‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 44 sur 62 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

SonAiBB.— La Cwse» les bandits de ce pays.— Extinction du banditisme.— Mesures prises à cet égard.— Les élections municipales. Les adresses des conseils généraux, des conseils d'arrondissement et des consens municipaux en hrenr de PEmpire.— Le voyage du Prince dans le Midi. ~ Enthousiasme des populations.— La phrase de Nevers, le discours de Lyon» Tincident de Montpellier et le discours de Bordeaux.— La machine infernale de Marseille. Détails. — Décrets rendus pendant le voyage : les tarifs de douanes, les docks, nnstitut agronomicpie de Versailles, la cathédrale de Marseille.— Betour du Prince. Son entrée triomphale à Paris le 16 octobre.— L'adresse du conseil municipal de Paris — Convocation du Sénat.— Mise en liberté d'Abd-el-Kader.— Le Message au Sénat du 4 novembre.— Le Sénatns- consulte du 7 novembre soumet à la France ia question du rétablissement de l'Emile.— Lea partis s'irritent.— La protestation du comte de Chambord et les manifestes démagogiques.— Réflexions. — Note du Moniteur sur la sincérité du vote qui se prépare. — Fausses nouvelles répandues pour Influencer le scrutin. — L'effectif de Tannée réduit de 80,000 hommes. — Les Tlsites du Prince aux princlpanx théâtres de Paris. — Le scrutin aational des 31 et 2S novembre.— Réunion du Corps Législatif. — Message que lui adresse Louis-Napoléon.— Ce qu'on disait en France avant de connaître le résultat du vote. — Discours du Prince aux grands corps de l'État le t^ décembre. — Iburnée 4a a décembre, la proclamation de l'Empire. — RienlUts et actes de clémence du nouvel Empereur. — Le Sénat modifie la Constitution du 14 Janvier.— L'Empereur modifie le décret du 22 mars sur Porganisatlon du Corps Législatif.— Création d^me commission des pétitiom* — Encore de flauxbruits.— Tout» PSurope neonnatt Napeloéa Ul. — SigUM de la prospérité pubUq|ie.^CQnclusioiL

La pensée d'améliorntioii qof ftêlaSt oecupée ée rendra au eonditîons de la santé leffhdicaiite de la triste Sologiie, et son sol à l'agriculture, ne pouvait pas mettre en oaUi 1» Corse. La Corse a no fitre portienlier à la sollidtade du

Goirvemement actuel ; elle s'enorgueillit d'avoir été choisie par la Providence pour servir de berceau au plus grand homme des temps modernes. C'était déjà une raison suffisante pour appeler sur ce pays l'attention du Prince Président, pour qu'il recherchât les moyens de l'enrichir en le civilisant.

Nous n'apprendrons rien à personne, quand nous dirons à nos lecteurs que celte petite île, aujourd'hui pauvre et i demi-sauvage, renferme en elle les promesses du plus magm'fique avenir agricole et industriel. Le sol y est d'une fertilité qui égale celle de l'Algérie ; le climat y comporte toutes les productions de l'Espagne, de l'Italie, et même des contrées tropicales: l'olivier, le tabac, la cochenille, la soie, les graines oléagineuses, etc. Les mines y abondent, et de vastes forêts, i'où nous pourrions tirer avec avantage les bois nécessaires à la construction de nos navires, au lieu de les aller chercher dispendieusement dans la Norwège, y couvrent une grande partie du territoire.

Cependant les forêts ne sont pas exploitées, les gisements métallifères ne le sont pas davantage; quant à la terre, les trois quarts du pays restent, à défaut de culture, improductif. Or, cet état de choses est dû à trois causes, aux marais, aux maquis, et au banditisme.

Il faudrait donc, pour changer tout-à-fait la face de la Corse, pour en faire un pays florissant, dessécher d'abord les marais, ces sources permanentes de maladies et d'insalubrité. 11 faudrait encore défricher les maquis, qui ne sont autre chose que de vastes espaces couverts de broussailles, lesquels occupent sur la surface de la contrée une étendue de 300,000 hectares, et, à leur inutilité, joignent le fôcheux inconvénient d'offrir un abri presque impénétrable à tout ce qui, en Ccrse, a des raisons pour se soustraire aux poursuites de la justice.

Il serait nécessaire aussi d'établir des voies de communi-

cation, d'ouvrir des routes, car les voies de communication sont un des instruments les plus rapides et les plus sûrs de la sociabilité humaine. Mais avant tout il faudrait extirper le fléau du banditismey fléau malfaisant de tous points, qui n'est pas moins contraire, dans llle dont nous parlons, à Tépuration des mœurs pubb'ques, qu'à la prospérité matérielle, et qui en chasse non-seulement l'honnêteté et la morale, mais encore la confiance et la sécurité, sans lesquelles il n'y a ni travail ni richesse possibles.

Nous avons dit le banditisme: mais qu'est-ce donc qu'un bandit corse? Les notions généralement répandues à cet égard ne sont peut-être pas très-exactes. Dans la pensée de bien des gens, ce mot bandit se lie au mot italien de vendetta. Sans doute la vendetta est une chose très-bl&mable, très- . criminelle ; mais enfin un homme qui, pour obéir à un sentiment généreux dans son principe, pour satisfaire une haine de famille, pour venger l'honneur d'une mère, d'une sœur, d'une femme, par exemple, s'embusque au coin d'un bois et tue son ennemi, et puis, pour éviter le châtiment dû à son crime, s'enfuit dans les montagnes, cet homme-là comprend assurément fort mal les lois de l'honneur ; et pourtant on n'est pas étonné qu'il inspire un certain intérêt, que l'imagination de ses semblables ennoblisse son crime et le pare de nous ne savons quel vernis poétique. Mais ces hommes-là constituent aujourd'hui la minorité de ce qu'on appelle les bandits corses; ces bandits, maintenant, sont presque tous des malfaiteurs vulgaires comme nos assassins et nos voleurs de grand chemin ; des misérables qui lèvent des contributions sur tous ceux qui possèdent quelque chose; d'audacieux brigands qui s'emparent de la personne d'un riche propriétaire, et le séquestrent pour ne lui rendre la liberté qu'en échange d'une riche rançon, ou bien encore qui, à l'instar des condottieri et des bravi du moyen âge, vendent aux vengeances d'autrui leur stylet ou leur carabine, et assassinent au rabais

un malheureux qu'As ne connaissent même pas. — Cest la paresse, c'est la débauche qui font les bandits corses conuneles malfaiteurs français: partout le vice conduit au crime; seule^ ment, dans 111e qui vtt naître Napol<^on, la tentatioD est plus forte et plus irrésistible que sur le continent^ parce qu'il est plus facile de s'assurer l'impunité. Aussi, le prétexte le plus léger, une rixe, un délit de chasse, marquent-Os fréquemment le point de départ de ces existences aventureuses et aussi agitées que coupables.

On ne porte pas à moins de deux cents le nombre des brigands de ce genre qui pèsent actuellement sur \a Corse et y disposent, Tescopette à la main, des vies et des fortunes. Vingt ou trente d'entre eux se sont rendus célèbres par la hardiesse ou bien par la llréquence de leurs méfaits. Parmi ceux-ci, on cite les nommés Tramoni, Padovana, César Bartoli, Dominique Césari, dit Spérato, tous repris de justice, d^à plusieurs fois condamnés, et qui, après s'être soustraits longtemps aux recherches de la force publique, viennent d'être tout récemment, et depuis la nouvelle attitude prise par le Gouvernement contre le banditisme corse, le» uns tués dans une rencontre avec les gendarmes, les autres arrêtés et placés sous la main de la justice.

En France, les malfoiteura n'ont à attendre de personne, à moins que ce ne soit de leiurs complices, ni sjmpatMe, ni criminelles complaisances. Il n'en est paa de. même en Corsi^ où les retraites inaccessibles dont noua avons parlé, et riasuiOsance avérée des moyens de répression, leur garantissent presque l'impunité. Aussi, wmtrce deux choses tout-à-iàit par> ticuHères à ce pays, que la tyrannie insolente qu'ils y exercent, et la faiblesse qu'ila rencontvent de toutes parts. L'effroi qu'ils inspirent est tel^et on se sent si peu protégé par la force publique, qu'on leur donne tout l'argent qu'ils demaor dent, sans se plaindre lùême à l'autorité. Oa ¥a plus loin encore : on les cache chez soi, dans sa maison; oa les prévieDl

des dangers qu'Us peuvent courir; on leur rend toute sorte de services, et on ne rougit pas d'avoir recours aux leurs; souvent on se sert d'un d'entre eux pour s'affranchir des ' ruineuses exigences d'un autre; on les charge de donner satisfaction à des rancunes personnelles, on les emploie comme instruments dans les luttes électorales; et ce ne sont pas, hâtons-nous de le fflre, des gens mal famés, des personnes indignes de Testîme publique, qui agissent ainsi; c'est tout le monde, tant la peur est puissante sur Fhomme, ce sont les citoyens les plus considérés et les plus riches, des fonctionnaires publics, des prêtres. Cela est presque incroyable, mais plus d'une enquête judiciaire a démontré jusqu'à Tévidence Texactitude de nos assertions.

Depuis longtemps déjà le véritable gouvernement de la Corse, ce n'était ni celui qui siège aux Tuileries ou dans les ^vers Ministères, ni celui qui habite dans la ville d'Âjaccio rhôtel de la préfecture ; c'était le gouvernement des bandits. II n'était pas, en effet, un acte de la vie où n'intervinssent, la menace à la bouche, ces dictateurs du vol et de l'assassinat. Tantôt disant à un propriétaire : t Tends ton immeuble ^ ou tu es mort. » — Tantôt hii disant, au contraire: t Si tu tiens à ta vie, ne le vends pas. » Disant encore quelquefois : t Tu es trop exigeant; tu vendras ton immeuble à tel prix : mais ne demande pas un seu de plus, nous te le défendons, t — Empédiant surtout et toujours la location des maisons destinées b teg^ la gendarmerie; enfin (M c'est id peut-être le trait de nMmirs le plus bisarre paras tontes cet excentricités), dictant leurs lois au eœur, téissuA brutalement irruption au millea d)B8 pfustoadres sentiments, protégeant les amooradermi, proscrivant ceux de l'autre, et criant d'une voix inqiérieuse an père de famille:— -^t Tddeal&ie» à ta ffileld fiancé; ce fiancé

• te convient, die YiâBOBi éb bieol il ne sera pas son mari, t nous te le défendwa r nous lui m destinons un antre, et si

• tu nous dé8<d)éis, indfaeur à tdil a

Et toutes ces défenses, tous ces ordres, étaient docilement exécutés.

Ce n'est pas tout: même sous les verroux, même sur la sellette et en face de la justice, le bandit corse conserve son redoutable empire sur tout ce qui l'entoure. La Cour d'assise de Bastia a exhibé plus d'une fois le plus déplorable spectacle : des témoins intimidés à l'aspect des coupables, mentant pour les sauver et se soustraire eux-mêmes à leur vengeance en cas d'acquittement, ou bien à la colère des amis du brigand, en cas de condamnation ; des jurés refusant de trouver des preuves sufiQsantes là où les preuves abondaient, ou encore reconnaissant l'existence de circonstances atténuantes dans les crimes les plus mexcusables; enfln, des juges même ne sachant pas, dans l'application de la peine, échapper tout-àfait à la contagion de cette terreur générale, laissant mollir leur fermeté, et écoutant les inspirations de la plus funeste indulgence.

Il était impossible qu'un si intolérable état de choses ne soulevât pas, de la part des populations intéressées, des réclamations énergiques. Ce cri d'un pays opprimé, les an» dens Gouvernements l'avaient à peine entendu; mais le gouvernement d'un Bonaparte devait se h&ter d'y répondre. Par suite de l'envoi sur les lieux d'un homme d'une capacité notoire, M. Balland, lequel a pu ainsi étudier de près la question, Louis-Napoléon nomma, le 31 août dernier, sur la proposition du Ministre de la police générale, une Commission chargée de réunir les éléments de la meilleure solution possît ble de ce problème, l'extinction du banditisme en Corse. Cetti! Commission, composée de MM. Conti, Sénéca, général Bertrand, Lebas, Dupuy, Tonnet, Belin, Blondel, Balland ë: Bonjean, président, a déjà, dit-on, adopté diverses mesures qui ne contribueront pas peu au succès de cette entreprise. Puis, le banditisme détruit, le Gouvernement s'occupera du dessèchement des marais, du défrichement des maquis, du

percement de routes stratégiques et forestières. Ces opérations menées à bonne fin, l'agriculture, Tindustne et le commerce prospéreront enfin dans cette île, que le neveu de l'Empereur aura tout à la fois moralisée et poussée d'une main vigoureuse sur la route du progrès, du travail et de la fortune. Nous avons, au chapitre précédent, constaté le succès obtenu par le Gouvernement aux élections destinées à renouveler les conseils généraux et les conseils d'arrondissement. Les candidats patronés par l'autorité ne furent pas moins heureux aux élections municipales. Cette unanimité dans l'adhésion du pays à la politique du Gouvernement de Louis-Napoléon, annonçait d importantes manifestations. On devine que nous voulons parier de ces adresses, de ces vœux émis par les conseils de départements, d'arrondissements et de communes.

Nous avons dit, dans le cours de notre récit, que le Prince Président avait été sincère le 20 décembre 1848, quand il prêta serment d'obéissance et de fidélité à la Constitution de cette époque. Nous avons démontré, il nous semble, que ce M la France toute entière, d'une part, en demandant de tous les points du territoire la révision de ce pacte fondamental, et en la demandant en vain à rAs.semblée Législative; que ce fut aussi, d'autre part, une grande nécessité du salut social qui relevèrent de son serment Louis-Napoléon. Le Prince Président ne fut pas moins sincère le 29 mars 1832 qu'il ne l'avait été le 20 décembre 1848. Il avait déclaré, le 29 mars, dans son discours d'installation des grands Corps de l'État, qu'il n'ambitionnait pas l'Empire, et qu'il n'y avait qu'un danger national qui pût, dans l'intérêt public, modifier plus tard ses résolutions è ce sujet. Cette abnégation n'était pas un artifice de langage, et la présidence décennale eût suffi au dévouement aussi patriotique que modeste du neveu de Napoléon, si, à défaut du danger national qu'il redoutait et qui ne s'est pas présenté, la France elle-même n'était venue une seconde fois lui imposer sa volonté, et exiger un changement

dans les conditions essentieUes du pouvoir, comme dans le titre du chef de son gouvernement.

Et comment la France n'eût-elle pas agi ainsi? Soit qu'elle regardât le passé, soit qu'elle se tournât vers l'avenir, elle devait solliciter ce changement. Dans le passé, que voyait-elle? Les plus grands services qu'un homme ait jamais rendus à son pays, la démagogie écrasée, la religion, le principe d'autorité sauvés d'un naufrage imminent, la propriété elle-même arrachée aux ardentes convoitises d'un socialisme effronté; trois mois de dictature où tout avait été régénéré, où les décrets les plus utiles avaient imprûné un nouveau mouvement, donné une nouvelle vie à l'agriculture, au commerce, à l'industrie; des institutions de crédit organisées, plus de trois mille kilomètres de chemins de fer concédés, des travaux publics de tout genre entrepris, l'achèvement du Louvre, les halles centrales, la rue de Rivoli en voie d'exécution ; toutes les affaires commerciales enfin se ranimant, le prix de la main-d'œuvre se relevant pour les classes laborieuses, et les ateliers regorgeant de travailleurs. Neuf mois à peine avaient suffi pour produire ces grands résultats de bien-être et de prospérité; le pays pouvait-il s'abstenir de s'en montrer reconnaissant? Il le pouvait d'autant moins qu'il devait être le premier à profiter de sa reconnaissance. Que voyait-il, en effet, devant lui? Un avenir de paix assuré pour dix ans. Dix ans, c'est quelque chose, mais c'est toiyours du provisoire, c'e^ toujours une sombre perspective, ouverte à distance sans doute, mais qu*on n'a pas moins sans cesse devant les yeux, et qui suffit pour effrayer les capitaux, devenus depuis quelque temps si timides. Evidemment, la présidence décennale convenait mal, soit à l'intérêt bien compris de la France, soit à sa gratitude.

Mais que voulait-elle? Nous allons l'apprendre de la bouche de ses représentants locaux d'abord, et puis ensuite de la sienne.

Ceux qui les premiers élevèrent la voix pour demander des

iQodiflcations A la Constitution du 14 jauvier, ce furent les conseils généraux qui avaient été convoqués pour le 23 août. Après une session des plus calmes, où les alTaires des départements furent mûrement discutées, tous votèrent des adresses dans lesquelles ils exprimaient leur confiance dans le Gouvernement, et protestaient de leur concours loyal et empressé. Presque tous tevniaaient par des vœux en faveur de la stabilité. Nous citerons quelques-unes de ces adresses, et <m verra que si l'expression varie, la pensée est la même partout. Voici celle du conseil général du Rhône.

ff Le eonseil général du Rbône oOte l^ommage de sa gratitude, c de sa conflance, de son dévouement au Prince Président, qui a « sauvé la France par un acte énergique de dictature patrioUque et « nécessaire, et qui doit la régénérer par VacUon d'un pouvoir ton « de la triple légitimité d'une descendance glorieuse, de services « rendus, et d\in assenUment national dont la presque unanimité est « sans exemple dans Tbistoire.»

Voici maintenant celle du conseil général de la Gironde. Elle est encore plus explicite que la précédente, quoiqu'elle garde une certaine réserve de langage.

« Le premier de nos besoins. Prince, est la stabOité dans le Gou- « vemement II faat un lendemain aux grandes opérations du com- « merce, de Tindustrie et de Tagriculture :ee n'est qu'à cette condl- • tlon que le pays recueiUera les fruits dont votre courage et votre « sagesse ont déposé les germes.

« A d'autres que nous. Prince, appartient le droit de faire cesser c toute instabUlté, de doter définitivement la France des instltuUons « que son génie et ses mœurs réclament, et de détruire ainsi toute « cause nouvelle de trouble et d'agitation Mais si nous ne pouvons « pas francblr la barrière que la sagesse de la loi impose à nos déU> « bératlons, il nous est permis du moins de nous associer aux vœox « qui ^élèvent de toutes parts, et d*espérer que rinltiative et le pa- « triotlsme du Sénat sauront en assurer TaccompUssement. •

Mats Toid quelque chose de plus précis et de plos elair encore. Ce sont les adresses des conseUs généraux de la Cha-

renle-Inférieure, de la Creuse et des Hautes-Pyrénées. Nous n'avons pas besoin de répéter que ces diverses manifestations sont choisies par nous comme types, mais que toutes, sauf de légères nuances, ressemblent soit à celles qu'on vient de lire, soit à celles qui suivent.

Charente-Inférieure,^* La Gharente-Inférieore attend avec cou-

• fiance le moment où il lui sera donné de concourir à la réalisation « de la pensée qui a dicté tous ses votes depuis le 10 décembre 1848: « Le rétablissement de l'Empire français. •

Creuse. — « Le Conseil émet le vœu qu'une modification aux ins- « titutions actueUes rende héréditaire le pouvoir confié au Prince « Louis-Napoléon, et donne ainsi à ce pouvoir la stabUltè, sans la- « quelle il ne saurait y avoir pour la France ni sécurité ni avenir.»

Pyrénées ( Hautes) *—• Le Conseil émet le vosu que le Sénat, usani « de Pinitiative que la Constitution lui a confiée, propose que le c peuple rétablisse rhérédité de la dynastie impériale dans la des- « cendance directe, légitime et adoptive du Prince Louis-Napoléon « Bonaparte. •

Les conseils d'arrondissement, convoqués par l'autorité peu de temps après les conseils généraux, reproduisirent les VŒUX émis par ces derniers. Presque tous exprimèrent le souhait que le Prince couronnât, par le rétablissement de J'Empire, son œuvre de régénération sociale, \oici deux adresses que nous prenons au hasard; ce sont celles des conseils d'arrondissement de Forcalquier et de Bagnères.

ConseU de Forcalquier. ~ « L'éternel problème de Palliance entre « la liberté et Pautorite ne peut avoir sa solution que dans l'idée

• napoléonienne.^ L'Empire est tombé en 1815, mais la France « pleurait. — Organes des populations de Parroodissement, dans « notre âme et conscience, et en bons citoyens, nous demandons que « la couronne devienne héréditaire dans la descendance de Louis*

• Napoléon. »

Conseil de Bagnères, — «Considérant que la condition essentidle

pour la prospérité d'un pays est la stabilité de son Gouvernement;

m — que la Constitution du 14 janvier 1852 ne satisfait pas pleine-

« ment à cette condition, et que les dix années qu'elle nous donne

• ne sont qa^ine trèye pendant laquelle les partis se prépeiegronl i « des luttes nouvelles, toujours fatales au pays; — que les accla-

• mations populaires qui ac<;ueilleat partout le voyage triomphal du « Chef de FEtat sont une preuve manifeste du vœu des populations; « - le Conseil émet le v(bu que le Sénat, usant de Tinitiative que « Partide 31 de la Constitution lui confère, propose au peuple fran- « çais le rétablissement de PËmplre héréditaire dans la personne du « Prince Louis-Napoléon. »

Les conseils généraux et d'arrondissement avaient frayé, la route; à leur suite les conseils municipaux s'y élancèrent avec t?mpressement. Citons encore quelques-unes des mamfestations politiques par lesquelles ces corps, sortis des entrailles de la nation, préludèrent à leurs travaux.

Conseil municipal de Metz- — « Le conseil communal de la ville « de Metz, nouvellement élu. Interprète des sentiments de ses con- « citoyens, s'empresse, en commençant ses travaux, d'exprimer au « Prince Président sa profonde recennaissanee pour l'acte courageux « du 2 décembre qui a sauvé l'ordre social. — Le rétablissement de « la paix publique, la reprise du travail et des affaires font vive- « ment désirer au conseil la durée et la stabilité d'un pouvoir sanc-

• tienne par le suffrage de la nation, et si nécessaire au repos et à « la prospérité de la France »

Conseil municipal d'AlUgny (Nièvre). — «Prince, vous n'avez pas « encore assez fait; les récentes élections ont démontré que Fanar- « chie, comprimée un instant, relevait audacieusement son drapeau « les sociétés secrètes renouent les fils que vous avez brisés; la « société entière est de nouveau menacée. Nous vous prions, en con* « séquence, d'achever l'œuvre que vous avez si glorieusement corn- « mencée, bien convaincus que le pouvoir suprême que nous désirons « voir remettre entre vos mains sera pour la France un gage certain « de paix, d'ordre et de stabilité. »

Nous terminerons par Tadiresse du conseil de Rouen :

« Monseigneur, s'il nous est donné de pouvoir. aujourd'hui nous m consacrer, dans le recueilfemeut et la paix, à la mission que nous « ont donnée nos conettoyens; s'il nous est donné de voir autour de « nous le cahne dans les esprits, la religion respectée, les lois obéies, « le crédit multipliant le travail, et les fomilies rassurées sur leurs « intérêts les plus cbers, e'est à vous que nous le devons. Ces Jours,

« où S6 âéféloifpe le blan^êtr» s^nénri, auraient m mbs tous A t société rêntenée et les partis se HVnmt, an miOeu de seft mines» « des eombaU désespérés. Votre gféofe et vof re coorage ont rachelé « le pays d*utie épreuve qnt ne poatait ètrequMne catastrophe. Qoe • le pacte de saiut social formé, fl y a on demi-siècle, entre le peat pie français et votre oncle auguste, se contlmie avec tous! La « France, qai doit tant d^à à Fimlté et à la force de votre Gouver- « nement, attend que votre sagesse avise encore afin que k stabi- « iité du pouvoir suprême ajoute la garantie de Tavenir à la sécurité « du présent.»

Nous le dterona pas ici eea innomhrables pétitkms odlec* tived par IcaqueUaB des GomimaDes enUères, Umtant i'exempie donné par leurs représeotaots locaux, demandaîtenl ouv^^ lement le rétablissement de l'Empire. De tous les points du territoire, des adresses soDicilant ce changement dans Télat politique de la France, et couvertes de milliers de signatures, afOuaieni au Sénat, qui aâul, d'après la Constitution, pouvait MDcacemeAt provoquer des modifications de cette nattire. Ce pétitionnement, par son universalité, rappelait celui qui, en 1861, réclamait, au proiU de Napoléon, la révision de la Constitution de iShS.

Pendant que tes Corps électifs et locaux manifestaient leurs vœux, le Prince Président se préparait à son vopge du Midi, ^rieux qu'il était d'étudier sur les lieux mêmes, et par ses propres yeux, les intérêts et les besoins de nombreuses provinces. Un chef de gonvcmement est un père de famille qui doit, aulant que possible, veiller par luimôrae, et sans intermédiaire, sur le bien-être de tous ses enfants. On a, plus d'une fois, pu se convaincre, en lisant cette histoire, par le récit des voyages de Lyon, éà Stntsbourg, de Cberboui^g, etc., que c'est ainsi que le di^nç neveu de l'Empereur comprend et pratique sa mis^oo* Comn^a spn ondie, qui ampioyaii à visiter kiFranoe les rares heures éalMsir que hiî Itassait It guerre, Louis-Napoléon ' renouvelle, le plus souvent qu'il peut, ces utiles excursions, dans nos d^parteq^eats.

naux des villes qui devaient se trouver AtNrkpaàsqgeda Yttot

de la Pranse, votèrenl 4âB aowwa èonicMrables potiv flter

difiieroeni Bon fië|oiir dv» leors inurs. Tmovanl que 96»

chUfjPea volée dépassaieÉt ttiqmÊmBomt la lOMUre* qu'anMl

vor^lu laur aasigner la lisqiiidlé de «es goàts, le Prince, par

l'iMrgruM du JCaml^uff expriaia le M août ^m désir qui' li'dlMK

aéra pemume. f — h&oà lottes tes vUtes #ù le Pritiiee 'Pi^

« sident est préanmé devoir s^^eumer, pendant le vôyege do

« Nidiy disait le Jeamal offidel, les eens^le mtmieipabx ofit

« voté pour sa réceptioB des sominte oonsidérablês. <}t sont

« là de prédeui témoigtiages de sympathie ; il en ec^ vivement

« toiiohé et se trouve beimuft d'en témoi^r, dès b présent,

« sa reconnaissance* Mais., coBome le seul bol du voyage de

4 Ct^ de rË&at est de se mettaerà ce«lact «veedes f^opula-

« tioDS qu'il ne lui a paaété permis de visiter encore, de ee«-

« stater sur place leurs intérêts, et de s'enteèdre avee ellei^

« sur tQVtf^s les améUoratloos réalisakles, il ne verrait pas

% sa^ quelque regret des Mas trop somptoetseS) et il apprem

« dra avec salislbotiofi qu'uoe partie deseonoMes votées'pulsse

• se détourner au profit de la classe oécessiteuse et 6'a|^

« quer à des oeuvres de bidafisisanoe. »

Le Prince quitta Paris le 14 septembre. Gemment pourrions-nous raconter ce voyage^ qui, entrepris d«ie un tut d*u tiiité publique» fut pour biiroccaâQB dfun tribmphé Incessant et inouï jusqu'à ce jour 7 Pourquoi ne pas dire ee qui est vrai ? Napoléon I^^" lui*méme> ce glorieux génie dont la France est siiière, ne fu( peut-étra jamais VvijA 'd'ovatidh^ aus^ ardentfis et aussi spoot^u^es^Ç'est que ^âiitoiite, mal*, gré tous les services rendus pair le graod.bomlne, ihalgré. le triste état où elle était alors. r^duMe^i la nation^ à. J'épo^ua du 18 brumaire, ne s'était pas vu noeuacée d'un danger faum grand et aussi manifeste^ 4* upe au^^'fibie ^u^ t^iwjbto:que l'anarcble et le danger qu'elle voyait prêts .4(Qi|drQ.S)i^:Mlf^i.

l'époque da S déoeôibre, si une maân puissante ne se flkt trouvée là pour la sauver.

Raconter ce triomphe jour par Jour, étape par étape, ee serait fatiguer le lecteur par de perpétuelles redites ; ce serait lui mettre vingt fioîs de suite sous les yeui les mêmes scènes et les mêmes tableaux. Partout des maisons pavoisées, partout des communes entières quittant leurs murs pour se précipiter dans les villes que le Prince traversait, si bien que les vieillards et les malades restaient seuls chez eux ; partout ces cris : Vive Napoléon JIIl Vive le êawveur de la France/ Vive VEmper&uT I Voilà ce que le Prince vit et a;ilendit de Paris à Lyon, de Lyon à Marseille, de Marseille à Bordeaux, de^Bor^ deaux à Paris. Les populations accouraient pour le voir de vingt, trente, quarante lieues à la ronde ; faute de place dans les hôtels garnis, elles bivouaquaient vaillamment dans les rues. Et ce n'était pas seulement le paysan qui s'arrachait ainsi pour quelques jours à ses labeurs ruraux, afin de pouvoir dire un jour à ses enfants, au coin du feu, qu'il avait vu Louis-Napoléon ; c'était aussi l'ouvrier qui désertait, comme en un jour de fiftte, sonatdier; c'était le négociant qui fermait sa boutique, le bourgeois qui disait : 4 demain les affaires; c'était enfin la nation entière, le riche comme le pauvre, l'admmistré et Tadministrateur, le prêtre et le soldat. Je magistrat et le justiciable, tout ce qui était fonctionnaire public et tout ce qui ne l'était pas. Et en tous lieux, de cette foule immense û ne s'échappait qu'une seule acclamation, comme si, dans toutes ces poitrines, avait battu un seul et même cœur : L'Empire! Vn Empereur t C'est tm Empereur qu'il nous faut ! Il ^ait impossible que le pays ratifiât d'une façon plus éclatante les adresses de ses rqMrésentants locaux.

Un étrange rapprochement n'échappa point pendant ce voyage aux esprits observateurs. C'étaient les localités autrefois les plus synq)athiques à la propagande socialiste, qui maintenant fêtaient l'élu du 20 décembre avec le plus Joyeux

empressement. Cela ne doit pas nous surprendre; les Frençaii s'abandonnent volontiers, dans des moments d'exaltation po' litique, aux séductions de folles utopies, mais ils ont tous du cœur ; ils aiment le courage et l'affabilité : eh bien! ¥oyes comme Louis^Napoléon, dans ces villes suspectes à ses yeux par leurs antécédents, se présente seul et sans gardes au milieu de la foule ! A Lyon, par exemple, la force armée se place entre lui et les ouvriers qui se pressent sur la place Bellecour ; le Prince fait un signe, et les soldats s'écartent, et le peuple s'approche pour prodiguer au futur Empereur les plus touchants témoignages de dévouement et de respect

Quelques détails se détachent dans cet ensemble plein d'émotion et de grandeur; ce sont les deux discours de Lyon et de Bordeaux, et deux phrases prononcées l'une à Nevers, et l'autre à Montpellier.

Retraçons ces quatre incidents dans leur ordre du'onologi* que.

A Neyers, M.. Charles Dupin, en présentant au Prince le conseil général de la Nièvre, qu'il présidait pendant la dernière session, venait.de rappeler le vœu émis unanimement par ses membres pour un changement dans les conditions du Gouvernement. Louis*Napoléon remercie aussitôt le conseil de. la preuve de confiance que celui-ci lui a domiée, puis il termine par ces paroles : « Lorsqu'il s'agii de Vintérét gêné- « raiy je m* efforts toujcwrs de det€tne}Br topinûm puilique, « mou je la suù torsquU s'agit iwa «nMrM qui peut sembler • persofmel. » . "

Le âO septembre il préside, dans la ville de Lyon, à l'inao^ guration d'une statue équestre de son oncle, là înème qu'on remarqua h, l'exposition de Londres et qui a récemment âgAré, dans les Champs-Elysées, lors de la fête nationale du i& août, et voici le discodrs qu'il prononce dans cette ville, iur tti place Louis^Napoléon,en présence'de deux centnnlle'qK0tateur8,et en réponse à l'aUoeiitiQn du président de la camnuprion:Ghar-

Ijéeite ftiire exécuter ce monument, lequel a été éleré par suite 4hinR Bouscription. Ce discours est empreint de la même abnégation patriotkpie que nous avons déjà plusieurs fois signalée, mais aussi de la même soumission à la yolonté nationale; t'est un développement de la pensée de Nevers.

Écoutons l'auguste orateur :

i Lyonnais, dit-il, votre ville s^ést toujours associée par « des incidents remarquables aux phases différentes de la vie « derEmpercuf. Vous Tavetéalué consul lorsqu'il allait par- « delà lés monts cueillir de nouveaux lauriers ; vous j'avez sai lue Empereur tout-puissaut ; et, lorsque VEurope l'avait « relégué dans une Re, vous Tavet encore des preoners, en « 1816, salué Empereur.

t De même aujourd'hui, votre tBle est la première qui lui « élève une statue. Ce fait a une signification. On n'élève des « statues équestres qu'aux souverains qui ont régné; aussi ki « Gouvernements qui m'ont précédé ont-ils toujours reteaé « cet hommage à un pouvoir dont ik ne voulaient pas admett tre la légitimité.

i Et cependant, qui fat phis légitime qoeTEmpimur fin « trois fois par le peuple, sacré par le 6b^ de te reUgion, ret connu par toutes les iMrissaiKes oontineiiUles de ]'£nrope>

• qui s'uniretit à lui et par lea liew de la foMqae^ et ptr « ksiiensdusaag?

. f UEoipereur fut te médiateur «M» deux sièclea «xineoiia : ; ff tkÈ&nHaofim tégime «a tétiMistanl tout ee que te régimei « avait de bon ; il tua l'esprit révolutionnaire en fkiaaat triom-

• pher partout les bienfaits de te révolution* VoUà pourquoi < oeut qui l^nt renversé eare&i UestM à déplorer teiir « triomphe ; quant à ceux qtaâ i'oal ëéténdU) a^e bcaotei de « rappetercimibieBiteeiilpteurééa ehtttet

«> Aussi) dès qiM le peupte s'eit mi libre de son choix, il a

« jeté les jiiuxnr l'héritier de Napoléon ;«t, par la méiiier^

-V éon^ d^mia Paris jusqu'il Lyon, but tons les points de mon

« pMmgt, e'tsst étoréie «ri miAnime de : Vwe rSmptrmrl

• Mais ce cri est bien plus à mes yeux un souvenir qui tou* « €be mon ecaur, qu'un espoir qui touche mon orgueS.

ê Fidèle serviteur demoopays,je n'aurai Jamaiftqn'mi but, f c'est de i^ooBstituer iana jce grand pays, ai bouleversé par « tant de commotiona et par tant d'utopîes, une paix baeée sur « la condUationpour lea bonunea, sur rinflexîhiUié des prin- « opes d'autorité, de morale, d'amour pour les claaaes Jubo*

• rieuses et souffrantas, de dignité natjânale.

« Nous sortons à petae de œs moments de crise où les no* f tîons du bien et du mal étaint confondues, les meilleurs e^ s piils se sont perveitis. La prudence et lepatrioAisme exigent

• que dans de semUaèles moments la nation se recueille « avant de fixer ses destinées, et il est encore pom* moi dilfif cMe de savoir sous quel nom je psis rendre les plusgnuids t services.

• Si le titre modeste de Président pouvait ftusiliter la mis* f sion qui m'est confiée, et devant taquoDe je n'ai pas recnlé, « oe n'est pas moi qui, par intérêt personnel, délirerais « changer oe titre contre celid d'Empereur.

• Déposons donc sur cette pierre notre hommage à un s grand homme ; c'est ignorer à la fois la gloire de la a Fmnœ et la généreuse roconnaissanee du peuple; c'est « conataler asissi la fldéUté des Lyonnais à d'imaiortels soijh s venirs. •

On n'ignore pas que fBérault est un dee départements du Midi où la propagande anerehique a Jeté son venin «t l'a Mt pénétrer dans les ooudieB les ^us profondes de la société. Une manifestation ineonvenante de i'espdt de démagogie fournit an Prince, à son passage dans Montpellier, l'occasîoB de montrer son ImperlurhaUe sang-froid ot de frire édalior sa innéaenee d'esprit.

Après avoir aasislé au bal que la TiUe kd offrait dans la aaUe de spectacle, Louis*Napoléon avait voulu visiter an lia-

hëge un autre bal par lequel la classe ouvriAre de Montpellier célébrait son passage. A son entrée, il fut aussitôt accueilli comme à Tordinaire par les cris répétés de Vive NcqH^létm l vive V Empereur ITAms à ces acclamations se joignirent quelques cris de Vive t amnistie ! Le Prince, sans se troubler, prit place sur Testrade qu'on avait préparée pour le recevoir, et assista à un quadrille. Puis, comme il se disposait à sortir, les mêmes clameurs retentirent de nouveau dans la salle. S'arrétant alors sur les marches de l'escalier qu'il descendait, il fit un signe, et au tumulte succéda le plus profond silence. Alors il s'écria d'une voix calme, mais pleine d'auton'të : i — J'entends des cris qui demandent l'amnistie. L'amnistie « est dans mon cœur encore plus que sur vos lèvres. Si vous t la désirez, rendez vous en digues par votre sagesse et votre i patriotisme. » — Une immense explosion de cris de : Vive VPmperem ! salua ces paroles, où, sous la fermeté du caractère, on sentait la bonté du coeur, et le Prince regagna sa voiture, aux applaudissements de toute l'assistance.

Le quatrième incident, et le plus important de tous peut^ être, c'est le discours prononcé à Bordeaux. Jusque4à l'opinion publique qui demandait le rétablissement du trône impérial s'était déjà bien énergiquement manifestée., ef cependant à Lyon le Prince hésitait encore, on l'a vu; ï\ disait : « Il est « encore pour moi difficile de savoir sous quel nom je puis « rendre le plus de services. » Mais cette grande voix de la France qui, depuis son départ, n'a pas cessé un seul instant de retentir à son oreille, qui l'a accompagné de province en province, de ville en ville, a des accents trop sympathiques et trop impérieux tout à la fois pour que Louis-Napoléon, devant ces démonstrations multipliées et persistantes, refuse plus longtemps dé comprendre ce qu'on attend de lui. Il le sait maintenant, et il est prêt à se soumettre à la volonté du pays ; mais tl n'ignolè pas que la transformation qu'on demande fait peur à bien des gens; c'est à ces esprits timorés qu'il va répondre,

qu'il va dire, dans un magnifique langage : — • Rassui^ i vous; autres drconstancea, autres événements. Le présent

• ne saurait jamais être la copie servile du passé. Ce n'est

• pas pour poursuivre la gloire des combats que je poserai,

• s'il le faut, sur ma tète la couronne de mon oncle; je suis

• de mon temps conune il était du sien. Je ne veux qu*assurer « à la France les bienfaits de la paix. Rassurez^vous aussi sur « les intentions de Téf ranger : la France n'a rien à craindre

• de lui ; il sait bien que venir la combattre, ce serait rappeler

• sur tous les trônes de l'Europe les menaces de l'anarchie et

• les crises des révolutions. » — Yoici cette admirable ba* rangue , véritable programme de l'Empire qui vient de com. mencer. Le Prince la prononça dans un dîner qui lui était ofifert, le 9 octobre, par la chambre de commerce de Bordeaux.

f Messieurs, dit-il en réponse au discours du président de « la chambre, l'invitation de la chambre et du tribunal de t commerce de Bordeaux, que j'ai acceptée avec empresse- « ment, me fournit l'occasion de remercier votre grande dté

• de son accueil si cordial, de son hospitalité si pleine de maf gniflcence,et je suisbien aise aussi, vers la fin de mon voyage, t de vous Mre part des impressions qu'il m'a laissées.

f Le but de ce voyage, vous le savez, était de connaître par

• moi-même nos belles provinces du Midi, d'approfondir leurs

• besoins. D a toutefois donné lieu à un résultat beaucoup t plus important. '

• En effet, je le dis avec une flranchise aussi éloignée de t Torgueil que d'une fhusse modestie, jamais peuple n'até^ « moigné d'une manière plus directe, plus spontanée, pluâ « unanime, la ^volonté de s'affiranchîr des préoccupations dé t l'avenir, en consolidant dans la même main un pouvoir

• qui lui est sympathique.

t C'est qu'il connaît i cette heure, et les trompeuses espé-

• rancesdont on le berçait, et lesdangers dont il était menacé;

-« 602 — « n Mit qu'en 1812 la sodété ooareit à sa perte, parrc que « chaque parti se cofiseUdt d'avanee du naufrage général par « Tespoir de plantier son drapeau sur les dâMis qui pourr»ent « surnager. Il me sait gré d'agir sauté le vaisseau en arbo-

• rantseulemaii le drapeau de la France.

« Désabusé des absurdes ttiéories, le peuple a acquis la « convictioa que les réfimnatcurs prétenduÉ n'étalent que

• des rêveurs^ car il y avait toqjaors diq)r(^rtîoD, inconsé» f qoeoee entre leurs moyens et le résallat promis.

« Ài^ourd'lRii, la Frasoe m'entoure de ses sympatMes percé « que je ne suis pas de la famille des idéologues. Pour fhire le t bien du pays, il n'ert pas besoin d'ap^quer de nouvoaut

• systèneSy maïs de donner, avant tout, conAanee dans le t peéaent, sécunté dans l'avenfap.

c Voilà pourquoi la France semble revenir à l'Empire. H

• est oéanmoins une crainte à laquelle je dois répondre. Par

• esprit de défiance, oertaines personnes ee disent : FEmpIre,

• c'eei la guerre. Moi je dis : TEmpire, c'^iet la paix; c'est la « paiiyCar la France k désire; etlorsque la Rraoee est satis-

• bile, le monde est tranquUle.

« La gloire se lègue bien à titre d'héritage, mais non la t guerre. Est-^e que les princes ^uis'bonoraieAtîfBteawnl « d'être les petits-fils de Louis IIV^ ont vecmmtmci ses « luttes?

4 La gucorre ne se.fait pad par plaisir^ eBe aefaft par néce»* « site. Et à ces époques de transition, où partout, à oôté de « tant d'éléments de prospérité, germdat lant de caves de i mort, on peut dire ai»c vérité : MaliienT à«oel(i qui don-

• lierait le premier en Europe le elgattl d%ne ocdlisîûn dont

• les conséquences aeraiaitjociloulifeleB 1

• J'en ^nviens cefeadanty J'ai, comme rJEmperetv, bien « des conquêtes à faire.

« Je yeux, comme lui^^^ooqnérir à la ooBcilaÉîon les par- € tis dissidents^ et ramener dans leceurautductattdjflaavi

t popirfaîre les dérivations liostiles qui vont se perdre sans t profil pour personne

t Je teux conquérir à la rcBgîon, à la morale, à Taisance, « cette partie encore ^ notobreùse de la poptilatîon, qui, au t nnTîett ffnn pays de foi et de croyance, connaît à peine les « préceptes du Christ; qui, au sein delà terre la plus fertile du û inonde, peut à peine Jouir de ses produits de preml^ t nécessM.

« Nous moùB dlmmenses territoires Irieultes à défricher^ n des f ooM à ouvrir, des ports ù creuser, des canaux à ter^c miner, des rivières à rendre navigables, notre réseau de c chemins de fer à compléter; nous avons, en face de Mar « seille, un vaste royaume à assimiler à la France ; nous avons « tous nos grands ports de TOuest à rapprocher du continent c américain par la rapidité de ces communications qui nous c manquent encore. Nous avons enfin partout des ruines à

• relever, de fa^x dieux à abattre^ des vérités à faire triom-

• pher.

• Voilà comment je comprendrais l'Empire, si FEmpire

• doit se rétablir.

c Telles sont les conquêtes que je médite, et vous tous qui f m'entourez., quivouleZ| comme moi, le bien de votre patrie^ f vous êtes mes soldats, •

Pendant que la France suivait des yeux Louis-Napoléon dans cette marche triomphale à travers les départements du Midi, une horrible nouvelle venait tout-à-coup la glacer d'épouvante. Depuis quelques temps le Ministre de la police générale était vaguement averti d'un complot qui se tramait contre la vie du Prince. U savait qu'une vaste con^iratipn^ dont Je persûonei se composait àê socialistes piéfl»ontais et français, attendait et ^trottait sur la frontière de F^'ance et d'Italie le passs\ge de Louîs-Napoléon, dans le but de Tassassioer, et, ce meurtxe accompli, de pénétrer dans nos provinces mériâionales par le Var el lei Basses AlpM^ four

8*étendre ensuite de toutes parts et donner le signal de la grande jacquerie avortée en décembre. Ces données , confuses d'abord, ayant acquis un certain caractère de précision, et Taulorité s'étant assurée que le complot extérieur avait des ramifications à Tintérieur, la police locale de Marseille AU mise en mouvement et ne tarda pas à apprendre, d'abord l'existence d'une machine infernale, puis la présence de cette machine dans une maison portant le n<» 63 de la grande rue d'Âix, et devant laquelle le Prince devait passer le lendemain du jour où cette découverte eut, lieu, à son entrée dans ia capitale de la Provence.

Diverses versions ont circulé sur les circonstances de cette affaire, dont la cour d'Aix est appelée à connaître, et qui doit indigner tous les honnêtes gens, à quelque opinion politique qu'ils appartiennent. Comme la lumière ne s'est pas faite encore soit sur les noms, soit sur le nombre et sur la qualité, soit même sur le fait de l'arrestation des individus compromis, comme les documents sont presque tous contradictoires à cet égard, nous nous contenterons de dire que les trois inculpés qui ont été cités par la presse quotidienne sont les nommés Gaillard, bijoutier à Marseille, Loriot, tourneur en cuivre, et Bœkler, forgeron. Pour donner connaissance à nos lecteurs de tous les détails qui concernent ce guet-apens abominable, du moins de tous ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, nous emprunterons hn journal de Toulouse^ que nous croyons avoir été bien renseigné, l'extrait suivant d'une lettre écrite de Marseille par un de ses correspondants.

« L'intention des conjurés était de placer la machine dans une « chambre basse de la maison où la police Ta sai&ie. La (ënèlre de « cette chambre devait être masquée par un grand aigle» lequel, au « moment du passage du Prince, devait, au moyen d'un ressort, re* m tirer ses ailes et faire place à Tinstrument meurtrier

« Le système adopté dans la construcUon de la machine rappelle « beaucoup l'appareU de Fieschl, si ce n^t que par quelques d^po-

« fiUons et le nombre des canons qui la composent, elle pouvait pro> « duire des effets de destruction plus terribles.

« I^ machine de Fiesclii n'avait qu'une seule rangée de fusils. Ici « l'appareil offre un parallélogramme dont la partie supérieure est « garnie de vingtrsix canons. Au-dessous de chaque côté, deux com- « partiments présentent chacun quatre rangées de douze canons,

• soit quarante-bait canons pour chacun de ces comparUments. Le

• milieu de la partie inlêrieure est coupé par deux tromblons dont « l'orifice est à peu près pareil à celui d'une pièce de quatre. Les « canons sont d'une longueur de 30 à 35 centimètres environ, et leur « structure est assez singulière; ils sont tous uniformément cons- « truits en carton bleu, excessivement tort, revêtus à l'hrtérieur en « métal laminé. Les différents compartiments sont maintenus par des

• planches et solidement reliés par des écrous qui étreignent tout le « système. Un appareil soufré réunit toutes les mèches fixées à la « partie postérieure des canons, qui offrent à cet endroit l'aspect « d'une caisse de fOsées* Ainsi l'exptosian devait ôtre aussi terrible « qu'instantanée. »

La nouvelle de ce crime odieux n'aurait servi qu'à aug^ menter encore l'enthousiasme qui éclatait sur la route de l'auguste voyageur, si cet enthousiasme n'avait déjà atteint ses dernières limites. Quant à Louis-Napoléon, que de Princes qui, à la suite de ce danger couru, auraient à sa place multiplié autour de leur personne les mesures de surveillance, ou même seraient retournés en arrière! Mais la peur n'eut jamais, on le sait, grande puissance sur cette àme intrépide ; sans rien changer à son itinéraire ni à ses habitudes, il poursuivit bravement son voyage, le visage toujours calme, confiant et serein , s'aventurant fréquemment sans escorte au milieu des populations avides de le voir.

Tout le monde connaît l'activité laborieuse de l'Empereur Napoléon !«', dont le vaste génie savait embrasser tour-à-tour dans la même journée tant de matières diverses, et qui, dans la campagne de Russie, datait du palais de Moscou un décret d'organisation du Théâtre-Français. Tel se révéla Louis* Napoléon dans le cours de son voyage du Midi. Les intérêts locaux, qu*il allait paternellement interroger sur place, ne

lui faisaient pas oublier les. grands int4r*U gfijoirmn S^ ^ jour où il avait quitté Fans, le li sepleflriure, B aviit en partant modiflé par un décret les tarffc de douanes relatif); à certains produits belges. — La Belgique n'avait pas encore avec nous les bonnes relations qui se sont établie» dapuis lara, coouna nous l'avons dit dans un df s pféeédi»l9 ehapitrea : le traité de conmAree de 18%5 n'était pas encore renouvelé, et le Gouvernement de Léopold manifestait cette singulière prétention de faire peser des tarife onéreux sur les produits francs importés ^bi Belgiqae, en même temps qa'il demandait des conditions avantageuses pour les produits belges Introduits SUT le territoire français. Pour compenser les choses, et ramener le Gouvernement de Bruxelles i des idées plus équitables et ploa soioea» Louîa^Wapaléoii anaH élevé te dixA sur les houilles belges de 15 à 30 centimes par IW kilogrammes, et le droit sur les fers de 4à 5 francs. — Trois jours après la publication de ce décret, iï en rendait à Roanne deux autres, qui furent accueillis par rapprobation de toute la presse quotidienne. On se rappelle que le Gouvernement provisoire décréta, le H mars fflW, rétablissement de magasins généraux pour dépôt de marchandises. Quoique résolue en principe, cette innovation, qui avait eu pour but de remédier an malaise commercial créfe à cette époque par une révolution Inattendue, ne se réalisa guère en pratique. FVappédes grands services que les docks rendent journellement au commerce de TAngleterre, Louis-Napoléon, dans Tintérêt des négociants français, a voulu exhumer cette pensée empruntée en effet par le Gouvernement provisoire à la Grande-Bretagne, et tl a, par décret dû 17 septembre dernier, autorisé MM. Cosln, Legendre et Duchesne à établir à Paris, sur les terrains do la place de l'Europe, un entrepôt de marchandises. L^utiîîté de ecs entrepôts est connue. Là chaque déposant pourra, en échange de ses marchandises, recevoir un toarrant ou récépissé négociable par voie de simple endossement, avec lequel

il se proGurora les foods qui lui sen>at néceasaires. Le déerot

Hait observer avec raison que œs docks ou magasias profiteront non-seulement aux commerçants, mais aocore à l'ouirrier travttUaat à son compte, qui, en cas de mévente, ûépfh sera là ses produitii et pourra continuer son travail avec Targent qui lui sera avancé aur le récépissé délivré par les dépositaires.

Si lea emprunts Aita par la République de ff vrier ami institutions des pays étrangers furent parfois asset bcoreux^ eUe fiit ordinairement assez mal in^irée, quoique souvoit avec les meilleures intentions du monde, alors quVlie ne prit conseU que d'elle-même. C'est une de ses créations les plus malencontreuses y Tinstitut agronomique de Versailles, qui fut Tolyet du seoond décret daté d^ Roanne, et du 17 septembre. On sait ce que c'était que l'institut agronomique, une haute école destinée, dans la pensée de ceux qui la fondèrent, à faire refleurir cette pauvre agriculture française réduite, ^vant eux, à une si déplorable détresse. Malheureusement, ce n'est pas sur les bancs que les agriculteurs se forment; les meilleures leçons, pour eux, ce ne sont pas celles des théoriciens et des savants, ce sont celles de la pratique per^ sonnelle, ce sont aussi les exemples qu'ils se donnent les uns aux autres. U est vrai que, pour ajouter l'expérience des feits i;]'en5eignement théQj*iq^, ofi,avait annexé à l'institut une ferme-modèle. Mais cette ferme offrait le double inconvénient de ne remplir que médiocrement le but que l'on voulait atteindre, et d'être d'un entretien dispendieux; de sorte qu'on avait créé un établissement qui néc^sitait de grands frais, et dont la science agricole retirait peu de fruits. Evidemment cet institut agronomique devait donc être supprimé, et il I^ fut par le décret dont noyis ayon^ (is^lé...

Les besoins des localités que le Prince visitait, nous l'avons déjà fait observer, occupaient autant sa pensée que les questions générales. Ainsi I\Iarseiile, quand il passait dans

cette ville, se disposait à tklre rebûtir à ses frais sa cathédrale, mais cette reconstruetion devait grever lourdement son budget. Louis-Napoléon, par un décret du 26 septembre, décida que l'église nouvelle serait bâtie sur l'^nplacement de l'ancienne, et dans les proportions exigées par l'accroissement de la population et par le rang qu'occupe en France la vieille cité Phocéenne. A cet effet, il ouvrait au Ministre des cultes un crédit de 2,500,000 francs à répartir en dh annuités, de 250,000 francs chacune, et ajournait l'apph'cation de ce crédit au moment où la ville de Marseille serait en mesure de pourvoir au surplus de la dépense.

Le Prince rentrait à Paris le 16 octobre, à deux heures. 11 était reçu à la gare du chemin de fer d'Orléans par ses Ministres, par les hauts dignitaires, par l'archevêque de Paris environné de son clergé, par les principaux fonctionnaires publics, et par des députations de tous les corps constitués. Quelques instants après son arrivée, il montait à cheval, et, entouré par un cortège de généraux et d'oflBciers d'état-ma> jor, il se dirigeait vers la place Walhubert, gagnait de là les boulevards, et se rendait aux Tuileries, parla place de la Concorde, précédé et suivi de sa maison militaire, delà garde nationale à cheval et de plusieurs régiments de l'armée.

Jamais monarque ne se vit salué par une joie plus spon^ tanée que celle dont Paris oiTrit ce jour-là le spectacle. La grande capitale, qui connaissait par les journaux les ovations de la province, n'^avait pas voulu demeurer en arrière de ce mouvement unanime d'opinion que provoquait partout depuis un mois la présence du Prince. Louis-Napoléon fut accueilli, on peut le dire, en Empereur, quoiqu'il ne le fût pas encore légalement.

Nous renonçons encore cette fois à décrire une scène dont les Parisiens conserveront longtemps le souvenir. Partout, sur la ligne que le chef de l'Etat avait à parcourir, à chaque angle de rue, devant chaque théâtre, s'élevaient des arcs de

triomphe ; partout les maisons particulières s'étaient parées de décorations, avaient orné leur façade de drapeaux, deguîrlandes, de transparents. Personne n'était resté chez soi, et; dès midi, les magasins, les ateliers, les bureaux administratif, les tribunaux, la Bourse s'étaient fermés. Un beau soleil d'automne dorait de ses tièdes rayons ces magnifiques boulevards intérieurs qui s'étendent de la Bastille jusqu'à la Madeleine, et que couvraient les nombreux bataillons de l'armée de Paris et de la garde nationale. Ajoutez à cela tous les corps de métiers, maçons, charpentiers, menuisiers, peintres, tailleurs de pierre, couvreurs, ébénistes, armuriers, cordonniers, tailleurs, carriers, forts de la halle, mariniers, imprimeurs, toutes les corporations ouvrières enfin, représentées dans cette solennité par des députations dont chacune avait sa place marquée sur le passage du cortège et sa bannière particulière . Ajoutez encore ces députations de la banlieue, conduites par leurs maires et leurs curés, celles de vingt départements voisins; celles des vieux soldats de l'Empire, tout fiers et toul joyeux de fêter le neveu de leur grand capitaine; et puis cc.^ jeunes filles, vêtues de blanc, qui présentaient au Prince, ici des corbeilles de Deurs, là des couronnes de violettes; et puis enfin ces flots de promeneurs, ces deux cent mille curieux qui inondaient la ligne des boulevards, la place de la Bastille, la place de la Concorde ; ces têtes qui fourmillaient aux croisées de toutes parts^ et surtout l'air de fête qui animair tous les visages : représentez-vous tout cela par la pensée, et vous n'aurez encore qu'une bien pâle esquisse de l'imposant tAbleau que présenta, le 16 octobre, la capitale du monde civilisé.

Gomme pour expliquer le sens de cette grande manifestation populaire, le conseil municipal de Paris faisait remettre au Prince, au moment de son arrivée, l'adresse suivante, dîgutt couronnement de ce monceau d'adresses qui, en deux mois, arraient surgi de toutes parts.

« Priœe»

c Le conseil municipal de Paris vient avec empressement saloer m Totre retour, Il vient se féliciter avec vons du triomphe dont cha- « eun detos pat a été nurcpié dans ee glorieux voyage.

« Si la plus noMe jouissance, après celle de sauver son pays, ett m de le trouver reconnaissant, quel bonheur a rempli votre cœur! « Partout le sentiment du service rendu, partout l'applaudissement « et les acclamations de peuple! Où les discordes civiles avaient « semé le désespoir et la mort, vous avet porté la oonsolatioii» r«- « pérance, la vie !

« Prince, la France vous remettait, 11 y a gueignes mois, le droit « suprême de lui donner 4es lois. AuJounThui, la roix du peuple, « aprëa avedr consacré la 2 décembre, demande qae le posvDir qsi « vous a été confié s'aflérmisse, et quesa stabilité soilU gatantia da € Pavenir.

« La ville de Paris est heureuse de s'associer à ce vœu, non dans < voire taitàpét» Prince» et pour i^ooter à votre gloire,^U n'y en a pas « de plus grande que d'avoir sauvé la patrie, mats dans l'ialérèl àt « tous, et pour que la mobilité des institutions ne laissa désormaia « à l'esprit de désordre, ni espérance, ni prétexte.

c Vons avez devancé la France quand 11 s'est agi de rarracher au « péril; inalntenant qve, guidée par ses souvenirs, inspirée par son « amour, elle vous ouvre use vote nouvette, attivea-la. »

L'adresse du conseil communal de Paris hi suivie de vîBgl autres. Tribunal de comnaerce, chanobre des couliera éb commerce, tribunal civil, cour d'appel, chaque corps cobatitué résidant dans la capitale eut la sienne. Le tribunal et la cour d'appel de Paris ne firent au reste qu'imiter re&emple donné par les corporations Judiciaires, par les )uge8 de prâ., par les chambres de notaires et d'avoués de la provinee, qui toutes avaient joint leurs voix, dana eat immense concert, à celles>âes conseUs électifs et locaux.

Il devenait donc tous les jours plus évident que Paria tout entier s'associait de coMir et d'4me au vqbu univeraelkoieBl et si spontanément émis par les départements.

Ainsi, c'était la totalité ôq la France qui demandait le rétar blissement de l'Empire. Devant ceUeunanimitéi ij fallait hki

que le Prinee avisât. Àaasi, par ua décrel en date da 19 octobfe^ eoBToqnait-il pour le ( nownibre le Séimt, a&i que ee Ckirps àkM/i si eeille grande modification à la GonsUtutioii da 14 janvier loi paraisBait devoir étie régattèrcmotit proposée au pays.

L'intervalle qaà sépare le 19 ectelve da k novembre fat ^gnalé par un ade tro^ éclatant de répanlicpa et de justice, p«iir qofM nous seit pessiMe de ne pae e» parler. PeiBonne n'ignore qu*Abd-el-Kader, ce redoutable ennemi de notre ce*8^ nie algérienne^ était, il y a quelques mois, prisonnier de la France et subissait avec courage, dans le château d'Amboise, me captivité îBàéânie, Neus ne prétendoos paa faire un crime de cette détention an fifeavernement de JoiDet, qoi, en frivant de la liberté rex-émir, en s'aesuranl de sa personne, crut prendre une mesare aalotaîre à mt» intérêts et sauve> garder le repos de nos possessions atricaiiiet. Mais on ne peut Bkr que cette détention n'en fût pas mohs un ftdt fIcheusE, pnisqa'ea se livrant volontairement aux nains da général La Moridère^ Abd-eHSader avait stipulé qu*» aurait la lièerfé et la vie sanvts* L'intrépide musulman avait compté sur la loyaoté de la France; mais le Gouveniement avait eu peur de lai, et cette loyauté loi avait lidt définit C'est cet e«Mf momentané de» droits d'un ennemi vainca, que I# Frince voulut noUenent réparer le 20 ectobre, en ouvrant àÀbd-^Kad^ les portes de sa prison, et en lai demandant seulement la promesse qu'M s'abetieadrait de retourner en Algérie, et ne tenleratt rien pour y tiwbler la domination firançatee. L'émir ayant engagé sa parole dans ce sens, a recouvré enfin la Kber- «é, et pas une vcdi n'a blâmé la générosité de Louis Bonaparte dans cette drcenstance ; car si, d'an côté, ta progrès de nos armes et l'aUërmissement de notre autorité en Algérie sem* blent exclure toutes craintes^ sérieuses sur l'avenir , cette ' mesure, 4'un autre côté, efflice an moins la tacbe momentanément imprimée à ncrtre vieille loyauté nationale.

Conformément au décret du 19 octobre, le Sénat 8e réiH nissait le k novembre, à midi, dans la salle de ses séances. Presque tous ses membres étaient présents, et les rares absences qu'on remarquait avaient pour cause les motife les plus légitimes. A peine le Président avait41 ouvert la séance, que le chef des huissiers introduisait M. Achille FouM, Ministre d'Etat, lequel donnait inmiédiatement, au nom du Prince Président de la République, lecture du mes^e suivant:

t Messieurs les Sénateurs,

c La nation vient de manifester hautement a& volonté de rétablir l'Empire. Confiant dans votre patriotisme et vos lumières, je vous ai convoqués pour délibérer légalement sur cette grave question, et vous remettre le soin de régl^ te nouvel état de choses. Si vous l'adoptez, vous penserez sans doute comme moi, que la Constitution de 1852 doit être maintenue, et alors les modifications reconnues indiq;iensables ne toucheront en rien aux bases fondamentales.

t Le changement qui se prépare portera principalement sur la forme; et cependant, reprendre le symbole impérial est pour la France d'une immense signification. En effet, dans le rétablissement de l'Empire, le peuple trouve une garantie à ses intérêts et une satisfaction à son juste orgueil : ce rétablissement garantit ses intérêts en assurant l'avemr, en fermant l'ère des révolutions, en consacrant encore les conquêtes de 89. Il satisfait son juste orgueil parce que, relevant avec liberté et avec réflexion ce qu'il y a trente-sept ans l'Europe entière avait renversé par la force des armes au milieu des désastres de la patrie, le peuple venge noblement ses revers sans faire de victimes, sans menacer aucune indépendance, sans troubler la paix du monde.

« Je ne me dissimule pas néanmoins tout ce qu'il y a de redoutable à accepter aHJourd'hui et à mettre sur la tête k

couronne de Napoléon ; mais mes appréhensions diminuent par la pensée que, représentant à tant de titres la cause du peuple et la volonté nationale, ce sera la nation qui, en m'élevant au trône, se couronnera elle-même. •

Après cette lecture, qui fut suivie des témoignages de la plus sympathique adhésion, un projet de sénatusH^onsulte portant rétablissement du régime impérial, fut, conformément à la Constitution, présenté par dix membres du Sénat: MM. Mesnard, Troplong, Baraguey-d'Hilliers, cardinal Du Pont, général d'Hautpoul, baron de Lacrosse, maréchal Vaillant, général Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, comte Siméon, général comte d'Ornano. Le Gouvernement ayant fait savoir qu'il ne s'opposait pas à la prise en considération de ce projet, le Sénat procéda immédiatement à la formation d'une Commission qu'il chargea de l'examiner.

Le 6 novembre, M. Troplong, choisi pour rapporteur par cette Commission, lisait au Sénat son rapport, un dçs plus remarquables assurément que puisse enregistrer notre histoire législative, modèle d'éloquence politique où l'éclat de la forme fait valoir la justesse, la profondeur et la solidité de la pensée. Nous regrettons de ne pouvoir citer ici cette brillante étude, où te savant jurisconsulte prouve d'une façon si nette et si concluante à la fois, l'incompatibilité radicale existante entre la République et les instincts traditionnels comme les besoins de la France ; où il fait si bien ressortir les avantages de la forme monarchique en général, et en particulier ceux que présente la restauration du trône impérial fondé, sur le suffrage universel, c'estrà-dire sur la souveraineté populaire.

Le lendemain, 7 novembre, le Sénat adoptait, à la majorité de 86 voix sur 91 votants, le sénatusH^onsulte suivant :

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