RUPTURES DU CORPS DE L'UTÉRUS PENDANT L'ACCOUCHEMENT
Ox doit inférer de ce que nous venons de dire sur les accouchemens laborieux, que la violence des contractions utérines ne suffit pas pour déterminer la rupture du corps de la matrice, quel que soit aussi l'obstacle qui s'oppose au résultat ordinaire du travail parturitif, dans les cas les plus ordinaires où il existe une égale résistance organique, et une puissance contractile également répartie dans toute l'étendue des parois utérines. Et en effet l'œuf humain, comprimé de toutes parts, reporte sa réac-
tion excentrique sur tous les points des parois qui l'embrassent sans lacunes et l’étreignent uniformément. Mais les choses ne se passent ainsi que quand l'œuf humain reste entier; aussi est-ce sous ce rapport seulement qu'on à dit avec raison que les ruptures de la matrice ne pouvaient se faire pendant le travail de l’enfantement qu'après la rupture des membranes.
Mais c’est à tort que l’on a fait de cette remarque un principe général. Quelques faits prouvent que la rupture de l'utérus peut se faire sans qu’il y ait eu . préalablement rupture des membranes ni évacuation des eaux.
Une femme, grosse de son sixième enfant et en travail, ressentit tout à coup une violente douleur, et aussitôt les eaux s’écoulèrent avec une grande quantité de sang, provenant d’une déchirure située à la partie inférieure et latérale droite de la matrice, déchirure par laquelle tout le corps de l'enfant pénétra dans la cavité abdominale, tandis que la tête qui avait poussé au-devant d’elle l’orifice de la matrice, resta dans l’excavation pelvienne. On distin-. guait très-bien tous les membres du fœtus à travers les enveloppes du bas-ventre. On reconnut aussi, en portant la main dans la matrice, que les bords de la crevasse étaient fortement contractés sur le col de l’enfant, et que le placenta était aussi dans l’'ab-
domen. La femme périt vingt-quatre heures après la rupture, sans avoir été délivrée (Obs. communiquée par Leclerc, ancien Journal de Méd., t. XXV, P: 922.)
Le fait suivant, rapporté par Dionis, dans son Traité des Opérations chirurgicales (vol. T, p. 156, parait encore plus concluant; car, bien que la rupture se fit au sixième mois de la grossesse, comme elle fut produite à l’occasion d’un travail précoce de l'accouchement, par les contractions utérines, elle appartient au sujet présent.
Une dame ressentit, au sixième mois de sa grossesse, de fortes douleurs qui durèrent trois ou quatre jours. Alors l'enfant cessa de remuer. Douze jours après, vers les huit heures du soir, elle ressentit de nouvelles douleurs, avec des vomissemens. Dans la nuit, il survint des convulsions, des sueurs froides, un gonflement de labdomen, et des faiblesses qui furent suivies de la mort à cinq heures du matin. A l'ouverture du cadavre, on trouva l'enfant au milieu des intestins, et nageant dans une grande quantité de sang. Le cordon ombilical était intact, et l’arrièrefaix adhérait encore à la matrice. Cet organe était divisé à sa partie supérieure en deux corps ayant une ouverture commune dans le vagin. On ne trouva qu'un ovaire et une trompe à chacun. La partie gauche, qui contenait encore le placenta, était dé-
chirée, et les bords en étaient comme hachés. La partie droite renfermait un autre germe fécondé, du volume d’un petit œuf.
Il est évident que dans le dernier cas la rupture de l'utérus à dü précéder l'écoulement des eaux, ou du moins la rupture a-t-elle dû se faire en même temps et aux parois utérines et aux membranes ovoiques.
Au reste, ce n’est le plus communément qu'après l'évacuation des eaux que s’operent les ruptures du corps de la matrice pendant le travail de la parturition.
Dans cette circonstance, l’œuf humain a perdu sa forme régulièrement ovoïdale; les membranes, n'étant plus soutenues par le liquide qui les remplissait, cessent de prêtér un appui efficace à la résistance propre des parois intérieures. La réaction du produit de la conception aux contractions qui le pressent, n'est plus également excentrique, elle n’est plus également répartie contre tous les points de Ja surface interne de l'utérus. Quelques uns seulement correspondant aux parties les plussaillantes du fœtus, ont à supporter tout l'effort de pression. Si les contractions sont énergiques, violentes, ces points ne pourront résister, ils se rompront instantanément; si au contraire le travail moins actif se prolonge, la continuité de la répétition de la pression sur les mêmes points y développe de linflammation, de la meurtrissure, du sphacèle, funestes prédispositions
qui exposeront les parties qui en sont le siége à se déchirer au plus léger effort.
Observez que pendant que les parties de l'utérus non soutenues par les membranes et les eaux, conservent toute leur énergie contractile, et acquierent même de nouvelles forces, par cela que là les parois peuvent revenir plus facilement sur elles-mêmes, les points pressés au contraire par les parties saillantes de l'enfant ne peuvent toujours obéir au même retrait qui équilibrerait leur résistance organique, ni même se contracter avec une force égale à celle du reste de la matrice; ces partes se trouveront donc réduites à un état de faiblesse absolue ou relative, désormais facile à vaincre.
Stalpart Wander Wiel rapporte qu’une femme de quarante ans, dont tous les accouchemens avaient été laborieux, périt au sixième, après trois Jours de douleurs. On trouva le fond de l'utérus déchiré, et le fœtus, qui était très-fort, avait passé dans l’abdomen avec une quantité prodigieuse de sang (Obs. rar. de med., II° partie, obs. xxx).
34€ OBSERYATION.
Le 8 septembre, on fit l'ouverture du corps de la femme d’un artisan, âgée de vingt-sept ans, bien conformée, déjà mère de deux enfans, et morte la veille pendant le travail d’un accouchement labo-
rieux, avec implantation du placenta sur l’orifice utérin, travail qui avait duré 48 heures. La patiente était morte à la suite des plus violentes douleurs. Le vagin semblait avoir éprouvé quelque délabrement du côté gauche. L'enfant était passé en entier dans l'abdomen. Le côté droit seul de la matrice était dans un état d'intégrité, et revenu sur lui-même. Le côté gauche, très-distendu, très-aminei, était dilacéré, et sous forme de bandelettes. (P. M. Nauche, Des Malad. de l'Utérus, p. 216.)