CHAPITRE IE — CAUSES DÉTERMINANTES
On sait déjà qu’elles consistent dans la distension ou la pression déterminées, soit par l'enfant, soit par la main ou les instrumens obstétricaux.
La nature prévoyante n'opère que graduellement le travail d'expulsion fœtale, afin de laisser aux parties que l'enfant va traverser, le temps de se disposer et de prêter à la distension, aux frottemens et aux pressions qu’elles vont avoir à subir. Pour cela, elle dirige, accumule et répand une plus grande abondance de fluides onctueux dans les voies de la parturition, pour assouplir les tissus, favoriser le glissement de l'enfant contre leurs surfaces, et les défendre ainsi des effets du frottement.
Si un travail actif précipite l'enfant dans le canal excréteur avant que ces heureuses dispositions aient eu le temps de s’y établir, il sera exposé à se rompre, à se déchirer. Trop souvent on provoque ce déplorable résultat en excitant la femme à des efforts intempestifs d'expulsion; on cherche aveuglément à le favoriser en agissant directement sur le canal vaginal que l'on irrite par des touchers répétés, par des tentatives précoces de dilatation. On enlève ainsi les mucosités protectrices qui le lubrifiaient. Les parties s’enflamment, perdent leur souplesse, acquièrent de la friabilité : comment
résisteront-elles à la pression , à la distension, aux frottemens que produira la tête de l'enfant, qu’elle soit poussée par les efforts de la femme, ou qu'on l'amène avec les instrumens? Non seulement on prédispose ainsi aux déchirures » Mais On peut aussi les déterminer par ces manœuvres inconsidérées, et qui le plus ordinairement, si ce n’est pas toujours, produisent des effets contraires à ceux que lon se proposait d’en obtenir. Combien d’accouchemens qui eussent été faciles et naturels, si on les avait abandonnés à eux-mêmes, ont été rendus laborieux, interminables sans les secours des moyens extrêmes, et quelquefois funestes à la mère et à l'enfant!
816 orsenv. — Déchirure du vagin et de la vessie par des tentatives de dilatation.
Champenois rapporte, d'apres M. Thiron, que deux sages-femmes voulant dilater le vagin pour favoriser l'accouchement d’une femme en travail, déchirèrent ce canal ainsi que lPurétre et la vessie, de telle manière qu'on pouvait introduire la main entière dans ce dernier viscère. La femme survécut à cet acte d’impéritie. 11 lui resta une fistule contre laquelle on ne fit rien et qui la rendit trèsinfirme. ( Dict. des Sc. méd. t. LVI, p. 463.)
ARTICLE II. Résultats.
& 1. Les lésions du vagin produites par laccouchement se bornent assez souvent à de simples érosions superficielles. D’autres fois, des lambeaux plus ou moins étendus et épais se détachent et sont entrainés avec l'enfant , ou bien ils adherent par un pédicule plus ou moins large, et pendent hors de la vulve. Ils deviennent alors la source d’incommodités désagréables et douloureuses. La compression que ces lambeaux éprouvent quand la femme est assise, les frottemens que lui imprime la marche, les violences que les approches conjugales occasionent, y développent de la douleur, de Pinflammation. J'ai vu plusieurs fois cette infirmité prise pour des excroissances vénériennes, traitée en conséquence à diverses reprises et sans succés par des anti-syphilitiques. L’ablation avec des ciseaux ou un bistouri en fait promptement Justice.
On verra dans une observation que je donne plus loin , que la presque totalité des parois du vagin est tombée en lambeaux déchirés ou sphacélés par suite d’un accouchement laborieux, dans lequel les manœuvres ont eu la plus grande part à la production de cet accident. La déchirure peut affecter une forme arrondie, linéaire, ovale, transversale, longitudinale, plus où moins oblique. Elle peut être à bords réguliers ou frangés.
La solution de continuité ne vient quelquefois que consécutivement et résulte de la fonte puru- :ente ou putrilagineuse d’une partie enflammée par les violences dont elle a été le siége pendant l’accouchement, ou de la chute d’une escarre détérminée de la même manière : il y a alors perforation.
Tant que ces solutions primitives ou consécutives n’affectent que les parties latérales du vagin, ou ne s'étendent pas au-delà des parois de ce canal, elles ne produisent point d’accidens notables et peuvent passer inaperçues. Cependant, si elles ont détruit une étendue assez considérable du vagin, les cicatrices qui en résultent forment des cloisons plus où moins épaisses et résistantes, des brides inextensibles, et dans tous les cas des rétrécissemens qui apportent des obstacles aux accouchemens suivans et deviennent des causes de nouvelles déchirures. Cependant j'observerai que Pon a beaucoup exagéré l'influence défavorable de ces rétrécissemens accidentels. Un grand nombre de faits prouvent que l'accouchement a pu s'opérer Sans accident et sans qu'on ait eu besoin de recourir aux instrumens, dans des cas de rétrécissemens extrêmes et profonds du canal vaginal, produits par les désordres dont il avait été le siège à un accouchement précédent. Nous en citerons plus loin un exemple qui nous est propre.
S 2. Hémorrhagie. W est rare que les ruptures ou déchirures du canal vaginal donnent lieu à des
hémorrhagies abondantes. Cependant cet accident n'est pas sans exemple. Le professeur Boër, de Vienne, rapporte dans son journal deux observations de déchirure profonde du vagin qui fut suivie d’une hémorrhagie grave, et d’une infiltration sanguine dans le tissu cellulaire du bassin, des grandes lèvres et des fesses. À ce premier accident ont succédé l’inflammation et une suppuration désastreuse. Il arrive le plus ordinairement que le sang, au lieu de s’épancher au dehors, s’infiltre dans le tissu cellulaire sous-vaginal et s’accumule dans les grandes lèvres, qi'il distend parfois d’une manière extraordinaire. Ce thrombus, sur lequel M. Deneux a fait un très-beau Mémoire, provient le plus souvent, je le sais, du décollement du vagin, du froissement, du déchirement du tissu cellulaire et des vaisseaux variqueux Sous-jacens, sans que la continuité de ce canal ait été lésée. Mais l'observation de Boër et un fait que j'ai observé prouvent que cet événement peut avoir lieu, quoique Île vagin présente une déchirure plus où moins grande.
82 oBSERVATION. — Thrormbus à la suite d'une déchirure du vagin. ME a eu trois accouchemens difficiles, bien
que ses enfans fussent petits. À sa troisième couche, elle mit au monde un enfant beaucoup plus fort que les précédens, mais non sans des efforts considérables. Le lendemain elle se plaint de gène pour uriner, d’un sentiment incommode de pesanteur
et de gonflement dans les parties : on attribue ces accidens au gonflement inflammatoire de la vulve résultant des violences qu’elle avait eues à supporter. Cependant la tumeur affectant la lèvre gauche faisait des progrès ; elle était indolente, un peu mollasse. La sage-femme me demande conseil. Je trouve cette partie du volume d’un gros cédrat, d’un bleu livide, fluctuante, et je reconnais facilement un thrombus. En comprimant cette tumeur, elle s’affaissait en partie, et en même temps du sang noir s'écoulait par la vulve, remarque que la sage-femme avait déjà faite. Néanmoins, je fis une incision à la partie la plus déclive de ce dépôt. Une quantité énorme de sang noir et caillebote s’en écoula. J'introduisis une sonde de femme dans le foyer, le bec sortit dans le vagin à un demi-pouce environ des nymphes. Cette ouverture transversale avait plus d'un pouce d’étendue; elle traversait obliquement de haut en bas la membrane muqueuse , puis l’enveloppe fibro-celluleuse, de sorte qu'il en résultait un cul-de-sac, une sorte de valvule profonde dont l'aire était dirigée en en haut. L'entrée de cette ouverture devait se trouver bouchée par le fait seul du rapprochemént des parois vaginales, ce qui favorisait le séjour et l’infiltration du sang dans le fond de cette déchirure : de là le thrombus. Cet accident n'eut pas de suites. |
Dans ces cas, l’incision de la tumeur à la partie la plus déclive, puis la compression, sont des
312 RUPTURES ET DUCHIRURES
moyens efficaces pour arrêter les désordres et guérir ce genre d’accidens.
Les ruptures ou perforations qui ont lieu soit en avant où en arrière du canal vaginal, présentent des caractères particuliers de gravité. Là, en effet, elles s'étendent facilement à la vessie, au canal de l'urètre, au rectum, organes dont les parois sont accollées à celles du vagin, et qui sont facilement comprises, ou dans les déchirures, ou dans la mortification qui frappent ce canal; dans tous les cas, une communication déplorable s'établit, soit immédiatement , soit consécutivement entre ces organes et le vagin ; de là des fistules vésico et urétrovaginales ou recto-vaginales; de là l'écoulement incessant et involontaire des urines ou des matières fécales par la vulve. Les douleurs, l’irritation, l’inflammation que ces matières produisent par leur contact sont les moindres des inconvéniens de cette déooùtante infirmité; elle fait le désespoir des femmes qui en sont affectées; elle empoisonne leur vie; et souvent même, minées par l'inquiétude et le chagrin, elles tombent dans le marasme, et s’affaissent dans une noire et profonde mélancolie.
ARTICLE IIL Signes.
Les parties affectées étant accessibles au toucher et à la vue, soit directement, soit au moyen du spéculum , il est très-facile de s'assurer du siége et
de la nature de la déchirure, quand quelque accident vient en révéler l'existence. La nature des matières excrémentielles qui salissent le vagin, et s’échappent par la vulve, accuse une communication entre les organes excréteurs de ces matières et le vagin. L'emploi de la sonde vient lever tous les doutes et éclairer aussi sur le siége et la direction de la fistule.
S 1°. Signes des fistules vésico eturétro-vaginales. Le vagin, la vulve et les cuisses constamment humectés par lurine, ce fluide irritant, se couvrent d’érithèmes, de pustules, d'ulcérations plus ou moins profondes. On ne confondra pas ces accidens avec des symptômes de syphilis, méprise qui , au rapport de M. Dugés, a été commise par un médecin. Pour s'assurer de l'existence et du siége précis de l’ouverture, on introduit une sonde métallique ou une algalle de femme dans le canal de l'urètre, en même temps on suit avec le doigtindicateur de Pautre main introduit par la vulve, le bec de l'instrument à travers les parois vaginales. L’instrument doit être introduit lentement, et dirigé dans tous les points des parties à explorer; son extrémité rencontrant l'ouverture de communication, s’y engage et vient faire saillie dans le vagin, ou toucher immédiatement le doigt. Lorsque la fistule est placée trop haut, au-delà de la portée du doigt, on le remplace par une lame métallique ou gorgeret auquel on fait parcourir avec attention la paroi antérieure du va-
gin jusque dans son fond, jusque dans le col utérin même, en suivant la direction des voies urinaires. La collision sonore des deux instrumens qui se rencontrent, annonce que la communication présumée existe, et indique son siége et sa hauteur.
On pourra d'avance distinguer la fistule vésico-vaginale de l’urétro-vaginal, en ce que, dans le premier cas, l’écoulement des urines doit être continuel, tandis que dans le second il n’a lieu qu'au moment de l'émission ordinaire.
Quant à la forme et aux dimensions de l’ouverture, M. Lallemand a imaginé, pour en avoir une représentation exacte , d’en prendre l'empreinte avec un morceau de cire à mouler.
Dans les cas de fistule vésico-vaginale, la guérison peut s'opérer à la longue si l'ouverture est étroite; Mauriseau et Hildanus en fournissent des exemples; M. Gravis, dans une thèse soutenue en 1832 (page 18), en rapporte également; mais le plus ordinairement la vessie se resserre, la cavité disparaît presque entièrement, et cet organe se renverse même à travers l'ouverture fistuleuse (Mauriseau, Schmitt ). L’urètre, dans tous les cas, devenu inutile , finit par s’oblitérer, ce qui enlève tout espoir et toute possibilité de guérison ( Saucerotte, Percy, M. Dugès ).
S 2. Signes des fistules recto-vaginales. On emploie les mêmes moyens explorateur pour re-
connaitre le siége des fistules recto- aginales, où
le doigt peut remplacer avec avantage la sonde que l’on introduirait dans le rectum ; mais elle devient nécessaire quand la communication est placée trop haut. Au reste, c’est surtout dans ces derniers cas que le spéculum offre de précieux avantages ; on peut, par son moyen, explorer toute l’étendue du canal vaginal jusque dans ses moindre replis. Aucun point n'échappe à la vue, qui distinguera facilement une trés-petite ouverture; on ira ainsi la découvrir jusque dans le fond de ce canal.
Les injections ne sont pas non plus à dédaigner; elles peuvent fournir, sur le siège de la fistule, des indications qu’ on ne pourrait obtenir aussi pr écises par tout autre moyen. Ainsi la matière des lavemens qui ne reviendrait pas par le vagin dans le cas de fistule stercorale bien évidente du reste, indiquerait que ce n’est ni avec le rectum ni avec les gros 1ntestins qu'existe la communication, mais qu’elle a lieu avec les intestins grèles. La nature des matières . qui s'échappent par la fistule fournit aussi un signe plus où moins certain des régions intestinales qu'elle compromet; ces matieres sont liquides, Jaunätres quand elles proviennent des intestins grèles ; elles sont plus épaisses ou contiennent des parcelles de matieres fécales formées quard la fistule envahit un point des gros intestins, et notamment du rectum. C'est par la combinaison judicieuse de ces divers moyens d'exploration que M. le professeur Roux est
parvenu à reconnaître le siége d’une fistule qui
établissait une communication entre le fond du vagin et le col de l'utérus avec l'intestin grêle (Joy. obs. 84).
Si les gaz qui se forment dans les intestins grèles différaient bien essentiellement de ceux qui se trouvent dans les gros intestins, ils pourraient aussi donner quelque signe sur le siége de la fistule; il suffirait, pour les obtenir, de plonger la malade dans un bain, et de coercer les gaz qui s’échapperaient de la vulve, au moyen d’une cloche, et de les analyser ensuite.
ARTICLE IV. Traitement des ruptures ou déchirures du canal
vaginal et de leurs suites.
$ 2. Traitement préservatif. Æbandonner l'accouchement aux seuls efforts de la nature, toutes les fois qu'aucune circonstance ne réclame essentiellement les secours de l'art.
En suivant ce précepte applicable à toutes les périodes de la parturition, combien n’éviterait-on pas d’accidens, et notamment du genre de ceux dont il est ici question! Tous les secours doivent tendre , non à forcer la délivrance, et à provoquer la trop prompte sortie de l'enfant, mais à la faciliter: 1° en respectant les mucosités qui lubrifient le vagin ; 2° en y ajoutant ou y suppléant par des injections mucilagineuses; 3° en ne faisant des tentatives de dilatation, dans le cas de rigidité, que graduellement; 4° en détruisant, par des mouchetures ou des,
DE LA RÉGION MOYENNE DU VAGIN. ali
incisions plus ou moins profondes, les cicatrices et les brides qui, par leur résistance, s’opposeraient à la dilatation du vagin et au passage de lenfant. C’est ainsi que le docteur Stéphen Willams ( Gazette médicale, 1823, page 925) a pu, chez une femme dont le vagin était considérablement rétréci par d'anciennes cicatrices, lui rendre l'ampleur suffisante à la délivrance par des débridemens. Je remarquerai à ce sujet qu'il ne faut pas trop se méfier de l’inextensibilité plus apparente que réelle de ces anciennes cicatrices. L'expérience prouve que les brides devenues fibreuses, dures et tenaces, peuvent néanmoins céder sans se rompre à une distension progressive, même à celle opérée brusquement. Le fait suivant, que J'ai publié dans la Gazette médicale, en fait foi.
83° osserv. — Déchirure, sphacèle de la presque totalité du vagin. Retrécissement extrême. Accouchement spontané.
M Mayer, israélite, âgée de vingt-troisans, brune, d’une stature moyenne, d’une bonne complexion, a un premier accouchement très-long et très-laborieux. Il y avait plus de 48 heures que le travail était en activité, quand MM. les docteurs Caen et Olivier, qui assistaient cette dame, me firent appeler.
Les parties sexuelles étaient tuméfiées, le vagin sec et chaud, le col utérin effacé, mais la dilatation de Porifice était encore incomplète. Ce ne fut que 36 à 40 heures après l'emploi des moyens indiqués en pareille circonstance, et quelques nouvelles ten-
tatives infructueuses, que l’on parvint à appliquer convenablement le forceps, et à amener un enfant mortà travers le vagin et la vulve qui était considérablement tuméfiée. Lepérinée fut assez profondément déchiré. Une perte inquiétante, due à l’inertie de la matrice, mit pendant quelque temps la vie en danger. On parvint à s’en rendre maître. Le vagin fut du d’inflammation, et bientôt des flots de pus s'en échappèrent, AE des lambeaux sphacélés de membrane muqueuse. Quelques uns de ces lambeaux avaient jusqu’à deux pouces et demi de longueur sur un pouce à un pouce et demi de large. Quand je revis la malade, plusieurs de ces lambeaux pendant hors de la vulve adhéraient encore à l’isthme du vagin par une de leurs extrémités.
Grâce à sa jeunesse, à sa force, à sa bonne constitution , ainsi qu'aux soins aussi éclairés qu’assidus que lui prodigua M. le docteur Caen, cette dame se rétablit complètement.
Quinze mois après ces événemens, M. Mayer vint me solliciter pour que je me chargeasse de l’accouchement de sa femme, redevenue enceinte, et l’étant alors de cinq mois. Curieux de connaître ce qu'était devenu le conduit vaginal d’après les désordres dont il avait été le siége à la suite de l’accouchement précédent, je fus à l'instant même pour m'en assurer.
L'entrée du vagin me parut, au premier abord,
= Reese à Wen
complètement oblitéréeau niveau des nymphes; mais en cherchant avec attention, je sentis au centre de cette especedecul-de-sacune dépression circulaire infundibuliforme se terminant enune ouverture beaucoup trop étroite pour admettre l’extrémité du doigt indicateur avec lequel j'explorais. Une sonde de femme put seule y entrer et pénétrer dans un canal dont l’étroitesse devait être égale à celle de cette ouverture; car on ne pouvait imprimer à linstrument que des mouvemens très-bornés de bascule et de circumduction. Seulement, le bec de la sonde était arrêté d'espaces en espaces assez rapprochés par des anfractuosités dont la profondeur ne paraissait pas dépasser de deux à quatre lignes. Ce ne fut que quand cette sonde eut traversé environ un pouce et demi de ce canal anfractueux qu'elle put être assez facilement inclinée dans tous les sens, ce qui indiquait qu’elle était parvenue au-delà du rétrécissement, et que là le vagin reprenait son ampleur ordinaire.
Le mari ne pouvait revenir de l’étonnement dans lequel l'avaient jeté les premieres apparences de la grossesse de sa femme, n’ayant jamais pu, malgré ses tentatives réitérées et toujours douloureuses pour madame, faire pénétrer le pénis au-delà de la vulve. Tous deux ne concevaient pas comment Ja fécondation avait été possible, et il fallut les mouvemens bien manifestes de l'enfant pour les convaincre.
Les excrétions urinaires et stercorales n'avaient jamais présenté de dérangemens notables, ni aucune déviation.
Je prévoyais de grands obstacles à l’accouchement et devais craindre des accidens. Je les déclarai, et témoignai expressément le désir de m’associer quelques uns de nos célèbres accoucheurs. Ma proposition fut rejetée à mon grand regret. Force étant de me soumettre à assumer sur moi toute la responsabilité, voici la conduite que je tins.
Je pratiquai une saignée de 12 onces, pour lors réclamée par des signes de pléthore générale. Cette opération fut répétée, mais moins forte, toutes les quatre à six semaines, de manière qu'il y en eut quatre de faites jusqu’au terme de la grossesse. ( Bain de siége de deux heures tous les jours ; un à
deux grands bains par semaine ; introduction dans le canal rétréci de cylindres d'éponge préparés par compression; injection, souvent renouvelées de décoctions mucilagineuses ; alimentation douce, mais suffisante ; exercice modéré ; encouragement.)
Au septième mois je n’avais encore obtenu qu'une dilatation juste suffisante pour admettre mon doigt indicateur, dont la grosseur est peu considérable. Ce toucher confirma la nature et l’étendue du désordre dont la sonde ne m'avait donné qu’une idée approximative. Le rétrécissement formait en effet un canal de près d’un pouce et demi de profondeur; ses parois, inégales, anfractueuses, étaient circon-
DE LA RÉGION MOYENNE DU VAGIN. sn
scrites par des brides plus ou moins épaisses, des replis sygmoidaux obliquement et horizontalement placés et diversement entrecroisés, laissant entre eux des espèces de ventricules plus ou moins profonds. Quelques uns de ces replis étaient simples et comme tortueux; tous les autres étaient lisses et offraient de la résistance; mais leur dureté, comme cartilagineuse, pouvait être plus apparente que réelle, et dépendre de leur plus où moins grand degré de tension. Au-delà de ce rétrécissement, le fond du vagin, dans lequel je pus promener la dernière phalange du doigt explorateur, était ample et sain. Je sentis l'utérus développé, mais je ne pus parvenir au col, probablement dirigé en arrière et en en haut.
Le terme de la grossesse approchant, j'insistai davantage sur l'empioi des moyens précités. Les bains de siége furent prolongés de cinq à six heures matin et soir, Mme Meyer passait, pour ainsi dire, toutes ses Journées dans l’eau.
Arrive enfin le moment redouté autant pour moi, qui en prévoyais toutes les funestes conséquences possibles, que pour la dame remplie de confiance, de courage et de résignation.
Je préparai bistouris boutonnés, sondes canulées, ligatures, pinces, forceps, etc., enfin tout ce que pouvaient exiger les éventualités. Je plaçai M°*° Meyer en travers de son lit, les épaules, le dos et la tête soulevés par des oreillers, le bassin sur le bord
du’lit, et les pieds appuyés sur deux chaises. De cette manière les voies de parturition libres et en évidence se trouvaient entièrement À ma portée.
À mesure que les douleurs avancent, des mucosité glaireuses s’échappent à travers le canal rétréci, l'humectent et assouplissent sensiblement les brides qui fermaient ses parois. Je maiïntiens, appliquée contre la vulve entr'ouverte, une éponge imbibée d'eau chaude, pour que la vapeur aille coopérer aux mêmes résultats. Les douleurs deviennent plus fortes, plus prolongées et sont bien espacées. Le col utérin effacé se rapproche du centre du bassin et du rétrécissement, la dilatation de l’orifice s’effectue graduellement : elle permet de sentir la tête de l'enfant en première position. Les membranes se tendent et refoulent l'ouverture interne du rétrécissement, qui cède quelque peu etserapproche de l’externe; dés lors il y a raccourcissement progressif de ce rétrécissement par ce double acte de dilatation et de refoulement. Mais arrivée à ce point, la matrice, fatiguée d’efforts insuffisans, cesse de se contracter aussi activement, les douleurs se ralentissent. Je ne fus pas trop contrarié de cette suspension qui devait donner le temps aux tissus cicatrisés et endurcis de se laisser pénétrer et ramollir par l'abord des fluides, qui empreignent et Iubrifient avec plus d’abondance les parties sexuelles pendant le travail de l’enfantement. Les obstacles pourraient ainsi être plus disposés à céder quand
viendrait le réveil des douleurs. Le pouls s'était développé, le ventre était devenu sensible à la pression : je pratiquai une saignée de huit à dix onces. Après une heure de repos, les contractions utérines réapparaissent plus intenses; les membranes bombent fortement au fond du rétrécissement ; je les perce à l’aide d’une aiguille de matelassière (carrelet), conduite le long du doigt et dirigée par lui pour protéger la tête de l'enfant. J'engage Me Meyer à retenir ses efforts volontaires, de peur qu’une impulsion trop violente n’occasionne quelque rupture dangereuse. J'injecte, dans l'intervalle des douleurs, une décoction très-épaisse de graine de lin. La tête de l’enfant tend à refouler et à dilater le rétrécissement, dont l'élargissement et le raccourcissement sopérent lentement. Plusieurs fois J'avais saisi la sonde canulée et le bistouri pour diviser des brides quiparaissaient présenter un obstacle » Maisune nouveille douleur semblait diminuer cette résistance, et j'attendais encore. Peu à peu le canal rétréci se trouve déprimé au point de ne plus former qu’un anneau d’une ligne à une ligne et demie d'épaisseur. En même temps il s’élargit, le sommet de la tête s'y engage de plus en plus, et finit par le franchir sans y avoir produit d’autres lésions que de simples et peu profondes érosions.
Dix heures se passèrent depuis le commencement du travail jusqu'au moment où je rompis les membranes. La tête de l'enfant mit près de trois heures
à dilater et franchir le rétrécissement. Pendant cet intervalle de perplexités et d’anxiétés, je soutenais, avec les doigts réunis des deux mains, la circonférence du rétrécissement dans la double intention : 1° d'empêcher une dilatation trop rapide qui eût pu donner lieu à des déchiremens étendus ou faits dans des directions dangereuses ; 2° d'empêcher l'espèce de diaphragme perforé que représentait l'entrée du vagin, d’être trop fortement refoulée en en bas, mouvement qui, ne pouvant avoir lieu sans une tension et une traction relatives de la partie supérieure de ce conduit, aurait pu provoquer la déchirure à son union avec le colutérin. Par cette manœuvre j’obtenais aussi cet avantage, que les parois du vagin pouvaient d'autant plus obéir à la dilatation qu'elles cédaient moins à leur élongation.
J'appliquai donc ici les moyens que l’on met en usage dans les accouchemens ordinaires pour protéver le’ col de l’utérus, et plus tard la vulve et le périnée, des effets d’une trop brusque ou trop forte extension. Si le débridement füt devenu nécessaire, j'avais résolu de lopérer par plusieurs incisions faites en différens points des parties latérales.
L’extraction du placenta se fit sans difficultés. L'enfant, du sexe masculin, d’une force ordinaire, était tres-vivace. Il fut allaité par sa mère. Les suites de couches n’offrirent de notable qu'un peu plus d'intensité dans les symptômes locaux qui ont lieu