DEUXIÈME PROCLAMATION
A L'ARMÊB.
« Soldats 1 c La France est faite pour commander, et elle obéit. Vous
êtes rélite du peuple, et Ton vous traite comme un vil troupeau. Vous êtes faits pour protéger Thonneur national, et c'est contre vos frères qu'on tourne vos armes I Ils voudraient, ceux qui vous gouvernent, avilir le noble métier de soldat ! Vous vous êtes indignés, et vous avez cherché ce qu'étaient devenues les aigles d'Arcole, d'Austerlitz, d'Iéna : ces aigles, les voilà ! je vous les rapporte; reprenez-les ; avec elles vous aurez gloire, honneur, fortune, et, ce qui est plus que tout cela, la reconnaissance et l'estime de vos concitoyens.
• Soldats I vos acclamations, lorsque je me présentai à vous à Strasbourg, ne sont pas sorties de ma mémoire. Je n'ai pas oublié les regrets que vous manifestiez sur ma défaite.
i Entre vous et moi il y a des liens indissolubles : nous avons les mêmes haines et les mêmes amours, les mêmes intérêts et les mêmes ennemis.
t Soldats! la grande ombre de l'Empereur Napoléon vous parie par ma voix : hàtez-vous, pendant qu'elle traverse l'Océan, de renvoyer les traîtres et les oppresseurs ; montrezlui à son arrivée que vous êtes les dignes fils de la Grande- Année, et que vous avez repris ces emblèmes sacrés qui, pendant quarante ans, ont fait trembler les ennemis de la France, parmi lesquels étaient ceux qui vous gouvernent aujourd'hui.
i Soldats I aux armes I Vive la France !
i Louis-Napoléon.
Reprenons maintenant notre récit.
Louis-Napoléon, comme nous l'avons dit, se présentait à cinq heures du matin, le 6 août 18&0, aux portes de la caserne de Boulogne, ou se trouvaient deux compagnies du 42« régiment d'inflanterie de ligne. Il était accompagné d'une cin*
ijmpfmnp. de pcrsoDoes. Dans la caserne rattendait un homme dévoué à sa cause, le lieutenant Aladenize^ officier dans ce régiment. On bat aussitôt le rappel i es sous-offiders, les soldats descendent de leurs chambrées. Le Prince, dans un discours bref autant qu'énergique, leur dit ce qu'il est^ ce qu'il veut : les cris de vive NapoUon I lui répondent, et trouvent un écho immense dans L'enthousiasme de la population civile, attirée, comme celle de Strasbourg, par un mouvement inaccoutumé. Tout parait terminé, quand se présente le capitaine Col-Puygelier, qui commandait les deux compagnies du h3fiy et n'était pas dans la confidence de ce qui devait se passer ce jour-là.
La plupart des soldats le repoussent d'abord ; quelquesuns, en très-petit nombre, le consultent sur ce qu'ils doivent faire. Forcé de quitter la caserne dans le premier moment, il essaie bientôt d'y rentrer, et, dans le conflit qui s'engage à cette occasion, le Prince, heurté, pressé par quelques-uns des assistants, lâche^ sans le vouloir, la détente d'un pistolet qu'il tenait à la main uniquement pour sa défense personnelle : la balle va frapper un grenadier, qu'elle blesse légèrement.
On comprend l'émotion qui dut être la suite de cet accident déplorable, complètement indépendant de la volonté de Louis- Mapoléon. Les militaires du 42^, en voyant tomber un des leurs, se regardèrent consternés et indécis. Pendant que le capitaine Col-Puygelîer profitait du moment pour reprendre son ascendant perdu, le Prince prenait son parti, sortait de la caserne, et donnait l'ordre à ses amis d'aller avee kà s'emparer de la haute-ville.
On marcha vers ce point ; mais on tenta vainement d'enfoncer les portes. Alors ks amis de Napoléon le pressèrent de s'éloigner et de s'embarquer. La chose était facile encore : « Non ! non L s'écria-t-il dans un mouvement d'héroïque réi signaUon, je ne veux plus cpiitter la France, je veux mourir « aux. pieds de laGûkuHie.L t C'est vers ce monument, élevé
ûaDdceaUeux à 1& gfûixe ies armées impériales, qu'a se dMgeaeneftt.
Gipend«Bl k gtndaemorfe^ b tn»pe 4e ligne et Ta garde nationale approchaient; Je Prince vonlist soatemr lew feu sans y répondre, et se faire tuer. Ses amis Tenlevèrent de force, et l'entraînèrent vers le rivage. Ils se jetèrent tous ensemble dans une barque qui se trouvait à sec sur la plage, et qu'on traîna jusqu'à la mer avec de grands efforts.
La barque chavirait, et les fugitifs se débattaient dans les flots, lorsque arrivèrent ]m gendagmes, les gardes nationaux et la troupe de ligne. Sans pitié pour des hommes désonnais iDoffensife et désarmés, on tira sur eux. Il y avait là quinze cents à deux mille hommes contre quinze à vingt personnes sans défense.
Deux amis de Louis-Napoléon furent tués à ses côtés : le eomte Dunin, Polonais, et M. Faure, ancien sous-intendant ; plusieurs autres lurent grièvement blessés; lui-même fut atteintdetroisballes, dont deux percèrent ses habits, et la dernière lui fit une légère blessure au bras.
Malgré cette blessure, il se mit à nager, et U se dirigeait rapidement vers le bateau à vapeur qui l'avait amené, le Château fTÉdimbourg, lorsqu'il fut arrêté par une des embarcations mises en mer pour le rejoindre (1).
On le conduisit au château de Boulogne, où il Ait enfermé.
Ainsi se dénoua cette entreprise. Cette seconde tentative pour remeUie la nation en possession d'elle-même, échoua comme
(1) Plusieurs embarcations avalent en effet été mises en mer pour recueillir le Prince et ses amis , qui continuaient à nager, épuisés de fat^e. Une de ces barques s'étant approchée du brave commandant de MésooaDi que ses forces commençaient à abandonner, ceiui-ci| ne songeant qu^au salut de Louis-Napoléon, prononça ces paroles, qui peuvent se passer de tout éloge t « Sauvez le Prince , et vous me « sauverez après. » Tels étaient les amis de Louls-Nopoléon, s'oa* Uiant eux-mêmes pour ne songer qu'à loi.
— sala première : ce ne fut encore cette fois, si nous pouvons nous exprimer ainsi, qu'une autre carte de visite envoyée à l'adresse de la France par le neveu de l'Empereur. La France la reçut, et la garda reUgieusement.