légithne, quand il

• en sera temps. • Nous ajouterons malnlenant que ceUe

lettre n'atteignit pas complètement le but qu'elle se proposa il.

Nous avons vu précédemment que certains fonctionnaires n •

fusèrent, aux époques fixées parles décrets rendus à cet égard,

de prêter le serment de fidélité à Louis-Napoléon. Cesfonctlon-

itaircs étaient, pour la plupart, légitimistes, mais le nombre

n'en fut pas grand , car un schisme se déclara à cette occasion

parmi les fidèles croyants de la religion benriquinquiste, et

même, après que l'oracle eut parlé, plusieurs d'entre eux, ne

consuhant que leur conscience, ne voulurent pas se sou,

me!tre à «on impérieuse volonté.

Au reste, s'il nous est interdit de donner connaissance à nos lecteurs de ce manifeste du prétendant du droit divin, rien ne nous empêche de citer ici, in extenso^ une autre lettre datée également de Froshdorff, et émanée d'un des plus intimes confidents de M. de Chambord, M. Femand de la Ferronnays : Toici ce second document, qui explique et confirme celui dont nous ne pouvons pas donner le texte.

« FroshdocffyiO mai 1853.

« 7e m^empresse, moD cher Monsieur, de Yons remereier d& la lettre que vons avez eu PobUgeance de m^écrire, et des détails qm vous m*y donnes .•.•^. .

• Vous avec lu sans doute la lettre que le comte de Ghamhor^ adresse à ses amis, n prévoit, avec une certaine tristesse, que tous ne le suivront pas dans la voie qu'U croK utile de leur indiquer. Mais fl a un grand fonds de fermeté et ne se déoourage pas ai»* ment: U espère, et Je crois, avec raison, convaincre tons ceux qui ne sont pas aujourd'hui de son avis. La France et ses intérêts avant tout, mais ses vrais intérêts, et non toutes les aspirations aofibitieuses que déguisent sous ce nom les gens qui ne cherchent que des places et des distinctions.

« Monseigneur n'admet pas que, sous aueon prétexte, une fonctoi pubUque, si petite soit^Ue, puisse être acceptée. E ne comprea* drait pas que nos amis, directement ou indirectement, prétassent Tappui de leur force morale au pouvoir miUtairef simple résultat d'une révolution, n recommande à ses amis de ne pactiser jamais avec le désordre, et d'être les premiers à défendre la société cosir» les doctrines anti-soeiales qui voudraient la renverser. (Test oelia | pensée qui lui a fait comprendre le rôle joué par Tannée. Q alms et U admire sa sévère discipline et son obéissance à ses chefs. U regarde Parmée,à cette triste phase de la révohitioa, conune la vrais protectrice du pays contre ses ennemis du dedans et du debcn. Toutes les opinions doivent s^flàcer devant oe grand devoir qifl nous commande de ne laisser ni envahir le territohre, ni renverser la société. C'est là le rempart de la France contre tous ses ennemis.

• Mais, quant aux fonctions qui peuvent donner quelque force morale même an gouvernement leidusarbitrairë, et qui s^vanouisseK en fumée aux Jours de crise, Monseigneur reooBunaadeÀseaaBÉls de n'en accepter aucune. En acceptant, ils assumeraient ime part ds responsabilité dans les actes du GouvememenI Dans l'intéiH

• ûa pays» Il est prétoaUe chtttendre et de prendre aon temps. Le < priiidpe de la légULmité, par aa fixité, peut seul rendre à la lïanes « les garanties qu'elle a perdues.

« Monseigneur demande donc à ses amis de délaisser le Gouver-

• nemênt actueê, et de raider lui-même à préparer eette grande et « poissante union des partis mooarcliifuee, qui peut seale noos ra»- « aurer sur ravenir. Cette union de tant d'intérêts comoiuna ne sau- « rait être, en aucune façon, une menace aux yeux du pays ; ce n'est

• et ce ne peut être qu'une espérance.

« Monseigneur poursuit doue plus feriuement que Jamafs cette % grande politique de paoifhmiou et de coocIttatloD, qui est entière- 4 ment nationale. U la recommande à tous ses layaux. amis; il sâ « borne à prendre à un plus haut degré qu'il ne l'a fait jusqu'ici la 4 responsabilité de ses actes. U se met seul en ayant, et désormais la « direction des affaires de son part! Tiendra de lui-même.

c Voilà, mon cber monsieur, toute la signification de la lettre de « Monseigneur. Les ]oarnaux du Gouvernement le représentent « comme abandonnant la politique de modération et de conciliation. « Gela est (aux et mensonger. Monseigneur est toujours le prince, que € TOUS saTez, connaissaiit son pays, TiTant par le ecaur aToe lui, et « désireux d'avancer avec loi, persaadé q«e sa miasicm en ce monde « est une œuTre de pacification des partis, tendant la main à tons lea m gens qui ont de l'honnêteté, du talent, et qui aiment la France « comme il Pairae. Voilà encore tonte sa p<^tlqae, arec cette diffée rence qu'an Ueu de la laisser» eomme Jusqu'il, se persenalâer dans « tel et tel nom, il se met lui-même, et lui seul, à la tète de son parti, « et Teut en être Traiment le chef. Cette attitude ferme et énergique « convient à son caractère, et les dangers qu'elle peut offlrir ne la lui « feront pas abandonner. •

Ce qui frappe d'abord dans cette lettre, c'est cette prétentkm de suiTre une politique de jM^/tcalton, de traTailler à iBie œuvre de conctltatton, en même temps qu'on signiiQe aux royalistes riq)onctlon d'abandonner le GouTemement à ses seules forces, et de s'isoler dans la nation. En Térité, les conclusions malyeillantes de cette épttre contrastent singuUèrement aTee l'hypocrisie des formes et la cftl&ierie des expressions.

i M. le comte de Cbambord dit et fait (fire qu'il entend que «s partisans militaires restent sous les drapeaux, parce que la

défense du pays contre les ennemis extérieurs ou intérieurs est un devoir sacré. Ainsi donc, nous pouvons compter sur ces messieurs du droit divin, soit pour repousser l'invasion étrangère, soit pour combattre l'émeute, si Tune ou Tautra menaçait notre territoire ou Tordre social. Mais 4e pays ne doit att^dre d'eux aucun autre service; ainsi le veut le Meth sie monarchique dont Us attendent la venue. Hors des rangs de l'armée, il est pourtant des places d'administrateurs à remplir, des sièges de magistrats, de députés, de membres de0 conseils généraux, municipaux ou d'arrondisseme/it à occuper. Eh bien! de par M. le comte de Chambord , défense esl flûte à tous ses adhérents d'accepter ces postes honorables. Heureusement, comme nous l'avons déjà dit, que les hommes les plus recommandables dans le parti ne se prosternent pas aveuglément devant la parole du maître. Le Prince Président aurait pu se passer, s'il l'eût voulu, du concours de tous ceux qui gardent dans leur cœur la foi au royalisme; mais quoiqu'il se trouve assez fort de la force seule que le pays lui a donnée, il n'en aime pas moins à reconnaître que les légitimistes, par leur nombre, par leur fortune , par la haute in* fluence qu'ils exercent dans certaines contrées , tiennent une assez large place en France, et qu'ils ont droit à une part considérable dans le Gouvernement. Aussi, est-ce avec joie qu'il éft a vu plusieurs solliciter ou accepter des places dans le Corps Législatif ou dans les conseils électifs de tout ordre, demei^ rer sur leurs sièges de magistrats ou conserver leurs mandats l'admînistrateurS; et sans tenir aucun compte des lettres dt Froshdorff , prêter le serment exigé par la nouvelle loi fondamentale.

Nous ne voyons pas trop ce qu'a gagné le comte de Chambord à adopter cette nouvelle politique ; mais ce que nous voyons très-bien , c'est ce qu'y gagne le Prince Prési(Jent. Etre légitimiste et accepter, au mépris du veto de Froshdorff, des fonctions publiques, c'est prouver qu'on préfère son pays

!n ème à l'objet de ses prédileetions politiques. Les lettres de M. de Chambord et de son secrétaire auront pour résultat de démontrer à Louis-Napoléon où sont ses ennemis et où sont ses amis; s'il peut compter sur ceux qui ont prêté serment, 0 sait aussi ce qu'il doit attendre de ceux qui s'y sont reAisés. Si nous ne voyons pas ce qu'a gagné à son changement de tactique le représentant du principe légitimiste, il est aisé de voir ce qu'il y a perdu. Non-seulement il prescrit à ses adhérents de se tenir séparés du Gouvernement, mais il aiB* che hautement la prétention de gouverner désormais son parti en personne. Qu'on relise la lettre de M. de la Ferronnays; oelui-d reproduit quatre fois en quelques h'gnes cette pensée : — « M. le comte de Chambord assume plus directement qu'il

• ne l'a fait jusqu'ici la responsabilité de ses actes. — Il ne

• laissera plus sa politique se personnifier, oonmie par le

• passé, dans tel ou tel nom. — Il se met à la tête, et veut être

• vraiment le chef de son parti. — Il se met seul en avant, et

• toute direction à l'avenir viendra de lui. t — Ainsi, toute direction viendra de M. de Chambord, qui assume la respon. sabilité de cette direction. Voilà qui est très-clair, mais qui est peu prudent. Alors que le neveu de Charles X coniBait le gouvernement de son parti aux cinq notabilités indiquées dans le manifeste de Wiesbaden^ il nous semblait plus habile et plus sage, car si ces messieurs commettaient quelque foute, il pouvait dire au moins : t Gela ne me regarde pas, et je n'y i suis pour rien ; ils ont eu tort, et je les désavoue. » Mais maintenant, s'il se commet quelque bévue, à qui s'en prendre sinon à lui, devenu, c'est lui-même qui le proclame, le seul chef réel, agissant et dès lors responsable ?

Disons, en terminant, ce que du reste savent tous ceux qui s'occupent de politique. Le parti de la royauté légitime a peu de racines en France, et tous les jours il perd quelque adhé- ;rent de plus. — A l'étranger, il a peut-être les sympathies se* dites de quelques cours do Nord ; mais, qu'il y compte bien

— ssi —

cas eympdtbks se benierwl to^{(HIr6 à des nsnx bienveillantA, et ne dipûBDeriai jamais h limite des démonstration? affwlQtuaea nais stériles.

\ IrfS parti de la dynastie d^OiMans, dont nous alloiiB maintenant essayer d'apprécier les forces et de juger les actes, offre phM de dangers et a pkis dimportance que le parti légitimiste. n â mr ceiid^ ce premier avantage, qu*il ne s'appuie pas eammeM sur on dogme smttnné, et qu'il est un peu plus â^ 9m siède. On sait déjà, nous avons eu assez souvent occaflieD de le dire, où peuvent être ses amis et ses auxîlîaires. JD las tiwiveeuloiit dans nne partie de la classe lourge^ise, qui Teat «tei témoigner sa reconnaissance des nombreux sacrifices que M fit ia royauté de Jidllet. En ce moment peut-être, ce ne serait eaceee rien hasarder qoe d'afiSrmer que la moitié deS fbndtonspoMiqueSjlesplnskatAes comme les plus modèles, ^partient à d'anciens orléani^s. Nous savons bien que ces fènctiennaires ont prêté le sennent exigé par la loi, et nous aimons à croire que du moment qu'ils ont juré, ils sontrésolua à tenir a«-delà même de leur parole, ils ont promis fidélitC^ obéissance ; ilsdonneroiA encore pins, du dévouement : noa9 le vonloiis bien. Mais, sans nommer ici personne, sans desceo» dfe Jwqu'à des personnalités qui nous répugneraient et qt| sent loin de notre esprit, qui donc ignore que la morale poSti» que de oe parti est des plus relAchées, sa conscience peu sera» pideuee, et son activité iuHnense?

Nous n'aJouteroBB qe'on seul mot. On avait Aiit comit le bmft que la ducbesse dXMéans devait offlcîeusemeril lUre recommander à ses Sdèles de refuser le serment pdR* tique. Le Journal des Bébats ne tarda pas à contester le tàH et à nier que la princesse eût llMention dlmiter l'exemple donné par M. de €hambord. Mais cet exemple, pourquoi ne Pa-t-elle pas imité? PressOTtait-cDe que parmi ses partisans il s'en trouvterait pen qui ooBpentisscwt à pi^férer leurs convictions i lears plaoest ^m pemoîMIe que leur laisser garder

leurs posHIotiS) c'Staft leur donner les moyens de la serxîr

plus tard ?

1 Quoi qu'il en soit ^ nous comprenoitt parflaitement qu'un 6«u- I vernement qui s*aM)uie sur la volonté nationale, qui doit son i existence au vote universel, dédaigne les factions ; mais il faut

qu'elle soit bien redoutable, la coterie que M. Lourdoueix, de

la Ga%eiU 4$ France^ aM)réciait d justement, il n'y a pas

tongtetnps, dans les termes qui sidvent :

« Le parti orléaniste est, de tons les partis, celui qui possède au « plus baut degré la faculté de s'inflltrer, scepUque en politique» « oroyant, comme le déelaratt encore récemment son organe» le « Journal des Débats : « qu'U n'y a pas de droU $wr la terre, > a» « voyant jamais dans un gouvernement que le fait de son existenoe, fc rien ne rempêche de s'approcher de ce fait, de refléter sa couleur,

• de parier son langage, de s'introduire en lui, en promettant, en lui « Jurant de le servir ; de pénétrer ainsi dans le Gouvernement et Pad^ « miaistration, de s'emparer de IJautorité partout où elle s'exerce, eXt t à l'aide de ces positions acquises, de se patroner lui-môme prè' « des électeurs, pour s'approprier également la part qui est laissée à « la liberté représentative*

« Obséquieux» flatteur» pafé de dévouemeût pour le chef du Gou* «. vememeat» il semble lui dire : le zèU de votre maison me dévore g « mais, en s'inûltrant dans ce pouvoir, épouse-t-il en effet sa cause ?

• Se dépouille-t-U de sa nature, de ses précédents et de ses passions? « NuUement. Il conserve» sous les broderies son esprit, ses tendances

• et ses flffedions ; il ne s'abdique pas, il se tratisforme et se cen- « forme. Une sert pas l'autorité» U se sert d'eUe pour arriver à son « but» qui est de produire un gouvernement sut generis, un gouvert nement d'usurpation monarchique, de monopole et d'arbitraire.

« Gomment meltndt^n en doute la facnllé puissante quMl a de s'as-

• stanilar à tous les pooveirs pour les absorber et les détruire? Ne « l'a-t-on pas vu exécuter celte absorption sous le régime de la Re^ « tauration? Ne s'était-il pas emparé de la royauté par M. Decazes» « en 18iB, et par M. de Martignac en 18^, malgré l'anlagonisme de « principes qui existait ei^re lalégiUmité et l'usurpation? N'a-i-il t pas lait» hier encore» quelque chose de phB prodigieux en s*inûl« 4 trant» après 1848» dans la République démocratique par le vote Ê universel lui-même ? Comment, après ces exemples» s'étonner de « ce qui se passe sous nos yeux?

« U double «fliallé mo&Mthiqae et réVi^nUonnaife de ce paru lut

« lenrlra à fausser les tendances de tontes les tenions ooosciea* c eieuses, et le mouvement subversif qu'il s'effoite d'imprimer aux « événements réveille les Titans socialistes sous les rocbers où on « les avait ensevelis. Qui n'a pas entendu répéter que les sociétés se- « crêtes seréorganisent, et que l'espérance est rentrée dans des antres « obscurs où elle ne devait plus pénétrer ?

« Ce réveil des factions anarchiques est la conséquence naturelle et « constante du travail de l'esprit orléaniste. Jamais cet esprit ne s'est • remué, jamais il ne se remuera sans dégager des profondeurs de la « civilisation les passions usurpatrices de la propriété. Car Tusurpa- « tion forme une cbaîne dont le premier anneau s'appelle Poriéaniamet c et dont le dernier anneau s'appelle le communisme* •

Nous n'avons pas Tbabitude d'afBrmer des faits non prou^ yés ; mais qui n'a pas entendu dire que le coup d'Etat de décembre n'avait pas ôté tout espoir aux partisans de la régencCi et que les membres de la famille d'Orléans faisaient des sacrifices pécuniaires considérables, encourageant, par des envois d'argent réitérés, les chefs de la démagogie résidant, soit à Londres, soit à Bruxelles, soit môme,dlton, à Paris ? C'est li peut-être une rimoeur calomnieuse; mais les ligues pariemeih taires de l'Assemblée Législative, ces coalitions adultères où on voyait M. Creton nratemiser avec MM. Michel de Bourges et Cavaîgnac, ne prêtent-elles pas au bruit dont nous parions uns certaine vraisemblance?

La coterie orléaniste s'appuie à l'étranger sur les deux conrs de Londres et de Belgique. Personne ne s'étonne de la bioa. veillance avouée de la reine Victoria pour la famille de l*ex-roi des Français; cette bienveillance, Louis-Philippe l'avait payée d'avance fort cher, et par plus d'ime concession, on ne l'ignore pas, aux exigences du Gouvernement britannique. Au reste, il n'est pas présimiable que celte gracieuseté royale aille plus loin que celle des cours du Nord pour rhéritier de la monarchie légitime. L'Angleterre contmuera son liospitaUté imprudente aux exilés français de toutes les couleurs; elle ne fera rien de plus, et, à défaut d'autre preuve, nous en trouverions une dans k discours si sage et si conciliant que vient dernièrement de pro-

noBeer le Mimstie Malmesbury à propos de TEmpire rétabU.

Quant au roi Léopold, û est le gendre de Tex-roi, le beaufrère des princes d'Orléans ; ses tendresses pour eux s'expliquent par ces liens de parenté. Aussi, qu'il accueille dans son ch&teau de Laeken, avec une cordiaUté empressée, le duc de Biontpensier et le prince de Joinvilie, qu'il donne à Wiesbaden des rendez-vous à la duchesse d'Orléans, on ne saurait trouver dans tout cela matière à reproche. U y a plus, qu'il admette à la cour, de Bruxelles MM. Creton, Ghangarnier, La Moridère, trois personnages bien connus par leur hostilité bruyante contre Louis-Napoléon, qu'il affecte de les traiter avec une distinction toute particulière, on peut encore ne voir là qu'une ^rmpathie naturelle pour des amis de sa famille. Mais laisser attaquer impunément par la presse belge le Gouvernement du S décembre, laisser jeter l'insulte écrite sur le front de l'élu de la France, voilà sans doute ce qui ne peut pas s'expliquer par les nécessités du savoir-vivre, par les convenances du monde; voilà un oubli bien complet des égards que se doivent les uns aux autres les chefs de nations.

Mais il est nécessaire de préciser les faits.

Quatre journaux belges, V Indépendance, VOheefvaieurj la Natian,le Bulletin françaiê^ se sont, à diverses époques depuis le 2 décembre, permis les déclamations les plus iiyurieuses contre Louis-Napoléon.

Deux de ces gazettes, la^iVolton, dont nous avons déjà parlé plus haut, et le Bidletin^ feuille orléaniste rédigée par deux Français, MM. d'Haussouville et Thomas, sont, sur la plainte de l'ambassadeur français en Belgique, traduits devant le jury de Bruxelles, et acquittés 1 —L'outrage était flagrant, incontestable pourtant; mais le Gouvernement belge prétend que ce n'est pas sa fiiute si les coupables n'ont pas été punis ; c'est la faute, dit-il, de la loi belge qui offre des lacunes. Cela est-il exact? Voici la déclaration faite par M. d'Haussouville devant le jury belge, telle qu'elle se trouve à la 4« colonne de la 3«

• M. Rogîer, Ministre 4e Ilutérieur, ^MtatUenpaMffehez ff moi povr me faire savoir q[U6eiJ^Stei8Ull deseuteurede

• J?«iUe<«»/Vmraii,eisl]epeiBiM*AleiUrepBralCre

« raitobligédem'éxpulBer.iedéQliii^eulfMgUequejepm* c nai8pan,eiiefiM,àoBttertdiMrtiott,etMJelffi[AiBtreflfoQtfe^

• Je serai fbrcédesétir. Mais après m'ivotrdftoeepitrolee, f M. Rogier ffen excusa dane des termes de Uentr^laMs « dont Je leî «cprime ielUmte magratlMte. t

Sn mérité, vdtà un liBnîstre l>ie& prfvenanf et Mm ptfâ envers mi Journaliste qid attaquait quetHienemeil Avec une violence iaonîe le chef d^ grand pa^fs toiainl

Mais passons là-dessus. Les deoi aittres JonmatK , rJMi^ fêndanee et rOftsarvolntr, sont les orgenes officieBi et re^ eonnns du cabinet bel^ de cette époque (nmri ci «erO) : si II eabinet belge n'atait pas approuvé leurs attaques, ne leur efti» 11 pas imposé im langage plus retenu et plus respectileint ponr rhomme qtfls injuriaient T

Et maintenant, que dit Farticle 7 du traité du 19 avril I6SI, signé par la Belgique, paa* la France, par I*Aotriéhe, parPAih gleterre, pat la Prusse, par la Russie et parles Pays-Bas! Cet article porte: • La Belgique, dans les limites fmBqoées, c formera un Etat indépendant et perpétueDemSnt neutre.

• Elle sera tenue d'observer cette même neutralité etnrersles

• autres Etats. » Bi bleni les actes que nous venons de ûgnaler , cette singulière tolérance pour de coupables abus de k liberté de la presse, est-ce Bi te conduite d'an Oonveraeiiiai neutre?

Nous avons dû, dans I%itérôt de la vérM hiaCorlqne, feta le récit qui précède, récit sincère de tous points; mas devoift maintenant ^jouter que le Ootttemement de la Belgique a m connu ses torts. Les rois, dans les temps où nous sommes, sont avant tout les mandataires de leurs peuples ; ils sont iibîi gés tût ou tard, quoi qu'ils fassent, de nésister «n entrain»

ments de leur cœur, el de sacrifier leurs amitiés personnelles It l'intérêt public qui leur est confié. C'est ce qu'a fait la reins d'Angleterre ; c'est ce que vient de faire aussi le roi des Belges. la France a conclu un traité de commerce avec la Belgique en 18*5; ce traité expirait le .10 août dernier. Or, le Gouvernement français devait-il consentir à proroger ou à renouveler la convention dont il sagit? La solution de cette question dépeo^ flait de Tétat des rapports entre les deux pays. Comment donc tm Gouvernement ne vivant pas avec un autre en bonne inteP Bgence, auralt-D avec lui de bonnes relations commerciales? Cela n'est pas possible, et la Belgique l'a compris. Aussi ^ t-eOe éloigné de son territoire certains personnages politiques dont la présence, tolérée à Bruxelles, semblait être un défi pont le Gouvernement français; et, d'un autre c6té, sa Chambre dq3 Beprésentants vient d'adopter dernièrement ime loi dont le but est de combler les lacunes reprochées à l'ancienne législation belge sur la presse ; de telle sorte que des acquittements scaik daleux comme ceux que nous signalions tout-à-l'heure ne s^ ront plus possibles à l'avenir. Et pour donner une preuve ds plus de son désir de nous être agréable, le Ministère belg» vient de nous fidre une concession sollicitée en vain pendant longtemps; fl a conclu avec le nôtre une convention qui coik sacre diez lui le droit de propriété littéraire pour les ouvrages français, et supprime cette déloyale industrie de la contrefa» çon, qui ne fera plus désormais la ruine de nos auteurs en même temps que la fortune de nos voisins.

Espérons que toutes ces mesures marqueront le point de départ d'une ère de relations loyales entre les deux pays, et que les journaux de Bruxelles ne se permettront plus ces excès de langage dont a eu à rougir la presse honnête de toutes les contrées du monde civilisé.

Nous avons terminé cette revue des partis ennemis duGoo^ vemement de décembre ; nous avons dit leurs espérances, ra* conté leurs intrigues, mis à nu leurs moyens d'action, et essayft

de mesurer leurs forces. Revenons maintenant au Prince Président, et voyons ce qu'il faisait depuis le 29 mars, jour de rinstallation du Corps Législatif.

Le 22 avril, U quittait Paris et entreprenait un rapide voyage au travers des marécages de la Sologne.

Tout ce qui souQre, nous le savons déjà, a droit à la sollicitude du Prince qui nous gouverne ; or, il n'est pas en France èe contrée plus déshéritée, plus soufihtnte, que cette infortunée Sologne, qui occupe sur les territoires du Cher^ du Loir-et- Cher et du Loiret^ une surface de 300,000 hectares. — L'agriculture, le commerce et l'industrie y sont dans un état misérable; le quart du pays se compose de bruyères, de landes et de terres incultes. Douze cents étangs occupant une étendue de plus de quinze mUle hectares, y vicient l'air incessamment, et empoisonnentlessources delavie. Aussi la fièvrey décime-t-elle tous les ans la population; les hommes, conune les animaux, y sont chétife, débiles, voués à une mort précoce ; les conditions delà santé publique y sont telles, que cinquante conscrits sur cent y sont annuellement refusés par les conseils de révision, comme physiquement inaptes au service militaire.

Que faut-U pour remédier à un si déplorable état de choses t

— n fout assainir le pays, c'est-à-dire faire diqmraltre ses marécages, donner de l'eau là où l'eau manque, où la terre est aride, créer enfin des voies économiques de transport

Les hommes, dans ces lieux aigourd'hui si désolés, deviendraient sains, robustes, le sol y deviendrait fertile, la population y doublerait bientôt, l'agriculture, le commerce, l'industrie y fleuriraient rapidement, si on y creusait deux canaux :

— le premier, qui traverserait en ligne droite la contrée dans sa plus grande largeur, en partant d'immenses mami^^ qui se trouvent sur les limites de l'arrondissement de Sancerre, et aurait pour objet principal de faciliter le transport des matières calcaires nécessaires à mêler aux terres pour les rendre propres à la culture; — le second, qui serait destiné à relier le

Cher et la Loire, et servirait à rexportation des bols et des autres produits de la contrée, qui serait mise en communication avec les provinces voisines.— Le Prince Président, qui s'était entouré dans son voyage d'hommes spéciaux et capables, ne tarda pas à reconnaître qu'à ces seules conditions on pouvait obtenir la régénération de la Sologne. Sans doute les travaux dont nous venons de parler exigeront des dépenses assez considérables; mais, en ayant le soin de répartir ces dépenses sur plusieurs exercices, on ne fera pas supporter aux finances publiques un trop pesant fardeau.

Gestravaux, à l'heure qu'il est, sont déjà commencés, et, à peine de retour deson excursion, Louis-Napoléon, pour prouver son désir de conduire à bonne fin une entreprise aussi importante , faisait acheter pour son compte, en Sologne, le domaine considérable de Lamoihe'Bew>ron.

Quinze jours s'étaient à peine écoulés depuis le retour du Prince à Paris, lorsqu'une fête militaire, une de ces solennelles cérémonies qui laissent un souvenir ineffaçable dans la mémoire des peuples, eut lieu au Champ-de-Mars. On se rappelle qu'un décret avait ordonné le rétablissement de l'aigle sur les drapeaux. Il s'agissait d'exécuter cette décision à 1'^ gard de l'armée et de la garde nationale. La remise des nouveaux drapeaux à l'armée Ait fixée au 10 mai, tandis que la distribution des aigles à la garde nationale fut ^journée au 15 août suivant.

Jamais fête publique ne se vit saluée par les sourires d'un plus brillant soleil que celui du 10 mai. Depuis deux ou trois jours les habitants des campagnes voisines de la capitale, de riches provinciaux accourus des extrémités de la France, et même d'opulents étrangers, affluaient à Paris pour contempler un spectacle dont les mer\'eilles avaient été vantées d'avance. Partout, les hôtels garnis , les maisons particulières avaient été envahis par des visiteurs et des hôtes inattendus. Déjà, aux premiers jours de mai, la spéculation se

^ sa —

préparait à exploiter la curî^sîU puUi^ie. Paitont, ua avenues qui conduisent au Cham|^p4arBlas-» as tifiait e» iasoripUons siur lesfaçadee des babJÉalifina : PImh* é (mwt jfour la fite duiQifML E^cesplaceasa louatenti à des prix fabuleux.

Il nous serait inipossibkda tendra digMMBtfit la I de la scèné^ à laquelle assistèrent, le jour fixé, k& troia cafli mille spectateurs entassés en habits de fiâte, soit du oMé des Invalides, soit à Tesplanade de GreneUe, soit aur ka haitteurs de Cbaillot et de Passy. JL'anoée était re|tf4santée pv les soixante mille hommes de la garnison de Pana at dea environs ; artillerie, infanterie^cavalerie,g&nia» tautaa ka una^ étaient là.

Et c'était quelque chose d'éblouissant que est anma da cuirasses, de casques, de baicmnettee, da sabrea reluisani au soleil ; que ces panaches, ces aigrettes al caa banderoles flottantes, ijoutez à cela les roulements de caa BiiUa taiih bours, la voix tonnante du canon qui aafiôsail ontendie par intervalles, les fanfaraa éclatantes des trompettes et des dairons, et vous n'aurez qu'une bien ûûbla idée d'un spectacle qui s'adressait aux yeux cosunôaux. (ureiiles^ qpîremualt à la fois tous les sens.

Mais frapper seulement les regards et Toule de lalbide, ne lui montrer que ce vaste appareil militaire» sans rien qui l'ev plîquàt et qui pût imprimer à la cérémonie un autre aafihf^ que celui de la force brutale, c'aurait été sans doute donner raison en apparence aux Ciussetés déjà dirigées contre Loni^ Napoléon; cela aurait pu être pris pour un défi, pour la premier symptôme d'une fièvre guerrière,^ menaçante pour la paix de FEurope. Le Prince Président ne voulut pas ^'on a'y mépdL Toilà pourquoi il prononça le discours qu'on va lire; voilà aussi pourquoi cet homme, qui avait tant fott pour le culta catholique, qui, après la victoire de décembre, allait en remercier Dieu dans l'église Notre-Dame de Paris ;\oilà pwr-

qiMicet boDMie réiervt w« pliee à lai^^on ei hû BAfiaft on rOla daoB oelte féto do 10 iBii.

Un Mtel tout mptendigpant d'ot» (u^proportioBa ibobuk QMDtoteB, B'éldvttlMBiiUfiuèi eet.kimeaBeCbaiDp<d(>Aiaf8, Qà arrivait, à rasa b^iFea at demie, Monaa^neiir r&rcbevéqsa 4a]?axte,laiiiiliiraenMlaetIaGrofiseà la maia, aaQompagii& de ses vicaires généra w et précédé de près de mille prétrea ea snrplis blancs. — Aussitôt arrivé, le vénérable prélat monte à l'autel. Le clergé se range sur les degrés.

Aïoidlet demiit^^ canon annonce le départ du Prince Pré^ tideitf» quii entouré du j^uabrillant cortège^ de maréchaux, de généraux}, et de sa maison militaire, arrive des Tuileries par le Cours-la-Reine. On remarq^ue à sa suite les chefs arabes qpii gouvernent aunom de la France,en ACrique, les tribus soumir se^ à notre.doniinatton. On admire au passage le costume aussi riche que pittoresque de ces chefs étrangers. « Louis-Napoléon passe au galop une revue rapide des forces iDînUMresédialonBéeadaiaocl bnmense espace, pois descend de chacal au pied des degrés derestrade où la distribution des Aapeaux doit avofr lieu, et monte ensuite les marches de la tiibniiaprépaiéftpoar le reeavoîr. --«» Alors commence la céré* i&onie,et chaque chef de oorpa vient successivement se prés»* ter devant le PriiMeu Cdui^ remet à diacun le drapeau qui M art destiné.

La dislrihiitfûD finie, LoQte4bpQléoQ imnonee d'une voix tihianlie le discQiirt aoivani :

a SoldaU»

t LlnsttHre des peuples est en grande partie !1iistob*e des i années. De leurs succès on de leurs revers dépend le sort da i la dvifisatfon |et de la patrie. Yahicus, cfest llnvasion oft c Ftaandiie ; vietmieuses, c'est la ^oh« ou l*ordre.

t Aussi, les nations conmie les^armées portent-^lles une vé* t nérafionreligieiiseàees emUèmes dellionneur militaire, qui

« résument en eux tout on passé de luttes et 4e triomphes.

• L'aigle romaine, adoptée par l'Empereur Napoléon au t commencement de ce ^ècle, fût la signification la plus éda-

• tante de la régénération et de la grandeur de la France.

• Elle disparut dans nos malheurs Elle devait revenir lorsque

• la Fnmee, relevée de ses défaites, maîtresse d'eile-mémep ne t semblerait plus répudier sa propre gidre.

t Soldats!

I Reprenez donc ces aigles, non etmme une menace eomtn

• Uê étrangers^ mais comme le symbole de notre iodépen-

• dance, comme le souvenir d'une époque héroïque, comm» t le signe de noblesse de chaque régiment.

• Reprenez ces aigles qui ont si souvent conduit nos pères € à la victoire, et Jurezdemouriri s'il le fiiut, pour les défe» « dre! t

Aussitôt^que le Prince a cessé déparier, une mosique sacrési qui pénètre les âmes d'une religieuse émotion,8e flUt entendre, et tous les chefs de corps, tenant à la main les drapeaux qu'ils viennent de recevoir, viennent environner l'autd, où i'ardit» vdque de Paris va célébrer le service divin.

La messe a commencé ; mais tout à coup le canon retenti^ c'est le moment de l'Élévation, et U se passe alors quelque chose de vraiment saisissant. Les tambours, les trompettes ré» sonnent à la fois, et, par un mouvement unanime, avec une ad* mirable précision, soixante mille hommes présentent en même temps les armes. Au même instant les trois cent mille curieux groupés, soit en dehors, soit en dedans de l'encdnte du Chanq» de*Mars, dans les maisons, sur les tertres, dans les tribunes^ découvrent simultiuiément leurs têtes, et tous les flronts se courbent pieusement. — La messe terminée, le canon retentit de nouveau, le prélat commence la bénédiction des aigle^^ puis prononce un discours dans lequel il soutient avec l'auto-

rite de la raison et de la vérité que les hommes peuvent abuser de la guerre comme de toutes choses de ce monde, mais que la guerre, quoi qu'en disent des philanthropes déclamaleurs, peut être fréquemment, non-seulement nécessaire, mais juste et morale, et qu'elle est approuvée par la religion ellemême.

Nous n'emprunterons au discours de l'éloquent prélat que les deux passages suivants :

« La paix est le dessein de Dieu. C'est le but vers lequel t marchent les sociétés humaines, quand elles suivent dans « leur cours régulier les principes de la justice et les inspira- « tions d'en haut. La guerre n'est légitime qu'à la condition « de conquérir et d'assurer la paix. Les armées sont dans la « main de Dieu comme de puissants instruments de paciiica- « tion et d'ordre public.

« Le droit a besoin de hi force pour se flaire respecter € ici-bas; mais, à son tour, la force a besoin du droit pour « demeurer elle-même dans l'ordre providentiel. La paix « est donc toujours le but, la guerre quelquefois le moyen : « moyen terrible, mais nécessaire, hélas! par l'effet des pasf sions qui agitent le monde. »

Ce discours est suivi du défiU des troupes, lequel dôt la cérémonie.

On se rappelle que le jour de l'installation du Corps Législatif, un grand nombre de personnes, ^Joutant foi aux rumeurs propagées par les partis, s'attendaient à voir proclamer l'Empire le lendemain. Il en fut de même le iO mai : on disait dans la foule que les soixante mille hommes du Champ-de-Mars allaient le jour même élever un nouvel Empereur sur le pavois elle conduire triomphalement aux Tuileries. Il importait infiniment aux ennemis du Prince de fkire croire que celui-ci n'était constamment dominé que par d'impatientes velléités d'ambition personnelle, et rêvait de se faire donner par de nouveaux prétoriens un titre ardemment convoité. La journée

se passa cependant sans justifler cette prédiction, et tout le monde put se convaincre de cette Térité, que si jamais Louis- Mapoléon échangeait sa présidence décennale contre le trtoe impérial, ce ne serait que pour obéir à la volonté de la France, au cri universel du peuple, et non par une feinte condescendance pour les fantaisies d'une sorte d'émeute militaire.

Ces bruits de restauration impériale s'étalent teltement répandus au mois de mai dernier, que les trois partis ennenns du Gouvernement actuel, et notamment le parti rouge et les légitimistes, comptaient sur Tévènement annoncé et en attendaient le succès de leurs espérances. Les démagogues se croyaient sûrs, tant ils connaissent peu la France, que le rétablissement de TEmpire serait le signal d'une réaction générale contre Louis-Napoléon et d'une nouvelle révolution de Février. Aussi, plusieurs réfugiés de Londres, M. Ribeyrolles, entre autres, l'ex-rédacteur en chef de la Réarme, et l'ami de H. Ledru-Rollin, avait-il quitté pour Bruxelles la capitale de l'Angleterre quelques jours avant le 10 mai, prêt à entrer en France à la première nouvelle de l'événement attendu.

Quant au comte de Chambord, qui, à la même ^>oqiie, habitait Vienne, il avait de fréquentes entrevues avec les souverainsdu Nord, particuliërement avec l'empereiu* de Russie, auquel il s'eiTorçait de démontrer deux choses : d'abord, que le rétablissement de l'Empire serait une awiacieuse iitftmction des traités de 1815; ensuite, que ce sertit une atteinte portée au principe légitimiste, laquelle ébranlerait dans leurs bases toutes les vieilles dynasties du continent européen. Quel résultat eurent ces conférences ? Le journal anglais le Mominf- ChronieU alla jusqu'à prétendre que, le 20 mai, une convention aurait été conchie entre les puissances de Vienne, de Berlia et de Saint-Pétersbourg, dans le dessein de s'opposer à la résurrection d'une dynastie napoléonienne. — tLes souverains « de Russie, d'Autriche et de Pmsse, disait le Ckromdâf veut lent bien iéléter la présidence temporaire du neveu de Na-

t poléon, mâîs Us ne toléreraient pas la transformation de « cette présidence en on Empire viager ou héréditaire; car ce fl serait contraire aux traités internationaux.» Divers journaux étrangers confirmèrent les assertions de la gazette anglaise.

A ces allégations mensongères, le Moniteur^ organe du Gouvernement français, fh, le aOmai, la réponse suivante, remarquable perla fierté eommcpar la fermeté du langage, et où le prétendant légitimiste est traité avec une juste sé^ érité»

f Quelques journaux étrangers s'effoïcent d'accréditer le « bnrit q»e les puissances du Nord, dans la prévision de cerê taines éventualités, seraient prêtes à renouveler la coalition « de 1815, et qu'elles auraient déterminé à l'avance les limî- « les hors desquelles il ne serait pas permis à la France de « modifier son gouvernement. €e bruit est mensonger; les « éventualités qui en sont le prétexte n'ont aucune probabî- « lité. Rien n'indique la nécessité d'un changement quelcon- € que dans nos institutions. La France jouit du repos le plus t complet. Les puissances entretiennent avec elle les relations « les plus amicales ; elles n'ont jamais eu moins qu'aujour- « d'hui la prétention de s'inuniscor dans notre régime inté- « rieur. Elles savent que la France ferait au besoin respecter « ses droits comme elle respecte ceux des autres peuples; « mais ses droits ne sont menacés ni contestés. Permis aux « partis déchus de compter, comme parfe pass'é, sur l'inter- « vention étrangère pour faire "trionïpher ledi*s prétentions « contre la volonté nationale. Cette vieille* tactique n'aura « d'autre résultat que tle les Tendre -encore plus antipathiques « au pays.»

Plusieurs journaux étrangers, entre autres le Lloyd, journal ministériel de Vienne, et la Gazette de Francfort^ donnèrent au Chronicle un démenti formel. Nous ne citerons que la fin de l'article du Journal de Francfort: — « Ni la France, « ni la société européenne ne se trouvent dans la condition « de pouvoir se passer de ce bras énergique qui a vaincu la

• Révolution et anéanti l'anarchie. Les cabinets du Nord sont « les premiers à reconnaître les grands services que Louisf Napoléon a rendus à Tordre et à la tranquillité du monde. « En maintenant le principe légitimiste, ils éviteront en naéme

• temps de le compromettre par des déclarations et des pro- « testations prématurées, ainsi que par des promesses et des i stipulations qui, dans tous les cas, seraient plus &ibles que « les principes qu'elles auraient à soutenir. §

Pendant que Tesprit de parti inventait de fausses nouvelles et cherchait à semer l'inquiétude, le commerce se relevait en France, Tindustrie se livrait à de nouvelles entreprises, et la richesse nationale prenait un développement croissant. Nous en donnerons pour preuve la diiTérence notable existante entre les impôts indirects du premier semestre de 1851 et ceux du semestre correspondant de 1852. Tout le monde sait, en effet, que les revenus indirects, qui tiennent à la consommation générale, augmentent ou diminuent suivant l'abondance du travail. Voici, d'après le Moniteur, le relevé comparatif;

Différence de 1852 à 1851 :

Ëoplnt.

Février 1,746,000

Mare 4,991,000

AvrU 9,532,000

Mai 3,553,000

. Juin 6,597,000

Ainsi, le premier semestre 1852 a produit 26,419,000 fr. de plus que le semestre correspondant de 1851.

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