‹ Histoire complète et méthodique des théatres de Rouen (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · BU · texte numérisé non relu

BU

Près de leur auguste mère, « 11 nous eut été bien doux De voir la sœur... et le frère, Lui qui doit régner sur nous.

Veuillez former son enfance A nous aimer quelque jour ; Nous joroBs ki d'avance De lui rendre amour pour amour.

Bis.

Si le pays de Neusirie

A pour vous quelques attraits, • Si Votre Altesse chérie

Veut combler tous nos souhaits.

Si le dévoûment sincère

Mérite quelque retour,

Revenez, c'est la manière \

De nous rendre ameur pour amour. \

Bii

A un momenti toAs ks spectateurs se sont levés en faisant entendre d'enthousiastes bravos.

DES ARTS. i87

A la du de ta (Hêce, M^^ l.eiBouIe a exprimé, pur res couplets^ les adieux de ht Tille : "

Nous ne ponYons nous en défendre, U fsMit migré nous le vouloir...

Adieu, le charme de Tentendre!

Adieu, le bonheur de la voir !

Mais ce qui surtout les chagrine, Les boDs habitants de ce lieu, Cest que le nom de Caroline Vient se mêler à cet adieu.

Naguère, la foule enivrée, Cédant aux transports les plus doux, Noble princesse, â votre entrée, Chantait joyeuse devant vous.

Maintenant, ce peuple soupire En vous voyant quitter ce lieu :

C'est qu'il voudrait ne plus rien dire Quand il faut quHl vous dise adieu.

Mais quoi ! dans sa bonté touchante,

Si Caroline, à Tavenir,

A ce peuple entier qu'elle enchante,

Daigne garder un souvenir;

Si son image, en traits de flamme,

Avec nous demeure en ce lieu.

Non, ce n'est pas, nous dit notre ftme^

Ce n'est pas là se dire adieu !

L' auteur, Théodore Licquet, a été présenté par le préfet, M» le baron de Yanssay, à S. A. R. la duchesse de Berry.

Le 25 août 1824, jour de fai fête du roi, on a joué au

Wè THEATRE

Tbéàtre-des-Arts la Partie de Chasse de Henri IV, comédie, et Richard'Cœuf'^e'Lion, opéra.

La santé du roi Louis XVIII, fort mauvaise depuis quelque temps, commença à donner des inquiétudes le iS septembre 1824. Des prières et des messes ont été dites dans toute la France pour la prolongation de ses jours. En outre, à Rouen, le théâtre a fait relâche par ordre, à partir du 14 inclusivement. Le roi est mort le 16, à quatre heures du matin. L'autorisation de rouvrir a été accordée pour le 24.

Relâche le 16 octobre 1824, à cause de Tauniversaire de la mort de S. M. Marie-Antoinette. Comme le 16 était un samedi, cela ne changea rien aux habitudes. En effet, depuis quelques années, le Théâtre-des-Arts faisait le plus souvent relâche le samedi.

Relâche par ordre^ le 25 de ce même mois. Voici le texte de cette ordonnance :

« Le maire de Rouen^ chevalier de Tordre royal de la Légion-d'Honneur, membre de la chambre des députés des départements,

0 Considérant que l'inhumation de S. M. Louis XVIII, de glorieuse mémoire, est fixée au 25 de ce mois (1), et que ce jour doit être consacré au deuil,

« Ordonne ce qu'il suit :

« Art. Ittr. — Demain lundi, la Bourse de Rouen, ainsi que les spectacles et autres lieux de divertissements^ seront fermés à l'occasion de l'inhumation de S. M. Louis XVIII, roi de France et de Navarre.

(i) Dans réglise royale de Saint-Denis.

(( Art. â. — La présente ordonnance sera imprimée et afBchée aux lieux accoutumés de cette ville.

n Rouen, en rHôtel-de-Ville, le â4 octobre 4834.

« M» DE MAaTAIlITILLE. »

Une reprise qui a fait sensation^ a été celle du Soldat laboureur, le l«r novembre 1824. Elle prétait à de nombreuses applications^ et fournissait aux spectateurs l'occasion d'applaudir les récents triomphes de l'armée française et de témoigner son amour pour le nouveau roi des Français, Charles X. Voici deux couplets qui avaient été ajoutés à la pièce depuis sa première apparition :

Air : On y va.

ÏA paix nous est rendue, Chacun fiût son devoir :

L*un est à sa charrue, L'autre est à son comptoir.

Mais que notre roi parle, Chaque brave dira :

Faut- il défendre Charle?

On est là! (ter)

Air : Dans ce castel.

Un vieux troupier, naguère à la revue.

Sort de son rang. II s'approche du roi (Car on rapproche), et d'une voix émue Il dit : c Je suis soldat de bon aloi ; « Trente ans d'servic', vingt campagn\ quinz' blessures, « Cela vaat-il, mon roi, la croix d'honneur? « Je ne l'ai pas. — Qu'ici tu te rassures, « Dit le bon roi... Tiens, mets-là sur ton cœur. ». T. m. 14

ilO THÉÂTRE

D'autres couplets et quelques changements avaient en outre été faits pour adapter l'ouvrage aux circonstances du oioment.

L'ordonnance du maire portant^ comme de coutume, que le vendredi 21 janvier, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, les spectacles et autres lieux de divertissements publics seraient fermés pendant toute la journée, il y a eu, bien entendu, relâche ce jour-là.

Même ordonnance pour le samedi 12 février, anniversaire de la mort de S. A. R. Mgr le duc de Berry.

Dans ce chapitre de la politique, nous pourrions, à la rigueur, placer encore deux faits que nous renvoyons, au contraire, à celui des incidents. Cette remarque est importante, afin que rien ne passe inaperçu.

CENSURE. — Le projet de répertoire a été approuvé en ces termes : « Vu au Ministère de l'Intérieur, conformément à la décision de Son Excellence, sons la condition : lo de ne point jouer Y Indigent ni les Précepteurs, dont la représentation est ajournée ; 2o de se conformer à ce qui est prescrit à l'égard du Baron d'AWikrac, de Charles et Caroline, de la Folk Journée, de Montoni, à! Othello, du Comte d'Albert, de Belford et Euphémie et de ÏHermite et la Pèlerine; 3o de ne point représenter, sans un nouvel examen et sans autorisation, les ouvrages qui n'auraient pas été joués à Paris depuis 1820. — Paris, le 8 mai 1824. »

Venaient ensuite les explications : il fallait se conformer à l'exemplaire de l'Odéon pour le Bar&n d'Atbikrac, Charles et Caroline et Montoni; se conformer à l'^emplaire de la Comédie-Française pour la FûUe Journée et

OtAe/to; se conformer à l'exemplaire de r(^éra*Gomique pour le Comte d'Albert; ajourner Bel foré H Euphémiê si e'^it les Vbitandiftes arrangées que l'on entendait par là; enfin ajourner VUermite et le Pèlerin si c'était ÏHermite et la Pèlerine,

Les ouvrages désignés par la troisième recommandation étaient AmphUrUe; VAnglomane, Amélie et Mon^ rose, YEcossaise, Butilius, Samson, Tiridate, Trasine et Timofène et VUsurier gentilhomme,

afiPRÉSEiiTÀTioNs EXTRAoaDfifAiBES. — Eilcs ont Commencé par la daase, le SI mai 1834, par la Fille mal gardée, ballet*pantomime en deux actes, dansé par Labottière, Ailard, Girel et 9/1^» Blondin ainée, Blondin cadette et Adèle Volet. Ces artistes, venant du midi de la France, ont donné en outre pendant leur séjour :

V Amitié cédant à F Amour, ballet anacréontique;

La Famille des Innocents, ballet-pantomime en un acte;

Le Carnaval de Venise^ ballet comique en deux actes;

Le Déserteur, ballet-pantomime en trois actes.

En tout^ sept représentations, et cela jusqu'au 13 juin inclusivement.

Quelques jours après, Morel faisait venir M^^ Mars, première actrice du Théâtre-Français ; mais, comme elle resta jusqu'au 5 juillet suivant, parlons d'abord de la célébration de la Saint-Pierre par un spectacle en mémoire du ^and GomeiUe, à la date du % j/mn, bien •entendu, il a été composé de :

lo L'ouverture à'JpÂigénie en AuUde , exéentée à grand orchestre;

âlâ THÉÂTRE

2oLes Horaces, — Demouy, ex-pensionnaire du Théâtre- Français, remplissant le rôle du jeune Horace, et M»« Level, élèye de Oranger, ayant déjà paru sur le premier Théâtre-Français, celui de Camille;

3o Air varié pour la flûte, exécuté par Lowendal, artiste de l'orchestre;

4> La Maison de Corneille, à-propos-yaudeyille en un acte, par Tiste, artiste du théâtre, et *** ;

5o Air Yàrié pour le violoncelle, exécuté par Scriwaneck, artiste de Torchestre ;

&> La scène lyrique, musique de Méhul, représentée l'année précédente, à la suite de laquelle tous les ac* teurs, en costumes héroïques, ont couronné le buste de Corneille.

Revenons à W^ Mars. Les ouvrages suivants, qu'elle a choisis à ce voyage, lui ont valu les mêmes triomphes que les années précédentes :

Tartufe. Les Rivaux d* eux-mêmes.

Les Fausses Confidences, Le Mariage de Figaro,

Le Misanthrope, Misanthropie et Repentir,

Valérie, La Jeunesse de Henri V,

L'Ecole des Vieillards. Les Trois Sultanes,

Le Legs, Le Secret du Ménage,

La Fille d'honneur, Edouard en Ecosse,

Les Jeux de V Amour et du Hasard,

En tout, dix représentations, dont une à son bénéfice.

La célèbre comédienne a eu tant de succès qu'à la représentation à son bénéfice on a dressé des échafaudages dans les coulisses pour placer les spectateurs que la

salie ne ponvait contenir. Un autre jonr, dit-on, Torchestre a été envahi et les musiciens ont dù^ ponr un petit opéra qui serrait de lever de rideau, se placer sur la scène même, derrière les chanteurs, entre eux et le décor du fond. Gela devait produire un singulier coup d'oeil.

Au commencement de juillet 1824, trois jours après le départ de M^i» Mars, est venu Gonthier ou Gontier, premier acteur (premier amoureux) du théAtre du Gymnase, déjà connu à Rouen. Jusqu'au 19^ il a joué sept fois et dans onze ouvrages, savoir :

La Famille normande. Les Deux Ménages,

Michel et Christine. Monsieur Biaise.

V Héritière. La Demoiselle et la Dame,

Le Bon Papa, La Maîtresse au logis.

Les Frères de lait. Rodolphe.

Les Mémoires d'un Colonel.

Il faut aller jusqu'au 10 septembre pour trouver un autre artiste étranger. Ce fut le tour de Vemet, acteur du théâtre des Variétés. Pour donner neuf représentations, il dut rester jusqu'au 4 octobre, parce qu'il y eut relâche du 14 septembre inclusivement au 24 du même mois exclusivement, à cause de la maladie d'abord, puis de la mort du roi Louis XVin. Vernet a joué dans :

La Chercheuse d'esprit. Le Précepteur dans Vem- Sam Tambour ni Trom- barras.

pette. Je fais mes Farces.

La Famille du Porteur Les Cancans.

d'eau. Patron Jean.

Les Bonnes d'Enfants. ]jC Petit Enfant prodigue.

âi4 THEATRE

Une Heure de Prison, UOurs et'le Paeha.

Les Intrigues de la Edpée, Le Fermier d'Arcueil. ^

La fin du mois de novembre et presque tont le mois de décembre 1824 ont été marqués par la présence de M*»e Cosson, actrice tragique du premier Théâtre-Français, et du sieur Camille^ ex-pensionnaire du même théfttre. Pendant ce séjour, ils ont donné onze représentations et se sont produits dans :

Œdipe, de Voltaire. Mérope.

Britannicus. ' Rodogune, de Pierre Cor-

Clyiemnestre. neille.

Sémiramis, Pierre de Portugal,

Ces deux artistes ont joué ensuite plusieurs fois sur la deuxième scène rouennaise.

Le vide qu'ils ont laissé au Théàtre-des-Arts a été sur-le-champ comblé par Derivis, premier acteur de l'Académie royale de musique, qui est resté à Rouen du 2f décembre 1824 au 6 janvier 1825,~ti donné quatre représentations et a chanté dans :

La C4aravan,e du Caire, Le Déserteur,

Le Rossignol, Le Petit Matelot,

Anacréon chez Polycrate, Œdipe à Colonne. Le Devin de Village.

L'anniversaire de la naissance de Molière a été célébré, le samedi 15 janvier 1825, par un spectacle d'une composition toute spéciale .

lo Une ouverture à grand orchestre;

2o Tartufe, comédie;

3o Une symphonie concertante pour piano, basse,

harpe et cor, de Nadermao, exécalée par Lamanière, Scriwaneck, Fournie et Gorret;

4fl Le Bourgeois gentilhomme, comédie dans laqaelle M}^ Lemoule a chanté un grand air de Zelmira, opéra feriadeRossini;

5» Couronnement da buste de Molière par tous les acteurs de la comédie, de l'opéra et des chœurs.

En février i825, M«« Cosson a reparu d'abord dans Médëe et Jason (voir le chapitre des bénéfices, page 216), ensuite dans Germanicus (première représentation). Dans ce dernier ouvrage, elle a été secondée par Delaunay, élève du Conservatoire.

Le dimanche des Rameaux et les trois premiers jours de la semaine sainte (fin mars) ont été remarquables cette année, non plus par la présence de Talma, indisposé, mais par celle de Ligier, alors à TOdéon, et de Mme Cosson. Ils ont joué en quatre représentations :

Clytemnestre. 4/(^^1^^^^-

Hamlet. Œdipe, de Voltaire.

Nous tombons de bien haut pour terminer cette longue liste de représentations extraordinaires. De la tragédie nous arrivons à deux hercules, qui ont monté, en avril 1825, sur la scène de Corneille, Racine, Voltaire et Molière. Le premier de ces Alcides français s'appelait Mathevel et était le premier athlète de l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, maître de gymnastique et premier boxeur des luttes du pugilat. Le second, le sieur Théodore, était son élève. Tous deux étaient attachés au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Leurs exercices gymuastiques ont été annoncés cinq fois, mais n'ont

il6 THÉÂTRE

eu liea que trois, parce que, dans les deux autres soirées, il y a eu tant de tapage au sujet de Tartufe, que la salle a été évacuée par Tautorité — deux jours de suite. Le jour de la clôture de Tannée théâtrale, les Alcides ont paru^ mais au milieu d'une représentation encore trèsorageuse.

BÉNÉFICE DES HÔPITAUX. — La première représentation de la campagne, au bénéfice des hôpitaux, a été donnée le mercredi U^ décembre, et a été composée ainsi :

lo V Héritière, vaudeville ;

2o Le Mari à bonnes fortunes, comédie ;

3o Le Concert à la Cour, opéra.

Produit : 3,864 fr. 47 c.

iPour la seconde représentation, le vendredi 11 mars 1835, on a donné :

lo La Haine d'une Femme, vaudeville;

2o V Ecole du Scandale, comédie ;

3o Les Folies amoureuses, opéra.

Produit inconnu.

BÉNÉFICES. — Une des actrices les plus célèbres des théâtres de Rouen, M"« Dufréne, autrefois premier rôle, réduite à être habilleuse au Théàtre-des-Arts, a excité la pitié du directeur Morel et de M°>« Gosson, qui ont organisé, au bénéfice de cette malheureuse femme, le spectacle suivant, en février 1825 :

lo Le Concert à la Cour, opéra ;

2o Concerto de violon, exécuté par Manéra fils ;

3o Première représentation du Bal champêtre ou les Grisettes à la Campagne, vaudeville en un acte;

DES ARTS. il 7

49 Ooyertare à grand orchestre de Délia et Verdikan, de Berton ;

50 Reprise de Mëdée et Jason, tragédie de Longepierre, terminée par une pluie de feu, M»« Ck)sson remplissant (gratuitement) le rôle de Médée.

Pour prix de sa générosité, H«« Cosson, outre les applaudissements du public, a reçu une counmne à laquelle étaient attachés des vers en son honneur.

Quant à M"« Dufresne (M»® Bérard), elle est morte un an ou deux après, instituant pour ses héritiers Morel et Saint-Elme; ils ont eu chacun 13 fr., qu'ils ont donnés à la veuve de Collé, régisseur.

TBAGÉDiE. — La tragédie a été très en honneur pendant cette année, grâce à plusieurs séjours de M°>« Gosson, que nous avons vue d'abord secondée par le sieur Camille, puis seule, en troisième lieu avec Delaunay, enfin avec Ligier.

De cette façon, on a pu donner trois tragédies nouvelles, savoir :

Clytemnestre, tragédfe en cinq actes et en vers, par Alexandre Soumet. A la première représentation, en novembre 1824, M«»« Cosson et le sieur Camille, du premier Théàtre*Français, ont créé, à Rouen, les rôles de Clytemnestre et d'Oreste.

Germanicus, tragédie en cinq actes de A.-V. Arnault père. A la première représentation, en février 1825, le rôle de Germanicus a été tenu par Delaunay, élève dn Conservatoire, et celui de Placine par M"® Cosson, actrice tragique du premier Théâtre-Français.

Pierre de Portugal, tragédie en cinq actes, par L. Ar-

21g THÉÂTRE

nault fils. Elle a été montée à Rouen, en décembre 1^4, pour donner à deux artistes en représentation, Camille et M»» €osson, Toecasion de créer les rôles de don Pèdre et d'Inès de Castro.

On a remarqué les conseils qu*Inès, après s'être em- / poisonnée, adresse à son fils, en lui léguant le soin de consoler don Pèdre :

Aime- le, mon cher fils, aime-le comme il t'aime! Un père est un ami qui nous vient du ciel même ! Nous naissons... Sa bonté nous sourit au berceau. Il meurt, et nous bénit des bords de son tombeau. * Objet de notre culte, en tous lieux, à tout âge, D'un Dieu clément, pour nous c'est la vivante image. Sache t'en souvenir, mon fils, et paie au tien l.a dette qu'il attend de ton cœur et du mien.

Une scène qui a été très-applaudie est celle-ci : Don Pèdre s'empare de la couronne, et la posant sur la tète d'Inès expirée s'écrie .-

Eh bien ! s'il en est parmi vous, Que ses persécuteurs tombent à ses genoux ! Grands, citoyens, soldats, saluez votre reine! Et toi, ma digne épouse! et toi, ma souveraine! Inès! objet des pleurs qui baignent tous les yeux, Sur le peuple et sur moi règne du haut des cieux!

DRAME. — Nous n'avons à enregistrer qu'une seule nouveauté :

Le Commissionnaire, en trois actes, par F.* Laloue et Ménissier. Première représentation en septembre 1824. Mais on a maintenu :

ChArUs eê CaroUne, V Honnête Crimifid.

Le Déserteur, Misanthropie et Repentir.

Edouard en Ecosse, VOncie mort et vivant,

Eugénie, Le Père de Famille,

V Habitant de la Guade- JRodolphe.

loupe,

COMÉDIE^ YACDEYiLL£, £TC. — 27 Douveautés, ni plus ni moins :

V Actrice en voyage, vaudeville en un acte, par Leblanc. Première représentation en décembre 1824.

L'Adjoint et l'Avoué, comédie en un acte, par Romieu. Première représentation en août 1824.

Le Baiser au Porteur, vaudeville en un acte, par Scribe, Justin, Gensoul et de Courcy. Première représentation en août 1824.

Le Bal champêtre ou les Grisettes à la Campagne, vaudeville en un acte, par Scribe et Dupin. Première représentation en février 1825.

Le Bon Papa, vaudeville en un acte, par Scribe et Melesville. Première représentation en juillet 1824. Gonthier, du Gymnase, y a créé alors le rôle de M. de Vertbois.

Le Bureau de Loterie, vaudeville en un acte, par Mazères, Romieu et Barba. Première représentation en octobre 1824. — Insuccès.

Le Château de la Poularde, vaudeville en un acte, par Scribe, Dupin et Warner, Première représentation en novembre 1824. — Insuccès.

Le Compagnon d'infortunes ou les Prisonniers, vaudeville en un acte, par Théaulon, J. Arago et Duvemois. Première représentation en mars 1825.

no THtATBE

Coraly, vaudeyille en nn acte, par Scribe et Mêlesville. Première représentation en janvier 1825.

Les Dames Martin ou le Mari, la Femme et la Veuve, vaudeville en un acte, par Lafontaine, Belle et de Tnlly. Première représentation en février i8S5.

La Demoiselle et la Dame, vaudeville en un acte, par Scribe et Hélesville. A la première représentation, en juillet i824, Gonthier, du Gymnase, y a créé le rôle de Belenfant.

V Ecole du scandale, comédie en trois actes, imitée de Shéridan, poète anglais^ par Grosnier, Jouslin de Lasalleet Saint-M*^*. Première représentation en février i825.

VEnfant trouvé, comédie en trois actes, par Picard et Mazères. Première représentation en mars 1825.

La Famille du Porteur d'eau, vaudeville en un acte, par Francis, Dartois et Gabriel. Première représentation en mai i824. — Sifflets.

Le Fermier d'Arcueil ou les Bons serviteurs, vaudeville en un acte^ par Brazier^ Garmouche et Briois. Première représentation en octobre 1824.

Les Frères de lait, vaudeville en un acte, par Duvert et Nicole. A la première représentation à Rouen, en juillet 1824; Gonthier, du Gymnase, y a créé le rôle de Philippe.

La Haine d'une Femme ou le Jeune Homme à marier, vaudeville en un acte, par Scribe. Première représentation en février lffî5.

. Une Heure de Prison, vaudeville en deux actes, par Sewrin et Dumersan. Première représentation en oc-

tobre 1824. Veraet, des Variétés, y a créé alors le principal rôle.

Julien ou Vingt-cinq ans d'Enir'acte, vaudeville en deux actes, par Dartois et Xavier. Première représentation en août 1834.

La Maîtresse au Logis, vaudeville en un acte, par Eug. Scribe. Première représentation en juillet 1834. Gonthier, du Gymnase, y a créé alors le rôle de Léon.

La Mansarde des Artistes, vaudeville en un acte, par Scribe, Dupont et Warner. Première représentation en juin 1824.

Le Mari à bonnes fortunes ou la Leçon, comédie en cinq actes et en vers^ par Casimir Bonjour. Première représentation en novembre 1824. L'auteur avait mis en tète de son œuvre cette épigraphe •

Si tont cliaMai toaj«iin rar 1m teiTM itê tatrM, Prat*4ln «a flairt par «htawr inr 1m làin;

Le Méfiant, comédie en cinq actes et en vers, par Tiste, premier comique de la troupe. A la première représentation^ le 3 janvier 1825, l'auteur a été redemandé et ramené sur la scène par son camarade Saint-Elme.

Le Plus beau Jour de la Vie, vaudeville en deux actes, par Scribe et Warner. Première représentation en avril 182S.

La Quarantaine, vaudeville en un acte, par Scribe et Mazères. A la première représentation, en avril 182S, ces deux couplets ont fortement contribué au succès :

Tous leurs désira sont exaucés; Prions qu'autant nous en advienne.

Ici*ba8, vous qui dispensez Les plaisira ainsi que la peine,

2tt THÉÂTRE

Daignez mettre, 6 Dieu de bonté ! Pour le bien de l'espèce humaine, Tous les plaisirs en liberté £t les chagrins en quarantaine.

Exilé du palais des grands, Que le mensonge et son escorte, Que les flatteurs, les intrigants, Demeurent toujours à la porte; Mais jusqu'au trône, en liberté.

Que la voix du malheur parvienne.

Et surtout que la vérité Ne soit jamais en quarantaine.

Le Tardif, comédie en un acte, par Justin et Gensoul. Première représentation en février iS^S.

Le Tyran peu délicat ou V Enfant de cinq ans muet et courageux, mélodrame burlesque en trois actes, parodie de tous les mélodrames^ par Dumersau. Première représentation en février 1825.

On a joué aussi, pendant cette année :

V Amant bourru, les Amants généreux, les Amanis Prothée, les Amours de Bayard, Angelina, ÏAvare, V Avocat pateUn,

Le Bourru bienfaisant, Brueys et Palaprat, le Bûcheron de Salerne (reprise).

La Carte à payer, Caiherlne, les Châteaux en Espagne, le ChevaUer à la mode, le Coiffeur et le Perruquier, le Collatéral, le Conscrit, les Comédiens, Crispin médecin, les Cuisinières,

Le Dépit amoureux, Un Dernier jour de fortune, les Deux Edmon, les Deux Frères, les Deux Gendres, les

DBS ARTS. »3

Deux PhUiberi, le IHner de Madelon, le Dissipateur, le Distrait.

VEcoledes Bourgeois, VEdue^^ion, Encore nn Pourceaugnac.

La Fausse Agnès, les Fausses Infidélités, la Femme à vendre, la Femme juge et partie, les Femmes savantes, le Festin de Pierre, les Fourberies de Seapin.

La Gageure imprévue, Gaspard Vavisé, le Gastronome sans argent, le Glorieux,

V Homme à bonnes fortunes, — V Intérieur d'un bureau,

Jean qui pleure et Jean qui rit. Jocrisse aux enfers, le Joueur, Une Journée à Versailles,

Le Légataire universel^ Luxe et indigence.

Le Malade imaginaire avec la cérémonie, le Mariage extravagant, les Marionnettes, le Médecin malgré lui, les Menechmes, la Mère coupable. Minuit, Un Moment d'imprudence. Monsieur de Pourceaugnac, Monsieur SanS'Géne, Monsieur Vautour.

Nanine, — le Petit Corsaire (reprise), la Petite VWe, les Précieuses ridicules, la Pupille,

LeBoman d'une heure, — Shakspeare amoureux.

Le Tableau de Raphaël, Tom Jones à Londres, les Trois Sultanes, comédie dans laquelle Mii«^Lemoule chantait un grand air italien au premier et au deuxième acte, avec accompagnanent à ^prand orchestre. . Va^de-Bon^Ccsur, la Vieillesse de Piron (reprise)^ Une Visite à Bedlam.

OPÉRA. — Cinq nouveautés :

Le Concert à la Cour ou la Débutante, en un acte,

i24 THÉÂTRE

par Scribe et Mélesville, musique d'Auber. Première représentation le ier octobre i824.

Les Deîix Mousquetaires ou la Robe de chambre , en un acte, paroles de Vial et Gensoul, musique de B^ton. Première représentation en avril 1825.

Léocadie, drame lyrique en trois actes, par Scribe et Auber. Première représentation en mars 1825.

Le Mariage secret, en deux actes, paroles de Hbline, musique de Cimarosa. Première représentation le 30 août iffî4.

Le Muletier, en un acte, par Ch. Paul de Kock, musique de Hérold. Première représentation en décembre

Voici le complément du répertoire lyrique :

Adolphe et Clara, Aline, Ambroise, Y Amour filial, Y Auberge de Bagnères, Avis au public, Azémia,

La Belle Arsène, BénUmsU (reprise), avec une nou* velle ouverture et des changements de Boïeldieu, et orné de décors et de costumes nouveaux, le Billet de loterie, le Bouffe et le Tailleur.

Cendrillon, — les Deux Chasseurs et la Laitière, les Betix Journées, les Deux Mots (reprise), les Deux Paravents, le Diable à quatre, la Dot,

Elisca, YEpreuve villageoise,

La Fausse Magie, FéUx, Une Folie.

Le Grand'Père, la Grille du parc, Gulistan, Gulnare,

Hëléna, — Ylntrigue aux fenêtres, VIrato.

Jadis et aujourd'hui, la Jeune Femme colère, Un Jour à Paris.

La l^tre de change, Lulli et Quinault,

DES AftTS. i25

Le Moffkieni sans magie, la Maison à vendre^ le MaUre de Chapelle, en deux actes, les Maris garçons, le Marquis de ïb/ipano, Ma Tante Aurore, Montano et Stéphanie.

La Neige, Nina (reprise), — VOpéra^Comique.

Panurge, Paui^ Virginie, le Petit Chaperon rouge, PhiUppe et Georgette, la Pie voleuse, les Prétendus, le Prisonnier.

Renaud d'Ast, les Rendez^-vous bourgeois, les Rêveries renouvelées des Grecs, Roméo et Juliette (reprise), Rose et Colas, la Rosière de Salency.

Les Sabots et le Cerisier, la Servante tnaîtresse, Stra^ tonice.

Le Tableau parlant, travesti le jeudi et le diDiauche gras et une troisième fois en carême, le Traité nul, Trente-et-quarante, le Trésor supposé.

Les Voitures versées, — Zémire et Azor, Zoraïme et Zulnar,

INTERMÈBES. -*- A Tcxception d'un seul, ce sont tous intermèdes lyriques :

Polonaise sur la clarinette, composée et exécutée par Jacobi, artiste de l'orchestre. (Juin 1834.)

Ouverture d'Iphigénie en Àulide. (Juin.)

Air de flûte, exécuté par Lowendal, artiste de Torchestre. (Juin.)

Air de violoncelle, exécuté par Scriwaneck, artiste de l'orchestre. (Juin.)

Leclerq, physionomane de la capitale, a donné une représentation d^imitations d'acteurs comiques et plusieurs jeux de physionomie, tels que les passions de

T. III. i&

316 TIÊATRE

Vtam, d'après Lavais, les imtaUons éo mÊàée grotesque, les cbangemeals de la yeine aa plaisir par gradation ou la mobilité dans riaunobilité. H a ioité Perlât dans le Gastronotne sans argent, Odry dans le Sotéat laboureur et Potier dans le rdk do père Sournois des Petites Damades. (Deux lois en novembre i894)

Symphonie concertante pour piano^ baase, barpe et cor, de Naderman, exécutée par Lamanière, Smwaaeck, Founiier et Gorret. (Janvier i83S.)

Ouverture à grand orchestre de JDélia et Venkkan^ de Berton.

Concerto de violon^ exécaté par Manéra flis. (Février i825.)

BALS. ^ Le dimanche 30 janvier 18S5 a eu lieu le premier grand haï de nuit, paré et masqué, à onze heures» après le spectacle; le deuxième, le dimanche 6 février; le troisième, le jeudi iO; le quatrième, le dimanche gras iS; le cinquième et dernier, le mardi gras i5 (i).

Ces bals ont rapporté ensemble 10,946 fr., produit net.

Les trois derniers jours de Tannée théâtrale ont été très-orageux. Le spectacle n'a pu avoir lieu que le jour de la clôture définitive, le 90 avril 1825. La veille et llaTant-veille la salle a été évacuée. (Voir aux incidents.) Le spectacle du âO était ainsi composé :

lo Le Nouveau Seigneur du Village, opéra;

(i) En 1825, Pâques était le 3 avril. On a fait reUche le 31 mars elles i, S et 3 avril.

DBft Airrs. m

9^ U (/imrdfiMfMi, v«iid«viUe;

3» Le Concert à la Cour, opéra;

4^ M^ eunicos gyoumttqiiet <tat Ateâdo» frAOcuis, MatlMivei et Théodore, doAt «otu •¥<»« i^rlé dfUM tai Dp|pr^a«»t«tîeii» eiilra(Mr4învre9.

£«9 horeolet purMiaUiil pour la trQisièm« fw, VPOÎr qo'ou les eût annoncés cinq fois. Le pablic, pliif fort

qn'ew, avait tant faii que la salle «viiiiété évacuée îmii joora de suite -— an 9»i^ de TarivA.

incmiiTS.

Un. artiste lyriqne, qui avait déjà fait pfi^rtie 4^ jf troupe de Rouen pendant les années théâtrales 1813-1814, 1814-181S» 1815-1816 et au commeRceiBent de la suivante, jusqu'au moment où un ordre de début Feut appelé à TAcadémie royde de musique, le sieur Huby, a voulu au coasmenceuieiil de eetle campagne reprendre son emploi, mais une cabale fonnidable a éclaté contre loi, et devant elle il a cru devoir se retirer. La poH^ tiqiêê ne fni pas étrangère d i'événmnent, loin de là. Voici les ftdia :

Le lendemain de l'arrivée des Prussiens à Rouen, en 1818, Huby entendit au foyer des artistes des déclamations hostiles à ces étrangers. Il s'éleva contre ces paroles imprudentes et s'écria : ^ Vous voulez donc faire saccager la ville! »

Ce jour-là, paratt-il, la vie d'un sieur Ck>llet fut menacée par les Prussiens. Certaines personnes prétendirent que» faisant alluaion à ce fait, flilby 4PWt dit : « Tant

2tt TBCATBE

mieux! je voudrais qu'ils en eussent fdl autant à toute la ville. » •

Hnby fut sur*le-champ dénoncé à Tautorité, qui lui défendit provisoirement de paraître en public. A peu de temps de là, après informations, on lui permit de reparaître en scène, et le public ne lui fit point d'opposition <i).

En mai i824, au commencement de cette année théàr

traie, la réprobation se réveilla contre cet artiste, qfn, pour le dire en passant^ était né à Rouen et y avait toute sa famille. On rappela les propos de iSlS et le bruit répandu aussi à cette époque que Huby avait, sur le théâtre même, insulté le public, qu'il avait dénoncé tel et tel, etc., etc.

Notre célèbre Boïeldieu a été, le â sq[>tembre 18S4, l'objet d'une ovation aussi flatteuse qu'inattendue. Il as* sistait dans une loge à la représentation, qui se compo* sait du Chevalier à la mode, comédie,. et du Petit Chaperon rouge. Dans un entr'aete il a été reconnu, et, au dénoûment, tous les spectateurs ont manifesté le désir de le voir paraître. Après une longue hésitation, Boïddieu s'est rendu à ce vœu et est venu sur la scène recevoir le témoignage de l'admiration de ses compatriotes.

Nous allons entamer une grosse affaire que les vacances théâtrales interrompront , mais qui se compliquera singulièrement à l'ouverture de la prochaine année.

«■*^— 9 ' ■ H I ■ ■ ■■ ■ I ■■ n ■ .1 ■ »^— — ■— »— iw.— ^^.i»

(I) Voir tome 11 de cet ouvrage, page 194.

DtS ARTS. SU

Le 18 avril 1898, l'avant-veilSe de la eMare, la directe», fmtks penser à mal, annonça T$rtufe avec le Bêsd* çmai el les exercices hercnléens de deux Alcides françus. L'aiicfae ne fut pas plutôt apposée sur les mars de la ville, que M. le bwoB de Vanssay, préfet de la Seine* Inférieure, fit demander Morel, le directeur, et lui ordonna de changer le spectacle, en lui disant qu'apparemment il ignorait ce qui se passait à la cathédrale. Le premier magistrat faisait allusion à Teffet produit par la lecture en chaire d'une ordonnance de Tabbé Lessure, doyen du chapitre, ordonnance pour le rétablissement de ia discipline ecclésiastique dans le diocèse. Cette espèce de mandement rappelait qu'autrefois on affichait à la porte des églises le nom de ceux qui n'avaient pas fait leurs pàques. Il avait occasionné du désordre à la cathédrale. On y avait répandu des bouteilles d'un liquide à odeur infecte, fait partir des boules fulminantes, ren* versé des chaises, etc. (1).

Le directeur répondit au préfet qu'un changement de spectacle amènerait du bruit ; que, si Ton voulait laisser jouer Tartufe, cette pièce serait représentée à peu près devant les banquettes ; qu'enfin lui, le directeur, il répondait de tout. Le préfet s'irrita et persista dans sa détermination première.

L'affiche fut donc changée. On annonça que l'indisposition d'un acteur, empêchant de donner Tartufe, on avait dû remplacer cette comédie par Valérie.

(1) Cette affaire précédait d'un an celle des missionnaires, signalée par des désordres dans la cathédrale et sur le parvis de celte église.

no TIltATIIE

Le Boir; an tevet du rideu, «o mofitCbt •« OA eom-

Amçut Valériii le ptrterre iosiate pour que r<w jotiit Tiiriufe, Qdél^ies epeetstenn te ftopoténti pour ttmjtteer l'acteur malade, parce qu'on avait (à tort, «enstc Mim le TerfoUB pins tard) répandu le tatiil que c'dtiit Rayna). Or, Raynal jouait le râle très-court de l'exempt. Le plus gruid trouble se maaifesta, et conuUe les têtes éHient trop exaltées pour que l'on pit espérer qu'il finirkit bientôt, le directeur tst venu abnoncer que les spec* tatears pouvaient reprendre leur argest au bureau, ce qai a en lieu, et la salle a été évacuée.

Le leademÛB 49, l'affiche du ^ectaele portait Gett« note : N Vu oanu, la repréaentation de Tartafe eit i0ûumée, à raùon du iumuUe qui a eu lieu hier an tkêdtre. »

U n'en fallait pas davantage pour mettre le feu aux poudres!

Le tumulte de la veille s'est renouvelé de plus belle, et r&utorité a fait évacuer la salle. Quetqnes-uhs des perturbateurs ont été airëtés et livrés b la justice, d'autres lui ont été dénoncés.

Le 20, jour de la clôture, la représentation a pu Mre menée 4 peu près à bonne An; toutefois, le tapage a encore failli l'arrêter... Le feu couvait sous la cendre.

DBS AlfS. S3I

âBBée tfeéAtrale IStlS-f •«• (I).

Les incidents que nous venons de retracer en flnisciânt l'histoire de la précédente campagne ne devaient paa s'arrêter en si beau chemin, et le directeur était trop ka* bile pour se considérer comme battu. Il avait été forcé de rendre la recette fort belle du i8 avril, ses intérêts avaient souffert par suite de la défense de jouer Tartufe le 19 et le âO. Il fallait réparer cette perte.

Qu'advint-il pendant les vacances thé&trales?

Morel s'adressa d'abord au préfet et fit auprès de lui tous ses efforts pour être autorisé à faire la réouverture par Tartufe, Il n'y put réussir et se renidit à Paris, au ministère, où M. Lourdoueix, chef de la censure, lui tint k peu près le même langage que le préfet : « Hier on défendait Tartufe et vous voulez qu'on le laisse représenter aujourd'hui? Mais c'est absurde! etc. »

Le directeur fit remarquer que la représentation de Tartufe était permise à Paris et à Elbeuf ; qu'il y avait injustice à l'interdire à Rouen ; que d'ailleurs, si on ne lui rendait pas Tartufe, il donnerait sa démission, quoiqu'à découvert de 80,000 fr.; enfin que la ville de Rouen serait longtemps sans théâtre, parce que s^ habitants, instruits du motif de cette démission^ n'accepteraient paa son remplaçant.

(1) Quatrième de la direction Moral.

Le ministre savait bien que Morei était homme à mettre cette menace à exécution^ et que si Ton trouvait

un directeur à Téç^ine plys squple, on.n'^n saurait rencontrer un seul d'une égale habileté. II en référa au roi Charles X et permit enfin que la reprise de Tartufe inaugurât la nouvelle année théâtrale.

Mais au ministère, avant d'en venir là, on avait tenté un accommodement. On avait proposé au directeur une indemnité de dix à douze mille francs, s'il voulait consentir à supprimer la comédie à Kouen. Ce à quoi il a fait cette réponse -. « Si malheureusement la comédie était supprimée en France, encore devrait-elle se réfugier dans la patrie des deux Corneille. »

L'ouverture, que Morel avait retardée jusqu'à ce qu'on lui eût accordé ce qu'il demandait, a été faite le samedi 7 mai 18SS par :

V Héritière, vaudeville;

Tartufe, comédie :

Philippe et Georgette, opéra.

En peu d'instants, une foule immense a rempli la salle et les couloirs. L'orchestre a été envahi et les coulisses regorgeaient de spectateurs, tous les traits dirigés contre rhypocrisie ont été applaudis avec transport, et on a accueilli de même la tirade commençant par

Nous vivons sous un prince ennemi de la fmude.

A la fin de la pièce, le buste de Molière a été demandé. On a apporté alors un buste sur la scène, mais c'était celui de Corneille. Le public l'a salué par dé frénétiques bravos. M™« Saint-EIme a posé sur la tète du buste de notre poète immortel des couromies

DES ARfS. 283

aoxf iwlles étaient joints des vers en Tbonneur de Molière.

Saint-Eime a reço, ce soir-là, les témoignages les pins flatteurs de Topinion publique. Plnsienrs couronnes lui ont été jetées. Jl semblait ne pas v<Hil(Hr les accepter, mais MUe Brohan, débutante, voyant les désirs unanimes du public, en a ramassé une et Ta présentée avec beaucoup de grâce à Saint-Elme. Cette marqué de la faveur publique était bien due à cet artiste, si elle se fût ap* pliquée à son talent; mais était imméritée, parce qu'elle s'adressait à Thomme. On avait répandu, en effet, le bruit que Saint-BIme, à la fin de Tannée précédente» lors de Tinterdiction de Tartufe, s'était refusé à jouer aucun autre rôle; c'était tout le contraire. Quoiqu'en ait dit, à deux reprises, le ConsUlutionnel très* mal informé, Saint-Elme s'était refusé à jouer Tartufe, et, se disant souffrant, il n*avait cependant pas voulu qu'on en fit l'annonce. II se tint coi dans l'ombre. Par une injustice criante, on avait fait de Raynal (rôle de l'exempt) le bouc émissaire dans cette affaire, en lui attribuant la malencontreuse indisposition. Aussi, le jour de la réouverture, si le public fêta Saint-Elme, il donna des marques de défaveur très-prononcées au pauvre Raynal. C'est ainsi qu'on écrit l'histoire, ou plutôt c'est ainsi que se fait parfois au théâtre la justice distributive!!

Il est inutile de dire que, pour la fameuse représentation du 7 mai, l'autorité avait cru devoir faire un grand déplmement de forces; mais aucun trouble, aucun désordre, aucun mot inconvenant ne se sont fait entendre.

Quant au côté financier de la soirée, la repriée de

»i THftATHe

To¥iufê a pl«9 rapporté à la cai«M que la plus productive nouveauté. Nous tenons ce détail du directeur loi* mtae (1).

En \9BI&, on n'avait pas, comme aujourd'hui, rbabi**tude de donser ia même pièce plusieurs jours de suite, jusqu'à épuisement do succès de l'ouvrage ; d'un autre cdté, on effectua les détmts sans discontinuer. Aussi la deonièine représeotalioii de la reprise dé Tartufe n'a eu lien qœ le 31 juin. L'enthousiasme a été le même que le 7 mai. Le buste de Molière a été dem«idé et couronné à la fin de la soirée, — celui de Molière cette fois.

L'aChire de la cathédrale et l'int^diction de Tafiufe ont donné lieu à une complainte. Nous voudrions pouvoir la produire en entier, mais nous n'avons pu retrouver que ceci :

Vinè Morel qui tristement Dit : « Moi, j* nai pas fait d* mandemen>. Qu' ça finisse ou bien me v'ià L' directeur dans l'embarras. »

Les débuts ont été effectués :

Pour la comédie, le vaudeville, etc., dans Tarinf^, le Roman d'une heure, les Femmes savantes^ les Rivemt^ d'eux-mêmes, le Bourru bienfaisianifie MarietfAmanit la Fausse Agnès, Turçaret, Catherine, le Mariage extra^ vagant, la Femms jalouse, Eugénie, VAbbé de VEpée, la Chercheuse d'esprit, les Bonnes d'Enfants et l'Amnéte Criminel.

iiii i II. Il ■■'■ III Il r.i ■!

(I) M» Mdrei habite Mattreville, commune de Sâint*Fidrre, phès Vemon. (Avril IM5.)

DES ARTS. t8K

Pour l*opéra, dans PhiUfpe éi GmrgeUe, Us MurU garfêm, Camille, Ma T&nte Aurçre, Une Heurs dé MarkÊjfé, la Maison isolée, Sylvain, le Barbier de Seville, Montano et Stéphanie^ les Voitures oersées, la Fauise Magie, Œdipe à Colonne, les Deuas Jalouœ^ le Délire, le Billet de Loéerie, les Prétendus, le Nouveau Seigneur du Village, VÉpreuve ^llageeise, Héléna^ le Secret, te Bouffe et ie ToMour, te Barbier de SévMe et les Deux Jaloux.

Après ces dMnrts, fut oat été leags et 4tfage«x, la troupe a été ainsi formée .*

Comédie .

Saint-Elme, premier rdle 7,600 fr.

Ernest, jeune premiei" 4,800

Saint- Albain, deuxième et •troisième

amoureux 5,000

Roblin, raisonneur 3,Ï9Ô0

Léoto, )fère noble (<) 5,000

Roussel, financier (8) 5,000

Tiste, premier comique, premier valet . . 5,000 Mouchot, deuxième comique, Grispin . . . 9,700 Nestor, comique (3).

Ràynal, second père. : 8,700

Leprince, Ricquier, Gollange, Ringotte,

utilités.

<■ lui H«»i««ltii .1111 I I I

(1) Après réchec de Leclerc, à sa rentrée, et après le refus de Ferdinand Steph^ni, à ses débuts.

(2) Après le refus de Ghasel, qui venait de POdéon.

(3) £n mékne temps que tnal et provisoirement jusqu*au i*' septembre.

236 THfeATRE

M»« Simonet, premier rôle, grande coquette s,eoo

M°>« Saint^me, jeune première 5,000

M>i« Joséphine, amonreuse.

jUme Dûversin, caractères 4,000

Mii« Brohan, première soubrette 4,000

N. . . , deuxième soubrette 3,000

M»« Saint-fôtève, deuxièmes caractères. . i ,800 M»« Colon, duègne de vaudeville.

Fany Mouchot, Emilie Mouehot, utilités.

Opéra :

Rodel, première haute-contre, Eileviou. . 8,000 fr.

Ténar^ haute-contre, Philippe (1) 10,000

Alfred, haute-contre^ Colin 5,400

Edouard, deuxième haute-contre, Colin. . 2,000 ,

V4lboate, Martin, Lais. 11,500

BouUard, première basse-taille (3) 6,000

Chardon, deuxième basse-taille, tablier. . .5,400

Léopold, deuxième basse-taille 2,700

Bié, Laruette, Juliet 5^400

Nestor, trial (5)

Alexis, trial, Lesage (4) , 4,200

Leprince, Ricquier, CoUange, Laborde,

(1) Rentré après Péchec de Audinot.

(2) Avait alors 27 ans.

(3) Par intérim et jusqu'au 4^' septembre seulement.

(4) Après Féchec d'Emery^ après une fugue faite par Urbin qui avait été reçu, et après Téehec de Théodore. Alexis a débuté dans trois opéras et deux vaudevilles.

Desehamps, Chapiseau, Bertrand et Durbec, utilités,

M<ne Georges Lecouvreur, première chanteuse à roulades (i) 9,000

Mii« Langle, première chanteuse sans roulades 3,000

M"« 3criwaneck, Philis, Dugazon 5,S00

W^ Boyer, deuxième chanteuse 3,900

W^ Joséphine, troisième chanteuse 2,200

M™« F. Guilleman, duègnes nobles â,000

Mn« Colon, duègne, Margot A 4,000

]M°>«« Clément, Caroline Kerkoven, Charlotte Kerkoven, Fany Honchot et Héloïse, utilités.

Philastre, élève de Ciceri, peintre déeo*

râleur 3,600 fr.

Collet, régisseur 3,600

Rocher, chef d'orchestre 3,300

Manyer, deuxième chef d'orchestre 1 ,800

Lamanière, premier violon solo, 1,630 fir.; Dumoulin, 960 fr.; Warin (5), 900 fr.; Foumier Talné, 1,040 fr.; Faure, 900 fr.; Grisel, 720 fr.; Laroche père, 1,200 fr.; Scriwaneck fils, 1,100 fr.; Réthaller père, 1,000 fr.; Foumier jeune, 1,300 fr.; Corret, 1,300 fr.; Roussol, 1,200 fr.; Berti, 1,200 fr.; Ots, 1,000 fr.; Eschlep, 900 fr.; Christophe, 864 fr., puis à sa place Réthaller

(1) Après W^^ Emilie Ots, qui, reçue avec opposition, puis sifflée à chaque apparition, a fini par résilier.

(2) Venant de Feydeau.

(3) Mort pendant cette campagne, ainai que Christophe.

fils, 900 fr.; AliMrtBwltire.fiOOfr.; Moiit»DQ,i,aO(>fr.; Jacobi, 1 JOO fr.; Mauera, 900 fr.; Artns, 600 fr.; FriU, SOO fr.; Scriwaaeck père, 900 fr,; Fraiiciçpo, 1,600 fr ; Valfri, 900 fr.; Bidal, première flûte, d dater du ^ ftoût, 1,500 fr.; P, Walter, deimème violon, probaWeip^pt à la place de Warin, à dater du 12 octobre, 800 fr. (1).

CHOEURS. — Hommes : Bertrand, baute-con^, 1 ,âOOfr . ; l.aborde, idem, 1,900 fr.; Desebamps, idem, 1,000 fr.; mirbec, basse-taille, 1,SS0 fr.; Garih, idem, 1,900 fr.; Ad^Mdii idem, 900; Chapizeau, idem, l,900fr.; Goulard, taille, deuxième répétiteur, 1,900 fr.; Riagotte, taille, 1,9Q0 fr.; Leprince, taille et accessoires, I^JKMfr.; Collange, idiem, 900fr.; Louis Rie^ier, idem, 1,900 fr.; Urbain, x...^Bame$ : AasQuIt, coryphét, 1,900 fr.; Barti, 1,000 fr.; Eléonore Elio, l^QQOfr.; aémeot, 1,000 fr.; Labonte, 800 fr.; CalUol, 1,200 fr.; BiogoKe, 1,OQO fr.; Fritz, 900 fr.; Aimée Guibo, 800 fr.; Cbailott^ R^Jloven, 1,800 fr.; Caroline Kwkpven, 1,9DQ fr.; (léloïse, 800 fr.

Li poutique\ai} THÉÀiaE, — L4nterdiction de Tartufe et ses résultats poyrraieat trouver ici leur place, puais nous renvoyons à ce que nous vivons dit à propos de TouVerture de Tannée tbéàtr$ile.

/' Le dimanche 99 mai 189$, jour du sacre et du couronnement de S. M. Gbaries X à Reims, une grande fête a eu lieu à Rouen^ en attendant celles qui devaient être

(i) Pour les- instruments, voir pages 1.43 %\ iM 4e ce volame.

oi^ganiflées plus tard. Des foDtainM de vin ool coulé sur la place de THÔlel-de^Ville. Il y a eu jeu de mhï, iiliiBiinations^ etc.» etc.

Au Théàtre-des-Art6 (m ne donaail pas d'ouvrafe de circoii3tanee, mais des couplels aaatagues à ce métaorable évéuemesl ont été chaulés et accueillis avec eu* thottsiasme. Voici les plus reuianinablas :

Aie : Du premier pa$,

Qo'il soit sacré celui qui sur la terre^ Digne des cieux, est partout admiré.

De ses sujets, moins le roi qae le pèrt ; De Topprimé c'est Tappui tutélaire.

Qu'il soit sueiét

Qu'il soit sacré I c'est le sang d'Henri quatrt, De rimmortel à jamais réyéré.

Ainsi que lui, pour nous s'il faut combatiro, Oui, Charles dix saura se mettre en quatre. Qu'il soit sacré!

Qu'il soit sacré! ce héros de eléoienoê Qui, de l'exil arrivant inspiré, Dit, oubliant vingt-cinq ans de souffrance : 11 n'est de plus qu'un Français dans la France. Qu'il soit sacré!

Les fêtes ont reuommeiicé^ en efifet^ le samedi 48 juHi, pour célébrer encore le saere et le conmonement de Charles X. Ce jour-là, en vertu d'un arrêté du ouûre de fttmo, tons les spaotacles oui été ouverts gmiU au public. Les représentations ont commencé toutes à quatre heures de relevée. Au Théàtre^es«-Art8, le seul qui doive nous occuper ici, on a doaué :

14d THÉÂTRE

1» Le Déserteur, opéra;

9» La première représentation de Fenêtre à louer ou les Deux Propriétaires, vaudeville en un acte, du théâtre de Madame, par Désaugiers et Gentil.

Dans cette représentation, qui, pour le dire en passant, a été terminée à sept heures, les allusions du Déserteur ont fait éclater les bravos. — La pièce nouvelle, destinée à donner une idée du tableau que présentait la ville de Reims au moment du sacre, contenait de charmants couplets. En voici un qu'adresse une dame à un jeune peintre qui n'ose se flatter d'obtenir la croix pour prix de ses efforts :

Quand le ciel aujourdliui s'apprête, Consacrant un nouveau Titus, A placer sur sa noble tête Le prix de toutes les vertus, Juste à son tour, Charles dix, de son trône, Daignera, tout m'en est garant, Laisser tomber sur le talent Une feuille de sa couronne.

Le surlendemain, on a donné une seconde représentation de Fenêtre à louer.

Le mercredi 14 septembre 182S, S. A. R.. Madame, duchesse de Rerry, est arrivée à Rouen. Le soir, elle alla au Théàtre-des-Arts. On donnait :

1<» Les Prétendus, (^éra;

2o L'ouverture à grand orchestre de VHemreux Retour, de Berton ;

3<» Robvn des Bois, opéra.

Le choix de cette ouverture était un à-f>ropos.

Les bureaux ont été ouverts à six heures et les portes à six heures et demie. On a commencé à huit heures, c'est-à-dire une heure et demie ou deux heures plus tard que de coutume.

Le prix des places avait été porté, pour les premières loges, louées ou non louées, à 10 fr.; pour le parquet et le parterre assis, à 6 fr.; pour les galeries, à 5 ir.; pour les secondes, à 3 fr.; pour les troisièmes, à â fr., et pour les quatrièmes, à 1 fr.

A la suite des Prétendus, Saint-Elme a récité ce compliment :

Prétendre et réussir ne sont pas même chose. Dans leurs prétentUms, que de gens sont déçus t On s's^ite, l'on court au bot qu'on se propose, El Ton obtient... le lot de ceséeaxpréteHdiM. Aujourd'hui, quel sera notre lot à nous-mêmes? ^mprétendoM beaucoup, et ces noa?eaux transports,

Ces drapeaux, ces chants, ces emblèmes.

Disent assez où tendent nos efforts.

11 est une auguste princesse

Dont tous les cœurs ont le portait ; Avec elle, en tous lieux, par un charme secret.

D'un bonheur pur elle apporte l'ivresse; Les. arts ont sa faveur, le malheur sa tendresse. Et M présence môme est un premier bienfidt.

Deux fois sur notre heureuse plage

Cet ange aimable est descendu ;

Deux fois nous l'avons reconnu

Et respiré sur son passage Le céleste parfum que répand sa vertu.

0 vous donc que la Providence Choisit pour accomplir ses décrets éternels, ' T. m. 16

m THBATRK

Q princesse! par qai U fr^noe Verra fleurir des lis désormsti» imnorleU» Souriez à Tespoir que tout un peuple embrassa ; Des vœux qu*il vous adresse approuvez la ferveur,

Et daignez accepter la place Que chacun des Normands vous réserve en son cœur!

U prétend^ ce peuple en délire, Pardonnez un écart qu'il ne pent réprimer,

Que le bookenr de vont aimer

Donne le droit de vous la dire ; Il !tr4(0wit pour ee ila qui doit régn«r un jour, Du reste des Français surpasser la tendresse ; U prétendrait y je crois, dans Tardeur qui le presse, Le diapvter ta coMir de Votre Altesse

Et rivaliser votre amonr!

Cependant, quel que soit le feu qui le transporte, Son hommage est bien faible, il le sait, i) le croit.

Et tout cet amour qu'il vous porte Est loin, bien loin encor de Tamour qu'il vods doit...

Mais voue avez daigné Tentendfe,

Frononcez, voilà son tribut.

Il a voulu vous plaire, il oia Fentreprendre,

Et, s'il avait manqué le but, Qu'il conserve du moins le bonheur d'y prétenére.

Entre k premier et le second acte de Bobin dê$ Bois, Valbonte a chanté des couplets composés par Alphonse Lambert, adjoint au maire de Rouen. Les voici :

Air : Un magistrat irréprochable. '

Sur les bords que la Seine arrose, Un ange, qui les parcourait, Pour trop peu d'instants se repose.

Eneor ns jour, il dttparatt.

Ainsi parfois an ta otlirtt« Qui sur nou stmUs s'arrMv, durme dm yeux, il ne noas reste Que le tempe de le vmrelter.

PTeccasant que sa destinée.

Triste, mais espérant toujours.

Ce peuple, depuis une année.

Test a désira teua les jours.

Il vous voit enfin, il s*élance Devant l'idole de son cœur; Mais &ut-il que Totre présence Ne soit qu^in écfanr de bofiiieof !

Une riye pins fortunée Depuis un mois peut tous bénir (i).

Et nous n'avMis qu'une journée Pour tant de vobuz 4 vous olfrir.

En vain, dans leur délire exMme, Us disent vous aimer le mieux; Pour vous, notre amour est le même; Us n^ont été que plus heurMX!

Veuillea dire au jeune prince Qui eommande i notre avenir :

« Mon fils, je quitte une provinee « Où ton aSeul s*est fût ehérir.

€ Si quelque jour, comme Henri-<piatre, « Tu leur criais : Normands, à moi !

• Tu pourrais sentir leur coeur battre, « Tant ik s'approcheraient de toi ! »

(t) La ville de Dieppe.

Mais sans pitié Theure s'avance Qui doit marquer votre départ.

Et» dans sa juste impatience, Le roi vous attend sans retard.

Ah! si sa tendresse infinie Accueille nos vœux les plus doux, Qu'il daigne, dans sa Normandie, L'an prochain se rendre avec vous!

Après le troisième acte de Kobin des Bois, Rodel a chanté les couplets suivants, qui font pour ainsi dire partie de la pièce elle-même :

Noirs démons» esprits de ténèbres, Pour le succès de vos desseins, Souvent de vos voiles funèbres Vous enveloppez les humains; Mais, grâce au ciel, un bon génie Nous a visités aujourd'hui.

Eloignez-vous, car pour la vie Nous signons un pacte avec lui.

Sombres appuis du maléfice.

Votre pouvoir nous est connu; Mais vous avez moins de malice Que notre ange n'a de vertu.

N'espérez pas, par vos prestiges, De lui jamais nous séparer, Car ce sont là de ces prodiges Qui ne peuvent pas s'opérer.

Chacun de nous pourtant regrette, Même en ces fortunés instants.

De ne point avoir la baguette Qui produit les enchantements.

Par le pouvoir nécromantiquê.

Notre ange ici se trouverait Au milieu d^un cercle magique Dont jamais il ne sortirait.

Quelque jour, épris de sa gloire, Un enfant auguste et chéri Inscrira son nom dans Thistoire A c6té du nom de Heari.

Pour légitimer ces oracles.

Chacun de nous se dévoûra.

Et, s'il ne &ut que des miracles, La valeur française en fera.

Le héros, vainqueur en Espagne, Daigna se montrer en ces lieux; Sa noble et touchante compagne Y reçut aussi tous nos vœux.

Pour attirer, avec adresse.

Le roi lui-même un seul moment, Veuillez, auguste enchanteresse.

Nous enseigner un talisman.

Le compliment récité par Saint-Elme et les couplets chantés par Rodel avaient été composés par Licquet, qui^ après le spectacle, a été présenté à Madame.

Sou Altesse Royale a quitté Rouen le lendemain à six heures du matin.

Dès le vendredi i6 septembre, le deuil remplaça Tallégresse. C'était Tanniversaire de la mort de S. M. Louis XVIIL roi de France et de Navarre. Par ordonnance de M. le marquis de Martainville^ maire de Rouen, les spectacles et autres lieux de divertissements publics ont été fermés pendant toute la journée.

Uê THtATRE

Le 16 octobre 1^35, anniversaire de la œert de S. M. Marie-Antoinette, il n'y a pas eu relAche eomme de coutume. Nous allons voir bientôt pourquoi.

Le 4 novembre, jour de la fête du roi, le spectacle a été composé de :

1o La Partie de Chas$e de Henri IV, comédie;

2» Une ouverture à grand otrcbestre ;

3© Le Déserteur, opéra;

4^ Des couplets de circonstance.

Voici les couplets :

Quand le colosse, aux pieds d'argile, En poudre se trouva réduit.

D'un peuple trop longtemps séduit Qui brisa la chaîne servile?

Comme Taurore d'un beau jour, Qui rétablit le calme en France Et nous annonça le retour Des Bourbons et de Tespérance?

C'est Charles-dix,

Qui va rendre à la France

Son éclat et sa puissance!

C'est Charles-dix,

L'honneur et la gloire des lis !

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