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LE MINISTÈRE-RÉGENCE

Octobre 1840-mû 1841.

La réTolûtion de septembre s'incarne pour les Espagnols dans an seuJ homme, Esparlero. — Portrait de ce personnage. — De la composition du ministère. — Gortina. — Bonne influence eiercée par cet'bomme d'Etat.

Ligne politique suivie par le ministère; effort des juntes locales pour constituer à elles seules un pouvoir central. — On parvient à les dissoudre. — L'armée est également réduite. — Maintien du Sénat. — Décret convoquant les Qortès pour le 19 mars 1841. — Elections des députés provinciaux. — Rapports avec le chargé d'affaires de Rome, faisant fonctions de nonce apostolique. — Difficultés avec le Portugal au sujet de la navigation du Duero. — La question des fueros est résolue eu Navarre, reste pendante dans les provinces basques.

— Alliance anglaise recherchée avec soin pour faire contre-poids h, l'appui que le cabinet français du 29 octobre, dirigé par M. Guizot, tend à donner aux amis de l'ex-régente.

Elections. — Majorité acquise au parti progressiste. — Ouverture des Cortès, 19 mars. — Les partisans de la régence triple et les uniUires.

— Déclaration d'Espartero ; elle est mal accueillie. — Vote des Cortès. — Espartero est nommé régent (18 mai). — Démission du ministère-régence.

Dans les conditions où elle s'était faite, la révolution de septembre ne méritait pas d'être considérée comme Tœuvre

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exclusive d'un parti et elle ne devait pas, si elle ne voulait avorter, apparaître comme l'indice exclusif delà défaite des modérés, du triomphe des progressistes.

Elle était née du mécontentement général causé dans toute la nation par l'alliance de la régente Christine avec une fraction exclusivement dominée parPidée rétrograde; ce mécontentement était arrivé & son apogée, le jour où le ministre Arrazola, après avoir, à force de corruptions, fait nommer une Chambre toute dévouée à sa politique, s'était attaqué directement aux libertés municipales et avait fait voter une loi qui transférait au pouvoir central toute l'autorité des alcades. L'irritation avait été telle, que le pays s'était aussitôt décidé à courir toutes les aventures pour ne pas supporter plus longtemps un état de choses qui pouvait compromettre l'édifice que la nation, depuis la mort de Ferdinand YII^ avait eu tant de peine à élever pour sauve* garder ses libertés.

Il y avait d'ailleurs une espérance qui rassurait complètement le peuple espagnol sur ses destinées et lui faisait entrevoir sans inquiétude Theure d'une nouvelle révolution ; c'était la présence aux affaires d'un homme qui avait eu la gloire d'achever la grande œuvre de la pacification, et on qui on pouvait espérer un coup d'œil politique égal à la sagacité militaire qu'il avait déployée pendant tout le cours de la guerre civile.

A partir de la convention de Vergara, jusqu'à la révolution de septembre, l'histoire réelle de l'Espagne n'est vraiment qu'un entraînement irrésistible de tout le peuple vers le général à qui il croit, sans raison, devoir la terminaison de la guerre. L'armée, la bourgeoisie, les campagnes même, les forces remuantes des grandes cités comme Barcelone, attendent que le mot d'ordre sorte de sa bouche pour se prononcer; son influence est telle, q[ue la régente quitte sa

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capitale pour venir lui offrir la présidence du conseil, et veut le captera ses tendances et à ses préjugés rétrogrades; il dépendit de lui à cette époque de gouverner dans un sens ou dans un autre ; on lui doit cette justice, qu'il préféra mettre son ambition au service delà liberté.

Esparlero était âgé de quarante-sept ans, lorsqu'il fut appelé à exercer une influence prépondérante sur les destinées de rEspagne ^ ; arrivé à cette haute position par une suite ininterrompue d'efforts persévérants, par son exactitude rigoureuse à accomplir tous les devoirs de la profession militaire qu'il avait embrassée, il avait eu le bonheur, si rare dans nos sociétés modernes, de pouvoir flxer sur lui l'attention générale avant que Tàge eût encore amorti ses facultés.

Élevé successivement des plus bas grades de Tarmée aux plus grands commandements, il n'avait jamais excité Tenvie de ses compagnons d'armes; comme il n'avait jamais montré de talents hors ligne, il n'avait jamais trouvé en face de lui de véritables rivaux ; on lui savait une conscience droite, deâ intentions honnêtes, un sentiment profond de fidélité à ses engagements, un patriotisme sincère ; ces qualités lui avaient concilié l'estime des autres généraux ; ils le considéraient comme un ami, ils n'auraient jamais pensé qu'il pût devenir leur chef suprême.

Que pensait-il de lui-même? C'est une question difficile à résoudre et pour laquelle il faudrait pouvoir pénétrer dans les derniers replis de son cœur ; mais, en suivant avec soin tous les événements de sa vie, il semble qu'il se soit toujours considéré plutôt comme un homme fortuné auquel la chance serait toujours favorable pour peu qu'il consentit à l'aider, que comme un ambitieux capable de ployer les

^ Il était né le 17 février 1793 à Granatula, province de Giudad Real.

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circonslances à son profit, et propre à dominer les autres hommes. Habitué pendant la guerre d'Amérique à tous les genres d'émotion, il eut en plusieurs circonstances le droit de se considérer au jeu comme le fils chéri de la fortune ; quand on voit ensuite comment les événements de la politique relevèrent peu à peu au plus haut degré de l'échelle sociale, on ne peut nier que là aussi le sort ne se soit encore montré pour lui excessivement favorable.

Se laisser porter par les événements semble donc avoir été la devise à laquelle il lui paraissait surtout sage d'obéir ; quant à exercer par lui-môme une influence sérieuse sur les destinées de son pays, à se tracer une ligne de conduite, à se fixer de lui-même une direction politique, il ne semble pas qu'il y ait jamais pensé.

Si le peuple espagnol, en se précipitante ses pieds, espérait trouver en lui un homme capable d'imprimer une nouvelle impulsion, il ne devait pas tarder à reconnaître son erreur. Espartero, bon général de division, n'avait pas l'esprit assez étendu pour embrasser d'un seul coup d'œil toutes les des* tinées d'une nation, pour concevoir le genre d'institutions qui lui convient, et pour songer à rétablir sérieusement. Tout au plus avait-il assez de lumières pour choisir, entre les divers partis qui se disputaient le pouvoir, celui dont les idées lui paraîtraient les plus conformes aux tendances du siècle où il vivait ; la marche des choses lui avait fait contracter alliance avec le parti progressiste; mais qu'arriverait-il si ce parti devenu victorieux se divisait, se scindait et modiGait,avec le succès, ses allures et ses aspirations? Quel serait alors le critérium de sa conduite, le fondement de sa politique? Espartero n'avait pas en lui-même de force suffisante pour se faire un choix, et il devait rester indécis au milieu de toutes les nuances diverses qui attendraient de lui le triomphe de leurs idées particulières.

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