‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 102 sur 152 · CHAPITRE TI. -^ CABRBEà · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI. -^ CABRBEà

protéger. Segarra, désespérant de Pavenir, commençait h traiter pour son compte avec van Halen, afln de pouvoir jouir du bénéfice de la convention de Vergara ; les chefs de bande ne s'occupaient plus que de piller, dans l'idée d'emporter à l'étranger un plus riche butin ; la désertion Taisait dans leurs rangs de Irès-grands progrès. Lorsque Cabrera franchit TEbre le 2 juin, il ne vit autour de lui que des autorités très-peu disposées à se soumettre à son influence, et plus inquiètes de la sévérité qu'il voudrait déployer à leur égard que disposées à continuer la lutte.

Pour sortir de Fincertitude dans laquelle le plongeait cet état des esprits, son premier soin fut de marcher sur Berga. Les uns sortent aussitôt de la ville pour échapper à ce qu'ils appellent le despotisme militaire) les autres se montrent disposés à ouvrir leurs portes avec enthousiasme au chef qu'ils considéraient comme le représentant le plus éminent du parti carliste. C'est au son des cloches et aux acclamations universelles de la foule qu'il entra dans Berga (6 juin). Quant à Segarra, il s'était décidé à passer dans les rangs des libéraux, et publiait, peu de jours après, une proclamation analogue à celle que, peu do temps auparavant, avait publiée Cabafiero à Saragosse.

Le premier acte de Cabrera fut d'emprisonner tous les membres de la junte impliqués dans l'assassinat du comte d'Espagne ; on arrêta et on conduisit dans un château fort tous ceux dont on put s'emparer. Ces actes irritèrent quelques chefs qui auraient désiré^ comme Segarra, obtenir pour la province une transaction analogue à celle de Vergara, et les portèrent à faire fusiller quelques-uns de ceux qui s'opposaient à leurs mesures avec trop d'emportement.

Le reste du mois de juin fut employé par Cabrera à réorganiser une administration et une armée ; mais tous ses efforts étaient peine perdue ; il y avait dans lea esprits un

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tel découragement, un.'tel dégoût, que riqn n'aboutissait.; la démoralisation était profonde ; les troupes, privées de ration, mal traitaient les paysans, qui leur refusaient toute, provision. Les chefs, au lieu de nourrir les soldats, mettaient en sûreté l'argent qu'ils se procuraient au moyen de contributions forcées. i . . . i t *■

Enfin, le 1*' juillet, Espartero se décide à commencer les opérations militaires, et p^se à marcher droit sur B^ga, afin de détruire le dernier foyer vraiment important qui restait encore à la rébellion ; il arrive, le 4 du mèiçe mois, en vue de la place, et parvient à l'occuper le même jour.

Les carlistes avaient en vain essayé de résister ; ils avaient dû bientôt reconnaître leur infériorité, et Cabrera, tout écumant de rage, avait dû lui-même donner le signal de la retraite. /

Cette fois, tout espoir était perdu : chefs et soldats ne songeaient plus qu'à gagner d'un pas rapide les frontières de la France. Aussi la consternation la plus grande étaitelle peinte sur la figure de tous ces malheureux qui, après sept ans de guerre civile, n'avaient devant eux pour toute perspective que les souffrances de l'émigration, l'abandon définitif de leurs foyers et de leurs familles. Tant que les nécessités de la lutte les forcèrent à garder, une certaine discipline, il y eut encore parmi eux comme un» dernière lueur d'espérance qui soutint leur courage jusqu'à la frontière; mais au moment où il leur fallut livrer aux gendarmes français, accourus pour protéger le territoire, leurs armes et leurs chevaux, auxquels ils avaient voué la plus vive affection, ce ne fut parmi eux tous qu'un cri de douleur et de désespoir.

Plusieurs aimèrent mieux se suicider: les. uns se tiraient . un coup de pistolet, : les.aut£es s'enfonçaient dans la poitrine . leurs épées jusqu'à la garde. Deux Aragonais, pour se don-

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ner réciproquement une dernière preuve d'amitié, croisent ]a baïonnette l'un contre l'autre, et se donnent ainsi la mort

l'un à l'autre.

Cabrera, dans ce moment suprême, sut trouver des accents qui expliquent l'ascendant qu'il avait su prendre sur toutes ces natures à la fois généreuses et*sauvages. Il réunit autour de lui tout son corps d'offlciers et leur exposa qu'il ne leur restait d'autre ressource que de chercher un asile sur le territoire français. Puis il ajouta : «Si, cependant, il en est un parmi vous qui veuille continuer la guerre, je suis prêta lui céder le commandement. Je crois avoir toujours rempli mes devoirs ; s'il en est un qui ait des reproches à me faire, qu'il les fasse maintenant. Nous sommes encore sur le territoire espagnol ; qu'on me jiige, non comme général, mais comme volontaire; j'aime mieux souffrir qu'é-

migrer avec honte. »

A ces mots, il se fit parmi eux le plus complet silence ; tous se mirent à pleurer et se résignèrent à leur destin.

La séparation commença ; armes, chevaux, bagages furent recueillis par les gendarmes français ; chefs, officiers et soldats furent dirigés sur les dépôts qui leur furent désignés. Cabrera dut quitter ses vieux compagnons, qui le suivirent longtemps de leurs vœux et de leurs acclamations.

Pendant tout le mois de juillet, les carlistes ne cessèrent dWfluersur le territoire français ; 17000 hommes avaient déjà passé la frontière le 15 juillet ; quelques jours après, leur nombre s'élevait à 21 OOO.

Triste et sombre émigration, incapable d'apporter dans le nouveau pays où elle allait s'établir aucune idée de progrès et d'amélioration, joignant à une foi sombre et austère des passions profondes et un courage éclatant, n'ayant que peu de goût pour le travail, dominée par un dé.iir ardent d'enrichissement rapide, ayant soif d'aventures,

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pleine d^un suprême dédain pour la vie humaine, peu disciplinée* aux exigences de l'ordre social, et apportant enfin à la légitimité française un appoint qui ne pouvait qu'être dangereux pour la cause de la liberté et du progrès on France.

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