‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 101 sur 152 · CHAPITRE VI. — CABRERA · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — CABRERA

de justice, le comte d'Espagne fût peut-être parvenu à forcer l'obéissance des rudes Catalans, si les événements de la guerre avaient tourné à son avantage : vaincu, il n'avait à attendre d'eux qu'un sort semblable à celui qu'il avait fait subir à un si grand nombre de leurs compatriotes.

Les premières opérations du mois de juillet avaient déjà commencé à ébranler la confiance qu'on avait en lui : il avait laissé le baron de Meer occuper fortement la place de Solsona, située au centre d'un pays montagneux, où les carlistes se considéraient comme maîtres, et témoigner le désir de s'y établir si solidement^ qu'il ne fut plus possible de l'en déloger. Tant que les libéraux occuperaient fortement cette place, le comte d'Espagne se voyait forcément limité du côté de l'ouest et dans l'impossibilité de faire contribuer, sans s'exposer beaucoup, les deux vallées du Sègre et de la Nognert Pallaresa dont il tirait d'abondantes ressources. Aussi le vit-on s'attacher à blo • quer d'une manière constante le corps de troupes chargé de la garnison de Solsona ; 'également persuadé de l'importance de cette position, le baron de Meer, de son côté, consentait à faire des expéditions en règle pour rapprovisionner d'une manière constante : les principales opérations militaires qui marquent la fin de l'année 1838 se bornent à des efforts constants du baron de Meer pour faire entrer des convois dans Solsona, tandis que les carlistes cherchent à s'y opposer ; dans tous les engagements les libéraux sortirent vainqueurs, ce qui ne contribua point à augmenter la confiance des Catalans dans leur nouveau chef.

Le comte d'Espagne crut ensuite qu'il entrait dans les intentions de son adversaire d'attaquer la ville de Berga où il avait établi le centre de ses opérations ; dans cette pensée, il ordonna la destruction, dans un très-large rayon, de tous leis édifices qui pouvaient gêner la défense de cette

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place. Cet ordre jeta la désolation dans un trèsrgrand nombre de familles et suscita contre lui les haines les plus violentes : elles s'exhalèrent en imprécations d'autant plus vives que Berga ne fut pas attaqué** et que la mesure fut considérée comme inutile.

Une expédition dirigée par un des principaux chefs carlistes dans la vallée d'Aran, à la suite de la révolte d'un détachement libéral qui s'était insurgé dans le fort de Yiella, fut suivie d'un très-grand désastre. Le corps expéditionnaire revenait chargé de dépouilles après avoic'ravagé les habitants, lorsque^ menacé par un détachement ennemi, il dut s'engager dans les montagnes. Surpris par une violente tempèt(% il perdit tout le convoi qu'il traînait avec lui ; les bœufs et les mulets se dispersèrent de tous côtés, les soldats trouvèrent la mort dans les précipices et il fallut abandonner l'artillerie. Pour sauver les restes de ce corps, le comte d'Espagne s'aventura avec une grande partie de ses forces dans ces parages ; il y fut suivi par son adversaire, qui ne lui laissa aucune trêve et l'obligea à redescendre dans la vallée du Llobregat, la seule où il fût véritablement à l'abri de toute attaque.

Aucun de ces événements n'était de nature, on le pense bien, à accroître le prestige du comte d'Espagne; privé de ressources que la junte ne savait pas lui procurer, il s'en prit à elle du peu de succès qu'il obtenait et s'occupa de briser sonautorité. C'est par la fraction aristocratique de ce conseil qu'il avait été appelé ; il se déclara cependant contre elle et força à se réfugier en France cinq de ses principaux membres. Les universitaires, avec lesquels il ne restait plus que deux membres de la fraction adverse, virent leurs attributions très-diminuées et durent tenir leurs séances en dehors de Berga, dans un petit village, à quelque distance

delà ville même qui servait de centre à tous les partis.

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Le baron de Meer ne montrait pas, de son côté, beaucoup plus d'enthousiasme que son adversaire à entreprendre des opérations militaires : il semble qu'il y eût, entre Tun et Pautre, comme un pacte tacite de laisser la question se décider dans les provinces basques et en Navarre. Le baron, au reste, s'occupait beaucoup de politique intérieure; ses tendances Téloignnient des progressistes. Il s'était livré, dans la ville de Barcelone, pieds et poings liés, à l'élément modéré, et en raison de ses préférences trop accentuées, il avait à se défendre contre tous ceux qu'il s'était aliénés par son nxtrême partialité. Tout-puissant tant que le ministère Gastro-Mon avait été à la tète des affaires, il s'était vu attaqué avec énergie pendant tout le ministère Frias-Walgornera; puis à l'avènement d'Âlaix au ministère de la guerre, il sentit se former contre lui une opposition violente à laquelle il tentait de résister. Dès le commence* ment de 1839, on commençait à parler de sa prochaine séparation : il essaya de la reculer par quelques faits de guerre, s'empara d'Ager (8 février), dont la possession importait beaucoup pour la conservation de Solsona, fit sonner bien haut l'héroïque défense des gardes nationaux de Belcérany, continua de faire conduire des convois d'approvisionnement à Solsona; en définitive, il ne tenta rien de sérieux.

Bientôt même les carlistes, prenant l'initiative, s'emparèrent, sur le Sègre, delà ville de Pons, qu'ils mirent à feu et à sang, et recommencèrent dans la vallée du Ter les incursions qu'Urbiztondo avait poussées autrefois avec tant d'acharnement: la ville de Maullen fut saccagée par eux, et le général Carbo, envoyé pour la défendre, éprouva un assez notable reverset ne put empêcher la perte de la cité qu'il devait protéger (i*' mai). L'opinion publique chez leslibéraux, déjà mécontente du baron, l'accusait de tous ses malheurs^

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lorsqu'un nouvel événement amena une explosion de méconlentement général : on apprit que la ville de Ripoll venait d'être reprise une autre fois par les carlistes et que sur l'ordre de leur chef, irrité de l'héroïque défense delà garnison /ils avaient incendié toutes les maisons, ne laissant en place des fabriques et édiOOes qu'elle contenait tout à l'heure qu'une petite pyramide avec cette inscription : « Ici fut Ripoll. » (26 mai.) ' • . « ' i *

Dès lors, le gouvernement n'osa plus résister aux plaiutes nombreuses qui éclatèrent de toutes parts contre l'inaction du baron de Meer; on lui chercha un successeur, et le 1" juin 1839 vit arriver dans les miirs de Barcelone, en qualité de capitaine général, le même don Geronimo Yaldès qui, au commencement de la guerre, avait déjà commandé en chef l'armée du Nord. Beaucoup plus sympathique à la majeure partie des libéraux, ce nouveau général releva les esprits abattus et se garda bien de montrer, pouf la milice nationale, rhorreur qu'avait toujours manifestée son prédécesseur ; il songea, au contraire, à la réorganiser partout où il jugeait qu'elle pouvait rendre de sérieux services. La municipalité de Barcelone, formée par le baron dé Meer et choisie parmi les modérés les plus extrêmes, au lieu de Taider dans sa t&che, ne songea qu'à Tentraver ; elle refulsa de distribuer entre les contribuables un emprunt forcé qiie Yàldës se voyait obligé de décider, afin d'être en mesure ide n(yi3rnr les troupes, et ne céda que quand elle vit rie) capi-- : tàihe^généralj'pour maintenir son autorité, envoyer àla cita- ' A&lk les capitalistes les plus imposés qui s'étaient refusés à^j)àyër leur contingent. De là des complications qui 'ne jj^iettaierit pas «de mener les opérations militaires avec iddtiî l'activité désirable; les carlistes essayèrent d'en+profiterl UeLla>gdé*Copons, qui opérait toujours dansles pli^ines de Tarragbnejosa^s'aveùturer jusqu'aux environs deBarçe-

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lone même, et Brujo bombarda Garoprodon (20 septembre). Qaont au comte d'Espagne, il poursuivait ses dévastations en faisant incendier sans nécessité- Gironella et Olban, toujours sous le prétexte de couvrir Berga et en faisant massacrer la garnison de Moya, coupable *de lui avoir résisté plusieurs jours avec énergie. ..^ ^1 .;*!»;./ .à - 4

Mais que pouvaient ces derniers efforts d'une cause vaincue, alors que la nouvelle deila'convention 'de.Yergara modifiait du tout au fout la situation géoérale!des carlistes ? Si, dans le premier moment, les bandes catalanes luidurent une certaine recrudescence d'activité, à causé de: Tarrivée d'un certain nombre de partisans, elles ne tardèrent' pas non plus à ressentir les effets de Textrême lassitude et du désir de la paix qui dominaient tous les esprits. ' - «

Cette convention eut un autre résultat, ' de. pousser à l'action tous les hommes pour qui le gouvernement du* comte d'Espagne était devenu odieux et qui lui supposaient l'intention de vouloir faire en Catalogue ce que Maroto venait d'exécuter dans les provinces basques. Déjà les membres de la junte de Berga, après s'être entendus secr^ement, avaientjenvoyé à Paris un des leurs avec la .mission secrète d'obtenir du prétendant le renîplacemënt du comte ; leur demande avait été accueillie, et, par décret du IS^octôbre rendu à Paris, don Carlos avait nommé le colonel Segarra pour. prendre le commandement des bandés catalanes ^ Aussitôt qu'ils eurent cet ordre en leur possession; les membres de la junte, voulant éviter de la part du comte toute

1 L*abandon du comte d'Espagne par don Carlos a son explication dans ridée qai fut attribuée au général en chef des troupes catalanes de vouloir l'abdication du 'frère de Ferdinand VIIen''fiveur'de'*8on'fils ainé.'La princesse de Beira, devenue la femme de don Carlos/ s'Cpposa toujours II ce projet avec,la passion la plus vive, jet, comine elle éi4dt Tâme même du'partiiîarliate, on conçoit qu'avec ùneleÏÏepré- .oodupatioD elle ait déterminé 'son mari à signer un^semblable 'décret.

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tentation de résister à ]*autorité royale, le convoquèrent avec dissimulation à une séance qui devait se tenir dans le village qu*on leur avait flxé pour résidence et là ils s'emparèrent violemment de sa personne (26 octobre).

L'un d'eux, le docteur Ferrer, qui jouedans tous ces événements le rôle principal, reçut de la junte, dès qu'elle tint le comte entre ses mains, la mission de le conduire jusqu'au territoire de la petite république d'Andorre.

Il lui fit d'abord quitter de force les habits de général; on le revêtit d'un costume de paysan, le moins propre à le faire reconnaître. II fut ensuite hissé sur un mulet, qui prit à petites journées le chemin de la frontière.

A Orgafia, Ferrer^ qui conduisait le prisonnier, eut une entrevue avec l'un des chefs qui avaient eu le plus h se plaindre du comte d'Espagne, avec le brigadier Porredon. C'est dans cette entrevue qu'une nouvelle détermination fut prise, car dès lors il ne s'agit plus de conduire rapidement le prisonnier à Andorre. Tout se prépare pour le tuer.

Dans l'auberge où on l'avait fait descendre, à Gasellas, située à une demi-heure d'Orgafia, on le sépare des autres voyageurs, sans que personne ait le temps de le reconnaître, et on le maintient là, durant trois jours, dans la plus étroite captivité, dans un isolement complet.

Pendant ce temps, on cherchait dans la bande de Porredon quelques hommes de bonne volonté qui voulussent se charger de l'exécution ; on éloignait les mozcs qui avaient conduit le comte de Berga à Orgaiia, et on faisait circuler le bruit qu'il avait été condamné à mort, et par le roi et par le nouveau général en chef.

Toutes les mesures étaient prises le i" novembre au malin ; un capitaine, nommé Balta, un sous-Iieutenaot et un simple soldat avaient été désignés pour exécuter Tordre de Ferrer. Ils devaient s'emparer du prisonnier au pont du

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Sëgre, le dépouiller de ses habits, lui attacher une pierre au cou, et le précipiter dans la rivière. Il leur fut, en effet, livré dans Ja soirée du même jour, et l'ordre Tut exécuté avec la brutalité, là ponctualité et la rudesse qui caractérisent les populations montagnardes de la haute Gatnlogne.

Le comte, dans sa prison de Casellas, croyait encore être dirigé sur Andorre ; il fut très-prévenant envers TofOcier qui venait le chercher, le 8 novembre, vers les huit heures du soir, pour le supplice ; il Tinterrogea avec une certaine effusion sur sa carrière, et il lui récita des vers de Virgile.

(]et offlcier et le docteur Ferrer raccompagnaient d'abord à la sortie de Casellns; il allait devant eux, monté sur un cheval dont le harnachement indiquait qu'il servait d'habitude à un cultivateur de la région : selle grossière, étâers de bois, peau de mouton toute blanche. Le comte avait le cigare à la bouche ; une grande cape Tenveloppait ; la nuit était sombre et obscure ; un soldat tenait sa bête par la bride et guidait ses pas. II avait été dit qu'à la première requête d'un guide qui se trouvait là, la bride lui serait remise et que ce serait ce guide qui conduirait le comte à Andorre.

Quand on fut arrivé à la route qui mène aux trois ponts du Sègre, tout près d*un petit ermitage, le soldat remit, en effet, la bride au guide. Ferrer, l'officier et le soldat s'arrêtèrent, laissèrent le comte prendre de l'avance sur eux, écoutèrent patiemment jusqu'à ce qu'ils eussent entendu un certain bruit, puis reprirent le chemin d'Orgafta.

Cependant, le comte était resté tout seul avec son guide ; or, ce guide n'était qu'un des trois bourreaux chargés de l'exécution; ses deux complices l'attendaient à l'entrée du pont. C'est là que la victime devait recevoir les premiers coups.

Dès qu'ils virent arriver le comte : « Halte, » s'écria le capitaine Balta. Le guide maintient le cheval; le comte se voit forcé de descendre. A peine est-il à terre que Balta lui

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assène sur la tète un grand coup de bâton qui Tétourdit du coup ; puis, quand il fut renversé, les trois sicaires se précipitèrent sur lui, lui attachèrent les bras par derrière avec une corde solide, et le hissèrent de nouveau sur sa bête pour le conduire jusqu*au fleuve.

Sur les bords du Sègre, on le flt descendre. Le comte essayait de se faire passer pour un commerçant français ; il voulait être conduit, le soir, chez le gouverneur, qui, dit-il, le connaissait. « Le gouverneur le verra bien, si vous êtes un homme de bien, « lui répondit Balta. Et en même temps, il lui passa autour du cou un nœud coulant formé avec le reste de la corde qui avait déjà servi à lier les bras. Puis il le poussa avec violence et le penversa à terre, la face contre le sol, par un coup de pied lancé au milieu des épaules ; il lui appliqua ensuite le pied sur la tète, tira la corde et ainsi l'étrangla.

Quand ce ne fut plus qu'un cadavre, les assassins le dépouillèrent de tous ses vêtements, délièrent la corde qui lui tenait les bras liés, s'en servirent pour lui attacher au cou une grosse pierre, et le jetèrent enfin dans le fleuve.

(( Encore de Teau qui'va à la rivière, » dit ironiquement le capitaine Balta.

Quelques jours après, le Sègre apportait à Oliafia le cadavre du comte d'Espagne, et le bruit de sa fin tragique circulait avec rapidité dans toute laCatalogne> qu'il avait, à deux reprises, fait gémir sous le poids d'une si effroyable terreur.

Dans les difficiles circonstances que Ton avait & traverser, un événement aussi tragique ne pouvait guère améliorer la situation des carlistes ; il força de s'éloigner de Galalogne tous ceux qui, n'ayant aucune relation avec les Catalans, représentaient plus particulièrement, sous le nom de Castillans, l'idée de la monarchie absolue; il rompit

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presque tous les liens qui réunissaient en un seul faisceau les divers chefs de bande ; il poussa enfin les populations à ne plus voirJque dans le gouvernement libéral Tespérance d'une. vie'tranquille.et pacifique. .. <

En vain, tandis que Segarra entrait en possession du commandement, Brdjo et 'les autres factieux tentèrent-ils,, par un coup d'éclat, de faire oublier le chef qui venait de disparaître; ils résolurent d'attendre^ sur les hauteurs de Peracamps, l'armée libérale forcée d'approvisionner la ville de Sulsona, et de lui livrer un combat décisif. Mais tous leurs efforts vinrent se briser contre les bonnes dispositions de Valdès et leur propre indiscipline, qui les empêchait d'obéir à aucun plan d'ensemble. Malgré eux, l'armée libérale, déjà fortifiée par l'arrivée de quelques renforts, vint à bout de franchir tous les obstacles qui lui étaient opposés; elle parvint, le 14 novembre, à Solsona^ où sa présence devenait absolument nécessaire, et se fraya, le lendemain encore une fois, Tépée à la main, le passage au travers d'ennemis vaincus, mais non découragés. Deux mois après, en février 1840, Solsona avait encore besoin de recevoir de nouveaux convois, et les hauteurs de Peracamps étaient de nouveau franchies à coups de canon et avec des pertes assez sérieuses.

Mais, cette fois, ce n'était plus Valdès qui dirigeait les libéraux; rappelé au commandement delà garde royale, il était retourné auprès de la régente; on lui avait donné pour successeur le môme van Halen que nous avons vu, pendant quelque temps, général en chef de l'armée du Centre. Ce nouveau capitaine général était placé sous les ordres immédiats d'Ëspartero, chargé, par décret du 18 janvier 1840, de la direction suprême des armées, aussi bien en Catalogne que dans le Maeztrazgo.

Au point où les choses en étaient arrivées, le parti libéral

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voyait une grande utilité à réunir tout le commandement entre les seules mains d'Ëspartero, de même que, du côté des carlistes, tous les yeux se portaient sur Cabrera, auquel don Carlos avait délégué toute son autorité. Nous savons seulement qu'au moment où le parti carliste aurait eu le plus besoin que son dernier chef déployât toutes ses qualités, la maladie avait empèebé qu'il ne pût lui rendre aucun service; c'est au moment où il revenait de Berga et où il s'était entendu avec la junte, qu'il avait été atteint de son mal. On l'avait ramené au fond de ses dépôts du Macstrazgo, et nous avons vu que, pendant quatre mois, il ne pût avoir aucune influence sur les événements. Espartero et O'Donnell proPUèrent avec talent de cette circonstance pour envelopper Cantavieja et Morella dans un cercle de fer qui alla toujours se resserrant. Quand Cabrera fut rétabli, il n'était déjà plus temps ; tout le Maeztrazgo lui était fermé, et il était réduit, avec les quelques troupes qui lui restaient, à passer sur la rive gauche de l'Ëbre.

Quelque temps avant l'époque où s'effectua cette traversée, van Halen était parvenu, après une action très-sérieuse qui lui valut le titre de comte de Peracamps, à traverser de nouveau ces terribles hauteurs des environs de Solsona qui avaient déjà coûté lant de sang à l'armée libérale (83 avril). Il eut dans ce combat près de 1 300 blessés, ce qui était un nombre considérable pour ce genre de guerre ; en revanche, il approvisionna Solsona pour trois mois, et acquit dans l'armée et vis-à-vis l'ennemi un prestige et un ascendant que son insuccès à Segura lui avait fait refuser à l'origine.

On était arrivé au dernier épisode de la longue tragédie : la junte de Berga, offlcieuscnient prévenue des mauvaises dispositions de Cabrera à son égard, cherchait à rallier autour d'elle, à Berga, des partisans qui pussent la

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