‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 29 sur 55 · CANDOR · texte numérisé non relu

CANDOR

Ah ! ne me parlez plus de toutes ces horreurs.

De la corruption comment sauver vos mœurs,

Lorsque sur le théâtre, école respectable.

Où le vice, en tout temps, doit paraître effroj'able;

Ecole où les héros de la Grèce jadis

Venaient prendre leçon, en donner à leurs fils ;

Ecole où l'autre siècle a vu l'ami des muses

Placer, montrer, malgré leurs cabales, leurs ruses,

Les portraits immortels d'un avare odieux,

D'un hypocrite infâme, et tant d'autres comme eux,

Quand, dis-je, à cette école on vous montre sans cesse.

Au lieu de ces leçons de vertu, de sagesse,

Qui sur la scène enfin doivent rogner toujours,

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Un mélange rempli trillicites amours, Où le maître, sans honte et sans délicatesse, Mariant son valet, convoite sa maîtresse; Où le vice plaisante, afin d'être applaudi ; Où le mensonge prime, et n'est jamais puni ; Où l'esprit, en un mot, se montre à chaque phrase Etouffant la pudeur sous le poids de l'emphase : Je le répète encor, comment sauver vos mœurs De la corruption qu'entraînent ces horreurs !

M. d'auteuil.

Le trait, mon Aristarque, est un peu trop cynique. Ecoutez ma réponse ; elle est philosophique. 11 est des écrivains de mérite aujourd'hui Qui blâment notre goût et se règlent sur lui. En voici la raison. Un très mauvais ouvrage. Bien chargé d'incidents, de tableaux, de tapage. Excite du public la curiosité ; On veut voir, on s'empresse, on court de tout côté ; L'argent, bien entendu, demeure à la recette, Et console l'auteur des brocards qu'on lui jette.

L^ Héroïne américaine, pantomime en trois actes. Première représentation en septembre 1788.

Le Maître généreux, comédie mêlée de musique, paroles imitées de l'italien, par Dnbuisson , musique de Paësiello. Première représentation en novembre 1788. Cette pièce n'était autre chose que l'opéra-bouffon Gli ScJiiavi per anio)'e,o\i les Esclaves par amour, joué à Versailles en 1787, par des bouiïons italiens.

La Mort de Molière, comédie en trois actes et en vers. Première représentation en février 1789. Bérard jouait le rôle de Molière.

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Le Naufrage des Français dans V Albanie vénitienne, sur les confins du domaine turc, ou les Corsaires vaincus, ballet-pantomime de la composition de Chevalier, maître de ballet de la cour de Modène. Cet artiste, en passage à Rouen, a dansé les principales entrées de sa pièce, dont la première représentation a eu lieu en juillet 1788.

Orphée et Euridice, opéra en trois actes, paroles de Moline et musique du chevalier Gluck. Première représentation en décembre 1788. Acteurs: Paulin, M"'" Daraassis et Lucier. Cet opéra, qui n'était, à proprement parler, qu'une parodie du célèbre opéra italien de Calsabigy, fut le premier ouvrage de Gluck qui ait été donné en France.

Panurge dans Visle des Lanternes, comédie-opéra en trois actes, par Morel, musique de Grétry. Première représentation en janvier 1789. Fleury jouait Panurge. Autres artistes: M"' Damassis, — Vermilly et Borda, danseurs, M""Caraerer et Mezières, danseuses, Devos, maître des ballets.

Les Plaisirs de la Campagne, ballet-pantomime, par Chevalier. Première représentation le même jour et dans les mêmes conditions que le Naufrage des Français (voir plus haut).

Richard-Cœur-de -Lion , pantomime en trois actes. Première représentation en octobre 1788. C'était l'opéra travesti; cependant l'action du dernier acte était celle qui a fourni le sujet de l'opéra la Délivrance de Richard.

La Rose et le Bouton, ou le Temple de l'Hymen, pastorale dialoguée, mêlée de chants et de danses. Première représentation en novembre 1788. Acteurs : Paulin et M"'" Baptiste.

Les Solitaires de Normandie, opéra-comique en un acte, en vaudeville, par de Piis, écuyer, secrétaire, interprète de Mg'' le comte d'Artois. Première représentation en décembre 1788. Le sujet est tiré d'une anecdote du deuxième volume des Veillées du Château.

Les deux représentations au bénéflce des hôpitaux ont eu lieu en mars 1789. La première (11 mars) se composait ainsi : les Arts et V Amitié, les Dangers de l'absence et les Rivaux amis, tragi-comédie de Bois-Robert ; la seconde (18 mars) se composait de : VAnglomane, comédie en un acte, par Saurin, de V Entrevue, des Deux petits Savoyards et d'un divertissement. Le produit net de ces deux représentations a été de 2,205 liv. 17 sols.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Au mois dc Septembre 1788, des représentations ont été données par M"'* Crétu, actrice célèbre de la Comédie-Italienne. Elle a paru successivement dans les opéras suivants : Alexis et Justine, V Amant jaloux, VAinoureux de quinze ans (rôle d'Hélène), puis dans V Epreuve villageoise, la Fausse magie, Biaise et Babet, Sylvain (rôle de Lucette), enfin dans le Droit du Seigneur, Nina et le Déserteur.

Cette habile cantatrice a reçu une couronne et la pièce de vers suivante :

Si Ton se sent ému Lorsque Lucette chante, Son secret est connu :

C'est que Lucetle enchante Sous les traits de Crétu.

Que de Babet naïve Elle peigne l'humeur,

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Chacun sent en son cœur Une émotion vive.

De ses vrais sentiments Elle fournit la preuve, En mettant à Vépreuve Son cœur et ses talents.

Sur les airs importants Le bon André l'emporte ; Ce choix met à la porte Crand nombre d'élégants, Moins tendres que galants.

Certain droit lui fait peur.

A Germain elle crie Qu'on ravit son honneur.

Eh ! qui n'aurait envie D'obtenir de son cœur, Une fois dans sa vie, Le droit de son seigneur!

De Nina l'on raffole.

Ou mieux de son portrait ; Chacun dit en secret :

Que ne suis-je l'objet Qui la rend ainsi folle ?

Mais sur tout âge, Hélène, Ta décence et ta voix T'assureront sans peine D'inévitables droits.

Qui fixera ton choix ?

Lindor a pour amante, A l'âge de quinze ans, La cause des tourments De bien des gens de trente.

Pendant que M"" Crélu poursuivait le cours de ses brillantes soirées, son mari, comédien de mérite, se faisait connaître dans le Père de Famille, le Déserteur, drame, VHonnête criminel, Eugénie, Mérope, Gaston et Baijard.

Au mois d'octobre 1788, Granger, l'artiste qui devint si célèbre et que nous retrouverons plus tard directeur, a paru sur le théâtre de Rouen dans Y Orphelin anglais, les Etourdis, etc. Il y a été accueilli très-favorablement.

A la fin de mars 1789, on a entendu Philippe (1), M""^ Desforçes, M"'' Renault l'aînée et M"* Renault cadette, artistes du Théâtre-Italien, qui donnèrent un grand nombre d'opéras : V Amant jaloux , V Amitié à Véfreuve, Beverley, Renaidt d'Ast, le Déserteur, Mahomet, la Belle Arsène, la Fausse magie, les Dettes, enfin Biaise et Babet.

M'^« Renault l'aînée, qui, l'année précédente, était venue seule, avait amené, cette fois, sa jeune sœur, qui parut avec succès dans les Petits Savoyards et V Amant jaloux.

Le directeur avait eu l'attention de faire, pendant le séjour de ces quatre artistes parisiens, la remise du tiercement du parterre et des secondes, troisièmes et quatrièmes loges, ce qui n'a pas manqué d'attirer une grande afiluence de spectateurs aux deux représentations qui ont été données chaque jour pendant une semaine.

Pour terminer les représentations extraordinaires, nous dirons que dans les dernières soirées de l'année théâtrale, Monvel, auteur de VAinant bourru , a. joué lui-même le rôle de Charles Morinzer, l'amant bourru, ce qui fit composer le quatrain suivant :

(il Qui laissa son nom à un emploi.

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Pour rassurer des cœurs Fliommage lôgitime, Des muses tu reçus une double faveur : Ce n'était pas assez d'être un charmant auteur, Monvel devait encore être un acteur sublime.

A la deuxième représentation de V Amant bourru, le 3 avril 1789, Monvel a été redemandé à la fin de la pièce. Le rideau s'élant relevé, il a été présenté au public par M"'" Dufresne et Baptiste, au bruit des applaudissements unanimes (1).

CONCERTS, — Les concerts, dans ce temps-là, se donnaient partout ailleurs qu'au théâtre; ainsi, en mars 1788, M"" Descarsin, l'une âgée de quatorze ans, l'autre de neuf, donnèrent des concerts dans la salle maçonnique de la porte Cauchoise; quelques pots-pourris et diirérents morceaux de forte-piano y ont été exécutés par Baptiste l'aîné sous le titre modeste (Vamatcur.

Mais, en avril 1788, un nommé Frizery et ses deux fdles se firent entendre, au théâtre de Bouen, dans les entr'actes de plusieurs soirées, et sur le violon et sur la mandoline.

Au mois de mai de la même année, le théâtre s'ouvrit quatre fois pour deux musiciens du roi, Laraotte et Murgeon, le premier cor, et le second chanteur. Ils ont été secondés par Baptiste aîné, M"^ Guérin, M"'^ Damassis, Dupuy, basse-taille, tous les quatre artistes de la troupe, Bheinne, flûtiste ; Bethaler, clarinette, Bebourg, premier hautbois, et Griote, violoniste.

(4) On sait que la célèbre M"*" Mars était la fille de Monvel, 'auteur-acteur.

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Le travail dramatique de l'anrK^e 1788-89 a donné : 7 Opéras nouveaux ;

22 Opéras laissés au répertoire ; 10 Comédies nouvelles;

23 Comédies laissées au répertoire; 7 Ballets nouveaux ;

k Tragédies, dont une nouvelle ; 2 Drames, dont un nouveau ; 1 Grande féerie.

REDOUTES A LA SALLE DE SPECTACLE. — Au Commencement de février 1789, les directeurs du spectacle annonçaient qu'ils avaient fait les dispositions nécessaires pour l'ouverture des redoutes qui devaient avoir lieu tous les samedis de chaque semaine jusqu'aux jours gras (textuel). Le samedi avait été substitué au mercredi comme plus commode, au gré de tous les souscripteurs. Le 7 février, le \li et le 21, il y a eu redoute, a cinq HEURES DU SOIR ; la direction avait pris toutes les précautions pour qu'on n'éprouvât pas d'incommodité de la fumée des poêles. Aller aux redoutes à cinq heures du soir, avec la presque certitude de ne pas être aveuglé par la fumée des poêles, cela était bien attrayant ; aussi les directeurs assuraient-ils que beaucoup de personnes de distinction avaient exprimé le désir de ces soirées dansantes et que les dames les plus recommandables de la ville s'étaient abonnées pour les trois bals. La réclame disait que la meilleure compagnie assistait à la redoute du 7 février et qu'on y avait vu tout ce qu'il y avait de plus aimable dans les deux sexes. De tout cela qu'il nous soit permis de douter.

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Quoi qu'il en soit, les jeunes gens allèrent danser à la redoute, vêtus de noir de la tète aux pieds ; ils portaient un habit de tricot noir. Cette mode, nouvelle dans les bals publics, fit sensation ainsi qu'un usage qui naquit avec elle, celui de danser le chapeau sur la tête.

INCIDENTS

La représentation donnée, l'année précédente, au bénéfice de Bradier, Simare et Lardoise suggéra à un Rouennais l'idée d'une représentation en faveur des ouvriers et des fileuses de coton qui manquaient d'ouVrage par suite de l'inactivité des manufaclures. Celte bonne pensée trouva de l'écho, et la direction, jalouse de seconder, autant qu'il était en elle, les vues bienfaisantes des négociants, des fabricants, des magistrats, de l'Octroi des marchands et du Bureau de la ville, a donné, le samedi 12 avril 1788, en faveur des ouvriers et des fileuses de coton, une représentation dont le produit fut appliqué h la souscription ouverte à l'Hôtel-de-Ville ; elle se composa des Etourdis, comédie d'Andrieux, de V Epreuve villageoise, opéra, et d'un ballet de la composition de Borda, premier danseur. Cette représentation avait de plus l'attrait d'un début effectué dans V Epreuve villageoise, par Crescent, première haute-contre (rôle d'André).

Le 9 octobre 1788, jour de la rentrée du Parlement, les directeurs du spectacle ont donné gratis au peuple une représentation de la Partie de chasse de Henri IV, comédie en trois actes et en prose, et des Trois Fermiers. Le public s'est porté en foule à cette représentation ; il a I. U

manifesté le vif inlérêl qu'il prenait au retour du Parlement. La plupart des citoyens ont aussi donné des preuves de leur allégresse en illuminant leurs maisons. — Le peuple, enchanté de la première pièce, a fait répéter le couplet :

Vive Henry quatre !

Vive ce roy vaillant !

Ce diable a quatre A le triple talent De boire et de battre Et d'être un verJ galant.

On sait que cette comédie est de Collé, lecteur de S. A. S. Mg"" le duc d'Orléans, premier prince du sang, qu'elle a été interdite à Paris en 1767, et que les comédiens de Rouen ne purent, en 1768, obtenir la permission de la représenter.

Un mois environ après la rentrée des Parlements, on donna la première représentation du Moment désiré, comédie en un acte, avec un vaudeville, relative h cette rentrée. Nous croyons que cette pièce était d'un habitant de Rouen.

Nous avons dit, en parlant des représentations des demoiselles Renault, que le directeur avait fait la remise du liercement du parterre et des secondes, troisièmes et quatrièmes loges; il faut, pour bien comprendre la portée de cet acte, savoir qu'une ordonnance de Mg' le lieutenant-général de police, à la date du 1'' aoiit 1788, avait enjoint au directeur de la comédie de garnir de bancs le parterre de la saîle, «avantage réel, en ce que les places du parterre se trouveront occupées par des personnes

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tranquilles et que, dans le cas où il se trouverait des perturbateurs de l'ordre public, il sera plus facile au commissaire de les remarquer et de dresser procès-verbal contre eux. » Il faut savoir aussi qu'une ordonnance du roi, en date du 9 août 1788, ratifiant celle du lieutenantgénéral de police en ce qui concernait les bancs du parterre, avait fixé le prix des places pour chaque personne à :

/(O sols pour les secondes et galeries. 30 — les troisièmes.

16 — les quatrièmes.

30 — le parterre.

Les premières loges restaient à 3 livres. Cela ne laissa pas que de faire des mécontents, et comme, h cette époque, le mécontentement, aussi bien que la salisfaction, se traduisait par des vers, on fit une chanson dont la décence nous défend de reproduire plus de deux couplets :

Air : Dm sultan Salndin.

Qu'au parterra on soit assis, Que l'on en double le prix, Sans rien faire aux autres places, Que nos régisseurs-paillasses Augmentent le paradis ,

C'est bien ! fort bien !

Mais ils n'auront pas du mien, Car, je pense comme Grégoire,

J'aime mieux boire. (t/.?.)

Que des femmes du bon ton, Peu jalouses de leur nom, Avec des aventurières Aillent briller aux premières

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