BALIVEAU
Et comment, s'il vous plaît?
DAMIS
Comment? Par mes écrits.
Je veux que la vertu, plus que l'esprit, y brille, La mère en prescrira la lecture à sa fille.
Au mois de septembre 1790, Mole a donné des représentations à Bordeaux, et le 18 janvier 1791, nous le retrouvons à Rouen ; il y a interprété le rôle d'Alceste dans le Philmte de Molière, dont la première représentation, dans cette ville, ne remontait qu'au mois d'août précédent. Le 23 février, il a paru dans la même pièce, le lendemain dans Brutus, rôle de Titus, le h mars dans le Séducteur, comédie en cinq actes et en vers, de de Bièvre (rôle du séducteur), et dans Nanine, comédie en trois actes et en vers, de Voltaire (rôle du comte d'Olban), et le surlendemain dans le Festin de Pierre (rôle de Don Juan).
Mole a presque toujours été à Rouen pendant le mois d'avril 1791. D'abord le 6 a été donnée la première représentation due au bénéfice des hôpitaux ; elle se composait du Philinte de Molière (Alceste joué par Mole) et des Arts et V Amitié, comédie en un acte mêlée de chants (première représentation de la reprise). Entre les deux pièces, Griot a exécuté un concerto de violon (1). Ensuite, le 9, a commencé une grande série de représentations
(1) La deuxième représentation due au bénéfice des hôpitaux paraît n'avoir pas été donnée pendant cette année théâtrale.
extraordinaires, par M"*'' Contai et Mole; elles ont duré jusqu'au 16 inclusivement, jour de la clôture de l'année théâtrale, qui s'est faite d'une manière remarquable. Il y a eu DEUX représentations dans la soirée du 16 avril; la première à quatre heures et demie, composée du Jaloux sans amour et de V Anglais à Bordeaux, en un acte et en vers, par Favart; Mole et M"= Louise Contât jouaient dans les deux pièces; la deuxième à dix heures, composée de Soliman II, ou les Trois Sultanes, comédie en trois actes, ornée de ses ballets, terminée par le couronnement de Roxelane. Mole jouait Soliman et M-'^ L. Contât Roxelane.
La veille, il y avait eu également deux représentations; la première, composée de la Fausse Agnès, comédie en trois actes, par Destouches, et des Amours d'été, comédie en un acte ; M''" L. Contât jouait dans les deux pièces ; la deuxième, composée du Préjugé à la mode, ou le Triomphe des Dames, comédie en cinq actes et en vers, de la Chaussée, et du Legs, avec Mole et M'^*^ Contât dans les deux ouvrages.
Ce*s deux artistes ont donné, en outre, pendant leur séjour, les Amours de Bayard, par Monvel et Champein ; la Surprise de V Amour, comédie en trois actes et en prose, par Marivaux ; les Epreuves, comédie en un acte et en vers, par Forgeot; le Mariage secret, la Coquette corrigée, intitulée quelquefois la Coquette fixée.
M"" L. Contact a joué avec les artistes de la troupe V Incertitude maternelle, la Gageure imprévue, le Couvent, et avec sa sœur, les Denx Pages, ou Auguste et Théodore.
Enfin Mole, M"" L. Contât et M"' Contât cadette (Emilie), paraissaient tous les trois dans la Folle Journée,
m ROtIÈN. Ul
ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq actes, avec lous ses agréments. M"« L. Contât jouait Suzanne , M"* Contât cadette le petit page Chérubin, et Mole le comte Almaviva,
On voit que le mois d'avril 1791 a fourni un grand nombre de brillantes soirées.
Dans l'année. Mole avait joué en outre le rôle principal dans V Homme à bonnes fortunes, comédie en cinq actes et en prose, par Baron , et dans le Bourru bienfaisant.
PIÈGES DE cmcoNSTANCE. — Il uous faut, jusqu'à nouvel ordre, consacrer un chapitre tout spécial aux pièces faites sur les événements de l'époque et à celles qui puisaient un attrait nouveau dans les allusions offertes à l'agitation publique. Déjà, dans l'année théâtrale précédente, à propos de Charles IX, du Souper de Henri IV, de Sargines, à'Ericie et d'Epimcnide, ce côté de l'histoire dramatique nous était apparu. Dorénavant et pendant longtemps nous rencontrerons très-fréquemment ce qu'on peut appeler la politique au théâtre. Pour ce motif, nous avons formé un groupe des ouvrages suivants :
La Journée de Louis Ail, comédie en trois actes, de Collot d'Herbois. Première représentation le 31 mai 1790 (1). Une foule d'allusions aux circonstances ont été saluées par les applaudissements.
Le District de village, pièce de circonstance, par Des Fontaines. Première représentation le 9 juin 1790. C'est
(i) Pour la première représentation des pièces politiques,
nous avons soin, autant que possible, de faire connaître la date précise.
une allusion à la contribution patriotique du quart du revenu et au serment civique. La direction avait donné à la garde nationale du village, représentée par le détachement de Salis, l'uniforme de la garde natitmale de Rouen. Ce détail a fait le plus grand plaisir.
Le Serment civique, ou la Fédération de Rouen, pièce de circonstance, par la Vallée, ancien capitaine. Première représentation en juillet 1790. Le 29 juin avait eu lieu, au camp fédératif (sur les bruyères de Saint-Julien), la solennité de la Fédération de Rouen.
La Famille patriote, ou la Fédération nationale, comédie héroïque en deux actes et en prose, par Gollot d'Herbois. Première représentation le 25 août 1790. La Fédération nationale ou générale de la France avait été célébrée, à Paris, au Ghamp-de-Mars, le IZj juillet.
Guillaume Tell, tragédie en cinq actes, de Lemierre, jouée, pour la première fois, à Paris en 1776 et reprise en 1786. Première représentation, à Rouen, le 6 septembre 1790. Tout le monde connaît cette page de l'histoire et la réponse de Tell à Gésier :
Si mon malheureux fils eut péri par ma main, La flèche que tu vois t'aurait percé le sein.
Gette pièce a eu du succès à Rouen, mais c'est surtout à Montpellier qu'en 1790 elle a été un aliment au patriotisme des masses.
Nicodême dans la Lune, ou la Révolution pacifique, pièce-folie ou opéra-folie en trois actes, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, par Reffroy de Regny (Gousin Jacques). Première représentation le 24 janvier 1791.
La Liberté conquise, ou le Despotisme renversé, drame
DE ROUEiN. ^243
en cinq actes et en prose, par Harny, orné de tout son spectacle et d'une décoration nouvelle. Première représentation le 19 mars 1791. Cette pièce, espèce de pantomime dialoguée, retrace les faits politiques du mois de juillet 1789. —Le 25 mars 1791, un Te Deum fut chanté k Rouen pour la convalescence du roi. Ce jour-là la direction donna le drame de Harny en annonçant qu'il y aurait grande illumination et une nouvelle décoration.
L'Ecole de V Adolescence, comédie en deux actes et en prose de Dantilli. Première représentation le 11 mai 1790. Des traits décochés contre la finance et l'ancienne inégalité des conditions ont beaucoup contribué au succès de cette pièce.
Brutus, tragédie en cinq actes, par Voltaire (1); reprise le k décembre 1790. Ce jour-là, pour que le spectacle n'offrît pas de contraste, on donnait, avec cette tragédie, la Famille patriote ou la Fédération. Vanhove jouait le rôle de Brutus, Bérard celui de son fils. L'enthousiasme a été à son comble à Rouen comme dans toutes les villes de France où l'œuvre de Voltaire fut demandée à cette époque. Plusieurs représentations, presque coup sur coup, ont eu un égal succès. Quinze jours environ avant celle du k décembre, une reprise de cet ouvrage au Théâtre-Français de Paris, avait offert plusieurs incidents remarquables. Le public ayant aperçu Mirabeau
(1) La ville de Rouen a la gloire d'avoir donné le jour à M"" Rernard, qui a fait une tragédie de Brutus, jouée pour la première fois le 16 décembre 1690, et qui resta au théâtre encore longtemps après. Voltaire a fait de nombreux emprunts à l'œuvre de notre compatriote.
dans une loge du centre l'avait forcé de s'asseoir dans la galerie à la place la plus honorable, puis on avait applaudi à oulrance ces deux vers :
Mais je te verrai vaincre ou mourrai, comme toi, Vengeur du nom romain, libre encore et sans roi.
Le peuple, craignant qu'on ne crût que son approbation tombait sur les derniers mots, a crié : vive lr roi ! à plusieurs reprises, ensuite vive la nation ! vive la loi !
VIVE LA liberté !
Au moment où Brutus a dit :
Dieux, donnez-nous la mort plutôt que l'esclavage,
les cris, les applaudissements, les trépignements ont été si violents qu'on croyait que la salle allait crouler.
La Mort de César, tragédie en trois actes, par Voltaire, reprise le 22 décembre 1790, avec un succès presqu'égal à celui de Bruius. On savait que quelques jours auparavant la Mort de César avait excité à Bordeaux de frénétiques transports d'enthousiasme.
Le Souper de Henri IV, comédie montée l'année précédente.
Epitnénide — même remarque.
La musique elle-même était mise à contribution pour célébrer la liberté, témoin le pot-pourri national qui, en décembre 1790, était placé à la fin des Deux petits Savoyards, opéra.
Nous devons ajouter qu'au commencement de l'année 1791, le public rouennais vit avec mécontentement les livrées et les plumets, conservés sur le théâtre et qu'il fit
donner à ce sujet aux comédiens un pressant avertissement.
Enfin, voici un fait qui n'a pas besoin de commentaires: Le h avril 1791, le spectacle a été fermé à l'occasion de la mort de Mirabeau (2 avril, à l'âge de quarante-cinq ans).
RÉPERTOIRE. — La tragédie, le drame et la couiédie ont continué à être Tobjet de la sollicitude du directeur qui, en sa qualité de pensionnaire de la Comédie-Française, faisait de ces trois genres l'objet de ses prédilections, sans cependant négliger ni l'opéra, ni le ballet.
TRAGÉDIE. — Pendant cet exercice , on représenta Mérope, Tancrède, Zaïre, la Veuve du Malabar, en cinq actes, par Leraierre; — en 1791, un amateur y joua le rôle du général français; — Hypennnestre, également en cinq actes et par Lemierre ; — le même amateur y joua, à la même époque, le rôle de Lincée ; — Alzire, en cinq actes, de Voltaire ; Tamateur y a joué le rôle de Zamore.
On a mis en outre à la scène :
Coriolan, tragédie en cinq actes, de de La Harpe. Première représentation en avril 1790, Ce sujet avait été traité par Durier, par Balze et Gudin, etc. Le Coriolan^ de de La Harpe, était la douzième tragédie de ce nom ; les onze premières n'avaient pas eu de succès; celle-ci, à Paris même, ne produisit que très-peu d'effet, ce qui motiva Tépigramme suivante :
* Ci-gît le dernier des enfants
Des malheureux Coriolans, Qu'un jour voit naître et qu'un jour tue. N'êtes-Yous pas tous étonnés Qu'une race se perpétue Fardes enfants morts-nés?
Jean Calas, tragédie en cinq actes, de Laya. Première représentation le 9 mars 1791.
Philoctète, tragédie en trois actes, de de La Harpe. Première représentation en avril 1790 ; c'est une traduction de l'œuvre de Sophocle.
DRAME. — On laissa au répertoire VHahitant de la Guadeloupe, drame en trois actes, par Mercier, classé quelquefois au nombre des comédies; V Honnête Criminel, drame en cinq actes, et le Déserteur, drame en cinq actes, qui, pour le dire en passant, fut représenté le dimanche 28 novembre 1790, avec le Déserteur, opéra en trois actes, de Sedaine et Monsigny (huit actes de déserteur 1)
Les drames mis h la scène sont :
Le Comte de Comminges, drame en trois actes, par d'Arnaud, imprimé depuis vingt-cinq ans lorsqu'on le donna à Rouen pour la première fois en juin 1790.
Jean Uennmjer, cvêque de Lisieux, drame en trois actes et en prose, par Mercier, joué, pour la première fois, à Rouen, le 31 janvier 1791, avec Guillaume Tell^ tragédie, au bénéfice de M"^ Dufresne, premier rôle. Cette pièce historique montre le vertueux évêque accueillant avec bonté les protestants qui viennent dans son palais pour échapper aux ordres sanguinaires de Charles IX, de ses ministres et de ses courtisans, puis couvrant de son corps le lieutenant du roi, que son obéissance aux ordres supérieurs expose à des représailles terribles. La scène se passe à Lisieux, le 27 août 1572. Sur le théâtre de Rouen, Vanhove a représenté l'évêque ; autres acteurs: Bérard, Leber et M"* Dufresne, la bénéficiaire.
Mélanie, drame en trois actes et en vers, par de La
Harpe. Première représentation en octobre 1790. IVI"^Dufresne jouait Mélanie.
COMÉDIE. — A cette époque, on jouait souvent la haute comédie : Tartufe , le Menteur, le Méchant , le Dé-pit amour eux, ào\\\. on ne donnait que deux actes; les Femmes savantes, V Etourdi, les Etourdis, d'Andrieux ; le Dissipateur, en cinq actes et en vers, par Destouches ; le T7'iple Mariage, en un acte, par le même ; le Jeu de V Amour et du Hasard, en trois actes, par Marivaux ; le Tuteur, en un acte, par Dancourt, et le Philosophe sans le savoir, comédie en cinq actes, par Sedaine.
On avait en outre laissé au répertoire : le Bourru bienfaisant, en trois actes, par Goldoni ; les Trois Jumeaux vénitiens, en quatre actes et en prose, par le même (Bérard y jouait les trois frères jumeaux); le Cocher supposé, oiî un acte, par Hauteroche ; les Deur Amis, ou le Négociant de Lyon, en cinq actes, par Beaumarchais (classé quelquefois au nombre des drames); Esope à la cour, en cinq actes et en vers, par Boursault ; V Esprit de contradiction, en un acte et en prose, par Du Fresny ; la Famille extravagante, en un acte et en vers, par Legrand ; l'Epreuve réciproque, comédie en un acte, attribuée par les uns à Alain, par les autres à Legrand, par d'autres enfin à ces deux auteurs en collaboration ; Y Impromptu de campagne, en un acte et en vers , de Poisson fils ; VOrpheline, en trois actes et en prose, par Pigault-Lebrun; la Femme jalouse, Fellamar, ou la Suite de Tom Jones à Londres, la Feinte par amour, Céphise, VOrphelin anglais, en trois actes, par de Bongal et le marquis de Longueil , et Fanfan et Colas, en un acte, par M"^* de Beau noir.
Quant aux premières représentations de l'année, en voici la liste :
L'Aîiiant femme de chambre, comédie en un acte et en prose. Première représentation en mars 1791.
V Amour et la Raison, comédie en un acte et un prose, par Lebrun. Première représentation en janvier 1791.
Le Couvent, comédie en un acte, par Laugon. Première représentation en août 1790.
h' Heureuse erreur, comédie en un acte et en prose, de Patrat. Première représentation de la reprise en mai 1790. Renaldi, première haute-contre, jouait dans cette pièce. A cette époque, une telle particularité n'avait rien de surprenant,
h' Histoire universelle, opéra en deux actes, ou plutôt comédie en vers libres, mêlée d'ariettes et de vaudevilles, par le cousin Jacques, terminée par un divertissement. Première représentation en mars 1791, au bénéfice de Paulin; première haute-contre.
V Incertitude maternelle, ou le Choix impossible, comédie en un acte et en vers. Première représentation en juillet 1790. M°'« d'Estival y jouait le principal rôle, celui de la mère.
La Nouvelle Omphale, comédie en trois actes, mêlée d'ariettes, par Beaunoir, musique de Floquet. Première représentation en octobre 1790. Le sujet est tiré d'un joli conte de Sénecé, intitulé Inler le parfait Amour.
Le Philinte de Molière, ou la Suite du Misanthrope, comédie en cinq actes et en vers, par Fabre d'Eglantine. Première représentation en août 1790.
OPÉRA. — Nous avons, en passant, nommé quelques opéras conservés au répertoire ; il faut ajouter à ce nom-
DIC ROUEN. ' no
bre : la Belle Arsène, en quatre actes et en vers, par Favart et Monsigny, terminé par un ballet; Biaise et Bahet, en deux actes, par Monvel et Dezède; \q?, Trois Fermiers, eu deux actes, par le même, terminé par un ballet ; Y Amoureux de quinze ans, en trois actes, de Lanjon et Marlini ; Biaise le Savetier, en un acte, par Sédaine et Philidor;le Comte d'Alberi, en deux actes, par Sedaine et Grétry, terminé par la Suite du Comte d'Albert, opéracomique en un acte, par les mêmes ',V Epreuve villageoise, en deux actes, par Desforges et Grétry; la Fausse Magie, en deux actes, par Marmonlel et Grétry ; Lucile, opérabouffon en un acte, par les mêmes; les Deux Avares, en deux actes, de Fenouillot de Falbaire et Grétry; Panurge dans Vile des Lanternes, orné de tout son spectacle et de tous ses ballets ; Alexis et Justine, la Dot, Benaud d'Ast, la Caravane du Caire, orné de tout son spectacle et de tous ses ballets ; Azemia, Sargines, la Mêlomanie, terminé par un ballet nouveau; Nina, le Nouveau don Quichotte et le Milicien , en un acte, par Anseaume et Duni. On a joué encore, pendant cette campagne, les Dettes, en deux actes, par Forgeot et Ghampein ; les Evénements imprévus , en trois actes , par d'Hell et Grétry ; le Maréchal, en un acte, par Monsigny ; Bose et Colas, en un acte, par Sedaine et Monsigny ; la Bosière de Salencij, en trois actes, par Musson de Pezay et Grétry; la Servante maîtresse, en deux actes, par Beaurans et Pergolèze ; le Soldat magicien, en trois actes, par Anseaume, Serrières et Philidor; le Tonnelier, en un acte, par Audinot et Quêtant ; le Tableau parlant, en deux actes, par Anseaume et Grétry ; la Clochette , en un acte, par Anseaume et Duni, repris en 1701; les Pêcheurs, en un acte,
2o0 THÉÂTRE
musique de Gossec, i éprise en 1791 (\knyer, laruelle, a dû débuter dans celte pièce en 1787; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y excellait), et les Femmes vengées, en un acte, par Sedaine et Philidor.
Qu'on nous permette une anecdote relative à ce dernier ouvrage. En 1778, il fut donné, pour la première fois, à Toulouse ; il plut au parterre, qui le redemanda pour un jour prochain. Un Capitoul, peu rassuré sur la décence du spectacle, demanda une autre pièce afin que les dames pussent rire sans le secours de l'éventail. — Eb bien ! dit l'acteur chargé de répondre au public, nous aurons l'honneur de vous donner Bcverley, pièce en vers libres, de M. Saurin. — Comment, encore une pièce en vers libres, lorsque c'est précisément pour cela que je vous interdis les Femmes vengées ! Relâche au théâtre pour huit jours !
Les opéras montés en 1790-1791 sont:
Colinette à la Cour, opéra en trois actes, avec ballets, de Grétry. Première représentation en juillet 1790.
Les Pommiers et le Moulin, comédie-opéra en un acte, paroles de Forgeot, musique de Le Moine. Première représentation en août 1790.
Raoul Barbe-Bleue, pièce lyrique en trois actes, ornée de tout son spectacle, par Sedaine et Grétry. Première représentation en octobre 1790. Acteurs : Lecoutre, Renaldi et M"'^ Lecoutre.
Raoul, sire de Créqui, opéra en trois actes, avec tous ses agréments, paroles de Monvel, musique de Dalayrac. Première représentation en décembre 1790.
Les Rigueurs du Cloître, opéra en deux actes et en prose, par Fievée, musique de Le Rreton fils. Première représentation en février 1791.
La Vieillesse iVAnneite et Luhin, opéra en un acte, musique de Chapelle. Première représentation en juillet 1790. C'est, bien entendu, la suite de l'opéra-comique intitulé Annette et Lubin.
CONCERTS. — Les représentations lyriques de ce genre ont continué à être très-rares.
M""-' Clery, harpiste, musicienne du roi et du Concert spirituel, qui était déjà venue à Rouen six ans auparavant, a donné au théâtre, en mai 1790, k deux reprises, un concert vocal et instrumental, avec le concours de quelques musiciens de l'orchestre qui ont exécuté des solos.
Le mois suivant, un sieur Berthaurae, premier violon du Concert spirituel de Paris, a donné un concert dans lequel on a entendu Paulin, Lecoutre et ]Vr"*' Renaldi et Daraassis, ainsi que Griote, premier violon du théâtre.
Enfin, en décembre de la même année. M"" Molliex, âgée de dix ans, élève de Rebour, a exécuté, entre les deux pièces d'une représentation , un concerto sur la harpe.
BALLET. — La plupart des opéras étaient terminés par des ballets, et souvent les artistes exécutaient entre les pièces ce qu'on appelait alors une chaconne, danse fort longue d'un mouvement très-modéré, à trois et quelquefois quatre temps.
On a maintenu â la scène V Offrande à l'Amour, — les Maures ravisseurs, — les Sabotiers, ballets-pantomimes en un acte, ainsi qu'un Ballet nègre, — un Ballet des Sauvages et un pas de deux des Sabotiers, que l'on exécutait entre les pièces.
Un ballet-pantomime nouveau, de la composition de
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Vermilly, danseur du théâtre, la Sauvage égarée, a été
représenté pour la première fois en avril 1790.
Enfin, au mois d'août suivant, une célébrité cliorégraphique, Labory, l'un des premiers danseurs de l'Opéra de Londres, a donné des représentations sur la scène rouennaise.
Borda, danseur de la troupe, a fait représenter un ballai de sa composition en février 1791.
Les abonnés tenaient beaucoup à avoir un ballet ; la direction, qui le savait, annonça le 10 mars 1791 que son intention n'était pas de supprimer les ballets l'année suivante, comme le bruit s'en était répandu dans le public, mais, qu'au contraire, elle ne négligerait rien à cet égard pour le satisfaire.
REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — M'"^^ LouisC et
Emilie Contât, Mole et Labory ne sont pas les seuls artistes célèbres qui soient venus à Rouen dans cette campagne.
En mai 1790, M"'' Raucour, comédienne et pensionnaire du roi, a joué les rôles de reine dans Médée et dans Sémiramis.
Dans les mois de novembre et de décembre de la même année. Des Essarts, comédien du roi, rôle de financier, a donné successivement le Glorieux, comédie en cinq actes et en vers, de Destouches, le Chevalier à la mode, la Partie de chasse de Henri IV et le Malade imaginaire avec tous ses agréments {sic).
Un acteur du nom de Juliette est venu, en 1791, jouer le rôle de Nicodème dans Nicodème dans la lune, et celui du marchand de croquets dans les Deux petits Savoyards.
Enfin, une représentation extraordinaire a été organisée,
DE HOUEiN. ro'à
en février 1791, au bénéfice de Vanhove, père noble de la troupe. Elle se composait de la troisième représentation de Jean Henmiyer, drame, et de Brutiis, tragédie. Dans cette dernière pièce, Vanhove, comédien français et frère aîné du bénéficiaire, a rempli le rôle de Brutus. Profitant de son séjour à Rouen, le pensionnaire du roi s'est montré dans plusieurs autres ouvrages, par exemple dans Athalie, rôle de Joad. On voit que, grâce à la position de son directeur, le théâtre de Rouen recevait à celte époque de fréquentes visites des acteurs du Théâtre- Français.
TRAVAIL DRAMATIQUE. — La direction elle-même a résumé ainsi le travail dramatique pour l'année 1790- 1791:
k Tragédies.
2 Comédies en cinq actes.
6 Comédies en trois actes.
7 Comédies en un acte.
5 Opéras en trois actes.
2 Opéras en deux actes.
k Opéras en un acte.
En tout 30 nouveautés.
C'est en vain que Ton tenterait de mettre ce résumé d'accord avec le classement que nous avons fait, mais cela tient uniquement à ce qu'à l'époque qui nous occupe on donnait aux pièces tantôt une qualification, tantôt une autre. Telle pièce était une comédie pour les uns, un opéra pour les autres ; à plus forte raison arrivait-il que le même ouvrage était intitulé comédie ou drame selon le caprice du moment.
BALS AU THÉÂTRE. — Une ordonnaocc de l'assemblée
254 TlIÉATliE
municipale et électorale de la commune de Rouen, donnée au châleau du Vieux- Palais le 15 janvier 1790, défendit les déguisements et les bals masqués dans la ville et les faubourgs de la ville. Vainement Mole sollicita une exception en sa faveur, sous prétexte que les bals parés ne faisaient pas de recette. D'ailleurs, écrivait-il, si les jeunes gens ne vont pas au bal, ils iront chercher le plaisir dans d'autres réunions, et il sera moins facile de les surveiller que s'ils étaient tous réunis dans un même lieu ; enfin ne pourrait-on pas exiger que le masque ne fût porté que dans la salle de spectacle ? L'assemblée municipale et électorale, après avoir pris connaissance de la lettre de Mole, passa à l'ordre du jour.
Une ordonnance de police générale de la municipalité de Rouen, à la date du 27 janvier 1791, défendit de nouveau les déguisements dans la ville et les faubourgs, ainsi que les bals masqués.
Pour ce motif, les dimanches 13 et 27 février 1791, le jeudi suivant 3 mars et enfin le dimanche 6 mars, la salle de spectacle fut ouverte à onze heures du soir pour un bal seulement paré.
INCIDENTS
L'année théâtrale a commencé par un incident aussi important qu'inattendu. Une sentence du siège de police du bailliage, datée du 22 avril 1790, ordonna que les bancs du parterre de la salle de spectacle de Rouen fussent retirés dam le jour, et fixa le prix des places, savoir:
Secondes loges et galeries 36 sols.
Troisièmes 2k »
Quatrièmes 12 »
Parterre 20 »
L'affiche du 26 février 1791 annonçait qu'il y aurait relâche le soir au théâtre. Nous n'aurions pas relevé ce fait sans la singularité du motif allégué par la direction : Relâche pour cause de maladie presque générale. Une épidémie sévissait-elle à Rouen à cette époque ?
Le spectacle du 18 mars 1791 a été troublé par le vol commis dans le parterre d'un portefeuille appartenant à un négociant de Meru et contenant plusieurs assignats et des effets négociables. Au premier avis de ce délit, on a donné l'ordre d'interdire la sortie de la salle, et il a été question de faire toutes les recherches possibles pour découvrir l'auteur de ce vol. D'après le vœu spontanément exprimé par presque tous les assistants, on a rendu la perquisition générale en faisant défiler et en fouillant chacun à son tour, sans aucune exception. Malgré cette précaution, le coupable n'a pas été découvert.
Après ce défilé, qui dut constituer un entr'acte fort divertissant, la représentation a été continuée.
■'2t)(i THÉÂTRE
Direction Catooîissc. — 1Î91-1Ï98.
La lettre adressée par Mole aux maire et oITiciers municipaux de la ville de Rouen, au commencement de la campagne 1790-1791, et l'annonce faite par lui le 10 mars 1791, relativement au ballet, devaient faire supposer que ce directeur conserverait le plus longtemps qu'il lui serait possible l'administration du théâtre de Rouen, Cependant il la oéda h Cabousse dans le courant de l'année théâtrale dont nous allons faire l'histoire. Il est impossible de connaître les motifs qui le déterminèrent ; mais le champ des suppositions est ouvert. Mole a du être efîrayé de la marche des affaires politiques; d'un autre côté, il avait rencontré bien des déceptions : quand il venait à Rouen donner des représentations, il n'obtenait qu'un succès d'estime, et les recettes ne répondaient pas à son attente. De plus, le public ne plaçait pas Mole beaucoup au-dessus de Bérard, qui tenait l'emploi. Ainsi, dans la Métromanie et dans la Gageure imprévue, le pensionnaire du roi ne pouvait faire oublier l'acteur rouennais. En présence de la tourmente révolutionnaire et de ses mécomptes à Rouen, Mole préféra céder la place.
4iinée théâtrale 1791-1792.
Cette année théâtrale a commencé le lundi 2 mai 1791, par Adélaïde Duguesclin, avec la Servante maîtresse. Ce
jour-là et les jours suivants, — jusqu'au 11 mai seulement, — tous les débuts se sont effectués; les autres ouvrages qui ont servi à ces épreuves sont, pour l'opéra : Alexis et Justine, Renaud d'Ast, les Dettes, la Fausse magie, la Mélomanie, Sylvain et le Devin du Village, opéra terminé par un ballet analogue k la pièce ; pour la tragédie, le drame et la comédie ; Hypermnestre, Alzire, ou les Américains, tragédies ; Pygmalion , mélodrame en un acte, de J.-J. Rousseau; le Dissipateur, Turcaret, en cinq actes, de Lesage ; la Partie de chasse de Henri IV, Tartufe et Dupuis et Desronais ; pour le ballet : des divertissements nouveaux et ce qu'on appelait alors des ballets analogues aux ■pièces. Les rentrées, bien entendu, se sont faites en même temps. — [1 y a eu des rentrées et des débuts le dimanche, ce qui est préjudiciable aux intérêts de l'art.
La troupe a été en très-peu de temps composée ainsi qu'il suit :
Pour l'opéra : Paulin, Renaldi, Lecoulre, Fleury, Dozainville, Manyer; M'"" Lecoutre et Daraassis, artistes^ restant ; — Desfossés, haute-contre ; M"'' Pauline, première chanteuse ; M"« Rochette, ingénuité d'opéra, artistes nouveaux.
Plus tard ont paru M"* Descoins, dans le Czar Pierre ; M''^ Vauquelin l'aînée, dans le même ouvrage et dans Rosine et Colin; M^'^ Vauquelin la jeune, dans les Marchandes de Modes; enfin M"* Delisle a débuté avec succès, en octobre 1791, dans Biaise et Babet, Renaud, d'Ast^ V Epreuve villageoise et les Deux petits Savoyards.
Pour la tragédie, le drame et la comédie : Berard, Cor- I. 17
reard, Dozainville, de Chapiseau (1), Leber ; M'"" Diifresne, Bernard et Vanloo, artistes restant; — Garnier, premier rôle; Valraore, père noble ; Menonval, financier ; M™* Desplasses, premier rôle ; puis M"* Derville, même emploi ; M""" Garnier, soubrette ; M"" Gorreard, soubrette, artistes nouveaux.
M"' Parisot, première danseuse, s'est essayée dans la comédie et a joué le rôle d'Eugénie dans la Femme jalouse, c'est-à-dire le rôle principal.
Pour le ballet : Borda, M"^' Camerer et Vanloo, artistes restant ; — Rossy, premier danseur et maître des ballets; M""' Parisot, première danseuse, ci-devant première danseuse du théâtre du Palais-Royal , et venant de débuter à Paris à l'Académie royale de musique; Dutarque, premier danseur ; Barré, maître des ballets à la fin de la campagne, artistes nouveaux.
PIÈCES DE CIRCONSTANCE. — Le mois de juillet, ramenant l'anniversaire de la prise de la Bastille et des fédérations, a ramené aussi les pièces politiques. Le 13 juillet 1791, on a donné la Liberté conquise, ou le Despotisme renversé, drame patriotique. Le lendemain, jour de la fête de la Liberté, dans laquelle a été renouvelé le serment delà Fédération, le spectacle se composait de Brutus, tragédie, et de la Famille patriote, ou la Fédération nationale, comédie héroïque. — Le 29, c'était Guillaume Tell, on. \q. Suisse délivrée, tragédie, et le 31, /i y a bonne justice, ou le Paysan magistrat, drame en cinq actes, par Gollot d'Herbois, qui, pour ne plus avoir à y
(1) C'était le fils de l'un des trois régisseurs de l'année 1789-1790 (page 220;.
revenir, a été représenté au mois de décembre suivant avec un dénoûment nouveau.
La tragédie de Bi-iitus avait une attraction toute spéciale. En août 1791, un jeune acteur y débuta avec quelque succès dans le rôle de Titus ; deux mois après, un amateur, qui n'avait jamais paru sur un théâtre, a choisi le rôle de Brutus pour son second essai, après avoir tenté le premier dans Zaïre.
Les dates ont ici tant d'importance que nous mentionnerons encore une représentation de la Famille patriote, le 20 septembre, et de la Liberté conquise, le 2k du même mois. Cette dernière a cela de particulier que Saint-Prix et Naudet, comédiens français, pensionnés du roi, y jouaient les principaux rôles (l'affiche annonçait M. Prix et non M. Saint-Prix).
Le répertoire politique s'est enrichi pendant cette année théâtrale ; voici ses acquisitions par ordre chronologique :
Mirabeau à son lit de mort, drame historique et patriotique en un acte et en prose, par Pujoulx. Première représentation le 18 juin 1791. La pièce était terminée, pendant que le rideau tombait lentement, par un morceau de musique analogue à la situation. Bérard représentait Mirabeau. A la dernière scène, un monument et un tombeau prenaient la place de la chambre du mort. Au-dessus de ce tombeau, on lisait ces mots décrétés par l'Assemblée nationale :