‹ Histoire complète et méthodique des théatres de Rouen (volume 2)Chapitre 15 sur 23 · A M. BOÏELDIEU · texte numérisé non relu

A M. BOÏELDIEU

Pour échauffer le cœur du fils de l*Harmonie, Non» il n''est pas besoin d'un soleil toujours pur,

Ni du beau ciel dont Tltalie Voit dans le sein des flots se répéter l'azur. Aux bords napolitains, dans Rome, dans Florence, Tout ressent des beaux-arts la féconde influence. Plus d'un maître fameux y marcha sans égal. Loin de ces «doux climats, et sur nos froids rivages Que Tocéan du Nord assiège de nuages, Le dieu de la musique a choisi leur rival. Préparant ses destins, là, notre grand Corneille, Du Théâtre- Français médita la merveille ; Là, notre Boïeldieu, qui s'ignorait encor. Dans son cœur palpitant, à l'aspect d'une lyre. Sentait d'un feu divin s'allumer le délire

Et préludait à son essor.

Combien il fut heureux! Quelle course éclatante! Qui n'a redit ces airs où la note parlante

Aux instruments donne une voix ; Où Tart, nous subjuguant par son magique empire. Charme, enlève, attendrit, et fait naître à la fois

L'émotion et le sourire!

Le Calife a paru... Quels accords purs et frais!

Que de gaîté!... Je reconnais Le Bourgeois de Paris et son leste équipage; Dormeuiî l'original ; Taimable Chaperon ; Et Perrette et Guillot qui dansent sous l'ombrage ;

Le Nouveau Seigneur du Village; La romanesque Aurore et la vive Marton. Quels accents tout empreints d'une mâle énei^ie ! C'est Zulnar en courroux maudissant sas revers ;

Ce sont des EailéSy dans leur sombre furie, Qui jurent de périr ou de rompre leurs fers. Mais quels divins accords!... Mélodieux et tendre,

Est-ce un refrain des troubadours,

Un refrain de leurs plus beaux jours

Que mon oreille vient d'entendre ?

N'est ce pas un concert inspiré par le ciel Dont le charme inconnu se révèle à la terre? « Voici venir la bannière « Des chevaliers d'Avenel. »

.Ainsi dans leur impatience,

Au souvenir de ses travaux.

Quand les amis des arts accusaient son silence, Boïeldieu préparait des chefs-d'œuvre nouveaux. Ah ! lorsqu'il brille encor de sa verve première, Qu'il ne la quitte plus celte belle carrière I Qu'il ne la quitte plus, tant de vœux Vy suivront! Tant de lauriers sont prêts pour couronner son front ! Ses succès sont à nous et la France en est fière I

Déjà tout un peuple enchanté D'une voix unanime a consacré sa gloire ; Pour lui, déjà son siéele est la postérité. Qu'il goûte encor longtemps cette immortalité Avant que nous fêtions sa dernière victoire !

Th. m. . . .

A l'issue du spectacle^ après la première représentation des Deiéx Nuits, la plupart des musiciens du Théâtredes-Arts ont exécuté, rue de Fontenelle, une sérénade sous les fenêtres de Boïeldieu.

On n'a pas oublié qu'en 1826 Schaffner, chef d'orchestre, avait été cité au tribunal de simple police pour avoir donné également à Boïeldieu une sérénade après

la première représentation de la DatM blanche, et qu'il avait iié condamné à i fr. SO c. d'amende et aux frais (1). Eh bien ! en 1829, la police n'était pas encore réconciliée avec Apollon, car cette fois aussi on a fait à Schaffner un procès, et on l'a condamné à l'amende ; mais une souscription, dite harmonique, a été ouverte à Rouen. Afin que tout le monde pût y contribuer, on ne recevait pas plus de 25 c. On avait décidé, en outre, que l'amende et les frais du procès une fois payés, l'excédant serait employé à ^impression de la relation complète de l'affaire. Ce précis du procès de la sérénade donnée à Boïeldieu a paru, en effet, le samedi 19 décembre 1829. Les souscripteurs en ont reçu gratis chacun un exemplaire au bureau du Neustrien, chez F. Marie, imprimeur-éditeur-propriétaire, rue des Carmes, no 36. D'autres exemplaires, qui se vendaient 50 c. chez tous les libraires de la ville, ont été promptement écoulés. Rien de plus curieux, en effet, quis la condamnation de Schaffner comme auteur d'encombrement de la voie publique, de tapage nocturne et de contravention auxrèglements de police.

La brochure — de 16 pages in-8o — renfermait une lettre de Boïeldieu, la quittance de Schaffner et la liste des souscripteurs. Celle-ci était vraiment curieuse. On y tournait en ridicule la lourde stupidité de la police en cette circonstance. A côté de souscripteurs véritables, on y avait inscrit des souscripteurs imaginaires. Citons quelques exemples :

(1) Voir page â65.

<K Un anonyme^ propriétaire de chevaux arabes, qui n'ose les monter dans la crainte de troubler la tranquillité publique.

« Trib*% musicien borgne, qui a vu la condamnation d'un très-mauvais œil.

« G...., ami de la tranquillité, mais amateur de sérénades.

« Plusieurs membres de la société philarmonique de Limoges, qui, en apprenant le procès, ont donné une sérénade au portrait de notre Boïeldieu.

« Une écrevisse.

« Une lanterne sourde.

« Le bourgmestre de Saardam.

« Les voyageurs d'une voiture versée, y compris le postillon, grand amateur de tapage nocturne.

(( MuIIot^ d'Elbeuf, qui ne connaît pas une note, mais auquel le résultat du procès a fait chanter une vilaine gamme.

« Un continuateur de La Palisse, qui fait hommage à qui de droit du couplet suivant :

Air de La Palisse.

\\ disait qu'évidemment Un ch'min n'est (c' qui m'étonne) Jamais plus libre que quand On n'y trouve personne !

(( Un meunier du pont de Vernon, ne connaissant que le son de son moulin et pourtant amateur de musique. (( Un ami des résumés, qui analyse ainsi l'affaire :

Défense aux Beaux-Arts, au dieu de THarmonie, De payer désormais leur tribut au génie. »

Nous recommandons enfin aux amateurs un article intitulé Sérénades, inséré dans le Journal de Rouen à la date du 27 décembre 1829.

L'opéra les Deux Nuits a été, avons*nous dit, représenté pour la première fois le i5 octobre i829. Le mois suivant, Boïeldieu a remis au maire de Rouen un volume intitulé les Deux Nuits, opéra-comique en trois actes, paroles de MM, Bouilly et Scribe, mis en musique, et dédié à la ville de Rouen par M. A, Boïeldieu, né dans cette ville. Cet ouvrage avait été relié avec un grand luxe par Gassassus. Au milieu d'un losange d'or appliqué sur le côté de devant on lisait : Hommage de l'auteur à ses concitoyens. Ce magnifique volume a été déposé à la bibliothèque publique de Rouen.

Voici d'ailleurs le texte même de la dédicace :

(( En dédiant la partition des Deux Nuits à mes chers « concitoyens, dit Boïeldieu, je mets sous leur protection « un de mes ouvrages que j'affectionne le plus, quoique « son succès n'ait peut-être pas eu la popularité de phi- (( sieurs autres de mes compositions, mais cette populace rite laisse quelquefois peu de chose après elle. L'ap- « probation des artistes et des gens de goût assure seule u une valeur durable aux productions des arts, et, sous «t ce rapport, les suffrages que j'ai eu le bonheur de « recueillir me donnent l'espoir que la musique des « Deux Nuits, quand elle aura été entendue plusieurs « fois, méritera l'honneur d'avoir été offerte à ma ville « natale. »

Nous croyons devoir reproduire encore deux lettres relatives à l'opéra les Deux Nuits :

a A M, le Rédacteur du Journal de Rouen.

« Rouen, le 12 décembre 18^.

c( Monsieur,

(I M. Boïeldieu, en adressant au corps municipal la partition de son opéra intitulé les Demx Nuits, qu'il a dédié à la ville de Rouen, m'a fait Thonneur de m'écrire une lettre que je crois devoir rendre publique. Je vous prierai donc de l'insérer dans le plus prochain numéro de votre journal.

« Les sentiments que M. Boïeldieu exprime intéresseront sans doute les habitants de Rouen, et je suis flatté de devenir auprès de mes concitoyens l'interprète de cet homme célèbre.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Le maire de Bouen,

(( M» DE Martainville. »

« A M, le marquis de Martainville, maire de la ville

de Rouen,

« Monsieur le maire, « En apprenant votre retour à Rouen, je m'empresse de vous exprimer le regret que j'ai éprouvé en quittant cette chère cité sans avoir eu l'avantage de vous présenter moi-même la partition des Deux Nuits, que j'ai dédiée à mes concitoyens. Je voulais vous supplier, monsieur le maire, comme leur premier magistrat, de vouloir bien être mon interprète auprès d'eux. Il m'eut été doux, en cette occasion, de vous réitérer l'expression de la vive reconnaissance que je devrai éternellement

à vous, monsieur le maire, et a messieurs les membres du conseil municipal pour la faveur insigne que, par leur organe, j'ai reçu de ma yille natale.

0 Quel a été mon bonheur, à cette époque à jamais mémorable pour moi, en voyant de tels magistrats abandonner un instant les soins que réclame d'eux une administration à laquelle chaque minute doit un bienfait, pour daigner verser sur moi la plus éclatante, la plus honorable des récompenses qu'un artiste puisse recevoir de ses concitoyens !

<K Pourquoi faut-il que, pour tant de reconnaissance, je n'aie qu'un si faible moyen de pouvoir l'exprimer? Mais il vous appartient, monsieur le marquis, de donner de la valeur aux sentiments dont je suis pénétré pour la ville qui a protégé mes essais, et il vous suffit pour cela de daigner être mon interprète auprès d'elle. Cette nouvelle preuve d'une bienveillance dont je sens tout le prix ajoutera, s'il se peut, à l'étemelle reconnaissance que je vous dois.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

a BOÏELDIEU. »

« Pour copie conforme -.

« Le maire de Rouen,

« M" DE MARTAIN VILLE. W

Le succès des Deux Nuits donna l'idée à Dantan jeune de reproduire, dans de moindres proportions, le buste de Boïeldieu qui était au foyer du Théâtre-des-Arts (petit foyer actuel). On a établi à Rouen un dépôt de cette nouvelle édition de l'œuvre de riUustre élève de Bosio.

iMais reprenons Ténumération, par ordre alphabétique^ des opéras nouveaux :

La Fiancée, en trois actes, de Scribe et Auber. Première représentation le 12 août 1829. — Acteurs : Andrieux, Valbonte, flippolyte, M™» Certain et Lemesle.

Ldcester ou le Château de Kenilworih, opéra-comique en trois aetes, de Scribe et Mélesville, musique d'Auber. Première représentation en avril 4850.

Le répertoire lyrique se complète ainsi :

Adolphe et Clara, Aline, Ambroise, Anacréon chez Polycrate,

Beniowski, — Camille, la Caverne, le Concert à la Cour.

Les Deux Journées, le Diable à quatre, la Dot,

VEpreuve villageoise, Euphrosine. . ^

La Fête au Village voisin, Fiorella, ^^j^ n "^

Gulistan, Gulnare, — Héléna.

V Intrigue aux Fenêtres, — Jeannot et Colin, Joconde.

Léon, Lodoïska, Lulli et Quinault.

Le Maçon, la Maison à vendre, le Maître de Chapelle, Marie, Mazaniello (reprise), Monsieur des Chalumeaux,

La Neige, — le Pensionnat, le Petit Chaperon rouge, Picaros et Diego, la Pie voleuse.

Les Rendez-vous bourgeois, Robin des Bois.

Le Tableau parlant, le Tonnelier, le Trésor supposé.

La Vieille, les Voitures versées,

Zoraïme et Zulnar,

CONCERTS. — Une bonne fortune est arrivée, en octobre i829, aux amateurs de musique. Un concerl a été introduit dans l'opéra des Voitures versées, pour faire

entendre Schuocke, jeone et déjà célèbre pianiste, qui avait obtenu à Vienne, à Londres et à Paris, de trèsbrillants snecès. On y a entendu un duo de piano et de violon, composé par Scbnncke, exécuté par lui et Demonchy, musicien attaché au Théâtre-des-Arts ; un potpourri sur les airs de la Muette, composé et exécuté par Schuncke, et une fantaisie sur des thèmes des Deux Nuits, composée et exécutée par Schuncke. Pour la partie vocale, on a eu un air des Nifzze di Figaro, chanté par Serda, et la romance de Caraffa, intercallée par Nourrit dans le Rossignol, chantée par Andrieux.

Un second concert a été donné par Schimcke dans ce même mois d'octobre. Le programme a été à peu près le même, sauf des variations sur un thème de Mathilde de Sàbran, de Rossini, composées et exécutées par Schuncke.

Ajoutons pour mémoire que, le i9 décembre, les amateurs et les artistes ont donné, dans la salle de rnôtelde-Ville, un concert au bénéfice des mères de famille indigentes, avec le concours de Schuncke.

INTERMÈDES. — EU général, c'étaient des ouvertures :

Ouverture A'Oheron, opéra de Carle-Maria de Weber (mai 1829, etc.) ;

Ouverture à'Ivanhoë, de Rossini ;

Ouverture i'Euryanthe, de Weber (souvent) ;

Ouverture du Jeune Henri (souvent) ;

Ouverture de Charles de France.

Il faut encore inscrire, parmi les intermèdes de Fannée, celui dans lequel Adolphe Nourrit a chanté la Descente d'Orphée aux Enfers. (Voir les représentations extraordinaires.)

DES ARTS. 4il

BALS. — « Les grands bals parés et masqués, à onze heures, après le spectacle, au prix ordinaire et sans délivrance de contremarques, ont été au nombre de quatre, savoir : le dimanche ii février, le jeudi 18, le dimanche 21 et le mardi gras 25 (1).

On avait annoncé deux bals masqués par souscription, mais les souscriptions ne sont pas venues.

I/événement du carnaval a été un bal par souscription, paré et non masqué, au profit des pauvres, pour lequel le directeur a offert la salle du Théàtre-des- Arts, et qui a eu lieu le samedi 27 février 1830, à huit heures du soir. — Ce jour-là on a annoncé relâche par ordre^ comme s'il eût été possible de faire autrement.

Vingt-quatre commissaires ont été désignés parmi les souscripteurs, et se sont assemblés quelques jours à l'avance, sur l'invitation de M. le maire, pour arrêter les dispositions préparatoires.

Les billets étaient personnels, et le prix de chacun d'eux était de 10 fr., sans distinction de places. On souscrivait à KHôtel-de-Ville, salle no 16, de une heure à quatre, ou chez l'un de MM. les commissaires. On a retiré les billets à l'Hôtel-de-Ville, salle n» 15, les trois derniers jours, à la même heure.

Quant aux mesures prises à l'égard de la circulation des voitures et à la vente des rafraîchissements, nous renvoyons au Journal de Rouen du 27 février même. Elles pourraient intéresser ceux qui voudraient organiser un bal de bienfaisance au grand théâtre.

(1) Pâques, en 1830, était le il iivril. 11 y a eu relâche le 8, le 9, le 10 et le jour de Pâques.

La salle était décorée avec goût, mais simplement (il n'y ayait pas de salon de jeu). L'orchestre ayait été placé au fond de la scène.

Le préfet^ le maire et les principaux fonctionnaires s'étaient fait inscrire sur la liste des souscripteurs, dont le nombre a dépassé i ,300. La délivrance des billets et diverses souscriptions ont donné une recette de 1 3,240 fr.

On avait un orchestre insuffisant, et on n'avait rien fait pour éviter les défectuosités et la poussière du parquet, de sorte que les frais n'ont pas dépassé i ,927 fr. 85 c.

Une somme de i1,312fr. 13 c. a donc été versée dans la caisse des bureaux de bienfaisance de la ville. Une distribution extraordinaire de secours à domicile a été faite le 2 mars suivant.

Le bal du 27 février a inspiré à un jeune poète rouennais(1), Eugène-Victor Lecoupeur, une pièce de vers intitulée le Bal de V Aumône, qui s'est vendue SO c. au profit des pauvres. En voici quelques passages :

Dans ces murs toat brillants et de cristal et d'or, Où frémit Melpomène, où vient rire Thalie, Où du Cid immortel règne le grand génie, Terpsichore à son tour prend son agile essor. L'Humanité, TAumône, à leur sœur inconnue Viennent tendre la main. La jeunesse ingénue Sourit, pour la première fois,

Au doux aspect des trois Grâces nouvelles.

Qui du malheur ont écouté la voix.

Le plaisir, quand il vient secourir la douleur. Est un double plaisir, et Tâme satisfaite,

(!) Aujourd'hui doctenr médecin à Rouen — 1866.

DES ARTS. 4i3

Après avoir joui d'une ivresse parfdie,

S'endort danâie'sein du bonheur.

La clôture a été faite le mardi 20 avril par : 1° Louise ou la Réparation, vaudeville; 2o La Dame blanche, opéra.

Cette soirée d'adieu n'a rien offert de saillant.

IHGIDERTS.

Le premier incident est une cabale formidable, dont le troisième début de M™« Saint-Aubin-Goossens a fourni l'occasion. Une poignée de siffleurs ont montré ce jourlà une ténacité sans exemple contre une immense majorité déclarée en faveur de la débutante. Celle-ci, quoique reçue par le fait, voulut résilier, et la direction' y souscrivit. Cependant, pendant les soirées qui ont suivi, un certain nombre de spectateurs ont demandé que M°>« Saint- Aubin reparût. Elle y a consenti, et le 13 mai on a tenté, mais en vain, de chanter Ma Tante Aurore, Des sifflets et des applaudissements ont seuls été entendus. Le commissaire, placé à la tribune aux harangues (aux premières, à droite du spectateur)^ n'a pas été écouté... D'an côté, des chapeaux sont lancés en l'air en signe d'allégresse ; de l'autre, un couteau ouvert est lancé du parterre dans le parquet, et un spectateur est légèrement blessé. Les dames prennent la fuite. Des gendarmes et des gardes royaux, n'ayant pu ramener le bon ordre, finissent par faire évacuer la

sifflé sans l'avoir écoaté. Arrêté au parterre, il a été condamné à yingt-qnatre heures de prison. Trois autres ont été condamnés à la même peine, pour irrévérence en* vers le commissaire de police. On les accusait^ en outre^ d'avoir apporté au théâtre des bouteilles pleines de gaz méphitiques. Un autre a été condamné à une légère amende^ pour s'être tenu debout aux secondes loges pendant la représentation et avoir parlé au commissaire de police le chapeau sur la tête. Enfin un dernier, prévenu d'avoir sifflé et d'avoir résisté à un agent de police qui lui avait déchiré son habit en l'arrêtant, a été condamné à vingt-quatre heures de prison.

Encore un affreux scandale ! Un jour de novembre 1839, on avait annoncé le Concert à la Cour, M»»« Dangremont a refusé de chanter dans cet opéra, parce qu'elle avait été prévenue trop tard qu'on le donnerait ce jour-là. Le régisseur a proposé la Vieille en remplacement ; le public n'a pas voulu de cet arrangement. Force a été de rendre de l'argent pour acheter la tranquillité; mais à quelques jours de là W^^ Dangremont a reparu dans le Concert à la Cour. Une vigoureuse bordée de sifflets s'est fait entendre, et le désordre aurait probablement* nécessité rintervention de la force armée, si l'actrice n'eût fait, séance tenante, des excuses très-humbles. — M«n« Dangremont a été citée en police municipale par le commissaire de police et acquittée par jugement rendu par le juge de paix, président de ce tribunal. Le commissaire de police s'est pourvu en cassation, mais la cour a rejeté le pourvoi. Avec son directeur, M°>« Dangremont n'a pas été aussi heureuse. Le tribunal l'a condamnée à SOO fr. do dommages-intérêts et aux dépens.

Les Osftges, dont nous avons parlé plus haet (pages 338 et 339), étaient à Naples en mars i829. Ils s'y sont montrés au thé&tre del Fondo. En septembre, ils étaient à Marseille. En octobre, ils sont arrivés à Paris, et en mars i830 ils ont passé par Rouen, se rendant au Havre, afin de s'embarquer pour leur patrie. La mort n'avait pas épargné leurs rangs. Une des princesses n'était plus, mais elle avait donné naissance à un fils. Le ministre c(mnu sous le nom de Vieux-Soldat était aussi allé rejoindre le Grand-Esprit, il restait seulement une femme et trois hommes, parmi lesquels se trouvait toujours Marchar- Titatoonga (le Gros-Soldat) .

Cholet et W^^ Prévost, artistes de l'Opéra-Gomique, assistaient à la représentation du 5 avril 4830. Leurs prétentions trop élevées ont empêché la direction de les engager.

A répoque qui nous occupe, une mise décente n* était pas de rigueur pour entrer au parterre, aux troisièmes et aux quatrièmes. On y voyait des gens sans bas, d'autres sans cravate, ou bien revêtus de tricots, couverts parfois de déchets de coton. Un charbonnier et un garçon boulanger s'y plaçaient sans avoir pris d'autres vêtements que ceux de leur profession, de sorte qu'ils noircissaient ou blanchissaient leurs voisins. Quelques habitués du parterre ont fait entendre à cet égard de justes réclamations.

Un certain soir, un petit incident est venu dérider les figures. On chantait la Pie voleuse. La fermière, en parlant de Ninette, s'est écriée : « Il n'est pas jusqu'à M. le T. III. 27

iiS THÉÂTRE

c«ré {an liea de M% le baiHy) qui lui CMfte éenFCtte. i) A Rome, oetle yariante ionooeimiient écha|Npée ;à Tactrioe lui eèt conté cher, si oa en eroit ub ouvarage imprimé 6û 48S7, et dans ^lequel on lit :

« À Home, €6 qui éloigne le jmblic du théàlre, c'est le « nouveau règlement papal sur les spectacles. Au par- « terre, celui qui, y étant assis^ se lève pour rester dett bout, pai« une amende de cinq écus. -Quiconque garde (c son chapeau sur la tète est expulsé de la salle immé- « diatemenft. Un acteur qui se permet un geste indécent <( au une expression qm ne se trmme pas dans le livre du <( souffleur, est envoyé aux galères pour cinq années et « devient incapable de remplir aucune place par la suite, « Si quelqu'un donne un soufflet à un autre, il est con- « damné à dix années de galères ; s'il entre au théâtre « avec une arme quelconque, il est envoyé aux galères « pour la vie, et, s'il blesse un individu^ il y a^peine de (c mort. Tout signe d'approbation ou d'improbation est « défendu, et le contrevenant est condamné à six mois « de prison, etc. »

La reprise du Pied de Mouton, dont nous avons parlé, n'a pas été Mte sans protocoles. Voici pourquoi : Adolphe Jouanno avait joué, dans cette pièce, le rôle de Nigaudinos, sous la direction Morel et Saint-^Elme ; mais à la dernière représentation, un accident ayant failli le priver d'un bras, il résolut de ne plus s'exposer de nouveau. Des malheurs arrivés danà ce même rôle à plusieurs acteurs justifiaient ses craintes. A Marseille, par exemple, Silvestre-Nigaudinos s'était cassé les deux genoux. A Strasbourg, Maillard-Nlgaudinos avait eu l'épaule frac-

torée. Cependast Jouaono a consenti à mtcej/ter le xôle de nouveau. Il n'a pas eu à s'en repentir. Aucun acci* dent, ni de son temps ni depuis, n'est venu, fue nous «aehicms, attraster le Pi&i de Mouitm. .. Bemandez plutôt à Lazarille !

Nous leri^juiQQ$ par la reproduction à*m^ l^tre qui feint bien l'état du tbéj^tre de Rouen en 1839-1830 :

« Au rédacteur.

« Rouen, le 31 octobre lSâ9.

« Monsieur,

« Ce n'est jpas sans beaucoup de raisons que tant de plaintes se sont élevées depuis quelque temps contre la nouvelle adîninistration théâtrale. C'est une machine dont les ressorts sopt relâchés, et dont l'avenir serait compromis si les avis qu'elle a reçus restaient sans effet. J'ai aussi quelques questions à adresser à >1. le directeur. Il y répondra, je n'en saurais douter.

^ « Pourquoi, condaipnés depuis six mois aux pauvretés du répertoire, n'avons-nous obtenu^ pour prix de notre patience et de notre résignation, que deux pièces nouvelles ?

« Pourquoi, pendant les ouvertures d'opéras, un vacarme horrible se fait-^il entendre sur le théâtre, et sommes-nous ain^i jprivés de jouir en paix du zèle et du talent de nos musiciens ?

u Pourquoi pareil bruit, venant des coulisses, trouble, t-il les acteurs en scène, au point que l'un des jours

iSO THÉÂTRE

derniers H. Ernest fut obligé de réclamer le silence avec assez d'humeur?

« Pourquoi la salle est-elle aussi mal éclairée, et pourquoi le lustre ne jett&>t-il qu'une lueur trouble et incomplète?

« Pourquoi les quinquets des corridors, et notamment celui placé dans un des escaliers qui conduisent au parquet, sont-ils en si mauvais ordre qu*il faut recevoir sur ses habits Thuile qui s'en échappe?

« Pourquoi ne pas établir dans le foyer une sonnette qui annonce la levée du rideau, comme cela existe partout?

a Pourquoi le spectacle du lendemain n'est-il pas affiché avant le commencement de la dernière pièce?

« Pourquoi toutes ces choses et beaucoup d'autres?

« Pourquoi? C'est qu'il est des artistes pour lesquels il est plus facile de toucher de gros traitements que de les mériter, et que l'insouciance et la paresse ont sans doute plus d'attraits que le travail et l'activité.

« Je pourrais adresser à M. Paul d'autres questions. J'espère qu'il saura répondre à celles-ci en faisant cesser les négligences qu'elles accusent. S'il protestait que rien n'est moins fondé que ces doléances, je lui répondrais, à mon tour, que des faits vaudront mieux que des protestations, et que tout récemment il affirmait encore avoir tout accordé à A}. Boïeldieu pour la mise en scène de ses Deux Nuits, tandis que M. Boïeldieu affirmait de son côté, dans un cercle nombreux, n'avoir jamais pu obtenir de M. Paul qu'une basse et une contre-basse fussent ajoutées à l'orchestre.

« Agréez, etc. Un Abonné. »

DES ARTS. 42t

Si cet abooné fréqueote eocore nos thé&tres, il peut constater qu'il y a encore bien des réforme:; à faire, et il pourrait sur certains points adresser an journal un second exemplaire de sa lettre.

m THÉÂTRE

Aiinée théâtrale 1830-1831 (1).

L'ouverture^ retardée de quelques jours seulement, a été faite le lundi 10 mai par le spectacle suivant :

lo Les Deux Ménages, comédie;

2o Le Barbier de Séville, opéra.

Les débuts ont été peu nombreux. Ils ont été faits :

Pour la comédie, le vaudeville, etc., dans la Petite Ville, les Jeux de P Amour et du Hamrd, \e Jeune Mari, Kettly, Rataplan, les Etourdis, le Petit Enfant prodigue, la Somnambule, la Fille d'honneur, le Dépit amoureux, Valérie^ Louise, le Seeret du Ménage,

Pour Topera, dans le Barbier de Séville, la Fête au Village voisin, Jean de Paris, Ambroise, Montano et Stéphanie, V Épreuve villageoise (2), le Tableau parlant, la Lettre de change. Biaise et Babet, les Maris garçons, Bichard'Cœur-de -Lion .

Après ces débuts, la troupe, peu modifiée, a été constituée ainsi :

Comédie :

€h. Mangin, premier rélc.

Ernest, jeune premier.

(!) Deuxième année de la direction Félix- Paul Dutrcih.

(2) VAllemande à trois y a été dansée par Jouanno, M"^ Corinaldi et M"*' Nongarel. Celle-ci avait, on le sait, été danseuse.

Hippolyte^ premier amoureux.

Borssat, deuxième et troisième amour<';ix.

Paul Couturier, id.

Charles, troisième rôle^ raisoimeur.

Massin, père noble.

Louis, finaucier, manteaux.

Tiste, premier comique.

Mouchot^ deuxième comique.

Raynal, second père.

Mme Simonet, premier rôle.

M"c Nadéje-Fusil, jeune première (1).

xMii« Laignelet, iogénuité.

Mlle Brochard, troisième et deuxième amoureuse (2).

Mlle Nongaret, des troisièmes et deuxièmes amoureuses.

Mlle Valmout, id.

Mme Duversin, mère noble.

Mlle P. Dupuis, soubrette (3).

M"»» Saint-Estève, seconds caractères.

Opéra :

Andrieux, première haute-contre, Ëlieviou. Mesplon, Philippe, Gavaudan (4).

Hippolyte, puis Fouchet, deuxième hautre-contie, premier Colin.

(1) M"" Martin ayant été refusée à sa rentrée.

(2) Fille de Brochard, qui a été LaruettQ à Rouen dix-huit ou vingt ans auparavant.

(3) Une demoiselle d*Auteuil ou Dautheuil, qui a voulu être reçue comme doublure, a échoué.

(4) Anciennement Elleviou à Rouen en i$î4.

4i4 THEATRE

Paul Couturier, deuxième Ckïlin.

Dabadie jeune, Martin (1). Serda, première basse-taille.

Leclère, seconde basse-taille.

Lemaire, troisième basse-taille.

Joly, Laruette.

Jouanno, trial.

M">« Ponchard aine, première chanteuse à roulades (2) .

Mlle Zéline Delamotte, doublure de la précédente (3).

Mlle Langle, première chanteuse sans roulades.

Mi°e Certain^ première Dugazou.

Mme joly, première Dugazon en double (4).

Mlle Valmont, deuxième Dugazon.

Mlle Nongaret, id.

Mlle Corinaldi, id.

Mme Louis-Fabre, duègne.

Mlle Lemesle, mère Dugazon.

Mme Fritz, utilité.

Dumée, peintre décorateur.

Schaffner, chef d'orchestre.

Scriwaneck, violoncelle.

N. , régisseur. (Collet?)

(1) Avait déjà tenu cet emploi à Rouen, en 18:28-1829; cependant on a exigé des débuts.

(2) N'a fait qu'une rentrée, quoiqu'elle n'eut pas été absente moins longtemps que Dabadie.

(3) Son vrai nom était W^^ Romaignié. Elle venait de Milan.

(4) Belle-sœur de Joly, Laruette.

Tiste, régisseur en double pendant quelque temps sealement.

Mouchot, sous-régisseur.

Raynal, sous-régisseur^ parlant au public. N.; costumier. (Chindé?)

Trois des nouveaux artistes méritent une mention toute particulière en raison des souvenirs encore vivaces qu'ils ont laissés à Rouen.

D'abord Hip. Borssat, qui venait de Toulouse, où il était jeune premier en chef, après avoir joué quelque temps à rodéon et à la Porte-Saint-Martin. Rouen, comme le dit lui-même Borssat dans une lettre que nous avons sous la main, était alors la première ville de France pour la comédie, et les artistes du Théâtre-Français n'y venaient en représentation qu'avec crainte. U a réussi à Rouen dans le modeste emploi que nous avons noté plus haut (1). Nous le retrouverons ultérieurement dans des rôles beaucoup plus importants.

Mlle Nadéje-Fusil était une charmante jeune première. Elle portait le nom de Fusil, parce qu'elle avait été sauvée presque miraculeusement par Vl^^ Fusil dans la terrible retraite de Moscou. Dans un dictionnaire théâtral imprimé en 1825, on lit : « MUe Nadéje, plus connue sous le nom de V Orpheline de Wilna, treize ans environ. Cette jeune fille des champs fut adoptée par M"« Fusil, à qui elle doif son éducation théâtrale. Des

(1) Borssat, élève de la pension Massin, a suivi les classes du collège Gharlemagne et y a obtenu plusieurs premiers prix; puis il se fit comédien par vocation.

grâces naïves et le souvenir do malheur qui TaceueiMit à son berceau la recommandent à Tintérèt du public. » Cette actrice a débuté à Rouen d«is la Fille d'honneur, Valérie et le Secret du Ménage^

Quant à M^'e Rrochard, elle eat restée si. lomgtemps à Rouen, toujours en possession des bonnes grâces du public, que nous devons signaler son arrivée.

A l'ouverture de cette campagne, on a remarqué quelques changements dans la salle et plus de luxe sur la scène.

C'était d'abord un lustre élégant et riche, sortant des ateliers de Hadrol. Il n'avait qu'un seul rang de quinquets, mais il était couronné par des ornements dorés qui ressemblaient à des cerceaux. La partie inférieure était entourée par une belle draperie en cristal.

La loge du maire avait été agrandie par suite d*ttne direction nouvelle donnée à la première partie de l'escalier qui est à gauche du parquet. Cet escalier, pris aux dépens du foyer des musiciens^ était, comme auparavant, trop étroit, mais on le trouva moins raide.

Les banquettes du parquet avaient été exhaussées, mais elles restaient toujours trop rapprochées les unes des autres

En ce qui concernait la scène, Paul Dutreib, par suite d'une transaction avec le propriétaire du matériel, en apportait un nouveau. Son mobilier était complètement neuf, ses décors tous nouveaux et ses costumes également.

Aien n'était changé dans les chœurs, du moins pour les dames. Parmi les hommes, on a vu quelques figures nouvelles.

lA POLITIQUE AU THÉÂTRE. — • CC fut le 10 jttîUet 1^0,

à sept beureâ et demie du odatio^ que la clocbe de la ville anBOBça aux habitants de Rouen rheuFeose nou^ veUe de la ^rise d'Alger, parvenue par estafette au préfet. G<kmme c'était up samedi, il devait, selon l!usage, y avoir relà^^he au théâtre; mais une affiche placardée à deux heures a fait savoir qu'on donnecait le soir une représentation extraordinaire, comrposée de Valérie et du Comte Ortj. Très-peu de monde s'y est rendu, et on a paru peu disposé à saisir les aHusions que présentait l'opéra. Quand on a dit, au premier acte :

Madame el sœur chérie, La croisade est finie.

On nous a vu sans crainte Purger la terre sainte, Et notre épée est teinte Du sang des Sarrasins,

pas un seul applaudissement ne s'est fait entendre.

Le 27 juillet 1830, on a joué au Théâtre-dcs-Arts, très-tranquillement, comme en temps ordinaire, Chacun de son côté, la Lettre de change et la première de la Marraine, On ne savait encore rien.

Le 28 juillet, dès le matin, les nouvelles sont arrivées. Cependant un spectacle a été annoncé, la salle a été ou< verte et on a joué le Legs et chanté Adolphe et Clara, avec le concours de Ponchard, premier ténor de TOpéra- Comique ; mais un second opéra annoncé {Jean de Paris) n'a pas été exécuté, non plus qu'une romance que Pouchard devait chanter dans un enir'actc. A partir de ce moment, le théâtre a été fermé.

La réonvertore a eu lien le 3 août, bien tranquillement^ par une représentation sans le moindre à- propos : la Jeune Femme colère^ comédie ; la Marraine, yaudeville, et Louise au la Réparation, vaudeville. Même remarque pour celle du 4 : la Gageure^ comédie de Sedaine, et Fiorelfa, opéra, et pour celle du 5 : Marton et Frontin, comédie; Philippe, vaudeville, et les Voitures versées, opéra. Mais le 6, le spectacle était bien de circonstance. Il se composait de :

io Ma Place et ma Femme, comédie ;

2o La Marche parisienne, paroles de Casimir Delàvigne, chantée par Andrieu ;

5> La Marraine, vaudeville ;

4o Le duo de la Muette {Amour sacré de In pairie), chanté par Andrieu et Serda ;

5° France et Savoie, vaudeville.

Voici les paroles de la Marche parisienne de Casimir Delavigne :

Peuple français, peuple de braves, La Liberté rouvre ses bras.

On nous disait : « Soyez esclaves ; » Nous avons dit : « Soyons soldats ! » Soudain Paris, dans sa mémoire, A retrouvé son cri de gloire.

En avant! marchons

Contre leurs canons.

A travers le fer» le feu des bataillons,

Courons à la victoire !

Levez vos rangs, qu'on se soutienne ; Marchons, chaque enfaut de Paris, De sa cartouche citoyenne,

Doit l*offfande à son p^ys.

0 jour d'éternelle mémoire 1 Paris n'a plus qu'un cri de gloire :

En avant, marchons, ecc.

La mitraille en vain nous dévore, Elle enfante des combattants!

Sous les boulets voyez éclore Ces vieux généraux de vingt ans.

0 jour d'étemelle mémoire ! etc.

Pour briser leurs masses profondes.

Qui conduit nos drapeaux sanglants?

C'est la Liberté des deux Deux-Mondes, C'est Laiayette en cheveux blancs.

0 jour d'éternelle mémoire! etc.

Les trois couleurs sont revenues.

Et la colonne, avec fierté.

Voit briller à travers les nues L'arc-en-ciel de la Liberté.

0 jour d'étemelle mémoire ! etc.

Soldat du drapeau tricolore, D'Orléans, toi qui Tas porté, Ton sang se mêlerait encore A celui qu'il nous a coûté.

Comme aux beaux jours de notre histoire, Tu rediras ce cri de gloire :

En avant, marchons, etc.

Tambours, du convoi de nos frères, Roulez le funèbre signal; Et nous, du laurier populaire.

Chargeons leur cercueil triomphai.

0 temple de deuil et de gloire !

Panthéon, Fe^oit leur mémoirel Porto])8-1«8, marchons, DéoiMivrone nos fronts !

Soyez immortels, vous tous 4^ue nous pleurons, Martyrs de la victoire !

Le lendemain 7 août, le directeur a donné une représentation extraordinaire au bénéfice des veuves et enfants des victimes des 27, 28 et 29 juillet, composée de :

lo Le Secret du Ménage, comédie ;

2o Louise ou ia Réparaiion, vaudeville ;

3© Picaros et Diego, opéra, dans lequel Ponchard a rempli le rôle de Diego ;

4o La Marche parisienne, chantée par Andrieu et terminée par un tableau dans lequel ont paru tous les artistes du théâtre {i).

Après Louise, on a demandé avec instance la Marseillaise. Paul Couturier a essayé, mais en vain, de la chanter; il a fallu avoir recours à Andrieu.

La Parisienne, chantée par ce môme artiste et terminée par un tableau représentant îles hommages rendus, à Paris, aux braves morts pour la liberté, a provoqué un concert unanime d'applaudissements et de patriotiques acclamations.

La recette s'est élevée à plus de 3,000 fr.^ tant au bureau qu'au bassin.

(1) Dès le 5, une représentatioa avait eu lieu, au spectacle des Jeux-Comiques du €ra»4*Qottrs (Grin^et), au bénéfice des veuves et des blessés, à Paris, dans les jouraées des â7, 28 et S9 juillet 1880.

ORS ABœs. iai

Le 8 août, aolre «peetacle de etrcomlance :

lo Tartufe, coméèie ;

2o La Parisienne, chantée par Mesplon ;

3o Les Deux Journées, opéra ;

4o Le Deuil des Braves, strophes héroïques chantées par Andrieu.

Le 9, on a donné :

lo Les Deux Menthes, comédie;

âo Mazanidlo, opéra;

3o La Somnambule, vaudeville.

Dans Mazaniello, les scènes de révolte ont excité dos transports frénétiques.

Le 10, c'était :

lo La Fille d'honneur, comédie;

2o La Bolhécaise, chantée par Bahadie ;

3o Marie Mignot, vaudeville.

Voici les paroles de la Botbëcaise .

Air : Patrie^ hmneurt pour ^i j'urme moii bras {de la

Somnambule).

A l'espérance, ouvrons enfin nos cœur»; Que l'avenir à nos yaux se dévoile, Et qu'en ces jours de publiques douleurs La Liberté devienne notre étoile!!

Unissons nous, unissons^nous. Français, La Liberté ne périra jamais!

La Liberté, ce triomphe des lois.

D'un peuple sage est enfin bien comprise ; La respecter est le devoir des rois.

Puis8e*t-elle être à jamais leur devise! Unissons*nott8, etc.

Le monàe entend les em da peuple roi!

Unissonft-QOiu, Français, point de vengeance; Aox nations, montrons la bonne foi Qoi désormais devra régner en France.

Unissons-nous, etc.

Grande cité, reprends ton noble rang ; Jouis en paix d'une gloire étemelle; Pour nous sauver, Paris versa son sang. Honneur, honneur à la ville immortelle ! Unissons-nous, etc.

Non, l'étranger ne dévastera plus Le sol sacré de notre belle France!

De nos tribuns, s'il connaît les vertus. De nos soldats il connut la vaillance.

Unissons-nous, etc.

Arbre sacré, que tes divins rameaux Couvrent bientôt le sol de la patrie; De nos enfants entoure les berceaux.

Car tu deviens pour nous Tarbre de vie. Unissons-nous, etc.

Toi, qui de nous doit tenir tous tes droits, Des libertés sois la vivante image!

Prince...., rends-toi Vesclave de nos lois : Eu te louant nous leur rendons hommage. Unissons-nous, etc.

Ce joar-là, une scène touchante a signalé la soirée. Un élève de l'École polytechnique a été aperçu au parterre. Le public a demandé qu'il se plaçât aux premières, et a rendu hommage, dans sa personne, au courage héroïque de ses braves compagnons. Bientôt Hesplon ayant chanté.

à la demande générale^ la Parisienne, dofit le refrain est :

Victoire! plus de tyrannie,

Le peuple a reconquis ses droits,

lorsqu'on est arrivé au couplet qui fait allusion à la conduite de TEcoIe polytechnique, les applaudissements ont redoublé et une couronne d'immortelles a été placée sur la tête du jeune élève.

Le lendemain, le journal insérait la lettre suivante :

« Le besoin que j'éprouve de m'acquitter pour ma « part envers les habitants de Rouen me fait prendre la « liberté d'emprunter la voie de votre journal pour leur <( exprimer toute ma gratitude.

« Les Roûennais m'ont imposé une douce et grande « tâche, celle de faire connaître à mes compagnons l'es- « time qu'en ma personne ils ont témoignée pour l'Ecole « polytechnique. Les émotions qu'ils me firent éprouver « sont de nature à ne pouvoir se transmettre.

(( Je m'efforcerai du moins de les faire partager à mes « camarades , et d'ajouter ainsi à la reconnaissance a qu'ils ont déjà vouée à la première ville qui vola vers « Paris.

(( Agréez, etc.

(( Un Élève de l'École polytechnique. »

Le 11 août, le spectacle était ainsi composé : lo Chacun de son cd^^, comédie; 2o La première représentation de A-propos patriotique; 3° Les Rendez-vous bourgeois, opéra.

Avant VA^rapas, Dabadie a dû chaater la Bolbéeaise et la Marseillaûe.

Sans emitinner à copier l'affiche de chaque jonr, nous dirons que, pendant la fin d'août et les mois de septembre et d'octobre, le même esprit a présidé à la cornpontion du spectacle.

C'était très-sonrent VA -propos pairiotifue, le Ma-riage de Figaro, Mazaniello, les VisUandines, Balaplan, le Capitaine Belronde^ la Muette (i).

Accordons une mention spéciale :

A des Couplets patriotiques chantés par Andrieu;

A une représentation donnée, le samedi 14, par une réunion d'amateurs, au bénéfice des victimes des 27, 38 et 29 juillet (2), et ainsi composée :

lo Le Tableau de Ténières, vaudeville en un acte;

2»!^ second acte de Régulus^ tragédie de Amault fils;

3o Le Mariage de raison, vaudeville;

4> Plusieurs airs dans les entr'actes ;

A VElbeuvienne, de Victor Vachot fils, qui, après avoir

(1) On y ajoutait trois couplets de la Marseillaise^ chantés par Mazaniello. Le cinquième acte était remplacé par le triomphe de Mazaniello, qui descendait de cheval et chantait la Marche parisienne. Au dernier couplet, le public tout entier se levait. On avait supprimé le cinquième acte, parce que Ton craignait quelques applications désavantageuses à la cause qui venait de triompher; Mazaniello avait été mutilé pour le même motif.

(2) Dans beaucoup de cafés, on a fait des poules dans le même but.

été chantée au Théâtre-des-Arts le 19 août 1830, s'est vendue au profit des victimes de juillet;

A la Tricolore;

AVYvetotaise, chantée par Andrieu ;

A la Darnétalaise, chantée par Dabadie.

A la reprise du Mariage du Capttcin, au 6 septembre 1830, a été aussi une cofiséquefice de la liberté qui a régné après la révolution qui venait de s'opérer.

Le 7, il y a eu relâche^ à cause de l'état de fermentation dans lequel la classe ouvrière de Rouen et des vallées voisines se trouvait depuis quelques jours.

Pour ce motif, ce ne fut que le 8 qu'on donna pour la première fois 97, ^8 et %9, tableau épisodique des trois journées, par Etienne Arago et F. Duvert. On a trouvé très-ressemblant ce bon M. Gaffardin^ honnête jésuite, royaliste le S6 juillet et libéra] le S9, criant à tue-tète: Vive la liberié! vive Lafayetle! (Ce Caffardin a laissé des enfants ! )

On a beaucoup applaudi ce couplet chanté par l'ouvrier Pruneau (Lemaire) :

Air de Marianne,

Pour tâcher ëe pr^odre un potage, Nous marchions sur Tarcheyéché; Voità qu'nons entrons daoïs la cage, Mais le aierle était déniché.

Nous cherchions bien..<.

Nous n'trouvions rien, J'avais toujours un appétit de chien.

DTargent, faut voir,

Plein un tiroir,

Mais c'est pas ça que nous voulions avoir. Faut jamais flétrir son service, Aussi tout ça fut respecté; Aux chanoines j'n'ai rien emporté Qu'un d'ieurs bonnets d'police.

(// tire de son casque un bonnet de tulle garni de roses.)

Voici un autre couplet, qui était chanté par l'Anglais Atkiuson :

Dans les bois tout le temps qu'il j^le roi) passe

Est perdu pour voire bonheur ;

Ce prince, il aime trop la chasse,

Je n'aime pas un roi chasseur; Cet exercice endurcit trop le cœur.

Verser le sang avec indififérence.

Vous voyez où cela conduit !

C'est par le gibier qu'on commence,

C'est par le peuple qu'on finit.

Cette pièce de circonstance a été représentée six fois en un mois.

Un autre à-propos, intitulé le Gentilhomme de la Chambre, à-propos-vaudeviile en un acte, par Sauvage et Georges, a été donné le 27 septembre 1850. Il s'agit d'un gentilhomme endormi le 26 juillet par un narcotique et réveillé le 7 août.

La première représentation des Hommes du lendemain, comédie en un acte et en vers, par d'Epagny, a eu lieu le 9 octobre 1830, On y a remarqué cette tirade du vicomte :

On monte en fonction,

Que Ton soit contre ou pour la révolution.

Lorsque Ton est adro't.... Vous comprenez, de reste, Qu'on nMra pas courir après Thomme muJeste Qui ne se vante pas et ne demande rien. Pour lui les coups, pour nous l'argent: chacun le sien.

Quelques jours après, la Semaine de Paris, nouvelle messénienne de G. Delavigne, a obtenu un grand succès.

La reprise des Victimes cloîtrées a été une spéculation de la part de P. Dutreih, parce qu'aux époques d'effervescence cet ouvrage a toujours du succès.

En même temps, on a redonné au Pensionnat le nom de Vîsitandines et on a repris Fénélon ou les Religieuses de Cambrai, tragédie. Gela va de soi. U ne manquait plus que de reprendre la Maison du Rempart,

En décembre 1830, on a monté Napoléon ou Schœn^ brunn et Sainte-Hélène, drame qui faisait vibrer trèsfort la fibre populaire, et on a donné la Coalition, tableau populaire en un acte, mêlé de vaudevilles, par Mélesville et Garmouche.

A cette époque, Tentbousiasme patriotique était loin d'être épuisé. En voici une preuve : le dimanche 13 décembre, le spectacle finissait par 27, 28 6^ 29 Juillet. A la fin de la pièce, on a demandé la Parisienne. Andrieux Ta chantée, et l'auditoire a été électrisé. Le parterre a forcé les spectateurs des loges à se tenir debout pendant ces couplets. S'y refuser eût 4té s'exposer à être interpellé nominativement ou montré au doigt.

Est-il utile de dire que les théâtres et les lieux de divertissements n'ont pas été fermés le 21 janvier 1831, anniversaire de la mort de Louis XYI? Non, sans doute.

Les fleurs de lis ont disparu, le 17 février, de la salle

du Théàtre-des-Arts, en même temps que de la porte du collège, de la porte GuiUaume-Lioo, du péristyle de YBth tel-de-Ville et de la Préfecture.

Le dimanche 6 mars, pendant la représentation de la Famille Ricquebourg, qui précédait la Muette, on a jeté un billet sur la scène. Le commissaire n'a pas voulu qu'il fût lu. Alors on a demandé verbalement la Varsovienne, déjà réclamée la veille à l'administration, qui avait pris l'engagement de faire venir de Paris la musique des strophes patriotiques de Casimir Delavigne. Le régisseur a prié le puMic de se contenter provisoirement des paroles en attendant la musique. En conséquence, entre le troisième et le quatrième acte de la Muette, Fouchet est venu déclamer les beaux vers du poète normand, qui ont été très-appkmdis.

Voici la Varsovienne :

11 s'est levé, voici le jour sanglant : Qu'il soit pour nous le jour de délivrance! Dans son essor, voyez notre aigle blanc Les yeuK fixés sur Faro-en-ciel de France. Au soleil de juillet, dont Téelal fiit si beau, 11 a repris son vol, il fend les airs, il crie :

Pour ma belle patrie.

Liberté, ton soleil ou la nuit du tombeau l

Polonais, à la baïonnette t C'est le cri par nous adopté.

Qu'en roulant le tambour répète ;

A la baïonnette !

Vive la liberté!

« Guerre l A cheval. Cosaques des déaeris! a Sabrons, dit- il, la Pologne rebelle.

« Point de Balkans, ses champs nous ^oni ouverts;

« C'est au galop qu'il faut passer sur elle ! » Halte ! n'avancez pas, ces Balkans roui nos corps ! La terre où nous marchons ne porte que des braves,

Rejette les esclaves, Et de ses ennemis ne garde que les morts !

Polonais, etc.

Pour toi, Pologne, ils combattront, tes fils! Plus foTtunés qu'au temps où la victoire Mêlait leur cendre aux sables de Memphis, Où le Kremlin s'écroula sur leur gloire ! Des Alpes au Thabor, de TËbre au Pont-Euxin, Ils sont tombés vingt ans sur la rive étrangère !

Cette fois, ô ma mère !

Ceux qui mourront pour toi dormiront sur ton sein.

Polonais, etc.

Viens, Kosciuszko, que ton bras frappe au cœur

Cet ennemi qui parle de clémence...

En avait-il quand son sabre vainqueur

Noyait Praga dans un massacre immense ? Tout son sang va payer le sang qu'il prodigua. Cette terre en a soif, qu'elle en soit arrosée.

Faisons, sous la rosée.

Reverdir les lauriers des martyrs de Praga !

Polonais, etc.

Allons, guerriers, un généreux effort!

Nous les vaincrons, nos femmes les défient.

0 mon pays ! montre au géant du Nord

Le saint anneau qu'elles te sacrifient ; Que par notre victoire il soit ensanglanté. Marche et fais triompher, au milieu des batailles,

L'anneau de fiançailles Qui t'unit pour toujours avec la Liberté!

Polonais, etc.

A nous, Français! Les balles d'Iéna

Sur ma poitrine ont inscrit mes services.

A Marengo le fer la sillonna;

De Ghampaubert comptez les cicatrices.

Vaincre ou mourir ensemble autrefois fut si doux! Nous étions sous Paris... Pour de vieux frères d'armes

N'aurez- vous que des larmes?

Frères, c'était du sang que nous versions pour vous !

Polonais, etc.

0 vous, du moins, dont le sang glorieux S'est dans l'exil répandu comme l'onde, Pour nous bénir, mânes victorieux, Helevez-vous de tous les points du monde!

Qu'il soit vainqueur, ce peuple, ou martyr comme vous!

Sous le bras du géant qu'en mourant il retarde, Qu'il tombe à Tavant-garde

Pour couvrir de son corps la liberté de tous!

Polonais, etc.

Sonnez, clairons! Polonais, à ton rang!

Suis sous le feu ton aigle qui s'élance.

La Liberté bat la charge en courant,

Et la victoire est au bout de ta lunce! Victoire à l'étendard que l'exil ombragea Des lauriers d'Austerlitz, des palmes d'Idumée !

Pologne bien -aimée.

Qui vivra sera libre, et qui meurt Test déjà !

Polonais, etc.

Casimir Delavigne.

DES ARTS. Ui

Le mardi suivant 8 mars, a eu lieu la première représentation de Monsieur Cagnard ou les Conspirateurs (voir aux nouveautés de Tannée).

Le 1% celle de Madame La Valette, drame (voir aux nouveautés).

Le SO, c'est autre chose. Fouchet chante dans un entr'actc la Varsovienne, mise en musique par Schaiïher, le chef d'orchestre du Théâtre-des-Arts.

Le lendemain, la première représentation du Maréchal Brune (voir aux nouveautés). Cet ouvrage est de nature à mettre les passions en jeu et les partis aux prises. Ce jour -là, à Rouen, la ville calme par excellence, on a crié au théâtre • A bas les carlistes! c'est-àdire, dans l'espèce, à bas ceux qui sifflaient.

Pour qu'il fût dit que la politique s'était mêlée aux représentations depuis un bout de l'année jusqu'à l'autre, la'dernière soirée, celle de clôture, le 20 avril 1831, a été très-agitée, comme d'usage. On a fait circuler dans la salle un bulletin imprimé contenant l'extrait des heureuses nouvelles données par le Messager em sujet de la Pologne. A la demande générale, Fouchet en a donné lecture au milieu des applaudissements universels, puis il a chanté la Varsovienne, plus que jamais de circonstance.

CENSURE. — Voici le visa ministériel pour le répertoire de 1830 à 1831 : « Vu au ministère de Tintérieur, à la charge de ne donner les Châteaux en Espagne et les Deux Forçats que d'après des brochures visées pour le Théâtre-Français et celui de la Porte-Saint-Martin. — Paris, le IS mai 1830. -- Par ordre de Son Excellence,

442 THfiATRE

le maître des requêtes, chef de la division des belleslettres, tiiéàtres, sciences et beaux-arts. »

LA RELIGION ET LE THÉiTRE. -^ Hlppolyte, premier amoureux et deuxième haute-contre, est mort lie 3 septembre 1830, malgré les soins assidus des docteurs Blanche, Boulot, Duhamel et Godefroy. Un service a eu lieu avec pompe à Féglise Notre-Dame le lendemain 4. Tous les artistes du théâtre, sans en excepter les dames, y assistaient. Deux figurants, qui n'avaient pas quitté Hippolyte un seul instant pendant le cours de sa maladie, se sont trouvés mal dans l'église. Plus de trois cents personnes ont accompagné, jusqu'au cimetière Saint-Gervais, le convoi que conduisait M. Tabbé Motte (1).

Nous profitons de cette occasion pour citer un autre fait qui fait honneur à Tesprit de sage tolérance du curé de la cathédrale, M. Fabbé Motte. Le 27 août 1829, il avait béni, suivant les rites de la religion, le mariage de Serda, première basse- taille.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — G'est Utt artiste

du théâtre de rOpéra-Ck)miqtte, ancien pensionnaire de celui de Rouen, qui a ouvert la série des représentations extraordinaires. En juin i830, Boulard est venu chanter le rôle du sénéchal dans Jean de Paris.

Nous arrivons à la fête du grand Corneille, le 29 juin, célébrée ainsi :

lo Le Concert à la Cour, opéra;

2o Cantate, exécutée à grsmd orchestre, de la composition de Charles, artiste du théâtre ;

(1) Voir aux bèoéficâs.

3o Ouverture âe Guillaume Tell, de Rossini, exécutée à grand orchestre ;

4o Le Menteur, comédie en 5 actes, de Pierre Corneille. — Cartigny, premier comique de la Comédie- Française, a rempli le rôle de Cliton ;

5û Discours en l'honneur de Pierre Corneille, par Casimir Delavigne, prononcé par Mangin ;

&> Le couronnement du buste de Corneille.

Tous les artistes du théâtre et tous les choristes ont paru à la cantate et au couronnement.

Six lustres supplémentaires, groupés autour du principal foyer de lumière, ont produit un effet remarquable.

L'ouverture de Guillaume Tell a fourni l'occasion d'applaudir l'archet vigoureux et touchant de Scriwaneck.

En même temps que Boulard, Rouen possédait donc par extraordinaire Cartigny. Il a joué successivement dans les Veux Frères, la Fausse Agnès, V Hôtel garni, les Jeux de l'Amour et du Hasard, ï Intrigue épisto-laire, le Dépit amoureux, les Fausses Confidences, le Festin de Pierre, la Mère coupable, le Mercure galant, le Dissipateur, le Légataire universel. — Total, 12 pièces.

Quant à Boulard, outre Jean de Paris, il a chanté dans Fiorella et le Barbier de Sévilk,

Puis le 26 juillet est venu Ponchard^ premier ténor (sic pour la première fois) du théâtre de TOpéra-Comique. Il a chanté le 26 dans la Dame blanche, le 28 dans Adolphe et Clara, Mais à cause de la Révolution, il n'a pu chanter Jeaw de Paris^ annoncé. Il devait aussi chanter deux romances entre ces deux pièces, mais cela a été impossible. Il a pris sa revanche le 7 aoùt^ le jour de la

représentation au bénéfice des veuves et des enfants des victimes des trois journées, en chantant le rôle de Diego dans Piearos et Diego, et plus tard le jour du bénéfice de sa femme.

L'anniversaire de la naissance de Molière a été célébré, le 15 janvier 1831^ par ce spectacle extraordinaire et de circonstance :

lo Molière chez Ninon ou la lecture du Tartufe, comédie ;

2o L'ouverture de Sémiramis;

3o Deuxième représentation de 1760 ou la Matinée d'un grand Seigneur, comédie ;

4o Tartufe, comédie ;

5» Le couronnement du buste de Molière.

Une demi-douzaine de lustres supplémentaires étaient groupés autour du principal foyer de lumière.

BÉNÉFICE DES HÔPITAUX. — La première représentation au bénéfice des hospices a été donnée le mercredi 22 décembre 1830. Elle a été composée de :

lo Fénélon ou les Religieuses de Cambrai, tragédie ;

2o Fra Diavolo, opéra.

1^ recette, tant aux bureaux qu'aux bassins, s'est élevée à 2,943 fr. 10 c; les frais à 291 fr. 10 c. (1) Bénéfice net, 2,652 fr.

La deuxième représentation, le mercredi 9 mars 1831, a compris :

(1) Dont 6 fr. pour les pompiers, 89 fr. 50 c. pour i'éclairdge et le chauffage, etc.

lo Le Roman d'une heure, comédie; 2o La Famille Ricquehourg, vaudeville ; 3« Le Dilettante d'Avignon, opéra ; 4o La Ligue des Femmes, vaudeville.

Recette, 2,536 fr. 85 c; frais, 291 fr. 80 c. (1) Bénéfice net, 2,246 fr. 05 c.

BÉNÉFICES. — Une représentation au bénéfice de la mère d'HippoIyte, que cet artiste en mourant venait de laisser dans la misère, a été donnée le 16 octobre 1830. En voici le programme :

lo Le Romain dune heure, comédie ;

2o Un air varié de basson sur des motifs d' Auber, exécuté par Lacroix;

3o Un air varié de J. Mayseder, exécuté par Gharpaux, premier violon de l'orchestre ;

4o La première représentation du Mariage impossible, vaudeville ;

5o La Semaine de Paris, nouvelle messénienne, de Casimir Delavigne, récitée par Charles ;

&> Le Calife de Bagdad, opéra.

Les deux dames quêteuses étaient W^^ Simonet et Mlle Lai^elet.

La recette et les offrandes ont fourni 2,000 et quelques francs, dont il a fallu déduire 300 fr. environ pour les frais journaliers.

L'avant-veille de la clôture de Tannée, il y a eu un

(1) Dont 6 fr. pour les pompiers, 89 fr. 50 c. d'éclairage et chauffage, 8 fr. pour des musiciens extraordinaires dans le Mettante^ etc.

antre bénéfice, celui de W^^ Pouchard. Il a été l'occasion de la reprise de Leycester, opéra. Pcmchard, le mari de la bénéficiaire^ est ve&u de nouveau à Rou€n (voir aux représentations extraordinaires) pour chanter ce jour-là le r61e de Raleigh dans Leycester, et celui de Pierrot du Tableau parlant.

Pour un troisième bénéfice, celui de Mii« Dupuis, nous renvoyons à ce que nous disons de la clôture.

TRAGÉDIE. — La tragédie a été très-peu en honneur cette année. Ou n'en a pas même donné une à la fête de Pierre Corneille.

Plus tard, on a repris Fénélon ou les Religieuses de Cambrai,

Rien de plus.

DRAME. — Trois nouveautés :

Un An ou le Mariage d'amour, drame en trois actes, par Ancelot. Première représentation en août 1850.

Madame La Valette, drame historique en deux actes, par Barthélémy, Brunswick et Lhérie. Première représentation en mars 1851 .

Napoléon ou Schœnbrunn et Sainte-Hélène, drame historique en deux actes et neuf tableaux, par Dupeuty et Régnier, musique de Schaffner, décors de Dnmée. Première représentation le 4 décembre 1830. Ernest personnifiait Napoléon ; Charles, le général Bertrand. Autres acteurs : Fouchet, Joly, Mesplon, Lemaire^ Leclerc, An- -drieux, Serda, Dabadie, M™»» Nadéje, Dupuis et Brochard. On le voit, les artistes d'opéra n'ont pas dédaigné d'y paraître.

On n'a maintenu à la scène que les Victimes cloîtrées (1).

GOMÉJDifi, YAUPEYiLLË^ ETC. -^ Vingt uue nouveautés :

A'propos politique (voir la politique).

Le Bal d'ouvriers, comédie-vaudeville en un acte, par Varin et Louis. Première représentation en avril 18Sf .

La Coalition (voir ]a politique).

La Famille Ricquebourg ou te Mariage mal assorti^ eomédie*vaudeville en un acte, par Scribe. Première représentation en février 183i.

Le Garde de nuit ou le Bal masqué, vaudeville en trois actes, par MélesviUe et Masson. Première représen* tation en juillet 1830.

Le Gentilhomme de la Chambre ou Dix Jours après (voir à la politique).

Les Hommes du lendemain (voir à la politique).

La Ligue des Femmes ou te Bal et la Faction, tableau civil et militaire en un acte, par Xavier et Duvert. Première représentation en février 1831.

Ma Place et ma Femme, comédie en trois actes^ par Bayard et Gustave de Wailly. Première représentation en juin 1830«

La Marraine, vaudeville en un acte, par Scribe, Lockroi et Chabot. Première représentation en juillet 1830; le 27, alors qu'on ne savait encore rien à Rouen de ce qui se passait à Paris. — Acteurs : Hippolyte, Le-

(1) Annoncé à tort comme première représentation. (Voir tome I, page 395.)

clerc, Jouanno, M"*» Nadèje et Brochard. M"* Nadèje y était excellente.

Le Maréchal Brune, événement historique en quatre tableaux, par Dupeuty et Fontan. Première représentation en mars 1851 .

Le Mari de ma Femme, comédie en trois actes et en vers de Rosier. Première représentation en octobre

Le Mariage impossible, vaudeville en deux actes, par Garmoucbe et Mélesvilie. Première représentation en octobre 1830. M"» Nadèje-Fusil y a créé avec distinction le râle de Catherine. Les morceaux d'ensemble faisant de ce vaudeville un véritable opéra, Schaffner n'a pas dédaigné de conduire l'orchestre.

La Mère et la Fille, comédie en cinq actes et en prose, par Empis et Mazères. Première représentation en février 1831.

Monsieur Cagnard ou les Conspirateurs, comédievaudeville en un acte, par Dumersan et Brazier. Première représentation en mars 1831.

Philippe, vaudeville en un acte de Scribe, Mélesville et Bayard. Première représentation en juin 1830. Andrieux, première haute-contre, n'a pas dédaigné d'y créer un rôle, non plus que M"* Simonet, premier rôle de comédie.

La Reine de seize ans, vaudeville en deux actes, de Bayard. Première représentation en novembre 1830.

La Séparation, comédie en trois actes et en prose, par jMélesville et Carmouche. Première représentation en février 1831 .

Les Trois Maîtresses ou une Cour d'Allemagne, comé-

die-vaudeville en deux actes, de Scribe et Bayard. Première représentation en avril 1851.

1760 ou une Mutinée de grand Seigneur, esquisse de mœurs, comédie en un acte et en vers, par A. Le Mercher de Longpré^ notre compatriote, dit Y Indépendant^ journal rouennais. Première représentation en janvier 1831.

Dans cette comédie, on rencontre une foule de vers très-remarquables, ceux-ci entr'autres. Il s*agit d'un bal par souscription :

On y verra des gens de toutes les couleurs; Nous admettons tout... Oh ! nous aurons du mélange î Des pairs, des maréchaux et des ambassadeurs D'une part, et de l'autre un tas de procureurs, De robins, d'avocats ; le corps de la finance, Assommants parvenus, boursoufilés d'arrogance, Qu'à leur air, leur gros rire, on distingue à cent pas, Lourds d'écus qu'ils ont tous et d'esprit qu'ils n'ont pas, Espèce de bétail aussi vain et plus même Que le paon fait exprès pour leur servir d'emblème; Bref, tout le tiers frisé; des banquiers^ des marchands... Ah ! ça pûra le peuple, et d'ici je le sens !

27, 28 et 29, tableau épisodique. (Voir à la politique.)

Outre ces nouveautés et les pièces que nous avons citées dans les chapitres précédents, on a encore joué cette année :

VActe de Naissance, Y Amour et la Raison, Y Avocat Patelin, — le Bourru bienfaisant,

La Carte à payer , la Chercheuse d'esprit, le Chevalier T. III. 29

à la mode, U Complot de FamUle (reprise), Cnspîn médecin.

Défiance et Malice, les Déguisements amoureux, le Diner de MadeUm, — VEcole des Vieillards.

La FamiUe du Baron, la Femme juge et partie, les Femmes savantes, les Folies amoureuses.

La Gageure imprévue, Guerre ouverte.

V Héritière, V Homme à bonnes fortunes.

La Jeunesse de Richelieu, Une Journée à Versailles, — Louise ou la Réparation, dans laquelle M^^^ LaigQelet excellait.

Le Malade imaginaire avec la réception^ le Mariage de Raison (reprise)» le Menuisier de Livonie, le Médecin malgré lui, Monsieur de Crac, Monsieur de Pourceaugnac avec la course.

Nanine, — YOurs et le Pacha.

Les Précieuses ridicules, la Première Affaire (reprise).

Les Rêveries renouvelées des Grecs (reprise)^ les i?»vaux d* eux-mêmes, le Roi de Cûcagne (reprise).

Sans Tambour ni Trompette, la Seconde Année, Simple Histoire.

Le Tartufe de mo&urs, le Tyran domestique, — Werther.

OPÉRA. — Deux nouveautés qui font époque et deux autres beaucoup moins importantes. Total quatre :

Le Dilettante d'Avignon, opéra-comique en un acte^ de feu Hoffmann et de Léon Halévy, musique de F. Halévy. Première représentation en lévrier i831 .

Fra Diavolo ou PHôtellerie de Terracine, opéracomique en trois actes, par Scribe, musique d'Auber.

DBS ARTS. 4M

Première repvésentelion le 6 »o?embre 1830.*^ Acteurs ? Andrieux^ Jouanno^ Mesploa, Lemaire, Jolly et Couturier, W^ Lan^e et 1If« Certain. Le déeor du troisième acte a fait beaucoup d'honneur à Dumée.

VIllMsion, opéra en un aete, par Saînt*€reorges et Menissier (â*autees disent par Planard), Hiusique de Hérold. Première représentation en janTier 183i.

L'Italienne à Alger, c^éra-bouffon en ^atre actes, musique de Rossini. Première représentation le lundi i5 septanbre 4850. Ce jottr-là, le directeur avait eu soin d'engager, par la voie du journal, le publie, k encore peu accoutumé aux canevas italiens (sic), à s'occuper moins de la fable et da dialogue de cette pièce que de la musique elle-même. On sait, disait- il, qu'en Italie le poète est à la discrétion du maestro, qu'il lui fabrique des vers et des scènes prêtant aux développements musicaux, sans trop s'inquiéter de la raison. Dans V Italienne, Rossini a largement usé de la licence ordinaire en pareil cas, et le traducteur a dû se soumettre aux formes et à l'esprit de son modèle. » — Artistes : M«« Ponchard, M'^ Langle, Andrieux, Serda, Leclerc

Yoici le compilent, du répertoire lyrique, dont nous avons donné déjà une grande partie :

Anacréon chez Polycrate, — le Barbier de Séville, dans lequel M>°e Ponchard, comme l'avaient fait W^ DangremontetMm«Mottdoville, substituait les variations de Rode à l'air Di tanti palpiti, le Billet de Loterie, le Bouffie et le Tailleur.

Cendrillon, le Comte Ory, dans lequel M»« Ponchard chantait un air nouveau.

Les Deux Nuits (reprise), les Deux peUts Savoyards.

Emma (reprise), — la Fiancée.

VIrato (reprise), — le Maçon, le Maître de chapelle, Marie, la Muette, remise en entier après Tépoqae d'effer?esceace et avec un Vésuve tout neuf par Dumée.

Le Nouveau Seigneur du Village, — Œdipe à Colonne, VOpéra-Comique.

La Fie voleuse, le Prisonnier,

Robin des Bois, le Rossignol,

Le Tableau parlant, le Tableau parlant travesti, dans lequel le rôle des trois hommes était rempli par Mp^ Louis, Langle et Certain, et celui des deux femmes par Andrieux et Fouchet, le Tonnelier.

La Vieille.

coNCEBTS. — Il n'y en a pas eu d'autres qu'un bien modeste. La veille de la clôture de Tannée théâtrale, on a profité de la présence à Rouen de Ponchard (1). Il a chanté Madeleine^ romance. M°>« Ponchard a fait entendre la Brigantine. Le mari et la femme ont chanté un nocturne à deux voix. Bûcher, première flûte du théâtre San-Garlo, s'y est fait connaître avec le plus grand éclat. Au commencement, Torcbestre avait joué Touverture de Sémiramis.

INTERMÈDES. — Ils appartiennent tous, cet.te année, à la musique instrumentale :

Air varié de Bériot, exécuté sur le violon par Charpaux, premier violon de Torchestre.

(i) Voir pages 443 et 445.

Ouvertare de Guillaume Tell, de Rossini , eu juin i830.

Air varié de bassoii, exécuté par Lacroix, attaché à Torchestre.

Air varié de J. Mayseder, exécuté par Gharpaux, déjà cité.

L'ouverture de Sémiramis.

Après le duo à trois voix du Dilettante d'Avignon, le jeune Leprince, élève de Schafiher^ âgé de dix ou onze ans^ a exécuté un air varié de violon sur les thèmes de la Vestale, par Lafont (mars 1831).

Solo de violon exécuté par Gharpaux (avril 1831).

Fantaisie et pot-pourri exécutés par Bûcher, première flûte solo du théâtre San-Garlo, à Naples (19 et 2() avril 1831). Pour plus de détails, voir la représentation de clôture.

BALS. — Avant de parler des bals masqués, nous devons accorder ici la première place à un beau bal de bienfaisance au profit des indigents et des ouvriers sans travail, qui a réuni près de douze cents souscripteurs (à 10 fr. le billet). Ge bal a eu lieu au Théàtre-des- Arts, le samedi 5 février 1831. Les portes ont été ouvertes à 8 h. du soir, et les danses n'ont cessé qu'à trois heures du matin.

Pendant un mois à l'avance, les billets ont été pris à ruôtel-de-Ville, bureau n© 15, de onze heures à trois heures. Des commissaires avaient été choisis parmi les souscripteurs. Au bal^ on les reconnaissait à une éeharpe tricolore portée au bras.

Encore que ce bal ne fût pas donné au nom de la garde nationale^ il y avait beaucoup de citoyens en uni-

iS4 THEATRE

foime. Les dames portaient de riches toiiettes La décoration de la salle était simple et l'éclairage trés-briilant.

Aux troisièmes flottaient d'innombrables drapeaux tricolores. Dans le fond de la salle était le buste de Louis-Philippe à Fombre des couleurs nationales.

Ce jour-là, le nouveau foyer, le grand foyer, qui a cinq croisées sur le port et deux sur la rue Grand-Pont, très*Iong et trop bas^ le nouveau foyer, disons-nous, a été, pbur la première fois, ouvert an public. On y avait établi un café où les consonmiations se payaient soit en argent, soit en bons pris à l'avance chez M. Thillard ou au comptoir du café. Dans la salle, au contraire, on ne pouvait payer qu'en bons les rafraîchissements qui circulaient, mais seulement pour les dames et les danseurs (voir page 411).

On avait espéré un instant que le prince royal, invité par M. Henri Barbet, maire de Rouen, dans un voyage qu'il fit alors à Paris, assisterait à ce bal de bienfaisance, que Ton voulait rendre plus productif encore que celui de l'année précédente. Mais cet espoir a été déçu.

Quant aux grands bals de nuit parés et masqués, commençant à onze heures après le spectacle et dont l'entrée coûtait 5 fr. 50 c. par personne, nous n'avons pu en découvrir le nombre exact pour cette année. Nous savons seulement qu'il y en a eu le dimanche 6 février 1 851 , le dimanche 13 février, te mardi 15 février et le dimanche 13 mars (1).

(I) En 1831, Pâques a été le 3 avril. Il y a eu relfteha le vendredi et le samedi saints seulement.

DES ARTS. 4Ifô

Ils ont été signalés par une grande licence. Les masques apostrophaient les assistants arec des termes et des gestes d'une grossièreté et d'une obscénité à faire rougir les plus aguerris.

La clôture officielle de Tannée théâtrale a été faite, le mercredi 20 avril 1831, par un spectacle bien attrayant :

lo La Famille Ricquébourg, vaudeville;

2o Une fantaisie sur un thème favori de la SémiramU de Rossini, exécutée par Bûcher, première flûte solo du théâtre San-Garlo ;

3o Fra Diavolo, opéra ;

^o Un pot-pourri et des variations de la composition de Bûcher, sur Tair de Malborough, redemandés, tant ils avaient fait plaisir la veille.

Mais le directeur a consenti à ouvrir encore une fois la salle le surlendemain 2S, sans suspension d'abonnement^ pour un bénéfice en faveur de Mil» Dupuis, malade depuis longtemps. M^e Ponchard a bien voulu retarder son départ. Le spectacle a été composé de V Amour et la Raison, de la Muette de Portici et d'un solo de violon^ par Gharpaux.

Mii<»Langle et Brochard tenaient à la porte les bassins.

INCIDENTS

Le samedi 10 juillet 1830, à l'occasion de la prise d'Alger, il y a eu spectacle, et l'affiche portait ces mots : c pia BxmioiiDiiiiAiBB. » Us ont inspiré une lettre signée

iW THEATRE

Année théâtrale ISSf-f SS!t (1)

PBEMIÈRE PABTIE (S).

L'ouverture a été faite, le mardi 3 mai 1851, par ce spectacle :

Louise^ vaudeville ;

Mazaniello, opéra.

Les rentrées et les débuts ont commencé immédiatement. Ces derniers, peu nombreux d'ailleurs, ont d'abord été fort calmes, puis sont devenus orageux et ont fait prévoir la cata^opfae dont nous aurons bientôt à parler.

Les débuts ont en lieu :

Pour la comédie, le vaudeville, etc., dans le Philinie de Molière, le FesHn de Pierre, les Châteaux en Espagne, la Ligufdêi Femmes, le Dissipateur, les Femmes savantes. Tartufe^ les Folies amoureuses, les Précieuses ridicules.

(1) Troisième année de la directioD FélixPaui Dutreih (non achevée).

(2) Partie concernant ia direction F. -P. Dutreih.

Pour Topera, dans Mazanielh, le Barbier de Séville, Œdipe à Colonne, le Tableau parlant, Jean de Paris, le Maçon, Fra Diavolo, le Rossignol, Ma tante Aurore,

En fin de compte, la troupe, à peu près constituée quand la direction tomba, comprenait les artistes dont les noms suivent .

Comédie :

Colsou (i), premier rôle 7,000 fr.

Ernest, jeune premier 7,000

Borssat, premier et deuxième amoureux,

troisième rôle (emploi mal déterminé) . . 5,000 J. Morazain (2), jeune amoureux

Charles, troisième rôle 6^â00

Massin, père noble â^OOO

Louis, financier, manteaux 5,000

Tiste, premier comique 5,â00

Kaynal, deuxième père, régisseur 4^200

Mouchot, deuxième comique, régisseur. . . 5,300

M»* Simonet, premier rôle 7,000

M"e Nadèje-Fusil, jeune première 6,000

W^ Laignelet, ingénuités 4,000

Mii« Brochard, troisième et deuxième amoureuse 2,000

M"« Nongaret, id.

A reporter 65,500 fr.

(i) En 1844 avait été engagé au théftire de Rouen pour jouer la tragédie. (Voir tome 11, page 430.) (2) Rentré après un an d'abaance.

Report eS.SOOfr.

jyime Duversin, mère noble 4,000

M"e Amélie Kihn, soubrette {\) 4,000

M"« Saint-Estève, seconds caractères 2,400

Mroe Lemaire (2), grande utilité.

Total 75,900 fr.

Opéra :

Andrieux, premier ténor 15,300 fr .

Fouchet, Philippe et deuxième ténor 8,400

Joseph (3), Philippe et deuxième ténor. . 6,000

- Jules Morazain, Colin (4) 3,000

Dabadie jeune, Martin 1,400

Rey, première basse-taille 11,000

Leclère, deuxième basse-taille 6,000

Lemaire, troisième basse-taille 3,000

Joly, Laruette * 4,800

Jouanno, trial 5,400

M'<ie Ponohard aine, première chanteuse à

roulades 20,000

W^^ Langle, première chanteuse sans roulades 10,000

A reporter 170,200 fr.

(1 ) Après l'échec de M"" Clairançon, qui venait de Lyon et avait déjà tenu cet emploi à Rouen (1826-1827).

(2) Née Emilie Mouchot.

(3) Troisième Colin à Rouen, cinq ans auparavant (1826- 1827).

(4) Rentré après un an d'absence.

Repart 170,200fr.

M«n« Certain, première Dngazon 7,S00

N., deuxième Dugazon (i).

M»« Nongarel, troisième Dugazon 5,S00

]W"« Corinaldi, id.

M"« Louis-Fabre, duègne 5,000

M"« Lemesle, mère Dugazon 4,000

Total de la comédie et de Topera

réunis 192,a00fr.

Dumée, peintre décorateur.

Schaffner, chef d'orchestre.

Raynal, régisseur.

Môuchot, deuxième régisseur.

Choristes . 28,100

Orchestre 39,500

Employés 18,000

Machinistes et divers postes 20,200

Total des traitements fixes. .... 298,000 fr. Musiciens extraordinaires 3,000

Total général ••'••••, 301,000 fr.

Il est bien entendu que tous ces chiffres sont ceux que le directeur a cru devoir accuser à Tadministration préfectorale. Nous ne les garantissons pas autrement.

( 1 ) M^^" Boyer ayant tenté une rentrée après plusieurs années d'absence, mais ayant échoué, puis M°>*^ Désiré ayant été rdfusée.

4e2 THEATRE

Les q^pointements de Taonée précédente (1830-1831), et dont nous tenons le diiffire d'une autre souree, étaient ainsi stipulés :

Mangin, 7,000 fr. — Ernest, 5,300 fr. — Hippolyle, 5,300 fr. — Borssat, 3,000 fr. — Paul Couturier. 3,000 Ir. — ■ Charles, 5,000 fr. — Massin, 5,000 fr. — Louis, 5,000 fr. — liste, 5,600 fr. — Mouchot, 3,300 fr. — Raynal, 4,200 fr . — M««« Simonet, 6,000 fr. — Nadéje, 5,000 fr. — Laignelet, 3,800 fr. — Brochard, 2,000 fr.

— Nongaret,- 3,000 fr. — Duversin, 4,000 fr . — Dupuis, 4,800 fr. — SaintrEstève, 2,400 fr. — Opéba : Mesplon, 9,000 fr. — Dabadie, 11,000 fr. — Serda, 10,000 fr.— Leclerc, 6,000 fr.— Lemaire, 3,000 fr. — toly, 4,800 fr.

— Jouanno, 5,400 fr. — M"»»» Zéline de la Motte, 6,000 fr. - Langle, 9,000 fr. — Certain, 7,500 fr. — Joly, sa doublure, 4,000 fr. — Corinaldi, 4,200 fr. — Louis-Fabre, 5,000 fr. — Lemesle, 4,000 fr.

En ce qui concerne M™» Ponchard et Àndrieux, nous avons pu nous procurer, pour cette même année précédente, des chiffres qui trouveront tout naturellement leur place dans l'appréciation de la triste fin de la direction P. Dutreih, puisqu'on lui a reproché de payer trop cher ses artistes. Voici ces diiffres :

Appointements de M<°.« Ponchard pendant dix mois, 24,000 fr., ci 24,000 fr.

Elle avait cinq jours de congé par mois, ce qui a causé un préjudice de 4,000 fr., ci . . . 4,000

A reporter 28,000 fr.

JR(9>on 28,000 Ir.

Demi-représentation à son bénéfice, 1,000

fr., ci 1,000

Cadeau à tS\^ de la Motte, engagée inutile* ment pour seconder la première chanteuse. . 7,000

Appointements d'Andrienx 8,000

Feux d'Andrieux 8,000

Dédit payé au directeur du théâtre de Lyon 12,000

Total 64,000 fr.

LÀ POLITIQUE AU THÉATBE. — Notous tout d'abord qu'à Fépoque de la fête du roi, 1*" mai, le théâtre était fermé comme de coutume, et que, par conséquent, le directeur n'avait pas à composer de spectacle de circonstance.

Le roi Louis-Philippe est arrivé à Rouen le 17 mai 1831 ; il était dix heures et demie du soir quand il est entré à l'hôtel de la préfecture, d'où il est immédiatement parti pour se rendre au Théàtre-des-Arts.

Accompagné des ducs d'Orléans et de Nemours, suivi des maréchaux Soult et Gérard, de M. Henry Barbet, maire, et de quelques officiers généraux, le roi est entré à onze heures environ dans la loge qui lui avait été préparée. Des applaudissements prolongés et les cris de : Vive le roi ! vive la reine f vive le duc d'Orléans ! vive le duc de Nemours f vive la fandlte royale f ont éclaté de toutes parts. On a commencé la représentation du Concert à la Cour, dans lequel M""* Poncbard a chanté l'air du Carnaval de Venise, que le roi et ses fils ont applaudi. Peu d'instants après, le roi, qui paraissait fatigué, a

464 THÊATRR

quitté la salle. A leur sortie, les princes ont été salués par de nouvelles acclamations.

Voici, d'ailleurs, la copie de l'affiche :

« On commencera à 7 heures i/3.

u Les portes ouvriront à S heures 1/â.

« V Hôtel garni, comédie; la Marraine, vaudeville; le Concert à la Cour, opéra.

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