DESCRIPTION SOMMAIRE DU GRAND THÉÂTRE
Le grand théâtre de Rouen est un vaste et bel édifice enfoui dans un énorme pâté de maisons comprises entre la rue Grand-Pont, le cours Boïeldieu, la rue de la Comédie et la rue des Charrettes. La façade seule est accessible aux regards du promeneur; elle décrit un quart de cercle et présente un étage décoré de colonnes détachées qui appartiennent i l'ordre ionique. Cet étage a été élevé sur un soubassement percé de trois portes en arcades donnant accès au vestibule. La corniche du couronnement et l'ornement central qui le surmonte produisent un bon effet. Dans l'ornement central du couronnement étaient les armes du roi, du duc d'Harcourt et de la ville (voir l'art. 10 de la Fieffé de la ville, p. /(2). Des parties lisses alternent bien avec les sculptures dont les principales ont pour objet le couronnement du buste de Pierre Corneille, entre les images personnifiées de la tragédie et de
la comédie, Melponiène armée d'un poignard et Tlialie tenant un masque.
Les bâtimenls en retour, traités plus simplement, s'harmonisent avec celte façade.
La salle est d'une coupe heureuse, agréable et commode pour les spectateurs. Ce qui en fait le charme principal , c'est que les quatre balcons superposés parallèlement, c'est-à-dire les premières, les secondes, les troisièmes et les quatrièmes, sont en retraite les uns sur les autres. Donc à chaque étage la largeur du vaisseau est de plus en plus grande. La largeur de la salle, prise aux premières en se plaçant au-dessus du premier rang du parquet, est de 10"\82, tandis que d'une loge d'avant-scène à l'autre il n'y a que 9"', 40, mesurés du milieu des loges et non pas d'un fût de colonne à l'autre. La plus grande largeur aux premières est de ll'",50 environ.
Un autre mérite architectural , c'est qu'il n'y a pas de colonnes pour supporter les étages; il n'existe pas de point d'appui apparent, grâce à un système de bascule qui se trouve dans les planchers des premières , des secondes et des troisièmes.
La hauteur de la salle est loin d'être la même partout, parce que le parquet est un plan incliné depuis le parterre jusqu'à l'orchestre, tandis que, pour le dire en passant, le parquet de la scène suit une pente inverse. Nous avons mesuré la hauteur du plafond au sol, au milieu du parterre assis actuel (1859), elle est de 12 mètres ; du porte-main des premières au sol, la hauteur, prise en se plaçant audessus du deuxième banc du parquet, est de 3"\65; au milieu des premières , elle est , bien entendu, beaucoup moindre.
DE ROUEN. fi3
La longueur totale du théâtre est immense. Depuis la rue de la Comédie jusqu'à la place Corneille , il n'y a pas moins de 51'",7/(, qui se divisent ainsi : de la rue de la Comédie à la rampe, 29'",30; de la rampe au fond du parterre debout, lô^jS^; de cette muraille à la place Corneille, 5", 60.
Voici quelques autres mesures : du rideau au milieu de la rampe, l^jôO ; de la rampe au parquet , 3"", 75 ; de la rampe au parterre assis, 9", 04 ; de la rampe au parterre debout, 12'", 90; de la rampe au fond du parterre debout, 16'",8Zi; de la rampe au porte-main du milieu des premières, 14 mètres; le couloir qui sert d'entrée au parterre assis n'a que 80 cent. — Grâce à toutes ces mesures, on pourrait, si la salle était détruite, faire néanmoins son plan de terre.
Lors de l'ouverture de la salle, en 1776, elle se composait, pour le public , d'an parquet assis, ce que l'on nomme V orchestre à Paris; d'un parterre debout (nous verrons les divers changements qu'il a subis); d'un rang de loges autour du parquet et du parterre, vulgairement appelées galeries, baignoires ou pourtour; d'un balcon {les premières) , avec des loges fermées un peu en arrière et au-dessus; de trois autres étages ; 1° le balcon des secondes^ 2° celui des troisièmes, o° celui des quatrièmes^ espèces de boîtes comprises pour ainsi dire dans la corniche , tout près du plafond ; enfin , il y avait, à chaque étage, des loges entre deux colonnes, des deux côtés de l'avant-^cène.
De tout temps, les propriétaires se sont réservé une grande loge de huit places dont les clés sont chez eux; chacun a une clé dont chacun se sert \\ sa volonté. La
direction n'a jamais reçu la clé, attendu que les directeurs n'ont jamais loué cette loge, réservée aux propriétaires. Les directeurs ont toujours été obligés de tenir à leur disposition les entrées gratuites des propriétaires dans les représentations de spectacle et bals, en un mot, toutes fois que la salle est ouverte, et en aucun cas les directeurs ne peuvent disposer de la loge réservée par les propriétaires, ni refuser l'entrée gratuite desdits, à quelque représentation que ce soit.
La contenance de la salle a varié suivant la disposition de certaines parties. Dans un temps on l'évaluait à 1,650 personnes. Le tableau suivant démontre qu'on a pu y placer plus de monde.
Efai d'une recette , salle pleine , et tout le monde placée en 1852 :
16 places avant-scène, rez-de-chauss., à 4 fr. 64 fr.
51 stalles à h 204
192 iogesdeprem. deparquet,av.-scène,à h 768
238 premières-parquet, baignoires, à. . 3 714
54 galeries , à 2 108
600 parterres, à .... • 1 600
273 secondes, à 1 50 409 50
280 troisièmes, à 1 280
140 quatrièmes, à » 50 70
1,844 places payantes. Total 3,217 50
12 — préfet, maire.
4 — commissaires.
8 — propriétaires.
1,868 places en tout.
Depuis celle époque on a perdu des places pour différentes causes. Voici une évaluation plus récenle :
7 loges-salon 35 places.
2 avant-scène rez-de-chaussée . . 12 —
1 loge pour le maire U —
1 loge pour la préfecture U —
1 loge du général 8 —
1 loge des propriétaires 10 —
1 loge pour la presse 6 —
2 loges des colonnes aux secondes. 8 — 5 loges de face aux premières. . . 36 — Il loges de côté — 30 —
8 loges-placards — 26 — [^l^ premières hh —
1 loge du commissaire U —
51 stalles 51 —
145 parquet 1^5 —
2 loges-parquet . . . , 7 —
8 baignoires 51 —
parterre assis 175 —
parterre debout 180 —
secondes 310 —
troisièmes 310 —
quatrièmes 150 —
1,606 places.
Dans les représentations extraordinaires, quand il y a du monde dans les couloirs, dans les coulisses, dans l'orchestre et huit personnes dans certaines loges de quatre places, la salle peut contenir 2,000 personnes environ.
ce THÉÂTRE
Quoique le nombre des spectateurs que l'on peut placer dans une salle ne dépende pas seulement de la grandeur de l'édifice, mais dépende aussi du plus ou moins de confortable accordé au public, il est curieux, pour apprécier la salle du théâtre de Rouen , de comparer sa contenance à celle des salles de Paris. Des informations exactes nous permettent de donner le tableau suivant :
Grand- Opéra 1,950 places.
Théâtre-Français 1,350 —
Italiens 1,700 —
Opéra-Comique 1,500 —
Théâtre-Lyrique 1,700 —
Porte-Saint-Martin 2,069 —
Gaîté 1,800 —
Ambigu 1,900 —
Folies-Dramatiques 1,200 —
Vaudeville 1,300 —
Gymnase 1,300 —
Variétés 1,240 —
Palais-Royal 980 —
Bouffes-Parisiens 7O0 —
Odéon 1,650 —
En 1776, la loge du bureau de la commune, c'est-àdire de la mairie, était aux secondes, au milieu; elle était de 8 places, U sur le devant, k sur le derrière (voir pour son ornementation l'art. 7 de la Fieffé de la ville, p. Z|2). Après la terreur, par suite d'une convention avec le directeur, l'administration municipale s'est placée aux premières , entre les colonnes , à gauche du spectateur, en payant le prix de huit places de secondes.
Le plafond de la salle est une œuvre fort remarquable qui date de l'origine; il est dû au pinceau de Leraoine, peintre de Rouen. Il représente l'apothéose de Pierre Corneille couronné par les muses, reçu dans l'Elysée par Apollon lui-même ; près de Corneille, l'Injustice et l'Envie sont terrassées par la Vérité. Dans une autre partie, l'Histoire sculpte le buste du grand poète tragique. Cette composition, d'une harmonie grandiose, a été peinte avec une très-grande énergie. Leraoine, on le sait, est un des hommes les plus habiles du temps; il a peint à Versailles de grands décors qui ont été reproduits par la gravure.
La scène est très-spacieuse , surtout en profondeur ; de la rampe aux croisées donnant sur la rue de la Comédie, il y a 29™, 30. Nous verrons plus tard que, pour certain opéra, on donna à la décoration cette immense étendue; mais aujourd'hui, pour le faire, il faudrait un intérêt bien impérieux, car ce ne serait possible qu'en détruisant un petit magasin qui se trouve au fond de la scène. Toutefois, pour les grandes occasions, on donne aisément à la décoration 18 mètres de profondeur, et ordinairement elle est de 12 mètres environ.
En 1776, la scène avait beaucoup moins de profondeur. Ce ne fut en effet qu'en 1809 que l'on construisit, aux dépens de l'ancienne place de la Petite-Boucherie, le bâtiment oii se trouvent aujourd'hui le concierge de la rue de la Comédie, la caisse, le corps de garde et le fond de la scène, occupé, comme nous venons de le dire, par un petit magasin pour le matériel.
Quant à la largeur de la scène , il faut l'évaluer en moyenne, si on la prend derrière les colonnes d'avant-
scène, h \k mèlres, et si on la prend 30 mètres plus loin, à 12 mètres seulement.
Deux foyers sont ouverts au public : un grand foyer, parallèle au cours Boïeldieu , sur lequel il donne par un magnifique balcon, date de 1830; il n'a pas moins de 21 mètres sur 7"", 75 ; un petit foyer, donnant sur la place Corneille, n'a, comme le vestibule du rez-de-chaussée où se tiennent les contrôleurs, que 10'", 80 sur k'^,SO.
Pour les bals masqués, le plancher du parterre se lève jusqu'au niveau de la scène ; les stalles, le parquet et l'orchestre sont couverts, et on obtient ainsi un vaste emplacement pour les quadrilles.
Nous avons dit que la salle du grand théâtre est d'une coupe heureuse, agréable et commode pour les spectateurs pendant la représentation. On ne pourrait pas en dire autant pour ce qui concerne les couloirs et les escaliers. Pendant les entr'actes et à la sortie, les jours de grande foule , il y a toujours un peu d'obstruction : ce n'est pas toutefois qu'en cas d'accident le théâtre vienne jamais à manquer d'issues suffisantes, loin de là ; en effet, indépendamment de la sortie principale qui se fait par trois larges portes sur la place Corneille, il y a, pour le vestibule, deux autres issues : l'une, k laquelle on peut aussi arriver des premières (grâce à une porte située à droite du petit foyer), se trouve à l'angle de cette place et de la rue des Charrettes ; l'autre s'elfectue par une boutique donnant rue Grand-Pont. — A droite des premières existe en outre une communication avec le Café de la Comédie , situé rue des Charrettes. Autrefois cette porte était réservée pour M. l'intendant; aujourd'hui elle l'est pour M. le préfet du département. Enfin, à gauche, les premières
donnent sur le cours Boïeldieu par un très-vaste escalier qui s'ouvre aussi , au rez-de-chaussée , pour les personnes du parquet et des stalles. Il faut savoir que cette grande voie de débouché date de 1830 seulement et non pas de 1776.
D'autre part le grand foyer peut être ouvert dans une maison à usage de restaurant, laquelle a des sorties sur la rue Grand-Pont et sur la promenade. Toutefois, le restaurateur n'a le droit de tenir ouverte la porte de communication qu'avec la permission du directeur, par exemple pendant les nuits de bal.
Enfni, le parquet et par conséquent les stalles auraient, en cas de besoin, du côlé droit, une issue au rez-dechaussée du Café de la Comédie. On sait que ces places se relient, pour l'ordinaire, avec les premières par deux escaliers et avec le vestibule par deux petits couloirs.
On sait aussi que les secondes communiquent de chaque côté avec les premières par de petits escaliers, et que du côté gauche elles communiquent avec le grand foyer.
Quant à la scène, elle a deux issues : la principale, dans la rue de la Comédie ; l'autre, sur le cours Boïeldieu, par un escalier datant de 1830 et appelé escalier de la Direction, — sans parler de la porte qui la réunit, à droite de l'acteur, avec la salle de spectacle. Dans le couloir qui conduit de la scène à cette porte, les acteurs et les musiciens trouvent les uns et les autres un foyer qui leur est réservé et auquel le public ne peut arriver.
70 TIIÉATKE
Dfrcctiou CheTlIlard, 17 76-17 79.
Le premier directeur du théâtre de Rouen fut Chevîllard, ex-directeur du théâtre de la rue des Charrettes, l'un des huit sociétaires de la nouvelle salle et gendre de M. Pottier, qui aussi avait un huitième de cette propriété. Chevillard signa un bail, le 3 juin 1776, moyennant la somme de 20,000 fr. pour une année. Nous devons dire^ une fois pour toutes, que Chevillard avait aussi à sa charge : 1" les impôts; 1° la loge pour MM. de la commune ; 3° deux représentations au bénéfice des hospices. En cela, il eut le sort de tous les directeurs jusqu'en 1796, époque à laquelle les baux continreni quelques autres particularités que nous aurons soin de mentionner à chaque renouvellement.
La nouvelle salle fut solennellement inaugurée le 29 juin 1776, jour de Saint-Pierre, patron du grand Corneille. Tout nous porte à croire que pour l'ouverture on a choisi une œuvre de Pierre Corneille; nous devons même supposer que ce fut le Cid.
Cette brillante cérémonie inspira à un poète anonyme une ode que voici :
Sur les fertiles bords où serpente la Seine, L'asile des talents s'élevait par les arts, Quand la jeune Thalie invita Melpomène D'y porter les regards.
— Vois-tu ce monument que la main d'Uranie S'empresse d'embellir aux yeux de l'univers? N'y reconnais-tu pas les traces du génie Dans chaque objet divers ?
Elle parle, soudain Melpomène contemple Ce chef-d'œuvre bâti par les soins des mortels ; Et toutes deux l'ayant adopté pour leur temple, Y veulent des autels.
Ce projet important pénètre chaque émule ; Tout parle, tout agit, tout est nouveaux efforts. Et le plus lourd marteau, guidé par un Hercule, Découvre des trésors.
Eprises du séjour construit en leur mémoire, Melpomène et Thalie abandonnent les cieux, Et veulent qu'à jamais leur triomphe et leur gloire Eclatent en ces lieux.
Aux pieds de ces autels un feu divin s'allume, Mille cris frappent l'air et pénètrent les cieux. Et le plus pur encens qui brûle et se consume Est agréé des dieux.
Trop heureux citoyens, qui jadis vîtes naître Le poète immortel, patron de ce séjour, A vos derniers neveux ce choix fera connaître Quel était votre amour.
Us verront que les arts furent votre apanage, Que par vous 1» talent fut ici respecté, Et ce noble désir passera d'âge en âge A la postérité.
Un mois après, le 31 juillet 1776, le corps municipal offrit, dans la nouvelle salle, un bal splendide, qu'honora
de sa présence M. le duc d'Harcourt, h l'occasion de sa première entrée à Rouen , qui avait été faite le 23 du même mois.
(c La richesse des habits, la quantité des pierreries, dont les rayons étaient réfléchis par une multitude de bougies, la variété des couleurs et la hauteur des panaches de toute espèce dont la tête des dames était surmontée , et plus encore leur beauté, tout cela formait un coup d'œil ravissant pendant toute la nuit; MM. les officiers municipaux firent servir des rafraîchissements en abondance avec une politesse et des attentions qui y donnèrent un nouveau prix. »
A peu près h la même date, on a monté le Siéye de Jiouen, tragédie par l'auteur à'Jlmanzor, M. Vieillard de Boismartin, qui était attaché au barreau. Le manuscrit de cette nouvelle production de notre compatriote a été dédié à la ville de Rouen et adressé à la municipalité.
En 1777, deux représentations ont été données, de la réquisition du maire, des échevins et du procureur du roi (formule consacrée) au bénéfice des deux hôpitaux de la ville, qui partagèrent par portions égales. Le document suivant, qui en fait foi, est fort intéressant par la mention des recettes ;
« Extrait du registre des délibérations de l'Hôlel-de- Ville de Rouen, du douze mars mil sept cent soixanledix-sept (1777), au bureau de l'Hôtel-de- Ville de Rouen, MM. les conseillers, maire et échevins assemblés.
« M. le procureur du roi a dit que le bureau, en exécution de l'art. 10 du traité fait avec les entrepreneurs delà nouvelle salle de spectacle, pour la concession du terrein sur lequel elle est construite, aïant demandé au directeur
de la comédie les deux représentations stipulées au profit des hôpitaux de cette ville, elles ont été données les 22 lévrier dernier et 5 du présent mois, avec l'approbation et permission de M. le gouverneur, contenues en ses lettres des 12 et 20 dudit mois de février; que la première de ces représentations a produit 1,722 livres 5 sols et la seconde 1,968 livres 12 sols, ce qui donne en total 3,690 livres 17 sols; que les frais de gardes et lumières qui, aux termes de l'acte ci-devant énoncé, doivent être prélevés , et ceux que le bureau n'a pas cru devoir, sans toutes fois tirer à conséquence pour l'avenir, laisser à la charge du directeur, montent, y compris la gratification de 3 livres accordée k chacun des six contrôleurs des différents postes h la somme de 310 livres k sols ; qu'en conséquence , le produit net des deux représentations se trouve réduit à celle de 3,380 livres 13 sols, dont il convient faire l'usage et l'emploi désignés au traité fait avec les entrepreneurs de la nouvelle salle de spectacle. »
En 1778, les deux représentations au bénéfice des hospices ont eu lieu : la première le 23 mars, la deuxième le 30 du même mois. L'une se composait d'Arsène et du Consentement forcé ; l'autre de Tancrèda , tragédie de Voltaire, et de Lucile, opéra bouffon. Pour cette seconde représentation les renseignements abondent, mais ne s'accordent pas. D'après une autre version, elle aurait été composée de V Avare, de Molière, comédie suivie des Deux Avares. Ce qu'il y a de certain , de très-certain même, c'est que ces deux soirées ont produit, tous frais déduits, 2,065 livres 6 sols, moitié pour chaque hôpital.
Le 15 décembre 1778, on a donné la première repré-
senlalion des Mariages Satnnites, paroles de M. de Rosoi»
musique de Grélry.
A cette date, on préparait quelques nouveautés : les Trois Gasconsy comédie de Boinden ; le Tribut du cœur^ ou les Elrennes de Thnlie, ouvrage d'un acteur de Rouen, à l'occasion du nouvel an.
On parlait aussi de reprendre les Amours de Bastien et Basiienne, parodie du Decin de Village^ et la Chercheuse d'esprit, opéra- comique bouffon.
Le mardi-gras de l'année 1778, il y a eu grand bal au théâtre de Rouen , k la Comédie , comme on disait alors. L'orchestre était dirigé par un sieur Artus, qui, depuis l'ouverture de la nouvelle salle, tenait le sceptre pour les redoutes et les bals.
Pour terminer ce que nous savons de cette année, ajoutons qu'il y avait k cette époque un ballet auquel était attaché le sieur Gênas, ex-danseur du roi de Suède.
Le 10 janvier 1779, un 7'e Deum a été chanté à la cathédrale de Rouen, à l'occasion de l'heureuse délivrance de la reine. Le lendemain, le sieur Chevillard, directeur du spectacle de Rouen , voulant partager l'allégresse publique et contribuer à la satisfaction commune, a donné une représentation gratuite de Gaston etBayard, tragédie de du Belloy, suivie du Milicien, opéra en un acte, où il se trouva plus de 8,000 personnes. M. le marquis de Beuvron , chevalier des ordres du roi , lieutenant-général de la province, jaloux de partager la joie du peuple, se transporta sur le théâtre dans une des coulisses; mais ayant été informé par M. le directeur que, malgré la foule, la partie du peuple qui occupait la loge de M. le gouverneur lui avait conservé une place et gardé une chaise,
il fut avec M. de Beuvron, son fils, occuper celte place réservée. Il y fut reçu par les applaudissements et des acclamations multipliées, qui furent accompagnés de : Vive le roi ! vive la reine 1
11 se trouva, avons-nous dit d'après la relation qui nous a été communiquée, plus de 8,000 personnes à la représentation donnée à l'occasion de l'heureuse délivrance de la reine. C'est là une gasconnade du meilleur aloi,^ on peut en juger par l'évaluation exacte que nous avons taite plus haut de la contenance de la salle du théâtre de Rouen.
Le mercredi 3 mars 1779, h la demande de MM. les maire, échevins et procureur du roi, on donna la première représentation de l'année au profit des hôpitaux; elle se composait d'Athalie, de Racine, ornée de ses chœurs, suivie du Tonnelier, opéra.
Le lundi suivant, on jouait, pour le deuxième bénéfice des hospices, Olijmpie, tragédie de Voltaire, suivie de la Servante maitrease^ opéra-comique.
Ces deux représentations ont fourni , tous les frais déduits, 1,Z|61 livres, moitié pour chaque hôpital.
Il y eut, le 3 mars, peu de monde à la sublime tragédie de Racine, et l'on a attribué la désertion du spectacle moins au refroidissement du zèle pour les hôpitaux qu'au bruit qui s'est, dit-on, répandu qu'il y avait un abonnement entre MM. les ofTiciers municipaux et le directeur de la comédie, pour les deux représentations qu'il doit donner chaque année, dont le produit, à ce moyen, était toujours le même pour les liôpilaux, soit qu'il y eût peu ou beaucoup de spectateurs. Gomme il était très- essentiel de détromper le public à cet égard , la presse assura qu'il
n'existait aucune espèce d'abonnement pour les deux représentations dues par le directeur de la comédie, au profit des deux hôpitaux, et que le produit de ces repré" sentations se versait en entier dans les caisses des deux administrations, à la déduction des frais de garde et de lumière.
Le public, mieux renseigné, se rendit avec plus d'empressement à la représentation du lundi suivant, et par ce moyen la caisse des hôpitaux put recueillir la somme que nous venons d'indiquer.
Une lettre du duc d'Harcourt, datée de Caen, établît qu'il donna, h la mort du sieur Seguin , le 8 novembre 1779, le privilège des spectacles de la province au sieur Neuville et à la demoiselle Montansier. Cela prouve ou que le sieur Seguin a été directeur à Rouen (dans cette hypothèse il l'aurait été fort peu de temps), ou que le sieur Seguin, en possession depuis un temps plus ou moins long du privilège des spectacles de la province, avait cédé une partie de ce privilège à Chevillard. En tout cas, ce point de notre histoire n'est pas de la plus haute importance.
Directiou lUontaiisiei* et IVeiiTille, lî 70-1 789.