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n'eurent aucune peine à faire ressortir la violation flagrante de la constitution que le ministère cherchait à faire triompher; et une fois le point d'appui trouvé, ils ne songèrent plus qu'à se servir de la profonde affection que les Espagnols ont toujours eue pour leur indépendance municipale, comme d'un levier, pour rendre odieux à la nation la loi proposée, ainsi que le parti et le gouvernement qui la patronnaient.
De très-nombreux amendements furent d'abord soumis par eux à la commission chargée de l'examen du projet de loi ; on pensait éterniser la discussion en soulevant une opposition vigoureuse sur chacun des articles. La commission para le coup en acceptant quelques-uns de ces amendements et en présentant un projet assez élaboré pour se croire en droit de demander qu'il fût adopté en bloc au lieu d'être examiné dans tous ses détails. Alors l'opposition protesta contre une semblable mesure ; elle accusa ses col* lègues de se refuser devant le pays à une discussion sérieuse et de vouloir lui fermer la bouche par des moyens dé« tournés. Tout ce qu'elle obtint, ce fut une trans<'iction par laquelle, avant de passer au vote sur le projet de loi tout entier, la Chambre consentit à examiner de près les quatre questions suivantes : i^ les conditions du cens, 2^ la no« mination des alcades, 3^ les attributions des municipalités, A"* la faculté de suspendre ou dissoudre les corporations municipales. Le débat, ainsi borné, put aboutir à une so« lution ; malgré tout leur acharnement, les dépntés progressistes virent, sur les quatre points^ rejeter leur système et ils eurent la douleur, dans la séance du 5 juin, de voir une très-grande majorité approuver la loi entière, que le sénat vota ensuite avec une très-grande rapidité.
A peine les modérés se croyaient-ils définitivement triomphants par le vote de cette loi organique, qu'ils furent tout
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. à coup surpris par un vœu de la régente de conduire sa ûUe aux bains do las Galdas^ en Catalogne. Et qu'allait-il résulter des entrevues nombreuses que la régente aurait à ce sujet occasion d'avoir avec le général en cbef ? Les ministres employèrent toute leur éloquence pour dissuader Christine d'une semblable expédition; ils vinrent se briser contre une décision irrévocablement prise, et durent consentir à ce qu'ils ne pouvaient empêcher.
Christine avait confiance dans l'influence personnelle qu'elle croyait exercer sur Espartero; il lui semblait qu'hostile de loin à la direction qu'elle prétendait imposer à la chose publique, ce loyal soldat n'oserait pas^ en face d'elle, prendre une attitude aussi décidée ; elle le convaincrait d'abandonner la faction avec laquelle il s'était engagé. D'ailleurs, elle était elle-même disposée à des sacrifices ; ce n'est pas sans frayeur qu'elle avait vu à Madrid apparaître un journal républicain, la Révolution^ qui s'était déclaré franchement hostile à la royauté, et avait été plusieurs fois acquitté par le jury ; il avait fallu le supprimer violemment par mesure administrative^ et cette persécution avait accru le nombre de ses adhérents. De nombreux témoignages prouvaient ensuite qu'islle avait perdu un grand terrain dans l'estime publique ; déjà auparavant elle avait été insultée audacieusement dans le Guirigay^ par un jeune journaliste, Gonzalez Bravo, et les juges n'avaient point partagé sa colère ; il avait encore fallu supprimer administrativement le journal.
Elle était devenue plus désireuse de faire sentir son autorité en se voyant ainsi menacée, et elle songeait contre les républicains, et contre les ambitieux, à s'appuyer sur l'épée qui avait triomphé de don Carlos.
Vis-à-vis les progressistes, elle redoutait un autre danger; ce parti, depuis 4837, avait affecté de se mettre en
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relations directes avec Tinfanl don Francisco de Paola. Elle craignait qu'on ne cherchàtà le lui imposer dans un conseil de régence. L'ancienne harmonie qui avait existé entre elle et sa sœur Charlotte en 1832, avait d'abord fait place à une guerre sourde. Si l'incapacité de Tinfant ne le rendait point dangereux par lui-même, il y avait tout à redouter de l'intelligence et de l'énergie de son épouse. Aux élections qui amenèrent une chambre modérée, le 15 novembre 1837, l'infant don Francisco avait été choisi comme député dans plusieurs collèges électoraux, et un eiïort avait été tenté alors pour en faire un personnage politique. Au lieu de le faire siéger au congrès, ses amis avaient réclamé pour lui, on vertu de sa naissance, le droit de prendre part aux séances du sénat. Il s'en était fallu d'une seule voix, malgré l'opposition de la couronne et de tout le parti modéré, qu'il ne triomph&t dans ses prétentions. Mécontente de cet échec, l'infante Charlotte s'était alors décidée à rompre en visière avec sa belle-sœur; elle avait encouragé la publication d'un journal, le Graduador, qui fut chargé de répandre dans le public les insinuations les plus malveillantes, et de faire pressentiri par de malins sarcasmes, des détails dévie privée, que la régente voulait cacher à tous les regards. Christine avait eu à craindre que cette feuille politique ne dévoilât d'une manière trop manifeste les relations suivies qu'eUe entretenait avec don Fernando Mufioz; dans son irritation elle décida le ministère à couper court à cette publication ; le journal avait été en effet supprimé, les rédacteurs emprisonnés. Craignant de rester exposé à Tirritation d'une parente vindicative, Tinfant s'était alors décidé à abandonner l'Espagne avec toute sa famille (mai i838). Il avait établi sa résidence à Paris; mais de cette capitale l'infante Charlotte, animée par la colère, entretenait toujours une active correspondance avec les chefs du parti progressiste;
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par leur intermédiaire, elle pouvait chercher à s'entendre avec Espartero, et tous ensemble pouvaient préparer une combinaison dont Christine était exposée à être la victime.
A ces considérations spéciales s'ajoutait chez la régente
la pensée de se montrer aux populations du Levant, où pendant SQpt ans les carlistes n'avaient cessé de la peindre sous les plus étranges couleurs; il lui semblait de bonne politique de greffer pour elle une nouvelle popularité sur Tallégresse générale que produirait la perspective de la paix.
Le voyage fut retardé pendant quelque temps par la difficulté de distraire des opérations militaires une quantité suffisante de troupes pour éloigner tout péril de la part des bandes carlistes de Palacios et Balmaseda qui parcouraient encore les provinces de Guadalajara et de Guença. Enfin, r«ipproche des chaleurs de Tété ne permettant pas de le retarder plus longtemps, le départ de Madrid eut lieu le il juin; c'est le général Goncba qui avait été chargé du soin de protéger les personnes royales contre toute attaque. Il sut disposer ses troupes avec assez d'habileté pour battre à Olmedilla le seul chef carliste qui fût à redouter, Palacios ; sa bande, complètement dispersée, laissa entre ses mains iSOO prisonniers, y compris 150 chefs. Quant à Balmaseda, il fut rejeté sur la Yieille-Gastille, et se trouvait hors d'état de nuire. Ce péril surmonté, la régente put parvenir sans aucune difficulté à la capitale de l'Aragon.
La ville de Saragosse espérait recevoir dans son sein, en même temps que la régente, le général en cher, déjà maître du Maeztrazgo , et occupé en ce moment à surveiller l'entrée en Catalogne des troupes de Cabrera ; mais les événements de la guerre ne permirent pas à Espartero de s'éloigner du théâtre des opérations, et il écrivit à la régente qu'il ne pouvait se présenter au-devant d'elle qu'à
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Lerida. En attendant, la municipalité et la députation provinciale se crurent obligées de manifestera la reine qu'elles avaient vu avec la plus profonde douleur le vote de la loi sur les municipalités ; elles exprimèrent le désir formel que la régente lui refusât sa sanction.
Instruit de ces démonstrations, Arrazola, qui s'était vu forcé de rester dans la capitale, par suite de Touverture des Gortès, se hâta de suspendre les séances, dans Tidée d'aller rejoindre, auprès de Christine, les trois ministres qui ravalent accompagnée; mais, quelque précipitation qu'il mit dans tous ses actes, les événements marchèrent avec une rapidité qui devança tous ses calculs.
Espartero s'était présenté à la régente dans les environs de Lerida (27 juin) ; apr^s l'avoir fait acclamer par les troupes placées sous ses ordres, il lui avait exprimé sa conviction profonde du danger que courait la monarchie espagnole, s'il n'y avait pas un changement de ministère et si la couronne accordait sa sanction à la loi sur les municipalités. Christine lui avait demandé de se charger de la présidence du conseil, et il avait accepté ces fonctions pour le jour où il aurait mis (in à la guerre civile. Sous l'impression de cette première entrevue, Espartero avait marché sur Berga pour mettre la dernière main à son œuvre de pacification, tandis que la régente avait pris le chemin de Barcelone, où elle était arrivée le 29 juin à cinq heures du soir.
Les esprits étaient très-divisés dans cette grande et populeuse cité'; le parti modéré, qui y avait exclusivement dominé pendant tout le temps que le baron de Meer y avait exercé les fonctions de capitaine général, luttait avec acharnement contre les tendances de van Halen, en s'appuyant sur la milice nationale, exclusivement composée alors des éléments les plus conservateurs de la population ; les progressistes, disposant de la municipalité et de la députation