‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 9 sur 55 · PERIODE · texte numérisé non relu

PERIODE

A la fin de 1779, le sieur Bourdon de Neuville (Honoré), ayant les droits cédés de M"" Marguerite Brunet de Monlansier, loua la salle moyennant 17,500 fr. par an. Puis un bail de neuf ans, devant finir en 1797, a été fait par les propriétaires k M"' Marguerite Brunet de Montansier et Honoré Bourdon de Neuville, ensemble. Nous verrons que ce bail a été rétrocédé.

Le vendredi h février 1780, on a joué le Comte de Varvich, suivi de V Amant jaloux, opéra, et, le mercredi 8 mars, la première représentation d'Ericie, ou les Vestales, tragédie en trois actes, avec ce même opéra. Ces deux représentations étaient au bénéfice des hospices et ont fourni, tous frais déduits, 2,3/t7 liv. 1 s., moitié pour chaque hôpital, A cette somme, les consuls ont ajouté 24 liv. pour l'Hospice-Général.

En janvier 1781, M"' de la Châtaigneraie joua dans V Orphelin de la Chine. Voici des vers faits en son honneur pendant la représentation même :

A mes yeux, idamé, lorsque tu viens offrir Le tableau déchirant de tes vives alarmes,

Séduit par tes talents, enchanté par tes charmes, Je meurs en même temps de peine et de plaisir. La fureur, la pitié, la tendresse, la haine A ton gré de mon cœur s'emparent tour- à-tour ; Mais quand il a brisé le joug de Melpomène, Il est encor soumis à celui de l'amour.

11 faut dire aussi que cette actrice était connue et trèsgoîitée depuis longtemps à Rouen, à tel point qu'en juin 1777, la presse locale ne la perdait pas de vue, quoiqu'elle fût éloignée de notre ville, et rendait compte des brillants débuis qu'elle faisait alors à Bordeaux, dans Mérope et autres grands ouvrages.

Grande solennité le 8 juillet 1781! LL, AA. Mg'le prince de Condé et Mg' le duc de Bourbon, après un grand souper pris à l'archevêché, où ils étaient descendus, se rendirent au théâtre de Rouen. Ce soir-là, pour ce motif, le spectacle ne commença qu'à dix heures; on donnait: la Fausse Agnès suivie des Vendangeurs.

A la dernière scène de la Fausse Agnès, on ajouta un compliment que nous donnons, quoiqu'il soit bien plat, parce qu'à propos de l'histoire des théâtres de Rouen, il est bon d'étudier en passant, chaque fois que l'occasion s'en présentera, le goût de chaque époque et de faire voir que certaines choses qui étaient applaudies il y a près de cent ans ne seraient pas aujourd'hui écoutées jusqu'à la fin.

« Léandre, à qui M. Desmazures, poète campagnard, a fait cession d'Angélique dont ils sont épris tous les deux, vient pour engager sa mère à confirmer cette cession; alors Léandre lui dit :

« Croyez, madame, que si la poésie a tant de charmes

pour vous, le mérite de M. Desmazures à part, je puis pour vous satisfaire consulter une muse qui ne trompe guère ceux qu'elle inspire ; c'est la vraie sensibilité. Je vais vous offrir un essai de ses inspirations. C'est un impromptu patriotique né dans une belle occasion. La beauté du sujet fera pardonner la faiblesse de l'expression.

« Voici la situation du poète :

« Figurez-vous, madame, une nation entière assemblée. Cette nation offre dans ses annales toutes les vertus qui peuvent rendre un peuple justement célèbre. Elle reçoit dans son sein un prince illustre issu du sang de ses rois, et l'objet de son admiration. Tous les cœurs sont épanouis, tous les yeux sont humides de volupté. Un citoyen, obscur à la vérité, mais vivement pénétré, s'avance en tremblant... il obtient l'attention publique parce quej dans les pensées qu'il va exprimer, chacun croit reconnaître la sienne :

Où suis-je ? Quelle douce ivresse

Vient s'emparer de tous mes sens !

Un peuple entier plein d'allégresse

Se livre aux soins les plus touchants !

Peuple célèbre dans l'histoire

Vers qui se porte nos désirs , Pour quel héros!... les accents de la gloire S' unissent-ils aux accents des plaisirs?

Je l'aperçois, ah ! je devais le croire, C'est un BouuBON dont les faits immortels, Depuis longtemps au temple de mémoire Sont consacrés par des traits éternels.

Il n'est point menaçant, la prunelle enflammée, Foudroyant l'ennemi (tel qu'on peint le dieu Mars),

Et tel que Ta vu notre armée, L'émule des Turenne et celui des Césars.

De son front la douce indulgence Aujourd'hui vient adoucir la fierté; De ses regards la bienveillance Ne nous annonce que bonté.

Ce sont des faveurs qu'il déploie, Calme sans art, grand sans hauteur,

Et, pour augmenter notre joie, 11 nous présente un digne successeur.

Grand prince, telle est la conquête Que sur nos cœurs le vôtre obtient ; Pour un Bourbon, c'est une belle fête, Que l'amour pur du citoyen.

C'est le vœu constant, unanime.

D'un peuple franc et magnanime Qui sait honorer les vertus.

Ce sont des gages de tendresse Oiferts par la délicatesse, C'est bien aux Condés qu'ils sont dus.

A la fin de la deuxième pièce, les Vendangeurs, un autre compliment encore plus insignifiant que le précédent avait été ajouté pour la circonstance.

Ces deux impromptus avaient été composés par M. Collot d'Herbois, premier acteur du spectacle, qui les prononça, interrompu plusieurs fois par les plus vifs applaudissements.

En 1781, la première chanteuse d'opéra était M"'^ Girardin ; elle était poète et a composé L'Impromptu du Cœur, couplet sur la naissance de monseigneur le dauphin

(né le lundi 22 octobre 1781, ii une heure vingt-trois minutes d'après-midi) :

Ain du vaudeville de Tom-Joncs.

Tremblant de crainte, ivre d'impatience,

On soupirait après ce jour.

Où de ses rois, qu'idolâtre la France,

Triomphent les vœux et l'amour.

0 rejeton d'une tige chérie,

Ta naissance est un don divin !

Et le sentiment balbutie ;

C'est un dauphin ! c'est un dauphin !

Le sieur de Neuville ne montra pas moins d'empressement que la première chanteuse de sa troupe à célébrer la naissance du dauphin. Dès le 1h octobre 1781, on chanta sur le théâtre, à la suite de la Veillée villageoise ( comédie en un acte et en prose , par Arnould ) , des couplets de CoUot-d'Herbois, premier acteur du spectacle, relatifs à l'heureuse nouvelle du jour. Une scène de courrier, introduite dans cette même pièce par M. Patrat, fut très-applaudie.

Puis, le 3 novembre, en réjouissance de ce grand événement, on donna une représentation gratis de Zaïre avec le Directeur de comédie. A la suite du Directeur de comédie, M. Patrat ajouta une scène de poète qui fut trèsgoûtée.

A cette même occasion, on donna plusieurs représentations de la Fêle dauphine, ou le Monument français, pièce composée par Collot-d'Herbois, pour célébrer la naissance de Mg"" le dauphin. Collot-d'llerbois n'en était ï. I. '3

pas à son coup d'essai, il avait déjà l'ait plusieurs drames et comédies. On avait déjà donné à Rouen, lors de la prise de l'islc de la Grenade, une pièce de cet auteur intitulée les Français à la Grenade. On n'a pas ouljlié qu'il composa des impromptus lors de la présence au spectacle de Mg' le duc de Bourbon et de Mg'' le prince de Gondé.

Enfin, le 7 novembre, pour que la naissance du dauphin fût complètement célébrée, il y eut bal gratis au théâtre de Rouen.

Qu'il nous soit permis de faire une digression fort utile. Le théâtre de Rouen était ouvert et très-fréquenté depuis près de six ans; l'ancienne salle cependant n'avait pas été détruite, et, de temps en temps, elle servait encore. Ainsi, le 30 septembre 1780, les vrais Fantoccini italiens, qui avaient eu l'honneur de représenter devant la famille royale, à Versailles, firent, dans l'ancienne salle de la rue des Charrettes, l'ouverture de leur théâtre. Le spectacle des Fantoccini était varié tous les jours par de nouvelles pièces, métamorphoses, décorations, ballets, etc. Ils ont donné les Quatre Jumeaux vénitiens^ comédie en trois actes, avec la danse de corde tendue représentée au naturel ; un autre jour, le Terrible Jugement du gracia Pluton, contre les esprits infernaux, suivi d'une seule figure dansante. Il sortait des membres de Pluton et de sa tête cinq personnages qui dansaient un ballet, et le tronc de la grande figure reproduisait la tête et les membres qui lui manquaient. Tout cela devait être bien divertissant ! ! Aussi les vrais Fantoccini restèrent à Rouen pendant tout le mois d'octobre. Il ne faudrait pas croire que les Fantoccini aient eu peu de renommée de par le monde. M. Poinsinet, dans sa comédie intitulée le Cercle, ou la

Soirée à la mode, qui fut représentée pour la première fois à Paris, en llôh, fait dire h un marquis (scène XIII) :

« Oui, les Fantoccini oh ! ils sont divins, étonnants;

« moi, en honneur, c'est le seul spectacle qui m'amuse. » De Neuville, qui dirigeait le théâtre de Rouen de concert avec M"* Montansier, ne dédaigna pas de faire jouer dans l'ancienne salle. Le 3 novembre, pendant que l'on donnait Zaïre à la nouvelle salle, on représentait à l'ancienne la Fausse magie, Cassandre oculiste et les Vendangeurs. Collot-d'Herbois avait ajouté à cette dernière pièce des couplets impromptus dont nous donnons les deux principaux :

Air du vaudeville du Vendangeur.

Le meilleur fruit Qu'a produit cet automne,

Le meilleur fruit, Ce n'est pas net' vin,

Car, pour certain,

Le meilleur fruit.

C'est le ciel qui nous le donne,

Le meilleur fruit.

C'est notre beau dauphin.

Ah ! c"'est l'Anglais Qui fera la grimace.

Ah ! c'est l'Anglais, Car il paiera les frais,

Les intérêts

De tout le vin Qu'on boit à pleine tasse

X4 TIlKATllE

A chaque refrain De viv' notre dauphin.

Nous aimons mieux, pour notre part, ce compliment adressé h la même époque par un Rouennais à Mg' le dauphin:

Ah ! monseigneur, que votre sort est doux, Non d'être né pour gouverner la France, Mais de ne pas avoir la moindre connaissance De tous les mauvais vers que nous forgeons pour vous.

Ajoutons que le 7 novembre 1781, il y eut bal gratis h V ancienne salle comme à la nouvelle.

Mais reprenons les choses au point oi!i nous les avons laissées et complétons ce qui concerne l'année 1781, en notant les deux représentations au bénéfice des hospices: l'une, le lundi 5 mars, se composait û'Atrée et Thyeste, tragédie de Grébillon, et OiAristote awowrewx; l'autre, le vendredi 23 mars, de Jenneval, ou le Barnvelt français, dragme en cinq actes et en prose, par Mercier, suivi AqV Amant jaloux. Les deux représentations ensemble ont produit, tous frais déduits, 1,504 liv. 17 s., moitié pour chaque hôpital.

Le produit (tous frais déduits) des deux représentations au bénéfice des hôpitaux s'est élevé, en 1782, à 1,311 liv. 11 s.; elles ont eu lieu au commencement de mars.

Dans la soirée du k juillet 1782, une foule immense se porta au-devant de Leurs Altesses Impériales Monsergneur le comte et M"'" la comtesse du Nord, qui, venant visiter la Normandie, s'arrêtèrent à Rouen. Le comte du

Nord élait petit-fils de Pierre-le-Grand et héiitier du trône de toutes les Russies. A leur arrivée, ces éminenls personnages se rendirent au théâtre de Rouen et y furent acclamés avec un grand enthousiasme.

En 1783, la direction Montansier et Neuville lutta contre l'indilTérence du public en matière de spectacles et sut tenir le théâtre ouvert.

Le 2 avril 1783, on donna, au bénéfice des hospices, les Jeux de V Amour et du Hasard, comédie, suivie des Evénements imprévus. A quelques jours de là, une autre représentation a été destinée aux mêmes établissements, et le produit net des deux soirées a été de 1,266 liv. 11 s.

Vers le milieu de cette année, un siéur Louis Porte, surnommé Hercule par le roi, vint faire concurrence au théâtre de Rouen ; il donna, dans l'ancienne salle de spectacle, des représentations de ses tours de force, au nombre de quarante, dans l'un desquels il portait seize hommes en équilibre sur la plante de ses pieds. Nous ajouterons, par anticipation, qu'en juillet 178Z(, le sieur Perrin, mécanicien-ingénieur et démonstrateur de physique amusante, donna, dans le même local, des repré-. sentalions de tours variés. Nous ne mentionnons la présence à Rouen de l'acrobate Porte et du physicien Perrin que pour établir qu'en 178/i la salle de spectacle de la rue des Charrettes pouvait encore être utilisée au besoin. C'est là un petit détail, mais il n'est pas inutile de le consigner dans l'histoire des théâtres de Rouen.

Nous avons dit qu'en 1783 le public rouennais ne se montra pas empressé à suivre les représentations théâtrales. En 178/}, la même indifl'érence se manifesta et

inspira à un anonyme la lettre suivante, qu'il livra à la publicité offerte par les Annonces :

« Monsieur,

« Parmi les traits divers que vous semez indistinctement dans votre feuille, vous devriez bien placer ce problème assez curieux : Quel est le souffle empesté, la m.aligne influence qui écarte tout le monde du spectacle ? car, en vérité, il ne faut pas moins que cela pour le rendre aussi nud. Son état actuel ressemble à une sorte d'abandon.

« Serait-ce la faute du théâtre ? Serait-ce celle de la ville ? L'un, parce qu'on le trouverait mal composé ; l'autre, parce que le goût du spectacle y tomberait? En un mot, il est impossible qu'on s'éloigne aussi universellement d'une chose faite pour plaire, à moins qu'il n'y ait quelque principe malfaisant qui lui nuise.

« Du côté du théâtre, on ne voit rien qui puisse causer cette désertion scandaleuse ; les acteurs sont dans leur valeur, et la scène, quelle qu'elle soit, est communément dans son point de précision. Thalie et Melpomène, loin d'avoir jamais à se plaindre, ont souvent lieu de s'applaudir. L'une y trouve le ton de nature et de vérité qui lui est propre, l'autre celui de noblesse et d'énergie qui lui convient.

« L'opéra bouffon est dans le même cas. Il y trouve également ses grâces, son état et son aménité ; ce sont, chacun dans son espèce, des tableaux riants qui, à un fond de correction dans ce dessein, ne laissent pas de réunir la fraîcheur du coloris. On ne dissimulera pas que, selon le genre, ils n'offrent parfois quelques touches faibles , quelques nuances un peu vives, même des ombres qui déparent, c'est-à-dire que, dans le comique, quelques acteurs, de temps à autre, soient au-dessous de la nature ; dans le tragique, au-dessus ; dans le

lyrique, qu'il fassent plus, qu'ils la négligent. Mais ce sont des taches fugitives qui sont bientôt ou couvertes ou rehaussées par des beautés en titre, car, encore une fois, tous les acteurs sont pleins d'intelligence et de ressource ; il ne faut que se connaître un peu au théâtre pour leur rendre cette justice.

n Car on ne doit pas ignorer que si les pièces ont leurs principes, la représentation a les siens. Le mérite des unes dépend moins de ce qu'on sait que de ce qu'on doit savoir ; celui de l'autre, non de ce qu'on sent, mais de ce qu'on doit sentir. Une pièce, quelqu'achevée qu'elle soit, ne fait pas la même impression sur tous les esprits. Il en est de même d'une représentation ; à quelque degré de perfection qu'on la porte, elle ne remue pas tout le monde au même point. Sur le premier chef, il n'est pas rare que nos lumières personnelles nous trompent; sur le second, il arrive souvent que nos propres sentiments nous abusent. Le seul juge impartial et sûr, dans l'un et l'autre cas, c'est un esprit éclairé par les règles imposées à chaque genre.

« Quant à la représentation, pour la juger sainement, la seule voie infaillible, c'est de prononcer, non d'après le rapport qui règne entre nous et ce qui se passe sur la scène, mais d'après celui qui se trouve entre les mouvements de la pièce et la manière dont on les rend. C'est à l'accord ou à la dissonnance de ces deux points que sont exclusivement attachés le succès ou l'échec d'une représentation.

« C'est donc cette belle harmonie qu'il faut examiner quand on veut s'ériger en juge ; et combien de gens en sont capables? A coup sûr, ce ne sont pas ceux qui crient lé plus haut. On doit distinguer l'ensemble d'avec l'apprêt, l'accompagnement, les pièces de rapport d'avec les simples circonstances, et pour l'ordinaire on confond tout. On va même plus loin ; on prendra, sans scrupule, les acteurs à la taille, à la figure, au volume, à l'organe ; comme si ce n'étaient pas autant de dons de la na-

ture qui sont étrangers au talent. C'est donner à l'agréable aux dépens du point essentiel. Pourvu que le jeu soit d'aplomb, qu'aucun mouvement ne tombe à faux, qu'il ne se trouve aucun louche dans la démonstration, on n'a pas de reproche à faire au spectacle, et assurément celui-ci est exempt de ces défauts.

« On fera cependant deux légères observations aux acteurs, dont l'une importe au lustre de l'autre, à la prospérité du théâtre. La première, c'est de rectifier, en certains cas, leur prononciation que souvent ils règlent sur l'orthographe ; celleci admet des lettres doubles et consonnantes que l'autre ne peut employer sans blesser Toreille et nuire à la douceur de la langue. Il suffit d'en faire valoir une, comme dans le mot lyrannie et autres, que Ton entend volontiers avec une lettre et qu'on souffre difficilement avec sa compagne.

« La seconde représentation qu'on fera au théâtre, c'est de varier la scène en fait' de grandes pièces, de ne les répéter qu'avec sobriété, et, en fait de petites, de les assortir avec discernement. La rareté dans toutes choses intéresse et le choix nous captive.

I' Je suis, etc. »

L'observateur qui a rédigé les lignes précédentes fut honoré d'une réponse par M. le chevalier de Limoges, lieutenant des maréchaux de France :

« Monsieur,

" J'ai lu dans vos Annonces du 18 juin une lettre relative aux spectacles. Quoiqu'elle ne soit pas écrite d'un style trèsintelligible, elle annonce dans la personne qui vous l'a adressée une connaissance profonde de l'art théâtral, et quelques pages de commentaires pourront la mettre à portée de tout le monde. Au surplus, je suis de son avis; la tragédie, la comédie et l'o-

péra-conii(iue nous olTrentdes sujets précieux, et ce n'est sûrement pas la faute des acteurs si le spectacle n'est pas mieux suivi. Mais il est d'expérience en cette ville que l'été, le goût de la promenade l'emporte sur tout autre, trahit sua quemque voluptas. Ainsi la désertion scandaleuse du temple de Thalie n'est l'efTet ni cTun souffle empesté, ni (rime maligne influence, ni d'un principe malfaisant, mais celui de la liberté que chacun a de faire ce qui l'amuse davantage. Je ne crois pas d'ailleurs que personne puisse s'arroger le droit de fronder les actions du public ; quand tout le monde a tort, tout le monde a raison ; car si chacun pouvait décemment s'expliquer sur les choses extraordinaires qui se passent sur le théâtre du monde, je demanderais pourquoi l'artiste célèbre, dont nous avons été forcés d'admirer les succès, ne jouit pas sans mélange de la gloire qu'il mérite? Pourquoi une ville dont le goût et les lumières sont connus ne se porte pas à encourager la hardiesse et les talents d'un mécanicien habile qui, après avoir établi aux Andelys une machine hydraulique généralement estimée, a été en Dauphiné en construire une autre qui monte trois cents muids d'eau par heure ; un homme qui a inventé une voiture qui va sans chevaux; un homme qui, comme en convient M. de Montgollier lui-même, a conçu le premier la possibilité de s'élever dans les airs ; un homme qui a démontré celle de se précipiter, sans risque, de l'endroit le plus élevé ; un homi<îe enfin qui, s'il n'a pas surpassé ceux qui l'ont précédé dans la carrière aérostatique, les a pour le moins égalés ; je demanderais comment il se fait que, dans une ville riche et éclairée, l'on porte le mépris des belles choses jusqu'à souffrir qu'un artiste qui fait la gloire de cette province, qui l'a vu naître (1), ne soit pas même indemnisé des frais qu'il fait pour leur

(1) Blanchard est né aux .\ndelys, en 1753.

procurer le plaisir de ses expériences? Mais la liberté des goûts et des actions est une chose sacrée que je dois et veux respecter.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« Le chevalier DE LIMOGES,

« Lieutenant des maréchaux de France. »

Quoi qu'il en soit, lorsqu'un compositeur célèbre venait à Rouen, l'accueil le plus flatteur lui était fait, témoin l'hommage public rendu à Champein , auteur de la Mélomanie, qui fut couronné à la représentation de cet opéra.

Ce couronnement inspira les vers suivants à M. le chevalier de Limoges, dont la fécondité poétique était alors si grande qu'il remplissait les journaux de ses élucubrations variées :

Qu'elle doit avoir d'agréments

Pour toi, cette illustre couronne !

L'équité seule te la donne ; Elle est le prix de tes rares talents.

Le dieu du goût veille à ta gloire,

Jusques aux cieux ton nom porté

T'élève à l'immortalité ; Il a déjà sa ligne au temple de mémoire. La couronne dont hier j'essayai de t'orner

Est du plus agréable augure !

Pour Apollon, je prenais la mesure

De celle que lui-même il doit te décerner.

Un autre poète, — mais anonyme, — fit le quatrain que voici :

DE ROUEN. f)1

Enfin, j'ai vu l'auteur de la Mélomnnie ;

Dans la foule il était caché.

Je ne l'ai pas longtemps cherché :

Au feu de ses regards on connaît le génie.

A son tour, Ghampein crut devoir se mettre en frais d'un quatrain, et sa reconnaissance lui dicta le suivant :

Quand, par un impromptu galant, ingénieux. Vous dites qu'aux regards on connaît le génie , Anonyme charmant, offrez-vous à mes yeux Afin que je le voie une fois en ma vie.

Les deux représentations au bénéfice des hospices eurent lieu en 1784, l'une le 17 mars, composée de VHojnme à projets, comédie, suivie d'4?"iawe; l'autre le 1k du même mois, composée de \ Amant jaloux, opéra, précédé de la Fausse Suivante, ou le Fourbe puni, comédie en trois actss et en prose, par Marivaux et Parfaict l'aîné. — Le produit net des deux soirées a été de 1,100 livres.

Lorsque la comédie V Homme à projets fut donnée au bénéfice des hôpitaux, elle était nouvelle à la scène rouennaise ; la critique s'exerça sur cette pièce. Voici une appréciation curieuse, coiflfée d'un titre qui ne l'est pas moins :

}Ion coup d'oeil sur l'Homme à projets, comédie nouvelle.

Je l'ai vu cet homme à projets, Et tous ses châteaux en Espagne ; Il est digne de la compagne

Pour lui que l'on invente exprès.

Ah ! que le ciel la lui conserve,

Et qu'en le faisant rimer mieux,

Quelque jour madame Minerve

Le mette au rang des demi-dieux !

Le marquis est inconcevable :

Philosophe toujours outré,

Il n'est ni naturel ni vrai ;

Il peut n'être pas raisonnable,

Son cerveau peut être timbré.

Mais au moins qu'il soit vraisemblable.

A quoi bon ce frère cadet,

Qui se montre et qu'on emprisonne ?

C'est un hors-d'œuvre tout complet

Qui ne saurait plaire à personne.

Pourquoi, contre un sexe enchanteur,

Verser des flots de bile amère ?

Si souvent il est imposteur,

A nos cœurs il est nécessaire.

Ce sexe est fait pour nous charmer;

11 est compatissant et tendre ;

Nous sommes tous nés pour l'aimer,

C'est en vain qu'on veut s'en défendre.

S'il a l'art de nous attraper,

S'il fait gloire de nous duper,

Nous savons, je crois, le lui rendre.

Mais rendons justice à l'auteur :

Il a des tirades charmantes,

Des images vives, piquantes,

Et des tableaux parlant au cœur.

Mais la représention la plus remarquable de toute l'année 178/| a été celle du l'"'' octobre, dans laquelle lut

jouée une pièce ou riionneiir du grand Corneille. C'était une Centenaire dans le genre de celle qui avait été représentée <i Paris pour Molière, quelques années auparavant. Il y avait peu d'action dans la Centenaire de Corneille, mais elle était écrite en vers élégants, harmonieux et purs. Le mérite du grand poète y était montré sous tous les aspects, La scène représente les bosquets du Parnasse ; Apollon y a fait préparer une fête pour célébrer la Centenaire du grand Corneille. Le trône est élevé pour le recevoir, les couronnes l'attendent; mais Pluton, l'inexorable Pluton, n'a pas voulu laisser sortir Corneille de ses sombres États, et c'est en vain qu'Apollon le désire. Scudéry, plus heureux, vient réclamer pour lui-même l'honneur que l'on va rendre h l'auteur immortel de Cinna et fait de ses chefs-d'œuvre une critique amère qu'Apollon relève d'une manière sublime et avec l'éloquence d'un dieu. Cependant Pluton s'est laissé fléchir aux prières d'Apollon, et Corneille paraîtenfin. Le dieu le fait monter sur son trône où trois muses, c'est-à-dire Melponiènc, Thalie et Polymnie, vont chacune poser une couronne sur sa tête.

Cet intermède était terminé par des couplets que chaque personnage chantait à son tour ; voici celui d'Apollon, qui a été bissé :

Trois divinités du Parnasse, Par rhommage le plus brillant.

Viennent à Tenvi sur ma trace De récompenser le talent. Cest peu d'avoir en diadème Ces trois couronnes sur le front, •J'en réclame une quatrième Que vos suffrages donneront.

Cette pièce était de M. le chevalier de Gubières, connu déjà par plusieurs ouvrages dramatiques et par des poésies fugitives. Elle a eu un succès complet. L'auteur a été demandé vivement, mais il n'a pas paru. Baptiste aîné jouait le rôle d'Apollon, Bocquet celui du génie de l'ancienne Rome, Le Bert celui de Scudéry. Les rôles de femmes étaient tenus par MM"" Dufresne, Malherbe et Descoins.

M. le chevalier de Gubières, écuyer de la reine, auteur de la Centenaire de Corneille^ adressa à M""^ Dufresne, première actrice du théâtre de Rouen, les vers suivants :

Corneille, agrandissant mon âme, L'élève jusqu'aux cieux sur des ailes de flamme. Corneille, de nos jours, égal à ses Romains, Eût été de leur temps le premier des humains.

Mais ces écrits, dont la magie A pour mon cœur des attraits si puissants, Veulent être rendus avec cette énergie Qui du grand homme embrasait tous les sens Lorsqu'au peuple de Rome il prêtait ses accents. Je t'ai vue... et j'ai cru, sur les rives du Tibre Par ton art enchanteur tout-à-coup transporté.

De la nation la plus libre

Voir renaître la majesté.

Tu réunis la noblesse à la grâce :

Amante de Cinna, sœur ou femme d'Horace, Dès qu'on a pu t'entendre, il faut soudain t'aimer,

Et c'est toi que l'on idolâtre

Lorsque, t'admirant au théâtre, On croit pour ton talent se laisser enflammer.

M. le chevalier de Limoges, lieutenant des maréchaux de France, ne pouvait pas garder le silence en une aussi belle occasion. Il s'en garda bien et composa deux poésies au lieu d'une.

Vers à M. le chevalier de Cubières sur sa Centenaire de Corneille.

En vain il se cachait à l'ombre du mystère ; Je l'ai cherché, je l'ai connu, L'aimable auteur de cette Centenaire^ Qu'à ses rare's talents hommage soit rendu !

C'est en consacrant la mémoire Du plus célèbre des mortels.

C'est en lui dressant des autels Que CUBIÈRES vole à la gloire.

Oui, supposons pour un moment

Que le mauvais goût, le caprice,

La basse pnvie et l'injustice.

Eussent obscurci lâchement

La gloire d'un aussi grand maître,

Il vous devrait un nouvel être.

Chacun surpris, confus de son aveuglement, Forcé de l'admirer, conviendrait hautement Qu'en célébrant un nom aussi cher à la France, Vous ne pouviez manquer de charmer tous les cœurs.

Surtout étant d'intelligence

Avec Phœbus et les neuf sœurs.

Vers à M. le chevalier de Cuhiêres sur la lecture de sa Seconde Centenaire de Corneille, que Vauteur préfère à la première.

Quand, dans un dîner littéraire,

Tu nous lisais ta Centenaire, Le dieu du goût, pour la première fois, Songeant à moi, me dit bas à Foreille :

— Ceci vous semble une merveille !

Vous êtes surpris, je le vois ;

Mais, apprenez tout le mystère,

J'ai, de ce poète charmant.

Fait, à la fin, mon secrétaire,

Mon secrétaire... oui vraiment.

Sachez que cet auteur, dont la verve exaltée, Enchante tour à tour et le cœur et l'esprit,

Sûr de plaire quand il écrit.

N'écrit plus que sous ma dictée.

0 toi, dont je sais le secret.

Ami, si je suis indiscret,

Pardonne au motif qui m'emporte.

Et, ne pouvant sans son aveu.

Comme toi parvenir au temple de ce dieu, Fais qu'il me laisse au moins écouter à la porte.

Les deux Centenaires de Corneille, pièces en un acte et en vers, ont été représentées à Rouen, Bordeaux, etc. La seconde est la meilleure des deux ouvrages. Melpomène, désirant revoir Corneille et lui rendre un hommage séculaire, est allé le demander h Pluton. Thalie est restée pendant ce temps gardienne du temple de sa sœur, mais

le Faux Goût y a pénétré malgré elle et est venu s'asseoir sur le trône de Melpoinène, aux acclamations de ses nombreux partisans. Cependant le Faux Goût sort avec sa suite pour aller faire répéter un ballet-pantomime, et le grand Corneille arrive, conduit par Melporaène et Thalie. Bientôt le Faux Goût revient réclamer pour lui les honneurs destinés à Corneille ; il ose même monter sur le trône du Génie, mais Apollon descend du ciel, lui décoche une flèche et rend au grand Corneille toute la gloire qu'il mérite.

Le 3 janvier 1785, les comédiens donnèrent deux pièces nouvelles qui obtinrent d'unanimes applaudissements : le Bienfait anonyme , drame en trois actes , par Pilhes du Tarascon, et V Habitant de la Guadeloupe, comédie en trois actes, par Mercier. La première de ces pièces, coup d'essai de Pilhes, avait été représentée avec succès, à Paris, sur le Théâtre-Français, le 21 août précédent. Dans le premier de ces deux ouvrages, on remarqua MM. Baptiste aîné et Dussaulx ; dans le deuxième, MM. Le Bert et Valleville, et M""" Dufresne et Baptiste.

M"* Dufresne, quelques années auparavant, figurait à Rouen dans les ballets. Cette circonstance motiva, en 1785, l'envoi à cette artiste des vers suivants :

Des élèves de Terpsychore, Par ta fraîcheur et ton fol enjouement, Hier encore, hier tu faisais rornement ; Se peut-il qu'aujourd'hui, maîtresse de Zamore, Amante de Cinna, fille d'Agamemnon, Epouse de Lincée ou femme de Gaston,

Tu captives notre suffrage !

Le cœur te reconnaît ; mais l'esprit enchanté

Demande où de ton art tu fis Tapprentissage. Peut-il d'étonnement n'être pas transporté ? L'intelligence en toi, séduisante Dufresne, Plaça la vérité pure, simple et sans fard. Mais si l'auguste Melpomène En tes mains remit son poignard, Nous aimons à te voir, caressant la Folie, Dérober quelquefois le masque de Thalie.

Le 2^ janvier, on donna la première représentation à'Atijs, opéra de Quinault, réduit de cinq actes en trois, et arrangé par Marmontel, musique de Piccini. On applaudit à la voix brillante de M. César, au timbre sonore de M. Fradelle et au chant simple et naturel de M""' Grenier, dont le public apprécia les efforts, aussi bien que ceux de M"* Descoins, depuis plus de seize ans en faveur au théâtre de Rouen. Mais on se plaignait généralement que les chœurs fussent peu nombreux et que l'orchestre laissât beaucoup â désirer.

On a donné le même jour le Goûter, proverbe dramatique en un acte, représenté par des enfants.

Le lendemain 25, une actrice débuta sans succès dans le rôle à^ Adélaïde Duguesclin, de Voltaire.

Le 30, le rôle de baron dans Félix, opéra, fut confié à un débutant qui échoua également.

Nous citerons encore cinq pièces jouées dans le commencement de l'année 1785 :

Les Deux Frères, drame en deux actes et en vers (du Théâtre-Italien), par de Milcent, auteur du Journal de Normandie ;

La Fausse Coquette, comédie (du Théâtre - Français) en trois actes et en vers, par Vigée;

Les Omt)res et Mercure, parade sur les ballons aérostatiques de MM. Charles et Robert, et sur le magnétisme de M. Mesmer, L'inscription sur l'atTiche des noms de MM. Charles, Robert et Mesmer a soulevé de justes plaintes;

Les Quatre fils Aijmon, pièce dans laquelle M""* Raptiste jouait le rôle de Claire. Un habitant de Rouen lui adressa même, à propos de ce rôle, les vers suivants :

Charmé de les talents, attendri par tes larmes, Lorsque je vois lever un glaive menaçant Prêt à priver du jour l'objet le plus charmant, Je tremble et de Renaud partage les alarmes ; Mais après ce moment d'épouvante et d'horreur, Quand cet heureux époux contre son sein te presse, Baptiste, je gémis, éprouvant sa tendresse, De ne pouvoir aussi partager son bonheur.

Sophie de Braban, pantomime.

En mars, M"^ Saint-Huberti vint jouer à Rouen et attira au spectacle une affluence considérable ; la célèbre virtuose, après avoir rendu les rôles de Zemire, de la belle Arsène, de Rose et de Colette, parut successivement dans Didon, Atys^ Iphigénie en Tauride et Ariane; elle était secondée par Chenard, du Théâtre-Italien, qui a joué à Rouen, à cette époque, le Déserteur.

Nos ancêtres avaient des galanteries dont on n'a plus l'idée de nos jours; à l'une des représentations de Didon, une couronne fut portée aux pieds de la cantatrice par

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une colombe ; à cette couronne étaient attachés les vers suivants :

Emblème de la fidélité, Te portant cette couronne, Je te garantis la sincérité Du cœur qui te la donne.

Cet hommage galant inspira à un poète anonyme la pièce de vers que nous transcrivons ici :

Un tribut indiscret peut plaire quelquefois. L'offre d'une couronne est toujours si flatteuse ! Mais, même dans tes mains, elle serait douteuse, Si le public, sévère et jaloux de ses droits. Par des cris redoublés annonçant son suffrage, N'en eût bientôt pour toi renouvelé l'hommage. C'est de lui seul, enfin, que tu tiens un tel don. Jouis des doux transports que ta présence inspire : Sur ce peuple assemblé vois quel est ton empire ! Quand, peignant à nos yeux les malheurs de Didon, Et surtout ce moment d'un cruel abandon, Des sons les plus touchants la sublime énergie Secondant de ton jeu l'étonnante magie, Tu nous fais à ton gré partager tour à tour Tes craintes, tes désirs, ta haine, ton amour. C'est ainsi que régnant doublement sur la scène, Tu joins les dons d'Euterpe à ceux de Melpomènn, Et t'assures le droit de plaire encor longtemps

Dans la brillante capitale.

Dont tu fixes les vœux et les goûts inconstants. Une autre, nous dit-on, se prétend ton égale. J'ignore le pouvoir de ses accents vainqueurs :

Mais dans l'art d'attendrir, d'émouvrir tous les cœurs, Non, non, Saint-IIuberti, tu n'as point de rivale.

Ce même rôle de Didon valut à M""" Saint-Huberti cet autre compliment poétique :

Tu n'as donc pu toucher le cœur De l'inflexible fils d'Anchise !

D'un œil sec il voit ta douleur, Et dit, pour masquer sa froideur, Que pour une haute entreprise Le ciel, accusant sa lenteur.

L'entraîne loin de son Elise.

Laisse fuir ce prince inhumain, Dis un mot, je suis ton Enée. Les Dieux alors m'appelleront en vain ; Tu rendras l'amour dans mon sein Plus puissant que la Destmée.

Le Pigeon de Boival, avocat.

Il est bien entendu que ces vers, pas plus qu'une foule d'autres que nous avons publiés, n'excitent pas notre admiration ; mais nous les reproduisons pour montrer quel était l'esprit de l'époque ; tant il est vrai, comme nous l'avons déjà dit, qu'à l'histoire du théâtre se rattachent bien des études diverses. La même remarque s'applique à la gasconnade suivante :

Oh ! sandis ! Messieurs les Normands, Disait Dorignac, je vous prends A né savoir ce que vous faites.

Sainte-Huberti paraît... crac, l'admiration

Vous met presque en convulsion.

Mais comment prouvez- vous lé transport où vous êtes? Une seule couronne est lé tribut cliétif Que vous payez à cette enchanteresse !

Convenez que, dans son ivresse.

Le Normand n'est guère inventif.

Moi, sans que rien né mé rétienne, Dé couronnes je veux lui donner un fagot. Mais, que dis-tu, bélitre? pauvre sot!

Chacun dé ses talents trouverait-il la sienne ?

Par le chevalier de Limoges , Lieutenant des maréchaux de France.

Enfin , quand M°"= Saint-Huberti quitta Rouen, dans les derniers jours de mars, un poète anonyme lui adressa ces adieux :

Si, par le perfide Thésée, Tu gémis d'être délaissée, Juge par toi de nos douleurs.

Que dis-je, ingrate enchanteresse.

Tu te fais un jeu de nos pleurs.

Quand ton charme a produit Tivresse, Quand tout en toi nous intéresse.

Tu pars, en disant que tu meurs.

Cette perfidie est cruelle.

Laisse au moins respirer nos cœurs.

Cours, vole où le destin t'appelle; Vas, nous ne plaignons plus ton sort.

Devons-nous pleurer sur ta mort.

Quand tu t'es rendue immortelle?

Puissiez-vous, lecteur, en lisant ces vers, rire autant que nous l'avons fait en les transcrivant.

Le 2 mars 1785, une représenlation au bénéfice des hôpitaux se composa de X Habitant de la Guadeloupe, comédie, suivie de Y Epreuve villageoise. Quant au produit net de cette soirée, il fut joint à celui d'une représenlation organisée dans le même but pendant l'année théâtrale suivante. Pour ce motif, nous ferons connaîre plus loin le total des deux recettes.

Depuis longtemps, le théâtre de Rouen fournit des sujets distingués aux scènes parisiennes. Le sieiir Brochard, comédien de Rouen , débuta, avec le plus grand succès, sur le théâtre des Italiens, à Paris, le 8 janvier 1785, par le personnage de Pierre Leroux dans Rose et Colas, et par celui du vieux Malhurin dans Biaise et Babet. Que d'autres depuis, par leurs succès à Paris, ont fait honneur à la scène de Rouen !

La clôture de l'année théâtrale 1784-1785 a eu lieu en avril.

Direction lUontausiei* et l\euTille, lï 79-1 789.

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