STANCES IRRÉGULIÈRES
Oui , telle est l'actrice que j'aime !
Je la reconnais à l'attrait Qui charme en voyant Vénus même :
C'est la vérité sans eml^lème ,
C'est la nature trait pour trait.
Pour combler ta gloire suprême.
Amour! as-tu peint ce portrait?
Ses yeux sont faits pour tout séduire ; Sa bouche a les charmes puissants De cet ingénieux sourire Qui captive et ravit les sens.
Je crois Tentendre, elle respire
De Thalie elle accroît Tempire , L'Amour règne par ses accens.
0 toi, né pour l'honneur des belles.
Peintre heureux entre tes égaux !
C'est l'Amour, pour des traits si beaux ,
Qui broya tes couleurs fidèles,
Vole à des triomphes nouveaux.
Le dieu qui conduit tes pinceaux
T'offre les Grâces pour modèles.
Par un ami des vrais talents.
En 1764-1765, on remarquait parmi les artistes: M"^ Grange , soubrette ; Grange , son frère , premier comique ; Duguet, chanteur d'opéra-comique ; M'"'^ Bernault, la femme du directeur, depuis longtemps actrice à Rouen, au théâtre de la rue des Charrettes.
M"* Dumesnil y a joué pendant la première semaine du Carême. Cette artiste était douée d'un talent supérieur.
Caillot et M^'*^ Beaupré , également en représentations extraordinaires, sont venus h la fin de mars. M"^ Beaupré était connue du public rouennais, qui la fêtait beaucoup. Quant k Caillot, il excellait dans Rose et Colas, opéra.
A celte même époque, un danseur, nommé Dauberval , sut attirer la foule.
Le samedi 16 mars 17G5 a eu lieu h Rouen la première • représentation du Siège de Calais, tragédie de M. du Belloy, ouvrage qui a mérité à son auteur la première médaille promise aux auteurs dramatiques. Leroijoignità cette faveur une gratification de 1,000 écus et la permission de lui dédier la pièce. Le principal objet de cette tragédie étant l'amour des bourgeois pour le roi de France, elle avait été donnée gratis au public à Paris, le 12 mars 1765.
En 1766, le répertoire était fort brillant; déjà on jouait r opéra-comique, la comédie, la tragédie, le ballet. Voici quelques pièces de ce répertoire :
h^ Ecole des Mères.
La Fête d'Amour. M"' Verteuil était chargée du rôle de Golinette.
V Homme singulier.
U hnpromptu de campagne.
Isabelle et Gertrude.
La Mère confidente.
Polyeucte. Grange jouait le rôle de Polyeucte et M"* Grange celui de Pauline. Le premier de ces artistes marchait, disait-on, sur les traces de Mole.
VjQ Procureur arbitre.
Les Vacances des Procureurs, que l'on donna en décembre, avec la Mère confidente et Isabelle et Gertrude , au bénéfice de Delahaye, financier.
Indépendamment des acteurs que nous venons de citer,^ on remarquait encore ci cette époque Dugazon , qui jouait les valets, et un sieur Durcé. Enfin, d'Aufresne, artiste en réputation à Paris, vint, en décembre, donner des représentations à Rouen, engagé par les directeurs du Ihéâ' tre de la rue des f4harrettes.
i2 INTRODUCTION.
Pendant l'hiver 1766-1767, les représentations du lioi et son Fermier, opéra en trois actes et en prose, donnèrent lieu à de vives récriminations au sujet des décors. 11 s'agissait d'un salon jaune, mal retouché, d'un salon blanc qui péchait par la multiplicité de ses jours différents, et surtout d'une chambre dans laquelle les effets de lumière choquèrent tellement les habitués que des plaintes furent adressées au journal le 28 janvier 1767. On accusait de ces bévues le sieur Tierce , peintre-décorateur du théâtre. Aussi cet artiste s'empressa-t-il de répondre que le décor incriminé n'était pas de sa façon.
Le sieur Bernault , directeur, ouvrit la campagne suivante le 25 octobre 1767, par Mélanide et la Servante maîtresse. Parmi les opéras-comiques, les comédies et les tragédies qu'il offrit au public on doit citer :
Alzire, tragédie.
h'Avare.
Biaise, le savetier.
Le Cadi.
La Clochette.
Dêmocrite amoureux.
Les Deux Chasseurs et la Laitière.
h'Ecolc des Femmes.
L'Ecole des Maris.
[phygénie.
Isabelle et Gertrude.
Le Maître en droit,
Mazet.
Les Menechmes.
Mérope.
Le Milicien,
Le Roi et le Fermier,
Rose et Colas.
Le Serrurier.
Le Sorcier,
Tartufe,
Le Tonnelier.
Le sieur Suin était alors l'acteur en vogue ; il chantait l'opéra-comique : le rôle de Pandolplie dans la Servante maîtresse, celui de Mathurin dans Rose et Colas, etc. , etc. tl résulte de nos recherches qu'à cette époque l'opéracomique ou opéra-boulTon était plus cultivé au théâtre de Rouen que tout autre genre.
Cependant on fit venir de Paris, en février 1768, un tragédien en réputation nommé Fromantin. Cet acteur, âgé de moins de vingt ans, avait débuté à Paris à seize ans et demi avec un succès incroyable, notamment à la Cour, devant le roi. Fromantin joua h Rouen le rôle de Zamor dans la tragédie A'Alzire.
L'année 1768-1769 s'ouvrit le 26 juillet, par la Gouvernante, comédie de la Chaussée, et par la Clochette.
En 1771, M™^ Suain, probablement — malgré l'orthographe— la femme de l'artiste désigné plus haut sous le nom de Suin, était en possession de plaire. Son jeu agréable dans la Gageure donna lieu aux vers suivants:
Suain, par mille traits tu sais plaire et ravir, Du goût, du sentiment tu fixes bien Thommage ; Les grâces, les talents forment ton apanage. Qui peut en te voyant éloigner le désir?
Ce tout intéressant qu'on lit dans tes beaux yeux., La finesse du jeu, l'expression de l'âme ,
a INTRODUCTION.
L'ensemble de Tamour, de la plus vive tlatnine, Du public connaisseur l'assurent tous les vœux.
Je n'empruntai jamais un langage flatteur ; Mon hommage en deux mots, Suain, peut se comprendre. L'art par toi s'embellit et l'Amour devient tendre. Ce trait de vérité décore mieux ton cœur.
L'événement de l'année 1771 fut la première représentation A'Ahnanzor, tragédie en cinq actes de M. Vieillard de Boismartin, jeune homme de Rouen, âgé de vingt-quatre ans. Elle eut lieu le 2 juillet. Le succès fut complet, et Ton adressa à l'auteur ce compliment :
Fils d'Apollon, d'une ardeur sans pareille. Tu présentes à nos yeux des sujets tout nouveaux. En imitant Voltaire et son père Corneille , Tu dois tout espérer de tes nobles travaux. Déjà la renommée a pris soin de ta gloire; Et les enfants du goût couronnant tes succès. Vont te donner un nom au temple de Mémoire , Et du dieu des beaux vers te placeront tout près.
La scène se passe à Constantinople , du temps des Croisades. Au premier acte, la situation de l'empire ottoman est peinte ainsi par le premier ministre du chef des musulmans :
Ecoute , tu connais
Quel oracle fameux aux enfants du prophète De l'Asie et du Monde, a promis la conquête ; Les temps sont arrivés, nous touchons à l'instant Qui doit voir s'accomplir cet oracle important. Du midi jusqu'au nord, du couchant à l'aurore, Vois la terre soumise au culte que j'honore.
Les descendants d'Omar se frayer des chemins Vers les climats brûlants des peuples africains; La Sicile tremblante et TEspagne moins fière. Sous le joug musulman baisser sa tête altière ; Des rives du Jourdain vois les heureux vainqueurs Y porter notre culte et nos lois et nos mœurs. Des bouches de ITndus aux mers hyperborées Vois les peuples d'Asie et leurs vastes contrées, Asservis sous les lois d'un peuple conquérant , Respecter, comme nous, l'empire du Croissant. Tout a subi son joug. Seul au milieu du monde, Inébranlable au choc de l'orage qui gronde , Cet empire indompté, ferme en ses fondements, Brave encor les efforts des vainqueurs musulmans. 11 faut pour l'accabler qu'une main invincible Frappe sans différer un coup suret terrible. Oui, je veux qu'Almanzor, dans son emportement , De ma gloire aujourd'hui soit l'utile instrument ; Qu'après avoir du trône assuré la ruine , Il reçoive la mort que ma main lui destine.
Au mois d'octobre de cette même année, M"" Verteuil a donné des représentations et a paru dans six pièces.
En 1772, de grands honneurs furent faits à Du Belloy, auteur de plusieurs œuvres remarquables, qui vint à Rouen pour assister à leur représentation. Ainsi, le 13 septembre, il assistait à l'une de ses tragédies, Gaston et Bayard. Les spectateurs s' étant aperçus qu'il était dans la salle , lui firent une ovation des plus chaleureuses. Le 18 du même mois, on donna Gabriellcde Vergi, également de Du Belloy; enfln , le 22, eut lieu la première représentation d'une autre tragédie de cet auteur, Picrrc-le-Crucl, qui avait eu peu de succès h Paris. Du Belloy était au théâtre ce jour-
\k ; son séjour à Rouen fut chanté par plusieurs poètes, enlr'autrespar un jeune homme de quinze à seize ans dans une pièce de vers trop longue pour être reproduite ici. Elle se termine par cet alexandrin :
a En cliantant Du Belloy, vous chantez la vertu. »
Un autre, h propos de Pierre-le-Cruel , adressa à Du Belloy une tirade dans laquelle il dit , en parlant de cet auteur :
Avant de les dépeindre, il connaît ses guerriers. Si la gloire est pour eux, pour lui sont les lauriers.
Enfin , un troisième se montra mécontent et blâma également, en vers, la tragédie tant vantée par les autres.
11 termina ainsi sa critique de Pierre-le-Cruel :
Oui , je vois d'un œil sec ce dénoûment terrible ; Du Belloy, malgré moi , tu me rends insensible. A cette illusion je ne puis me prêter ; Quand un crime est si noir, il ne peut affecter.
Ce fut aussi en 1772 — en octobre — que fut donné, pour la première fois à Rouen , le Connaisseur, comédie en trois actes et en vers, par M. le baron de S, I. , gendarme de la garde ordinaire du roi. Cet auteur n'en était pas à son coup d'essai; on avait joué déjà sur différents théâtres de province des pièces de sa façon, telles que Sophie ou le Triomphe de la vertu, drame en cinq actes et en prose ; les Orphelins, drame en trois actes et en prose ; V Antre ou le Café Procope, comédie en un acte et en prose, mêlée d'ariettes, etc. , etc. Le baron de S. I. était aussi l'auteur de VArt de régner, poème, d'une Méthode familière pour guérir les maladies, enfin d'une Manière d'enluminer
l'estampe posée sur toile. Maintenant que nous apprécions toute rorigiriaiilé de l'auteur du Connaisseur, nous pouvons citer un passage de sa comédie. C'est le faux connaisseur qui parle, acte premier, scène huitième :
La tète est une armoire On sont artislcment arrangés des tiroirs. De nos moindres pensées utiles réservoirs : Là, nos réflexions se classent avec ordre, Et, quand nous le voulons, en sortent sans désordre. Par exemple, à travers ce que jadis j'ai lu, Comment à point nommé me suis-je souvenu Que sur notre horizon reviendrait la cometle? Car j'éveillai nos gens à la docte lunette.
. . . Ah! parbleu, pas un ne s'en doulait, Et sans moi la cornette incogmto passait.
La première semaine du mois d'avril 1773 fut marquée au théûtre de Rouen par la présence momentanée de Brisard, de Dugazon et de M'"" Vestris, comédiens du roi. Ils ont fait le jdus vif plaisir, surtout M"'' Vestris, à la louange de laquelle un poète normand a fait les vers que voici :
Belle et tendre Vestris, fille de Melpomène, Dans tes délassements tu viens sur notre scène Ranimer nos plaisirs, faire couler nos pleurs. Alzire, Aménaïde attendrissent les cœurs. Chacun veut à son tour t'admirer et t'entendre ; Contre la foule il faut se presser, se défendre. Non, jamais on ne vit un tel empressement ; Cet éloge flatteur vaut mieux qu'un compliment. Que tu peins bien, Vestris, la pitié, la tendresse, T. I. 2,
L'amour, l'effroi, la fureur, la détresse ! Dieux, quel noble maintien ! ces gestes assurés, Ces plaintes, ces accents, avec art ménagés.
De tous nos sens te rendent la maîtresse. Dans Tancrède al)usé , nous pleurons ton malheur , Sa mort, la tienne et son erreur;
Mais quel que soit un sort aussi rigide , Qui ne voudrait mourir avec Aménaïde!
Le 17 juillet, M'"« la duchesse de la Vauguyon, revenant des eaux de Forges, s'arrêta à Rouen, et alla le lendemain dimanche à la comédie; h son arrivée, elle y fut saluée par les applaudissements de toute la salle. Cette dame était la femme de M. le duc de la Vauguyon , alors colonel du régiment d'infanterie de Mg'" le Dauphin.
A la fin du même mois , les comédiens de Rouen ont représenté le « Fabriquant de Londres, dragrae » en cinq actes, de M. de Falbaire. M"* de Touteville jouait le rôle de Fanny, et Floridor celui du fabricant.
Le vendredi 10 septembre, une représentation de Phèdre était donnée avec le Legs. Phèdre était personnifiée par M"" Ghaubert, si connue avant ce temps sous le nom de Nicety. Dans le Legs, on remarquait surtout M"« Leclair et M. Floridor.
Dans le mois de septembre également , on remit à la scène le Connaisseur, comédie dont nous avons parlé un peu plus haut.
Plus on avance dans l'histoire de la salle de la rue des Charrettes, plus les documents deviennent rares. Nous savons cependant que ce théâtre était ouvert en 1775 et 1776. La première preuve s'en trouve dans les annonces du temps, réclames payées tantôt par un musicien qui
demeurait chez le niachinisle de la comédie, rue ITerbièrc, tantôt par un maître lutliier, employé à l'orchestre, tantôt enfin par des maîtres de danse.
D'autre part, h propos d'une question littéraire sur laquelle nous reviendrons en temps et lieu, un Rouennais, écrivant le 3 novembre 1775, prétend qiic les mots castigat ridendo mores seraient une inscription insufTisanle pour le théâtre de Rouen, où le tragique EST en possession de plaire, et que le Comte d'Essex, Phèdre, Rodogune^ Iphigénie, Sémiramis, Athalie. Mérope, Inès de Castro, Œdipe, chargés d'applaudissements, VIENNENT de rendre de plus en plus intéressant.
Enfin, puisque nous en sommes malheureusement réduit à une démonstration indirecte , nous affirmons que la salle de la rue des Charrettes était ouverte en 1775, parce que, le 31 mars de cette année, la cour du Parlement prit un arrêté qui défendait au directeur de mettre aux différentes places plus de monde que de raison et qui prescrivait des mesures d'ordre rigoureuses, tant dans la salle que sur la scène et dans les coulisses.
La clôture eut lieu en 1776, postérieurement au 19 janvier, sans qu'il nous soit possible de préciser davantage. Le dernier directeur fut le sieur Chevillard, qui conserva cette position lors de l'ouverture de la salle de la porte Grand-Pont, en même temps qu'il était un des huit propriétaires de l'immeuble. Quant i la salle qu'il quittait, elle appartenait à M. de Couronne, magistrat qui voulut, dès 1781, lui rendre son ancien usage. Les propriétaires voisins s'y opposèrent ; ils arguaient du danger que causait à leurs biens le voisinage d'une salle de spectacle en très-mauvais état. Ils eurent gain de cause, sans que les
huit propriétaires de l'autre théâtre intervinssent , en s'appuyaiit sur leur privilège. Mais n'anticipons pas, nous verrons plus tard que ceux-ci réclamèrent hautement à l'époque de la construction de la salle du Vieux- Marché.
C'était folie d'ailleurs que de vouloir établir une concurrence à la salle nouvelle ; déjà le théâtre, substitué au jeu de paume des deux Maures, n'avait eu qu'une existence précaire alors qu'il était seul à faire appel aux amateurs de spectacles. En 1769, en effet, un particulier ayant sollicité l'autorisation d'établir à Rouen un Wauxhall h l'instar de celui de Paris, avec privilège exclusif pendant trente ans, M, Berlin consulta M. de Crosne à ce sujet. Voici un extrait de la réponse de M. de Crosne :
Quoique la ville de Rouen soit très-peuplée et qu'il y ait beaucoup de citoyens aisés, les deux spectacles, le concert et la comédie, ne s'y soutiennent que très-difficilement.
Le concert, depuis plusieurs années, est presque abandonné ; la comédie ne peut s'y soutenir que pendant six mois de l'année, et il s'en faut de beaucoup que le spectacle soit rempli comme il devrait l'être.
Ces deux spectacles étant plus que suffisants pour l'amusement de la ville de Rouen, l'établissement d'un Wauxhall à l'imitation de celui de Pans aura peine à y réussir, ou, s'il a quelque succès, ce ne pourra être qu'aux dépens du concert et de la comédie.
Au surplus, le public ne courre sur cela aucuns risques ; le Wauxhall sera une ressource de plus pour son amusement ; mais pour que ce nouveau spectacle ne dérange pas le concert et la congédie, qu'il est essentiel de soutenir dans une ville telle que celle de Rouen, je pense, monsieur, qu'il est convenable de n'accorder au sieur Lacaisse la permission d'établir un
Wauxhall qu'à la charge que les fêtes qu'il donnera au public ne commenceront, les jours de concert et de comédie, que lorsque ces deux spectacles seront finis.
Nous avons jusqu'à présent suivi l'ordre chronologique ; l'arrivée tardive des deux renseignements qui suivent nous a forcé d'y déroger.
Le 22 mars 1768, la permission de représenter la Partie de chasse d'Henri IV ne fut pas accordée aux comédiens de Rouen, le ROI l'ayant refusée l'année précédente à Paris.
Pour la seconde partie de notre arriéré, laissons la parole au chroniqueur du Courrier de Paris, qui s'exprime ainsi à propos du célèbre air de flûte du Rossignol:
Est-ce Tair du Rossignol de Nicolo (paroles d'Etienne) ; est-ce celui du Rossignol de Duni (paroles de Fleury et L'Atteignant), ou plutôt de X..., car ce titre de Rossignol, au lieu de rappeler à l'esprit une adorable mélodie, fait penser malgré soi à cet instrument d'iniquité, emblème ordinaire de tout vol et de tout plagiat.
Le Rossignol primitif, le type, le modèle de tous les autres, est né à Rouen vers les premiers jours de l'année 1752, et le célèbre, le dernier, ou du moins le plus nouvellement rhabillé, date seulement de^ 181 6.
Voici en peu de mots l'histoire de cet opéra-comique :
Vers 1751, un jeune homme de Rouen, on ne dit pas son nom, — c'est donc M. X..., — âgé de vingt-un ans à peine, fit jouer au théâtre dudit Rouen un opéra-comique de sa composition, intitulé le Rossignol. Les Rouennais encouragèrent le débutant à persévérer, et fort de l'avis de ses compatriotes, il envoya sa pièce à Monnet, à Paris, pour qu'il la montât sur son théâtre. Monnet la montra à Fleury et à L'Atteignant, deux faiseurs éniérites avec lesquels il avait des traites, et ceux-ci,
ayant pris l'avis de M. le censeur Crébillon, mirent la pièce sous leur nom.
Le jeune homme de Rouen, à qui Monnet avait renvoyé son manuscrit en lui mandant que cela n'était pas jouable, est venu par hasard à Paris. Voyant afficher un Rossignol, il eut la curiosité d'y aller, et ne fut pas non plus médiocrement surpris de voir qu'on lui avait dérobé, non-seulement son sujet, mais encore toute l'intrigue de la pièce et un grand nombre de couplets.
Le jeune homme fit des réclamations; mais quand longtemps après, M. de Malesherbes eut donné des ordres pour lui faire rendre justice, on ne jouait plus la pièce, et on ne Ta pas reprise.
Tout ce qui reste de la constatation des droits du jeune X... Sur le libretto du Rossignol consiste en trois étoiles placées sur la brochure avant le nom de M. de L'Atteignant. L'algèbre de la tour de Nesle était donc en usage à cette époque : on y procédait déjà de l'inconnu au connu.
L'histoire de l'ancien théâtre de Rouen est encore à compléter, nous nous empressons de le reconnaître, mais nous aurons du moins planté un grand nombre de jalons utiles pour ceux qui voudront l'entreprendre.
DU
THÉATRE-DES-ÀRTS.
Depuis longtemps on reconnaissait la nécessité d'une salle de spectacle qui fût en rapport avec les besoins de la ville de Rouen. Le 23 mars 1773, François Gueroult, architecte h Rouen, se sentant fort par le concours de sept autres citoyens, présenta une requête tendant à obtenir l'autorisation de construire une salle de spectacle sur l'emplacement de la Petite Boucherie (1).
(1) A la place où passe aujourd'hui la rue de la Comédie , et où sont les bains Thillard, se trouvait anciennement la porte de la Petite Boucherie, laquelle avait reçu antérieurement les appellations de Porte des Charrettes, du nom de la rue où elle donnait, et de Porte de la Poissonnerie, à cause d'un marché qui s'est tenu longtemps aux environs , et que l'on appelait la Poissonnerie du Pont.
24 TIIÉATIIE
Ce projet recul l'approbation du maire et des cclievins le l""" avril de la même année. Cette décision du corps municipal ayant été réformée par M. le duc d'Harcourt^ gouverneur de la province, qui vit dans certaines clauses un empiétement sur ses prérogatives, on dut en rédiger une autre, que le gouvernement approuva à la date du 28 juillet 1773.
La requête du sieur Gueroult et de ses associés fut bien accueillie en haut lieu, comme on peut en juger par l'arrêt du conseil et les lettres patentes que nous donnons en entier, la haute importance de ces pièces devant faire passer sur l'aridité attachée ii ces sortes de documents :
SUR LA REQUÊTE PRÉSENTÉE AU ROI, étant en son conseil, par Jes maire et ochevins delà ville de Rouen, contenant que la salie actuelle des spectacles de ladite ville renferme le double inconvénient d'une étendue trop bornée et de n'avoir (pi'une seula issue, étroite par clle-mêinc et d'autant plus incommode qu'elle se trouve également dans une rue serrée et sujette aux embarras, d'où il l'ésulte qu'en casdctunmlte ou d'incendie le public serait exposé aux plus grands dangers ;
Que le sieur François Gueroult, architecte en ladite ville, et plusieurs autres habitants réunis, auraient conçu le projet de remédier à ces inconvéniens, en faisant construire à leurs frais une autre salle plus vaste, mieux percée dans ses issues et où les spectateurs trouveraient tout à la fois leur aisance et leur sûreté ; qu'à cet effet, ils auraient jeté les yeux sur une portion de terrain nommée la place de la Petite-Boucherie, dépendant en la plus grande partie du patrimoine de la ville, contenant,^ depuis l'angle de la rue Grand-f'ont , quatre-vingt-cinq pieds m environ de lontrucur dans la rue des Charrettes, sur toute sai
profondeur, depuis ruiignement de ladite rue des Cliarrettes jusqu'au parement extérieur du mur qui forme la clôture de la ville du côté du quai, comme le lieu le plus commode et le plus convenable pour cet établissement ; que cependant ils ne se détermineraient à cette dépense aussi considérable qu'autant qu'ils seraient assurés à perpétuité de la propriété dudit terrain, et que comme la portion d'icelui, dont l'Hôte-l-de-Yille est autorisé de faire l'aliénation par lettres patentes en date du 16 janvier 1771, dûment enregistrées, et qu'ils se proposeraient d'acquérir, ne sufïïrait pas pour la construction de l'édifice projeté, ils désireraient qu'il leur fût permis de faire en même temps l'acquisition de quelques petites maisons adjacentes, vieilles et de peu de valeur, appartenant audit Hôtel-de-Ville, dont l'emplacement est absolument nécessaire et indispensable pour l'exécution de ce projet ; qu'enfin ils auraient lieu de se flatter que Sa Majesté, approuvant leurs vues, et prenant en considération les dépenses qu'ils seront obligés de faire pour les remplir, voudra bien leur accorder-, ainsi qu'elle Ta déjà fait depuis peu de temps en faveur du sieur Bernaud, pour semblable établissement dans la ville de Caen, le privilège d'une salle de spectacles dans la ville de Rouen, à leurs obéissances de faire régler par le sieur commissaire départi en la généralité de Rouen le prix du loyer de ladite salle, dans le cas où ils ne pourraient s'accorder à ce sujet avec les directeurs des spectacles, les suppliants, déjà instruits par l'expérience des inconvénients et des dangers qui se rencontrent dans la position de la salle actuelle des spectacles, ont reçu favorablement la proposition de ces concitoyens réunis ; ils l'ont communiquée à l'assemblée des notables, laquelle ne voyant rien dans leur projet qui ne tende à l'agrément et à l'utilité publique, a unanimement estimé qu'il est de l'intérêt même de la ville de souscrire à leur demande, et qu'on ne peut faire un emploi plus avantageux du terrain dont ils désirent de s'assurer la propriété. En conséquence, les suppliants ont, sous ragrémcnl de Sa Majesté,
et d'après le vœu de l'assemblée des notables, arrêté avec les sieurs Gueroult et joints les conditions sous lesquelles le corps municipal se porte à leur faire la cession et à leur transmettre la propriété par eux demandée, et persuadés que Sa Majesté voudra bien approuver cet accord , ils prennent la liberté de réclamer sa protection en faveur de cet établissement, en la suppliant de les autoriser à aliéner en faveur des sieurs François Gueroult, Pierre Morel, Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Pottier , Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder à titre de propriété incommutable et de rente foncière, perpétuelle et irraquittable, le terrain actuellement vague et les petites maisons adjacentes, dépendant du patrimoine de ladite ville, situées dans la partie de l'emplacement de la Petite Boucherie ci-devant désignée, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de ville ; ordonner que les personnes qui tiennent lesdits terrains et maisons à bail emphitéotique ou par bail ordinaire, seront tenues d'en quitter la jouissance dans les trois mois de la sommation qui leur en sera faite suivant l'usage ordinaire, en payant par lesdits sieurs Gueroult et joints, les dédommagements qui pourraient leur être dus suivant l'estimation qui en sera faite à l'amiable, ou qui, en cas de discord, sera réglée et arbitrée par ledit sieur intendant ; ordonner au surplus que l'édifice construit sur ledit emplacement sera à perpétuité et par privilège employé et affecté à usage de salle de spectacles dans ladite ville de Rouen et que le loyer de ladite salle, en cas de discord entre les propriétaires d'icelle et les directeurs des spectacles, sera fixé par ledit sieur intendant et commissaire départi ; vu ladite requête, ensemble la délibération prise par l'assemblée des notables de la ville de Rouen, le 29 mars dernier, l'accord passé entre le maire et échevins de ladite ville et le sieur Gueroult et co-associés, le 28 juillet suivant. Ouï le rapport, le Roi étant en son conseil, a permis et permet auxdits maires et échevins de la ville de Rouen, d'aliéner aux sieurs François Gueroult, Pierre Morel,
Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Poltier, Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder à titre de propriété incommutable et moyennant la rente foncière, perpétuelle et irracquittable, dont ils sont convenus, le terrain actuellement vague et les petites maisons adjacentes dépendantes du patrimoine de ladite ville et situées dans la partie de remplacement de la Petite-Boucherie ci-devant désignée, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de la ville, Sa Majesté autorisant, à cet effet, lesdits maire et échevins à passer tous actes nécessaires pour valider lesdites aliénations, et ce nonobstant tous édits, déclarations et règlements à ce contraires, auxquels Sa Majesté a dérogé et déroge pour ce regard seulement, et sans tirer à conséquence; ordonne en outre. Sa Majesté, que toutes les personnes qui jouissent desdits terrains et maisons, soit par bail emphitéotique ou par bail ordinaire, seront tenues d'en abandonner la jouissance au plus tard trois mois après la sommation qui leur en sera faite suivant l'usage ordinaire, en payant néanmoins, par ledit sieur Gueroult et co-associés, les dédommagements qui pourraient être dus pour raison de ladite remise, suivant l'estimation qui en sera faite à l'amiable ou en cas de difficulté qui sera réglée par ledit sieur intendant et commissaire départi pour l'exécution des ordres de Sa Majesté, dans la généralité de Rouen; veut, au surplus. Sa Majesté, que l'édifice qui sera construit sur ledit emplacement, conformément au plan qui en sera présenté auxdits maire et échevins et par eux agréé, soit à perpétuité et par privilège employé et affecté à l'usage de la salle des spectacles de la ville de Rouen, et que le prix du loyer de ladite salle soit fixé par ledit sieur intendant et commissaire départi dans ladite généralité, si les propriétaires d'icelle et les directeurs des spectacles n'étaient pas d'accord entre eux sur cet objet, et seront, sur le présent arrêt, toutes lettres patentes nécessaires expédiées.
Fait au conseil du roi. Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le "20 août 1773. Signé Bektin.
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre conseil supérieur à Rouen, salut : iNos chers et bien amés les maire et échevins de notre dite ville de Rouen nous ayant fait exposer que la salle actuelle des spectacles de ladite ville renferme le double inconvénient d'une étendue trop bornée et de n'avoir qu'une seule issue étroite par elle-même et d'autant plus incommode qu'elle se trouve également dans une rue serrée et sujette aux embarras, d'où il résulte qu'en cas de tumulte ou d'incendie, le public serait exposé aux plus grands dangers ; que le sieur François Gueroult, architecte de ladite ville, et plusieurs autres habitants réunis, auraient conçu le projet de remédier à ces inconvénients, en faisant construire, à leurs frais, une autre salle plus vaste, mieux percée dans ses issues et où les spectateurs trouveraient tout à la fois leur aisance et leur sûreté ; qu'à cet effet, ils auraient jeté les yeux sur une portion de terrain nommée la place de la Petite-Boucherie, dépendant, en la plus grande partie du patrimoine de la ville, contenant, depuis l'angle de la rue Grand-Pont, quatre-vingtcinq pieds ou environ de longueur dans la rue des Charrettes sur toute sa profondeur, depuis l'alignement de ladite rue des Charrettes jusqu'au parement extérieur du mur qui forme la clôture de la ville du côté du quai, comme le lieu le plus convenable et le plus commode pour cet établissement ; que cependant ils ne se détermineraient à cette dépense aussi considérable qu'autant qu'ils seraient assurés à perpétuité de la propriété dudit terrain, et que, comme la portion d'icelui dont l'Hôtel-de-Ville est autorisée à faire l'aliénation par nos lettres patentes du 16 janvier 1771, dûment enregistrées, et qu'ils se proposeraient d'acquérir, ne suffirait pas pour la construction de rédifice projeté, ils désireraient qu'il leur fût permis de faire en même temps l'acquisition de quelquis petites maisons ad-
jacentes, vieilles et de peu de valeur, appartenant audit Ilotel- Je-Ville, dont remplacement est absolument nécessaire et indispensable pour l'exécution de ce projet; qu'enfin, ils auraient lieu de se flatter qu'approuvant leurs vues, et prenant en considération les dépenses qu'ils se trouvent obligés de faire pour les remplir, nous voudrons bien leur accorder, ainsi que nous l'avons déjà fait depuis peu de temps en faveur du sieur Bernaud pour semblable établissement dans la ville de Caen, le privilège d'une salle des spectacles dans la ville de Rouen, à leurs obéissances de faire régler par le sieur commissaire départi en la généralité de Rouen le prix du loyer de ladite salie, dans le cas où ils ne pourraient s'accorder à ce sujet avec les directeurs des spectacles, les exposants, déjà instruits par l'expérience des inconvénients et des dangers qui se rencontrent dans la position de la salle actuelle des spectacles, ont reçu favorablement la proposition de ces citoyens réunis; ils. l'ont communiquée à l'assemblée des notables, laquelle, ne voyant rien dans leur projet qui ne tende à l'agrément et à l'utilité publique, a unanimement estimé qu'il est de l'intérêt même de la ville de souscrire à leur demande et qu'on ne peut faire un emploi plus avantageux d'un terrain dont ils désirent de s'assurer la propriété ; en conséquence, les exposants ont, sous notre agrément, et d'après les vœux de l'assemblée des notables, arrêté, avec les sieurs Gueroult et joints, les conditions sous lesquelles le corps municipal se porte à leur faire la cession et à leur transmettre la propriété par eux demandée, et persuadés que nous voudrons bien approuver cet accord, ils réclament notre protection en faveur de cet établissement, et nous supplient de les autoriser à aliéner, en faveur des sieurs François Gueroult, Pierre Morel, Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Pottier, Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder, à titre de propriété incommutable et de rente foncière, perpétuelle et irracquiltable, le terrain actuellement vague et les petites maisons adjacentes et dépendantes du patrimoine de ladite ville, si-
tuées dans la partie de remplacement de la Pelite-Boucherie cidevant désignée, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de la ville; ordonner que les personnes qui tiennent lesdits terrains et maisons à bail emphithéotique ou par bail ordinaire, seront tenues d'en quitter la jouissance dans les trois mois de la sommation qui leur en sera faite suivant l'usage ordinaire, en payant, par lesdits sieurs Gueroult et joints, les dédommagements qui pourraient leur être dus, suivant l'estimation qui en sera faite à l'amiable, ou qui, en cas de discord, sera réglée et arbitrée par le sieur intendant; ordonner, au surplus, que l'édifice construit sur ledit emplacement sera à perpétuité et par privilège employé et affecté à usage de salle de spectacles dans, ladite ville de Rouen, et que le loyer de ladite salle, en cas de discord entre les propriétaires d'icelle et les directeurs des spectacles, sera fixé par ledit sieur intendant et commissaire départi.
Nous aurions cejourd'hui fait rendre, en notre Conseil d'Etat, nous y étant, un arrêt par lequel nous aurions expliqué nos intentions et ordonné que sur icelui toutes lettres patentes nécessaires seraient expédiées, et voulant qu'il soit exécuté, à ces causes, de l'avis de notre conseil, qui a vu ledit arrêt de cejourd'hui, ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, nous avons de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, permis, et par ces présentes signées de notre main, permettons auxdits maire et échevins de la ville de Rouen, d'aliéner aux sieurs François Gueroult, Pierre Morel, Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Pottier, Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder, à titre de propriété incommutable, et moyennant la rente foncière, perpétuelle et irracquittable dont ils sont convenus, le terrain actuellement vague et les petites maisons adjacentes, dépendant du patrimoine de ladite ville, et situés dans la partie de l'emplacement de la Petite-Boucherie ci-devant désignée, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de la ville; autori-
sons, à cet effet, lesdits maire et échevins à passer tous actes nécessaires pour valider ladite aliénation, et ce nonobstant tous édits, déclarations et règlements à ce contraire, auxquels nous avons dérogé et dérogeons pour ce regard seulement, et sans tirer à conséquence ; ordonnons, en outre, que toutes les personnes qui jouissent desdits terrains et maisons, soit par bail emphithéotique ou par bail ordinaire, seront tenues d'en abandonner la jouissance au plus tard trois mois après la sommation qui leur en sera faite suivant l'usage ordinaire, en payant néanmoins, par ledit Gueroult et co-associés, les dédommagements qui pourraient être dus pour raison de ladite remise suivant l'estimation qui en sera faite à l'amiable, ou, en cas de diJBûculté, qui sera réglée par ledit intendant et commissaire départi pour l'exécution de nos ordres dans la généralité de Rouen; voulons, au surplus, que l'édifice qui sera construit conformément au plan qui sera présenté auxdils maire et échevins, et par eux agréé, soit à perpétuité et par privilège employé et affecté à l'usage de la salle de spectacles de ladite ville de Rouen, et que le prix du loyer de ladite salle soit fixé par ledit sieur intendant et commissaire départi dans ladite généralité, si les propriétaires d'icelle n'étaient pas d'accord entre eux sur cet objet. Ci vous mandons que les présentes vous ayez à faire registrer et le contenu en icelles garder, obseiTer et exécuter selon leur forme et teneur, nonobstant clameur de haro, chartes normandes et lettres à ce contraires, car tel est notre plaisir. En témoin de quoi, nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes. Donné à Versailles, le vingtième jour d'août, l'an de grâce mil sept cent soixante-treize , et de notre règne le cinquante-neuvième, signé LOUIS. Et plus bas : Par le Roi, signé Dertin. Au-dessous est écrit : Registrées ès-registres de la cour, ce consentant le procureur général du roi, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et jouir par les impétrants de leur effet, suivant l'arrêt de ce jour.
A Rouen, au conseil supérieur, le vingt-cinq janvier mil sept cent soixante -quatorze. Signé Burel.
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, k tous ceux qui ces présentes verront, salut. Savoir faisons que cejourd'hui, vu par notre cour de Conseil supérieur de Rouen, nos lettres patentes sur arrêt de notre Conseil, par nous accordées, à Versailles, le 20 aoiit dernier, aux sieurs maire et échevins de la ville de Rouen, par lesquelles, pour les causes y contenues, nous leur permettons d'aliéner aux sieurs François Gueroult, Pierre Morcl, Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Pottier, Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder à titre de propriété inconimutable et moyennant la rente foncière, perpétuelle et irracquittablc, dont ils sont convenus, le terrain actuellement vague et les petites maisons adjacentes dépendant du patrimoine de la ville, -ei situés dans la partie de remplacement de la Petite-Boucherie, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de la ville, et suivant qu'il est plus au long contenu en nos dites lettres patentes. Requête présentée par Icsdits sieurs maire et échevins de la ville de Rouen, tendante h ce qu'il plaise à notre cour, ordonner que nos dites lettres patentes seront registrées ès-registres d'icelle, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et jouir par les impétrants du contenu en icelles ; ordonnance de notre cour étant au bas de ladite requête, en date du 11 de ce mois, portant: Soit communiqué à notre procureur général les conclusions d'icelui, et ouï le rapport du sieur Pichon de Premeslé, conseiller rapporteur ; tout considéré : notre dite conr, avant faire droit, a ordonné et ordonne que nos dites lettres patentes seront lues, publiées et affichées, tant à l'issue des messes paroissiales du lieu où ledit emplacement de la Petite-Boucherie et maisons y adjacentes, sont situés, par trois dimanches consécutifs, qu'aux plus prochains marchés d'iceux, également par trois jours, pour ensuite être informé par devant le sieur Oursel, à ce commis et député par notre cour, en la présence de notre procureur général, sur la liste des témoins qui sera par lui
fournie, de la commodité ou incommodité que peut nous apporter et au public l'effet de nos dites lettres patentes ; pour le tout fait, rapporté à notre cour, et communiqué à notre procureur général, être ordonné ce qu'il appartiendra, ci donnons en mandement au premier ou autre notre huissier ou sergent sur ce requis, le présent arrêt exécuter selon sa forme et teneur, de ce faire te donnons pouvoir. Donné à Rouen, au Conseil supérieur, le 14 décembre Tan de grâce 1773, et de notre règne le 59^. Par la cour : signé Legrain. Collationné, signé Chapelle. En marge est écrit : Vu, un paraphe. Au-dessous, en la même marge, est aussi écrit : Vu aux archives, signé Chapelle. Au bas est également écrit : Scellé le 15*= décembre 1773, un paraphe.
Extrait des registres de la cour du conseil supérieur de Rouen.
Vu par la cour les lettres patentes, sur arrêt du conseil, accordées parle roi, à Versailles, le 20 août dernier, aux sieurs maire et échevins de la ville de Rouen, par lesquelles, pour les causes y contenues, Sa Majesté leur permet d'aliéner aux sieurs François Gueroult, Pierre Morel, Jacques Couturier, Chevillard, Joseph Pottier, Jacques Leborgne et Jean-Claude Paulée, et de leur céder, à titre de propriété incommutable, et moyennant la rente foncière, perpétuelle et irracquittable dont ils sont convenus, le terrain actuellement vague et les petites maisons y adjacentes, dépendant du patrimoine de ladite ville et situés dans la partie de remplacement de la Petite-Boucherie, aux charges, clauses et conditions arrêtées entre eux et le bureau de la ville, pour construire dans ledit emplacement un édifice à Tusage de salle de spectacles, et suivant qu'il est plus au long contenu auxdites lettres patentes. Arrêt de la cour, rendu sur la requête desdits sieurs maire et échevins, le 14 décembre
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dernier, par lequel il est ordonné, avant faire droit, que les^ dites lettres patentes seront lues, publiées et affichées, tant à rissue des messes paroissiales du lieu où ledit emplacement de la Petite-Boucherie et maisons y adjacentes sont situés, par trois dimanches consécutifs, qu'aux plus prochains marchés d'iceux, également par trois jours, pour ensuite être informé pardevant le sieur Oursel, conseiller à ce commis et député par la cour, en la présence du procureur-général du roi, sur la liste des témoins qui sera par lui fournie, de la commodité ou incommodité que peut apporter au roi et au public l'effet desdites lettres patentes. Pour le tout fait rapporté à la cour et communiqué au procureur-général du roi, être ordonné ce qu'il appartiendra. Procès-verbaux de lecture et publications desdites lettres patentes et arrêt de la cour faits au Neuf-Marché de ladite ville de Rouen, les 22, 24 et 27 décembre dernier, contrôlés à Rouen les jours de leurs dates. Autres pareils procèsverbaux de lecture et publications faites issue des messes paroissiales de Saint-Martin-du-Pont, les dimanches 19, 26 de décembre dernier et 2 du présent mois, contrôlés à Rouen, le lendemain de leurs dates; information faite, en conséquence dudit arrêt de la cour devant daté, par le sieur Oursel, conseiller, commissaire à ce député, le -4 de cedit mois ; requête présentée par lesdits sieurs maire et échevins de la ville de Rouen, tendante à ce qu'il plaise à la cour ordonner que lesdites lettres patentes, sur arrêt du conseil du 20 août 1773, seront registrées en icelle, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et jouir par les exposants du contenu en icelles. Ordonnance de la cour étant au bas de ladite requête, en date du 10 de cedit mois, portant : Soit communiqué au procureur-général du roi ; les conclusions d'iceiui et ouï le rapport du sieur Michel de Chambor, conseiller-rapporteur ; tout considéré, la cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres patentes seront registrées ès-registres d'icelle, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et jouir par les impétrants de l'effet et contenu d'icelles.
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A Uouen, au conseil supérieur, le vingt-cinq janvier mil sept cent soixante-quatorze, signé Bukel. Collationné, signé Chapelle. CoUationné aux originaux par nous, écuyer, conseillersecrétaire du roi , maison-couronne de France et de ses finances. Signé Le Couteulx.