‹ Histoire complète des voyages et découvertes en Afrique, depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 7 sur 14 · CHAPITRÉ VI · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VI

Voyages d'Arabes dans l'Afrique centrale

Ebn-fiatûUUL — lVg&tô. — EWvelAleh. — SàghârL — EAt tukhou. — Mali. — - ttœoro de* Nègre*. '**-* Tomkmctou. -* Tefctdda. — Oebkâr. —Tewit.-*-» El~llauani ou Lion. l'Africain.

Abou Abd Allah Mohammed Béa Mohammed Bén Ibrahim el Liwâti Ettaod~ sebi 9 surnommé Ebn Butouta % de Tanger, quitla sa ville natale en 725 (de l'hégire) à l'âge de vingt-deux ans , pour faire le pèlerinage de la Mecque, parcourut en* suite seul, pendant vingt années , par un entraînement irrésistible de curiosité ».

l'Egypte , l'Arabie , la Syrie , l'empire Grec , la Tari a rie , la Perte * l'Inde , Us Maldives, Ceylan. , le Bengale, Java, la Chine ; de retour dans sa patrie * par l'Ar rabie et l'Egypte , il alla voir l'Espagne ; enfin, ayant franchi de nouveau le détroit, il pénétra dans la Nigritie , et visita Tombonctou et Melli.

11 paraît avoir composé lui-même une relation étendue de ses voyages, dont un autre Arabe de la Mauritanie , Mohaiîimed ben Mohatâ'iiied bén Achmed ben Hasi el Kelebi , rédigea dans. la suite un abrégé par v ordrèd'El Motewakkel Ala Allah , sultan de Fez*. L'infortuné Seetzen Fa fait connaître le premier, quoique imparfaitement , en Europe (i) , d'après un exemplaire du Précis qu'il avait acheté au Caire. Il existe à la vérité , dans la bibliothèque de Gotha , un manuscrit en caractères mauritaniens , sans commencement ni fin » portant à la tête ces mots : « grand itinéraire d'Ebn Batouta » , et contenant en cinq chapitres, sur vingt-huit pages, le récit d'un voyage à la Mecque par l'Arabie, # et de la Mecque à Médine ; rien cependant ne prouve que ce soit effectivement une partie de la relation originale d'Ebn Batouta. Seetzen affirme qu'il existe à Vienne, dans la bibliothèque deDombay, un exemplaire du grand ouvrage, et que le fragment de Gotha n'en est pas. Quoi qu'il

(i) Zach , Correspondance astronomique de Tan 1808 , tora. xvn, p. 293.

( »3) en soit , le monde savant a de grandes obligations à M! J. G. L. Kosegarten , professeur à Iéna , d'avoir publié , du manuscrit acquis au Caire, trois sections, dont une renferme le voyage d'Ebn Balouta en Afrique que nous nous empressons ici de faire connaître en entier à nos lecteurs.

» M 'étant proposé de faire un voyage dans le pays des Nègres , je me rendis à .

Se d g eh nasse , ville très-belle , et riche en dattes comrhe Basra ; je la quittai vers le commencement de Tannée 53 avec une caravane de marchands. Au bout de vingt jours j'atteignis Tegâsa: Ce que éette ville offre de remarquable c'est que les maisons et les temples sont construits de selgemme, et recouverts en peaux de» chameaux. Le territoire est entièrement composé de sables et ne produit aucun arbre.

Il y a cjes mines de bon sel (i) qui se trouve en* forme de plaques épaisses et adhérentes les unes aux autres, comme si elles eussent été déposées dans la terre

toutes polies : deux d'entre elles font la

(i) Cf. Léon , Descrip. de l'Afr. , édit. de Lyon, pag. 319 ; Aloys. de Cadartnoste , p, £12 ; et Adams , Narrative , p. 49-

. charge d'un chameau* Elle n'est peuplée que d'esclaves des Messothes qui exploitent le sel , et vivent de dattes qu'oit lent apporte de Sedgelmâsse , où de chair de chameaux fournie par les Nègres qui viennent chercher du sel. On fait chez les Nègres commerce de sel y comme on eii fait che% nous d'or et d argent ; ils le divisent en petites tablettes , dont ils se ser* vent eti guise d'eau , et qu'ils portent sup eux en traversant le désert. Le trajet est de dix jours; on n'y trouve point d'eau, mais beaucoup de truffes (i) ; pour tuer les tiques dont il y a une multitude , les hommes se mettent sur la nuque une baguette garnie de vif argent. Noiis arrivâmes ensuite à Tassahl où les caravanes prennent quelques jours de repos* Les marchands y expédient aussi , par quelque Messolite * des lettres dnx habitans de la ville Eftvelâtén (a) , pour retenir des logemens* Entre Tassahl et Eiwelâten s'étend , l'espaoé de douze journées , un désert

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(i) Cf. Saugnier? dan»: Voyages an Sénégal, par Delaborde , p. 3a.

(a) Probablement Walet , Cù Adarm j narrative , pag. ia5.

fréquenté par des esprits qui souvent fascinent le messager au point qu'il périt, et occasionne ainsi la mort d'une grande partie de la caravane. Car si le messager atteint heureusement Eiwelâtén, les habit an s vont audevant de la caravane l'espace de quatre journées , en apportant de l'eau ; mais s'il lui arrive un accident , personne ne •vient , et la caravane est exposée à périr de soif. Ce désert est si resplendissant que Tâme s'en réjouit ; on n'y rencontre point de voleurs.

Deux mois juste après notre départ de Sedgelmàsse nous gagnâmes Eiwelâtén y premier endroit dans le territoire des Nègres. À leur arrivée les marchands déposèrent leurs denrées dans une place , et les Nègres les prirent sous leur garde.

Les Messofites , qui forment la majeure partie de la population d'Eiwelâtén , ont des mœurs particulières ; car les hommes ne sont point jaloux. La chaleur y est excessive ; les palmiers y sont rares , et* l'on sème des melons à leur ombre ; les habitons entretiennent beaucoup de brebis.

Les femmes sont d'une très grande beauté et plus considérées que les hommes. Les

hommes ne prennent pas. le nom de leur père, mais celui de leur oncle, et ils n'ont pour héritiers que les enfans de Jeurs sœurs : jusqu'alors j'avais observé cet .usage seulement chez les payens du Malabar:, mais ceux-ci sont Musulmans et très assidus à la prière. Ils ont des relations étroites avec les femmes des autres, et les femmes en forment réciproquement avec les maris d'autres femmes : un homme qui , en rentrant chez lui , y surprend l'ami avec sa femme , ne s'en offenge pas. En allant un jour voir le x juge d;Eiwelâtén , je trouvai auprès de lui , une jeune femme fort belle : saisi de son aspect, je voulus reculer; mais le, juge se mit à rire et la femme ne rougit point :

C'est mon amie ,• me dit-il. Cette manière m'étonna , car c'était un homme très versé dans les lois et un pieux pèlerin; je ne suis plus allé chez lui.,

Delà je me dirigeai vçrs-la ville de Mali :

,1e trajet, depuis Eiwelàtén est de vingtquatre jours, lorsqu'on voyage rapidement. Le désert qu'il y fapt franchir . abonde en arbres hauts, touffus , où les caravanes peuvent se reposer à T ombre.

( "7 ) Parmi ces arbres, il en est qui servent de réservoir aux eaux pluviales; ils sont si creux que l'eau s'y rassemble comme dans un puits. .D'autres sont occupés par des abeilles dont les voyageurs enlèvent le miel. Dans un de ces arbres s'était méihe établi un tisserand que j'y* vis avec surprise travailler : il y a de même en Espagne deux châtaigniers où des tisserands ont formé leurs ateliers. Les courges deviennent très grandes dans le pays des Nègres; elles ont presque le volume d'un gros plat (i). Ceux qui voyagent à travers ce désert , ne portent avec eux ni eau ni d'autres provisions que des morceaux de sel, et des drogues aromatiques parmi lesquelles le girofle et le mastic obtiennent la préférence chez les habitans. Lorsqu'ils sont arrivés près d'une ville f les femmes des Nègres apportent du lait, des poules, du riz et de la farine ; mais leur riz est nuisible à la santé des Blancs.

Au bout de dix jours nous arrivâmes à SaghéH (a) grande -ville habitée* par des

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9 (i). Cf.. Du puis dans Adams, narrât, p. ia4»* (2) Probablement Saiikari. Cf. Adams, narrât., p. 199.

( "») marchands Nègres. II y a parmi eux des Blancs qui suivent la doctrine des Ebadhiyites Kharedgitiques , et quelques Sunnites Malekites. Ensuite nous campâmes à Kâr&sethou, ville située sur le bord dii NU qui delà descend à Kabra , puis baigne successivement Sagha dont les habitans n'ont pas une extrême vénération pour l'islamisme et ne s'appliquent pas même à le connaître parfaitement; Tombouctou et Kôk , dont je parlerai plus bas ; Mali, dernière ville de l'empire du même nom ; enfin loi : c'est le plus grand empire Nègre , et le sultan est le plus élevé des sultans 9 Nègres ; les Blancs ne le fréquentent pas ; ils sont tués avant d'y pénétrer.

Au delà de Ioï, le Nil arrose le pays des JWi*~ biens qui protestent la religion chrétienne, baigne DanAola % \m r pkis grande ville dont ^ le sultan s'est fait Musulman sous le règne d'Elmelik Ennâs&er Mohammed Ben Kelawoûn, et coule vers Bgcnâdel dernière place du territoire des Nègres et première de la province d'Eswân qui appartient à la Haute-Egypte. À Kas&ekhou je vis sur le rivage un crocodile senir blable à un petit canot. Dé cet endroit je

( >»9) rapiquai vers la. rivière de Ssanssara(i); personne n'entre dans la ville qu'après en avoir obtenu la permission. Finalement j'atteignis la ville de Mail , résidence d'un prince Nègre , et je m'y logeai à l'hôtel des Blanc*. Je fis ma visite au sultaa qui se nomme Menassl Ssolimân ; mais il n'y a point de ressource avec lui. C'est un avare ; ij m'envoya trois petits gâteaux, un morceau de bœuf et une courge ; un patvil présent de la part d'un roi me surprit.

Une fois, lui ayant demandé directement quelquechose f dam une audience , il me donna environ trente mithkals d'or.

Les Nègres se montrent plut»que les autres peuples, soumis et servîtes envers leur roi. Ils jurent par son nom , et quand Us lui parlent ,. ils Atent, en signe de respect ♦ leur habit. , et se coHvrent la tête de poussière ; lorsque le sultan parle en son conseil t les a si si ans ôtent leurs bonnets et gardent le silence. Ce que j'ai trouvé

(*) Adam* appelle Lamarsara Ja wvjfece «ur laquelle est situe* Tombou cr ou . Sidj-HamiHn\ f voyageur Maure dont il sera question dans le second, vol urne, parle d'Une rivière Gosensaïr; et I*»éon l'Africain rite «ne région nommée Sausara.

de beau dans les moeurs des Nègres c'est qu'on éprouve rarement une injustice chez eux , car le sultan n'en pardonnerait aucune ; on y jouit de la plus grande sûreté ; ils fortf fréquemment la prière dans leurs temples , et ils y forcent également leurs enfans , même par des coups ; ils savent parfaitement le noble coran, et les garçons qui ne l'apprennent pas bien , reçoivent les fers aux pieds jusqu'à ce qu'ils le sachent. Lorsqu'en entrant un jour de fête dpns la maison du juge , j'y vis les enfans ayant les fers aux pieds, je lai dis! Est-ce que tu ne leur fais pas grâce aujourd'hui ?

Il me répondit : Certainement non ; leurs fers ne tomberont pas tant qu'ils -ne sauront pas le coran. Ce qui me déplaît en eux, c'est. qu'ils laissent , aller nods, les filles ainsi que les petits garçons sans # leur couvrir les parties honteuses ; que les femmes approchent le sultan nues , et que ses propres Jjlles se présentent de même ; enfin qu'ils répandent de la poussière sur leur tête en présence du roi pour lui témoigner leur respect. .

On. m'a raconté qu'un sultan, irrité contre un Blanc , l'avait ex\lé dans le pay&

des Nègres payens qui dévorent les hommes, et que ce Bfanc, après y avoir demeuré deux ans , était revenu sain et sauf parce qu'ils le regardaient comme im-* inonde ; car , dans leur opinion , les Nègres sont mondes /mais les Blancs immondes et Ton ne peut les manger. 11 n'y a point de mines d'or chez eux. En revenant de Mali , je vis des hippopotames paître sur • le bord dç la rivière : plus grands qu'un cheval, ils 'en ont la tête ,' des queues et des crinières , et des pieds d'éléphans.

Le chemin me conduisit à Tombouctou, ville éloignée de quatre milles du Nil:

Poursuivant de Tombouctou notre voyage sur le Nil dans un canot fait d'un seul tronc d'arbre , nous relâchâmes chaque jour à des villes pour acheter du sel et des drogues, jusqu'à ce que nous abordâmes Koukou , grande ville située sur le Nil , et plus belle que ne le sont communément celles des Nègres. De là je me * rendis à Bourdâma ; c'est une tribu de Berbers qui fournissent des escortes aux caravanes. Puis nous gagnâmes Tekèdda^ ville bâtie de pierres rouges ; l'eau y filtre à tra* vers des veines métalliques qui en changent

( I2a ) la couleur et la saveur. I] y a beaucoup <fc $corpions,dontla morsure occasionne un« mort subite aux enfans sans qu'on pwsse y porter remède ; les bompriçs toutefois eu périssent rarement. Le territoire est a&seg stérile. Les habit ans de la ville se livrent uniquement au commerce; Us vont en Egypte et en rapportent des yêt encens précieux ; ils tirent mutuellement vanité de la multitude de leurs domestiques, Audehors de la ville se trouvent des rjupes; pour les exploiter, on fouille la terrç, ex* trait le métal , le fait fondre et en forme des masses de la longueur d'une ^conrroie gui entrent dans le commerce ; la plus grande partie de. ce métal est £*pojrté chez les Nègres payens. J'ai fait ma visitp a$ sultan qui me combla djhonneurs et m'oifrit quelques pré&en$,

Ayant résolu de m!ea retourner àSedgr gelmâsse r je partis de Tekedda ave*: une caravane dans la direction du Tewât : la distancées* de soixante-dix stations. Il faut se munir de provisions pouf cette ronje, attendu qu'on n'y .peut avoir que du lait & du beurre ren donnant des objets d*hafrilleinent m Change. No» s passâmes à

( "3) Kahor qui appartient aux domaines dit sultan de Kerkerie et abonde en pâturages. Nous traversâmes ensuite , pendant trois jours , un désert inhabitable et dépourvu d'eau; puis, pendant quinze autres jours une région également inhabitée quoi* que l'eau ne manque pas. Au-delà nous arrivâmes à un chemin fourchu où la route d'Egypte se sépare de celle qui conduit au Tewàt. 11 y a des puits d'eau ferrugineuse ; les vétemens qu'on y lave deviennent noirs.

Poursuivant notre chemin l'espace de dix jours , nous arrivâmes chez les Dehkâr , tribu de Berbers dont je n'ai rien de bon m dire. Après avoir voyagé pendant un mois dans leur territoire , nous atteignîmes Bouda , c'est une des grandes villes du Tewat, et enfin Sedgelmâsse : le temps était froid , il y avait beaucoup de neige f Delà , nous nous rendîmes à la. résidence royale Fâs , et nous y déposâmes le bâton de voyageur.

El Hasmni hen Mohammed d ïVassân el Fasi , surnommé Léon l' Africain , est très-connu des géographes. Né à Grenade .

il en sortit lorsque Ferdinand mit le siège devant cette ville, et réfugié à Fez , il jse

livra entièrement à la littérature arabe.

Tantôt comme voyageur, tantôt comme ambassadeur , il parcourut plusieura contrées de l'Afrique , et rédigea une description de ce continent , partie d'après sesprbpres observations , partie puisée à d'autres sources , mais qui jouit encoure d'une juste estime. Fait prisonnier à bord d'un vaisseau maure et conduit à Rome t il attira l'attention du pape Léon X ', protecteur déclaré des sciences et des arts , et traduisit , en italien , son ouvrage qui a été réimprimée par Ramusio dans sa Collection de Voyages. Cet ouvrage , écrit par un homme témoin oculaire de presque tous les événemens ; de presque toutes les scènes qu'il retrace, est le second :où l'on peut puiser des renseignemens authentiques sur les états septentrionaux et intérieurs de l'Afrique pendant l'époque à laquelle il se rapporte. Les nombreux rapports de sa relation ^vec les meilleurs ouvrages modernes ne laissent aucun doute sur son exactitude en général V et l'on est certain d'y trouver d'importans éclaircissëmens tant sur le progrès dés connaissances relatives à ce continent

que sur les changemens politiques qui s'y sont introduits.

Jean Léon l'Africain a été l'objet de la critique sévère de M. le major Repue 11 qui , dans. ses Annotations aux Voyages de Muqgo Park , Ta presque traité 4e simple compilateur. La franchise avec laquelle il s'explique sur sa manière. de prendre chaque jour des notes et de travailler , devait cependant le mettre à l'abri de ce reproche., et donper même une prévention favorablp de. son ouyrage (i). Il est. constant qu'il a parcouru longtemps l'Afrique; il rappelle lui-même sa nourrice (p) , ajoutant qu'il y ( reçut non- seulement son éducation , m^is, qu'il y passa la plus belle et la plus grande partie de, sa vie<*

On ne, sait rien.de ppsitif sur l'année de sa naissance , mais il. parait démpntrp (3) qu'il quitta l'Espagne en 1 49 J » dans un âge , fort tendre, jet pfpbablement, âgé de jmoioscTun.an ; e^p sorte, qu'il ^est n^mp fait, passer tantôt pour qn Grenacjien ,

(i) Voyez l'édition de Lyon i i556, p. 19 , et 394, celle de Leyde , i63a , p. £2 , et p. 775.

(a) Ed. de Leyde, page $5, éd. de Lyon.

(3). Bruns i Géogr. d'Air, 11 1 p. 5, .

tantôt pour on Afrcâin. On n'a pas pins de certitude relativement à l'époque où il retint eo Europe ? mais il doit avoir été pris avant x 5»o , puisqu'on loi fit à Napies \t récit d'un événement qui s 'était passé cette même année en Afrique. Six ans après son ouvrage était achtevé (t). Quoi qu'il en soit , s'il a visité dans un âge si peu avancé tousles pays dont il fait Je recensement (i) t et rédigé la description d'Afrique avant sa trente -cinquième année, nous devons payer un juste tribut d'admiration à ses connaissances dans les langues , datis l'histoire , la géographie , la physique , et lui accorder un rang parmi les prfocipaui voyageurs. Personne ne regardera 'sans doute ses notices comme des productions scientifiques ; mais quel est le voyageur de cette époque dont lès descriptions puissent ifroûs'sàtisfaire complètement foijfôur*ct'h«d? Léon annonce partout' pins d'inte^ agence, plus d'élévatiort et mdins^fc *tfperstitkm ou de cf éduHtë qne ta tnajebre partie des auteurs de $on temps, soit Afri-

(i) Ed f de Leydfe, p, jj5 $ (a) Ib. p. n< .' '

( «7) càins , soit Espagnols. Il semble à ta vérité croire que le caméléon vit d'air et de* rayon* du soleil ; mais il relève aussi beau* coup deridilules (i) f et en noua in s trot* saut qu'il n'y a ni pont ni bac sur la rivière Megarada près de l'ancienne Cartilage 9 il ajovtfe avec regret qu'on peut voir par là combien ses compatriotes sont inférieurs aux anciens Africain* qui lésaient trembler Home. D'ailleurs, écrivant dans nfte langue étrangère , combien dé fois ne peut^il pas avoir mal rendu le sen* de ses notes ; combien de fautes ne peuvent pas s'être glissées dans don ouvrage par la négligence de* imprimeurs Ou correcteurs.

Au sujet de se* voyages hors d'Afrique t il dit brièvement qu'en partant de Kbana (Kené) en Egypte , il traversa le désert pour m rendre *ur le bord dé la mer Hong* , sans douté à Coçeir. Après avoir pris terre à la côté opposée , près de Yam± bon et Zidden , il visita l'Arabie , la partie asiatique de 1 Egypte , la Babylonie , quelques parties de la Perse , de l'Arménie et de la Tatarie*

(i) Ed. de Leyde , p. 755 et 775.

Quant à sps voyages eji Afrique , il jdé^ clare ,. dans son style , qu'il Fa parcourue en entier. II. a notamment exploré l'Afrique septentrionale dans toutes les directions jusqu'au quinzième degré de latitude Nord. Douter qu'il y ait été lui-même; ce serait sappertous les for^emens de l'histoire f ce serait le déclarer pour l'im-

posteur le plus impudent ; car souvent il affirme, dans sa nomenclature des places, qu'il .y a été témoin de tel ou tel événement, qu'il y a parlé à telle ou telle personne, examiné telle curiosité, etc. Nous passerons, .sous silence sou. voyage, en Egypte , postérieur à celui qu'il fit» dans le Soudan à la suite de son oncle qui se rendait à 2 la. cour de Tombent comme ambassadeur du roi de Fez : c'est donc p,arinadvertance que Jd. RennelL en a Élit un commerçant. Léon ne nous instruit pas du motit de l'ambassade, qu'il ignorait peut- -être lui-même; mais son oatle mit tant 4'ardeur à remplir cette mission Qu'étant arrivé dans la proyijncje- de : Dura , . sur la frontière de la Barbarie à rentrée. du grand désert, il refusa, la pressante invitation d'un cheik de la montagne Tenueves.

Le désert que Léon traversa est borne ail nord par les provinces de Sous, de Hanha, et de Dara , au sud par les royaumes de Gualata (Walet) et de Tombout : il est pierreux et très-aride. On n'y trouve que tous les i oo milles italiens (i) de l'eau sa limât re et fort désagréable à boire ; on la tire de puits très-profopds. Les bêtes féroces et les reptiles y abondent. Depuis le puits d'Asanad jusqu'à celui d'Âraoan qui est à i5o milles du Tombout , on ne rencontre plus ni eau ni habitation. Dans une contrée si triste f où l'excessive chaleur f le manque d'eau et la fatigue font périr un grand nombre de voyageurs , les compagnons de Léon durent trouver un grand soulagement dans l'hospitalité avec laquelle le cheik de Zànaga les accueillit.

Après avoir levé, sur la caravane les droits ordinaires , il invita l'ambassade h passer quelques jours chez lui dans son' camp. Les voyageurs pressés refusèrent d'abord et ne cédèrent qu'aux plus vives instances du cheik. Aussitôt leur arrivée ,

(1) De 60 au degré 9 d'après lesquels Léon compte toujours.,

( i5o ) il fit tuer un nombre considérable de chameaux , jeunes et vieux , ainsi que de moutons, et quelques autruches. Ses convives le prièrent d'épargner les chameaux, et de ne pas tuer non plus de moutons f puisqu'ils ne fesaient jamais usage de leur chair en public ; mais le cheik aurait cru manquer aux convenances en servant seulement de petits animaux à des personnages aussi distingués qu'il voyait pour la première fois. On étala donc devant eux une quantité de viandes cuites et rôties , des autruches bien assaisonnées, du lait et des dattes en abondance avec de très bon pain. Ils dînaient séparément comme ils l'avaient demandé , toutefois le cheik et sa suite vinrent animer le festin par leur présence. Les courtisans prirent de la viande et du lait sans toucher au pain v les grains étant réservés à l'usage des étrangers , suivant l'asgertion du cheik. Après avoir ainsi traité fort splendidement ses convives pendant deux jours , le cheik les accompagna jusqu'à ce qu'ils eurent rejoint la caravane qui avait continué sa route. Afin qu'on ne pensât pas que le cheik avait sans doute trouvé une ample compensa-

tiôn de sa libéralité dans le produit des coutumes perçues sur la caravane , Léon affirme que les frais du régal en excédaient bien dix fois le montant. (1)

Bruns , (Diss. sur Léon ,) ajoute ici la remarque : Dans les voyages de Mnngo Park , la route de Maroc à Benowe est indiquée ainsi qu'il suit : jusqu'à Suera (Mogador), 3 jours; Agadir , 5 ; Jiniken , 10; Weldenoun , 4 î Lackeneig , 5 ; Zeriwan , 5 ; Tischît , 10; Benowe, io ; eu tout, 5o jours.

L'analogie des noms et la position me font soupçonner que Zeriwan est l'Araoan de Léon. Ce qui parait certain , surtout , c'est que l'endroit que Mungo- Park appelle Tiscbît, est désigné par Léon (et Ebn-Batouta) sous le nom de Tegazza. Us disent , l'un et l'autre , qu'il y a les salines de Tombout : les caravanes s'y arrêtent encore aujourd*hui , et Léon y resta trois jours, pendant lesquels il fut réduit à l'usage d'une eau saumâtre provenant de puits situés près des mines de sel. Léon a vu dans Gualata un fruit légumineux rond qu'il ne peut comparer à aucun de ceux qu'il rencontra

(i) Edit. de Leyde, p. 47*

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