RÉCAPITULATION
Troupe de comédie S2,900 fr.
Troupe d'opéra 93,900
Chœurs 21,000
Orchestre 29,194
Employés à l'administration 29,934
Total •. 226,948 fr.
A ce total de 226,948 fr. il faut ajouter environ 8 à 10,000 fr. pour gratifications aux artistes. (Voir plus loin les bénéfices des artistes.)
D'un autre côté, il faut savoir que les buralistes, les postes, garçons de théâtre, habilleuses, ouvriers tail-
leurs^ menuisiers^ etc., payés à la journée, dont la rémunération était comprise dans les frais généraux, formaient une source de dépense d'au moins 15,000 fr.
Enfin Gorréard a, cette aûnée-là, payé une somme, que nous ne connaissons pas, à quatre artistes non portés sur le tableau qui précède, parce qu'ils n'ont été engagés qu'à titre de supplément de troupe :
En premier lieu, Henri Warnet, élève du Conservatoire, qui jouait les Valères, ou si l'on veut les troisièmes amoureux^ espèce de doublure de Bonnety.
En second lieu, Nestor, comique dans le genre des Variétés, qui excellait dans Pomadin ou Vlntrigue du carrefour, Werther ou les Egarements d'un cœur sensible, le Solliciteur, Je fais mes farces et les Bolivars et les Morillos.
En troisième lieu, Lafeuillade, élève du Conservatoire, première haute-contre, doublant avec succès Ponchard jeune, quoiqu'avant de venir à Rouen il n'eût jamais paru en public. Il plaisait beaucoup dans le Devin de village, le Rossignol, Richard-Cœur-de-Lion, Jean de Paris et les Prétendus.
En quatrième lieu, W^^ Caroline Laforgue, engagée, un mois avant la clôture, pour jouer les secondes amoureuses d'opéra et de comédie. C'est elle qui a créé à Rouen le rôle de Palmire dans la Clochette, d'Hérold.
Parmi les cantatrices que nous venons de citer au tableau de troupe, il en est une, la première par le talent, qui, comme femme, a su mériter tous les respects. Elle a été pendant toute sa vie la providence des malheureux et la bienfaitrice des pauvres. J'ai nommé Mme Morel- Lemaire.
Au moment où nous écrivons ces lignes, c'est à peine si la tombe est refermée sur le corps de celle qui fut non-seulement une véritable et excellente artiste dans la meilleure acception du mot, mais encore une femme d'un cœur généreux et d'une grande énergie. Depuis quelques jours seulement, nous connaissons les faits que nous allons raconter, tant sa modestie prenait soin de les passer sous silence.
Lors du désastre de Waterloo, M™» Morel-Lemaire était à Bruxelles. Là, elle vit des Français, ses compatriotes, entassés dans des caves et laissés sans nourriture. Couverte d'un manteau qui dissimulait ses mouvements, elle portait chaque jour aux prisonniers du pain, du vin et tout ce qu'elle pouvait se procurer. Les soldats ennemis la repoussèrent plus d'une fois, mais elle ne se rebuta pas et revint jusqu'à ce qu'enfin elle fût arrêtée. Prisonnière elle-même^ elle ne dut son salut qu'à l'intervention d'un officier supérieur. A peine libre, elle reprit la périlleuse mission qu'elle s'était donnée.
Pendant la crise industrielle qui malheureusement n'est pas encore terminée. M™» Morel-Lemaire était venue constamment en aide à de nombreuses familles sans travail. L'approche de l'hiver lui faisait craindre de nouvelles souflVances pour les ouvriers, et elle avait préparé son offrande quand la maladie est venue la frapper mortellement (1). En exécution de l'une des dernières volon-
(i) M""® Morel-Lemaire est morte, le 23 novembre 1863, à Tâge de soixante- quatorze ans, à Maîtreville, commune de Saint-Pierre (près Vemon), où elle s'était retirée depuis quelques années, avec son mari, ancien directeur des théâtres de
tés de sa femme, M. Morel a envoyé au Journal de Roueny le 28 novembre 1865, une somme de 100 fr. pour les ouvriers cotonniers sans travail.
Revenons à Tartiste : la petite Lemaire a commencé par jouer avec un grand succès les rôles d'enfant à la Porte-Saint-Martin. Puis elle est entrée au Conserva* toire, où elle a bientôt obtenu la classe de Garât. — W^ Lemaire a débuté au théâtre Feydeau le 8 mai 1806 ou 1809. Elle y est restée deux ans, pendant lesquels la Comédie-Française Ta toujours choisie pour chanter dans le Bourgeois gentilhomme. Elle a quitté Feydeau pour aller à Nantes, et^ après deux années, de Nantes à Amsterdam, où elle a été engagée par M. Morel, directeur du théâtre de cette ville depuis cinq ans. Celui-ci dirigeait, en 1815, le théâtre d'Anvers, quand il épousa Mi<« Lemaire. Au bout de deux ans^ les Cosaques les ayant chassés de Hollande, M. et M»« Morel sont allés à Bruxelles.
Ce fut le 26 juillet 1819 que Mme Morel-Lemaire débuta au grand théâtre de Rouen, par les rôles d'Adèle du 6//let de loterie et de Célestine du Bouffe et le Tailleur (1). Le surlendemain, pour son deuxième début, elle joua Lucette de la Fausse magie et Philis du Rossignol, Enfin son troisième début, après lequel eUe fut reçue par ac-
Rouen, et sa sœur, M***^ Sarthé, veuve de Tartiste de ce nom, qui a été premier comique du théâtre des Variétés de Bordeaux et est venu, en 1817, donner quelques représentations au Théâtre-Français de Rouen.
(1) Dans lequel elle chanta une scène et un air italiens del signor Radicatti.
n THÉÂTRE
clamations, a été effectué le 30, dans le Traité nul, rôle de Pauline, et Jean de Paris, la princesse de Navarre.
M™« Morel-Lemaire, devenue, après ces trois auditions^ ridole du parterre, a successivement chanté les rôles de de Kœsie du Calife, Collette du Devin du village (c'était son triomphe), de Zémire de Zémire et Âzor, de Julie de Ma Tante Aurore, de Gélimène de V Amant statue, d'Arsène de la Belle Arsène, de Julie des Prétendus, de Zerbine de la Servante maîtresse, de Babet du Nouveau Seigneur de village, de Rose de la Femme colère, de Cécile de la B^sière de Salency, de Velbina du Marquis de Tulipano, d'Isabelle de VIrato, etc.
Pourquoi Corréard , qui disposait pour l'opéra des talents de M>^« Ponchard-Allent, engagée au taux de 9,000 fr. par an, a-t-il voulu, même au prix de 10,000 fr., faire jouir aussi le public de ceux de JM"»» Morel-Lemaire? Qu'en advint-il? C'est ce que nous dirons plus loin, au chapitre des incidents.
LÀ POLITIQUE AU THÉÂTRE. —Le mercredi 25 août 1819^ à l'occasion de la fête du roi^ on a donné la Partie de chasse de Henri IV, comédie en trois actes. Pendant la journée, le peuple avait fait entendre, dans les différents quartiers de la ville, les airs nationaux de Vive Henri IV! et du Serment français. Ces airs ont été répétés le soir au théâtre , où Ton accueillait avec enthousiasme les applications que présente la Partie de chasse.
Un service funèbre, pour l'anniversaire de la mort de S. M. Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France et de Navarre, a été célébré, le samedi 16 octobre 1819, dans
toutes les églises de Rouen. Le soir, il y a eu, au théâtre, relâche par ordre.
Par ordonnance du maire de Rouen, M. Elie-Lefébure, les spectacles et autres lieux de divertissements publics, ont été fermés le 21 janvier 1820, anniversaire de la mort de Louis XVL
La nouvelle officielle de l'assassinat de S. A. R. Mg^* le duc de Berry a été annoncée aux Rouennais par le maire, M. Elie-Lefébure, le 15 février 1820. Ce jour-là, malgré la fête du mardi-gras^ il y a eu, au théâtre, relâche par ordre, tant pour le spectacle que pour le bal.
Le lendemain, il n'y a pas eu non plus de représentation. Le 17, on a joué; mais il y a eu relâche les 18, 19, 20, 21 et 22 février, le maire de Rouen, qui avait alors dans ses attributions la police des spectacles de la ville, ayant appliqué aux deux théâtres la même mesure qu'à Paris. Le 25, jour de la réouverture, les spectateurs étaient peu nombreux ; aucun officier de la garnison n'y a paru, et dans le petit nombre de dames qui s'y sont montrées, plusieurs étaient en deuil.
Le 14 mars suivant, on a fait relâche par ordre, à l'occasion de la cérémonie funèbre pour l'inhumation de S. A. R. Mgi" le duc de Berry, dans la basilique de Saint- Denis.
Enfin un autre relâche par ordre a été motivé, le 24 mars, par le service solennel' et général célébré pour le repos de l'ame de S. A. R. Mgr le duc de Berry.
LA CENSURE. -— Lc maître des requêtes, directeur de la division de la librairie et des théâtres au ministère de l'intérieur, a fait savoir, le 29 mai 1819, que le^ ministre
accordait le visa nécessaire pour le répertoire, mais ea recommandant de se conformer, pour le Mariage de Figaro, à l'exemplaire de la Comédie-Française; et pour Charles et Caroline, à Texemplaire de l'Odéon.
La censure, en 1819, s'exerçait donc au ministère de l'intérieur.
REPaÉsERTÀTioNs EXTRiOEDiNAiREs. — Lcs dcux premières séries de représentations ont été données par deux anciens pensionnaires du théâtre de Rouen.
Manquant de premier comique, la direction a profité d'un congé accordé, en juin 1819, à Samson par le second Théàtre-Frauçais de Paris; grâce à cette combinaison, le répertoire a pu marcher.
Pour M"« Dufresnoy, premier rôle, on en peut dire autant. Elle aussi était attachée au deuxième Théâtre- Français de Paris. Il n'y avait pas à Rouen de premier rôle; on a profité d'un congé qu'elle obtint pour la faire venir, à la même époque, charmer comme autrefois les habitués du Théâtre-des-Arts.
A la fête de saint Pierre, le 29 juin 1819, en mémoire du grand Corneille, il y a eu spectacle brillant. La salle a été illuminée à l'instar du bal. La représentation a été ainsi composée :
lo Avant le lever du rideau^ Symphonie militaire de la composition de Valentino, chef de musique du théâtre, exécutée par l'orchestre;
2o Cantate à grand orchestre, de la composition de Charles, artiste du théâtre ;
5o Le couronnement des bustes des deux Corneille;
4o Cinna, tragédie de Pierre Corneille, dans laquelle
un jeune homme du nom de Cudot, élève du Conservatoire^ qui n'avait encore joué sur aucun théâtre, a rempli le rôle de Cinna;
5o La Fête de saint Pierre, vaudeville en un acte, par un habitant de Rouen ;
&> Le Menteur, comédie de Pierre Corneille.
On répandit dans la ville le bruit que la Fête de saint Pierre était de Th. Licquet. Celui-ci T^ démenti par la voix du journal.
Le mois de septembre de Tannée i819 a été signalé par des soirées variées. La troupe de ballet de Hullin est revenue et a donné :
Un divertissement nouveau ;
Un divertissement à la suite A' Aline, reine de Golconde;
Le Prince troubadour ou la Double épreuve, ballet ;
Psyché, ballet-pantomime en trois actes (reprise) ;
Tamerlan et Bajazet, ballet-pantomime en trois actes et à grand spectacle.
En tout, six représentations.
Au mois de novembre 1819^ on a vu; au Théàtre-des- Arts> des exercices sur la corde tendue exécutés par Ducrow, Anglais, premier écuyer du Cirque royal de Londres. Il variait ses exercices par une infinité de tours jusqu'alors inconnus ; il terminait par la grande ascension, sans balancier, du théâtre aux troisièmes, et redescendait en arrière. Après quatre représentations. Ducrow est allé au Cirque-Olympique de la rue Duguay- Trouiu,
Un meilleur accueil n'a pas été fait, le mois suivant, aux exercices d'un nommé Dimon, gymnastique aérien
(sic), qui n'a dès-lors donné qu'une seule représentation. Sur le grand théâtre ont çu lieu, en février 1820, les exercices de l'Homme-Mouche ; mais , après une seule fois, ce phénomène a été relégué au Théâtre-Français.
BÉNÉFICE DES HÔPITAUX. — La première représentation au profit des hospices a été donnée le mercredi l«r décembre 1819. On a joué :
1o L'Avocat, comédie;
2o Le Billet de loterie, opéra ;
3o Le Rossignol, grand-opéra.
Le produit net a été de 2,793 fr. 40 c.
La seconde représentation, le mercredi 8 mars 1820, n'a fourni que 1,890 fr. 63 c. Elle se composait de :
lo Guerre ouverte, comédie;
2o Les Rivaux d'eux-mêmes, comédie ;
3o Jocondey opéra.
Même remarque cette année que la précédente, en ce qui concerne la loge de la mairie. (Voir page 37).
BÉNÉFICES DES ARTISTES. — Gomme Taunéc précédente, les artistes de la troupe n'ont pas eu de représentation à leur bénéfice. Voici comment Corréard lui-même s'en est expliqué : ,
« Outre les appointements des principaux acteurs, il leur était promis des gratifications soit en argent, soit en demi-représentations, suivant les services qu'ils auraient rendus à l'administration, soit en jouant des rôles de complaisance, soit par leur prompte étude des ouvrages nouveaux. Avant cette époque, les demi-représentations existaient de droit sur les engagements. Elles nuisaient beaucoup à la marche du répertoire dans une
ville où il faut varier beaucoup et jouer tous les jours. Je suis venu à bout de les supprimer toutes et de les remplacer par de simples promesses de gratification. Cet objet doit être estimé de 8 à 10,000 fr. »
RÉPERTOiBE. — La tragédie s'est réveillée, la comédie et le vaudeville ont continué à être riches en nouveautés ; il n'en a pas été de même de Fopéra, mais la lutte entre deux premières chanteuses lui a, comme nous le verrons^ donné beaucoup de piquant.
TRAGÉDIE. — La tragédie a brillé d'un nouvel éclat. On Ta jouée, bien entendu, le jour de la Saint-Pierre. Elle a de plus compté, pendant cet exercice, trois nouveautés remarquables :
Jeanne d'Arc à Rouen, tragédie en cinq actes, par d'Avrigny. Première représentation en octobre 1819.
Louis IX, tragédie en cinq actes, d'Ancelot. Première représentation le 15 mars 1830. — Grand succès.
Les Vêpres siciliennes, tragédie en cinq actes, de G. Delavigne. A la première représentation, le 10 décembre 1819, raûteur, qui était venu à Rouen pour faire répéter son ouvrage, assistait au^spectacle. — Grand succès.
A la fin de cette soirée, les vers suivants ont été jetés sur ]e théâtre :
Ce siècle que Ton calomnie, Qa'on accuse d'indignité, Par des ouvrages de génie Répond à la postérité ; Témoin cette rare merveille :
Lavigne, en ce jour glorieux,
S'attache aux lauriers de Corneille Et devient immortel comme eux.
DRAME. — Pas de drame nouveau. Beverley^, le Déserteur, Eugénie, V Habitant de la Guadeloupe, VHonnête criminel et le Père de Famille sont les seuls drames qui aient été joués.
COMÉDIE, TAUDETiLLE, ETC. — Cette partie du répertoire s'est encore accrue de dix-huit nouveautés, savoir :
Angeline ou la Champenoise, vaudeville en un acte, de Léon et Armand (c'est-à-dire Théaulon et Dartois). Première représentation en décembre 1819.
Les Bolivars et les Morillos ou les Amours de Belleville, vaudeville, par Gabriel et Armand. Première représentation eu septembre 1819. Nestor^ comique dans le genre des Variétés, alors à Rouen, y a créé un râle. On a fort applaudi ces deux couplets :
Air : Paris est comme autrefois.
Vive la lithographie!
C'est une rage partout ; Grands, petits, laide, jolie, Le crayon retrace tout.
Les boulevards tout au long A présent sont un salon Où, sans même avoir posé.
Chacun se trouve exposé l .On tapisse les murailles De soldats et de hauts faits.
On ne voit que des batailles Depuis que Ton a la paix.
Sur les assiettes, les plats.
On dessine des combats; Jusqu'au fond des compotiers On va placer des guerriers.
Sur nos indiennes nouvelles On voit prendre des remparts, Et sur les Rchus des belles On voit charger des hussards.
Les paravents, les écrans.
Sont ornés de combattants; Mille canons en travail Font feu sur un éventail.
Là, des villes assiégées Sur les foulards les plus beaux.
Ou des batailles rangées Sur des schalls de mérinos.
Nos mouchoirs de poche aussi Ont leurs combats. Dieu merci !
Grâce à cette nouveauté.
Une sensible beauté Peut, quand la douleur Pattaque, Essuyer ses yeux très-bien Avec le bras d'un Cosaque Ou la jambe d*un Prussien.
Air : Je suis colère et boudeuse.
C'est un salon que le monde, Où, selon les goûts, les rangs.
Chacun, sans peur qu'on le fronde.
Joue à des jeux différents.
Le banquier joue à la poule Et la plume adroitement; Le rentier joue à la boule
Et la perd assez souvent; Maint usurier joue au gage.
Le marchand joue au loio^ Le garçon au mariage^ Le penseur au domino ; Le clerc joue à la roulette^ Le bourgeois joue au boston, Les femmes à la toilette.
Les maris à pair ou non.
Sans craindre le ridicule, Nos petits hommes d'Etat Au noble jeu de bascule Ont rendu tout son éclat.
Si la guerre qu'on abhorre Nous troublait dans nos foyers, On verrait jouer encore Le triomphe à nos guerriers.
Cadet Roussel Procida ou la Cloche du dîner, parodie des Vêpres siciliennes, en un acte, mêlée de musique. Le jour de la première représentation, en avril 1820, ou donnait les Vêpres siciliennes, et le spectacle finissait par la parodie, de Dupin et Garmouche.
La Carte à payer ou V Aubergiste bourguemestre, vaudeville en un acte, par Merle, Brazier et Garmouche. Première représentation en octobre 1819.
La Cloison ou Beaucoup de peine pour rien, comédie en un acte, par Belin'de la Liborlière. Première représentation en juin 1819.
Les Comédiens, comédie en cinq actes et en vers, de Casimir Delavigne, précédée d'un prologue en prose. Première représentation le 28 février 1820. — Grand succès.
DES ARTS. %t
VEnnui ou le Comte d'Erfort, vaudeville en deux actes, par Scribe, Dupin et MélesvUle. Première représentation en mars 1830.
La Ferme et le Château, vaudeville en un acte, par Sewrin. Première représentation en août 4819.
Le Jeune Werther ou les Grandes passions, vaudeville en un acte, par Gentil. Première représentation en octobre 1819.
Une Journée au camp, vaudeville-folie en deux actes, par Désaugiers et Gentil. Première représentation en avril lœ».
Madame Frontin ou les Deux duègnes , vaudeville en un acte> par Brazier et Dubois. Première représentation en janvier 1820.
Le Mariage à la hussarde ou une Soirée de printemps, vaudeville en un acte, par Armand et Lafontaine. Première représentation en octobre 1819.
Le Marquis de Pomenars, comédie en un acte, par Mm« Sophie Gay. Première représentation en mars
Le Pied de mouton, comédie-féerie comique en trois actes, ornée de tout son spectacle et de toutes ses métamorphoses. Première représentation le 24 janvier 1820. Mouchot, sous-régisseur, a mérité des éloges pour les soins qu'il a apportés à la mise en scène. — Grand succès. — Cette pièce était de Martainville et Ribié.
La Somnambule, vaudeville en deux actes, par Eugène Scribe et Delavigne, frère de Casimir Delavigne. Première représentation le 4 février 1820. — Succès. —On a remarqué les trois couplets que voici :
8i TRiATftR
Air : Vaudeville du petit Courrier.
Par dépit nous fuir sans retour, Ah ! certes, la folie est grande ; GoBçoit'On, je te ie demande, Un Français qui se meurt d'amow !
Un guerrier constant, qui se flatte De fixer de jeunes beautés, Enfin un amant diplomate Qui croit à la foi des traités!
Air : Tendres échos errants dans ces vallons.
Elle a trahi ses serments et sa foi,
Et pour jamais il faut que je Toublie.
J'avais juré de vivre sous sa loi;
Eh bien ! j'irai mourir pour ma patrie.
Patrie! honneur! pour qui j'arme mon bras,
Vous seuls au moins ne me trahirez pas !
Nouveaux serments vont bientôt m'engager. Et si je fus quitté par une belle.
Sous les drapeaux où je cours me ranger, La gloire au moins me restera fidèle.
Patrie! honneur! pour qui j'arme mon bras. Vous seuls, hélas! ne me trahirez pas!
Le Tailleur de Jean-Jacques Rousseau, comédie en un acte, par de Rougemont et Merle. Première représentation en décembre 1819.
Tapin ou le Tambourineur de Gonesse, vaudeville en un aete, par Martainville. Première représentation en février 1830, le jendi-gras.
DES ARtS. 88
Les Ttaifêêti^êmerUt ou Diane ef Nareiêiê, comédie en un acte. Première représentation en décembre 18i9.
Mus ce genre, un grand nombre d'ouvrages, qae nous n'avons pu citer encore, ont été représentés. En voici la liste :
VÀcte de naiêsatuie, les AngloMêspaur rire, lUi)«re, V Aveugle clairvoyant.
Le Babillarë, Brueyn et Paktprat,
Le Capitaine Belronde^ le Chevalier à la mode, le Chevalier d'industrie (reprise), le Ci-devant feune homme, le Confident par hasard, le Consentement forcé.
Défiance et malice, les Deux Frères, les Deux Gendres (reprise)y le Distrait,
V Ecole des Bourgeois, V Ecole des Femmes, V Ecole des Pères, VEpreuve nouvelle.
La Fausse Agnès, les Femmes, la Femme juge et partie, les Folies amoureuses.
La Gageure imprévue, le Glorieux.
VHomme à bonnes fortunes, VHôtef en vente.
V Impromptu de campagne, V Intrigue épistolaire.
La Jeunesse de Henri V, le Joueur, — la Laitière suisse.
La Maison en loterie, le Malade imaginaire, avec la cérémonie, dans laquelle paraissaient tous les acteurs de lit eomédie et de Topera (le jeudi gras), le Mariage de Figaro, le Mariage du pèlerin, le Mariage secret, Marton etFrontin, le Médecin malgré lui, le Mercure galant y la Mère coupable. Monsieur de Crae, Monsieur de Pour'" ceaugnae.
Le Petit Corsaire, le Petit Enfant prodigue, les Petits BrOeonniers, le Procureur arbitre.
Le Roman d'une heure, — Shakspeare amoureux^ une Soirée de carnaval, le Sourd,
Le Tableau de Raphaël, -^le Volage (reprise), le Vieux Célibataire,
opÉBA. — La troupe d'opéra n'a eu, cette année, que deux créations, assez pâles d'ailleurs :
La Clochette ou le Diable page, opéra-féerie en trois actes, paroles de Théaulon, musique de Hérold, orné de tout soif spectacle et de quatre décorations nouvelles, peintes par Allaux père, peintre-décorateur du théâtre. Première représentation en mars 1820.
Edmond et Caroline ou la Lettre et la réponse, en un acte, œuvre posthume de MarsoUier. Première représentation en octobre 1819.
Nous avons mentionné en passant un certain nombre d'opéras maintenus à la scène. Voici la liste complémentaire :
Adolphe et Clara, Alexis , Aline, l'Amant jaloux, Ambroise, V Amour filial, V Auberge de Bagnères,
Camille, la Caverne (reprise), le Comte d'Albert et sa suite, le Concert interrompu.
Les Deux Chasseurs et la Laitière, les Deux Jaloux, les Deux Journées, les Deux petits Savoyards, le Diable à quatre, la Dot, la Fête au village voisin (reprise), Françoise de Foix (reprise), le Frère Philippe.
Gulistan (reprise), — une Heure de mariage.
Jadis et aujourd'hui (reprise), un Jour à Paris (reprise), le Jugement de Midas, — Lulli et QuinauU.
Le Magicien sans magie, la Maison à vendre, le Maréchal ferrant, le Mari de circonstance, les Maris garçons,
le Médecin turc (reprise). Montana et Stéphanie (réprise).
Œdipe à Colonne (reprise), VOpéra^Comique.
Paul et Virginie, le Petit Chaperon rouge (reprise), le Petit Matelot, Picaros et Diego (reprise), le Prisonnier >
Renaud d'Ast, Bien de trop ou les Deux Paravents (reprise), Bose et Colas.
Les Sabots et le cerisier, — le Tableau parlant, le Tonnelier.
La Vestale.
coNGEBTS. — Au mois de novembre 1819, un violoniste âgé de neuf ans, Hippolyte Larsonneur, a été entendu trois fois au Théàtre-des-Arts. Il a exécuté un Concerto de Viotti, un Air varié de Lafond, un Concerto de Kreutzer et un Air varié. La partie instrumentale était complétée par Corret, premier cor de l'orchestre {Concerto de sa composition), par Laget, qui a exécuté sur le violoncelle un Air varié de Garondé, enfin par Touverture de Stratonice. Pour le chant, on a euM««Morel-Lemaire (air et scène d'Aline et Concerto de Rode arrangé pour M™^ Catalani), enfin Lafeuillade (air de la Création du monde). Le spectacle comprenait en outre une ou deux pièces du répertoire.
Un autre violoniste d'un grand talent. Fontaine, violon solo de la musique particulière du roi^ a donné au théâtre, au commencement de janvier 1820, un grand concert vocal et instrumental. Cet artiste était, comme on le sait, déjà connu à Rouen.
INTERMÈDES. — Ils sc bomeut à deux ouvertures et à une symphonie, — les deux ouvertures que l'orchestre jouait souvent dans un entr'acte ou comme lever de ri-
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deau, — la symphonie, que l'on n'a entendae qu^une fois:
L'ouverture du Jeune Henri (notamment le premier jour de Tannée théâtrale) ;
Symphonie concertante de basson et de clarinette, par Gébauer/ exécutée par Berty et François Rétballer, attachés à l'orchestre dn Théàtre-des-Arts (mai 1819);
L'ouverture de Don Juan (en novembre i819 pour la première fois).
BALS. — Les grands bais de nuit, parés et masqués, otit commencé le dimanche 30 janvier 1820, à onze heures, après le spectacle. Le second a été donné le dimanche 6 février, le troisième le jeudi*gras 10 du même mois, et le quatrième le dimanche-gras 13 (1).
L'assassinat du duc de Berry est venu mettre un terme aux bruyants plaisirs du carnaval et de la mi-caréme.
La clôture de l'année théâtrale a été faite le jeudi SO avril 1820, par le spectacle suivant :
lo Le Tonnelier f opéra;
2o Le Pied de mouton, comédie-féerie ;
3o Le Devin de village, opéra.
M™« Ponchard-Allent était indisposée et n'a pu, peur ce motif, figurer dans la soirée d'adieux. M™* Morel- Lemaire^ au contraire, a recueilli, dans cette représentation, les sympathies les plus flatteuses. Les habitués
(I) PAques, en 1830, était le 2 avril. Il y a eu relâche les jeudi, vendredi et samedi saints et le dimanche, jour de Pâques.
àa théâtre lui ont décemé nne couronne de lauriers, bien simple et bî^n petite, mais à cette époqne on ne prodiguait pas les couronnes, et quand on en donnait une par une faveur insigne et extraordinaire, elle n'était ni constellée d'orn^nents en or ni grande comme un des cercles d'une barrique de vin.
Cette pauvre petite couronne offerte à M«« Morel-» Lemaire, le 30 avril 18â0, je Tai vue en 1863. Ce souv^ir de tes succès à Rouen faisait encore romement principal de son salon de Maltreville.
IRGIDERTS.
Au commencement de la campagne, Corréard se trouva dans un embarras qu'il vit bientôt tourner à son avantage. M°>« Ponchard-Allent était dans un état de grossesse tellement avancé, qu'elle ne pouvait i^us paraître en scène. Cette artiste avait été attachée à l'Académie impériale de musique avant de faire partie de la troupe de Rouen , elle jouissait de la faveur du public, on ue pouvait donc mettre à sa place, même temporairement, une chantense médiocre. Les succès de M^^^ Morel-Lemaire à rOpéra-Comique de Paris la désignèrent au choix du directeur. Il la produisit donc, et, comme nous l'avons dit, elle devint en peu de jours l'idole des habitués: Tout alla bien jusqu'au milieu d'octobre ; mais, à cette époque, M^ç Ponchard reprit certains rôles de ^oo emploi, sa camarade gardant les autres. Quelques admi-
Cet incident du T<M0au parlant a été l'occasion de plusieurs lettres de Gorréard au public. On Taccusait d'avoir coopéré à la cabale contre M"« Poncbard, dans le but de se débarrasser de Tune des deux cantatrices. Il s'en est défendu avec énergie.
Quoi qu'il en soit, à la fin d'octobre, Mn»e Ponchard céda la place à sa rivale ; mais, à la demande du public, elle reprit son poste à la fln de novembre, après avoir fait la paix avec Corréard qu'elle avait cru coupable envers elle. Toutefois cette rentrée ne s'est pas faite sans plusieurs jours d'un tumulte tel, qu'une fois, la dernière pièce du spectacle ne put être jo«iée, et qu'une autre, le bruit s'étant produit au commencement même de la soirée, il n'y a pas eu de représentation. Une autre fois, Mme Ponchard n'a pu conjurer la tempête qu'en prononçant, à son entrée en scène, les paroles que voici : « Messieurs, j'avoue mes torts; je prie le public d'être « indulgent à mon égard et je promets de faire tous mes « efforts pour m'en rendre digne. »
La lutte des morelistes et des ponchardistes n'a pas manqué d'attirer la foule au théâtre et la caisse s'en est ressentie ; un détail d'ailleurs montrera jusqu'où les choses ont été poqssto; e'e§t celui-ci : les acharnés des deux camps portaient à la boutonnière un signe distinctif. A la couleur du ruban ou de la fleur portée par le spectateur, on pouvait savoir à l'avance s'il allait siffler ou applaudir.
Il y a quarante ans, on s'occupait, à Rouen^ beaucoup plus qu'on ne le fait aujourd'hui des choses de théâtre. Les abonnés se connaissaient plus et s'entendaient mieux. Nous avons en main un document qui le
DES ARTS. ti
prouve; Les habitués s'amiitèreat, peodaat la campagne 18i9-18S0, à rédiger un pamphlet fort spirituel, mais trop leste pour être f eproduit ici en entier. Il était intitulé : Rapport fait à l'Amirauté sur Vétat de la flotte en rade au port de Rouen, 1819-1820. On appréciait d'abord rélat-major, l'amiral Corréard, le contre-amiral Couturier^ Tinspecteur Collçt, l'officier payeur Leroy, l'officier du génie Valentino. Pour l'amiral Corréard on disait : « Ex-capitaine du Crispin, il s'était acquis la bienveilc lance publique qu'il a perdue depuis par des vues c étroites. Il est sur le point de prendre sa retraite. »
Quant aux artistes, on en faisait des capitaines de vaisseau afin de pouvoir leur dire leur fait en le mettant sur le compte du navire ; exemple :
VElleviou, capitaine Ponchard, petit, léger, faible, manœuvre assez bien ; cependant il a rendu peu de services à la flotte.
Le Licinius, capitaine Lafeuillade, bien construit, donne de belles espérances.
Le Mikely, capitaine Bié, bien solide, virant de bord avec facilité et avantage ; il ne craint pas la tempête ni ^ les combats. Le jour du danger est pour lui celui de la victoire.
Le Glorieux, capitaine Périer, excellent voilier, artillerie formidable. Il soutient avec avantage l'honneur du pavillon que lui a laissé le capitaine Granger oncle.
liC Command'eur, capitaine Louis, charpente solide, trop massive, marche irréguliére. Il est de conserve avec la Suzanne, capitaine Fabre (1).
(4) On sait que Louis épottu plus tard M"* Fabre.
n THÉÂTRE
Pour les actrices^ on supposait des frégates avec leur capitaine ; exemple :
La Collette, capitaine Morel-Lemaire, fine voilière, manœuvres excellentes. Le capitaine, animé du meilleur esprit, a déjà rendu bien des services à la flotte.
La Julie, capitaine Ponchard-Allent, petite, un peu courbée sur la poupe, cinglant avec force mais avec irrégularité. L'insubordination du capitaine lui attire quelques corrections.
La Dugazon, capitaine Mutée^ fort bien percée, matée par les soins du capitaine Richard. Elle a fait beaucoup de voyages à Cythère, lie de la Grèce. — Ses manœuvres sont libres et faciles. Elle ne craint pas l'abordage. Elle vogue assez bien quoiqu'elle ait un mauvais gouvernail.
La Georgette, capitaine Langlade, bien gréée.
La Grande-Prêtrèsse, capitaine Ferville, ifortement construite, bonne artillerie.
La Vieille-Léonarde, capitaine Juclié, médiocre construction, sans grâces dans ses manœuvres, porte-voix harmonieux.
La Duègne, capitaine Duversin, ancienne. Elle tient encore un premier rang dan^ la ligne.
La Suzanne, capitaine Fabre, bonne construction, armée en guerre, excellente pour un voyage de long cours. Elle a jaugé 500; elle est de conserve avec le Commandeur, capitaine Louis, avec lequel elle part en croisière.
Enfin il y avait dans la flotte des corvettes pour les actrices plus jeunes, des bricks, des sloops, des bateaux
plats et des avisos pour les artistes de second ordre et figurants, enfin des bateaux de transport et des péniches pour les figurantes; mais les convenances nous défeadeni de faire, pour cette partie, la moindre citation.
n THÉATKE
Direction E.rmemt ¥aiiii#Te.
A la fin du mai^ d'avril 1820, pendant les vacances théâtrales, Gorréard a &it publier la lettre que nous reproduisons ici :
d Au rédacteur du journal de Rouen.
« Rouen, le ^5 avril 1820.
a Monsieur,
« Les contrariétés infinies que j'ai éprouvées daim mon entreprise pendant la dernière année théâtrale, contrariétés que je ne pense pas avoir motivées par ma conduite, m'ont fait prendre le parti de m'en affranchir le plus promptement possible. J'ai donc Thonneur de vous prier d'informer le public, par la voie de votre journal, que je viens de la céder irrévocablement à M. Ernest Vanhove, comédien du roi, retraité du Théâtre- Français, avec lequel j'étais depuis quelque tem{>s en négociation pour cela.
(( L'expérience acquise et les connaissances de M. Vanhove, dans cette partie, présentent toutes les probabilités d'une bonne administration. Je lui souhaite plus de tranquillité et de réussite que je n'en ai obtenu pendant mes huit années de gestion.
« J'ai l'honneur, etc., etc.
« GORBÉiRD. »
A quelques jours de là, Ernest Vanhore écrivit à sou tour, mais de sa lettre il ne ressort rien, si ce n*est que la refaite de Gorréard laissait aux artistes qu'il avait eagagés la liberté de se r^îrer également, en donnant, toutefois, au nouveau directeur, le délai d'un mois pour pourvoir à leur remplacement.
Année théâtrale lS9»-lS9f •
L'ouverture a été faite le samedi 6 mai 1830. On donnait, avec des débuts dans les deux pièces :
io Le Vieux Célibataire, comédie;
2o Joseph, opéra.
Le changement opéré dans la direction a motivé le rétablissement d'un usage perdu depuis longtemps, celui du discours d*ouverture. Au lever du rideau, le nouveau directeur, Ernest Vanhove, a paru sur la scène et s'est exprimé en ces termes :
« Mesdames et Messieurs,
«Le changement de direction, par la cession que M. Gorréard m'a faite de son entreprise, m'impose le devoir de paraître le premier devant vous au renouvellement de cette année théâtrale.
a II est dans la nature de cet établissement» dont je sens en ce moment le fardeau, d'éprouver bien des contrariétés, d'être soumis à une multiplicité d'événements
fâcheux qu'il est impossible de prévoir et qui portent atteinte à une marche telle que le directeur la désirerait dans l'intérêt du public et dans le sien. Vous pouvez^ messieurs et mesdames^ aplanir les uns et les autres par votre indulgence; je la réclame en ma faveur. Si mes soins et mon extrême surveillance suffisent pour vous donner toute la satisfaction que vous avez droit d'attendre d'un établissement dont le but principal est de vous procurer des amusements variés, je vous promets que j'emploierai tous les moyens en mon pouvoir afin de remplir vos désirs et de captiver votre bienveillance. Je réclame en même temps votre indulgence en faveur des nouveaux artistes. Une timidité bien naturelle en paraissant devant un public éclairé et sévère peut nuire beaucoup, lors des premières représentations, au développement de leurs talents. Je vous supplie d'entendre leurs débuts avec calme et de vous garder d'une sévérité trop hâtive, qui a toujours pour résultat de nuire à vos plaisirs et aux intérêts du directeur et des artistes. Je dois croire qu'ils feront tous leurs efforts pour mériter vos suffrages et votre estime par leur bonne volonté et leur zèle à varier le répertoire. Je ferai de mon côté tout ce que je pourrai pour mériter les bontés dont vous daignerez m'honorer. » (Applaudissements.)
Le lendemain 7 mai, c'était encore fête au Théàtredes-Arts; on représentait, pour la continuation des débuts, la Femme jalouse, comédie, et pour la rentrée de Mme Morel-Lemaire, le Devin du Village. Celle-ci a été fêtée comme elle le méritait et les vers suivants ont été improvisés par un spectateur, à l'occasion de son nouveau triomphe :
A MAIXAMB MOREL-LEMAIRB.
Garde sur noos tes droits, trop aimable Lemaire, D'an effroi passager chasse le souvenir, Du sot ou du jaloux ne crains pas la colère, Ton succès a trompé son âmeste désir.
Âh l reste dans ces lieux sœur de la mélodie : Bergère, déité, par tes sons enchanteurs, Viens, foulant à tes pieds les serpents de Tenvie, Séduire notre oreille et transporter nos cœurs. L'envie 1 Eh ! qu^ai-je dit? Désormais qu*elle vienne ! Qu*eUe ose murmurer ! qu^elle approche en fiireur. Tu dois peu redouter son langage imposteur, Pour lui fermer la bouche, il tant ouvrir la tienne !
Plus tard, dans le courant de l'année, un antre poète a chanté Mb« Morel-Lemaire, à propos de la manière dont elle remplissait le rdle de Colette du Devin du Vaiage.
À MADIME MOREL-LBIUnUB.
Lorsque ta voix et brillante et légère Porte dans tous les comrs ses sons harmonieux, On croit alors entendre, aux bosquets de Gythère, Du rossignol le chant délicieux.
Linus, Orphée, Âmphion, Polynmie, Ont d^KMé, sur ton heureux berceau.
Les secrets de leur mélodie; Et, pour couronner ce tableau.
Le dieu brillant de Tharmonie Anima tes accents de son divin flambeau. Contre des charmes si poissants, Que peuvent les traits de Tenvie?
Tu la Yaincns dans tooa les temps.
Par le touchant accord des mœurs et des talents Réunis à la modestie.
Les débuts ont duré peyiâant presque toute l'année. Us ont eu lieu ?
Pour le drame^ la comédie^ le vaudeville^ etc. , dans le Vieux Célibataire, la Femme jalouse, les Deux Frères, Tartufe, Shakspeare amoureux ^ les Rivaux d'eux-mêmes, les Fausses Confidences, le Dépit amoureux, lés Jeux de H Amour et du Hasard, CaOerine, le Secret du Ménage, Eugénie, Défiamoe et mattoe, k Jeunesse de Henri V, le Philinte de Molière , la Fausse Agnès, VOncle mort et vivant et les Femmes savantes.
Pour Topera, dans Joseph, Adolphe et Clara, le PeM Matelot, le Délire, le Nouveau Seigneur du Village, Biaise et Babet, Paul et Virginie, Gulistan, VAmcMr filial, les Maris garçons, une Heure de mariage, les Deux jaloux, JMoidia, Mwtano et Stéphanie, Richard- Cœur-de-lion» Ma Tante Aurore, Félix, le Mélomane interramfu (à la première représentation, ee qui n'aurait pas dû se faire^, Zémîre et Asor, Euphrosine, le Traité nul, la Caverne, Sylvain, le Bouffh et le Tailleur, le PrisenrUer, ht Jeune Prude, le Rossignol.
La troupe a été eniin composée aiusi qu'il suit :
Comédie :
Perrier (Alp.)> premier rôle en toi» genres. Bonnety, jeuae premier.
Eugène, amoureux.
DES AftTS. dd
Duruissel (1), père noble.
Morel (2>» financier.
Régnier (Adolp.), traitièitie râle, grand raisonneur.
Verteuil (Ârm.), premier comique.
Mouchot, deoidème comique.
Nestor, comique dans le genre dés Yàriéfés.
Colange^ grande utilité en tous genres.
M™» Charles Fradel^ premier râle, grande coquette.
MU« Héloïse, soubrette.
MU« LegrtBUid f Virginie)^ jeunes premiers rMes et jeunes coquettes.
M»» Dirrersin, caraetères et m^ noble.
Min« Duruissel, second» caractères et deuxième mère noble.
M^e Wenzel, amoureuse.
W^ Dorgebray, amoureuse.
M ii« L^lotgot (Gardin^^ troisième amonreuse.
Opéra :
Lafeuillade, première haute-contre (S).
Nicolo-Isouard, première kittt0**eoBlre ^. Laurent, deuxième haute-contre (5).
Moreau (Théod.), jeune Elleviou.
Charles Fradel, Philippe.
(i) Déjà connu à Rouen.
(S) Était aux appointements de 4,S00 fr. Nous le verrons bientôt directeur. «
(3) I^est resté que jusqu'au 6 juin 1820. (i) Après Téchec de Frédéric Boullenger. (5) Après réchec de Deschamps.
Casse], Martin (i).
Lalande, première basse en partage.
Noyrigat, première basse en partage (2).
Tanquerelle, deuxième et troisième basse.
Bié, Laruette, Jnliet.
Pitrot, premier trial (SQ.
Darmand, deimème trial.
Charles, basse, grande utilité.
Colange, utilité.
Urne Morel*-Lemaire , première chanteuse à rou« lades (4), M™« Moreau, première chanteuse sans roulades. N...., première Dugazon (5).
Mii« Langlade, deuxième Dugazon.
Mme Ferville, mère Dugazon.
M°>« Juclié, duègne en tous genres.
Mlle Laforgue (Caroline), troisième chanteuse.
Moria, chef d'orchestre.
Manyer^ second chef.
Âllaux, peintre-décorateur.
(1) Élève du Conservatoire.
(S) Après réchec de Glaparède.
(3) Rentrée après six ans d'absence.
(4) Aux appointements de 10,500 fr., 500 fr. de plus que l'année précédente.
(5) W^ Fleuriet a échoué, ainsi que M"« Amélie Dorgebray et que W^^ d'Harmance. W^^ Dorgebray est restée pour le vaudeville.
Sous Yanhove, il y a eu un grand nombre d'engagements à bâtons rompus, c'est-à-dire d'artisteè ayant un emploi très-mal défini. Un tel fauche, xme telle cAavauche, disait-on^ quand on voyait tel acteur ou telle actrice prendre un rôle que ses aptitudes et non pas la nature de son emploi lui avaient fait donner.
On remarquera une singulière coïncidence. Il y avait dans la troupe deux artistes qui devaient plus tard prendre la direction : d'abord Horel, financier, et Nicolo-Isouard y première haute-contre. Uorel, mari de M«« Morel-Lemaire, financier, précédé d'une excellente réputation qu'il a justifiée, a débuté par le capitaine Bertrand des Deux Frères, Orgon de Tartufe, Boniface d'Omeville de Catherine ou la Belle Fermière, et le capitaine Copp de la Jeunesse de Henri F. — Nicolo a débuté par Blinval du Prisonnier, Blondel de Richard, et Azor de ZénUre et Azor,
LA POLITIQUE AU THÉATEB. — M. le chcvalier Elie-Lefébure, ayant été informé, le S9 septembre 1820, à sept heures du soir, que M«« la duchesse de Berry était accouchée d'un prince, a diargé M. Debonne, son premier adjoint, de se rendre au théâtre pour l'annoncer au public. A cette nouvelle, les cris de Vive le roi! Vivent' les Bourbons! Vive le duc de Bordeaux! se sont fait entendre de toutes parts.
Le lendemain 30 septembre, des couplets de circonstance, ajoutés à la pièce Préville et Taconnet, ont été couverts d'applaudissements.
Le 16 octobre 1890, il y a eu relâche par ordre, à cause de l'anniversaire de la mort de S. H. Harie-Antoi-
fOS THEATRE
nette d' Aptricbe, reifie de France et de Navarre ; cepend?int l'arrêté 4u maire ne portait pas^ cette fois, que les spects^cles et lieux 4e divertissements seraient fermés^ et fttt ^eu d'o})li£er les habitants à fermer leurs boutiques pendant le serriee solennel, i\ les y invitait seulemeut. Au contraire^ pour Tanniversaire de la mort de & U* Louis XV|, leisî deux articles primitifs de l'arrêté municipal out été rétablis : boutiques fermées et pas de divertissemeuts. Cet anniversaire a offert, en I9&i, cette particularité^ que, par exception, cQuformément aux intentions du roi> le service funèbre a été célébré le 30 janvier* Le lendemain dimaucl^e 21 , les deux théâtres de Rouen ont fait é(;alemeut relâche.
Le mercredi 14 février 1881 > il y a eu relâche par ordre, à cause de l'anniversaire de l'assassinat du duc dfj Berry.
LA CENSURE. — Quaud le projet de répertoire pour 1820-1821 est revenu de Paris, on y lisait en* tête : « Vu au minislère de l'intérieur, — conformément à la décision de M. le Directeur général de l'administration départementale et de la police, à la charge de ne jouer le Stariage de Searron qu^en supprimant le personnage de ôiraud. — Paris, 51 mai 1826, par ordre de M. le Directeur général. Signé : Le Chef du bureau des théâtres. »
Dans ce projet, le, directeur des théâtres de Rouen s'était engagé spontanément à ne jouer Charhs et Caroline que suivant l'exemplaire de FOdéon, et la Folle Journée que suivant l'exemplaire de la Comédie-Française. '
prBfsfiflTAXJtolii ^wwwAPiç^» — ^ im 1889,