A M. GRANGER
Amant toujours heureux de Taimable Thalie, Granger, par toi longtemps notre scène embeUie,
Sur tes premiers succès présageant TaveDir, Des Quinault, des Grandval perdant le souvenir, Vit en toi le fléau de plus d'un ridicule, Plus d'un acteur son maître et Mole son émule. Tout retentit pour toi de murmures flatteurs, Et Thalie, en riant, te couronna de fleurs. Les Grâces près de toi fixèrent leur asile, L'Amour du haut des cieux vint, à ta voix docile, Te prêter sa magie et ses brûlants accents Qui transportent le cœur et triomphent des sens» La nature est ton guide ; elle seule t'inspire ; L'esprit, toujours aimable, anime ton sourire. Soit que d'un fat railleur, admirable portrait, Tu persiffles gaiment le pesant Turcaret; Soit que, rassasié de conquêtes nouvelles, Tu gourmandes Pasquin et tu trompes les belles ; Ou soit que, franc-maçon, ton talent créateur Transforme un plat ouvrage en un drame enchanteur; Que, fougueux Morinzer, ta sauvage tendresse. Même en l'idolâtrant, outrage ta maîtresse ; Ou que, par mille traits, ton sarcasme malin Immole tous les sots dans monsieur Trissotin, Partout brille à mes yeux la flamme du génie ; Je vois un enchanteur, dont l'adroite magie Nous captive, à son gré sait disposer de nous, Excite ma pitié, ma joie ou mon courroux. Nous attendrit, nous charme, et par mille prestiges A nos yeux étonnés enfante des prodiges. Hélas ! nous le perdons, cet aimable enchanteur ! Du moins son souvenir vivra dans notre cœur. 0 Oranger, si ta voix, par un avis utile, Instruisit quelquefois ma jeunesse inhabile. Si souvent tu daignas, d'un éloge indulgent, Encourager mon zèle et non pas mon talent,
Ah ! permets à mes vers, dans cette circonstance, De t'offrir le tribut de ma reconnaissance. Mon c(Bur en a besoin ; je n'oublierai jamais Que tu daignas sourire à mes premiers essais, Et que, me présentant une main secourable, Tu fus pour ma faiblesse un appui favorable. Aux lieux où tu seras, quelquefois, je le croi, Tu daigneras au moins te souvenir de moi. Adieu ! Pour ton bonheur je forme un vœu sincère. Le Ciel doit Taccorder à ma juste prière; C'est le prix des talents, celui de la vertu : A qui mieux qu'à Granger pourrait41 être dû ?
A quelques jours de là, on lisait dans le Journal de Rouen la lettre suivante :
« Rouen, le 27 avril 1818.
« Monsieur le Rédacteur, « Instruit depuis peu par plusieurs personnes que le « jour de ma clôture, après la demande d'un billet donjt « la lecture était interdite, ainsi que celle de tous autres, fl instruit, dis-je, que le public avait daigné me rede- « mander, permettez-moi de consigner dans votre jour- « nal le regret que j'ai de ne Tavoir pas su et de n'avoir « pu lui exprimer la vive reconnaissance que j'emporte « des bontés et de l'estime dont il m'a honoré pendant « dix-huit ans. Rien ne pourra jamais en atténuer dans « mon cœur le précieux souvenir.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
« Gbàngeb. n
Pour l'étude des mœurs théâtrales des différentes époques, cette lettre a de l'importance. Elle montre le
prix que l'on attachait alors au rappel, si prodigué de nos jours.
INCIDENTS
Le premier incident a été un fait bien souvent renouvelé. Le répertoire à Rouen a été entravé par l'absence momentanée de Welsch, qui a été appelé à Paris pour débuter au théâtre Feydeau. Il Ta fait avec succès le 9 août 1817.
Le deuxième incident a trait à Tart aérostatique. M"«ElizaGamerin, aéroporiste, annonça, dès les premiers jours d'août, qu'elle ferait à Rouen une ascension. Son ballon et son parachute déployé avec sa nacelle ont été longtemps à l'avance exposés, de huit heures du matin à dix heures du soir, à la salle du Théâtre-Français, ou on les visitait moyennant 50 centimes. Le 10 août, l'affiche du Théàtre-des-Arts contenait cette note : a Si l'ascension de M"« Eliza Garnerin a lieu aujourd'hui, aussitôt après sa descente en parachute elle se rendra au spectacle. » L'ascension n'a pas eu lieu par suite du mauvais temps; elle a été remise au vendredi 15, à six heures et demie du soir, à cause de la procession. Ce jour-là, l'annonce du spectacle au Théàtre-des-Arts répétait la note ci-dessus. Cette fois, l'expérience a été faite ; elle a réussi complètement^ et l'aéronaute a été conduite au spectacle par plusieurs cavaliers qui s'étaient portés à la descente du parachute.
Nous avons dit que, W^^ Georges étant à Rouen, on y a joifé Sémiramis, Il partit que cette représentation a
été surtout comique; dès le deuxième acte, quand le confident d'Assur dit à son maître :
Le peuple enfin commence A sortir du respect et de ce long silence,
il était tout-à-fait en situation, et le parterre lui a fait comprendre qu'en effet il allait sortir du respect dû aux artistes.
Mais, au cinquième acte, on a joui d'un coup de théâtre des plus divertissants. Ninias descend, on le sait, dans la tombe deNinus pour venger ce prince assassiné. Or, Ninias est le fils de Ninus et de Sémiramis, c'est dans le sein maternel qu'il vient de plonger son épée. Aussitôt qu'il est instruit de ce funeste événement, il s'abandonne au désespoir et veut s'6ter la vie avec le fer dont il a frappé Sémiramis :
Ah ! cruels» laissez-moi le plonger dans mon cœur !
et voilà Mitrane, son confident, qui se met en devoir de le désarmer; mais, 6 malheur imprévu! c'est peu de se voir arracher son épée, Ninias a encore la douleur de se voir enlever sa perruque; l'impitoyable Mitrane n'a rien voulu lui laisser. La tragédie ne pouvait finir plus gaiment.
Le Théâtre-des-Arts de Rouen n'a pas été le seul à produire de ces bouffonneries si déplacées. Le Théâtre- Français de Paris ne s'en est pas montré exempt; à la même époque^ ta fin de la représentation de Philoctète a été, un soir, f(»t ^ayée également. Au moment où Philoctète va percâr Ulysse, le tonnerre gronde et Hercule descend sur un nuage pour engager son ami à suivre
Pyrrhus aux remparts d'Uion. Le dieu s'est fait attendre ce soir-là. Philoctète aurait eu vingt fois le temps d'immoler Ulysse, s'il n'eût tranquillement attendu la voix qui devait arrêter son essor. Hais au lieu de la voix divine, uu eh! allez donc! parti du nuage, a répandu dans la salle une Manche gatté, qui a redoublé lorsque Philoctète s'est écrié, après le discours d'Hercule :
0 voix augusta et chère et longtemps attendue!
Jusqu'à cette représentation, le sens du second hémistiche avait toujours embarrassé, rien ne le 'déterminait suffisamment; il a fallu un machiniste pour le motiver. Voici uc incident qui ne s'est pas produit au tbéUre, mais que uons ne pouvons cependant passer sous silence. La ressemblance exacte de celui de ses enfants qui t'honore peut-être le plus manquait à la ville de Rouen, En octobre 181 7, le gouvernement s'est rendu aux justes désirs exprimés par le conseil municipal de cette ville, en accordant au Muséum de Rouen la statue en terre cuite du grand Corneille, qui était déposée aux Petits-Augusiins, à Paris.
Année théâtrale f S1S-1S19 (1).
L'ouverture ne s'est faite que le mercredi 6 mai 1818, par un spectacle dont voici la composition :
lo Le Philinie de Molière, comédie;
2o Shakspeare amoureux, comédie.
Les débuts— et par conséquent les rentrées, — se sont effectués :
Pour le drame, la comédie et le vaudeville, dans : le PUlinte de Molière, Shakspeare amoureux, la Femme jalouse, les Châteaux en Espagne, le Père de Famille, les Rivaux d'eux-mêmes, le Misanthrope, le Vieux Célibataire, VAhhé de l'Épée, Tom- Jones à Londres, la Jeunesse de Henri V, la Fausse Agnès, V Ecole des Maris, le Barbier de Séville, les Jeux de l'Amour et du Hasard, Y Ecole des Femmes et les Fausses Infidélités;
Pour l'opéra, dans : Adolphe et Clara, la Vestale, V Épreuve villageoise, Biaise et Babet, Renaud d'Ast, les Deux Journées, Sylvain, le Tableau parlant, Paul et Virginie, le Prisonnier, le Grand-Père, le Rossignol, la Fausse Magie, les Detix Jaloux, Aline, YAmour filial, Jean de Paris^ les Prétendus, le Traité nul et Euphrosine.
Quoique les débuts fussent faits même les dimanches et jours de fête, ils ont duré fort longtemps, surtout pour
(i) Septième de la direction Gorréard.
la partie lyrique. En fin de compte, la troupe a été constituée ainsi :
Comédie :
Perrier (Alph.), premier rôle.
Mercier^ jeune premier (1).
Bonnety, deuxième et troirième amoureux.
Valmore, père noble.
Guyaud, financier.
Samson, premier comique.
Richard, second comique.
Bosselet, deuxième rôle, raisonneur.
Gauvin, grandes utilités.
Charles et Mouchot, utilités.
M™« Léon, premier rôle.
M"« Dutertre, jeune première (2).
Mii« Langlade, seconde amoureuse.
M"« Fabre, première soubrette.
Mme Guyaud, deuxièmes soubrettes.
M°?« Duversin, mère noble et caractères. M>°« Granger nièce, utilités.
Opéra :
Ponchard cadet, première haute«contre, Elleviou. Delos, Colin.
Floricourt, Philippe (3).
(i) Rentré, après féchec d'un nommé Poirier.
(2) Elève du Conservatoire. — En remplacement de M"^ Brocard, qui avait été reçue à la fin de la campagne précédente, mais qui fit deux fugues au commencement de celle-ci.
(3) Rentré, après Téchec du sieur Bôlfort.
Gamet, Philippe (1).
Sellier Philippe (2).
Welsch, Martin.
Darius, première basse, Laïs.
Chaudoir, basse* taille comique (3).
Bié, Laruette et Juliet.
Granger neveu, trial.
Adam, Cauvin, Charles et Gollange, utilités.
Mme jneyssen, première chanteuse sans roulades.
mme Julien «Levasseur, première chanteuse à rou-<
lades (4).
JA^h AUent, première chanteuse à roulades. W^^ Leriche, première Dugazon (5).
Mme Mercier, première Dugazon (6).
Mm« Bouzigues, première Dugazon.
M(°« ChoUet, mère Dugazon.
Mme Bras, première duègne d'opéra.
M"e Linville, deuxième Dugazon .
Mlle Langlade, amoureuse, des deuxièmes Dugazon. Mme Granger nièce et Richard, utilités.
Aubin, chef d'orchestre.
Valentino, chef, après la mort du précédent.
(4) Rentré après Floricourt.
(2) Se trouvait libre par la dissolution de rOpéra Français de Varsovie.
(3) Avait été reçu à la fin de la campagne précédente.
(4) Après réçbee de M"^^ Dufreane-Delys.
(5) Après Féchec de M"« Dqprato.
(6) Rentrée.
Alaux père^ peintre-décorateur.
N , premier régisseur.
Houchot, second régisseur.
A part M m« Samson, que nous n'avons pu classer parce qu'elle n'a joué que pour faciliter les débuts (rôle de jeune première), voilà la longue liste des artistes qui ont défilé devant la rampe. Les principaux emplois, sous Gorréard, n'étaient pas en double ou en triple, comme le tableau de troupe précédent pourrait le faire supposer, mais certains artistes ne débutaient que pour se faire connaître^ d'autres filaient pour un oui ou pour un non — les actrices surtout; à cette époque, dans la même année, tel emploi était tenu par trois et même quatre titulaires successivement; les choses étaient moins régulières qu'elles l'ont été plus tard.
D'autre part, il y avait disette de certains genres de voix. Nous avons sous les yeux ime lettre du directeur qui peint la situation en ce qui concerne les Philippe. Elle est datée du i2 janvier i8i9. On y lit : a Forcé de chercher à remplacer l'artiste que j'avais présenté au commencement de cette année théâtrale dans l'emploi de Philippe, puisqu'il n'avait pas été agréé , je n'ai pu présenter que ceux qui tiennent maintenant cet emploi dans les troupes de département. Aucun sujet ne s'étant depuis longtemps destiné à cet emploi, il est devenu rare à un tel point que, depuis quelques années, il est tenu en partage par les deux hautes-contre dans les villes de Lyon, Bordeaux et Marseille. » Gorréard a dès-lors employé ce dernier moyen pour la fin de la campagne, excepté pendant quelques soirées où il a eu ou Floricourt, ou Gamet. ou Sellier.
Un mot au sujet de W^^ Allent : cette cantatrice, qui a débuté à Rouen en octobre 1818^ avait déjà visité la province en quittant FAcadémie royale de musique. A Gaen, après une représentation du Rossignol, elle avait reçu la pièce de vers que voici :
Du rossignol, objet de vos soucis, Votre cœur est-il bien épris?
Et ne craignez-vous pas que ce\ oiseau volage, Malgré les dons heureux qui sont votre partage ,
Ne porte ailleurs ses soupirs et ses feux? Depuis qu'il vous entend il n'a plus de ramage, Gomme lui vous chantez, si Vous ne chantez mieux ! Voyez, Philis, quelle est votre imprudence ! Faites plutôt succéder le silence
A vos accents mélodieux.
Rivalisé par vdîs chansons nouvelles, Il vous eût déjà fui dans son dépit jaloux, ^ Si comme Amour, lorsqu'il est près de vous, Il n'oubliait qu'il a des ailes.
lHii« Allent excellait dans la Fausse Magie, le Billet de loterie, le Rossignol, etc.
LÀ POLITIQUE AU THÉÀTBE. — Gommc ccla- doit être aux époques de tranquillité publique^ la politique au théâtre a été pour ainsi dire lettre morte.
La fête de Saint-Louis, le maidi 25 août 1818, n'a été célébrée au théâtre que par la reprise de Charles de France, opéra.
Déjà, depuis deux mois, les armées étrangères avaient quitté la France, lorsqu'on joua à Rouen, le 8 janvier 1819, une pièce soi-disant à-^propos, intitulée Une heure
sur la frontière, annonçant que ces années allaient s*en aller. Elle est tombée sous le ridicule de l'anachronisme; en conscience^ les auteurs auraient pu demander à Gorréard des dommages-intérêts.
Gomme les années précédentes, en vertu de la loi qui prescrivait un deuil général au 21 janvier de chaque annéC; jour anniversaire de la mort de Louis XVI, les spectacles et autres lieux de divertissement ont été fermés ce jour-là.
La veille, on jouait un vaudeville, les Deux Valentin, dont le couplet final était un compliment pour Louis XVIII; il a été très-applaudi. Nous le reproduirons plus loin.
LA CENSUEE. — Le ministre de la police générale approuva le projet de répertoire pour la campagne 1818- 1819, à la date du 27 juin 1818. Toutefois, il enjoignit, pour le Mariage de Scarron, de se conformer à l'exemplaire corrigé du Vaudeville et de supprimer le personnage et les scènes de Giraud, et pour le Mariage de Figaro, de se conformer à l'exemplaire de la Comédie- Française. Enfin, pour le drame Charles et Caroline, il fallait ne pas â'écarter de l'exemplaire de l'Odéon.
REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Lcs deux premières ont eu lieu dès le mois de juin 1818, avant même que les débuts fussent terminés.
Un ballet sous la direction de Jacquinet, maître des ballets, élève de l'Académie royale, est venu exécuter Annette et Lubin, ballet-pantomime^ de feu d'Auberval, remis en scène par Jacquinet, et la Fille mal gardée,
ballet'pantonûme en deux actes ; mais cette tronpe a eu peu de succès.
A la fête de la Saint-Pierre, le 29 du même mois, la mémoire du grand Corneille a été honorée comme de coutume ; le spectacle était ainsi composé •
io Ouverture à grand orchestre;
^ Couplets en Thonneur de Pierre Corneille;
3o Couronnement des bustes des deux Corneille;
49 Cinna, tragédie de Pierre Corneille;
50 Le Menteur, comédie de Pierre Corneille.
Le mois de juillet 1818 a été marqué par la présence à Rouen de Victor, premier rôle tragique, ex-acteur de la Comédie-Française. Il a commencé par VIphigénie en Tauride de Guimond de Latouche, a donné Œdipe, lihadamiste et Zénobie, Zaïre et Gabrielle de Vergy; il a terminé par Hamlet. En tout, six représentations.
Le ballet de la famille du sieur Hullin, déjà connu à Rouen, y est revenu pendant cette campagne. Il a com* mencé le 31 août 1818, et a fini le 25 septembre. Voici son répertoire :
Un Divertissement espagnol, dansé au quatrième acte du Mariage de Figaro,
Un Divertissement asiatique, à la fin du Calife de Bagdad ou à la fin H Aline,
Psyché, ballèt-pantomime en trois actes, de Gardel, orné de tout son spectacle et de décors nouveaux.
Le Triomphe de V Amour, ballet-pantomime en un acte. Mii« Joséphine Hullin, de l'Académie royale, ayant obtenu un congé, y a joué le rôle de T Amour.
Un Divertissement villageoia, avec Mi>« J. HoUin, é la fin du Traité nul.
Zéphire et Flore, ballet-pantomime eu deux actes, par Didelot, maître de ballets de l'Académie royale de musique.
Un Divertissement intercalé dans Joconde,
V Epreuve villageoise, ballet comique en deux actes.
Ces représentations, au nombre de 13, pendant lesquelles on avait remarqué le jeune Hullin et ses sœurs, ont été forcément interrompues par un accident arrivé à ce dernier.
Le public en a été dédommagé par Farrivée de Nourrit, premier acteur de l'Académie royale de musique (fin septembre 1818). Cet éminent artiste a chanté :
Œdipe à Colonne. La Caravane du Caire.
La Vestale, Le Rossignol.
Le Devin du Village. Zoraïme et Zulnar,
Richard-Cœur-de-Lion.
En outre, Nourrit a créé à Rouen le rôle de Fernand Cortès dans Topera de ce nom. Il a joué huit fois, jusqu'au 12 octobre.
Tout-à-fait à la fin de la campagne, un nouveau séjour à Rouen a été fait par le célèbre chanteur; il a chanté cette fois dans :
La Vestale. La Caravane du Caire.
Le Devin du village. VAmi de la maison.
Richard-Cœur 'de-Lion. Orphée et Eurydice (rep.)
Lé Rossignol. IpMgénie en Aulide.
En tout, cinq représentations , dans lesquelles Nourrit a déployé le même talent et reçu les mêmes applaudissements qu'à Tapparition qu'il avait faite à Rouen quelques mois auparavant.
BÉNÉFICE DES HOSPICES. — La première représentation destinée aux h6pitaax a eu lieu le mercredi 9 décembre 1S18. On a donné:
^o Les Etourdis, comédie;
3o Une Visite à Bedlam, vaudeville;
3o La Rosière de Salency, opéra.
Le produit net a été de i ,99S fr. 90 c.
La deuxième représentation, le mercredi 10 mars 1819, était composée de :
10 Le Legs, comédie;
2o La dixième représentation du Petit Chaperon rouge, opéra.
Le produit net, 3,536 fr. 40, fait honneur à Boïeldieu.
11 est juste de signaler cette particularité, que M. Elie- Lefebvre, maire de Rouen, a fait savoir à la commission des hôpitaux que les membres de l'administration municipale seraient heureux d'être reçus dans la loge de cette commission, afin que celle de la mairie fût louée au public dans l'intérêt des hospices. Cela a été, bien entendu, accordé avec empressement.
BÉNÉFICE DES ARTISTES. — Chosc asscz extraordinaire, il n'y en a pas eu cette année.
RÉPERTOIRE. — Quclqucs uouveautés fort séduisantes lui ont été d'un grand secours.
TRAGÉDIE. — La tragédie a été presque tout-à-fait laissée de côté ; elle n'a été exhumée que le jour de la fête de Pierre Corneille et pendant le séjour à Rouen de Victor.
DRAME. — Le drame a été également très-négligé Au cune nouveauté n'a été produite. Toutefois, on a main tenu:
Clémence et Waldémar, L'Honnête Criminel.
Clémentine et Desormes. Misanthropie et Bepentir.
Le Déserteur. VOncle mort et vivant.
V Habitant de la Guade- Le Père de Famille, loupe.
comedIe, jaudeyille, ect. — Dix-sept nouveautés :
A'i-il perdu? comédie en un acte. Première représentation en décembre 1818.
Les Am/ints en poste, comédie en trois actes, de Caigniez. Première représentation en novembre 1818.
Le Château de ma tante ou P Amour et les Cartes ^ comédie en un acte. Première représentation en juin 1818.
Douvres et Calais ou Partie et Revanche, vaudeville en deux actes, par Théaulon et Constant Ménissier. Première représentation en mars 1819. On y a applaudi les deux couplets suivants, qui ont un petit grain de chauvinisme et de patriotisme :
Air du Calife.
Rivage heureux! douce patrie !
France, je te revois enfin !
Je retrouve ici la folie, L'amour, l'honneur et le bon vin.
Dans le tendre et noble délire Que ce moment heureux m'inspire, Versez, milord, versez, je vais Boire à la gloire des Français!
En vain la fortune ennemie Voulut abattre notre cœur, On vit toujours, dans ma patrie, Unir le courage au malheur.
Des lois la sagesse éternelle»
Un Roi prudent veille sur elle.
Versez, versez plus que jamais, Je bois au bonheur des Français!
Il faut avouer que le bon parterre de 1819 n'était pas difficile.
Encore une Cendrillon ou la Plus petite de toutes, vaudeville-féerie, de Montperlier, orné de tout son spectacle, décors et costumes nouveaux^ et terminé par un divertissement chinois. Cette pièce, en trois actes, jouée pour la première fois en juillet 1818, a été mise en scène par Mouchot, acteur et deuxième régisseur de ce théâtre. M"«Mouchot, âgée de sept ans, remplissait le rôle de la petite Cendrillon. Le divertissement chinois était exécuté par des enfants de sept ou huit ans.
La Famille Glinet ou les Premiers temps de la Ligue, comédie en cinq actes et en vers, par de Merville. Première représentation en août 1818. Cet ouvrage a été le grand événement dramatique de Tannée.
La Fille d*honneur, comédie en cinq actes, par Alexandre Duval. Première représentation en mars 1819. Perrier, M^ï« Dutertre et Samson y ont bien rempli les rôles du marchand de Riga, d'Emma et de Floi-elli.
Une Heure sur la frontière, vaudeville, par Dubois et Brazier. (Voir le chapitre de la politique.)
Les Deux Valentin ou les Nouveaux Ménechmes, vaudeville en un acte, par Désaugiers et Gentil. A la première représentation, en janvier 1819, on a beaucoup applaudi les deux couplets suivants :
J' nous somm' ben battus, Je n' nous battons plus :
Voilà la diCFérence.
Quand nos nVeux s' battront, Les ennemis diront :
Voilà la ressemblance.
A la place d'Henri, Louis règne aujourd'hui :
Voilà la différence.
Mais Louis est chéri Comme Tétait Henri :
Voilà la ressemblance.
La Jarretière de la Mariée, vaudeville en un acte, par Eugène Scribe et Dupin. Première représentation en novembre 1818.
La Maison de Jeanne d*Arc, comédie anecdotique en un acte. Première représentation en novembre 1818.
La Maison en loterie, vaudeville en un acte, par Picard et Radet. Première représentation en août 1818.
Monsieur Sans-Souci ou le Peintre en prison, vaudeville en un acte, par P. Ledoux et Belle aine. Première représentation en septembre 1818. La pièce a été sifflée. Un seul couplet a été applaudi. Un étranger propose à Sans-Souci de dessiner la prise d'un vaisseau français. Le peintre s'écrie avec indignation :
Cet étranger, on le croirait, Pense que mon âme est flétrie, Puiscju'il me propose un sujet Déshonorant pour ma patrie.
Si de tracer un tel dessin Je me soupçonnais la faiblesse,
Soudain je brûlerais ma main Pour éviter cette bassesse.
Les Perroquets de la mère Philippe, vaudeville en un acte, par Théaulon, Armand et Dartois. Première représentation en août 1818.
Le Retour d'un Croisé ou le Portrait mijsiérieux, grand mélodrame en un petit acte, précédé d'un prologue. Première représentation en février 1819, pendant le carnaval.
La Sœur rivale ou Adresse et mensonge, comédie en trois actes, par Dumaniant. Première représentation en août 1818.
Un Tour de faveur, comédie en un acte et en vers, par un anonyme (par Deschamps et de Latouche). Première représentation en décembre 1818. Dans cette pièce, un journaliste qui défend le romantique dit :
Shakspeare, sur la scène, aurait plus de suCcès Que Tauteur de Cinna.,,
Vous n'êtes pas Français,
lui répond un jeune officier. Le public rouennais a beaucoup applaudi ce dernier hémistiche.
Une Visite à Bedlam, vaudeville en un acte, par Scribe et Delettre-Poirson. Première représentation en juillet 1818.
Les. pièces jouées dans l'année, et que nous n'avons pas encore citées, forment deux catégories : les reprises et les ouvrages du répertoire courant.
Reprises :
\j Alcade de Molorido, Amphitryon,
Les Amis de collège. U Aveugle clairvoyant.
i'2 THEATRE
V Ecole des Pères. Le Médisant.
La Folle Intrigue ou les VOhstacle imprévu. Quiproquos. Les Plaideurs.
V Homme gris. Tom^ Jones et Fellamar.
Le Mariage du Pèlerin.
Ouvrages du répertoire courant :
L'Acte de naissance, V Amant auteur et valet, ï Amant bourru, les Amours de Bayard , V Avare, V Avocat Patelin.
La Bonne mère, le Bourgeois gentilhomme, le Bourru bienfaisant, le Bûcheron de Salerne.
Catherine, le Carnaval de Beaugency, Claudine de
Florian, le Conciliateur, le Consentement forcé, Crispin
rival.
La Danse interrompue, Démocrite amoureux, le Dépit
amoureux, les Deux Frères, le Diner de Madelon, le
Dissipateur, le Distrait.
V Epreuve nouvelle, V Esprit de contradiction, V Etourdi.
La Feinte par amour, la Femme juge et partie, les Femmes^ les Femmes savantes, le Festin de Pierre, la Fille capitaine, les Folies amoureuses, les Fourberies de Scapin.
La Gageure imprévue, le Glorieux, Guerre ouverte.
V Heureux quiproquo, V Hôtel garni, V Homme à sentiments, V Homme du Jour.
Vlmpromptu de campagne, Y Intrigue épistolaire.
Jocrisse aux enfers, une Journée à Versailles, — le Légataire universel.
Le Malade imaginaire [\), Madame de Sévigné, le
(I) Avec la réception burlesque.
Mariage de Figaro, les Marionnettes^ Marion et Frontin, le Médecin malgré lui, la Mère coupable, la Métrofnanie, Minuit (\), Monsieur de Crac, Monsieur de Pourceaugnae, le Muet,
Le Naufrage, — V Original,
Le Parleur éternel, le PeW^ enfant prodigue, le PA//osophe^marié, les Précieuses ridicules. Préville et Tacon-net, le Procureur arbitre, la Pupille.
Le Roman d'une heure, •— Tartufe, le Tartufe de mœurs, le tribunal des femmes, Turcaret, le Tyraw </o-
OPÉRA. — Quatre nouveautés , dont deux chefsd'œuvre :
Fernand Corlès ou la Conquête du Mexique, grandopéra en trois actes, paroles de Jouy et de Esmenard^ musique de Spontini. Quand cette pièce, ornée de tout son spectacle, costumes et décors nouveaux, a été jouée pour la première fois, Nourrit, alors en représentation à Rouen, y a créé le rôle de Fernand Cortès. C'était le 6 octobre 1818. Le succès de cet ouvrage a été très-compromis par l'absence de pompe théâtrale. On a beaucoup ri des Mexicains en large pantalon bleu ou blanc et en guêtres noires. L'embrasement de la flotte a été aussi fort divertissant à la première représentation. Un des vaisseaux ne pouvant prendre feu ni s'abimer dans les flots, un des matelots de Certes a voulu exécuter d'une manière ou d'une autre les ordres de son général. On Ta
(1) Le 31 décembre 1818.
vu deboat, aa milieu de la mer, prendre le navire sous son bras et l'emporter ensuite dans la coulisse.
Le Frère Philippe, en un acte, de Duport, musique de V. Dourlen. Première représentation en juillet 1818.
Le Petit Chaperon rouge, opéra-féerie en trois actes, paroles de Théaulon, musique de Boïeldieu, orné de tout son spectacle et de décors nouveaux. Au premier acte, un grand paysage ; au deuxième, la forêt et le songe ; au troisième, Thermitage et un grand palais-féerie. Première représentation le samedi 13 février 1819. Ponchard cadet personnifiait le comte Roger; Welsch, le baron Rodolphe ; Bié, le magister ; Darius, l'hermite de la forêt; M™« Mercier, Rose-d'Amour; M"e Julien, Nanette et M^eRras, dame Berthe. A partir de ce jour jusqu'à celui de la clôture, le Petit Chaperon a été donné seize fois et avec un succès toujours croissant. (Voir les incidents.)
La Sérénade, en un acte. Première représentation en décembre 1818;
Voici la liste des opéras qu'il faut ajouter aux nouveautés et à ceux que nous avons mentionnés dans les chapitres précédents :
Alexis et Justine, Ambroise, Y Ami de la maison, V Auberge de Bagnères, Avis au public,
La Belle Arsène (reprise), le Bouffe et le Tailleur (reprise).
Le Calife de Bagdad, la Caravane du Caire, Cendril" Ion, le Concert interrompu, avec une symphonie concertante exécutée par Welsch, Ponchard et M"« Allent.
Le Devin de village (reprise), les Deux Chasseurs et
la Laitière, le Diable couleur de rose, le Diable en va^ cances, le Diable à qtmtre,
Félicie, Félix, la Fêle au village voisin, une Folie.
Gulnare, — VIralo.
Jeannot et Colin (reprise) , la Jeune femme colère (re prise), la Jeune prude (reprise), Joconde, Joseph.
La Lettre de change, Lulli et Quinault (reprise).
La Maison à vendre, la Maison isolée, Marianne, le Mari de circonstance, les Maris garçons, Ma tante Aurore, le Médecin turc, la Mélomanie, Michel- Ange (reprise), Montano et Stéphanie,
Le Nouveau Seigneur du village (reprise), ~ Œdipe à Colonne, Y Opéra-Comique.
Philippe et Georgette, — Raoul Barbe-Bleue, les Bendez'vous bourgeois, Bichard-Cceur-de-Lion , Bien de trop (reprise), Bose et Colas.
Les Sabots et le Cerisier, — Toberne (reprise), le Tonnelier, le Trésor supposé,
Zémire et Azor, Zoraïme et Zulnar,
CONCERTS. — Il n'y en a pas eu pendant cette année, pas même de concert pendant la semaine sainte, ni au théâtre, ni ailleurs.
INTERMÈDES. — Ils Continuent à être fort rares :
Symphonie militaire de Valentino^ chef d'orchestre du Théâtre-des-Arts (juillet 1818).
Premier concerto de Rhétaller ûls atné pour la flûte, exécuté par Tauteur (novembre 1818).
Concerto de violon, exécuté par Darius fils, âgé de treize ans, élève de Foumier atné.
BALS. — Nous avons compté sept grands bals de nuit, parés et masqués, à onze heures, après le spectacle : le dimanche 31 janvier 1819, les dimanches 7 et 14 février, le jeudi 18, le dimanche 21, le mardi-gras 25 du même mois, enfin le 15 mars, jeudi de la mi-carème (1).
La clôture a été faite le mardi 20 avril 1819, par une représentation dont Fimmortel ouvrage de Boïeldieu a fait tout le charme ^
lo U Hôtel garni, comédie ;
2o Seizième représentation du Petit Chaperon rouge^ opéra.
Le préfet du département, le baron Malouet alors, en envoyant au ministre de l'intérieur Tétat des troupes du département, écrivait :
a Si Mai 1819.
« A Son Excellence le Ministre de l'intérieur.
« Monsieur le ministre,
« L'année théâtrale, 1819-1820, venant de s'ouvrir, j'ai à vous rendre compte de celle qui vient de s'écouler, conformément à vos instructions, et notamment à celle du 17 novembre 1818.
« Le sieur Corréard, directeur breveté, entretient trois troupes à l'année : l'une est sédentaire à Rouen, l'autre au Havre, la troisième parcourt Dieppe, Elbeuf, Louviers et Evreux. La ville de Dieppe n'ayant pas de salle de spectacle et celle d'Elbeuf n'occupant la troupe que pen-
(1) Pâques, en 1810, était le il avril. 11 y a eu relâche les jeudi, vendredi, samedi saints et le jour de Pâques.
DES AftTS. 47
daRt très-peu de temps, cette troupe est presque toujours dans le département de l'Eure, et je m'en réfère à ce que pourra vous mander mon collègue à cet égard.
tt La troupe de Rouen est toujours complète. Elle joue habituellement la comédie et Topéra-comique. Elle a quelques acteurs qui peuvent seconder au besoin, dans la tragédie et le grand-opéra, les principaux acteurs de la capitale lorsqu'ils font des excursions à Rouen.
« Le directeur consulte autant l'intérêt du public que le sien propre dans le choix de ses sujets, et s'il n'a pas réussi à avoir une troupe parfaite, elle n'offrait du moins aucun acteur d'une faiblesse remarquable. Peut-être aussi est-on redevable de cette bonne composition à la rigueur du parterre, qui se montre très-sévère à l'époque des débuts. Trois des acteurs qui plaisaient le plus ont été engagés cette année par les principaux théâtres de Paris.
<c Le répertoire du théâtre de Rouen passe pour un des meilleurs de la province et est réellement très-bon. La haute comédie y figure au premier rang et est fort goûtée par les spectateurs. Cependant on témoigne une préférence très-marquée pour l'opéra-comique. La salle, quoique vaste, ne pouvait contenir tous ceux qu'attirait le Petit Chaperon rouge, même à la quinzième représentation.
« Quelques pièces nouvelles, jouées sur les petits théâtres de Paris, ont paru, lorsqu'elles ont été représentées à Rouen, contenir des expressions trop libres qui ont été mal accueillies. Il serait à désirer qu'on pût arrêter ce mal dès son principe ; mais, d'un autre cété^ l'exigence va trop loin, car des passages de comédies de
Molière sont aussi vivement censurés que les gaités répandues dans les pièces nouvelles.
« Quelques personnes d'hunxeur chagrine s'écrient, dans leur admiration pour le temps passé, que le langage s'épure à mesure que les mœurs se corrompent. Il me semble, au contraire, que les mœurs et le langage s'épurent à la fois et que ce serait obéir à Tesprit du temps que d'empêcher la mise en scène d'ouvrages dont les paroles ou l'action ne respecteraient pas sufûsaînment les convenances.
« Ce que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer, monseigneur, relativement au théâtre de Rouen, s'applique en grande partie à celui du Havre. La troupe, quoique moins bonne, y est pourtant passable, et on se loue des soins du directeur. Le goût pour l'opéracomique est encore plus prononcé qu'à Rouen. Le spectacle serait beaucoup mieux suivi si la salle était plus vaste et mieux distribuée. L'achèvement de la nouvelle salle qui est en construction est impatiemment attendu.
« Les années précédentes ont été mauvaises pour les intérêts du sieur Corréard, sous le rapport des produits ; celle qui vient de s'écouler a été un peu plus lucrative. J'aurai l'honnenr de vous écrire très-prochainement sur les moyens d'améliorer le sort de cette entreprise théâtrale, qui mérite des encouragements.
« M. Corréard m'a remis quatre copies du répertoire qu'il soumet à votre approbation. C'est plutôt un catalogue de toutes les pièces de théâtre parmi lesquelles il désire être autorisé à faire un choix que la liste de celles qu'il se propose de jouer. Je vous prie d'avoir la bonté de me renvoyer trois de ces copies lorsque vous
DES AKTS. 49
les aurez approuvées. L'une restera entre mes mains etles deux autres seront remises au directeur, Tune pour demeurer à Rouen, et Fautre pour être envoyée à son régisseur chargé de diriger les autres troupes. « Daignez agréer, etc.
« Le Préfet,
« Baron Malouet. »
Il est à regretter que nous ne puissions terminer l'histoire de chaque année par un compte-rendu officiel du genre de celui qu'on vient de lire.
IRCIDERT8.
Un musicien très-distingué, compositeur habile, Goulé, dont nous avons mainte et mainte fois eu occasion de parler, est mort au commencement de juin 1818.
Le second incident est encore un décès. Le théâtre a perdu, le 4 juillet 1818, son chef d'orchestre, Michel- François Aubin, né à Rouen, décédé à trente-trois ans. Les acteurs de la comédie et de l'opéra se sont réunis aux artistes de l'orchestre pour l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure.
Vient une question d'emploi qui a bien une petite importance historique. On reprocha à Ponchard jeune d'avoir pris le rôle d'Alcindor dans la Belle Arsène, que Ton croyait appartenir au Philippe. Il se défendit en ces termes : « Alcindor a été créé à Paris, non par Philippe, « mais par Clairval, qui jouait les premières hautes- T. m. 4
c contre ; à Rouen, ce rôle a été joué pur Michu, qtii
« tenait le même emploi, et par ses successeurs Si,
(1 dans un temps^ Borde, Philippe, s'en est chargé, c'est
ff parce que ce rôle n'était pas su par Gampenhaùt^ et
« cet acte de complaisance ne peut faire loi> puisque,
« depuis, Rixrhebourg Ta repris comme appartenant aux
« premières hautes-contre. »
Pendant la quinzième représentation du Petit Chaperon rouge, le 15 avril 1819, le bruit s'est répandu que Boïeldieu était au théâtre. Cne couronne fut tressée à la hâte, une acclamation générale se fit entendre à la chute du rideau, et l'illustre compositeur ne put se refuser au désir exprimé par toute la salle. Il a paru sur le théâtre, au milieu des applaudissements unanimes et des bl'avos multipliés des spectateurs nombreux qui venaient d'être ravis par sa charmante musique.
DKIS ARTii. M
RESTAURATrON DE LA SAÎXE.
Pendant les derniers jours de l'exercice 1818-1819, le directeur a fait commencer la restauration de la salle. Bientôt il le regretta^ si on en juge par cette lettre, qui, en outre, laissait présager sa retraite prochaine :
« An rédacteur du Journal de Rouen.
« Ce 18 avril 1819.
<x Monsieur,
« J'ignore par quel motif et dans quel intérêt on répand dans le public le bruit que la restauration de la salle, déjà commencée, n'était pas faite à mes dépens et que je cesse Tannée prochaine d'être directeur des spectacles de cette ville.
'( Certes, si je pouvais par des désirs alléger le fardeau dont je suis chargé^ le premier que je ferais en ce moment serait celui de n'avoir pas été excité à prendre la charge très-dispendieuse de restaurer à neuf celte salle dans le pitoyable étafr où elle était, et d'avoir eu la faiblesse d'y consentir; le second serait celui de pouvoir exercer un état moins désagréable, moins pénible et moins dangereux que celui de directeur de spectacles; mais les désirs sont des songes qui n'ont aucune réalité. Voilà ce qu'en attendant un meilleur sort je vois de bien réel.
< Pour faire cesser ces faux bruits, je déclare que
5i THEATRE
cette restauration , pour tout ce qui concerne l'embellissement intérieur et extérieur de la salle, ainsi que les accotoirs et sièges de loges, est à ma charge et doit être faite à mes dépens; que je n'ai nulle connaissance que personne vienne, de mon gré ou contre mon gré, prendre ma place Tannée théâtrale prochaine.
« J'ai rhonneur, etc.
c Corréàrd. »
A quelques jours de là, Corréàrd publiait, au sujet de la restauration de la salle, une seconde lettre tellement intéressante, que nous la reproduisons en entier, malgré sa long^eur :
« Corréàrd y directeur breveté des spectacles de Rouen ^
a A messieurs les habitants de cette ville.
« Ce 5 mai 1819.
« Lorsqu'en 1812, je me décidai à prendre, à mes risques et périls, la direction des théâtres de cette ville, je devais être persuadé que le motif principal de la retraite de mon prédécesseur était de se soustraire aux embarras et désagréments inséparables d'une pareille entreprise. L'expérience que l'on acquiert par sa propre gestion pouvait seule me faire connaître les résultats de cet établissement. Cette première année me fit voir qu'ils n'étaient pas avantageux, et que je devais attribuer ce premier revers plus à l'augmentation des dépenses qu'à la diminution des recettes. En effet, l'augmentation de la troupe, tant en pensionnaires qu'en appointements, celle des frais d'exploitation et des taxes, avaient, dès l'année 1809, totalement changé la masse des dépenses
obligées de cet établissement qui ne receyait pas une augmentation de produits.
« Avant de commencer Tannée 1813, plusieurs personnes recommandables me conseillèrent de faire une augmentation sur le prix des places des premières et quatrièmes loges, qui, depuis Tonverture de la salle, en 1776, était resté le même. Après y avoir réfléchi, je préférai laisser les choses dans Tétat où je les avais prises, et faire en sorte de trouver une diminution dans mes charges par mes remontrances tant à Son Excellence le ministre de l'intérieur qu'aux autorités de cette ville.
ff Les événements de 1814 et 1815, qui pesèrent doublement sur moi comme chef d'un établissement dont la réussite est dans la prospérité générale et dont on ne peut pas, suivant les circonstances, ralentir la marche et suspendre le cours des dépenses, m'enlevèrent les moyens d'obtenir le moindre secours en indemnités du gouvernement. J'obtins seulement, pendant à peu près neuf mois, une remise sur le droit des auteurs et le loyer de la salle; les autorités me firent, sur la taxe des indigents, une remise qui a cessé en mai 1816 et que j'aurais cru plus durable.
« Privé de tout espoir d'une diminution dans mes charges, il ne me restait que la ressource de l'augmentation qui m'avait été conseillée et que l'on me conseillait de nouveau. J'y répugnai encore, vu l'approche de la fin du bail de la salle, sur lequel le public, ainsi que les autorités, étaient très-persuadés que je devais obtenir une forte réduction. Ce n'est qu'avec l'aide de quelques personnes qui ont bien voulu avoir confiance en moi, que je me suis traîné péniblement jusqu'à cette fin de bail.
« Aiiu que , dans la fixation de cette charge, Tune de^ plus importantes dans les frais relatifs à l'exploitation, on ne m'accusât pas de faiblesse, ainsi que mes prédécesseurs, j'obtins de S. Exe. le ministre de l'intérieur une lettre pour que M le préfet intervînt dans la discussion et la fixation du prix de ce nouveau bail. Le débat, en présence de cet administrateur, a été prolongé autant qu'il était possible, puisque la signature n'en a eu lieu que le jour même de l'ouverture de l'année théâtrale de 1818. J'avoue que je ne me serais pas exposé, par des engagements contractés pour la marche non interrompue de cet établissement, à l'obligation d'accepter le bail, si je n'avais eu réellement l'espoir d'une forte réduction sur l'ancien prix et d'un allégement sur mes charges 4)ubliques. Ce bail, que j'ai signé sur l'invitation de M. le préfet, présente une bien faible différence^ du précédent, mais cet administrateur, qui avait sous les yeux les comptes de gestion de l'entreprise pendant les six dernières années, et connaissait les résultats, me témoignait, en m'engageant de l'accepter, beaucoup de bonne volonté pour faire diminuer mes charges et même obtenir du gouvernement une indemnité en ma faveur. Un concours de circonstances qu'il n'était pas possible de prévoir m'a fait perdre toutes mes espérances de dégrèvement, et la charge m'est restée tout entière. Maintenant, je ne peux plus me fier à de semblables moyens pour alléger mes charges; je suis donc forcé d'avoir recours à une augmentation de produits que le public jugera lui-même indispensable et légitime, en lui exposant:
« Que les trois charges du loyer de la salle, de la taxé
des indigente et du droit des anteiirs ne coûtaient 1^ la direction qu'environ 20,000 fr. en 1790, et qu'elles enlèvent maintenant des produits de l'entreprise au moins 7â,000 fr. ; que l'augmentation nécessitée par le genre actuel dans la troupe, tant en pensionnaires qu'en ap* pointements, porte ce grand et principal chapitre de dépenses à plus de la moitié en sus de ce qu'il coûtait en 1790; que le luminaire, le chaufTage, les alficbes et la musique sont doublés de valeur par les taxes et la progression des choses ; que les frais sur tous les autres objets nécessaires à l'exploitation sont également accrus dans la même proportion.
« Cette augmentation sera de SO centimes sur les premières loges (1). Elle atteindra très-peu les habitants de la ville, vu la petite quantité de billets de premières qui sont annuellement distribués et qui ne varient pas beaucoup. Il est positif que la plus grande partie des personnes qui occupent ce premier rang de loges (2) est abonnée, que les billets de premières sont pris la plupart par les étrangers et en partie par les habitants de cette ville qui vont rarement au spectacle à cette place. Si je n'avais pas voulu témoigner mes égards envers cette classe de spectateurs, j'aurais porté les premières à 4 fr., ainsi qu'on me \fi conseillait.
(f La galerie sera augmentée de 25 centimes. Ce rang de loges tient peu de monde ; il est également occupé en grande partie par les abonnés. Ce changement était né-
(!) C'est-i-dire les places dites les premières. {f) C'eet-à-djre des premières.
cessaire pour le mettre en rapport avec le premier rang, dont il est succursale.
« Les quatrièmes seront augmentées de 15 centimes. Il n*y a dans aucune grande ville des places au spectacle au-dessous de ce prix.
« Le parterre, les secondes et troisièmes loges resteront aux mêmes prix.
« J'ai donné la preuve aux autorités de cette ville que cette augmentation produira au plus 15 à 14,000 fr. dé bonification sur mesjecettes, en admettant, année commune, une distribution de billets égale aux sept dernières années précédentes. Elle est bien loin de compenser rénorme différence des dépenses et des taxes depuis 1776 et même depuis 1790; elle balance à peine la perte du produit des redoutes ou bals parés, entièrement disparu des ressources de Tentreprise par des motifs qui tiennent à des circonstances passées et qu'il est impossible de prévoir quand et comment on pourra faire renaître, et celui des bals masqués, déchu d'au moins moitié par les mêmes raisons que pour les redoutes. Le public voudra bien prendre en considération que, dans cette ville, peu distante de Paris, le directeur ne jouit point, comme dans presque toutes les grandes villes éloignées de la capitale, de l'avantage d'une augmentation sur le prix des places pendant les représentations des spectacles étrangers à l'art dramatique et celles des premiers artistes de la capitale; qu'il n'y a que les cas très-rares où cette dépense extraordinaire excède 4 à 500 fr. par représentation.
« Le prix de l'abonnement ne sera pas changé, quoique la réciprocité des avantages pour le directeur soit
très-douteuse, en ce qu'il n'est sujet à aucune suspension pour premières représentations de pièces qui exigent des grandes dépenses de mise en scène, de celles au bénéfice des pensionnaires, des principaux artistes de la capitale et des spectacles étrangers. Je prierai seulement MM. les abonnés de considérer que l'abonnement est un arrangement particulier entre eux et le directeur des spectacles; que l'avantage apparent pour ce dernier est d'y trouver les fonds nécessaires pour faire les avances usitées aux pensionnaires de la troupe, d'avoir les moyens de passer la saison peu productive pour les recettes journalières, d'acheter et payer ses approvisionnements en tout genre; car le long crédit des fournisseurs ne gâte point les directeurs de spectacles; que dès-lors l'abonnement doit être payé comptant comme partout, et ainsi qu'il Tétait ici il y a quelques années; qu'après avoir donné les preuves de sa fidélité à ses engagements dans les temps les plus difficiles, si on persistait h lui refuser de le payer au commencement de l'année, on détruirait l'avantage le plus visible de cette ressource, qui l'aide à se mettre hors du besoin et de la perte des emprunts.
<t Le loyer des loges à l'année éprouvera seul un changement; le prix actuel est visiblement trop faible^ comjparativement à l'avantage d'avoir une place assurée, à quelque heure que l'on vienne et quel que soit le spectacle et l'affluence des spectateurs. Il irrite la jalousie et le mécontentement des abonnés ordinaires, auxquels il n'est pas possible de désigner de places fixes. Partout ce loyer est indépendant de l'abonnement, qui est un prix fixe pour tout le monde, et presque partout il est payé autant que l'abonnement. Ce genre de produit est pour
58 THÉATRK
ainsi dire nouveau dans cette direction et il n'y a pas encore acquis la consistance qu'il a à Marseille^ Bordeaux, 'Lyon et autres villes. Afin de le laisser entièrement à la volonté des amateurs, j'avais le dessein d'in^ diquer avant l'ouverture un jour oii les loges seraient criées et adjugées pour le prix qu'on les porterait en sus de l'abonnement ordinaire. Mais j'ai réfléchi que ce nouveau mode pourrait, quant à présent^ jeter une désagréable et fâcheuse animosité entre les différentes personnes qui en auraient envie, et j'ai préféré, quelque avantage que je pourrais tirer de ce moyen, le fixer en sus de l'abonnement général à 80 fr. pour chaque place que contiendra la loge. Lne seule personne pourra être locataire de chaque loge et former sa société comme elle voudra parmi les abonnés, dont elle donnera les noms au contrôleur, pour que cette loge ne puisse être occupée que par les personnes qui y auront droit. Elle sera seule reconnue responsable de ce loyer.
« Ces améliorations très-modérées fourniront un allégement sur l'augmentation de tout ce qui a rapport aux besoins de l'exploitation générale de rétablissement. On doit leur en attribuer peu pour les droits et taxes auxquels il est maintenant assujetti. Quelques personnes pourront les élever au*dessus de ce qu'elles sont en réalité; c'est une erreur que l'on fait volontiers lorsqu'on veut apprécier le rapport d'un établissement dont on ne connaît pas les détails; elle est bien souvent commise par les personnes qui apprécient les produits annuels par celui du jour où un spectacle extraordinaire, qu'il n'est pas possible d'avoir souvent, a attiré leur présence et celle de beaucoup d'autres spectateurs; mais ces méme$
DES ARTS. 5ff
personnes ne comptent pas les désavantages des jours où elles ne viennent piis et dans lesquels, beaucoup trop souvent, il ne se trouve pas en recette de quoi payer les frais d'éclairage, des employés aux portes d'entrée et les droits des auteurs. Ce serait courir un léger risque de se tromper en pensant que, parmi ces personnes^ il ne s'en trouverait peut-être pas une sur mille ayant quelque chose à perdre qui, malgré les avantages qu'elles supposent, voulût oser courir le risque de se charger de l'entreprise.
« J'ai tout lieu d'espérer que le public en général seittira la nécessité et la justice de ma demande.
« J ai fait, à grands frais, embellir et orner la salle, remettre à neuf la garniture des sièges et accotoirs; j'ai moins consulté, dans cette grande dépense, mes facultés que mon désir de prouver au public de cette ville combien j'ai à cœur de mériter son estime et sa bienveillance. Puisse cette année commencer sous de meilleurs auspices que toutes celles qui l'ont précédée depuis ma gestion.
« CORRÉARi). »
La nouvelle décoration de la salle était de bon goût ; elle avait été peinte par Allaux, peintre-décorateur attaché au théâtre.
Le rideau représentait Pierre Corneille travaillant dans son cabinet, recevant les inspirations de Melpomène et de Thalio. Il avait été exécuté par Gué, élève de David.
Une des améliorations les plus importantes était une double sortie pratiquée indépendamment de celles qui existaient déjà. L'une se trouvait aux secondes loges et l'autre aux troisièmes. Ce fut à l'autorité administrative
CQ THEATRE
que l'on diit cette mesure, utile dans les jours de foule
et surtout en cas d'incendie.
Le samedi 15 mai, sept jours après l'ouverture de la campagne, on a fait relâche pour achever les réparations de la salle.
DES ARTS. tfi
Année théâtrale 1S19-1SM (1).
L'ouverture a été faite le samedi 8 mai, par deux comédies :
lo La Femme jalouse;
2° Le Legs.
Les débuts, commencés ce jour-là, out continué sans relâche — même le dimanche — et ont été très-orageux. Le premier mois a été signalé, non-seulement par une opposition formidable, mais encore par de véritables troubles. Le directeur lui-même donne ce nom aux actes du public, dans une lettre qu'il a fait insérer dans le journal (c'était un grand ami du genre épistolaire, que ce monsieur Corréard !! ) Il convient que le premier rôle ou grande coquette qu'il avait présentée n'avait pas les qualités physiques requises, mais, selon lui, on ne devait pas la refuser pour cela; il affirme que tel artiste engagé par lui avait tenu pendant dix ans à Bruxelles l'emploi pour lequel il débutait à Rouen ; que tel autre avait été jugé sans être entendu; celui-ci avait tenu son emploi sur les théâtres de Nantes, Nimes, Montpellier et Bordeaux; celui-là sur ceux de Nantes, de Toulouse et de Marseille. Il n'avait donc pas été prendre, disait-il, ses acteurs dans les troupes de petites villes; d'ailleurs, quand cela serait vrai, les théâtres des petites villes ne
(i) Huitième de la direction Corréard.
ai THÉÂTRE
sont^ils pas des pépinières dont il faut tirer des sujets? On accable d'amertume les comédiens d'un âge mûr, on n'encourage pas assez les jeunes gens. Si les artistes se montrent insuffisants, ce n'est pas qu'ils manquent de talent, mais l'extrême sévérité du public paralyse leurs forces! La lettre de Corréard contenait encore d'autres arguments ejusdem farlnœ. Les directeiu's d'aujourd'hui ne font pas d'ailleurs autrement.
Quoi qu'il en soit, les débuts et les rentrées ont eu lieu :
Pour le drame, la comédie et le vaudeville, dans : la Femme jalouse, le Legs, Tartufe, V Ecole des Maris, Eugénie, le Festin de Pierre, Claudine de Florian, le Déserteur, le Philosophe marié, le Légataire universel^ le Dépit amoureux, les Jeux de V Amour et du Hasard, le Barbier de Séville, les Deux Philibert (reprise), VAbbé de VEpée, le Tartufe de mœurs, le Solliciteur, les Amants Prothée, le Légataire universel, le Tyran domestique, les Fausses confidences, le Méchant (reprise), le Dissipateur, les Châteaux en Espagne, V Amant bourru et le Philinte de Molière,
Pour l'opéra, dans : le Nouveau Seigneur du village, Joseph, la Mélomanie, Sylvain, Jean de Paris, Avis au public, Raoul Barbe-Bleue, Jeannot et Colin, les Prétendus, Ma Tante Aurore, Biaise et Babet, la Maison isolée, le Grand-Père, le Bouffe et le Tailleur (1), Euphrosine, les Rendez-vous bourgeois, une Folie, V Epreuve
(1) Dans lequel Faget jouait un Fragment de concerto sur le violoncelle, avec accompagnement à grand orchestre , et accompagnait le duo sur le violoDcelle.
UKS ARTS. es
villageoise, la Fausse magie, le Billet de loterie, le /?o.tsignot, le 7Vrti7c wm/.
Après les débuts, qai se sont prolongés pendant plusieurs Mois, la troupe a été ainsi constituée : Comédie :
Perrier (Alph. ), premier rôle en tous genres . 0,000 fr.
Desroches, jeune premier (1) 3,000
Bonnety, second et troisième amoureux . . 3^900
Chaperon, père noble 4,200
Louis, financier, manteau, grime et paysan . 3,600 Blanvalet, troisième rôle, grand raisonneur (2) 3,000
Montois, premier comique (3) 4,000
iMottchot, deuxième comique 2,700
Reynal, grande utilité en tous genres. . . . 2,()00
iM"«N. . ., premier rôle en tous genres (4). 5,000
M"* Dutertre, jeune première 3,600
M»« Fabre, soubrette (5) 4,700
M«« Duversin, caractère et mère noble. . . 4,000
A reporter 49,300 fr.
(i) Elève du Conservatoire; a d'abord été refusé. Ausaigneaux, gendre de Chaperon, s'est présenté; il a eu le même sort; alors Corréârd a produit de nouveau Desroches, sous prétexte que la France ne produisait plus de jeunes premiers.
(2) Après réchec de Marchand et de Juclié.
(3) Après les échecs successifs de Rerthaull, Salpêtre, An t. Bougnol, Drouville et Lesage.
(4) M"** Metge ayant échoué.
(5) S'est hiartée pendant cet exercice avec Louis. Nous rappellerons désormais M"^ Louis- Fabre.
/Report 49,300 fr.
M"« Wenzel, deuxième amoureuse 1,800
Mii« Stéphanie, grande utilité en tous genres . i ,800
52,900 fr.
" sssssssssssssm
Opéra :
Ponchard jeune, EUeviou, première hautecontre 10,500 fr.
Delos, deuxième haute-contre,. JWichu 5,500
Edouard Bruillon, Philippe, Gavaudan (1) . 5,200
Faget, Martin, Lays, Solié 7,200
Adolphe, première basse 6,000
Delanuay (Th.), première basse également. 5,600
Bié, Laruette, Juliet 5,000
Devillé, trial, Dozaiuville (2) 3,600
Darmand, deuxième trial, utilités 1,800
Charles, deuxième basse, grande utilité. . . 2,100 Tanquerelle, deuxième et troisième bassetaille 1,500
Mme Morel-Lemaire, première chanteuse à
roulades et Philis (3) 10,000
M»e Ponchard-Allent (4), môme emploi 9,000
A reporter 73,000 fr.
(1) Avait tenu, à Rouen, l'emploi de Colin. (Voir page 3.) (Tj Après réchec de Maillard.
(3) Après réchec de M"« Rose Sivan, puis de M*« Eslher Ferville, qui s'est rabattue sur les rôles à baguette.
(4) M"* Allent, mariée à Ponchard jeune.
Report 75,000 fr.
MW« Richard-Mutée (1), première Dugazon,
Saint-Aubin, Gavaudan 5,600
Mm« Esther-Ferville, mère Dugazon, r61e à
baguette, première duègne (2) 4,500
M™e Juclié, duègne en tous genres 4,200
Mii« Langlade, deuxième Dugazon 3,000
Mii« Colinette, deuxième et troisième jeune
Dugazon 1,800
M"« Jenny Lemery, id 1,800
93,900 fr.
Chœurs :
Dupuis, haute-contre 1,900 fr.
Ploquin, id 1,500
Trevaux, taille 1,200
Couturier, id 1,000
Colange, id. \ 900
Mignon, basse-taille 1,300
Servier, id 1,200
Adam, id 900
Martin, id 400
Urbin Bordes, id 900
mmes Constance 1,200
Martin 1,100
A reporter 13,500 fr.
(1) M"^ Mutée, mariée à un nommé Richard.
(2) Une dame Chollet n'ayant pas osé débuter et M'»^ Saint- Riole ayant échoué.
Beport 15,300 fr.
Clément 900
Lasalle 1,000
Richard J,000
Descharelles 1,000
Manteau 1,000
Goiho 800
Leclerc 1,000
La petite Constance 300
Les deux petites Mouchot 300
21,000 fr.
Orchestre :
Valentino, chef 3,000 fr.
A. Manyer, sous-chef, premier violon. . . 1,700
Lamannière, premier violon 1,650
Dumoulin 960
Warme 900
Fourni er Talné, premier deuxième violon. 1,000
Faure, id 900
Réthaller fils, id 900
Grisel, id 700
Laroche père, basse 1,200
Laroche fils, id 800
Merlu, violoncelle 1,200
MouUezun, id 1,200
Vantro, hautbois 1,300
Carré, id 800
Réthaller père, clarinette 1,200
Fournier le jeune, id 1,000
A reporter 92,110 fr.
Report 22,il0 fr.
Francisque, flûte 1,200
Berty, basson 1,300
Christophe, id 864
Corret, cor 1,200
Mauss, id 1,200
Valéry, alto 900
Eder, id 900
Artus, timballier 720
Frederick, trompette 500
29,194 fr.
Collet, régisseur en chef (1) 4,000 fr.
Richard, sous-régisseur 1,800
Belmout, souffleur et gardien de la bibliothèque ... ; 1,200
Mme veuve Bonne, dame de confiance pour la surveillance générale dans les magasins de costumes, la distribution de tout ce qui est nécessaire aux représentations journalières, l'achat des étoffes, la confection des costumes, et de plus inspectrice des bureaux et postes pendant les représentations et des
recettes 5,000
Allaux^ peintre et décorateur en chef 4,000
Mareschal, peintre en second 1,500
Leroy, caissier 2,400
A reporter 17,900 fr.
(1) Ancien père noble, à Rouen.
Report 17,900 fr.
Fortin, contrdleur et collecteur des abonnements 1,800
Harel, contrôleur aux secondes 1,000
Tête-d'Homme, concierge et machiniste. . 1,800
Gornoix et son épouse, luminaristes 2,000
Samson, maître tailleur, costumier 1,200
Lebas, maitre menuisier 840
Guillaume père, machiniste au cintre 720
Guillaume fils, machiniste dessus et dessous le théâtre 774
Limare, idem 720
Sivry, perruquier 600
Bordes, relieur des brochures et des partitions de musique, et contrôleur-receveur
des droits sur les théâtres ambulants 600
29,954 fr,