CHAPITRE CINQUIEIL
SoniAiBB. — SlloalionpûlUkiiM de U France entre les années 1810 et 1848.^Le droit de visite, l'indemnité Pritcbard, corruption croissante.— Besoin d'une réforme, banquet de Llsieux, promesses éludies. — Les banquets réiômistes.— Leur coïncidence avec les a(f^res Teste et Prasiin. — La révolution de février ; une des casses de son succès.— Ce qu'on aurait dû faire à cette époque.— Arrivée du Prince à Paris.— Sa lettre aux membres du Gouvernement.— Son abnégation et son départ. —Le vote universel.— Portraits des onxe membres du Goavemement provisoire. — L'anarchie au Gouvernemeni.— Le 1 i mars et le 16 avril. — Le commerce paralysé. — Les ateUers naUonaux. — L'anarcbie dans la rue. •— Le NoXitmaJi et la Réforme ; les républicains de la veUU et de ravant^eitte ; les ouvriers el les condamnés poHCiques.^TIrots coosins da Prince sont nommés représentants. — Il ne se met pas sor les rangs des candidats. ^ M. de Lamartine refuse le pouvoir que l'Assemblée lui offre. — La Commission executive. — Le 15 mai. — Premières menaces à l'Assemblée contre le nom de Bonaparte. — M. Yignerte.— Quadruple élection du Prince à r Assemblée Constituante.— Les rassemblements de la porte Saint-Denis. -On çn rend responsable Louis-Mapoléoft. —La proclamation du général Piat. —Séance du 12 juin à l'Assemblée.—Les lois d'exil exhumées.— Fausses nouvelles. —Séance da ' 13 juin, MM. Ledm-Roflin, Bûchez, Vieillard, Bonjean. — Lettre da Moee A r Assemblée. — Il est admis. — Adresse de Lonls-Napoléoa^ aux électeurs qui l'ont nommé — Lette nouvelle au président éà TAssemblée. — Démission du Prince,
Nous n'avons pas la prétention de retracer avec détails rhlstoire de la France pendant ces huit années ; le cadre dans lequel nous sommes renfermés nous interdit de pareils développements ; nous ne pouvons que rappeler et indiquer, dans un rapide résumé, les sommités des faits et l'ensemble des dioses qui, en s'accumulant, formèrent la situation dlflDcUe ^t désespérée de février 1848.
A l'extérieur, la France, en 18&0, était descendue d'un degré de plus sur Téchelle des sacrifices et des humiliations. Après avoir, avant cette époque, délaissé la Belgique, son alliée, îusque dans la question du Luxembourg, après avoir abandonné Ancône sans condition, le Gouvernement français venait d'abandonner à son tour Mefaemet-Ali, sous la pression du traité du 15 juillet.
La France, exclue de toute participation à ce traité, isolée quelque temps en Europe, rentra bientôt dans le congrès des rois, mais en laissant plus que jamais son honneur à la porte.
On se rappelle les vives discussions de 1841 et des années qui suivirent, sur le droit de visite, puis sur l'indemnité Pritchard ; notre influence, nos intérêts maritimes, conunerciaux, industriels partout sacrifiés à l'Angleterre. On se souvient de tous ces faits qu'on caractérisa par ce mot malheureux, sorti de la bouche même d'un ministre : La paix toujours, la paix partout; ce qui voulait dire : paix d tout prix.
Ainsi, la plus fière des nations européennes buvait jusqu'à la lie dans ce calice de la honte.
Telle était, en février 1848, la situation extérieure ; cette situation était telle que, quoique le Gouvernement fût seul coupable, quoique le pays n'en fût pas solidaire et la répudiât, le nom français n'en était pas moins compromis aux yeux de l'étranger, et était devenu presque l'objet de la risée universelle.
Voyons maintenante l'intérieur.
A l'intérieur, non-seulement les choses restaient les mêmes, mais elles s'aggravaient : on professait plus que jamais le culte des intérêts matériels ; on disait aux individus : enri' chissez-vousl et ne vous occupez pas des affaires publiques ; on appelait cela de la grande morale: comme si la grande morale ce n'était pas, au contraire, l'oubli de soi-même, le sacrifice de l'intérêt particulier à l'intérêt public. Le pays légal
8*iso1ait de plus en plus du pays véritable : les bourgs pourris d'Angleterre semblaient transportés parmi nous; le roi Louis- Philippe, malgré son immense fortune, se montrait toujours prêt à renouveler en faveur de ses enfants ces demandes d'apanages et de dotations sans cesse repoussées par la pudeur des Assemblées. Comment des exemples descendus de si haut n'auraient-ils pas été contagieux ? Aussi les deux cent mille censitaires, conune autant d'avides sangsues dont la soif 8'irrite en buvant au lieu de se calmer, épuisaient-ils, par leurs exigences croissantes, la fortune publique.
Le roi des Français, en un mot, ne gouvernait la France qu'au profit de la dynastie de sa famille. S'il laissait tomber tes miettes de sa table sur un petit nombre de privilégiés, c'est que ces privilégiés étaient les instruments dociles de sa politique égoïste.
On comprend qu'un pareil état de choses rendait tous les jours plus impérieux, aux yeux des masses, le besoin d'une réforme gouvernementale. Les esprits honnêtes, les cœurs généreux sentaient qu'O n'y avait qu'un seul moyen d'arracher le pays à ce matérialisme qui le dépravait et le déshono • rait, de faire cesser le scandale de cet individualisme efirén<^ qui le menaçait d'une prochaine décadence. Ce moyen, c'était d'élargir le cercle électoral en appelant, selon les uns, le pays tout entier à la vie politique ; selon les autres, en se bornant à augmenter, dans de certaines proportions, le nombre des dtoyens actifs.
Ce besoin de réforme était si réel, si profond, que le Ministre dirigeant de cette époque le reconnut lui-même dans un banquet fkmeux, le banquet de Lisieux, où il disait à ses électeurs réunis, que le Gouvernement seul pouvait satisfaire, dans une mesure convenable, les désirs de l'opposition à cet égard, et qu'il prenait l'engagement de le faire bientôt. M^is on se garda bien de tenir cet engagement, parce que c'eût été la ruine de ce système dynastique obstinément suivi
depuis Tavènemenl du roi au Irtne. Accroître la masse âes électeurs, c'était, en effet, assurer leur Indépendance; phis ils auraient été nombreux, plus les ressources auraient manqué à la corruption pour exciter et assouvir les appétits. Le budget a ses bornes, et ce qui suffisait pour acheter deux cent mille consciences ne pouvait en payer quatre cent miDe. Or, des collèges électoraux indépendants auraient, à coup sûr, condamné et dès lors reftisé d'appuyer la politique inaugurée après juillet.
Quand 0 fut devenu bien évident que le Gouvernement ne ferait rien après avoir hautement avoué dans plusieurs occasions qu'il y avait qwlque chose àfmrt , l'opposition cml devoir songer enfin à lui arracher ce qu'il refusait. A cet effet, elle dressa les taUes de ces banquets réformistes où la République coudoyait la gauche dynastique, où MM. Marie, Garniei^Pagès et autres s'assirent à cAté de M. OdiI(mBarrot, où M. Thiers, toujours prudent, gardant toujours une phce dans les deux camps, se fidsaît représenter par M. Duvergierde Hauranne, un de ses lieutenants. On sait à quel point ces banquets agitèrent l'opinion publique; les choses, à cet égard, ont été fort exagérées d'une part, et sfaigullèrement atténuées de l'autre. Les uns (usaient que ce n'était qu'un mouvement fSactice ; les autres voulaient y voir une émotion universelle et les symptômes précurseurs d'une révcdution imminente. Rien de tout cela n'est exact ; mais toujours est-il que les chef^ des divers partis, en dénonçant les saturnales électorales et les abus parlementaires, trouvèrent un écho dans la conscience du pays.
Justement, à l'époque où s'ouvrait cette ère des banquets, deux faits graves, deux crimes, dont l'un presque incroyable par son énormilé et le rang du coupable, attiraient l'attention générale et venaient, comme par une étrange fatalité, tenir lieu de témoin à charge dans ce grand procès intenté au Gouvernement. Un Pair de France tuait sa femme dans des cîr»
constances atroces ; ma ancien Ministre s'asseyait sur le banc d«8 aocusés, sons la prâfention de s'être la^së suborner dans reierdoe de ses fonctions. Assurément, ce n'étaient là que des faits individuels, et du premier surtout fl était absurde de tirer des conclusions générales. Mais, en présence de ces crimes commis ou divulgués au moment même 06 ce mot de eomiption retentissait dans les ban^ets d'un bout à rftutre de}a Rrance, D était difficile que des masses indignées reftisassent de crc^ à f immoralité qu'on leur montrait do doigt dans les hautes régions du pouvoir.
Tel était l'état intérieur de la France en février 1818.
M. OdilonBarrot, en engageant la lutte, avait espéré çpe le roi céderait et accorderait la réforme. Le roi ne céda pas.
Louîs-Philîppe avait toléré les banquets de province ; en 18- Yrier i8W, il voulut les interdire à Paris.
Le banquet du 12« arrondissement, interdit par Pautorité, ftat l'occasion de la révolution de février. On se rappelle comment Lotlis-Hiilippe, qui, à onze heures du matin, croyait fiiire une grande concession en nommant ministres MM. Odflon Barrot et Thiers, montait à midi, sur la place de la Con^ corde, dans un fiacre qui l'emportait loin de Paris.
11 se reconnaissait vaincu, et cda [nresque sans oombat.
Un voile couvre encore la plupart des détails des événements de février. Tout le monde fût étonné de ce dénouement si subit et si peu disputé : moins de deux heures avaient sufQ pour dévorer trois ou quatre combinaisons, un ministère MoIé, un ministère Thiers, et la régence de la duchesse d'Orléans.
Les plus surpris de la victoire, il faut le dire, ce ftirent les vainqueurs.
Quant à nous, nous l'avons déjà dit, nous croyons que la dynastie de Ja branche cadette était usée : depuis longtemps d^ le Gouvernement végétait et se traînait dans Timpuisaance. Sa seule raison d'être, c'était la peur de ce qui lui suc-
céderait, c'était la crainte de ranarchîe et de certaines fractions du parti républicain. Cependant nous croyons, enraisoQ même de ces frayeurs, que, s'il eût sérieusement lutté, il aurait pu encore prolonger sa chétive existence.
Mais, après avoir eu le tort de refuser une réforme, Louis- Philippe eut encore celui de reculer devant une lutte énergique et efficace. Il arrêta la main du maréchal Bugeaud, et loi ordonna de remettre son épée au fourreau. Il paralysa le courage de ses fils présents à Paris; car nous aimons à croire que les ducs de Nemours et de Montpensier, s'ils avaient été libres d'i^ suivant leur impulsion, seraient morts à la tête des troupes, plutôt que de partir comme ils l'ont fait.
Quoi qu'il en soit de toutes ces suppositions, la dynastie de la branche cadette s'était condamnée elle-même ; elle avait disparu sans laisser des regrets à ces masses pour lesquelles elle n'avait rien fait.
Pendant que le roi s'enfuyait loin des Tuileries, M. Thiers, pris au dépourvu, lui aussi, par cette révolution à laquelle il Avait tant contribué par son opposition tracassière, par ses discours agressifs à la Chambre, par la part secrète qu'il prit aux banquets, M. Thiers s'échappait furtivement du Palais Bourbon devant l'insurrection triomphante, et courrait se cacher.
Maintenant, la scène a changé.
A la royauté de Juillet a succédé un Gouvernement provisoire.
Quel était le devoir de ce Gouvernement? c'était le même que celui qu'avait eu à remplir, dix-huit ans auparavant, la révolution de juillet. Il fallait convoquer lallation entière, l'appeler à choisir elle-même son chef, et à dire quelle était la forme politique qu'elle voulait.
Le Gouvernement provisoire parut d'abord comprendre la mission que les circonstances lui donnaient. Aux premiers jours il sembla disposé a interroger le vœu national ; mais bientôt U
86 ravisa, et, sous prétexte que la France i^était pas unanime, qu'elle portait dans son sein plusieurs partis divers, que l'appeler à émettre sa volonté c'était provoquer une guerre civile et préparer des troubles sans fin, il s'arrogea le droit de proclamer la République.
Il convoqua en même temps une Assemblée constituante, mais en lui refusant d'avance les pouvoirs nécessaires pour toucher à son arche sainte, pour changer la forme du non* veau Gouvernement.
C'était évidemment un acte d'usiu*pation sur la souveraineté nationale, acte qui s'abritait derrière ce motif banal de salut public, que les Gouvernements invoquent toujours quand ils n'ont rien de mieux à dire.
En ce moment, noos en avons la conviction, si la France eût été consultée, elle aurait appelé Louis-Napoléon. La dynastie de la branche cadette s'était irréparablement perdue, autant par sa prompte retraite que par sa politique impopulaire. La branche ainée était toujours impossible, comme elle Je sera longtemps encore. Quant à la République, après tout ce qui s'est passé depuis trois ans, ses partisans les plus passionnés conviendront avec nous que le pays n'était pas mûr encore pour elle, et que, abandonné à son libre arbitre, il ne l'aurait assurément pas adoptée.
Au reste, Louis-Napoléon ne perdit que momentanément à la décision du Gouvernement provisoire ; il y gagna même, en ce sens que les événements et les choses qui se succédèrent si rapidement, à partir de cette époque jusqu'au mois de décembre, ne servirent qu'à attirer davantage sur lui la sympathie publique et à lid conquérir de Jour en jour de nouveaux ad hérents.
Louis-Napoléon, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, était en Angleterre lorsque se produisirent les événements de Février. Il comprit tout de suite que cette révolution déchirait de plein droit toutes les lois de proscription ren-
dues contre sa faimUe (1), et U accourut à Paris. Q y était k 28 février, et il adressait la lettre suivante aux membres du Gouvernement provisoire :
« Paris, ce 28 février 1848*
• Messieurs,
• Le peu^ de Paris ayant détroit, par son héroïsme, to « derniers vestiges de Tinvasioii étrangère, j'accours de Pei^ « pour me ranger sous le drapeau de la BépuMtqpe qakm
• vient de prodamer.
« Sans autre ambition que ceie de servir mon pajrs, Je
• viens annoncer mon arrivée anx membres du Gouveme-
• ment provisoire, et les assurer de mon dévouement à la
• cause qu'ils représentent, ooomie de ma sympathie pour
• lemrs personnes.
I Agréez, Messieurs, l'assurance de ces seirtiments. « Louis-Napoléom Bonaparte, o
Cette noble démarche d'un Prince qui venait oflnr à son pays, dans un moment si difficile, le concours de son întelligencect de son bras, n'excita que les inquiétudes et les méâanoes du nouveau pouvoir, et, conséquents avec eux-mêmes, les hommes qui venaient d'imposer à la PVance, sans son aven, la République, invitèrent Louts-Napoîéon à s'en aller.
Pour donner une preuve de son désintéressement, le Prince consentit à partir. Il s'achemina de nouveau vers l'Angleterre, après avoh* fait au Gouvernement la réponse suivante :
« Eads, ce 29 féwier 1848.
i Messieurs,
« Après trente-trois années d'exil et de persécutions, je
(t) Outre la loi Ae 1816, deux autres VAs de proscription frappèrent tou» les jueBd>res de la teille imyériMe.
c croyais avoir acquis le droit de retrouver un foyer sur le t sol de la patrie.
c Vous pensez que ma présence à Paris est maintenant un t sujet d'embarras ; je m'éloigne donc momentanément. Vous c verrez dans ce sacrifice la pureté de mes intentions et de c mon patriotisme.
• Becevei) Messâ^m, l'assorance de mes sentim^its de t taule estime el de sympathie.
t L.-N. Bonaparte.. •
Jetons maintenant un regard sur les événements et les hommes les plus saillants de Fépoque où nous sommes, en attendant le Jour où nous pourrons faire reparaître sur la scène Louis-Napoléon.
Le Gouvernement provisoire, il faut le reconnaître, fit une grande et belle chose que le Prince lui envia. S*il refusa à la France le droit de se donner un chef et un Gouvernement, il lui donna au moins le vote universel pour l'élection de ses représentants à rAssemblée Constituante.
n ne paya, en agissant ainsi, que la moitié de la dette ; mais cela valait mieux que rien.
Nous aimons à croire que ce Gouvernement était animé Aes meilleures intentions ; mais, malheureusement, 0 portait m lui ranarcbie la plus complète. C'était, d'un côté, M. Lamartine, grand poète el brillant orateur sans doute, mais connaissant fort peu les hommes, esprit à préventions et où Fimagination absorbe le jugement, regardant les choses positives à travers la lorgnette de son monde idéal. C'était encore, du même côté, M. Arago, savant astronome, M. Marie, juriècon- Sldte distingué, hommes dTlat ni Fun ni l'autre. MM. Marrast, journaliste à la plume acérée et prompt à la critique, voilà tout ; Gamier-Pagès, honnête homme, assez bon financier. Enfin le respectable Dupont de l'Eure, vieillard usé, quî^
même au temps de sa verdeur, ne passait pas pour un homme de génie.
C'était, de Tautre côté, M. Ledru-Rollin, nature passionnée, ambition sans mesure, démocrate aux instincts de grand seigneur, tout plein de la pensée de continuer aujourd'hui Danton, comme si l'œuvre de Danton n'était pas faite ; du reste, tribun éloquent, parole vibrantQ, inspirée, digne souvent d'une meilleure cause, dépassant quelquefois le but, mais quelquefois aussi sachant l'atteindre. — Derrière M. Ledru- Rollin, M. Flocon, journaliste bilieux, couvrant d'une fausse modération la violence de ses idées ; M. Louis Blanc, à la plume si ferme et si brillante, novateur orgueilleux, espèce d'Erostrate qui, pour faire du bruit et appeler sur lui l'attenr' tion, ne reculait devant aucune catastrophe; prédicateur exalté des plus folles utopies, de l'égalité des salaires, que repoussait, avec juste raison, la plus grande partie de son aur ditoire du Luxembourg; apôtre de l'impossible, qui avait la prétention de refaire l'homme, cette créature de Dieu, et dont les théories, en attendant, ne tendaient à rien moins qu'à la faillite de tous les fabricants, qu'à la ruine de toutes les in* dustries, des maisons de commerce les plus humbles comme les plus opulentes, pour établir sur ces décombres le bienêtre problématique des prolétaires ; comme si l'intérêt dee ouvriers et celui des patrons ne tenaient pas étroitemeni l'un à l'autre et n'étaient pas inséparables! C'était encore M. Albert, l'ombre de M. Louis Blanc, le premier des séides du Mahomet socialiste, séide convaincu et muet. C'était enfin M. Crémieux, parole vive, spirituelle, imprudente et lé* gère; esprit mobile, qui a porté dans la politique l'habitude prise au palais de dire le lendemain le contraire de ce qu'il a plaidé la veille.
Tous ces hommes auraient^marché sous la même bannière^ qu'ils n^auraient pas pu gouverner; car le Gouvernement ▼eut^ l'unité, et une triste expérience nous a appris qu'en po*
litique l'esprit de discipline s'en va, et que dans le même parti les hommes qui se rallient autour d'une doctrine fondamentale se séparent bientôt sur les questions secondaires, sur les détails. Comment donc les onze dictateurs du Gouvernement provisoire auraient-ils pu s'entendre, quand les uns, à la suite de M. de JLamartine, voulaient la République modérée, quand les autres, reconnaissant pour chefs MM. Ledru-Rollin et Louis Blanc, la voulaient exclusive, tyrannique et violente?
Le Gouvernement provisoire, c'était donc l'absence de tout gouvemement.
Aussi n'inspirait-il confiance à personne, et il eut à lutter tour à tour contre tous les partis jusqu'à la fin de sa carrière. Ainsi, le 11 mars, sous le manteau d'une misérable question d'uniforme, la bourgeoisie, justement alarmée de la présence de M. Ledru-Roliin au Ministère de l'intérieur, s'essaya timidement à faire acte d'hostilité contre les nouveaux dictateurs. Le 17 avril, ce Ait au tour des ouvriers, des prosélytes de M. Louis Blanc, lesquels, ne voyant qu'avec défiance M. Lamartine au pouvoir, tentèrent une manifestation menaçante, dont Paris s'inquiéta, mais qui fût promptement réprimée par la ferme attitude de la garde nationale.
II résulta de cet état de choses que les transactions s'arrêtèrent, que les capitaux eflrayés se cachèrent; propriétés inmiobilières, denrées, marchandises, tout se déprécia, toutes les valeurs s'avilirent. La fortune publique fût diminuée de moitié.
On vit dé toutes parts se fermer les boutiques; les patrons, qui ne vendaient plus, renvoyèrent des ouvriers deyenuB inntfles, et cent mille travailleurs tombèrent un beau matin sur le pavé, tout préparés par la misère à écouter les excitations fiictieuses et à croire aux promesses décevantes d'habiles agitateurs.
A ces ouvriers affamés on ftit forcé d'ouvrir des ateliers Mtionaux, gouffres où s'engloutirent stérilement en quelques
mois plusieurs millions, et où s'organisa Tannée des séditions de mai et de juin.
Comment la confiance se serait-elle rétablie ? A côté du Gouvernement officiel qui siégeait à l'Hôtel-de- Ville, une autre autorité occulte, mystérieuse, élevant autel contre autel, s'installait à la rue de Rivoli (1) ; aussi l'anarchie était-elle bientôt passée du Gouvernement dans la rue.
On se rappelle ces mille club» qui s'ouvrirent dans tout Paris à cette époque, ces clubs où l'ignorance la plus grossière montait à la tribune pour discuter les plus hautes questions sociales, où se heurtaient les opinions les plus contradictoires, où le ridicule ftdsait quelquefois oublier l'odieux, où des orateurs avinés et des tribuns en guenilles jetaient l'injure sur les personnes les plus dignes de respect, et la dérision sur les choses les plus saintes. Les plus importantes de ces réunions étaient dirigées par les Raspail, les Barbes, les Blanqui, hommes nourris dans les traditions de l'ancienne Montagne, et jouant tous au Robespierre, cerveaux aigris par une longue captivité, Pygmées qui se prenaient pour des Titans, et qui entassaient montagnes sur montagnes de fureurs ou d'extravagances pour se hisser Jusqu'à l'Olympe da pouvoir.
L'ascendant de ces dubs était tel, qu'ils dictaient des ordres au Gouvernement. C'est sur leur injonction que l'armée de Paris fut éloignée.
D'une pareille situation, pouvait-il sortir autre chose que les émeutes de mai et de juin ?
En attendant ces deux journées, qui furent les tragédies de la révolution de février, voyons la triste comédie que donnaient à la France les vainqueurs de la monarchie depuis le jour de leur victoire.
(1) Sobrier tenait, rae de RiToU, n* 16, une espèce ds toeconalt de la préfecture de police, et exerçait son action sur les commissaires des départements, en dehors de tout contrôle officiel.
Nous flûTMis paffUtement que le parti républicain compte dans ses nx^ des personnes tré&4ionorables, et que oellefrtt ont été affligées et scandalisées autant que nous de Tignoble spectacJe dontdles ont été témoins. Nous n'avons pas besoin de dire que œ oTest pas d'elles que nous voulons parler id.
Nous voulons parler des babiles, des roués du parti.
CeuKrIà, fl faut le reconnaître, ont bien vengé de leurs pnh presiqjiiies le Gouvernement qu'ils venaient de renverser.
Ite a'aiatoii pas en asses de mépris pour les corruptions dynaslsques, et cependant, dès le ^ février, jetant le masque qai les couvrait, ces austères censeurs, qui flagellaient si bien te me, trouvèrent le secret de dépasser ce qu'ils avalent flétiL Ses bureaux du National et de la Réforme s'élancèrent deux ootcrîes pour se partager les dépouilles de la royauté de JuOr let. Pour contenter tous ces appétits irrités, on mullipliait las missions dans les départements, à raison de soixante francs par jour; on chassait des administrations d'honnétesemployés pour faire placi^ aux favoris ; on créait sinécure aor sinécure. Afin de colorer ce cynique égoisme, on classa les républicains par catégories : ceux de la veille et ceux de l€u>aÊUH>eilk étaient seuls aptes aux fonctions, toujours, lûen entendu, dans rjntérét public ; on ne reconnaissait aucun titre à ceux du lendemain; on comptait les années de républicanisme comme les seigneurs léodaux comptaient leurs quartiecs de noblesse.
Les mieux 8erris,dans ce ricfae festin, étaient les condamnés pi^tîques; le mépris pour l'autorité, la révolte contre les lois, c'étaient là la vertu, le vrai patriotisme. Le meilleur des certificats ^ civisme, c'était un arrêt de cour d'assises. A quoi pouvait donc servir un paisible citoyen qiû, sans aimer le Gon* ivemement de Juillet, n'avait pas cru néanmoins devoir devancer, par Ja violenœ, l'arrêt de l'opinion pubUque? à rien. Mais un de ces hommes qui avaient combattu, soit les armes à , la main, soit dans les rangs de la presse, contre la royauté,
— uo —
oh I celaMà, il était sûr de voir s'ouvrir devant ses pas toutes les portes des Ministères, et le martyr était bientôt payé de ses souffrances!
Aussi voyait-on bien des gens maudire naïvement leur étoile, qui n'avait pas fait d'eux des républicains de la veille ou des condanmés politiques, et plus d'un intrigant, désespéré de n'avoir pas eu le bonheur de souffrir pour la cause qui triomphait, se para fièrement de ces titres, sans y avoir le moindre droit
N'oublions pas une autre qualité fort convoitée à cette époque : la qualité de prolétaire, d'ouvrier. Que de gens n'avons-nous pas vus couvrir d'une blouse grossière leur habit de drap fin, et dire : « Je suis un prolétaire I • pour se faire nommer Représentants I
Pendant que ces choses se passaient dans les régions inférieures, un membre du Gouvernement, celui qui poussait le plus loin les idées démocratiques, le plus Spartiate de tous, promenait sa vertu de théâtre en théâtre dans les voitures da roi Louis-Philippe.
Un autre trônait fastueusement à rHôtel-de-Ville, et y menait joyeuse vie.
En vérité, tout cela est risible, comique assurément ; et ee pendant, quand on y pense bien, on se sent gagné plus encore par le dégoût et la tristesse que par le rire, tant ces hontes et ces misères nous montrent sous son vilain côté cette pauvre nature humaine.
Heureusement tous les hommes ne se ressemblent pas.
Détournons maintenant nos regards de ce tableau, et arrivons à l'Assemblée Constituante.
Les élections, fixées au 23 avril, avaient produit«me Assemblée qui ne satisfit tout-à-fàit ni les royalistes, ni les républK caîns.
Louis-Napoléon, persistant dans le sentiment d'abnégation qui l'avait ramené, le 29 février, dé Paris à Londres pour satisfaire au vœu du Gouvernement provisoire, non-seulement ne
s'était pas mis sur les rangs le 23 avril, mais même il avait repoussé d^ offres qui lui avaient été Mes spontanément dans diverses localités.
Dégà pourtant, après deux mois d'épreuve, la France commençait â bien à sentir l'absence de toute autorité réelle et à tourner les yeux vers l'avenir, que, faute de pouvoir nommer Louis-Napoléon lui-môme, trois coDèges envoyèrent à l'Assemblée trois autres membres de la famille impériale, Napoléon Bonaparte, fils de Jérôme, Pierre Bonaparte, fils de Lucien, el Lucien Murât.
Voyons maintenant quels étaient les premiers actes de l'Assemblée nouvelle.
Pendant les deux mois écoulés, les tendances des deux hommes prépondérants du Gouvernement provisoire s'étaient prononcées tous les jours d'une fhçon plus nette. M. Ledru- RoUio avait envoyé aux départements des commissaires qui n'avaient réussi qu'à s'aliéner l'opinion, et à armer et exciter les classes de la société les unes contre les autres, prolétaires contre propriétaires, ouvriers contre patrons. II avait adressé à ees proconsuls des instructions dans lesquelles il leur recommandait de ne laisser élire à l'Assemblée que des républicains de vieille date, et enfin il avait écrit ou inspiré ce fameux* seizième bulletin de la République, où appel était fait à la violence, fi les départements ne faisaient pets triompher dans les Rectums la vérité sociale.
M. de Lamartine, au contraire, avait conquis une sorte de popularité par deux faits qui l'honorent : d'abord, en défen- ' dant le drapeau tricolore contre le drapeau rouge; ensuite en protestant^nergiquement en faveur de la liberté de conscience* et dé vote dans les élections.
0 Aussi l'Assemblée appelée à former un nouveau Gouveriiement, et voulant à la fois y mettre plus d'unité ^t de modération, songea-t-elle à nommer M. de Lamartine éhe^du pouvoir exécutif.
Toatle monde f^t étooné de le voir décline* oeihimneur.
M. de Lamartine n'osa pas accepter le fiurdeau; la IMe lui *' tourna, il eut peur, et il déclara qu'on ne le séparerait pas de son cdlègue ; qu'il restgaitam affaires, ou qu'il les quitterait avec M. Ledru-RoIIin.
L'Assemblée fut forcée de subir la volonté de M. de Lamartine, et le Gouvernement provisoire fit place à la Ccmmaission executive. Au lieu de onze dictateurs, onn'en eut plus que dnq.
C'était encore quatre de trop.
Cette fadblesse de M. de Lamartine ne flit^ms étrangère an mouvement du 15 mai. £lle enhardit les agitateurs de la me, qui virent qu'on les redoutait dans la personne de leur repré^ sentant officiel, M. Ledru-RoUin*
Or, comme la vérité sociale n' avait pa$ trion^fhédanê Us Oections, Us jugèrent l'occasion favorable pour essa^ de renverser une Assemblée produit du vote universel, et se met* tre à sa place.
Nous ne ferons pas le rédt détaiUé de cette violation de la souveraineté populaire. Tout le monde se raj^wUe que, sous prétexte d'une manifestation en faveur delà Pologne, quinze mille hommes, égarés par les chefe de clubs, se portèrent de l^ place de la Bastille sur celle de la Concorde. On n'a pas oublié comment la liberté de la représentation nationale ne se trouva pas efficacement protégée par une force armée insuffi* santé ; comment, l'Assemblée envahie, M. Raspail monta à la tribune pour lire la pétition qui servait de prétexte ; comment il y fut remplacé successivement par M. Blanqui, par M. Barbes, et enfin par M. Iluber, lequel, au milieu du vacarme ef- • Croyable fait parles insurgés, et en face d'une Assemblée im- * Hidbife, digne et silencieuse, prononça de sa {HTopre autorité la disselution de la représentation nationale. Enfin on se souvient de ces décrets préparés par les che6 du complot et relatifs, l'un ^ latnîse hors la loi de la garde nationale, et l'autre à un impôt d'un milliard sur les riches.
On sait que eette émeute, qui, du reste, ne coûta pas une seule goutte de sang, recula promptement, comme la démonstration du 16 avril, devant Fînterventîon de la garde nationale.
Ce nouveau coup de main du parti du désordre rendit jtas impérieux le besoin d'une autorité forte et efBcacemenl tutélaire. Les sourdes manifestations de l'oinnîon à cet égard effrayèrent les conquérants du 24 février, et le SK mai se produisirent, pour la première fbis depuis l'avè* nement de la République, des menaces contre le nom de Bonaparte. Ihi de ces obscurs montagnards qui ne comprennent la République qu'ombrageuse, exclusive, intolérante, et au bénéfice de quelques-uns, non au profit de tous, porta à la tribune les terreurs égoïstes de son parti. M. l^gnerte osa faire entendre que ce n'était que provisoirement que l'Assemblée avait admis dans son sein trois membres de la (hmilte de l'Empereur, n eut à subir une rude réplique dMn des trois hommes ainsi attaqués dans leurs droits. « Citoyens, répondit Napo- « léon Bonaparte, fils de Jérôme, il y a un mot qu'a prononcé « le préopmant, contre lequel je réclame ; je repousse ce mot « aussi énergiquement que le préopinant a pu mettre d'énergie « à l'employer \ c'est le mot provisoirew^ent. U n'y a rien de « provisoire pour un citoyen français. Je suis citoyen français. « aussi bien que le citoyen Vignerte lui-môme, et au môme • titre que lui. Il est étonnant, pour le moins, qu'un membre « de cette Assemblée se permette de dire qull y a un de ses t collègues qui n'est que provisoirement dans cette enceinte. • •
Tan(& qu'on commençait à attaquer à la tribune le nom de Bonaparte, la nation protestait contre ces agressions par les élections du 6 juin. Quatre départements envoyaient à l'As-,,^ semblée Constituante Louis-Napoléon. Celui de la Seitie ttait' * du nombre. . - *
Cette quadruple élection s'était produite ayco un caractère rmnarquable : le Prince ne s'était pas présenté <>>mme candidat, et on avait spontanément jeté les yeux sur lui.
La GommissioD executive, qui avait bérité des passions et des mesquines jalousies du Gouvernement provisoire, comprit toute la portée de ces quatre démonstrations bonaparlistes, et elle déclara ouvertement la guerre au nouvel élu.
A répoque où nous sommes arrivés, des rassemblements considérables se formaient tous les soirs sur les boulevards, entre les portes Saint-Martin et Saint-Denis. L'émotion était vive dans ces groupes ; des colloques passionnés s'établissaient, et on causait tout baut des affaires publiques en critiquant la marche ou plutôt l'inertie du Gouvernement. Des cris de: Vive Napoléon l sortaient parfois du sein de ces at^ troupements ; mais d'autres cris bien ftilTérents, vive Barbêê l vive Blanqui I en indiquaient le véritable caractère.
Au reste, ce qui prouvait que le Prince était étranger à ces coupables manifestations, c'est que le général Piat, dont nul n'ignore la franchise et le dévouement à Louis-Napoléon, avait fait, dès le il juin, afficher sur les murs de Paris la proclamation suivante : « Citoyens, vous m'avez vu, dans la i matinée du SA* février, me mettre à. votre tête au milieu da « faubourg Saint-Antoine, et, à midi, dix mille hommes qui « me suivaient s'emj^aient de l'Hôtel-de- Ville, que je n'ai « quitté que le 27, sans vouloir ni grade m commandement: « je crois donc avoir prouvé mon dévouement profond, dé- « sintéressé, à la République. A ce titre, quelques-uns de. ' « ceux qui ont combattu avec moi sur les barricaded de Féi vrier écouteront peut-être mes conseils.
i Des meneurs perfides sèment Tagitaiion autour de nous ; i ils couvrent leurs projets du nom de notre concitoyen Louis- ^« Napoléon Bonaparte, de ce nom qui repousse Je dé- • « sordre et l'anarchie. Evitez les pièges qu'on voudrait vous « tendre; attendez avec calme la décision souveraine de l'As i semblée Nationale : des ennemis peuvent seuls vous pous- « ser à de Uâmal)les démonstrations ; elles seraient, croyezc moi, énergiquement désapprouvées par notre nouveau
• représentant, auquel la République vient de rendre une
• patrie, et qui m'écrivait de Texil, le 16 mars dernier : « — Je n^tti peu d autre ambition que iétre uiile à mon « pays, et je crois en avoir donné une grande preuve en
• m' éloignant; car je préférerai toujours sacrifier même le t bonheur f être en France, d Vidée de nuire en quoi que ce
• soit à raffermissement Sun Gouvernement qui doit tirer
• sa force de la libre élection de toute la nation. • Malgré cette proclamation, la Commission executive, dont
l'étoile s'en allait pâlissant de jour en jour devant Téclat du soleil napoléonien, voutat voir dans le Prince Louis Forgani-' sateur ou au moins Finspirateur, Fume invisible des troubles de la porte Saint-Deiûs.
Nous sommes au IS Juin. Les cris Vive la r^[mblique ! Ftue Louis-Napoléon! retentissent sur la place de la Concorde et sur foutes les avenues du Palais Législatif. Des bruits de proscription ont circulé de toutes parts, et on proteste par ces cris contre les projets imputés au Gouvernement. Dans le Palais Législatif, FAssemblée est bruyante, agitée. Napoléon Bonaparte, cousin du Prince, vient de descendre de la tribune où il a énergiquement flétri les calomnies dont Louis-Napoléon est Fobjet. Après ce discours, l'Assemblée s'est occupée d'un projet de décret par lequel le Gouveqiement lui demande 100,000 francs j)ar mois pour dépenses secrètes.
Tout-à-coup on entend battre le rappel; des messagers arrivent du dehors, tous les Représentants quittent leurs places à' Finstant, s'empressent autour d'eux, et, au milieu de ce a)up de théâtre, M. de Lamartine se présente majestueusement à la tribune. « Citoyens, s'écrie-t-il, une cir-
• constance fatale vient d'intervenir dans cette discussion;
• pendant que je parlais, un coup de feu a été tiré sur un « garde ilhtional, un autre sur M. Gément Thomas, com-
• mandant de la garde nationafe, un afftre sur un officier de
rarmée, et ces coups de fusil ont été tirés aux cris de Ywe VEmpereur NapoUonI — Ces malheurs, il n'a pas dépendu du Gouvernement de les prévenir. Ce matin nous avons tous signé d'une main unanime le présent décret, que les circonstances m'obligent à \ous conununiquer à l'instant même :
t Vu l'article i de la loi du 12 janvier 1816, et les articles 12 et 6 de la loi du 16 avnl 1832 ;
• Considérant que Charles-Louis-Napoléon Bonaparte est compris dans la loi du 16 avril 1832 qui exile du territoin français les membres de la famUle Bonaparte ;
• Considérant que, s'il a été dérogé de fait à cette loi par un vote de l'Assemblée Nationale qui a admis trois membres de la famille Napoléon à faire partie de l'Assemblée, cette dérogation toute individuelle ne s'étend ni de droit m de fait aux autres membres de la famille ;
« Considérant que la France veut fonder en paix et avec ordre le gouvernement républicain et nopulaire, sans être traversée dans cette œuvre par des prétentions dynastiques de nature à susciter des factions et à fomenter, môme involontairement, la guerre civile ;
• Considérant que Charles-Louis-Napoléon a fait deux fois acte de prétendant, en rêvant une République avec un Empereur, c'est-à-dire une République dérisoire, dans les te^ mes du sénélus-consulte de l'an xiii ;
t Considérant que des agitations attentatoires à la République populaire que nous voulons fonder, compromettantes pour la sûreté des institutions et pour la paix (fublique, se sont d^à révélées au nom de Charles-Louis-Nftpoléon Bonaparte ;
c Considérant que ces agitations, symptôme de menées coupables, pourraient acquérir de la gravité 9, par négligencç, imprudence ou faiblesse, 1^ Gouverneiient abandonnait .ses droite; • . '
f Conadérant fue le GouYeroeineiit ne peut acoq>ter k
« roppomwmîté des âuigers que eoumient ta traoquiUité pu-
t bfiqpie et la forme républicaiae de nos institutions s'a man-
t quait aa premier de ses devoirs et n'exécdtait pas une loi
• eKistantA,justifiée plus que jamais, pendant un tempe wM- « tenniné, par k raison d'JËtat eipartesahtipubUc;
« La Commission du Pouvoir exécutif déclare qu'dle fera
• exémtety en ce qui concerne Chartes-LouêrNapoléon, la c loi de 1883 Jusqu'au jour où TAssemblée Nationale aura
• prononeé rabrogation de celte loi. »
Telle était la réponse faite par le Gouvernement aux élections de quatre départements. La Révolution de Février avait lacéré de sa main généreuse deux lois de proscription, etja Conunission executive ramassait ces morceaux de papier tombés à terre pour les recoudre tes uns aux autres. Quatre grandes Jocalitësavaient ouvert les portes de TAssemblée au Prince, et ces portes, le Gouvernement les fermait devant lui.
U y avait, dans un tel fait, une étrange inintelligence de cette révolution qu'on avait faite. U y avait aussi un singulier dédain pour le vœu national.
Paavre Commission executive I qui, en faisant ce qu'avait lut Louis-Piulippe, en poursuivant le Prince de ces haines aveugles, ne voyait pas qu'elle appelait l'attention et l'intérêt sur lui, et que sur cette tôte, d^àsi populaire, elle posait imprudemment une auréole de plus : celle d'une quatrième proscription I . ^
M. de Lamartine, en produisant la déclaration qui précède, avait affirmé, on l'a vu, que trois coups de fusil venaient d'être tirés au nmn de TEmpereur : cette affirmation était au moins Ugàre^saport^etilavaitea tort d'appeterison aide les émotions d'une journée d'émeute. Ces coups de fusil, en eflét, aulaîent été- r^llement .tirés, qu'il étajt peu conforme à la justice d'en rendre respobBable un absent, ^ de bire retomber 5ur lui le sang veasé. Alais malbeureusenient pour l'orateur
deJa Commission executive, rien de tout cela n'était vrai, les fidts avaient été indignement dénaturés, et le lendemain, 13 juin, M. Clément Thomas lui-même, une des prétendues victimes de la veilte, montait à la tribune pour déclarer qu'il avait pris des informations, et que, dans la journée du 12, il n'y avait eu de tiré qu'un coup de pistolet, parti peut4H'e par aceideni.
Ce même jour, 13 juin, l'Assemblée était appelée à pronoih eer sur la validité des élections faites en faveur de Louis-Napoléon. Plusieurs orateurs s'opposèrent à l'admission du Prince : M. Ledru-Rollinla combattit, tout en disant, étrange contradiction, « que la République n'avait peur de personne. • M. Bûchez Ait |dus naïf, et s'écria : t Louis-Napoléon ne f s'est-il pas posé en prétendant par deux fois à Boulogne et « à Strasbourg? Eh bien! si vous l'admettez, U entrera ici « accompagné de l'acdamation populaire qui le grandira tous « lesjours. •
La demande d'admission Ait appuyée par MM. Vieillard et Boiyean : M. Vieillard, faisant justice de toutes ces calomnies qui traînaient depuis si longtemps dans les journaux, affirma qu'on faisait du Prince un prétendant malgré lui. Le récit que nous avons fait des entreprises de Strasbourg et de Boulogne prouve, en effet, le peu' de loyauté que les partis ont mis dans leurs assertions à cet égard.
M. Boi^ean répondit à MM. Bûchez et Ledru-Rollin. t Ces « deux orateurs, dit-il, en parlant de Louis Bottaparte et de « ses intentions, ont fait observer qu'il n'avait jamais adhéré fl à la République. M. Ledru-Rollin a dît plus, U a dit : t Dei puis quelque temps des rumeurs accusent Louis Bonaparte • de tremper dans les agitations qui se produisent dans la rue ; i beaucoup de personnes ont démenti en son nqm sa partid- « pation à ces agitations,, lui seul ne ra*pas contfstée. Je rét ponds à la seconde imputation, qui] est vrai que Louis-Na- ' c poléon n'a pas pëhsonnellement protesté contre les rumeurs
t de ces jours derniecs, mais qoe le temps lui a manqué/ f Quant à la première accusation, Yoid la lettre que le Prince i lient d'adresser à l'Assemblée Nationale elle-même. •
Ici Torateor Ut la lettre suivante, que le Prince avait, en effet, adressée à l'Assemblée, et qui, le matin faiéme, avait para dans la plupart des journaux :
• Citoyens Représentants,
i J'apprends par les journaux qu'on a proposé dans les bu-
• reaux de l'Assemblée de maintenir contre moi seul la loi t d'exil qui frappe ma famille depuis 1816 : je viens deman- « der aux Représentants du peuple pourquoi je mériterais t une semblable peine :
« Serait-ce pour avoir toujours publiquement déclaré que, « dans mes opinions, la France n'était l'apanage ni d'un f homme, ni d'une ilunille, ni d'un parti?
t Serait-ce parce que, désirant foire triompher sans anarf cfaie ni licence le^rindpe de la souveraineté nationale, qui
• seul pouvait mettre un terme à nos dissensions, j'ai deux
• fois été victime de mon hostilité contre le Gouvernement f que vous avez renversé?
t Serait-ce pour avoir consenti, par déférence pour le Gou- « vemement provisoire, à retourner à l'étranger après être « accouru à Paris au premier bruit de la révolution ?
« Seraitrce pour avoir refusé, par désintéressement, les f candidatires à l'Assemblée qui m'étaient proposées, résolu i de ne retoumçr en France que lorque la nouvelle Constituf tien serait établie et la République affermie f
c Les mêmes raisons qui m'ont fait prendre les armes con-
• tre le Gouvernement de Louis-Philippe, me porteraient, si
• on réclamaitmes services, à me dévouer à l'Assemblée, réi sultat du sufirage universel.
t En présence d'un roi élu par deux cents Députés Je pou-
f vais me souvenir que j'élaîs ITiéritier d'un Empire fenJé f par quatre millions de Français.
• En présence de la souveraineté nationale, je ne peux et « fteveux revendiquer que mes droits de citoyen flrançais; t mais ceux-là, je les réclamerai sans cesse, avec l'énergie « que donne à un cœur honnête le sentiment de n'avoir ja> « mais démérité de la patrie.
« Recevez, Messieurs, l'assurance de mes sentiments de t hante estime.
t ¥o^ ooMMo^m,
« L.-N. Bonaparte. »
Cette lettre si ferme, si pleine de respect pour la sot raineté populaire, mît un terme aux hésitations, et rAssem- Uée, qui pourtant recelait dans son sein des préventions si vivaces, de si misérables répugnances poor le neveu de FEmper^ir, [urononça son admission & *une majorité conmdéraMc.
C'était une déflaite pour la Commismfn executive ; elle ne ae tint pas toutefois pour battue, et essaya de p«ndre une revanche.
Déjà le premier jour de la discussioD, le 12, elle avait arbitrairement donné l'ordre d'arrêter Louis-NapoJéon. Le ftlinistre de l'intérieur avait adressé auxpré&ts et sous-jtréfets la dépêche suivante:
P»is,fl3|iËnl8li.
• Le REnistre de l'intérieur, *
• Par ordre de la Commission du Powroir exécutif, fiutes « arrêter Charles-Louis-Napoléon Bonaparte s'il est signalé « dans votre localité (1).
t Transmettez partout les ordres nécessaires. •*
(I) Les préfets se bornèrent, en général, à ftOre afficher la dépêche et à donner les ordres exigés d'eox. Quelques-uns cependant crurent
Écrire une telle dépêche avant d'avoir interrogé les vœux de l'Assemblée, c'était évidemment un abus d'autorité Le 14 juin, le Prince écrivait lesdeox lettres suivantes :
devoir raccompagner de proclamations» et le préfet de llndre, 1. Man DoMtee, se Mtlngoa parUcolfërement dans cette courageose croisade conire relu de quatre départements. Voici la prodamation qa'll adressa à ses administrés ; elle est remarquable par Pexagérationy rimpertlnence et le mauvais goût du langage.
m Citoyens
nOGLAMATIOK.
: Ma, à StrasiMmrg et à BouIogne-snr-Her » la foDe ambition c d'an piétendant a tenté de précipiter dans la guerre dvUe la
• France , qui le repoussait justement de son sein. Deux fois ses « complots odieux ont échoué devant la fidéUté de l'armée et le « patriotisrae de la nation.
« Les dynasties se sauvegardent entre eUes et s'épargnent mutuel- « lement, dût leur clémence parricide compromettre le salut de la
• patrie. Aussi la (ftmiére royauté déchue se rendit-elle complice, « par indulgence y des attentats du prétendant impérial. L'impunité « 4Pibarfl, pois la moUesse de la répression, ont enbardl le oœur v^ « gmn de ce conspirateur imensé. L'bonneur insigne mais immérité
• que viennent de lui décerner les suffrages de quelques hommes
• igaréi, coupables peut-être, a ranimé ses pensées d'usurpation et « ravivé ses espéranoes orimindles, effrontéee.
« Yotre indignation légitime , éclatante, apprendrai Cbaries-Loois-
• Napoléon Bonaparte que le peuple français » magnanime jusqu'au « pardon,iusqa'àroubUde/br/aito(ftgnesdttcMHmefaiephtts^^«y « ne se réégnera Jamais à laisser relever un trône , quel que soit le
j« nom de l'audacieux , de l'imprudent qui aspire à y monter , et la ;« République naissante ne craint pas le 18 brumaire de l'an vu.
« Que si le fugitif tombait entre vos mains patriotes, amenez-le c devant vos magistrats répubUcains, et Uviez4e sans pitié à la Jvs- « tice de la révolution.
«fiaiut et fraternité.
« Le préfet de la ïïépubHque ,
• Mabg DuvmAissB. >
ADIIESSE AUX fiLBGTBURS QUI M*ONT NOMMÉ.
f Chers concitoyens, f Vossuffrages me pénètrent de reconnaissance. Cette mar- « que de sympathie, d'autant plus flatteuse que Je ne Fai pas t sollicitée, vient me trouver au moment où je regrettais de f rester inactif, alors que la patrie a besoin du concours de t tous ses enfants pour sortir des circonstances difficiles où f elle se trouve placée. Votre confiance m'impose des devoirs f que je saurai remplir; nos intérêts, nos sentiments, nos « vœux sont les mêmes. Enfant de Paris, aujourd'hui Repré- « sentant du peuple, je joindrai mes efforts à ceux de mes f collègues pour rétablir l'ordre, le crédit et le travail, pour f assurer la paix extérieure, pour consolider les institutions f démocratiques, et pour concilier entre eux des intérêts qui • semblent hostiles aujourd'hui parce qu'ils se soupçonnent « et se heurtent au lieu de marcher ensemble vers un but uni- « que, la prospérité et la grandeur du pays.
< Le peuple est libre depuis le 24 février. Il peut tout obte- « nir sans avoir recours à la force brutale. Rallions-nous donc t tous autour de l'autel de la patrie, sous le drapeau de la Ré- < publique, et donnons au monde ce grand spectacle d'un i peuple qui se régénère sans violence, sans guerre civile, « sans anarchie.
< Recevez, mes chers concitoyens, etc.
« L.-N. Bonaparte.
« Londres , 11 Juin 1848. •
£n même temps qu'on affichait cette adresse dans tout Paris, on remettait au Président de l'Assemblée la lettre que voici:
t Monsieur le Président, c Je partais pour me rendre à mon poste, quand j'apprends
c qae mon élection sert de prétexte à des troubles déplorables € et à des erreurs funestes. Jt fiai pas cherché Vhormeur € dêire ReprésetUant du pétale, parce que je savais les « soupçons injurieux dont j'étais l'objet; je rechercherais t encore moins le pouvoir. Si le peuple m'imposait des de- « voirs, je saurais les remplir.
c Mais je désavoue tous ceux qui me prêtent des intentions c ambitieuses que je n'ai pas. Mon nom est un symbole d'or- « dre, de nationalité, de gloire, et ce serait avec la plus vive t douleur que je le verrais servir à augmente];^ les troubles et « les déchirements de la patrie. Pour éviter un tel malheur, je « resterais plutôt en exil. Je suis prêt à tous les sacrifices « pour le bonheur de la France. «
t Ayez la bonté, Monsieur le Président, de donner commu- « nication de ma lettre à l'Assemblée. Je vous envoie une co- « pie de mes remerciements aux électeurs. • Recevez, etc.
c L.-N. Bonaparte.
« Londres, 1 i Juin iSI8. >
On voit que, si le premier de ces deux documents renfermait le mot de République, ce mot manquait dans le second. On a remarqué aussi cette phrase: Si le peuple tri imposais def devein, je eaurais Us remplir.
Quelle était la pensée générale, mam'feste, de ces deux pièces rapprochées Vune de l'autre? C'était un solennel hommage aux institutions démocratiques, c'était le désaveu de toute ambition vulgaire et factieuse, et tout au plus le parti pris chez le Prince d'accepter, le cas échéant, le pouvoir, si la France le loi donnait.
Voilà ce que reconnurent les esprits loyaux et sensés, mais ce que reftisèrent de voir les pointilleuses intelligences et les passions envieuses d'une grande partie de l'Assemblée.
Le met de République n'était pas prononcé dans la lettre adressée au président Sénard. Si le peufle m'imposait des devoirs Je saurais les remplir^ disait le Prince ; quels crimes ! et pouvait-on, comme dît M. Marc Dufraisse, trouver des diâtîments assez sévères pour les punir? (Voyez la note de la page 150.)
Cette lettre fil éclater nne véritable tempête au sein de la représentation nationale, le 15 juin.
M. le généra] Gavaignac, qui s'apprêtait déjà en ce moment à saisir un pouvoir que la Commission executive laissait échapper de ses mains défaillantes, fût le premier qui porta son émotion à la tribune.
• « atoyens Représentants, s'écria-t-il, un membre du 6oat vemement nous disait récemment qu'un seul homme avait
• jusqu'ici gardé le silence sur la République. Ce silence vient c d'être rompu. Les senHments qui m^agiient ne me permetc tent pas d'exprimer comme je le voudrais toute ma pensée ; c mais ce que je remarque tout d'abord, dans êette pièce qui
• devient historique, c'est que le mot de République n'y est c pas prononcé, t
Après l'honorable général, c'est M. Baune qui renchérit sur TindignaUon de M. Cavaîgnac, et s'écrie, avec Fatlicisme ordinaire des orateurs de la Montagne: t Citoyens, je viens à
• mon tour protester contre la déclaration de guerre dTun
• prétendant. Nous ne voulons pas de prétendants. Mais il
• ftiut qu'on sache dans toute la France comment ce jeune « imprudent a répondu à Taete de himveillanee et de génèro- < eité de l'Assemblée. Ses prétentions insensées disparaîtront « devant w)tre mépris, t
A la colère si courtoise de M. Baune, succéda cefle de MH. Antony Thouret, Jules Favre, Pascal Duprat. Tontes ces violences de langage ne tendaient & rien moins qu'à revenir en- \ core sur des faits accomplis, et à Ihire prononcer une nouvelle mise hors la loi contre Louis-Napoléon. Les esprits modérés
de VAssemblée, jugeant qu'A était Juste et convenable de renvoyer la délibération au lendemain, le Représentant Clément Thomas, législateur sorti des bureaux du HfaHmci^ crut devoir essayer d'arracher par h peur un vote immédiat de proscription: t Citoyens, dit-II, on vous propose de remettre à « demain une discussion qui, à mon sens, doit être poursuivie
• et menée à fin aujourd'hui même. Si learenseignennents qu^
• me sont parvenuB sont exacts, peut-être c'est une bataille c que vous aurez demain. {Dénigatiom sur plusieurs bancs.) t Étes-vous prêts pour une discussion, ou pour une bataiDe? t Dédares an moins que tout citoyen qui oserait prendre les c armes pour soutenir la catrse d'un despote, serait traître à f la patrie, t
Nous n'avons pas besoin de ^Dre que la bataille promise par M. Thomas n'eut pas lieu, et, malgré ses menaces, on BBDvoya an lendemain la décision & prenA^.
Or, pendant que cela se passait à l'AsBemUée, le 15 juin, dans Taprès-midi, le Prince remettait à Londres, à M. Frédéric Briffaut, une lettre ainsi conçue (1) :
• Londres, le 15 Juin 1818.
€ Monsieur le Président,
c J'étais fier d'avoir été élu Représentant à Paris et dans c trois autres départements : c'était, à mes yeux, une ample « réparation pour trente années d'exU, et six ans de captivité; « mais les soupçons injurieux qu'a fait naître mon élection, c mais les troubles dont elle a été le préfexte, mais l'hostilité « du pouvoir exécutif, m'imposent le devoir de refuser un « honneur qu'on croit avoir été obtenu par l'intrigue.
« Je désire l'ordre et le maintien d'une République sage, e grande, intelligente; et, puisque involontairement Je fiivo-
(1) M. Frédéric Briffaut était cbaigé de remettre lui-même celle lettre, à Paris, au Président de r Assmblée.
« rise le désordre, Je dépose, non sans de yi& regrets, ma f démission entre vos mains.
« Bientôt, je Fespère, le calme renaîtra et me permettra f de rentrer en France, comme le plus simple des citoyens,
• et aussi comme un des plus dévoués au repos et à la
• prospérité de son pays.
f Recevez, etc.
C L.-N. BONiPARTB. i
La démission du Prince dans ces Jours si orageux, en face d'un pouvoir ennemi et qui ne cadiait pas sa haine, en pré* sence d'agitations démagogiques qui usurpaient hypocritement le nom de Napoléon, cette démission, disons-nous, était le parti le plus sage qu'il y eût à prendre.
Le Prince, renonçant au présent, avait pour lui un avenir prochain : les choses marchent si vite dans les temps de révolutions, que son heure devait bientôt sonner.