‹ Histoire complète et méthodique des théatres de Rouen (volume 2)Chapitre 13 sur 23 · MOREL · texte numérisé non relu

MOREL

Mme Morel-Lemaire^ elle aussi, a voulu apporter son obole; comme son mari, elle avait gardé de Rouen le plus touchant souvenir (1).

Le Journal de Roven, dans son numéro du i5 janvier 1863, en annonçant la souscription de M; Morel, consacre à ce directeur émérite un article dans lequel se sont glissées quelques erreurs. Il est vrai que M Morel a monté la Dame blanche, mais il a été privé de l'honneur de conduire Boïeldieu au pupitre de chef d'orchestre le jour de la première représentation de cet opéra, par la raison que ce jour-là M. Morel était retenu chez lui par'une rupture du plantaire grêle qu'il s'était faite à Paris, lors de ses démarches relatives à Tartufe. En second lieu, c'est une erreur de dire que des missionnaires en passage à Rouen étaient parvenus à faire défendre les représentations de Tartufe, L'affaire de l'interdiction de Tartufe a eu lieu en 1825, et celle des missionnaires ne remonte qu'à 1836. Nous avons d'ail-

(1) Voir page 70.

T. III. ao

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leurs consacré à ces deux affaires de trop loogs détails pour y revenir autrement ici.

Sans revenir non plus sur la grande capacité de M. Morel comme administrateur, nous ne pouvons nous empêcher de publier ici ime lettre inédite de Périer, sociétaire de la Comédie-Française (1), qui dit assez que cette capacité était appréciée ailleurs qu'à Rouen :

I Le !•' septembre 1830. »

« Vous êtes parfaitement heureux, cher ami ; que je vous porte envie ! Ainsi donc le bonheur, cet état fantastique sur les pas duquel tant de gens se précipitent sans pouvoir l'atteindre, vous Tavez fixé à Vemon. Je serais coupablcy^sans doute, si je tentais encore de vous arracher à cet état de complet bien-être, à moins que ce ne fût par commisération pour ces pauvres lièvres que vous massacrez impitoyablement; mais, d'un autre côté, serais-je tout-à-fait exempt de reproches si je vous laissais ignorer dans quelles vues et à quel titre j'avais proposé à ceux de mes collègues qui, comme moi, jugent sainement la position actuelle du Théâtre-Français, de vous amener à nous dans la conjoncture difficile où nous nous trouvons? Ecoutez : vous étiez destiné à développer et à mettre en pratique la pensée de Philippe l«r relativement à la scène française.

(( Voici textuellement ce que me dit Mgr le duc d'Orléans, aujourd'hui roi des Français, la dernière fois que j'eus l'honneur de lui présenter le répertoire comme semainier :

(i) Ex-premier rôle à Rouen. (Voir pages 30, 62 et 98.)

DES ARTS. a07

il Vous avez encore des talents parmi vous^ me dit-il, « quelquefois de Tensemble ; mais yotre système social « est absurde, il ne s'harmonise pas avec les besoins de 0 l'époque. Vos règlements ne valent plus rien. Il vous « faut un directeur. »

« C'est par suite de cette pensée, si clairement, si positivement exprimée par Sa Majesté, que j'avais parlé de vous à mes camarades. Vous deviez cette préférence ho- * norable à votre parfaite réputation d'homme intègre, d'habile administrateur et d'excellent économe.

« Vous pouvez déjà présager la part qui vous était réservée dans les nouvelles destinées du Théâtre-Français; mais ce n'est pas encore tout. Apprenez donc qu'une Société accablée de revers, mais forte encore de, talent et de dignité, consentait à vous faire l'abandon total de la hiérarchie de ses droits d'emploi et d'ancienneté; nos poudreux règlements, toujours invoqués dans Tintérèt de l'amour-propre personnel, toujours éludés dans celui de la Société et si cruellement stygmatisés par le roi, cessaient d'exister ; chacun de nous se réfugiait dans votre incorruptible justice, et ne concevait d'autres prérogatives que celles tirées de l'actualité des choses. En conséquence^ je pensais donc qu'en prenant les rênes de notre gouvernement vous pouviez mieux que personne, maître absolu du moral de notre administration, rendre au Théâtre-Français une attitude convenable, et par cela faciliter les négociations qui doivent Gxer nos destinées futures; je pensais qu'en devenant llntermédiaire obligé entre nous et l'excellent prince sur qui' reposent toutes nos espérances, vous vous trouviez naturellement confirmé dans un poste où nos vœux vous avaient appelé.

aMaiDtenant.cberami, si une position que tanl d'antres briguent et dont vous nous sembtez plus digne n'a rien de séduisant pour vous, si votre prétendu bonheur vous enlace tellement que vous ne puissiez vous échapper de ses liens, tout est dit & ce sujet; toutefois, répondez-moi de suite. Il est inutile d'ajoater que, dans cette affaire, votre avoir ne se trouvait nnllemeat engagé; vous n'aviez de responsabilité qae dans l'exploitation scénique ; TDS émoluments devenaient l'objet d'un traité spécial.

« Tout à vous de cœur et pour la vie.

U PiSIEB.

M. More] a refusé !

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