‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 109 sur 152 · CHAPITRE IK · texte numérisé non relu

CHAPITRE IK

LES CQRTÈS PROGRESSISTES DE 1841 et 1841. Mars 1841 -janvier 184S.

Ministère Antonio Gonzalez, » Arguelles est nonlmê tuteur de la reine. — Protestation de Marie-Ghristina. — Pronunciamentos militaires qui éclatent h. la fois à Pampelnne, Yitlorla, Bilbao, Sa* ragosse et Madrid. — Exécution de Diego Léon, Montés de Oca et Borso (octobre 1841). — Décret relatif aux fueros de Biscaye ot de Guipuzcoa. — Incident diplomatique de M. de Salvandyt —Travaux de la première session des Coriès, close le 26 août 1841. — Nouvelles lois sur la dotation du culte et sur les majorais. — Vente des biens du clergé séculier. — Capitalisation des coupons de la dette publique antérieurs à 1841, — Budget de 1841. — Ouverture de la deuxième session des Cortès (26 décembre 1841). — Le Congrès refuse sa conflance au ministère Gonzalez, qui se retire (28 mai). •*« Le général Rodil est chargé par Espartero de constituer un nouveau cabinet (16 juin). — Fermeture de la deuxième session des Cortès (16 juillet). — Olozaga est désigné par la majorité du Congrès oomme le chef de cabinet parlementaire qui devait être choisi par le régent.— Ouverture d'une troisième session qui ne dure que huit jours (14-22 novembre 1842). — Espartero, appelé h Barcelone, en suspend d'abord les séanoas; puis, de retour h Madrid après le bombardement de la grande cité catalane, dissout les Cortès (3 jaQ"* vier 1843).

Parmi les chefs du parti progressiste qui avaient le plu« fortement influé pour le triomphe de la régence uniqne, l'opinion publique avait tout particulièrement distingué don Salustiano de Olozaga; dès que cette question avait été soulevée, ce personnage, qui exerçait par ses talents et son éloquence une très*grande influence sur tous ses ooU lègues du congrès, s'était empressé de quitter l'ambassade de Paris ot était accouru à Madrid ; là, par sa décision, par son initiative, il avait peu à peu groupé autour de lui 1|

260 LITRB 111. — 1É6BMGB D'iSPÀtinO.

majorité, qui se laissait entraîner par le chef des trinitaires, le fougueux tribun don Joaquim Maria Lopez; il a^ait détruit la combinaison déjà toute prête par laquelle Arguelles et le comte de Almodovar devaient être associés pour la régence à Espartero ; enfln,àla veille du vote, lui seul avait pu contre^balancer par ses discours l'effet puissant obtenu sur les masses par les fortes et intelligentes réflexions de Lopez et de ses amis.

Il semble que le bon sens, la gratitude, son intérêt bien entendu, ordonnaient à la fois au nouveau régent de se conQer franchement à celui qui venait de lui donner un concours aussi franc ; en se privant de Corlina, Esparlero avait le bonheur de rencontrer dans Olozaga un autre homme d'Etat, très- capable de bien tenir les rênes de l'Etat et consentant à associer sa cause à la sienne ; nul ne pouvait croire qu'il irait de gaieté de cœur s'aliéner par une première faute un auxiliaire aussi puissant.

Ce fut pourtant ce qui arriva \ dédaigneux de toute supériorité qui le ravalait à ses propres yeux, épris des médiocrités au milieu desquelles il lui était plus facile de briller, Espartero préféra donner la présidence à un de ses amis intimes, Antonio Gonzalez, envoyé sous le ministère -régence comme ministre plénipotentiaire h Londres, au même titre qu'Olozaga avait été envoyé à Paris. Antonio Gonlalez était ce même homme d'Etat qui avait rédigé le programme présenté h Barcelone à Christine dans le mois d'août 1840; conséquent dans ses opinions, il ne pouvait être suspect à aucun des hommes qui voyaient avant tout dans la révolution de septembre le triomphe du parti pro« gressiste; il était laborieux, actif, persévérant, habitué aux affaires ; mais un caractère trop cassant, des manières roides et hautaines, le rendaient très-peu. sympathique, et ne lui permettaient pas d'exercer une influence sérieuse sur des

CHAPITRB II. — LES COftTÈS PROGKBSSISTES DE 1841-1842. 261

hommes politiques. Il eût pu faire un boa minisire de gr&ce et justice ; lui concéder la présidence du conseil, au détriment des autres chefs du parti, c'était lui donner une importance qu'il ne méritait point.

Devant le grand nombre de voix qu'avaient réuni les tfi* nitaires, et en présence des discussions qu'avait entraînées le vote de la régence unique, Olozaga avait indiqué au ré** gent dans une conférence particulière qu'il conviendrait peut-être à un nouveau ministère de dissoudre les Gortës ; ce fut là le prétexte dont Espartero se saisit pour se per* snader à lui-même qu'il ferait mieux de confler la présidence du conseil à son intime ami Antonio Gonzalez.

Il tint k déclarer hautement que les Gortès ne pouvaient être dissoutes, et voulut que les nouveaux ministres dans leur programme manifestassent leur intention de gouver^ ner avec elles. Il affaiblissait ainsi dans ses mains le pourvoir qui venait de lui être conflé, en s'interdisant Tusage d'un droit qui lui était conféré par la constitution ; les députés pouvaient impunément le contrarier dans sa marche gouvernementale^ et lui se privait gratuitement de la seule arme avec laquelle il pouvait se défendre.

Le parti progressiste tout entier se montra mécontent de ce que son principal chef n'eût pas été appelé aux affaires : aussi, à l'exception de don Ëvaristo San Miguel, nommé à la guerre, ce ne furent pas des notabilités de premier ordre, mais plutôt de simples doublures, qui acceptèrent les divers portefeuilles. L'intérieur et la marine furent donnés à deux amis intimes du rég[ent, Facundo Infante et Garcia Gamba, tous deux généraux, ce qui était encore une faute, car il ne convenait pas, en face des antécédents d'Espartero, d'exagérer rinfloence militaire dans le gouvernement. On dési« gna pour le poste des finances un Gatalan très-peu connu, don Pedro Surra et RuU. Gonzalez se réserva le ministère

S6t Livftk iiL — ataïKci d^mpabtiio.

des affaires étrangères, et après dix jours de crise laborieuse le ministère fut enfln constitué (i9 mai).

La première préoccupation de la nouvelle administration fut d'organiser la tutelle de la reine. Bien que le second mariage de Christine avec Ferdinand Mufioz n'eût jins été orOciellement déclaré, il était connu du public et rendait absolument nécessaire l'intervention légale d'un tuteur. D'ailleurs» en se condamnant volontairement à l'exil et en abandonnant ses deux filles, Christine s'était placée ellemême dans l'impossibilité de remplir ses devoirs de mère. Le congrès et le sénat furent donc appelés à décider si la tutelle était vacante; ils répondirent affirmativement, et h une grande majorité appelèrent à remplir ces fonctions difficiles le vieil Arguelles, l'ancien galérien de Ferdinand VII, que les feuilles absolutistes s'empressèrent de transformer pour la circonstance en cordonnier Simon* L'entrée au Palais de ce vénérable personnage fut bientôt suivie d'une sélection intelligente de tous les fonctionnaires importants^ hommes et femmes, qui gravitaient autour de la jeune reine. D'accord avec le régent, avec Vayo déjà nommé, qui était le poète Quintana, Arguelles insista pour que les postes si importants de camarera mayor, à'aya et d'intendant fussent donnés à des personnes qui ne pussent donner à la jeune reine que des conseils de haute moralité; en même temps qu'ils la mettraient en garde contre toutes les intrigues que le parti modéré chercherait à nouer autour d'elle afin de reprendre un jour le pouvoir. Longtemps discutés, les choix se portèrent enfin/pour les fonctions de camarera mayor, sur la marquise de Belgida; pour celles d'aya ou de gouvernante, sur la veuve d'Espoz y Mina, dame d'une rare énergie de caractère et douée d'un remarquable talent, et pour celles d'intendant sur un des hommes les plus distingués du parti progressiste, Martin de los

CHAPITBBII. -*- Ul CORTÈS PHOG«BS8i8TB8 DB I841-184S. 1A3

Héros. 11 li'ttait pas possible, à tous l68 points de vue, de faire de mmlleufs choix ; aussi vit-on en très-^peu de temps la liste civile tout h Theure encombrée de parasites^ prendre tout à coup un nouvel aspect : les palais^ Jardins, établissements d'utilité publique, dépendant du patrimoine royal, reçurent de notables améliorations ; Tinstruction de la jeune reine, jusque-là si négligée» commença à être poursuivie avec intérêt.

on pense que Christine ne pouvait rester Indifférente à Ces ehangements ; jusque-là elle Avait prx, par Tintermé» diairedes nombreux serviteurs du Palais, transmettre à ses filles ses lettres I correspondances, avis secrets; elle se maintenait au courant de leurs habitudes, de leurs inclinations, de leurs dispositions d'êsprit; elle influait de loin sur leur éducation, sur leur manière de voir ; elle pouvait toujours développer en elles les tendances à la superstition et au mysticisme auxquelles elle attachait, en bonne Napolitaine, beaucoup plttS d'importance qu'aux principes de morale pure et élevée, fin serait^il de même, si une barrière venait h être élevée par ces importuns censeurs, Ar*' guelles, los Héros, très-peu préoccupés de Tadoraiion des reliques^ très-peu croyants aux miracles de saint Janvier, de sœur Patrocinio (note A), mais fermes sur la pureté des mœurs, la vraie honnêteté, et toutes les vertus par les* quelles se recommandent Ins beaux caractères dans nos sociétés modernes ? S'ils agissaient fortement sur Tésprit de la jeune princesse, s'ils Tentralnaient dans leur manière de voir, quel jugement porterait plus tard la fille sur la conduite de la mère, quels liens pourraient exister entre elle et tous ces courtisans, qui savaient à la fois si bien Conseiller le goût de la dissipation et le respect de la religion ?

fous les membres du porti modéré, concentrés autour

964 LIVRB m. — RÊGBICCB D^EftPARTCRO.

de Christine» s*aIarinèreQt également de la nomination d'Arguelles ; ils y voyaient non seulement un obstacle pour triompher de la situation présente, mais encore une difO* culte pour diriger plus tard les vues de la future reine, le jour où elle aurait atteint sa majorité, si par hasard elle venait à prendre en affection le tuteur qui venait de lui être donné. Aussi les voit-on dès cette époque abandonner la situation expectante dans laquelle ils s'étaient maintenus jusqu'alors pour prendre vis-à-vis d'Espartero une altitude beaucoup plus belliqueuse ; leur nouvelle disposition se trahit par une protestation très-violente inspirée à Christine contre la décision des Cortès, protestation bien différente du manifeste lancé par elle à Marseille, le 8 novembre 1840, dans laquelle elle revendiquait tous ses droits de reine mère^ de tutrice et de curatrice, et déclarait que la vio* lence seule lui interdisait alors Texercice de ses droits (19 juillet). 11 eût été difficile de ne pas considérer un écrit semblable comme une déclaration de guerre.

Et, en effet, tout se préparait pour un grand mouvement insurrectionnel ; avec tous les moyens dont sa fortune particulière lui permettait de disposer, Christine avait organisé dans son palais de la rue de Courcelles, à Paris, une espèce de gouvernement chargé de préparer pour elle en Espagne les éléments d'une contre-révolution; des hommes comme Zea-Bermudez, Donoso Cortès, Galiano s'étaient mis humblement à ses ordres. Sûre de Tappui du roi Louis- Philippe et du cabinet du 29 octobre, elle s*était mise à conspirer presque ouvertement et à entretenir des relations suivies avec un très-grand nombre d'officiers de Tarmée espagnole, qu'elle cherchait à détacher de Tobéissance au régent choisi par les Cortès. Pendant deux mois, août et septembre, les préparatifs se firent d'une manière si publique, qu'on causait ouvertement à Madrid et h Paris de Tim-

CHAPITKB 11. — LES CORT&S PROGRBSfitSTES DB 1641-1842. S6S

minenoe prochaine du mouvement, comme d'un fait fatal que rien ne pouvait plus empêcher. A en croire M. Guizot dans ses Mémoires, Talarme d*Ëspartero et de ses partisans était même si grande, qu'ils auraient médité de quitter l'Espagne et de se retirer à Cuba, emmenant avec eux la jeune reine Isabelle et sa sœur Tinfante dofia Fernanda ^

Sans croire que les inquiétudes du ministère Gonzalez eussent pu Tentralnur à une décision aussi extrême, il faut avouer que, pour agir avec plus de sagesse, il aurait dû à la fois et prendre plus de précautions et se disposer plus efRcacement à la répression. Bien loin de là, il laissa s'établir dans les lieux mêmes où ils devaient agir les hommes dont il se défiait le plus, et ne s'occupa point de mettre à la tête des principaux commandements des militaires tout à fait identifiés à sa politique.

C'est ainsi que put s'installer dans l'importante cité de Pampelune Tofflcier supérieur qui avait été désigné par Christine pour commander le mouvement, don Leopoido O'Donnell; tandis que le capitaine général de Navarre, don Felipe Rivero, endormi dans une confiance excessive, refusait de croire à toutes les indications d'un chef politique plus clairvoyant qui cherchait à le persuader de toutes les manœuvres auxquelles ses troupes étaient en proie.

Les députations forales de Biscaye et de Guipuzcoa, tra* vaillées depuis longtemps, étaient prêtes à reconnaître le gouvernement de Christine, et le maintien de leurs fueros leur avait été solennellement garanti par elle ; et cependant, ni à Bilbao ni à San Sébastian le ministère Gonzalez n'avait sous la main un chef énergique en état de tenir têle à une situation aussi tendue.

A Madrid, les principaux officiers qui s'étaient déclarés

1 Mémoires de M, Guizot, t. VI, p. 3Q0.

util 111. — ^ liaiRCB D^MPARTIBO.

en hoBlilité contre Eipartcro après la révolution de septem* bre, Juan de la Pezuela, Diego Léon, Manuel de la Goncha, embauchaient tous les jours à leur cause des officiers et des soldats qui se souvenaient d'avoir servi sous leurs ordres; une police maladroite ne parvenait à contrarier aucun de leurs efforts, et ils pouvaient accroître presque publiquement le nombre chaque jour croissant de leurs prosélytes.

Pavia devait agir à Barcelone, Narvaez h Cadix et Borso à Saragosse, de telle sorle qu'attaqué de divers côtés, le gouvernement du régent se vit dans rimpossibilité de faire face partout à la fois. Aucune disposition ne fut prise pour empêcher ces trois personnages d'agir sur les points qui leur avaient été signalés, et les dlfflcultés qu'ils rencontrèrent devaient bien plutôt provenir de l'esprit des populations que de la prévoyance des ministres.

Ce fut In V octobre 1841 qu'O'Donnell donna à Pampelune le signal de rinsurrection ; ce jour-là, à huit heures du soir, il se présente dans la citadelle en costume bourgeois, mais avec une ceinture de général, accompagné d'une dizaine d'otflciers ; il convoque l'état^major et so fuit re** connatlre comme chef suprême au nom de la régente Chris* tine. Cela fait, il réunit sur la place d'armes les oFDciers et les soldats, les entraîne dans sa rébellion, fait distribuer de l'argent, puis, après avoir fuit reconnaître un de ses aides de camp pour gouverneur de la citadelle, il descend dans la ville pour soulever les casernes. Ses premiers elforts ne furent pas couronnés d'un succès complet ; des deux bataillons du régiment d'Estramadure, si l'un se rangea sous sa bannière, l'autre rerusa de manquer à ses devoirs. Le régiment de Gerona dédaigna toutes les propositions ; force fat donc A O'Donnell de se retirer dansla citadelle avec ceux qu'il avait gagnés, et d'abandonner la ville à sa propre inspiration. Bientôt revenu de sa première indécision, le copi-

CHAPITBB II.— LEi COtTtS pnOOHBfllrSTBS bB 1841-1812. 2G7

taine généra] reprit l'ascendant sur les troupes; O'Donnell fut bloqué dans la citadelle et contraint de se borner à répandre quelques proclamations et à lancer dans le pays quelques bandes isolées.

La Navarre avait fait sérieusement la paix avec lé gouvernement central; ceux de ses habitants qui étaient demeurés sincèrement dévoués au carlisme n'avaient pas plus de sympathie pour Christine que pour Espartero; partout on reçut assez mal les émissaires d'O'Donnelh et celui-ci dut bientôt reconnaître que par lui-môme il était incapable de faire triom* pber l'insurrection, et que si elle devait réussir, le succès devait provenir d'efforts tentés sur d'antres points du territoire.

Ce point serait-il Vittoria? Lemouvementavaitété là inauguré le 4 octobre, par le commandant môme de la province, Piquero, qui, sur la nouvelle des événements de Pampelune, avait entraîné avec lui toutes les troupes placées sous ses ordres et même la milice nationale, et s'était hâté de constituer une junte suprême de gouvernement qui devait agir sous la présidence de don Manuel Montés de Oca^ ex-ministre de la marine, jusqu'à Tarrivéo de la régente Christine. Cette junte fut en état de fonctionner pendant quatorze jours ; elle put lancer des proclamations et agiter les esprits, mais elle trouva si peu de sympathie dans la députalion provinciale et si peu de concours dans la municipalité, qu'elle ne put ni acheter des fusils, ni lever des réserves, ni s'ouvrir de sérieuses communications avec le dehors. Yittoria ne tarda pas à être cernée par le général Zurbano, accouru de suite avec quelques troupes ; à sa première sommation, les soldats qui avaient été entraînés par Piquero le 6, revinrent sous les drapeaux ; il suFOt de quelques coups de fusil pour mettre la ville en état de blocus, et la municipalité s'empressa de témoigner dé sa fidélité au régent (19 octobre).

26) LIYftB III. — -BtoBirCB D^BSPÀBTBBO.

Piquero fut assez heureux pour s'échapper; quant au malheureux Montés, dont la lète avait été mise à prix, il essaya aussi de fuir, mais il fut livré par les propres soldats de la députation d'AIava (mifiones) et impitoyablement fusillé dans la ville même où il avait essayé de proclamer le nouveau gouvernement ; il paya ainsi de sa vie la criminelle agitation qu'il avait essayé de produire dans sa propre patrie.

A défaut de Yittoria ce serait peut-être Bilbao. Là du moins, on pouvait compter sur la députation, secrète* ment engagée, comme celle de Guipuzcoa, avec les fauteurs du mouvement. Tout sembla d^abord marcher à souhait ; le colonel Larrocha, à la tête des troupes soulevées, put, ù lanouvelle des événements de Pampel une et deVittoria, s'emparer du général et du chef politique, et les expédier à Ordufla (4 octobre). La députation se réunissait le lendemain et accueillait dans son sein plusieurs des personnages im« portants du parti modéré, entre autres Galiano. II fut décidé qu'une assemblée générale du genre de celles qui sont près* crites dans les fueros, serait immédiatement convoquée. La réunion eut lieu les 12, 13 et 44 du même mois d'octobre, et il y fut décidé que Christine, ayant reconnu dans leur intégrité les fueros de Biscaye, serait reconnue comme régente; tous les hommes de dix-huit à quarante ans seraient appelés sous les armes. La députation de Biscaye était, en outre, invitée à s'entendre avec celle de Guipuzcoa, qui cherchait en ce même moment à organiser à Vergara un centre insurrectionnel sous la direction du g& néral Urbiztondo. Mais les populations refusèrent de s'engager dans la voie qui leur était tracée ; elles renvoyaient partout les émissaires qui avaient regu mission de les soulever, et l'agitation, mal entretenue, peu secondée par les nouvelles du dehors, se concentra dans les deux foyers de

CHAPlTEBll.^US GORTÈS PROGRE6SI8TBS DB 4841-1842. 269

Bilbao et de Vergara. Ni San Sébastian, ni même Tolosa, dont les opinions avaient été plus favorables au carlisme pendant toute la guerre civile, ne voulurent y participer ; don Carlos et Cabrera, inquiets d'ailleurs de voir des chefs modérés se mettre en relations avec ceux qui naguère com* battaient sous leurs ordres, inondèrent de proclamations les provinces basques, afin de les détourner de reconnaître le gouvernement d*0'Donnell et de Montés de Oca. La junte provisoire qui s'était formée à Bilbao, essaya cependant avec la milice nationale et quelques habitants dévoués k sa c^use d'organiser un groupe sérieux de résistance; ses efforts furent troublés par une publication habile du gouver* nement espagnol, qui, se servant d'une déclaration adroitement obtenue par son ambassadeur à Paris de Tex-régente Christine, parvint à répandre le bruit qu'O'Donnell et ses complices n'agissaient que de leur autorité privée. Elle dut à la fin reconnaître son impuissance ; ses membres, quand ils apprirent l'entrée de Zurbano à Yilloria et sa prochaine arrivée sous les murs de Bilbao, ne songèrent plus qu'à fuir. Quand ce général apparut le 21 sur les hauteurs qui dominent la ville, tous les principaux chefs s'étaient embarqués pour se réfugier en France. Zurbano ne trouva aucune résistance ; il put entrer, sans coup férir, avec moins de i 200 hommes dans cette cité, qui pendant toute la guerre civile avait été imprenable pour les carlistes.

Les troupes qui s'étaient prononcées à Bilbao avec le colonel Larrocha avaient été entraînées parleur chef le 6 octobre à Durango, le 8 à Yittoria, puis étaient venues se ranger à Vergara sous les ordres du général Urbizlondo* Elles ne marchaient qu'avec découragement, et accusaient publiquement leur chef de leur faire trahir leur devoir et d'abuser contre elles des règles sévères de la discipline ;

170 UVRSill. -* KtOftHCI D'gtfARTIKO.

malgré la haute paye qui leur était di^tribiiôo et les ca» reaaeB de tout genre dont elles étaient Tobjet, elles avaient une répugnance extrftme à obéir au chef carliste qui leur avait été donné. Aussi, dès qu^eUos apprirent la capitulation de yittoria(i9 octobre), se décidèrent-elles à rentrer sous Tobéissance de leur général ; un pnrdon qui leur était bien dû leur fut aussitôt accordé; quant à Urbiztondo et à Larrocha, resté? seuls compromis, ils eurent le temps de regagner le territoire français (34 octobre).

Le soin de soulever les troupes cantonnées dans la capitale de l'Aragon avait été confié au général Borso di Garni* nati, d'origine piémontaise, que nous avons eu plus d'une fois occasion de citer pendant le cours de la guerre civile. Ce général devait spécialement trouver un concours puis^ sant dans les officiers du 2'** régiment de la garde royale, qui avait été travaillé & l'avance par de nombreux émis* saires; en revanche, il avait à lutter contre les dispositions de la milice, t résidé vouée au régent et aux idées progrès* sistes. Tout ce qu'il put obtenir, ce fut de décider les trois bataillons de la garde à quitter silencieusement la ville de Saragossa dans la nuit du 5 au 6 octobre, pour aller re* joindre le général O'Donnell dans la citadelle de Pampelune, Dès que la première nouvelle de cette sortie séditieuse parvint au capitaine général, celui-ci réunit immédiatement toutes les troupes de la garnison restées fidèles, et se mit h la poursuite des rebelles. Il les atteignit à peu de distance, entra en pourparlers avec eux, les ramena à l'obéissance et a'empressa de donner des passeports à tous ceux des chefs qui se croyaient tenus envers Tex-régente par d'anciens ser* nients de fidélité. Borso^ qui avait d^à prévenu O'Donnell de sa prochaine arrivée, tenta vainement de s'opposer h rbabile conduite du capitaine général ; il se vit abandonné, obligé de fuir et tomba entre les mains d'une baode de

Page 1