‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 30 sur 55 · TIIRATKE · texte numérisé non relu

TIIRATKE

IV)iir fournir plus d'un dicton,

C'est bien ! fort bien !

J'y pourrai mettre du mien, Car, je veux, surpassant Grégoire,

Médire et boire. (bis.)

Dans une des sanglantes satires des édils de ce tempslà, intitulée « le Grand Bailliage, comédie historique en trois actes et en prose, représentée à Rouen depuis le 8 mai 1788 jusqu'au 9 octobre de la même année, par une troupe de baladins qui a été sifïlée par tous les bons citoyens,)) il est question des bancs du parterre du théâtre de Rouen dans l'acte I"", scène XV; le marquis d'Harcourt reproche au lieutenant de police Trugard de Maromme d'avoir rendu une sentence pour faire mettre des bancs dans le parterre de la comédie, sans l'en avoir prévenu (1).

Nous devons ajouter que ces bancs furent placés « de manière qu'il se trouvait un passage pour y accéder depuis le milieu de la galerie jusqu'au parquet et qu'il régnait un passage de chaque côté de la galerie jusqu'aux portes latérales pour servir de dégagement à la sortie du spectacle ; » en d'autres termes, le parterre assis n'entraîna pas, à cette époque, la suppression des places dites galeries, ainsi que cela s'est fait en d'autres temps.

L'ordonnance du lieutenant-général de police, datée du l^"" août 1788, s'occupait aussi des garçons perruquiers

(i) Il est bien entendu que la comédie le Grand Bailliage n'a jamais été jouée, et que le mot représentée compris dans le titre a, ici, un sens tout spécial.

DE ROUEN. "lis

« qui se présentaient h la comédie et qui avaient leurs places désignées aux quatrièmes loges ; » il importait surtout d'empècber « que, lors de leur sortie, ils fussent confondus avec les autres citoyens dont ils gâtaient les habillements. » L'ordonnance portait donc que les garçons perruquiers qui se présenteraient au spectacle en habit de poudre, ne pourraient sortir des quatrièmes loges qu'après que ceux qui seraient dans les premières, secondes et troisièmes loges seraient sortis. Défense leur ^lait faite de se confondre avec les autres spectateurs, non-seulement pendant le temps du spectacle, mais encore lors de la sortie, sous peine d'être arrêtés sur-le-champ et constitués prisonniers.

Enfin, par la même ordonnance, défenses étaient faites au directeur des spectacles ou à ses régisseurs, en renouvelant en temps que besoin les règlements du k mai 1786, de faire annoncer le spectacle autrement que par les affiches, sous peine de prison. Il paraît que par suite des tiraillements survenus, comme nous l'avons dit, entre les régisseurs et le journaliste (1), on avait repris l'usage d'annoncer, entre les deux pièces, le spectacle du lendemain.

Nous arrivons, sans transition, à un dernier incident qui offre quelques détails piquants. En avril 1788, on a fait au théâtre de Rouen l'essai d'un lustre d'une nouvelle invention, composé de quarante-huit lumières, en forme de cône renversé. Il éclairait beaucoup plus que celui qu'on y voyait d'ordinaire, «ci tel point, disait-on alors

(1) Voir p;iges 130 et 131.

avec admiralion, qu'on pouvait reconnaîlre tout le monde d'un côlô h l'autre et même lire dans la salle. » Mais ce lustre était encore d'un trop petit diamètre et n'était pas orné de cristaux, qui eussent reflété la lumière. On s'est plaint aussi de la fumée qu'il répandait, de quelques gouttes d'huile tombées au parterre et d'étincelles produites par la vacillation. Cependant le public, qui, depuis longtemps, souffrait de l'obscurité de la salle, a vu avec plaisir qu'on s'occupait d'y porter remède.

Direction Mole, 1789-1791.

L'entreprise des spectacles de Rouen a été cédée par Neuville et la demoiselle de Montansier à Mole, comédien ordinaire et pensionnaire du roi (1), à dater du 12 avril 1789, jour de Pâques.

Année théâtrale 1789-1790.

Ainsi que c5la s'était fait pendant la précédente direction, ce ne fut pas le titulaire, mais des régisseurs qui gérèrent le théâtre de Rouen. Toutefois, Mole, l'artiste émlnent qui avait acheté l'entreprise, est venu en prendre possession le 1" juin 1789, et a représenté ce jour et le suivaniV Optimiste elV Inconstant, comédies en cinq actes et en vers, parCoUin d'Harleville, elV Impatient, de Boissy.

En arrivant pour la première fois sur la scène rouennaise, Mole a adressé aux spectateurs un compliment de circonstance ; il a exposé à cette occasion les moyens qu'il se proposait d'employer pour rendre le spectacle de plus en plus digne d'un public sous les yeux duquel tant de grands acteurs s'étaient formés. L'auditoire, mettant de

(1) MoLÉ (René -François), célèbre acteur du Théâtre-Français, membre de rinstilut, né à Paris, en 1734, mort en 1803.

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côté la modestie, s'est eiçpressé d'applaudir avec transport cette partie du discours de Mole.

Le pensionnaire du roi revint Ji Rouen le k août de la même année, pour paraître dans une représentation qu'il eut la générosité d'organiser en faveur des ouvriers exposés au besoin par suite des circonstances malheureuses du moment. On donna pour ce bénéfice le Bienfait anonyme, comédie en trois actes et en prose, de Pilhes. dans laquelle Mole joua le rôle de Saint-Estien ; Biaise et Bahet, opéra en deux actes, et le Maréchal des Logis, ballet-pantomime, suivi du Couronnement d'Ânnette et Ltibin. Du consentement des abonnés, on avait choisi pour cette représentalion un jour qui leur appartenait (1), et le produit de la soirée fut remis à MM. les officiers municipaux.

A la un d'octobre 1789, Mole a encore donné des représentations tous les jours pendant toute une semaine; il était accompagné de Dugazon, qui joua surtout des proverbes, genre déjà fort goûté à cette époque.

Au commencement de mars 1790,1e théâtre de Rouen a été assez heureux pour posséder a la fois Mole, M"^ Contât aînée et M'"' Emilie Contât, qui ont joué successivement : la Coquette corrigée, comédie en cinq actes et en vers, par La Noue ; la Feinte par amour, comédie en un acte et en vers, par Dorât ; le Mariage secret ; le Mariage de Figaro, etc., etc. A la fin de cette dernière comédie, M. Du Thrône de Glaligny, de Falaise, étudiant en droit, a jeté sur le théâtre les vers suivants, dont le public a demandé, obtenu et applaudi la lecture :

(1) Voir plus loin les conciliions d'abonnement.

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