‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 45 sur 55 · PRIX DES PLACES EN L AN IV · texte numérisé non relu

PRIX DES PLACES EN L AN IV

Premières et parquet .... 3 livres » sous.

Galeries 2 — » —

Secondes 1 — 16 —

Troisièmes 1 — k —

Quatrièmes » — 12 —

Parterre 1 — » —

Année théâtrale 1796-1797.

Après une vacance qui a duré un peu plus de trois semaines, Cabousse s'est remis à l'œuvre. La campagne a commencé le 2k germinal an IV, pour finir le 9 germinal an V ; en d'autres termes, elle a duré presque douze mois, du 13 avril 1796 au 29 mars 1797.

Tous les débuts ont été faits concin-remmenl et avec activité. Pour la comédie, le drame et la tragédie ; une demoiselle Legrand , premier rôle, s'est montrée dans Hypennnestrc, Fénélon, \?i Femme jalouse et les Femmes; M'i« Delisle, ex-artiste du théâtre de la République de Rouen, a débuté dans Nanine et dans Fénélon à litre de second rôle; puis. M"'" Huin, premier rôle, a choisi pour ses débuts: Tartufe, \q Misanthrope, etc.; Granger, jeune premier, les Vietimes cloîtrées, le Philosophe marié, etc.; M'"* Raroyer, jeune première, l'Habitant de la Guadeloupe, les Deux Amis, etc.; Fougères, amoureux, Céphise, etc.; un acteur du nom de Quesnel, les Fausses infidélités, le Dissipateur et Heureusement. Pour le dire en passant, ce dernier ouvrage et les Victimes cloîtrées ont servi de pièces de début quoiqu'on les jouât pour la première fois.

Pour l'opéra, nous voyons les débuts se faire dans la Fausse magie, Biaise et Dahct, la Dot, V Epreuve villageoise, la Colonie, etc. Platel, âgé de seize ans seulement, rôle de Colin, a eu beaucoup de succès, surtout dans les Visitandines, pour son troisième début.

Les débuts terminés, la troupe a été conslituée ainsi qu'il suit :

Verteuil, régisseur.

PiNEL, second régisseur et souffleur.

Beauval, premiers rôles.

Granger, jeunes premiers.

Fougères, amoureux.

Valmore, pères nobles.

Ménonval, financiers et paysans.

LopiNOT, idem.

HuiN, troisièmes rôles et confidents.

Déwer, idem.

Barré, premiers comiques.

Prin, seconds comiques.

Jeanne, confidents et utilités!

M™" HuiN, premiers rôles.

Baroyer, jeunes premières.

Brulo, amoureuses.

Vanloo, secondes amoureuses.

Valmore, caractères et confidentes.

Ménonval, idem.

Gonthier, soubrettes.

Beauval, idem.

Grandville, première haute-contre.

Colin, colins (1).

(1) A la fm de ventôse an V, cet artiste a débuté avec le plus grand succès à Paris, au théâtre de la rue Favart, dans Biaise et Babct et dans Lodoïska; il n'avait alors que vingtdeux ans.

Platel, idem.

GoYON, idem.

Champmelé, basse-lai lie.

Fleury, idem.

MoNiER, idem.

Perceval, trial.

Lenoble, laruette.

M"" RicHARDY, première chanteuse.

Hyacinte, dugazons.

Franck-Valcourt, idem.

Grandville, secondes amoureuses.

Hyacinte la jeune, idem.

Micalef, duègnes.

Mautouchet, idem.

Sept chanteurs pour les chœurs.

Huit chanteuses idem.

Hus, maître de ballet.

Rivière, premier danseur.

GuiNGRET, première danseuse.

Dix danseurs.

Dix danseuses.

Laroche, maître de musique.

Roussel, deuxième maître de musique.

Vingt-deux musiciens.

Cadet-tête-d'Homme, machiniste.

A la fin de frimaire an V, Saint-Phar, laruette, a débuté avec succès dans les Deux Avares, de Grétry (reprise). Cet artiste excellait dans la Rosière de Salency.

390 THÉATRK

LA POLITIQUE SUR LA SCÈNE. — Sans perdre de son intérêt, ce chapitre commence à être moins étendu que les années précédentes.

10 Prairial an IV. — Conformément à l'annonce faite par l'afliche, on a chanté entre les deux pièces le CJuint du départ, hymne du citoyen Chénier, musique de Méhul. Ce jour-là, en effet, on célébrait à Rouen la fête des victoires et de la reconnaissance, ordonnée par la loi du 18 floréal et par l'arrêté du directoire exécutif du 20 du même mois.

6 Vendémiaire an V. — Reprise du Souper des Jacobins, d'Armand Charlemagne. Valmore et Fleury plaisaient beaucoup dans celte pièce.

10 Vendémiaire. — Reprise du Club des bonnes gens, pièce en deux actes par le cousin Jacques, dans laquelle surtout brillait le talent de Perceval.

28 Vendémiaire. — Première représentation de la Pauvre Femme, opéra du cousin Jacques également. Cette œuvre, qu'il ne faut pas confondre avec la pièce de Marsollier et Dalayrac, a fait grand bruit dans toute la France. Partout les Jacobins ont voulu en empêcher la représentation. A Rouen, toutefois, il n'y a eu aucun tumulte â propos de la Pauvre Femme, tandis qu'au Havre et à Amiens elle soulevait, à la même époque, la plus vive opposition. Le mois suivant, en frimaire, cette pièce suscita du trouble à Toulouse et à Lyon. En nivôse, à Toulouse, le désordre a été véritablement affreux; on est allé jusqu'à jeter des pierres à l'actrice chargée du rôle principal, pendant que dans la salle on jouait du bâton et du sabre.

17 Ventôse. — Première représentation de la Petite

Nanette, opéra en deux actes, que l'on avait promis dès le mois de nivôse pour calmer les agitateurs impatients. C'est encore une œuvre du cousin Jacques qui a causé aussi de grands dissentiments politiques. Voici les couplets principaux de la Petite Nanefte:

Est-ce par des cris indécents Qu'on change la face des choses ?

Quel Français n'a depuis sept ans Sur ses pas trouvé que des roses ?

Peut-on se plaindre en bonne foi Quand on regarde autour de soi?

Qu'on me cite des malheureux, Quel que soit leur sort que j'ignore.

Qui ne rencontrent autour d'eux.

D'autres plus malheureux encore !

Mon cœur ne connaît pas le fiel Dont veut s'abreuver la vengeance ; Je laisse au vengeur éternel Le soin de prendre ma défense.

Est-ce par des crimes nouveaux Que nous réparerons nos maux?

0 vous qui fîtes nos malheurs, Si le malheur vous environne, Si la paix rentre dans vos cœurs.

Toute la France vous pardonne.

Nous croyons, sans pouvoir l'affirmer, qu'en vendémiaire an V, on a joué k Rouen Y Intérieur des Comités révolutionnaires. Dans le cas de l'affirmative, il est certain que cette pièce n'a pas causé de troubles.

Le Gouvernement, quoique plus réservé que par le passé, ne laissait pas que de rechercher les jeux du

théâtre comme moyen de complaire aux masses. C'est ainsi que le 27 venlôse an V (17 mars 1797), le ministre (le l'intérieur adressait aux commissaires du pouvoir exécutif près des administrations départementales et municipales une instruction sur la célébration des fêtes nationales dans laquelle on lisait :

« Dans les grandes occasions, l'administration municipale devrail, en payant une indenmilé aux directeurs des spectacles, leur demander des représentations pour le peuple. En distribuant, par la voie du sort, des cartes d'entrée aux citoyens inscrits sur le rôle de la garde nationale, on évite cette confusion, ces désordres que font craindre les représentations gratuites aux magistrats chargés de la police. J'invite les administrations des communes auxquelles les salles de spectacles appartiennent de réserver, en les aiïerraant aux directeurs d'artistes dramatiques , un certain nombre de représentations gratuites. Les jeux du théâtre doivent aussi faire partie de ceux qui sont destinés h embellir nos fêtes. »

Il va sans dire que, si on désirait des. spectacles gratis dans les jours de fêle, on était bien aise que la représentation fût composée de pièces analogues. Mais, à Rouen du moins, le vœu du ministre ne fut pas exaucé. Ce mode d'embellissement des fêtes coulait bien trop cher,

LA POLITIQUE DANS LA SALLE. — Caboussc a rcncoutré une assez vive opposition, pendant cette campagne, parce qu'on trouvait qu'il ne donnait pas assez de pièces à l'ordre du jour. Le k vendémiaire an V, on a demandé le Souper des Jacobins, la Pauvre Femme, le Club des bonnes gens. Plusieurs fois, pendant le spectacle, le di-

DES AinS. 393

recteur et le régisseur, appelés à plusieurs reprises, n'ont pas paru par suite du refus formel de l'officier municipal. Comme nous l'avons vu, Cabousse ne larda pas ci faire représenter les ouvrages demandés; en même temps, il promettait la Conspiration des Boites, Arabelle et Vascos, etc. ; les artistes du ïliéàtre-des-Arts, et en parliculier Barré, ont dit qu'ils redoubleraient de travail pour satisfaire à l'opinion publique.

Le 6 et le 8 vendémiaire, le Souper des Jacobins a obtenu le plus grand succès. Aux deux premières représentations de cette reprise, même aflluence, mêmes applaudissements, même tranquillité, même indignation et

tout cela sans que l'appareil militaire ail été déployé.

Le 10 vendémiaire, la reprise du Club des bonnes gens n'a suscité aucun désordre. Même remarque à l'occasion de la Pauvre Femme et de la Petite Nanette, pièces nouvelles pour Rouen.

COMÉDIE. — Le nombre des comédies nouvelles ou reprises est bien restreint. Les voici :

Cécile, ou la Reconnaissance, comédie en un acte et en vers, par Souriguères. Première représentation en ventôse an V.

Démocrite amoureux, reprise en pluviôse an V.

VEnrôlement supposé, en germinal an V.

Heureusement, en un acte et en vers, par Rochon de Chabannes. Première représentation en floréal an IV.

V Homme singulier, reprise en frimaire an V.

Le Muet, dans le même mois.

Le Revenant, reprise en germinal an V.

Les comédies classiques conservées au répertoire sont ;

Crispin rival.

Le Dissipateur.

V Ecole des Maris.

V Enfant prodigue.

Les Etourdis.

La Fausse Agnès.

Les Femmes savantes.

Le Festin de Pierre.

Les Folies amoureuses.

La Folle journée.

Le Glorieux,

Le Joueur.

Le Légataire universel.

La Métromanie.

Le Misanthrope.

Nanine.

Tartufe.

Enfin, pendant celte campagne, on a joué encore les comédies suivantes, dont nous avons mainte fois parlé:

Les Amants généreux.

V Aveugle clairvoyant.

Les Bourgeoises de qualité.

Le Bourru bienfaisant.

Le Conciliateur.

Le Conteur.

Les Deux Pages.

Le Divorce.

V Espritdecontradiction.

La Feinte pctr amour.

Le Fou raisonnable.

Le Français à Londres.

La Gageure.

V Homme à bonnes fortunes.

Le Jaloux sans amour.

Le Philosophe sans le savoir.

La Pupille.

L'Orphelin anglais.

Les Savoyards.

Le Souper de famille.

La Surprise de l'Amour français.

Tom Jones à Londres.

Le Triple Mariage.

Les Trow Jumeaux vénitiens.

Le Tuteur.

DRAME. — Les nouveautés de l'année sont :

Bélisaire, en cinq actes. Première représentation le cinquième jour complémentaire de l'an IV.

Le Bo7i Curé, joué en frimaire an V.

Turenne, en trois actes. Première représentation en fi'uctidor an IV.

Les Victimes cloîtrées, en quatre actes, par Monvel. Première représentation à ce théâtre en floréal an IV. Dans une soirée de ventôse an V, ce drame, qui a été qualifié de farce ultra-lugubre, n'a pu être joué jusqu'à la fin, une partie des spectateurs le regardant comme immoral.

Nous avons retrouvé dans le l'épertoire : les Deux Amis, VHabitant de la Guadeloupe, Beverlei/, Mélanic, \di Piété filiale, \q Père de famille, V Indigent, le Déserteur et Eugénie.

TRAGÉDIE. — Aucune nouveauté , mais on a donné : Fénélon, Gaston et Hagard, Hgpermnestre, la Veuve du Malabar, Tancrède. A cette époque, le public soulignait par ses applaudissements ce passage de Tancrède:

Ce n'est plus aujourd'hui qu'un sénat ombrageux,

Toujours en défiance et toujours orageux,

Qui lui même se plaint et que le peuple abhorre.

OPÉRA. — Un grand nombre d'opéra ont été chantés pendant cette année. Nous donnerons une mention spéciale aux suivants :

V Amoureux de quinze ans, reprise.

La Cinquantaine, ou la Fête de la Cinquantaine, en deux actes, par Faur et Dezède. Première représentation en brumaire an V.

Le Coin du feu, dans le même mois.

Le Diable à quatre, en ventôse an V.

Une Faute par amour, en un acte et en prose, par Vial et Mengozzi. Première représentation en prairial an IV.

LodoisUa, de Kreutzer, avec pluie de feu et embrasement du palais de Boleslas (reprise).

Mariane, ou la Tendresse matcrneUe, par Dalayrac. Première représentation en fructidor an IV.

Le Petit Matelot, en un acte, musique de Gaveaux. Première représentation en thermidor an IV.

Les Rêveries (jrecques, ou les Rêveries renouvelées des Grecs. Première représentation en floréal an IV. Voici l'histoire de cette pièce : Quand Guimond de la Touche eût fait représenter son Iphigénie en Tauride, en 1757, on en donna une parodie au Théâtre-Italien sous le titre de la Petite Iphigénie, en un acte et en vers, attribuée à Boucher ou à Favart. Plus tard, le chevalier Gluck ayant donné à l'Opéra V Iphigénie en Tauride, de Guillard, qu'il avait mise en musique, on imagina d'étendre en trois actes la Petite Iphigénie, sous le titre des Rêveries renouvelées des Grecs, et de reporter sur l'opéra la critique faite sur la tragédie. Cette manipulation est due à Guérin de Frémicourt et à Favart devenu vieux. Les Rêveries grecques étaient en fin de compte une parodie mêlée de chants et de danses plutôt qu'un opéra bien important.

Les Sabots, en un acte et en prose, par Sedaine, musique de Duni. Cette œuvre, donnée en floréal an IV, est probablement la même que les Sabots et le Cerisier, dont nous avons parlé plus haut.

Le Secret, en un acte et en prose, par Hoffmann, mu-

sique de Sollié, artiste de l'Opéra-Coiiiique-National de Paris. Première représentation en prairial an IV. Acteurs: Grandville, Perceval, M'"*' Richardy.

Stratonice. Reprise en nivôse an V.

Tom Jones, en trois actes, par Philidor. Reprise en vendémiaire an V.

Les Trois Fermiers. Reprise.

Les opéra maintenus au répertoire, qui ne sont cités ni aux débuts ni aux représentations extraordinaires, sont :

Alexis et Justine.

U Amitié à Vépreuve,

La Belle Arsène.

Biaise le Savetier.

La Caravane du Caire.

Le Comte d'Albert et sa suite.

Le Déserteur.

Les Dettes.

Les Deux Chasseurs et la Laitière.

Les Deux petits Savoyards.

Les Deux Tuteurs.

Le Devin de village.

Le Droit du Seigneur.

Euphrosine.

Les Femmes vengées.

Le Jugement de Midas.

Nina.

Paul et Virginie.

Les Pêcheurs.

Philippe et Georgette.

Les Prétendus.

Pygmalion.

Baoul sire de Créqui.

Les Rigueurs du cloître.

Rose et Colas.

Le Tableau parlant.

Le Tonnelier.

Zemire et Azor.

BALLET. — La direction a fait cette année de notables sacrifices pour relever le ballet que l'on voyait avec peine diminuer de jour en jour. Elle a engagé, comme nous l'avons dit, un maître de ballet, un premier danseur, une première danseuse, dix danseurs et dix danseuses. De cette manière on a pu monter :

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Tout cède à l'Amour, ballet-pantomime par Hus, maître de ballet du théâtre. Première représentation en vendémiaire an V.

La Fête de la Hoi^e, en frimaire an V.

On a repris :

Les MarcJiandcs de modes.

La Mort du Capitaine Cooh.

Certains opéra, tels que Y Amoureux de quinze ans, Eujihrosine, etc., étaient ornés d'un ballet. La Dot se terminait alors par V Allemande à trois personnes.

Dans la comédie de Beaumarchais, la Folle Journée, il y avait un divertissement.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Au Commencement de l'année, à l'époque même des débuts, Rouen a possédé Narbonne, basse-taille, artiste de l'Opéra-Comique-National de Paris, qui a obtenu un grand succès dans Sylvain, Biaise et Babet (Jacques) , Félix, la Mélomanie (Géronte) et surtout Œdipe à Colonne, rôle d'OEdipe. Mme Richardy représentait Antigone.

Au mois de messidor an IV, Fontaine, première hautecontre de la ci-devant chapelle de Versailles, a chanté, dans Azémia, le rôle bnllant d'Alvar.

L'année s'est terminée par les représentations d'un artiste de comédie attaché h l'un des théâtres de Paris, Beaulieu, qui a joué le Sourd, ou V Auberge pleine, les Cent louis et le Présent, comédies. Accusé de terrorisme par la rumeur publique, Beaulieu, k son entrée en scène, fut très-mal accueilli, mais, sans se déconcerter, il invita, avec tout le respect dû au public, ses accusateurs à citer

des faits. Aucune voix ne s'éleva. Dès lors, l'acteur fut écouté et bientôt chaleureusement applaudi.

BALS. — Un assez grand nombre de redoutes ou bals parés, — non masqués bien entendu, — ont été donnés pendant l'hiver 1796-1797, le premier à la date du 11 nivôse an V (31 décembre 1796) et le dernier, le 7 ventôse de la même année républicaine (25 février 1797). Il y en avait souvent deux par seiuaine, le mercredi et le samedi, plus souvent le premier de ces deux jours. Il est vrai qu'alors, le dimanche étant presque supprimé, la semaine étant remplacée par la décade, le directeur devait, pour faire le choix des jours de bal, se déterminer par des raisons étrangères à nos mœurs actuelles.

INCIDENTS

L'auteur célèbre des Contes moraux, Marraontei, alors le Nestor de la littérature française, assistait au spectacle le l/( thermidor an IV (1" aoi!it 1796); ;i son entrée, il a été couvert d'applaudissements et, après la représentation, il a été reconduit chez lui par la foule qui lui a témoigné la plus vive sympathie. On a répété à ce sujet la propre maxime de Marmontel : « Les faux plaisirs du monde ne valent pas une seule jouissance du sentiment. »

L'entrepreneur et les artistes du Théàtre-des-Arts ont donné le 20 fructidor an IV (6 septembre 1796), une représentation au bénéfice des artistes du grand théâtre de Nantes, dont la salle et les magasins avaient été totalement incendiés le 7 fructidor, pendant le troisième acte

iOO THÉÂTRE

de Zémire et Azor. On jouait, pour ce bénéfice, Tiiremie, drame, et le Déserteur, opéra. Le produit fut de 873 liv. l/i sous. Les pensionnaires et artistes attachés au Théâlredes-Arts ont ajouté à cette somme le don d'une journée de leurs honoraires. Le théâtre de la République a imité le Théàtre-des-Arts dans cette circonstance.

Le directeur, qui avait été déjà fort tracassé en vendémiaire an V, à propos du répertoire que l'on ne trouvait pas assez politique, vit, le mois suivant, surgir d'autres plaintes ; on le pria vertement d'allumer enfin ses poêles (le 13 novembre 1796). En frimaire, le public remarqua une économie terriô/e sur la lumière ; «le grand réverbère avait perdu plus des deux tiers de son éclat. » Cabousse, rappelée l'ordre, se décida à chaulTer et h éclairer la salle.

Restent seulement les incidents qui se rattachent aux grandes fêtes nationales ; ils se bornent à bien peu de chose.

On n'a pas oublié sans doute le très-prudent article 16 du programme officiel rédigé pour le !«»• pluviôse an IV (voyez page 383). Il résume toute la question des rapports de l'administration avec le théâtre aux époques des solennités républicaines, aussi l'avous-nous retrouvé à chaque fêle. Quelquefois l'orchestre des théâtres voulait bien exécuter un ou deux morceaux durant la cérémonie. Quant aux artistes dramatiques, ils ne se rendaient pas à l'invitation faite dans la forme que nous avons indiquée ou de cette autre manière : «Les musiciens et les artistes du théâtre sont invités h. concourir par leurs talents à l'embellissement de la fête. »

Cette absence des artistes n'a rien de bien surprenant; avec le temps, tout s'use, l'enthousiasme comme le reste. Mais voici un dernier fait qui étonnera probablement davantage : A l'occasion de la fête des vieillards, le 10 fructidor an IV, on a donné au Théâtre-des-Arts Biaise et Babet, opéra, et V Honnête criminel, drame ; l'affiche portait ces mots : «Les vieillards assisteront à cette repré- <( sentation ; la salle sera illuminée à l'instar du bal, » L'article 6 du programme de la fête était ainsi conçu : « Les vieillards seront conduits au Théàtre-des-Arts, « conformément à l'article 12 de l'arrêté du Directoire, « et ils y occuperont une place distinguée. ;> En conséquence, après les cérémonies publiques, les vieillards ont été conduits au spectacle par une députalion de l'administration municipale, accompagnés des vétérans et d'une partie de la musique.

un TiiKATi'.i:

Année théâtrale 1 797-1 79S.

Après deux jours de vacances seulement, l'année théâtrale a commencé le 11 germinal an V (31 mars 1797). Pâques était cette année-lâ le 27 germinal (16 avril), Cabousse n'avait donc pas tenu compte des anciens errements qui consistaient à clore l'année le samedi veille des Rameaux et à faire l'ouverture le lundi de la Quasimodo; mais, en ce temps-là, les fêtes de la religion étaient lettres mortes.

Non-seulement celte campagne est la dernière de la direction Cabousse, mais encore elle n'a pu être terminée. Dans les derniers jours de nivôse an VI (janvier 1798), la ruine de Cabousse étant complète, le théâtre fut fermé.

Parmi les débuts d'opéra, nous mentionnerons ceux de Tanquerelle, basse-taille, dans la Mélomanie, Biaise et Bahet, les Visitandines et Euphrosine, et ceux de M"e Delacroix, première chanteuse, dans Renaud d'Ast, etc. — (irandville, Goyon, Fleury, Monnier, Perceval, Saint- Phar, Mraes Richardy, Valcourt, (irandville, Micalef, Mautouchet restaient au théâtre de Rouen.

Pour la comédie, le drame et la tragédie, M"»^ Pelletier, premier rôle, a débuté dans le Philosophe marié, le Consentement forcé, Tanerède et Ahire. On avait rengagé Beauval, Prin et M"e Rrulo.

Le ballet, tout en conservant Hus, Rivière et la citoyenne Guingrel. s'est complété par la présence de La-

DKS ARTS. 40;i

borie et de la citoyenne Lombard , qui ont débuté dans Amphion, ou VElève des J/w.sr.s, l'un par le rôle d'Amphion, l'autre par celui de Thalie. Puis, dans le courant de l'année, en vendémiaire an VI, Angomard, second danseur et mime, a débuté dans la reprise de VErmitage, en même temps que rvl™^ Dutac, mime également , qui s'est fait connaître dans V Héroïne américaine, pantomime. Laborie avait quitté la troupe de Rouen, on crut qu' Angomard venait pour le remplacer, et cet artiste, pour ce motif, eut été refusé, s'il n'avait nettement déclaré qu'il ne prétendait qu'au titre de second danseur,

LA POLITIQUE AU THÉÂTRE. — A côté de l'élément républicain, nous voyons la politique extérieure inspirer les auteurs dramatiques. Sans autre commentaire, suivons l'ordre chronologique :

2k Germinal an V. — Première représentation à'Elise dans les bois, ou l'Heureuse révolution du 9 thermidor, fait historique.

8 Floréal. — On a appris à Rouen la signature des préliminaires de la paix ; une fête impronijHu a été organisée, mais cette journée d'allégresse a été troublée au Théâtre-des-Arts. La direction avait composé son spec-v tacle de la Gageure imprévue, de Heureusement! et à' Elise dans les bois, ou V Heureuse révolution du 9 thermidor. Cette dernière pièce a été le prétexte de troubles qui ont failli avoir des suites fâcheuses.

1" Messidor (19 juin 1797), première représentation de Les Bruits de paix, ou V Heureuse espérance, opéra.

6 Drumaire an VL — L'administration municipale de Rouen a appris, à deux heures de relevée, que le li-aité de

paix défini live avec l'empereur avait été signé le 26 vendémiaire précédent (17 octobre 1797). Elle a décidé, entre autres choses, que les directeurs des deux théâtres seraient invités à illuminer et à donner h leur spectacle toute la pompe possible.

7 Brumaire. — En réjouissance de la paix avec l'empereur, spectacle gratis pour le peuple aux deux théâtres de Rouen. Au Théâtre-des-Arts, on a joué :

La Fmissc Agnès.

Biaise et Babet, avec des couplets sur la paix.

Les Marchandes de Modes.

12 Brumaire. — Première représentation ôiQ\di Nouvelle de la Paix, impromptu par le citoyen Beauval, mêlé de divertissements de la composition du citoyen Hus.

La direction a laissé au répertoire la Pauvre Femme, opéra anti-jacobin, ainsi que le Chib des bonnes Gens, ou le Curé français. L'affiche du 24 germinal an V annonçant les Bonnes Gens, ne donnait aucune autre explication ; nous pensons pour ce motif que l'on désignait ainsi la pièce du cousin Jacques (Beffroy de Reigny), auteur alors très en vogue, plutôt que la comédie en un acte et en prose de Guillemain, qui datait de 1783 et qui était intitulée : les Bonnes Gens, ou Boniface à Paris.

Nous le répétons k dessein, la Pauvre Femme n'a pas causé à Rouen l'etTervescence signalée dans plusieurs autres villes , à Dijon, par exemple, où le sang a coulé le 10 prairial an V, oii un citoyen a été tué et plusieure autres grièvement blessés.

OPÉRA. — Trois nouveautés seulement figurent ici : Les Bruits de paix, que nous avons dû placer au chapitre de la politique, et en second lieu :

DES Ain S. 405

Alix de Beaucaire, en trois actes, dont la première représentation a été donnée en vendémiaire an VI. M'ie Delacroix jouait Alix. Le décor du troisième acte, simulant un rocher dont le haut se prolongeait hardiment sur les eaux d'un fleuve, a produit un effet très-saisissant.

La Famille suisse, opéra de Saint-Just et de Boïeldieu. Première représentation vers la fin de nivôse an VI (janvier 1798), dans les derniers jours de la direction Cabousse.

Toutefois, il ne faudrait pas croire que l'opéra ait été négligé. Le relevé des annonces de spectacle comprend, indépendamment des pièces de début et des représentations par des artistes étrangers, tous les ouvrages dont les noms suivent :

Alexis et Justine. Félix.

Ambroise, ou Voilà ma Les Femmes vengées,

journée. Jean et Geneviève.

Camille, o\i\e Souterrain. Lodoïska.

La Caravane du Caire. Les Prétendus.

La Colonie. Paul et Virginie.

Les Deux petits Sa- Pierre-le-Grand.

voyards. Raoul Barbe-Bleue.

La Dot. Raoul, sire de Créqui.

Les Dettes. Les Sabots.

Les Deux Chasseurs et La Soirée orageuse,

la Laitière. ' Le Tableau parlant.

BALLET. — De tous les genres, le ballet a été relativement le plus cultivé dans cette dernière campagne de la direction Cabousse. Voici les ouvrages connus et nouveaux qui ont été représentés :

Amphion, ou l'Elève des Muses, ballet d'action, monté

en floréal an V, pour le premier début de Laborie, premier danseur, et de la citoyenne Lombard. Rivière, autre premier danseur, et la citoyenne Guingret, première danseuse, y faisaient leur partie.

Le Déserteur, ballet-pantomime (reprise).

VErmita(/e, ou les Brigands de la Pologne, balletpantomime (reprise).

VHéroïne américaim, pantomime dans laquelle on a introduit des évolutions et des ballets d'une composition nouvelle.

Les Marchandes de Modes, ballet-pantomime.

P.<fyr/ie, ballet-pantomime par Gardel, arrangé par Hus, maître de ballets du théâtre. Première représentation en messidor an V. Acteurs ; Laborie, Rivière, M™es Lombard, Richardy et Guingret. Rivière jouait l'Amour; Laborie, Zéphir ; M^e Richardy, Vénus ; la citoyenne Guingret, Flore; la citoyenne Lombard, Psyché. La scène française, à cette époque, possédait deux autres Psyché, ballets-pantomimes également , l'un de Noverre, l'autre de Dauberval. — Le 16 thermidor, Psyché, de Gardel et Hus, a été donné au bénéfice du citoyen Laborie et de la citoyenne Lombard, tous deux devant, le 19 du même mois, cesser de faire partie de la troupe.

Tout cède à l'Amour, ballet d'action.

Enfin, à la reprise de la Caravane du Caire, la danse a été l'objet d'un soin tout particulier. Laborie, Rivière, les citoyennes Lombard et Guingret l'ont exécutée à la grande satisfaction du public.

COMÉDIE. — Les pièces auxquelles nous consacrerons une mention particulière sont peu nombreuses et encore

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n'onl-elles jamais eu un grand refenlissement ; ce sont :

Les Deiix Fermiers, en germinal an V.

Esope à la Foire, en messidor de la même année. C'est une comédie épisodique en un acte et en vers, attribuée par les uns à Mogue de Saint-Aubin et par les autres à Levaclier de Chamois et Landrin-Guérard.

Le Géographomane, ou le Voyage supposé, en un acte et en vers, par Legrand jeune. Première représentation en nivôse an VI. On y a remarqué le passage suivant :

Si je pense à Solon, j'aperçois rhomme habile,

Préparant au bonheur une foule imbécile

Et par de bons avis, trop longtemps méconnus,

Accoutumant les cœurs à chérir les vertus.

Plus loin, j'y vois Lycurgue : il crut former des sages;

Sa législation ne fit que des sauvages ;

De l'amour de la gloire il enflamma les cœurs,

Mais il manqua son but... il négligea les mœurs.

U Intrigue secrète, ou la Veuve, comédie en prose, par Monnet, annoncée quelquefois, à Rouen, sous le titre de la Veuve, — à moins que l'on ait désigné ainsi par abréviation la Veuve du Malabar, ou bien encore qu'on ait joué la Veiive, comédie en un acte de Collé. Il faut savoir que, dans le siècle dernier, les régisseurs n'apportaient pas beaucoup de soin à la rédaction des annonces.

Le Libelliste, ou les Effets de la Calomnie, fait historique représenté pour la première fois le 10 prairial an V (29 mai 1797).

Les Méprises par ressemblance (voir aux représentations extraordinaires, page ii09).

La Matinée du roi de Prusse, Frédéric II, comédie jouée en prairial an V.

Le 3Iort marié, ouvrage qui d'abord était un opéracomique en deux actes, paroles de Sedaine, musique de Bianchi (1777), et qui ensuite a été joué sans musique (1782). A Rouen, en vendémiaire an VI, on l'annonçait comme reprise.

Le Seigneur supposé, en deux actes, par Favières.

Quant aux comédies du répertoire courant, en voici la liste :

L'Avocat Patelin, Céphise,

Le Consentement forcé.

La Coquette corrigée. Les Deux Pages.

Le Divorce.

Dupuis et Desronais.

L'Enrôlement supposé.

L'Epreuve réciproque.

Les Etourdis.

La Fausse Agnès.

Les Fausses infidélités.

Le Festin de Pierre.

Les Folies amoureuses.

La Gageure imprévue.

Heureusement.

L'Impromptu de campagne.

La Jeune Indienne.

Les Jeux de l'Amour et du Hasard.

Le Médecin malgré lui.

Le Mercure galant.

La Mère coupable.

Le Misanthrope.

Le Philosophe marié.

La Pupille.

Le Souper de famille.

Le Sourd, ou V Auberge pleine.

Les Trois Frères rivaux.

DRAME. — Aucune nouveauté ; maintien au répertoire des œuvres dont les noms suivent : Béverleij, les Deux Amis, le Déserteur, Eugénie, VHabitant de la Guadeloupe, le Père de Famille.

TRAGÉDIE. — Ce genre était en honneur ; on a représenté : Alzire, Gaston et Bagard, Hijpermnestre, Mérope,

Tancrède, Zaïre, Zebiiire, enfin le Cid pour célébrer la fête de Pierre Corneille.

On a en outre donné, pour la première fois, en brumaire an VI, Agamemnon, tragédie en cinq actes et en vers, par L. Leraercier.

Nous verrons tout à l'heure que les représentations de Larive, à Rouen, ont encore relevé le répertoire dramatique.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Dès Ics premiers jours de l'exercice, Beaulieu, dont nous avons parlé l'année précédente et dont nous avons raconté la mésaventure politique, a donné sur le Théâtre-des-Arts quelques représentations et a joué notamment dans les Méprises par ressemblance et dans la Veuve.

Une courte digression à propos des Méprises par ressemblance, œuvre de J. Patrat et de Grétry, qui, malgré la collaboration de Grétry, est plutôt une comédie mêlée de chant qu'un opéra : ce petit ouvrage, — petit par le peu de développement des morceaux, sinon par leur nombre, — fut joué d'abord à Fontainebleau, en 1786, devant la cour, et quelques jours après à Paris. Il eut, k Fontainebleau et à Paris, un succès d'estime et rien de plus. Bientôt Patrat, laissant décote la partition, fit jouer sa pièce sur le théâtre du Marais; le titre fut changé et les vers furent traduits en prose. Le succès fut grand, cette fois. L'Opéra-Comique de Paris a repris, en 1858, les Méprises par ressemblance et le succès a justifié cette tentative. Au dix-huitième siècle, la pièce a tué la partitition, parce que, de tous les ouvrages de Grétry, celui-là est peut-être le moins important ; au milieu du dix-neu-

vième siècle, au contraire, la partilioii a fait réussir la pièce.

En messidor art V, Micliu, acteur du théâtre des Italiens,

— Michu qui bientôt sera directeur du théâtre de Rouen,

— s'est fait entendre dans la Belle Arsène, opéra-féerie, et dans Âzcmia; le 15 de ce mois, il a joué à son bénéfice dans la reprise du Magnifique et dans Stratonice.

Le mois suivant, en thermidor, Larive, le célèbre successeur de Lekain, a joué le rôle de Vendôme dans Adélaïde Duguesc lin, et celui de Ladislas dans Venceslas, de Rotrou.

Larive a donné aussi à celte époque la tragédie de Spartacus, dans laquelle on voit ce que peuvent faire entreprendre l'amour de la liberté et la haine de la tyrannie et de l'esclavage. Les applaudissements ont éclaté quand Spartacus, répondant aux offres que lui fait le consul Crassus pour l'engager à faire la paix avec les Romains, s'exprime ainsi :

Mes soldats, dites-vous, seront faits citoyens, Rome à leur subsistance assignera des biens ; On fera chevalier le chef qui me seconde, Avec vous, au sénat, je régirai le monde... Mais peut-être demain, sénateurs, citoyens Seront en mon pouvoir ainsi que tous vos biens. J'ordonnerai du sort de ces maîtres du monde. Je verrai sur quel droit ce grand titre se fonde Et si, souQiettant tout aux lois du consulat, Il faut que Rome soit et qu'elle ait un sénat.

Le chef-d'œuvre de Pierre Corneille, le Cid, a été pour Larive l'occasion du plus grand triomphe ; à la fin de

DES AUTS. U\

cette tragédie, on a jeté sur la scène les vers suivants adressés à l'éminent artiste en représentation :

Emule de Lekain, toi dont les grands talents Te firent victimer par nos nouveaux tyrans, Des fleurs du sentiment j'ose embellir ta tête; Ta présence est pour nous le plus beau jour de fête ; Par tes mâles accents, tu séduis tous nos cœurs. Comme tu nous peins bien le Cid en ses fureurs ! Tu fais nciître en nos sens le plaisir et Tivresse ; Nos bravos répétés sont tous à ton adresse.

A propos de Lekain, on est en droit de penser qu'il a joué h Rouen ; qu'on en juge plutôt par cette lettre adressée précisément à Larive, son double à la Comédie-Française. Nous transcrivons l'autographe lui-même, qui appartient à M. Charles Maurice (1) :

« A Saint-Paul près Rouen, ce 4 avril 1777.

(( J'ai été tellement incommodé dans mon voyage, mon cher lieutenant, que j'ai été forcé de séjourner k Rouen plus que je ne l'avais projeté. J'ai saisi cette occasion pour prendre les eaux de Saint-Paul qui me font beaucoup de bien, malgré la température de ce pays contraire à toute sorte de remède. Il est fort possible que je les continue encore une partie de la semaine prochaine et pour lors je vous prierai de me suppléer dans ce surcroît de vacances et d'étoulTer, le plus qu'il vous sera possible,

(i) Auteur, comme chacun le sait sans doute, d'un livre délicieux intitulé : Histoire anecdotique du Théâtre et de la Liltcrature. Paris, 1856, chez Henri l*Ion.

ces petites clameurs anodines qui, sous l'ombre d'un intérêt tendre et touchant, font pourtant beaucoup de mal à la personne qu'elles regardent. J'ai écrit à Rosette Vestris pour la prier de m'obtenir cette légère faveur de M. le maréchal Duras ; je n'en ai point encore reçu de nouvelles ; j'espère pourtant qu'elles me parviendront. J'ai appris ici d'une de vos figurantes de Lyon, engagée avec Chevillard, que vous aviez fait la plus grande sensation à Lyon. Je vous en fais mon compliment bien sincère. Pour moi, mon cher collègue, je n'ai pu remplir en cette ville que la moitié de mes engagements : j'y suis arrivé malade, j'y suis resté malade, mais j'espère m'en retourner un peu plus égrillard. Il se pourra très-bien faire qu'en vertu de cette égrillardise, je rende aux Rouennais ce que je n'ai pu leur donner dans la semaine de la Passion. Voilà mon secret, je vous le confie, bien persuadé que vous n'en ferez d'autre usage que celui que l'amitié vous suggérera. Adieu, mon cher collègue, embrassez bien pour moi votre digne et aimable compagne. Je suis, sans cérémonie,

(( Votre serviteur et votre ami,

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