CHAPITRE YI. — CABRERA. i
la fin forcés d'en abandonner les ruines, s^estimant assez heureux d'avoir la vie sauve, grâce aux efforts du général Ayerbe^ qui vint au dernier moment les protéger et les re^ cueillir.
Cette catastrophe avait achevé d'enlever h Tarmée du Cenlre toute confiance en elle-même ; aussi quand LéopoIdoO'Dcnnell, aux premiers jours de juillet, seprésentaau milieu d'elle, la trouva-t-il dans Tétat le plus déplorable ; heureusement, les succès obtenus par Espartero dans le Nord tendaient à exercer une nouvelle influence sur le moral des esprits, en exaltant d'un côté les espérances des libéraux, et en dissipant tous les rêves de grandeur que se forgeaient autour de Cabrera les partisans et les auxiliaires de la monarchie absolue.
Le premier but que se proposa O'Donnell, ce fut d'éviter à la ville Je Lucena le sort de Merella ; toutes les visées du général carliste étaient depuis longtemps braquées sur elle, et au même mois de juillet, après avoir successivement occupé toutes les forteresses qui avaient jusqu'alors facilité aux troupes libérales les moyens de rapprovisionner, il croyait vraiment arrivé le moment de cueillir le fruit de tous ses efforts ; ses calculs furent déjoués par une marche rapide de son adversaire, qui avec cinq bataillons et quatre escadrons de renfort arriva inopinément de Saragosse parDaroca, Teruel, et Segorbe. Son arrivée, la présence de quelques troupes nouvelles, rendirent aux vieux soldats de l'armée du Centre un peu de leur ancienne énergie. Tous les corps de l'ancienne division Borso, concentrés h Castellon, se laissèrent conduire vers Lucena, rencontrèrent avant d'y descendre les bataillons de Cabrera, les délogèrent sans éprouver une perte de plus de 300 hommes, et se mirent en communication avec la place, qui fut ainsi sauvée du plus grand péril (15 juillet).
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L'effet de ce premier succès fut assez grand parmi les populations ; les soldats, de leur côté, comprirent qu'ils avaient à leur tète un général à la fois énergique et habile, et ils furent encouragés dans cette opinion par le gouvernement, qui^ pour montrer jusqu'où allait sa confiance dans le nouveau chef, lui décerna le titre de comle de Lucena. Ainsi commença à s'établir entre le ministère, l'armée, les généraux et les habitants un accord qui promettait des résultats sérieux ; depuis le commencement de la guerre, il no s'était jamais manifesté dans les provinces de l'Est avec une semblable énergie.
O'Donnell ne se faisait point d'illusion ; il comprenait qu'avec les seules ressources de Tarmée du Centre, poursuivre Cabrera, le vaincre en bataille rangée et l'anéantir dans ses derniers retranchements était chose impossible. On pouvait seulement lui enlever l'un après l'autre les points fortifiés au moyen desquels il assurait sa domination sur une si grande étendue de territoire ; puis, après avoir ainsi diminué progressivement ses forces, on pouvait le contraindre à épuiser les ressources des pays où il aurait été enfermé ; c'est dans cette disposition d'esprit qu'il se décida à consolider les lignes établies par van Halen à partir d'Onda jusqu'à la frontière d'Aragon, et qu'il se proposa d'enlever de vive force le fort de Taies, à l'aide duquel Cabrera menaçait incessamment la position d'Onda. Après un engagement dans lequel carlistes et libéraux perdirent environ 700 hommes de part et d'autre, Taies fut pris et rasé (14 août).
Deux fois battu par son nouvel adversaire, Cabrera chercha à relever par quelque action d'éclat son prestige qui baissait, et informé qu'un corps isolé dont les mouvements dépendaient du ministère de la guerre à Madrid opérait dans la province de Cuença, il fît ses préparatifs pour l'en-
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velopper. Appelées précipitamment du bas Aragon et de Gantavieja, des colonnes commandées par Balmaseda et For** cadell et dirigées par lui-même, furent assez rapides dans leur marche pour atteindre dans la ville de Garboneras le corps qu'il guettait, et pour lui imposer après quelques luttes sanglantes une capitulation nécessaire ; 2 000 prisonniers, 450 chevaux, tel fut le résultat de ce coup de main qui ne coûta guère aux carlistes plus de 300 hommes (!•' septembre).
Dans d'autres circonstances Taffaire de Garboneras eût causé une très-grande impression sur Topinion publique, d'autant plus grande que les carlistes opéraient dans une province déjà très-voisine de la capitale; mais comme la nouvelle s'en répandit partout avec celle de la signature de la convention de Vergara, elle perdit toute valeur devant ce grand fait, dont l'importance paraissait, avec juste raison^ tout à fait décisive.
. Cabrera eut beau sMndigner contre Maroto, exhaler sa fureur en phrases frénétiques, défendre à ses subordonnés de prononcer le mot même de transaction^ il ne put empêcher le désir de la paix de se faire jour sur son propre territoire, il eut bientôt à compter, parmi ses propres officiers, avec des hommes qui voulaient béniflcier des avantages de la transaction.
Le premier qui songea à se rallier ainsi au gouvernement libéral, ce fut Cabafiero, l'envahisseur de Saragosse dans la nuit du 5 mars 4838 : non content d'agir par son exemple, il s'adressa, dans un manifeste, à tous ses compagnons et les engagea à déposer les armes; toutefois, il s'était exagéré sa propre influence, et dans ce moment critique Cabrera fut assez fort pour conserver autour de son drapeau presque tous ceux qui avaient l'habitude de suivre ses ordres.
Il fallait donc continuer la guerre ; seulement, la pacifî-
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cation des provinces basques et de la Navarre mettait à la disposition du gouvernement espagnol une armée de 44 000 fantassins, 3 000 chevaux et f 60 canons environ, et il était impossible, malgré toute son arrogance, que l'ancien étudiant de Tortose pût résister à un tel surcroît d'ennemis. Il fut décidé à Madrid qu*Espartero serait chargé de continuer en Catalogne et en Aragon Tœuvre qu'il avait, déjà si heureusement accomplie dans les provinces basques et en Navarre; on était sûr qu'il s^entendrait avec O'DonncU, à qui il confia en effet les fonctions de chef d'état-major, tout en lui laissant la direction spéciale de Tarméc du Centre ; disposant de toutes les ressources, Espartero fut le mattre encore de déterminer à son gré et le nombre de troupes qu'il fallait laisser dans les provinces pacifiées et celui qu'il fallait conduire contre Cabrera d'abord , ensuite contre les bandes catalanes.
Le mois de septembre 1839 n'était pas écoulé que toutes les dispositions nécessaires étaient déjà prises ; le général Rivero dut rester en Navarre avec 13 bataillons et 8 escadrons; 25 autres bataillons furent destinés à la garde des provinces basques. Le reste de l'armée du Nord, |)artagé en quatre divisions, descendit dans le bas Aragon et commença à proléger tout ce malheureux territoire contre les bandes nombreuses qui le désolaient depuis si longtemps.
D'accord avec O'Donnell, Espartero ne crut pas prudent de s'engager tout de suite dans le massif de montagnes que dominent Morella et Gantavieja ; il leur sembla, à tous deux, beaucoup plus sage de resserrer les lignes à mailles beaucoup trop larges que Tarmée du Centre avait déjà établies, de soumettre succesivement tous les petits forts qui resteraient aux mains des carlistes en dehors de ces lignes, et de les réduire ainsi peu à peu à leurs forteresses centrales, où l'on pourrait les bloquer tous d'un seul coup. Ce plan décidé
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fut mis aussitôt en œuvre, malgré l'approche de Thiver, qui rend si difficiles toutes les opérations militaires.
Cabrera ne se méprit pas sur la valeur de cette combinaison ; il comprit tout de suite qu'elle devait aboutir pour lui à un désastre infaillible, mais il était décidé à lutter jusqu'au bout et s'était trop compromis par la nature des sentiments qu'il avait exaltés chez ses soldats^ pour ne pas résister jusqu'à la fin. 11 s'occupa d'abord de se débarrasser, dans Morella, de la junte carliste qui administrait au nom de don Carlos ; il la remplaça par une autre composée d'hommes exclusivement dévoués à ses intérêts; il imposa ensuite silence à tout le personnel ecclésiastique qui avait afflué autour de lui en 4838, à l'époque de ses plus grands succès, et cherchait à exploiter au profit exclusif de l'Eglise, un esprit superstitieux, développé au suprême degré; il autorisa à se retirer de son armée quiconque voudrait suivre l'exemple de Cabafiero, mais promit de fusiller le premier qui, en y restant, parlerait encore de transiger; enfin, il se promit de contrarier, par une extrême mobilité, la tactique sévère que voulaient suivre ses adversaires.
Pendant les deux mois d'octobre et de novembre et celui de décembre, la lutte fut spécialement concentrée dansles environs de Chelva, dans le royaume de Valence ; il s'agissait, pour les libéraux, d'occuper un certain nombre de positions qui leur assureraient la possession exclusive de la grande route de communication entre Madrid et Valence; tous ces points furent emportés par eux après de très-nombreux engagements, où le sang continua^ sans profit, à couler eu abondance de part et d'autre.
Cabrera, tombé très-gravement malade dans les premiers jours de décembre, n'avait pu prendre aucune détermination pour plusieurs de ces faits qui l'intéressaient au plus haut point; on comprend ensuite combien la nouvelle de sa
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maladie avait dd jeter d'alarme parmi ses partisans, si l'on pense qu'il était Tunique centre de tous les ordres, l'unique autorité suprême par laquelle tout se résolvait chez les carlistes du Maeztrazgo.
Mettant à exécution les ordres qu'il avait laissés, deux de ses lieutenants tentèrent de détourner de leur plan les généraux de l'armée libérale, en envahissant les provinces de Guença et de Guadalajara. Bspartero et O'Donnell se contentèrent d'envoyer des colonnes à la poursuite des deux expéditionnaires; quant à eux, préoccupés de maintenir leurs lignes, ils continuèrent la tâche qu'ils s'étaient imposée d'organiser fortement la milice nationale dans toutes les villes d*où ils avaient chassé leurs adversaires, de détruire les forteresses qu'ils ne voulaient par garder, et d'en construire de nouveUes dans tous les points qu'ils voulaient défendre à tout prix. Au commencement de janvier i840, ils avaient laissé bien loin derrière eux les deux forteresses de Segura dans le bas Aragon, et d'Alpuente, au nord de Ghelva; il fallait absolument les réduire avant d'aller plus avant. Elles furent donc soumises à un siège régulier et capitulèrent, l'une le 48 février, l'autre le 2 mai seulement. Tandis qu'Alpuente résistait encore, Ëspartero alla lui-même mettre le siège devant le château fort de Gastellote, qui le retint, malgré Tarlillerie dont il disposait, jusqu'au 26 mars ; de son côté, O'Donnell réduisit une autre forteresse, Aliaga, qui défendait la route de Gantavieja, du côté de l'ouest, comme Gastellote la défendait du côté du nord (15 avril).
Ainsi, les troupes libérales avançaient à la fois sans rétrograder et sans rien laisser derrière elles jusqu'au massif même d'où Gobrera était parti pour étendre sa domination. Avant de rien entreprendre contre Gantavieja, Ëspartero et O'Donnell voulurent encore s'emparer des
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châteaux d'Alcala, de la Selva et d'Ares, et attendirent que le comte de Belascoain se fût, par la rive droite de TEbre, avancé jusqu'à Horta etBeceite, c'est-à-dire jusqu'à rentrée des déûlés d*où les carlistes avaient Thabitude de se précipiter contre la malheureuse Gandesa. C'est alors, et alors seulement, qu'ils marchèrent sur Cantavieja. Cabrera, qui venait seulement de reprendre la direction de ses troupes, après un intervalle de plus de quatre mois, pendant lequel sa maladie l'avait tenu dans un repos forcé, comprit qu'au point où les choses en étaient arrivées la défense de cette forteresse n'était plus possible. Il donna Tordre de l'abandonner. Les libéraux, avertis* arrivèrent avant qu'elle fût complètement incendiée ; ils purent encore s'emparer d'une grande quantité de munitions et de dix pièces de siège.
C'était évidemment autour de Morella que les carlistes pensaient concentrer toute l'énergie de la résistance, et cette cité ne pouvait plus tarder à être investie ; le cercle se refermait autour d'elle de tous les côtés. Les troupes venues par le Midi allaient donner la main sous ses murs à celles qui venaient avec Léon de la rive droite de l'Ebre.
Déjà les actions en rase campagne contre un ennemi plus puissant étaient devenues tout à fait impossibles aux carlistes; la désertion augmentait dans des proportions de plus en plus fortes. Chaque jour, des officiers avec leurs soldats passaient sous les drapeaux de l'armée libérale, et ces nouveaux soldats étaient ensuite les plus acharnés, contre leurs anciens camarades. Il était évident que le moment décisif était arrivé pour les carlistes, où l'édifice créé par eux s'écroulait de toutes parts.
Le siège de Morella commença le 19 mai dans des conditions très-défavorables aux assiégeants ; le froid était si rigoureux, que plusieurs soldats installés aux tranchées furent
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gelés. Néanmoins, les opérations étaient à peine commencées depuis quatre jours, que déjà le désordre s^était mis dans la faible garnison qui était assiégée.
Le 23, Espartcro entrait en possession de deux redoutes importantes qui auraient dû être défendues à tout prix. Trois jours après commença le bombardement; les effets en furent tels, que la place cessa vite d'être tenable ; il dura quatre jours; au bout de ce temps, les chefs de la garnison décidèrent, dans un conseil de guerre, qu'une sortie serait tentée, et qu'on chercherait à rejoindre Tarmée de Cabrera. La sortie eut lieu, en effet ; mais à peine le gouverneur et quelques volontaires purent-ils traverser les lignes des libéraux; plus de 500 prisonniers tombèrent aux mains des assiégeants, et une colonne entière, composée d*hommes, de femmes et d'enfanls qui voulaient échapper aux bombes, se trouvant pressée entre les feux des assiégeants et des assiégés, fut exposée, dans l'obscurité de la nuit, aux plus terribles calamités. Le lendemain de cette fatale sortie (30 mai), il y avait 240 cadavres dans les fossés. Sous le coup de ce désastre, la ville consentit à capituler et Espartero y pénétra tambour battant, sans autre condition que celle d'avoir promis la vie à tous ses défenseurs. La prise de Morella faisait tomber entre les mains des libéraux plus de 2700 prisonniers, y compris militaires, employés et prêtres, 15 pièces d'artillerie et 48 mortiers.
Dès qu'il eut connaissance de la reddition de Morella, Cabrera comprit qu'il ne lui restait plus rien à tenter sur la rive droite de l'Ebre; il songea, avec les éléments qui lui restaient, à s'interner en Catalogne, d'autant plus que don Carlos, depuis longtemps, avait officiellement concentré entre ses mains le commandement en chef des troupes carlistes dans tout l'est de la Péninsule. Tous ses principaux officiers consentirent à l'aider dans cette su-
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prèmeet dernière teatalive^ et le 2 j^iin i840, six mille carlistes fidèlcsi qui," après la convention de Yergara et la prise de MoroUa, voalaieat encore suivre sa fortune, passaient avec lai de Tautre côté de TEbre, dans les environs de Flix. De ce jour, on peut considérer comme' terminée la guerre civile, dans toutes les provinces d'Aragon, de Valence et dé Murcie. 0*Donnell .publia.et'data de Morella un bando dans lequel il offrait' le pardon et complète liberté à tous ceux qui, ayant déjà appartenu à Tarmée libérale, voudraient rentrer dans leurs ^anciens corps; il menaçait de fusiller immédiatement quiconque serait pris avec des armes ou aû- ,rait donné asile & des hommes armés. Dans les villages où rnulorité les aurait tolérés sans donner avis, Falcade^ le curé et les deux plus forts contribuables devaient être déportés.. Ces mesures, mises à exécution avec une sévérité inflexible, parvinrent à ramener, au bout de très-peu de temps, dans ces parages si durement éprouvés pendant de longues années, le.rétablissement de Tordre et la tranquillité publique.
Or, quels événements s'étaient accomplis en Catalogne, depuis le départ 'd'Urbiztondo (â janvier 4838), et dans quel état les fugitifs du Maeztrazgo allaient^ls trouver le parti carliste de celte province ?
La junte de Berga^ qui représentait l'élément catalan par excellence, se divisait elle-même en deux fractions trèshostiles, Tune exclusivement aristocratique composée de nobles, l'antre plutôt démocratique et s'intitulent univei^sitaire, parce qu'elle avait à sa tête plusieurs docteurs de l'université de Cervera. Celle-ci était devenue tout à fait prépondérante dans la direction des affaires après le départ d'Urbiztondo. Elle aurait voulu donner le commandement suprême à Brujo ou à Tristany, les deux principaux chefs de bande qui réunissaient autour. d'eux le plus grand nom-
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bre de parlisaDs; mais, sur leur refus, elle choisit le colonel Segarra, dont on vanlait les qualités militaires. Ce dernier^ pendant six aïois, de janvier à juillet i 838, s'occupa presque exclusivement de Torganisution de l'armée; il établit un collège militaire, flt décréter une levée générale de tous les célibalaires et veufs âgés de dix-sept à quarante-cinq ans^ s'occupa de recueillir des armes, des munitions et des provisions; quant aux opérations militnires, elles furent presque nulles et se bornèrent, de la part des carlistes, à quelques surprises, comme celle où cent vingt jeunes gens des meilleures familles de Ueuss eurent le malheur de succomber, ou au sac de quelques cités de second ordre, comme Gerri, Monistrol, tandis que les libéraux reprenaient de leur cAté la ville de RipoU.
Le nouveau chef manquait évidemment de prestige aux yeux des Catalans. On songea donc à le remplacer par un personnage marquant, capable d'exciter Tenthousia^me et de jouer, dans cette province, le rAle de Cabrera dans le Maeztrazgo. C'est dans cette pensée que les yeux se portèrent sur le terrible comte d'Espagne, dont nous avons raconté les hauts faits lorsqu'il gouverna à Barcelone, comme capitaine général, au nom de Ferdinand VII ^ On se souvient qu'appelé une fois déjà par don Carlos & diriger la guei^*e en Catalogne, le comte d'Espagne avait été arrêté par la police française au moment où il mettait le pied sur le territoire espagnol; il avait été interné à Taotre extrémité de la France, à Lille, où]il avait été l'objet de la surveillance la plus sévère.
Pendant dix-huit mois, le comte affecta d'être malade, de gai'der le lit et de vouloir cesser toute relation avec le prétendant et les hommes de son parti; c'était une ruse pour obliger ses gardiens à se relâcher dans l'exécution de
< Voir !'• série, t. II, p. S29.
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leurs ordres. II réussit, en effet, à les tromper, et lorsque jugea le moment opportun il parvint à s^évader et on le vit tout à coup, dans les premiers jours de juillet 1838, apparaître à Bergn. Sa présence, depuis longtemps désirée par Ja junte comme pur don Carlos, produisit dans tout le camp carliste une allégresse extrême ; il fut tout de suite reconnu par tous comme commandant en chef. Mais la satisfaction générale ne devait pas être de longue durée ; les chefs de bande comprirent bientôt qu'ils s'étaient donné le chef le plus sévère et le pins cruel qu'ils pussent avoir à redou* ter; ennemis de toute discipline, ils se voyaient forcés d'obéir au militaire le plus rigoureux et le plus inflexible sur tous les détails de Tordonnance ; pTartisans d'une petite guerre de montagnes, ils avaient affaire à un stratégiste ayant la manie des plans et méprisant tout système d'attaques partielles et isolées. 11 y avait donc incompatibilité absolue d'humeur; et lorsqu'on s'aperçut que, soit conscience de sa faiblesse, soit mépris de la cause où il était engagé, soit dégoût des individus au milieu desquels il était condamné à vivre, le comte d'Espagne, au lieu d'entrepVendre aucune opération de grande portée, se mainte. nait dans l'inaction, la déflance la plus absolue, la haine même, succédèrent bientôt aux premiers transports de joie avec lesquels il avait été accueilli.
Aux témoignages de désaffection qui lui étaient prodigués, le comte d'Espagne, Odèle à son caractère, répondit par l'établissement des peines les plus sévères. A Berga, comme jadis à Barcelone, il mit la potence, l'échafaud, la fusillade en exercice permanent ; fler de mériter le surnom de Trenca-Caps (coupe-tôtes), il ne voulait dominer que par la terreur. La mort même ne lui paraissait pas un supplice sufflsant : chacune de ses victimes, avant d'expirer, devait avoir le poignet coupé.
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On se souvient quUI aimait à donner aux exécutions un relief toujours théfttral ; ses troupes y assistaient Tarnie au bras «t, comme chez les peuples de TOrient, on exposait sur les murailles, à la curiosité publique, les têtes des victimes.
Pendant plusieurs mois, sur la place qu'il avait choisie à Berga pour être le lieu des supplices, on vit au bas de la potence le billot de bois sur le bord duquel le bourreau, avec sa hache, séparait la main des condamnés à mort. Quelquefois^ comme il arriva à un trompette coupable d'avoir assassiné un sergent que par trahison il avait fait sortir de son poste, la coupure du poignet ne suffisant pas à satisfaire la férocité du comte d'Ëbpagne, tous les mem* bres étaient successivement coupés par le bourreau, Tun après Tautre, pour être exposés séparément à tous les coins de Berga.
Impossible de pouvoir calculer le nombre de victimes qui furent condamnées par lui au dernier supplice pendant tout le temps que dura son commandement ; le nombre en est considérable, car tout larcin, tout vol, toute possession d'arme prohibée, constituaient un titre suffisant pour être condamné à mort. Ce qu'il est juste seulement de constater, ce qu'affirment les témoins oculaires qui ont assisté à ces terribles scènes, c'est qu'une justice impartiale, quoique sommaire, présidait toujours à l'examen des coupables. Attaché à ses convictions, considérant la sévérité comme Tunique moyen de se faire obéir, et la discipline comme le lien nécessaire des armées, il punissait les officiers plus sévèrement encore que les soldats, augmentant la rigueur de ses châtiments en proportion de la catégorie sociale des criminels, et restant sourd à toutes les suggestions, à toutes les recommandations.
Aussi, malgré la férocité de ses actes, à cause de son esprit