‹ Histoire complète des voyages et découvertes en Afrique, depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ï'ûfafres en Egypte et en Nubie.

M. Dtnon* — Pyramides. — Temple de Dcnderah. ~ Thèbes. — Phil». — M. Hamilton. — M. Legh — — Burckhardt. — MlVl. Lig/tt, Bdzom % etc.

L/expédition des Français en Egypte mérite des éloges par le soin que le gouvernement mit à la rendre utile aux intérêts de la science, en attachant à l'armée une compagnie de savans distingués qui profitèrent de ses mouvemenis pour obtenir des lumières et des renseignement de tout genre , chacun dans son département.

M. Denxm % comme artiste, fut chargé d'examiner ces monumens gigantesques > gloire principale de l'Egypte; et quoique la marche rapide de l'armée ait dérangé se$ opérations , et rendu quelquefois ses observations superficielles , sajelation contient des notions précieuses.

( *59 ) WL Dénon fit peu d'attention à Alexandrie; et n'examina rien avec soin sur sa rbute jusqu'aux pyramides. Là , il déploya la plus grande activité pour pénétrer dans l'intérieur de la grande pyramide Où l'on parvient pat* trois longues galeries , deux ascendantes et une descendante. Au bout de chaque galerie , d Immenses blocs de granit barraient le passage i mais les premiers voyageurs , h forcé dé patience et d'adresse , ont , en les écornant, frayé une iàstfè à leurs successeurs. Au fond de la seconde galerie se trouve une petite pièce appelée chambré de la Reine, destinée , selon lès plus communes conjectures > à l'épouse du monarque fondateur de la pyrafaridé ; cependant, aucun ornement 9 aucun sartophage , aucun objet quelconque ne donne de poids à cette supposition, Ail fond de la troisième galerie, danfe une chambre plus grande que la précédente , oh voit un sarcophage pour la réception duquel oh suppose que lut élevé cet immense monument. Cette chambre, est à cent soixante pieds seulement de la basé de la pyratnide ,éf l'on i\ e trouve point d'excavation plus ëlëvéè : mais comme la

hauteur totale du monument est de quatre cent quarante-huit pieds, on ne peut assurer qu'il n'existe pas d'autres chambres dans l'immense portion qui n'a pas été sondée encore. La pyramide de Cheops, tel est le nom de celle-ci, a sept cent vingt pieds de base en tous sens ; celle qui porte le nom de Cephrenes*six cent quatre-vingttreize pieds de base sur trois cent quatrevingt-dix-huit de haut ; enfin celle de Miserin us , deux cent quatre-vingts pieds de base sur cent soixante d'élévation.

Les pyramides attestent seulement la patience des Egyptiens; le temple de Denderah fut le premier objet qui fit concevoir à notre voyageur une idée complète du point où ils étaient parvenus dans les arts* L'architecture de ce temple est du style le plus pur de cet ancien peuple, style remarquable par l'inclinaison intérieure des murs. M. Denon vante, comme le plus naturel et le plus durable,ce genre de construction qu'il semblerait cependant plus convenable d'attribuer à l'enfance et à la faiblesse de l'art; A l'extérieur, l'en* semble de cet édifice offre un aspect trèssimple,nialgré les hiéroglyphes dont il est

entièrement couvert; à quelque distance ils ne nuisent en rien à l'unité de l'effet général. Les grands hiéroglyphes représentent des objets animés et peuvent être considérés comme dévéritables sculptures; les autres sont d'une moindre dimension.

M .Den on les divise en trois classes : les premiers, creusés simplement dans la pierre sans aucun relief; les seconds avec un mince relief; les troisièmes avec un fort relief, moins élevé cependant qne la surface générale du bâtiment. Ces derniers , les meilleurs sans contredit, ne sont nulle part aussi parfaits qu'à Denderah. Les chapiteaux des colonnes se composent de têtes d'Isis \ surmontées d'hiéroglyphes qui produisent, selon lui, un admirable effet. *

De - Denderah notre voyageur se rendit à Thèbes avec une division de l'armée française qui , saisie d'admiration , fit halle à l'aspect des prodigieux monumèns de la ville aux cent portes. Carnac et Luxor , sur l'antre rive du Nil , renferment les plus imposantes masses de ruines ; dans le premier se trouve le plus vaste temple de toute l'Egypte : ses débris donnent l'idée

C a fa ) d'une montagne sculptée. \# pcfftique, dépendant dejja plus petite portion, se compose de cent cqla^es de sept; k dptize pieds de diamètçfc,;tr^çiip4ériP^r*ftrpOttr l'élégance et la beaqté* ,?u$ mpriumens de Denderah et d^4ftt< £ç tçjnpte; parait avoir été construit à cette époque antique où la grandeur tenait lieu de tpjpt autre genre de beauté. De Car fl$ç à ku*oc, pendant une demi-lieue, çnvfron, là route' est bordée de statues r^préseptaïU la plupart des sphinx» Le temple de Luxor, vaste, mais beaucoup moins considérable que le précédent , se fait remarquer par un meilleur gQÛt d architecture , et surtout par son entrée majestueuse , corriposée de deux obélisques de spixantérdil pieds de haut, couverts d^iéroglyphés. .

J)aps, uçtç autre exdursioil ,M.B)ea6« visit a des squtçrr^ins voisina «de Garnac àfi lés Arabes ont établi leurs habitations v et qui paraissent avoir servi de sépultures aux rois d'Egypte. U observa, de nombreux ornemens peints et sculptés , et remarqua dans ceux-ci un talent et une exécution bien supérieurs à tout ce. .qu.'il avait vu jusqu'alors, Les figures , modelées avec

moins cte roidem\ ne manquaient ni de grâce ni de jnouvement > et souvent offraient des groupes agréablement distribués conformément aqx loi* de U perspective : chose remarquable % Us ne représentaient pas toujours 9 comme leur destination semblait l'exigçr, des sujets religieux pi npéjne séneqx; on y voyait souvent retracés de pompeuses et joyeuses cérémonies, des danseurs de corde, et des animaux dans des attitudes grotesques.

A Medinet-Abu t dans ]ç voisinage de Çarnac, M. Denon examina, les deux statues qui portent le nom de Mewnon 9 statues ci colossales qu'on les apperçoit de quatre lieues ; leuç attitude est pan» grâce et leur physionomie, sans aucune expression*

tes autres runes dignes d'attention existant à Edfu, l'ancien AppoUinopolis parc a. PocQcke et Norden en avaient déjà donné des( desgip?. $Ues excitèrent l'ad* million de notre voyageur ; quoique moins vastes qpe celles, de Thèbea, elles lui parurent supérieures pour l'élégance à toutes les autrçs, celles de Denderah exceptées ; encore les préfère- t-il même à ces dernières sou$ certains rapports*

Les progrès de Tannée française conduisirent notre voyageur à l'île de Phihe quHl put examiner à loisir. Sa- superficie , de six cents verges de long sur cent vingt de large, est couverte de ruines antiques ; M.

Denon croit qu'elles appartiennent à huit temples construits à diverses époques et dans différens genres d'architecture. Delà une confusion extrême de styles qui produisit toutefois des effets singulièrement pittoresques. Après de soigneuses observations ' sur ces monqmens , M; Denon conclut que les anciens Egyptiens bâtissaient d'abord avec des pierres grossièrement taillées , qu'ils achevaient de les polir sur place, y sculptaient ensuite les hiéroglyphes, *t finissaient par y ajouter du stuc et des peintures; Il trouva des portions d'édifices dans chacun de ces différens états, et observa neuf espèces de chapiteaux qui luî* parurent tous d'une grande beauté.

L'armée française n'ayant point poussé ses avant-postes au midi de Syene, M. Denon ne put dépasser ce point , ni examiner les merveilles antiques qu'offrent au-delà les deux rives du Nu.

En i8ot , M. Hamilton partit du Caire

( *5 ) pour visiter les antique es de la Haote- Egypte et pénétrer , s'il était possible , dans la Nubie. Il ne put exécuter ce dernier projet et n'alla pas plus loin que M. Dewon.

L'antiquaire peut consulter avec fruit ses descriptions : mais les minutieux, détails dans lesquels il entre n'en permettent pas l'analyse. Partageant l'admiration de M.

Dcnon pour le* ruines de Phila , il observe que les sculptures ont été effacées avec application, et il attribue cette barbarie au fanatisme ■ des premiers chrétiens* M. Hamilton donnaune attention particulière a uo temple voisin de Sy%ne et supposé, par Pococke, le célèbre observatoire de cette ville. II. employa pendant plusieurs jours Un grand nombre d'ouvriers à faire des fouilles, dans l'espoir de découvrir le puitç où, lors du solstice d'été, le disque du soleil se réfléchissait , dit-on , tout .entier ; mais il fut obligé d'abandonner la place saps avoir rieç trouvé qui le récompensât <le ses recherches. Il admira, le temple d'Esné , prise communément pour l'ancienne Latopolis, rapprochement dont l'exactitude lui. parait douteuse.

Plusieurs Anglais ont entrepris des

voyages au-delà de l'Egypte, en remontant Je Nil poub cherchera terme Recette suite de merveilles qui accompagnent son cours depuis le Caire jusqu'à Philae. La relation .récente de -M- Legh confirme le récit de tous ley voyageurs modernes relativement aux cataractes qui n'ont aucun trait de ressemblance avec ïefc descriptions de quelques auteurs anciens. Reste à savoir si ces 'voyageurs n'ont pas confondu la cataracte de Syene avec celte de Geoadil, inexplorée avant -eux. La cataracte de Syene est formée' uniquement car l'effort du ileave qui, resserré dans un canal étroit , se fraie diverses issues à travers une barrière de roches : des Bnfans la franchissent à la nage pourune bagatelle, cependant elle offre un aspect imposant. « Le sauvage » désordre des roches granitiques, des » formes les plus singulières et les plus » Variées, l'absence dé' foute culture , le » Murmure des Ilots v le caractère agreste » : eft mélancolique de cette scène, forment » un tableau presqti'impqssible à décrire.»

Au-delà de cette cataracte, l'aspect de la contrée change totalement La vallée de la Haute-Egypte,déjà très-étroite, se resserre

tout-àrcopp, elles montagne* lussent à peine quelques «emplaçernens propres à h culture du dattier.I^apopulatiop Igypf if no* disparaît ^ fait; place V uue race indigèn* appelée Barabrq^ 1^ îrçêinf qui , dans les montâmes de )'Atbp»*eti désignée equ* le nom de Brebefs ou Berebfrefs. La trilm de INuba, dopt cette pwtig. de {'Afrique emprunt ]$ l dénqmii>at\on 'de Nubie ; habite beqqopup plus haçU à l'ouefit, de l'Abyssipie, £es Barabfaft , y 3^1é$ awlxtfHé^ tans , pp^nt poyr ^q pfup\e dpq*, fraoc e t hon d et e, &$i<*ty , yu ^le >1 pw* chef* reçut M. Legh> 4e la irçaaière ]a ,plug hpepit^ùr* et lui accorda sans c^iftiçultd la permission de remoqf ep le flçqye. Après Degbiçfiihr et El-Uipharalt^t f ( des; . rugîtes considt^ rabjes existent dans, ce dernier endroit , ) le voyageur fropva IÇalaptsh , à trois milles au-dessus.d une île du niéiqe norrv, repiar T quable par un temple magnifique roqta dans un ^lAt de dégradation complexe.

Un objet plus digne 4at^ntiqn»le tçmpW de GuerjÇez-Has^san, s'offrit biçnt^t à ces regards. Ce temple, creusé danslciioc, lui parut supérieur à tout ce qu'il ayait vu jusqu'alors : la cour extérieure a soixante-

quatre pieds de long sur trente six de large ; l'intérieur Se divise en trois chambres dont la plus grande a quarante-six pieds et demi de long, trente-cinq de large et vingNdeux de haut ; Fentrée des chambres est formée par trois colonnes énormes et tin nombre double de statues ayant chacune- huit pieds et demi de haut ; le tout , taillé daris le roc vif , exigea certainement d'immenses travaux : mais en comparant cet ouvrage aux autres monumens égyp.tiens, on ne peut s'empêcher de trouver de l'exagération dans les éloges de M. Legh.

La ressemblance extraordinaire de cette excavation . avec les monumens indiens d'Elephanta et d'EUora , indique une ancienne communication entre les deux peuples, à moins qu'on n'aime mieux supposer que l'identité de gouvernement et d'état social soit capable de produire 9 en des lieux divers, des effets semblables.

A Dakki , neuf milles au-dessus de Guerfez-Hassan, s'élève un temple parfaitement

# conservé. Le propylée a cinquante pieds de haut , quatre-vingt-dix de long sur une profondeur de dix-huit. Le temple, séparé du propylée par une distance de onze

(269) loises , a quatre-vingt-quatre pieds de long; trente de large et vingt-quatre de hauteur; les hiéroglyphes sont presque intacts t on voit aussi beaucoup d'inscriptions grecques gravées dans le propylée. A SibHoï f non loin delà, on remarque un autre temple qui est fout à fait dans le style égyptien :

il paraît d'une date plus ancienne et d'une construction plus grossière que les monumens de l'Egypte ; mais il est mieux conservé , ce qu'on peut attribuer à la douceur et à l'inégalité du climat. Son existence semblerait assurée saris l'accumulation des sables qui , poussés par les vents du désert , envahissent insensiblement tous les cantons Cultivés de cette partie de l'Afrique.

Neuf jours après son départ de Syene , M. Legh atteignit Dehr, résidence de Hassan -Cacheff, souverain de ce canton.

Cacheff, à moitié ivre lorsqu'il l'admit en sa présence, lui demanda rudement ce qu'il cherchait , pourquoi iï venait à Dehr, et déclara qu'il exigeait , pour prix de la permission de remonter le fleuve , un superbe damas valant cinq cents piastres; qui pendait au côté de M. Legh ; celui-ci

( a 7° ) voulût élôdfer la demande en offrant une montre feo place du damas : mais CachefF la refusa dédaigneusement et ne .parut pas avoir la moindre idée de son usége; ]VT. Legh fut. donc obligé de céder son damnas et obtint ainsi la permission de passer outre et par où il voudrait Notice voyageur s'avança jusqu'à Jbrint , une demi- journée au-dessus de Déhr : les Mameluks raVaiènt détruit defond&n c&ttible.

Dégoûté du voyage par son entrevue avec Cacheff, ML Lêgh . revint à Dehr et redescendit le epurs du Nil. y . r .

M. Legh n-est ^as le sfeul voyageur qui ait entreprisse pénétrer dans l'Afrique par, cette route. A Siout * aifasi que près de Dehr , il rencontra BxircJikttrdt qui , sous le nom dfe Cheix Ibrahim , Voyageait pour le compte dé i'AsSèciâtitin Africaine :

volé Qt fait prisonnier; il avait été retenu six mois parmi les Arabes Bédouins. Nburri pendant sa captivité , de lentilles , de pain et d'eau i brûlé.par les feux àk gblëiî, il ressemblait parfaitement à un Arabe par sa maigreur et don teint hâlé. Malgré les dangers et les fatigues tjn'il venait d'éprouver , plein d audace et d'emhtfùâfôstoiè ,

il continuait sa rôtit e vers le midi. Son esprit , son iàstroctioh , la cônnalssahce de divers langages , joifits à un grand talent d'observation , nn caractère franc , gai , doux , constamitfetit égal a mais fort et déterminé (i) ; font le rendait particulièrement propre à cette entreprise.

Voici comment M. Légh peint son entrevue avec cet intéressant voyageur :

m Poussés par un vent favorable , nous arrivâmes le a5 novembre i8i5 à Esné , l'ancienne LatopoKs , où nous débarquâmes pour rendre nos devoirs au Àachefou commandant. Mon premier soin , après le cérémonial de cette visite , fut de m'iafortner d'un voyageur suisse que Ton m'avait dit être ici; et j'appris avec un plaisir infini qu'on ne m'avait pas trompé:

Le commandant eut l'honnêteté d'envoyer chercher ce voyageur t qui parut bientôt habillé comme un flelah arabe , ayant une longue barbe et une chemise bleue : la langue arabe lui est devenue si familière, que même parmi les plus péné-

«■ imii i i r » ■ ii — n i

(1) Life and travekof J.L. Burckhardt, London, 1819. p. iv et xxi. ' *

Irans, il passe pour un naturel du pays.

Nous soupâmes tous lieux avec le commandant qui eut potwïtfms des attentions I telles que je n'en avais pas encore éprou- ; vé de la part d'aucun Turc, et nous nous séparâmes vers minuit , après une conversation qui n'avait p$s langui un instant et dans laquelle mon convive 9 en échange des plus récentes nouvelles de l'Europe , m'offrit sur l'Egypte des détails fort intéressans

« Le lendemain, tous les gens de ma barque dormaient encore ,<quandC%i/£ Ibrahim vint me trouver; nous déjeunâmes ensemble au lever du soleil. Un fait dont je me souviendrai toujours et avec grand plaisir, c'est que, depuis le premier moment "de cette visite matinale jusques à quatre heur-es après minuit , c'èst-à-dire durant vingt-deux heures consécutives , nous restâmes sur un matelas étendu dans la chambre de la barque , sans penser à en sortir, ni seulement à nous lever ; et après ce tems , ne voulant pas mettre à nos épanchemens mutuels une fin qui • nous eût encore paru trop brusque , nous occupâmes Je même lit. Il serait im*

(* 7 3) pqfsible.de décrire la sensation délicieuse que nous* fit çpwujrcr à. tous deux une rencontre si imprévue , dans les circonstances où nous nous trouvions et qui y ajoutaient encore un nouveau charme.

Comme si nous eussions craint que le tems ne. nous dérobât , dans sa # fuile , l'occasion d'une confidence réciproque, nous lavions entaméç tout d'abord , sans aucun préln minaire. Le grand nombre des lieux que nous avions vus, et, des faits dont nous avions été témoins ensemble sans le savoir, étant alors étranger* l'^n à l'autre, nous fesait trouver plus djntérêt à les retracer, à en détailler les moindres particularités* » A une excellente éducation classique , Chei^k Ibrahim Bur^hardt joiqt des connaissances en botanique et en minéralogie.

11 possède parfaitement les langues aller mande , anglaise , française , italienne , sans compter l'arabe. Jusque l'âge de dixhuit ans il a étudié la musique et le piano sous les meilleurs maîtres. Enthousiaste des beaux arts, il porte en lui le germe des plus nobles passions dont le cœur humain soit susceptible. Comment ne me seraisje pas épris de la société d'un tel homme?

( *74 > et n'anrais~je paa apprécié une fouissante telle qu'il s'en offre rarement de semblables au Voyageur erraU loin 4e son pays , de aa famille et 4e ses intimes ébattais-»

aances! »

L'Association africaine , fbf mée pour l'exploration de ce continent*, désespérait d'avoir jamais de$ nouvelles deHorneman; elle Tenait d'être informée de la mort dVn autre de ses voyageurs , H. Nkfcols qai se disposait à partir pour l'intérieur par le V. Calabar , dans la baie de Bénin , lorsque Bwrkharctt lui fut recommandé par M. Bfamenbach , professeur à Goettingue. — « Quitte çaratitie nous donnée vous ,* dit » J. Banks au candidat , -de votre capacité n pour exécuter et endurer tout cequ'exige » une entreprise #u$sifia$ardeu&e? — LHn- » twne et forte conviction que j'ai d'être m prêt à lutter contre toutes les difficultés »x|ui se présentèrent. *

Plusieurs tentatives de pénétrer dams le rentre d'Afrique ayant été faites avec peu de succès du côté de l'ouest 9 l'Association résolût d'envoyer Burkhardt sur la route qu'avait suivie Horneman. Muni de ses instructions le a5 janvier 1809^ il mit

(* 7 5> à la toile pour Make le a do mois de mars suivant , accompagné des vœux de tonte l'Europe, et prit terre d'abord sur la côte de Syrie, afin de se familiariser entièrement arec les mœurs et les manières de l'Orient , avant de passer en Egypte. Il demeura deux ans et demi à Alep on aux environs; visita Paknyre, le Liban ; découvrit l'emplacement dePétra, l'ancienne capitale de f Arabie Pétrée ; traversa le désert dTLl- Tyh t et arriva an Caire le 4 septembre ië la.

Une petite caravane de Tvratis était à la veille de retourner du Caire vers les régions septentrionales du grand désert où Enrckbardt devait se diriger. Mais nouvellement arrivé dans un pays dont le dialecte et les Mages différaient beaucoup de ceux qu'il tfyait étudiés en Syrie, il ne voulut pas compromettre le succès de sa mission par un départ trop précipité. Voyant qu'aucune occasioflHl'aller au Fezzan ne se présenterait avant Tannée prockaine , il résolut de mettre à profit cet intervalle aussitôt qoe It-tat du Mil le lui permettrait, en visitant la Hante-Egypte jusqu'au- delà des cataractes , popr faire ensuite quelques

( *7« ) excursions latérales dans le désert de Nubie et à la côte de la nier Rouge.

Burckhardt se mit en route du Caire le 11 janvier i8i3, accompagné d'un domestique fidèle, natif de Syout, et muni d'excellentes lettres de recommandation de Mohammed Aly, pacha d'Fgypte. Ils étaient montés l'un et l'autre sur des ânes qui les portaient avec leur petit bagage.

Les canaux de l'Egypte setrouvant alors à sec, il longea sans difficulté le bord occidental du Nil , en passant quelquefois à la rive opposée , et gagna Syout au bout de douze jours, après avoir vu f chemin fusant les pyramides méridionales , les antiquités de Beni-Hassan, de Cheik-Abadé et d'Aschmounyn. Au-delà de Syout où. il demeura dix jours f le voyageur visita Gaou f Akhmyn , Farchiout 9 Ben de r ah 9 Kenné, Goft; s'arrêta quatre jours aux difiérens villages situes sur le terrain de Thèbes , et arriva dans seitfc jours à Esqé, dernière place remarquable dans la Haute- Egypte. " . .

-Parti d'Esné le i8 février , Burckhardt se trouva le 22 à Assouan où il laissa son domestique et prit pour guide un vieil

( *77 ) Arabe qui, moyennant une piastre, consentit à raccompagner jusqu'à Derr ( éloigné d'environ i5o milles d'Àssouan ) et qu'il remplaça par un Bédouin dans cette capitale de la Nubie où il arriva le 6 mars.

Il avait endossé à Esné le manteau d'étoffe brune grossière, appelé thabout que portent en route les marchands de la Haute- Egypte. Evaluant à huit piastres les frais de son voyage, il ne mit que cette somme en poche, persuadé que moins un voyageur dépense d'argent , moins il risque d'échouer dans ses projets.

Le lendemain de son départ de Derr , il arriva au château d'Ib'rim et vit un pays où les Ma m élues Y chassés de l'Egypte Tannée précédente , avaient laissé dans leur fuite les traces de la rapacité qui les caractérise.

Son attente fut complètement frustrée h Tégard de JVady halfa, seconde cataracte du Nil , désignée sur les cartes par le nom de Djén-Adel. Le Bédouin qui l'accompagnait lui avait dit que les eaux de cette cataracte « semblaient tomber du ciel » Au lieu de cela 9 Burckhardt reconnut qu'elle était formée d'une partie seulement du fleuve , large au plus de cinquante et quel-

ques pieds. Elle mérite à peine le nom de cataracte , quoiqu'elle fasse dans sa chute beaucoup plus de bruit que celle d'Assouan.

D'après les estimations du voyageur, établies sur des journées de dromadaires qui sont de trente mille» chaque (i) 9 la distance entre le* deux cataractes doit être d'environ deux cent quarante milles anglais ou de cent lieues communes. Trois jours de plus le conduisirent, le long du district jm on tu eux de Batn-el~Hadj,ar , à Sukkot. Passant ensuite la grande île Say , il atteignit en deux jours Tinareh* petit château et chef-lieu du pays de Mahass > situé à deux journées et dtmie de la frontière septentrionale de Dongola , où sont aujourd'hui 1 es M ametu es* A vaut de suivre notre voyageur dans son retour , il nous parait convenable de jeter un coup-d'çeii sur la coutrée qu'il vient de parcourir.

Les Nubiens , suivant leurs propres traditions > tirent leur origine des Bédouins- Arabes qui envahirent le pays peu après l'ère mahométane et détruisirent ou chas-

(i) Life and Trav. of B. p. u.

sirent le* indigènes dont il ûm rtitéavjôar* dlioi qu'un très-petit sombre. I41 Nubie eat actuellement exploitée par trois frères»

portant le titre de kachefs, qui versent annuellement une trentaine de mille fr antl dans le trésor do pacha d'Egypte. 11* ont une cavalerie d'environ cent vingt hommes* composée principalement de leurs pareoé et esclaves f et dont le senriee consiste à le* escorter dans leurs tournées pour la perception des taxes. Le trait suivant peut donner une idée de la tyrannie qu'ils exe*»

cent*

Burekhardt accompagna le kachef Bas* aan dans mie de ses tournées. Entré dan* nn champ, Hassan y trouva le propriétaire et loi représenta qu'il avait en tort d'y se-* mer de l'offge 9 et que les melons d'eau y viendraient mieux. A ces mots il tira quelques graines de cette dernière plante , et les remettant au paysan : « Tu ferais bien »

lai dit-il f d'arracher ton orge et de semet ceci à la place, a Gomme l'orge était à peu près mûre f le paysan s'excusa d'adopter te parti qu'on lui proposait t « Je vaié doite « reprit le kachef , semer ces grains pour toi. » Eu même teins il ordonnes à ses gens d'ar«

racher forge et de préparer le chairip pour

l'ensemencer démêlons. L'orge fut chargée sur la barque de Hassan , et toute une famille se vit réduite à la misère pour que çe.chcf eût sa petite provision d'orge. •

Ausud de Derr, les de»x sexes vont nus, à .l'exception du milieu du cor ps qui même n'est couvert que très-léger em eut. Ils ont le teint presque noir et les cheveux épais , Riais non laineux comme les Nègres. Leur nourriture consiste . principalement en d hourra, espècedé maïs dont le grain ressemble au millet ; il est moulu chaque matin pour la consommation dujour, et mangé sous la forme de gâteaux très-miïicea* Le # même grain fournit une espèce de bière appelée bouza , dont Tes Nubiens aiment beaucoup à s'enivrer. Les hommes ont de beaux traits > sont forts , musculeux et bien tournés. Notre voyageur a souvent eu lieu {T-Qbserver.que la taille et la corpulence des faabitans étaient proportionnées aux dipiensions du sol en culture. Il ne voyait que,des hommes grands et ;ayant toute ^app4rence de la: vigueur partout où la plaine était large , où les pa y sa ri s jouissaient en .conséquence' d'un certain bien -êtr& :

( Ai )

vmâis , dans les. districts resserras entre les rochers il rencontrait des figures pâles f maigrep etsemblables à des squelettes ambulans. Du rçste le climat , quoique extrêmement chaud en été, est très-sain. ft

hes pubiennes sont bien faîtes , ont la physiononpç douée et les manières agréablés ; il en est même qu'on pourrait appeler belles. De toutes les femmes de TOrient,, elles sont les plus vertueuses, ph£nomèjie qyi s'explique par le prix que te Nubiens attache à la chasteté» de sa cornpagine. $ur ,1e moin/tfre soupçon il la traînerait au bord du Nil , lui ouvrirait le sein de son couteau , et la jetterait dans le fleuve. Il y a un nombre prodigieux de femmes publiques dans la Haute-Egypte,ainsi 'que dans les pays qui bordent le Nil au-delà delà Nu$pe; mais on ne les tolère en aucun point de cette dernière contrée, si ce n'est à Derr, où même ce houleux métier est fait , non par des indigènes , mais par cl es' esclaves émancipées. L'idée que ■ Burckhardt donne du caractère nubien est désavantageuse, à tous les égards. Ce peuple surpasse de. beaucoup les Egyptiens: en courage et en énergie; il a Un grand atta-

chement à son sol natal , et une probité d'autant plus recotmnandable , qu'elle forme on contraste frappant avec la friponnerie de ses voisins les Arabes. Durant son séjour en Nubie notre voyageur, qui dormait toujours en plein air devant la maison ; ne fterdif pas la moindre parcelle de ses effets.

L'espace occupé par les Nabi ens sur les Bords du Nil , depuis Àssouan jusqu'à la frontière méridionale en pays des Bf ahass 9 a environ cinquante milles de longueur.

La largeur moyenne du territoire est d'un demi-mille. Le lecteur jugera combien il est étroit d'après le nombre des habit ans , qui n'excède pas cent mille.

La richesse se calcule sur le nombre des moulins à eau qui , après la crue du Nil , servent à Tarrosement des terre». Dans tes villages pauvres , une seule roue est la propriété d'un eertam nombre d'individus ; 'mais les gens aisés en ont plusieurs. 11 y a environ sept cents roues entre la première et la seconde cataracte.

Les Mahass ont le teint tout-à-fâît noir, et la physionomie beaucoup moins beuf ense que celle des Nubien» proprement

dits. Leurs maisons sont construites eri nattes de feuilles dta palmier , suspendues à des perches dont les extrémités avancent considérablement au-dessus do toit.

La plupart des hommes vont entièrement bus , et Bvwckhardt vit beaucoup «te filles, plus qu'adolescentes , sans aucun vêtement même autour des reins. L'idiome nubien a remplacé, parmi les Mahass, l'arabe qui n'est compris d'âneon habitant de te campagne Leur chef ou roi paie tribut aux gouverneurs de Nubie qui reçoivent annuellement •, de chacune des si* principales places de ses* domaines, ci m} ou six chameaux, autant de vaches, deux esclaves, environ quarante moutons, indépendamment de& réquisitions extraordinaires cg&'il le«r arrive souvent de lever.

Burckhârdt vit le roi du pays, Nègre d'assez chétive apparence f entouré tfum? MeniTdouzaine d'esclaves, nnids , armes de fcncea et de bouchers. Les: principaux habftatw de Dor-tl-Makctàs, la capitale, sont marchands ; ils achètent da-ro las pays de Dongola y de Berber et de Scbeygia des esclaves qu'ilse n voient pair caravanes au Caire deux fois Fan. Quoiqu à une <£s*anee d'environ

1000 milles f (plus de quatre cents lieues communes), Dar~el-Mahassest pourtant la place dut pays des Noirs la moins éloignée d'où les marchands d'esclaves af rivent au Caire.

Depuis Mahass jusqu'au Sennaar , il y a vingt-cinq jours de marche le long du Nil, et plus de vingt états iridépendans dont chaque chef est appelé Mek. Ces petits souverains exercent un pouvoir très-arbitraire sur les biens et leà propriétés de leurs sujets ; mais ils n'oseraient en faire mourir un seul, de crainte des représailles qu'exercerait sur la famille royale celle du défunt.

Burkha'rdt donne encore sur l'établissement des Mamelucs dans le Dongola f quelques détails tirés de récits arabes qui ne sont pas sans intérêt. Gouverné depuis un temps immémorial par deux familles , Zebeyr et Funnye , le Dongola , était tombé petit-à-petit sous la dépendance des Arabes Scheygias.- Lorsque les Begs Mameluks, dans leur fuite d'Egypte , atteignirent cette contrée , le chef des Sdbeygias Mahmoudçl-Adelanab les accueillit avec cette hospitalité qui distingue sa nation , et leur fit des présens considérables en chevaux ,

<*«5) chameaux, esclaves et provisions potir leur voyage ultérieur au Semiaafr\ où ils déclaraient vouloir s'établir ; mais au lieu de s Y diriger, ces perfides étrangers tuèrent leur bienfaiteur, pillèrent les propriétés de* Scheygias , se répandirent dans le. pays et en subjuguèrent les habita ns.

11 parait que les Mamélùcs , réduits & leurs propres moyens ; se aorit adonnés ; dans la soite , à la vie pastorale et agricole ; et qu'ils' ont construit quelques embarcations sur le Nil. Ils ont aussi élevé unie "mu* raille autour de Dongola pour se mettre & l'abri d'une surprise de la part dès Arabes ou' du )Pacha d'Egypte. -Leur situation f toutefois, semble assez précaire sous plusieurs rapports & notre voyageur. « A mon avis, diMly les Mamelucs n'ont-que l'ai-

tentative de frapper , si la plus légère occasion s^eao présente \ un: coup désespéré sur la Haute Egypte , quoique la vigilance du Pa chaleur laisse pett dé chances de ducces dans.oè quartier ; ou de s'eaaparèr d'un port stÉr la mer Rouget ils pourraient se' recruter pair l'importation de jeunes esclaves /géorgiens , les seuls qu'ils admetlent parmi i eux. >Massuah est \e point le

Page 1