AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE
L'idée de ce tableau n'appartenait pas k l'auteur, mais à Bérard,
A l'occasion de ce drame, un habitant de Rouen, qui a gardé l'anonyme, a publié, le 13 juillet, les idées suivantes :
« La pièce la Mort de Mirabeau nous peint avec éner- « gie les derniers instants du grand homme, regretté à '( juste titre de tous les bons Français. Toutes les classes « des citoyens sont venues verser des larmes sur sa tombe « et honorer sa mémoire de leur reconnaissance. II serait « à désirer qu'on donnât à cette classe indigente, qui, dans (' ces jours de deuil, s'est particulièrement distinguée, (( une représentation gratuite de celte pièce, ce qui lui « donnerait le plaisir d'admirer les derniers traits de ce (( célèbre défenseur de la liberté. On pourrait la faire (( précéder de la Famille -patriote et terminer par le (( District de village, cela formerait un spectacle aussi « intéressant que patriotique.
<( Le jour de la Fédération me paraît favorable pour (( cette fête populaire ; il m'est doux de penser que les « personnes aisées qui fréquentent ordinairement le (( spectacle se feraient un devoir de s'en absenter ce « jour-là, afin de laisser jouir pleinement ceux pour qui (i la fête serait destinée. »
On sait que ce vœu n'a pas été exaucé.
Ça ira, pantomime en trois actes. Première représentation le 27 juillet 1791. La mort de Mirabeau, le serment civique, etc., faisaient le sujet de cette œuvre légère.
La Bonne nouvelle, ou V A-propos du moment, intermède mêlé de couplets et de danses, à l'occasion de l'heureuse acceptation du roi, par Bérard et Ménonval, acteurs à Rouen. Première représentation le dimanche
18 septembre 1791. — Un bourgeois, bon patriote, a préparé une fête en l'honneur de ce grand événement. Les invités s'entretiennent de la démarche mémorable du roi. puis on couronne son buste. Un vaudeville terminait la pièce, dans laquelle Hus avait placé un ballet de sa composition.
Ce dimanche 18 septembre 1791, le roi, la reine et ses enfants ont assisté, à Paris, à la représentation de l'Opéra. Comme à Uouen, le peuple était enthousiaste. A l'arrivée du roi, on a crié de toutes parts : vive le roi des français! VIVE LE ROI DE LA CONSTITUTION ! VIVE LA REIjNe! VIVE
LE PRINCE ROYAL ! L'oi'cbestre, pendant ce temps, exécutait le morceau de Lucile :
Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ?
Puis on représenta l'opéra Pollux et Castor, et les applaudissements furent frénétiques quand Pollux dit à Castor :
Tout l'univers demande ton retour, Règne sur un peuple fidèle.
Dans un des passages de la pièce, un acteur dit : « Allez, traversez les airs et descendez sur la terre pour y voir ce roi de l'univers, n Le public remarqua qu'il désignait la loge royale, et, approuvant cette allusion, il fit répéter les paroles que nous venons de citer.
L'ti-propos de Béiard et Ménonval a été donné aussi le 25 septembre, jour où l'on a célébré à Rouen, par une grande fêle, l'achèvement de la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi.
Pierre-le- Grand, czar de Moscovie, ou le Czar Pierre, comédie en trois actes, mêlée d'arielles, ou plutôt opéra.
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paroles de Bouilly, musique de Grétry. Première représentation le 8 octobre 1791. Paulin jouait le rôle du czar. Autres acteurs : Desfossés, Fleury, Lecoutre, de Chapiseau; M"" Pauline, Descoins et Vauquelin. Cette pièce, ornée de tout son spectacle, finissait par des couplets en l'honneur du czar; celui que chantait Catherine (M"* Pauline) était terminé par ces vers sur l'air de la Belle Gahrielle :
Ciel, entends la prière
Qu'ici je fais :
Conserve un si bon père
A ses sujets.
Le parterre, saisissant l'allusion, a demandé bis. Les quatre vers ont été répétés et applaudis très-chaleureusement.
Mucius Scevola au camp de Porsenna, ou le Volontaire romam,* mélodrame historique, en vers, par des amateurs de Rouen , musique de Gcanier, musicien de l'orchestre, orné de tout son spectacle, et terminé par une marche triomphale. Première représentation le 17 octobre 1791, au bénéfice de Correard. Garnier jouait Mucius et Valmore Porsenna. — Echec complet.
Washington , ou la Liberté du Nouveau-Monde, drame en quatre actes et en vers, de Sauvigny, orné de toute sa pompe et de l'assemblée générale du congrès américain. Première représentation le 7 novembre 1791. Garnier jouait le rôle de Washington. Autres acteurs : Lecoutre, Leber, M"* Dufresne.
Le Club des bonnes gens, ou le Curé Français, pièce en deux actes et en vers, mêlée de vaudevilles, par le cousin Jacques. Première représentation le 14 janvier 1792,
Le Suisse de Château-Vieux , fait historique de Nancy, en deux actes et en prose, de Dorvigny, terminé par un ballet analogue à la pièce. Première représentation le 7 mars 1792, au bénéfice de RP'* Bernard. Ce drame retrace la catastrophe du régiment de Château-Vieux et l'amnistie à l'occasion de l'acceptation de la constitution par Louis XVL
Le 6 décembre 1791, le spectacle a été terminé par un ballet dans lequel Rossy et M"* Camerer ont dansé en pas de deux l'air Ça ira; il était orné d'une décoration transparente et finissait par un pas-de-Suisse.
TRAGÉDIE. — La direction a maintenu au répertoire :
Adélaïde Duguesclin. Hyperîjinestre.
Alzire. Mahomet.
Andromaque . Nadir.
Brutus. L'Orphelin de la Chine.
Le Cid. Pierre-le-Cj'uel.
Cinna. Tancrède.
Gabrielle de Vergy. La Veuve du Malabar.
Gaston et Bayard. Zaïre.
Guillaume Tell.
Romeo et Juliette, en cinq actes, de Ducis.
Zelmire, en cinq actes, de Du Belloy.
La seule tragédie mise à la scène pendant cette campagne est :
Marins dans les viarais de Minturnes, ou Marins à Minturnes^ tragédie en trois actes et en vers. Première représentation en octobre 1791. Ayant appris que l'auteur était dans la salle» le public l'a demandé, et Arnault s'est montré dans une loge. Valmore jouait Marius. Autres acteurs : Garnier et Bérard. Plus tard, cette
année-lci, un jeune homme étranger au théâtre a débuté dans cet ouvrage par le rôle de Géthégus.
DRAME ET MÉLODRAME. — En mettant à part les drames politiques ou de circonstance, on ne trouve pour ce genre que quatre nouveautés et une reprise : .
Amélie et Monrose, ou les Sacrifices de Vamilié, drame en quatre actes et en prose , par Faur. Première représentation en septembre 1791.
Charles et Caroline, drame en cinq actes et en prose, par Lebrun. Première représentation en janvier 1792.
Le Comte de Waltron , ou la Discipline militaire du Nord , drame en cinq actes et en prose , du théâtre allemand, orné de tout son spectacle, d'évolutions militaires et de la tenue d'un conseil de guerre à l'allemande. Première représentation de la reprise en octobre 1791.
La Joueuse, drame en trois actes et en vers. Première représentation en septembre 1791.
Le Soldat prussien, ou le Fils généreux, drame en trois actes et en prose. Première représentation en novembre 1791, au bénéfice de M'"'' Damassis.
On a représenté en outre : Beverley, ou le Joueur anglais; les Deux amis, o\l\<i Négociara de Lyon; Ulclanide, drame en cinq actes et en vers ; le Père de famille, désigné quelquefois comme comédie ; VHahitant de la Guadeloupe ; la Piété fdiale, ou V Honnête criminel, en cinq actes et en vers, par Fenouillot de Falbaire ; Pygmalion et Radamiste et Zénohic, en cinq actes et en vers, par Crebillon.
COMÉDIE. — Nous ne citerons ici que les comédies doDt il n'est pas question dans les autres chapitres de cet exer-
cice. La liste, qui ne contient que sept nouveautés, en est déjà fort longue : •
Les Amants généreux, en cinq actes et en prose, par Rochon (le Cliabaiiiies.
Amphitryon, en trois actes, de Molière.
L'Aveugle clair-voyant, en un acte et en vers, par Legrand.
V Avocat Patelin, comédie en trois actes et en prose, qui datait de 1706, imitation d'une excellente farce du quinzième siècle, par Biueys et Palaprat. Maître Patelin, opéracoraiqiie en un acte, joué à Rouen en 1858, est, on le sait, une imitation de la comédie dont Brueys était le principal auteur.
Le Babilla^ cl, en un acte, de Boissy.
Le Barbier de Séville, en quatre actes, de Beaumarchais.
Le Bourgeois gentilhomme, en cinq actes, de Molière. Dans le premier acte, il y avait un ballet de demi-caractère ; dans le second, un pas de tailleur; dans le troisième, un pas de cuisinier; dans le quatrième, la réception burlesque du bourgeois gentilhomme et la cérémonie turque; enfin le cinquième était terminé par un divertissement ; il est bon de dire que le Bourgeois gentilhomme a été représenté ainsi le dimanche-gras 1792.
Les Bourgeoises à la mode, en cinq actes et en prose, par Dancourt et Saint- Yon.
Les Bourgeoises de qualité, ou la Fête de village, comédie en trois actes et en prose, par Dancourt, suivie d'un ballet analogue (quelquefois l'ordre des deux titres est interverti).
Les Châteaux en Espagne, comédie en cinq actes et
en vers, par CoUin-d'Harleville, première représentation en mai 1791.
Le Consentement forcé, en un acte et en prose, par Guillot de Merville.
Crùpin rival de son maître, en un acte et en prose, de Lesage.
VEpouse imprudente, ou les Dangers de la séduction, comédie en cinq actes et en vers , de Desforges, ornée d'une décoration nouvelle représentant un salon à la moderne. Première représentation en février 1792, au bénéfice de M^'* Dufresne. Cette pièce était la Femme adultère, retouchée par l'auteur lui-même.
V Epoux par supercherie , en deux actes et en vers, de- Boissy.
V Epreuve nouvelle, en un acte et en prose, par Marivaux.
Les Folies amoureuses, en trois actes et en vers, de Regnard.
h' Homme du jour, ou les Dehors trompeurs, en cinq actes et en vers, par Boissy,
V Impatient, en un acte et en vers libres, de Lantier.
Lequel des deux, comédie, par un auteur de Rouen. Première représentation le 17 octobre 1791, au bénéfice de Correard. — Insuccès.
M. de Crac dans sonjjetit castel, ou les Gascons, comédie en un acte et en vers, deCollin d'Harleville, terminée quelquefois par un ballet de tambourins. Comme il y a des Gascons ailleurs qu'en Gascogne, surtout parmi les chasseurs, les vers suivants méritent d'être reproduits :