‹ Histoire complète et méthodique des théatres de Rouen (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · T. HI · texte numérisé non relu

T. HI

Pourtant, je n'aime point eet air oayfitérieuiL, Et, pour ma fille, moi, je veillerai sur eux.

Cet oncle Duchemin me déplaît, m'embarrasse... Que fait-il en ces lieux? Ce n''est pas là sa place; Il gêne mes enfants... Mes enfants! Leur bonheur, Voilà le seul objet dont s'occupe mon cœur ; C'est le but de mes soins, c'est ma pensée unique ; Â le leur conserver, il faut que je m'applique. Plus prévoyante qu'eux, je dois, dans l'avenir, Découvrir les malheurs, savoir les prévenir, Et de leur intérêt, faisant ma loi suprême. Souvent lutter contre eux par amour pour eux même.

La Demoiselle à marier ou la Première Entrevue, vaudeville en un acte, par Scribe et Mélesville. Lors de la première représentation, en juillet 1836, Mii« Jenny Vert-Pré a créé le rôle principaL

V École des Veuves, comédie en trois actes et en vers, par Gustave Fabien-Pillet. Première représentafioa en novembre i8^.

Le Fou de Péronne, vaudeville en un acte, par Scribe et Dupin. Première représentation en août 1826.

France et Savoie ou le Pont de Beauvoisin, vaudeville en deux actes, par Dartois et Théaulon. Première représentation en septembre 1836.

Héritage et Mariage, comédie en trois actes, par Picard et Mazères. Première représentation en octobre 4836.

V Homme habile ou Tout pour parvenir, comédie en cinq actes et en vers, par d'Épagny. Première représentation en avril 18S7.

DBS ARTS. 9!H

l7 Insouciant ou la Renconire au porty vaiideville en un acte, par Saint-Hilaire et Panlin. Première représentation en ayril 18S7.

Le Jeune Mari, comédie en trois actes et en prose, par Masères. Première représentation en janvier 18S7.

KeUly ou le Retour en Suisse, vaudeville en un acte, par Ouvert et Paulin. Première représentation en juin 1896.

Le Landaw ou rHospitalUé, vaudeville en un acte, par Picard et Mazères. Première représentation en octobre 1836.

La Lune de miel, comédie^^vaudeville en deux actes, par Scribe, Mélesville et Garmouche. Mil* Jenny Vert-Pré y a créé le principal rtle à la première représentation, en juillet 1896.

Voici comment les auteurs de la Lune de miel définissent le premier mois du mariage :

Premier temps d'ivresse et d^amour,

Epoque à jamais fortunée!

Oui, c^est le matin d'un beau jour!

Cest rage d'or de rhyménée !

Car il promet à notre cœur

Un long avenir de constance

Et donne encor, môme au bonheur,

Tout le charme de Tespérance!

Mais s'il ne donne que oeia??...

Le Mariage de raison, vaudeville en deux actes, par Scrifce et Vamer. PrMiîèFe représentation en novembre

Le Mort dans Vembarras, comédie en trois actes et ea

2d2 THEATRE

vers, par Gastave et L600, deux jeunes gens à leur début. Première représentation en août 1896.

Voici un des meilleurs passages de cet ouvrage. Un major de l'armée de Frédéric a passé pour mort. On lui a fait des funérailles, qu'il raconte lui-même à son vieux domestique. Il dit :

Je sais qu^au premier rang mon cheval de batailles Conduisait gravement le deuil des funérailles ; Qu'on vanta mes vertus à tout le régiment Dans un ordre du jour que je trouve éloquent, Et qu'à mon ombre, enfin, le roi, par estafette, A lui-même payé son tribut d'étiquette.

J'espère bien, de plus, qu'un jour quelque orateur Exercera, mon cher, sa verve en mon honneur. Et que ton vieil ami, précocement célèbre,

Vivant, sera l'objet d'une oraison funèbre.

Plus je vis, plus je vois que de vivre on a tort ;

Pour être heureux, mon cher, il ne faut qu'être mort.

Partout, avec éloge, à présent l'on me nomme ;

L'on cite mes talents, je suis presque un grand homme !

J'assiste au jugement de la postérité

Et prends un avant-goût de l'immortalité !

La Petite Maison^ comédie en trois actes, par Mêlesville. Première représentation en juin 1826.

Les Premières Amours, vaudeville en un acte, par Scribe. A la première représentation, en juillet 1896, Mii« Jenny Vert*Pré a créé le rôle d'Enuneline.

Le Roman par lettres ou le Chapitre diX'-huit, vaudeville en un acte, par de Gourcy, V ulpian et de Rougemont. Première représentation en octobre 18S6.

La liste est longue, cette année, des ouvrages maintenus au répertoire et dont nous n'avons pas parlé dans les chapitrés précédents. La voici :

VActc de Naissance, Y Amant bourru, les Amants Protkée, Amphytrion, Angélme, ¥ Avare, VAveugk clairvoyant, V Avocat Patelin.

Le Barbier de Séville, les Bonnes d'Enfants, le Bourgeois gentilhomme, M^^ Dangremont y chantant un air varié de Bhode au deuxième acte^ le Bourru bienfaisant, Brueys et Palaprat.

Le Capitaine Éelronde (reprise), le Chevalier à la mode, le Comédien d'Etampes (reprise), le Confident (reprise), Crispin médecin, les Cuisinières (travesties).

Défiance et Malice, les Deux Cousines, les Deux Figaro, les Deux Ménages, le Dissipateur, le Distrait,

V Ecole des Bourgeois, \ Enfant trouvé (reprise), V Epreuve nouvelle.

La Fausse Agnès, les Fausses Infidélités, les Femmes, les Femmes savantes, la Fille d*honneur, les Folies amoureuses, les Fourberies de Scapin,

lia Gageure imprévue, le Gastronome sans argent,

VHéritièrc (reprise), VHomme à bonnes fortunes, V Hôtel garni.

L'Impromptu de campagne, V Intrigue épistolaire, — le Légataire universel,

\jsl Maison en loterie, le Malade imaginaire, avec la cérémonie dans laquelle paraissaient les artistes de la comédie et de Topera, le Mariage secret, le Mari à bonnes fortunes, les Marionnettes, Marton et Frontin, le Médecin malgré lui, le Méfiant, le Menuisier de Livonie, Monsieur de Crac, Monsieur de Pourceaugnac,

%9l TH£ATR£

Nanine, — V Obstacle imprévu (reprise).

Le Philosophe marié, le Pied de Mouton (reprise en janvier 18â7), les Plaideurs sans procès (reprise), la Pupille.

Sans Tambour ni Trompette^ Shakspeare amoureux, le Solliciteur, le Sourd,

Turcaret, — le Vieux Célibataire, -- Werther.

DBÀHE. — Une seule nouveauté :

Jocko ou le Singe du Brésil, drame en deux actes, à grand spectacle, par Gabriel et Rochefort. L'un des Alcides français de la Porte»Saint-Martin, Mathewet, y a rempli le rôle de Jocko, lors de la création à Rouen, c'est-à-dire en août 18S6.

On a maintenu :

Le Déserteur. V Habitant de la Guade-

Edouard en Ecosse, loupe.

Eugénie. Misanthropie et Repentir.

L'Honnête Criminel.

TRAGÉDIE. — H semblait que, pendant cette année où est mort Talma, la tragédie dût garder le plus complet silence. C'est, en efiet, ce qui a eu lieu à Rouen. On n'en trouve en 18S6-1827 aucune trace, pas même dans le spectacle du 29 juin 1826, destiné à célébrer la Saint-Pierre.

OPÉRA. — Six nouveautés, dont deux, Marie et le Siège de Corinlhe, suffisent à distinguer cette campagne.

Marie, en trois actes et en prose, orné de décorations nouvdles, par Planard, musique de Hérold. Première représentation en janvier 1827.

fies Noces de Gamaehe, opéra-bouffon en trois actes, par T. Sauvage et Dupin, musique de Mercadante, ar-

rangé pour la scène française par Guénée. Première représentation en août 1836.

Pamrose ou l' Enlèvement, en deux actes. Premier ouvrage d'un jeune docteur de Rouen, Charles Desalleurs, musique d'un compositeur, Louis Walter, qui n'était connu que par une production lyrique d'une moindre importance. A la première représentation, en novembre 1836, Boïeldieu était dans la salle, et il a, par ses bravos, encouragé les auteurs ; mais la piôce est tombée, à cause du poème, a-t-on dit. Cb. Desalleurs, en étudiant la médecine à Montpellier, s'était trouvé avec Méhul et avait conçu dès lors l'idée de faire des opéras.

Le Siège de Corinthe, tragédie-lyrique, musique de Rossini, libretto arrangé par Soumet pour la scène françaisc, avec cinq décorations nouvelles, par Philastre, peintre décorateur du théâtre. Première représentation, le 2 avril 1837. lin effet d'incendie a été tellement bien rendu que, ce jour-là, Philastre a été appelé sur la scène pour y recevoir les applaudissements de toute la salle. Acteurs : Andrieux, Ténar, Boullard, Valbonte, Léon Chapelle, Lemaire, Mme» Dangremont.et Boyer.

Théodore^ en deux actes, par deux Rouennais. Nous supposons que ce sont Ch. Desalleurs et Louis Walter, auteurs de Pamrose, Habeneck, de l'Académie royale de musique, assistait à la première représentation, le 12 mars 1827.

La VieillCy en un acte, par Scribe et G. Delavigne, musique de Fctis. Première représentation en septembre 1826.

liC tableau des opéras maintenus et non cités dans les chapitres précédents comprend :

Aline, Anacréon chez Polycratc, V Auberge de Bagnères.

Beniowski, le BilM de loterie, le Bouffe et le Tailleur.

Le CaUfe de Bagdad, la Caravane du Caire, Cendrillon, le Concert à la Cour.

La Dame blanche (reprise) (i), les Deux Avares, les Deux Journées, les Deux petits Savoyards, le Devin du VUlage, le Diable à quatre, la Dot.

La Fausse Magie, la Fête au Village voisin, Une Folie, Françoise de Foix (reprise).

GuUstan, Gulnare (reprise).

Héléna, •— VIralo.

Jeannot et Colin, la Jeune Femme colère, Joseph.

Léon, la Lettre de change, Lodoïsha, Lulli et Quinault.

Le Maçon (reprise), le Magicien sans magie, la Maison à vendre, le Maître de chapelle, en deux actes, les Maris garçons, M«e Dangremont y chantait un grand air à chaque acte, Montano et Stéphanie,

La Neige (reprise), remis en trois actes avec les changements, tel qu'on le jouait à rOpéra*Gomique.

Paul et Virginie, le Petit Matelot, Picaros et Diego, les Prétendus.

Les BendeZ'-vous bourgeois, Bobin des Bois, avec un décor nouveau au deuxième acte, Bose et Colas.

Le Secret, — le Tonnelier.

(t) Le â6 septembre t8â6. Distribution : Georges, An* drieux; Dikson, Jouanno; Gaveston, fiouliard; Mac-Irton, Chardon ; Anna, M^^^* Dangremont ; Jenny, M"*" Certain; Marguerite, M*»*^ Louis-Fabre.

Les Voiiures versées, — Zémirc et Àzor, Zoraime et * Zulnar.

INTERMÈDES. — Rien que des intermèdes lyriques :

Une grande symphonie concertante en deux parties, pour une flûte, une clarinette, un cor, un basson et un violoncelle, avec accompagnement à grand orchestre, composé par Schaffner, chef de musique du théâtre (juin 1836).

Ouverture de Délia et Verdikan, à grand orchestre (souvent).

Air varié pour la clarinette avec accompagnement d'orchestrC; exécuté par Henri (septembre 1826).

Ouverture de Marie de Montalban, exécutée à grand orchestre (février 1827/.

BALS. — Si nous n'avions que les journaux de la ville pour nous renseigner, il nous faudrait avancer qu'il n'y a eu, pendant cette campagne, qu'un seul bal, le grand bal de nuit paré et masqué^ à onze heures, après le spectacle, du jeudi 22 février 1827, c'est*à-dire du jeudi qui a précédé le dimanche gras (1); mais à une autre source nous avons appris que la direction a donné plusieurs bals en 1827, et que le produit net de ces fêtes nocturnes s'est élevé à 10,771 fr. 46 c, ce qui suppose cinq bals, puisque l'année précédente (1826) cinq bals avaient produit 11,225 fr. 75 c., et que cinq en 1825 avaient donné 10,946 fr. comme bénéfice.

(I) En 18i7, Pâques était te 15 avril. On a fait relâche le jeudi, le vendredi et le samedi saints, et le jour do Pâques également.

298 THËATBE

La clôture de l'année théâtrale a été faite le vendredi 20 avril 1827 par :

lo Le Jeune Mari, comédie ;

2o Le Siège de Corinthe^ opéra.

I^es principaux interprètes de ces deux ouvrages, surtout du Siège de Corinthe, ont été très-fètés. Le directeur More] a été demandé. Il a paru sur le théâtre et a été acclamé. On savait, depuis quelques semaines, qu'il avait donné sa démission et qu'il allait être remplacé par Saint-Elme, et Ton a voulu, ce jour-là, le remercier de cinq années d'une habile gestion.

Mais cette soirée n'a pu faire oublier celle de la veille, dans laquelle Saint-Elmc et Bié ont fait leurs adieux au public rouennais, Saint-Elmc par le rôle de Tartufe, et Bié, dans la Maison isolée^ par le rôle du vieillard des Vosges. Saint-Elme a été ramené sur la scène, à la fin de Tartufe, par M"»*» Duversin et Simonet.

Quant à Bié, le héros de la représentation, il a été salué, à son entrée en scène, par des applaudissements tellement significatifs qu'il a cru devoir prendre la parole, et il a dit : u Messieurs, je suis pénétré do tant de bontés; j'en conserverai éternellement le souvenir. » Bié a été redemandé à la fin de l'opéra.

On sait que Saint-Elme se retirait de la scène rouennaise après y avoir tenu, pendant six ans, l'emploi de premier rôle, et que Bié prenait sa retraite après quarante ans de théâtre.

IMCUBIITS.

Veut-OD savoir combien il en coûtait, en 18S6, pour aller au violon? On n'a qu'à lire la fin d'une lettre de iM. I^féteur, commissaire de police de la sixième division, à l'occasion de l'arrestation du nommé Baux, do Darnétal, lors de la rentrée orageuse d'Edouard. Kilo se termine ainsi :

a Quant à l'accusation d'avoir exigé S fr. de ce jeune bomme et la remise de son sifflet avant de le faire sortir du violon, elle ne mérite pas d'être relevée; mais je déclare que je me verrais dans la nécessité de poursuivre devant les tribunaux les auteurs ou propagateurs de cette atroce calomnie si elle s'accréditait dans cette ville, le sieur Raux ayant seulement payé i fr. 70 c. au concierge et au gardien du violon, pour plume, papier, encre, chandelle, pain, port de lettre et lit.

« Agréez, etc. IjkFÉTEUii. »

lin franc soixante-dix centimes, ce n'est pas cher!

îiC second incident n'est pas moins comique. Un débutant, Villeneuve, père noble, faisait son troisième début et s'en tirait assez mal. Le public siffla. Alors Tacleur lui adressa d'un ton magistral cette phrase : Entendezmoi et vous me jugerez, I^es sifflets redoublèrent et Villeneuve quitta la scène, mais bientôt il rentra et dit : « Messieurs, je vous prie d'excuser un moment d'impa- » tience dont je n'ai pas été maître. Quarante ans de

« succès ne m'avaient point préparé à raccucil que vous « avez eu Ja bonté de me faire ; mais je vous prie de « vouloir bien laisser finir la pièce, afin de ne pas man- « quer au public respectable qui veut bien Tentendre. » Les siffleurs, irrités de la distinction faite entre eux et le public respectable^ n'ont pas craint de manquer à ce dernier, et ils n'ont point voulu laisser finir la pièce, ni commencer les Deux petits Savoyards y opéra annoncé. La cabale a pris de telles proportions que la salle a été évacuée par la force armée.

C'est le 20 octobre 18â6que Ton a reçu la nouvelle de la mort de Talma. On ne put faire relâche; lîiais les arlistes qui parurent dans les deux pièces de la soirée, les Fausses Infidélités et la Dame blanche, portaient tous un crêpe. -Au moment de commencer l'ouverture de XdiDame blanche, les musiciens exécutèrent avec une grande précision l'admirable trio de Zémir et Azor : a Ah! laissezmoi la pleurer ! )> Ce morceau, écouté avec le recueillement le plus significatif, a été couvert d'une triple salve d 'applaudissements .

Dès le lendemain, la souscription destinée à éle\er un monimient à la mémoire de Talma était à Rouen couverte de signatures, chez MM. Lequesne, notaire, rue aux Juifs; Ricquier, notaire, rue aux Ours; Lebourgeois, notaire^ rue Saint-Patrice, et Chicot, notaire, rue Beauvoisine. En tête de la liste, Morel, le directeur, était inscrit pour 100 fr., puis venaient Andrieux, Ernest, Bié, Massin^ Roblin, Louis, Tiste, Delacroix, Valbonte,M«e»Simonet. Certain, Dangremont, Saint-Elme et Duversin, artistes; Collet, régisseur; Daviel, commissaire-priscur;

Lebourgeois^ notaire ; Dupias fils, auteur de la tragédie de Alain Blanchard; MM. Morel frères, etc., etc.

(Voir plus loin la réponse à cette question : Talma a-til été sifflé à Rouen ?)

On a appris à Rouen, le i5 octobre 1896, que la délibération du conseil municipal, qui décernait à Boïeldieu une médaille à son nom et à son effigie, avait reçu l'approbation du roi. M. le marquis de Martain ville, maire de Rouen, a voulu écrire lui-même à l'illustre compositeur pour lui annoncer cette nouvelle. Le i5 novembre suivant, Boïeldieu arrivait dans notre ville, et le soir même il assistait au spectacle à la première représentation de Pamrose ou l'Enlèvement, opéra en deux actes, dont il voulait encourager les auteurs. Son apparition dans une des premières loges a été le signal d'applaudissements réitérés. Le 19, on chantait la Dame blanche. Boïeldieu s'est présenté vers le milieu du premier acte; il était dans la loge des autorités. La pièce a été un moment interrompue et l'orchestre a fait entendre l'air Ou peuton être mieux, etc. Notre compatriote a témoigné sa reconnaissance des suffrages unanimes dont il était l'objet en pressant sur sou cœur et sur ses lèvres le signe d'honneur qu'il venait de recevoir.

C'était en effet dans la journée de ce jour que lui avait été faite, à rHùtel-de-Ville, la remise de la médaille offerte au nom de la ville de Rouen.

Quelques mots sur la remise de cette médaille frappée aux frais de la ville à l'effigie de Boïeldieu :

Le lendemain de son arrivée à Rouen, le 16 novembre, il a été admis à présenter ses remerclments au sein même

du conseil municipai. lia médaille est arrivée le 17, el le 19 on s'est réuni à THÔtel-de^Ville dans u» banquet. Au dessert, le maire a remis à Boïeldieu la médaille et a dit : (( Recevez-la, monsieur, comme un témoignage de « Testime particulière du corps municipal de Rouen, et t( qu'elle perpétue à jamais les traits du savant compo- « siteur, le souvenir de ses talents et Tadmiration de ses « compalriotes. »

« Je reçois cette médaille, a répondu Boïeldieu, non « comme la récompense de mes faibles talents^ mais « comme un encouragement que la ville se platt à ac- « corder aux beaux-arls. »

Puis^ comme nous venons de le dire^ on s'est rendu au spectacle pour entendre la Dame blanche,

' Le tragédien Lagardère assistait à la représentation du Théâtre-des-Arts, le 27 février 1827. Il est bon d'en tenir note, parce que sa mort a été annoncée plusieurs fois avanl cette époque.

Une affreuse catastrophe est venue jeter, le 26 mars 1827» la consternation dans la ville de Rouen. Un des bâtiments que Ton construisait fdors sur le nouvel alignement du port, à rencoignure de la salle de spectacle, la maison Walter, était sur le point d'être aefaevé, lorsque ce jour-là, vers quatre heures du soir, le faite et tous les planchers intérieurs se sont écroulés et ont entraîné dans leur chute les personnes qui s'y trouvaient réunies. Les débris ont écrasé en partie une maison voisine habitée par le sieur Houssaye, restaurateur.

Cependant on ne fit pas relâche, l'émolion publique, quoique très-notable, n'en faisant pas une Bécessilé ab-

solue. On avait aouoiicé VÉcok des Maris et YHérUière; mais la première pièce n'était pas encore terminée qu'un nouvel accident vint interrompre la représentation et la rendre impossible dans cette soirée. Pendant que Ton cherchait à déblayer les décombres, la partie la plus élevée de la façade, qui était en pierre, s'est à son tour écroulée. Elle a écrasé ou blessé un certain nombre de travailleurs. Par suite de ce double événement, il y a eu quatre personnes tuées sur le coup, dont deux militaires du 3« régiment de la garde royale, et le nombre des blessés s'est élevé à plus de trente. Parmi ces derniers se trouvait A. Dupias, l'auteur de la tragédie nationale HAlmi Blanchard, de quatre messéniennes et d'autres poésies.

Morel, le directeur du théâtre, a non-seulement fait preuve de beaucoup de courage, mais il s'est encore empressé de mettre à la disposition des blessés tout ce qui faisait partie du local et du mobilier de son administration. On a signalé également BouIIard, artiste lyrique, et Guillaume, machiniste du théâtre.

Parmi les médecins qui ont montré le zèle le plus ho* norable, nous sommes heureux et fier d'inscrire dans les tables de Thistoire MM. Flaub^t, Valmont, Guédras, Billard, Bihorel, Compaing, Roerhig, Yasse, Mulfot fils et Bouteiller. Un seul vit encore aujourd'hui (1865), c'est le docteur Billard.

Dès le lendemain, une souscription a été ouverte dans l'étude de tous les notaires de Rouen et aux bureaux des journaux en faveur des blessés et de leurs familles, — le conseil municipal a voté la somme de 10,000 fr., -* les membres du tribunal de première instance ont fait entre

eux une collecte, — uu grand nombre de chefs d'établissements ont recueilli les dons de la charité^ — des poules au billard ont été organisées dans les seize principaux cafés, — le roi s'est empressé d'accorder sur sa liste civile 500 fr. de pension aux familles des victimes, et, en outre, la même somme une fois payée pour leur être distribuée inmiédiatement et subvenir aux premiers besoins, — enfin le ministre de Tintérieur a donné 3,000 fr.

Des listes de souscripti(m publiées dans les journaux nous extrayons les noms qui se rattachent au théâtre. Nous trouvons en première ligne le directeur Morel, puis Ck)llet, régisseur, et Saint-Elme, Valbonte, ttnest^ Ténar, Jouanno, Chardon, Massin, Roblin, liste, Léon Chapelle, Mmes Dangremont, Simonet, Clément et Aimée^ etc., etc.

Nous verrons, en faisant Thisloire du Théâtre-Français, qu'on y a donné une représentation au bénéfice des blessés et de leurs familles.

Avant de passer à la direction Saint-Elme, quelques mots sui* M. Morel.

Retiré maintenant à Maitreville, commune de Saint- Pierre, près Vemon, il goûte une paisible et modeste retraite, et s'il fait quelquefois parler de lui, c'est encore pour une bonne action. Il y a environ deux ans et demi, eu janvier 1863, M. Morel a fait remettre au bureau du Journal de Rouen, par l'entremise de M. Boudard jeiinC; apprèteur, une somme de 100 fr. pour les ouvriers privés de travail par la crise cotonnière. Dans la lettre qu'il adressa alors, à ce sujet, à son ami M. Boudard, Thabile et généreux directeur s'exprimait ainsi :

DES ARTS. a05

«( Au récit de la millième représentation de la Dame blanche, je me suis rappelé mes beaux jours à Rouen. A l'appel de l'humanité, je mç souviens que les classes pauvres fréquentaient les petites places et m'ont aidé à amasser le peu qui me reste. C'est avec bonheur que j'apporte mon obole, que je renouvellerai. Quoique éloigné^ je me sens toujours Rouennais au fond du cœur, et toutes les fois que ma main presse une main rouennaise, mon cœur bat de doux souvenir. »

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