‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 104 sur 152 · CHAPITRE Yll. -— LA. RÉVOLUTION DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yll. -— LA. RÉVOLUTION DE SEPTEMBRE

de van Halen. Ce n'est pas que dans rétat-major de l'armée Espartero ne comptât que des amis ; indépendamment de la fraction hostile qui s'était attachée à la destinée de Narvaez, il avait en face de lui toute une élite déjeunes généraux qui s'étaient particulièrement distingués dans les dernières années de la guerre civile, Léon, O'Donnell, Concha, élite qui commençait déjà à s'offusquer du rôle prépondérant que Ton faisait jouer au général en chef. Ces jeunes officiers accusèrent Espartero de leur préférer sans justice ses anciens amis qui avaient fait avec lui la campagne d'Amérique et qu'où avait injustement ilélris du nom d'ayacuchos. Le capitaine général de la Catalogne, van Halen, le brigadier Linage, étaient les représentants les plus connus de cette classe d'officiers pour laquelle Espartero avait toujours manifesté une prédilection toute particulière, et certes il avait bien eu, au commencement de la guerre, raison de grouper autour de lui tous ceux qui avaient si énergiquement soutenu en Amérique le pavillon espagnol, malgré l'abandon deleurgouvernement; carc'étaieuteuxqui constituaient alors la vigueur réelle de l'armée ; mais ce qui était raisonnable à l'origine de la lutte ne Tétait plus à la lin. A la suite des événements que nous avons racontés, il s'était formé toute une nouvelle génération d'officiers avec laquelle il faudrait compter ; et le centre de gravité de Tarmée espagnole allait se déplacer peu à peu et se fixer à côté d'eux. Toutefois, à la fin de 1839, ce mouvement n'avait pas encore eu lieu, et les Ayacuchos pouvaient bien encore se considérer comme ayant le droit de parler au nom de l'armée et de la représenter réellement.

Ladémisslon d'Alaix et la dissolution des Gortès progressistes (i 8 octobre), forcèrent Espartero à faire ce que jusqu*alors il avait évité avec un soin extraordinaire, c'est-à-dire à choisir entre l'un des deux partis qui se disputaient ladirec-

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tion du pays. Tant qu'Alaix.avait conservé le ministère de la guerre, il s^était considéré lui-même comme investi de ces fonctions supérieures ; mais avec le nouveau personnage qui avait été choisi, don Francisco Narvaez, créature directe d'Arrazola, c'est-à-dire du parti modéré, il devait redouter qu'on ne songeât peu à peu à diminuer son prestige comme sous le ministère de Latre ; il pouvait se plaindre qu'on ne lui fournit pas tout ce qui était nécessaire pour terminer la guerre.

Dans cette disposition d'esprit, il crut devoir faire aux yeux du pays tout entier, en vue des élections, une déclaration solennelle qui ferait connaître à tous vers quelle ligne politique inclinaient ses préférences. Son secrétaire decampagne, don Francisco Linage, publia donc dans un journal de province, VEco del Commercio, un communiqué où il disait, BOUS sa signature que le duc delà Victoire avait vu avec le plus vif regret, et l'acharnement des ministres à présenter des lois organiques incompatibles avec la Constitution de 4837, et la dissolution des Gortès,et la retraite de certains fonctionnaires publics.

Reçu à Madrid le iS décembre en pleine lutte électorale, ce communiqué y excita une véritable tempête : les journaux progressistes s'en servirent de suite comme d'une arme pour montrer qu'ils avaient avec eux l'armée entière et son puissant chef ; quant au ministère, il qualifia de crime, dans une adresse publique à la régente, l'acte que venait de commettre le brigadier Linage et exprima l'avis, sans oser faire davantage, qu'Espartero devait le désavouer et le punir.

Ainsi mis en demeure, le général en chef songea à parler directement à la nation, et de son camp de Mas de la Matas publia un manifeste dans lequel il exprimait hautement ses vues politiques (i9 décembre). Tout en témoignant de son

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dévouement à la régente, il y disait qu'elle n'avait pas toujours reçu les inspirations d'hommes impartiaux, justes et sages, capables de diriger les affaires avec intelligence et d'éviter les réactions funestes ; il constatait qu'après avoir soumis certains actes à son approbation, lorsque déjà ils avaient été décidés, on avait cherché à le faire apparaître comme ayant contribué h leur exécution, bien qu*il les désapprouvât. C'est ainsi que dans son humble opinion on avait manqué de prudence en dissolvant les Cortès et qu'on avait oublié de prendre en considération les désordres que la guerre des partis allait causer dans le pays. Il terminait en affirmant que le communiqué de son secrétaire de campagne avait été livr(^ par ses propres ordres à la publicité dans le but de mettre un terme aux bruits qu'on avait fait courir contre sa propre personne ; le journal à qui on lavait adressé n'avait-il pas dit qu'Espartero aspirait à la dicta* ture; que c'était lui qui avait voulu la dissolution des Cortès et qu'il était prêt à soutenir par les armes toutes les conséquences qu'elle pourrait avoir.

Le ministère Arrazola, après ce document resté célèbre 80U8 le nom de Manifeste de las Matas, ne pouvait plus s'en prendre au brigadier Linage : s'il y avait un coupable à punir, c'était le général en chef ; mais comment s'attaquer à lui?

Le cabinet dissimula son ressentiment et dirigea son attention vers la lutte électorale, en usant de toute son influence pour faire triompher les candidats modérés. Au lieu de l'impartialité qu'il avait affectée aux dernières élections, Arrazola déploya cette fois, en faveur de son parti, une activité extraordinaire ; les fonctionnaires reçurent des in« dications sur les candidatures qu'ils devaient soutenir et tous ceux qui surent les patronner furent récompensés ; on rempUça, au contraire, ceux qui montraient de l'indiffé-

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rence pour les défenseurs des saines o/^tmon^; les juges de première instance furent môme officiellement excités à employer tout leur crédit. On voulut triompher à tout prix, et, en effet, grâce à cette violente pression, la Chambre qui venait d'être dissoute se trouva, le 18 février 1840, remplacée par de nouvelles Corlès, où les progressistes ne comptaient plus qu'une opposition de 70 membres sur un total de S4i députés et sénateurs.

Le premier moment où ils virent ainsi leur déroute consacrée par la volonté apparente de la nation fut cruel pour ceux qui avaient espéré voir ratifier les choix faits en i839 : la population de Madrid, spécialement, où tout le monde a un intérêt direct dansles grands changements de personnel qui suivent les revirements politiques, et qui était alors administrée par une municipalité très-active, vit avec peine se réunir ces nouvelles Cortès qui ne lui étaient aucunement sympathiques. Il y eut quelques troubles le jour même de l'inauguration et dans les premières séances qui suivirent; Arrazola, toujours énergique, fit déclarer de suite l'état de siège et en imposant à tous par son ardente volonté et sa ferme décision, parvint enfin à faire respecter la nouvelle Chambre. Elle put prendre possession du palais législatif, malgré Ja malgré la mauvaise volonté des Madrilènes, et commença la série des travaux législatifs qui lui avaient été réservés.

Jusque-là Arrazola avait toujours gouverné sans compter directement avec le parti modéré, comme s*il jugeait que le trône devait toujours se maintenir en dehors dc^toutesles factions et osciller tantôt à droile, tantôt à gauche, comme dans les pays vraiment constitutionnels. Avec la nouvelle Chambre, il lui fallut abandonner cette politique. Tous les anciens chefs du parti modéré, Toreno, Martinez de la Rosa, Pidal, Mon, Galiano, Isturitz, se trouvaient de nouveau

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réunis, et entendaient participer avec lui à la direction du gouvernail ; leur concours n'était pas de trop pour lutter contre l'influence croissante d'Ëspartero, qui, non content d'avoir protégé le brigadier Linage^ demanda encore qu'il fût, en récompense de ses services, élevé au grade de ma* réchal de camp.

11 était dur, pour des ministres, d'avoir à donner euxmêmes une promotion à un officier qu'ils avaient publiquement traité de criminel, et cependant il était difficile de refuser la ratification à une désignation publiquement faite par le général en chef. Pour sauver la situation, trois des ministres qui étaient entrés aux affaires la veille de ladissolulion des Cortès, Narvaez, Montes de Oca et Calderon Collantes, donnèrent leur démission sous le prétexte qu'ils ne pouvaient consentir à semblable dédain de leur autorité. Arrazola se servit de ces portefeuilles pour se capter les bonnes grâces des chefs de la majorité ; il demanda à ces derniers de choisir eux-mêmes ceux qu'ils voudraient lui donner pour collègues et accepta de leur main aux finances SantUlan, à la marine Solelo, à grâce et justice Armendariz (8 avril). Le portefeuille de la guerre resta ^ans titulaire jusqu'à ce qu'Espartero eût donné son avis sur le nom de la personne qui lui paraîtrait la plus propre à remplir ces . fonctions ; et comme le général en chef se refusa naturelle.ment à entraîner l'un des siens dans une semblable combinaison, les chefs de la majorité et Arrazola se mirent d'accord pour appeler à ces fonctions le capitaine général de Grenade, Gleonard (14 avril).

Ainsi peu à peu vint à s'établir Talliance de la régente et des modérés d'une part, d'Espartero et des progressistes de l'autre ; des liens chaque jour plus intimes se serrèrent entre les chefs de l'opposition à Madrid et Tétat-roajor de l'armée pendant tout le temps que dura la campagne du

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Maeztrazgo. De leur c6té, les principaux modérés et les ministres s'efforçaient de conquérir des amis pnrmi les jeunes généraux qui pouvaient jalouser le preslige de leur général eu chef; leurs journaux faisaient partout une guerre sourde au signataire de la convention de Vergara, en même temps qu'ils exaltaient les mérites d'0*Donnell, de Léon^ de Goncha.

Dans l'enceinte des Cortès, la réaction suivit son œuvre avec toute la rapidité qui lui fut permise par l'opposition avec laquelle elle avait à compter. Le congrès chercha à faire planer sur la probité d'Arguellesdes doutes que le sentiment public se refusa à partager ; il amnistia en même temps Toreno des accusations portées contre lui à propos d'un contrat de mercure passé avec 'la maison Rothschild. 11 approuva le payement de la moitié de la dlme décrété parle ministère Tannée précédente, et s'occupa de flxer la dotation du clergé.

Voici sur ce grave sujet à quelles décisions il s'arrêta : il laissa à toutes les églises d'Espagne et au clergé séculier, la possession et la jouissance de ses biens, sous défense de les aliéner, de les mettre en gage, ou de les hypothéquer. On leur reconnut le droit de toucher les droits d'étole et les prémices, et de les appliquer aux frais du culte. Le 4 pour 100 de tous les fruits de la terre, antérieurement sujets à la dime était également réservé» Tous les droits de messes et anniversaires appartenant aux communautés religieuses supprimées retournaient aux églises paroissiales ; enfln, tous les produits des Croùadei devaient être consacrés au payement exclusif des pensions alimentaires des religieuses.

Cette loi, si contraire à Tesprit du siècle, fut votée par le sénat et sanctionnée immédiatement par la régente.

Le congrès n'accorda, comme les deux qui l'avaient pré«

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cédé, aucune attention à la diecussion spéciale du budget; il concéda seulement au gouvernement l'autorisation de toucher les impôts jusqu'à la fin de Tannée 1840, et à trois reprises différentes, jusqu'à concurrence de 200 millions deréaux les deux premières fois, 300 millions la troisième, 51 permit l'émission de titres 5 pour iOO au porteur pour garantir les contrats de fournitures qu'avait nécessités, que nécessitait ou devait nécessiter la continuation de la guerre.

Ainsi détournée des questions financières, l'attention publique se porta exclusivement sur la principale loi orga* nique que le ministère soumit à ces Gortès, c'est-à-dire la loi sur les municipalités ; déjà, pendant les deux législatures précédentes, elle avait fait l'objet de débats très-passionnés à la tribune et dans la presse. Gomme on vit cette fois dans le ministère l'intention définitive de la faire voter; comme, d'ailleurs, presque toutes les municipalités étaient entre les mains des progressistes, et qu'il leur importait au suprême degré de défendre, dans ce retranchement, l'influence que les dernières élections leur avaient fait perdre, on suivit dans tout le pays, avec un intérêt extraordinaire, les discussions qui furent soulevées à cette occasion.

Le projet de loi du gouvernement était très-simple ; entièrement calqué sur les principes de l'administration française, il tendait à annihiler Taction indépendante de l'alcade et à le transformer en un simple agent du pouvoir central. Contrairement à l'article 70 de la constitution de 1837, qui établissait dans les termes suivants le droit des citoyens à nommer leurs alcades : « Il y aura pour l'administration intérieure des communes, des municipalités nommées par les citoyens à qui la loi accorde ce droit, » il donnait le droit exclusif de nomination des alcades au roi dans les capitales de province, aux chefs politiques dans les chefs-lieux de district. Les coryphées de l'opposition

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