‹ Histoire complète des ruptures et des dećhirures de l'utérus, du vagin et de périnéeChapitre 20 sur 50 · DURS · texte numérisé non relu

DURS

la place qu'il occupait, et sortir spontanément, malgré une rupture verticale plus ou moins longue et profonde.

B. Passage dans l'abdomen du tronc, la téte restant engagée. Mais d’autres fois la partie engagée dans le détroit supérieur, ou embrassée et étreinte par le col ou les orifices de l'utérus restant seule en position, le reste du fœtus est poussé à travers la crevasse par la rétraction active de l'utérus.

On conçoit dés lors comment il se fait que, tandis que la tête de l'enfant ayant produit la déchirure, et paraissant ainsi devoir s’y engager la première, c’est au contraire le plus souvent l'extrémité opposée qui la franchit. Et en effet, on à remarqué que, quand à la suite d’une déchirure du col utérin, l'enfant est passé tout entier dans l'abdomen, on l'y trouva placé de manière à faire penser qu'il y avait pénétré par les pieds, bien qu’on se fût assuré que c'était la tète qui occupait le col utérin pendant le travail et au moment de l’accident. D’autres fois tout le tronc passe dans l’abdomen jusqu'aux aisselles ou jusqu’au col, tandis que la tête est retenue : dans les voies naturelles, étranglée qu’elle se trouve | alors par le rétrécissement de la crevasse.

Or voici comment s'opère ce phénomène, qui n’est pas du reste propre aux cas de ruptures verticales, mais qui a également lieu dans les ruptures transversales, soit du col, soit de la région périutérine du vagin.

La tête de l'enfant se trouve-t-elle en partie engagée dans le détroit supérieur, ou bloque-t-elle cette ouverture, contre laquelle sont venus se briser les efforts d'expulsion ? Les contractions utérines , en se réveillant après un intervalle de temps plus ou moins éloigné du moment de l'événement, ont d’abord pour résultat immédiat d'agrandir la déchirure, en opérant le retrait des parois de l’organe. Elles refoulent le corps du fœtus, qui se trouve seul alors dans leur sphère d'action, vers la déchirure qui offre alors le moins de résistance. En même temps la matrice, en revenant sur elle-même , en se rétractant, abandonne pour ainsi dire les parties encore enfermées dans sa cavité.

C. Passage de l'enfant dans la cavité abdominale sans lésion du péritoine, qui sert comme d'enveloppe extra-utérine aux corps échappés. Le siége de la rupture verticale sur les parties latérales du col et du corps de la matrice rend raison d’un fait récemment publié, dans lequel l'enfant, expulsé de l’utérus par la déchirure, fut trouvé, non dans la cavité du péritoine, maisentre l'utérus et cette membrane, qui était restée intacte et lui servait d’enveloppe.

Ici, en effet, la rupture se trouve correspondre aux ligamens larges, au niveau de la duplicature péritonéale qui les constitue. L'enfant peut donc s’interposer entre leurs feuillets, résultat d'autant plus facile que, à mesure qu’il quitte l’utérus, cet organe abandonne, ense rétractant, les tuniques séreu-

ses que lui fournissaient les ligamens larges dans son ampliation.Ceux-ci acquièrent donc assez de développement pour recevoir et admettre leur nouvel hôte.

Voici ce fait recueilli par le docteur Thomas Radfort, et traduit dans le n° de juin 1833, pag. ge de la Revue médicale.

58° O8SERVATION. — Rupture de l'utérus sans déchirure du péritoine,

Hannah Speed, âgée de trente-neuf ans, d’une complexion délicate , est enceinte pour la neuvième fois. La grossesse est exempte d’accidens. Les douleurs de l’accouchement ayant commencé, et les eaux s’étant écoulées de bonne heure, une sage-femme pratique le toucher, et ne peut sentir la dilatation du col. Le lendemain soir à 9 heures, les douleurs paraissaient fortes; on les attribua plutôt à des efforts volontaires qu’à des contractions de l’utérus. Le col était encore dans le même état, le ventre proëminent, les extrémités froides. Malgré les conseils qu'on lui donna, cette femme s'agitait sur son lit et se tint le plus souvent sur les genoux. À Ir heures du soir, le toucher fit reconnaître une dilatation commencante du col et l'engagement de la tête, À minuit et demi vomissement et refroidissement de la peau; respiration difficile; mort.

Le chirurgien Thomas Radford avait été appelé ; il arriva trop tard, et apprit que la malade, au milieu de ses gémissemens, n'avait pas poussé d’exclamation soudaine. Il sentit, par le toucher, la tête

de l'enfant, et le col dilaté de la largeur d’un dollar. * Aucune hémorrhagie externe n'avait eu lieu. Plaçant sa main sur l’abdomen, il fut étonné de sentir deux tumeurs parallèles entre elles, et séparées par une dépression évidente.

Autopsie, 21 heures apres la mort.

Etat extérieur exsangue , comme si la mort eut été le résultat d’une abondante hémorrhagie.

L'abdomen est sain ; le péritoine ne contient pas de liquide ; l'utérus formait la tumeur gauche qu'on avait reconnue à travers les parois du bas-ventre ; le corps de l'enfant, couvert par le péritoine, formait la tumeur droite. Examinant avec plus d’attention, on ne put trouver la plus petite déchirure au péritoine, qui recouvrait le fœtus. Une incision étant faite, le corps de l'enfant fut mis à nu : la matrice était rompue longitudinalement du col a la base. La tête de Penfant, engagée avec tant de peine, était d’un volume énorme, et affectée d’hydrocéphalie. L’utérus n’était pas beaucoup contracté; les bords de la rupture inégalement découpés : aucune apparence de gangrène. Trois ou quatre onces de sang coagulé dans la cavité de la matrice. Le placenta, situé au côté gauche de l'utérus, lui était adhérent; le bassin avait ses dimensions normales; la vessie était intacte.

Le docteur Radfort dit avoir observé un autre cas de rupture de la matrice sans déchirure du péritoine.

Les ruptures verticales du col de Putérus, par

cela même qu'elles sont le plus ordinairement le résultat de violences exercées sur cette partie par les mains ou les instrumens, sont les plus fréquentes de celles qui arrivent pendant l’accouchement. II parait même que Levret n’a observé que de celles- (re puisqu'il professe que c’est toujours verticalement que l'enfant déchire la matrice.

ARTICLE HI. Signes.

Les signes primitifs immédiats sont les mêmes que pour les ruptures des corps de l'utérus, hors la différence de siège. Ainsi, 1° la douleur vive, déchirante que la malade ressent durant un violent effort d'expulsion, et qui lui arrache un cri aigu ou quelque exclamation , . comme vous m'arrachez ! Vous me déchirez les entrailles! mon ventre s'ouvre! etc. Lorsque la déchirure est survenue à la suite ou à l’occasion du ramollissement du col par l’inflammation ou la meurtrissure , elle s'opère sans douleurs, ce qu'il est essentiel de remarquer dans l’énumération des signes diagnostiques. 2° La précipitation brusque de la tête, qui jusque-là semblait insurmontablement retenue par l’orifice, dont les bords avaient été trouvés rigides, résistans. 3° Le doigt promené autour de la tête , Si elle bloque encore le détroit supérieur, sent une brusque interruption des bords dé l’orifice utérin, qui embrasse et cerne cette partie , excepté à l'endroit de la

déchirure. Une anse intestinale peut s’être échappée, s'engager entre la tête et la paroi vaginale correspondante, et se présenter, dans ce dernier canal, au doigt explorateur.

Lorsque l'enfant est passé en partie dans la cavité abdominale, la déformation du ventre et les autres signes y relatifs, et qui sont les mêmes que ceux produits en pareille circonstance par la rupture du corps de l'utérus, viennent ajouter aux phénomenes précédens denouveaux signes. Ilsservent seuls parfois à éclairer le diagnostique, par exemple lorsque la déchirure, ayant été produite sur l’orifice interne, s’est étendue plus du côté du corps utérin, et a respecté l'orifice externe. Dans ce cas, en effet, le toucher ne peut fournir de renseignemens.

Quand le passage de l'enfant est complet, le diagnostique ne laisse plus de doute; on ne sent plus Penfant au col ni dans la cavité utérine, etle toucher a bientôt découvert la voie accidentelle par laquelle il s’est échappé.

Les autres signes résultant de la présence du fœtus dans la cavité abdominale viennent enfin corroborer le diagnostique, qui, comme on le voit, doit être en général beaucoup plus facile pour les ruptures verticales du col que pour celle du corps de lutérus.

Nous signalerons, d’après M. Velpeau, comme signe des ruptures du col de l'utérus, le ballonnement considérable du ventre, résultant de la pénétration, dans sa cavité, de Pair qui dénature

200 RUPTURES TRANSYERSALES

promptement les fluides avec lesquels il ‘est en contact.

Page 1