CHAPITRE 11. — LB8 CQRTftS PEOISIRiitlSTEg DE 1841-1842. 27 T
miliciens haiionaux. Livré au capitaine général d*AragoD, il fut inimédiaiement soumis à un conseil de guerre, con<' damné à mort et impitoyablement fusillé (14 octobre).
Des combustibles avaient aussi été préparés dans la Vieille-Castille pour étendre Tincendie dans cette province. A Burgos, «ans l'énergie du capitaine général, une sédition des troupes eût été à craindre ; la population, en organisant (lès le premier jour une junte d'armement et de défense, découragea tous ceux qui auraient voulu se joindre aux révoltéi de Pampelune et de Vitloria ; loin de fournir de nouveaux éléments à la rébellion, elle donna Te^ emple do mesures énergiques ayant pour but le maintien de Tordre. A Toro, un brigadier (maréchal de camp) parvint à entrâtner'avcc lui 250 soldats; mais, activement poursuivi par le commandant de la province de Zamora, il ne put s'avancer dans l'intérieur du pays et dut borner ses efforts à gagner la frontière de Portugal^ qu'il atteignit le 20 octobre;
En Andalousie, Narvaez avait reçu la mission de cber^ cher un appui sérieux dans les troupes établies au camp de San Roque; informé à temps du mauvais résultat des événements de Vittoria et de Bilbao, il ne crut pas devoir se présenter h Cadix, dont la population d'ailleurs lui eût été hostile, et il préféra rester à Gibraltar. Le gouvernement Iqi avait opposé le lieutenant-colonel Prim, alors député aux Gortès, qui. n'eut presque aucune mesure à prendre.
A Barcelone et à Valence, loin de fomenter une agitation dans le sens modéré, le pronunciamento d'O'Ponnell avait décidé au contraire les habitants à organiser des juntes da vigilance contre toute tentative réactionnaire; o'est4-dire qu'il l'était formé dans ces deux villes des foyers de ré»is« tance pour le cas où la régente Christine aurait triomphé dans les provinces basques.
Il nous reste à raconter Tépisode vraiment dramatiquii
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auquel Finsurrectioa devait donner lieu à Madrid. 11 était impossible que, voulant livrer une action décisive, les modérés ne dirigeassent point une partie de leurs efforts con* tre le siège du gouvernement central ; car un succès pou- Viiit là leur être d'une plus grande utilité que partout ailleurs; si surtout ils parvenaient à s'emparer de la jeune reine, ils auraient entre leurs mains un puissant instrument de domination, et en le maniant avec intelligence ils se mettaient peut-être en mesure de battre en brèche là volonté nationale. Mille difficultés s^opposaient à la réussite d'un semblable projet ; il n*en était pas moins entré dans l'esprit de ceux qui avaient organisé le prouuncianiento ; et pour être mené à bon terme il avait été confié aux soins des officiers les plus brillants qui étaient entrés dans la conjuration, de ceux qui dans la guerre civile avaient atteint la plus haute réputation, par leur bravoure ou leur intelligence : Diego Léon et Manuel de la Goncba. Ces deux généraux, arrivés tout jeunes encore aux grades les plus élevés, s'étaient follement engagés dans l'aventure ; ils savaient pouvoir compter sur le concours apparent ou réel d'un très -grand nombre d'officiers ; ce qui devait faciliter leur mission ; mais ils s'exagéraient à eux-mêmes leur popularité, s'ils avaient jamais cru pouvoir décider la majorité des sergents et des soldats à déserter le drapeau du régent et des Gortès au profit exclusif de Tex-régente. On sut à Madrid dès le 4 octobre la nouvelle des événements de Pampelune; si Léon et Goncha eussent été alors prêts à agir, ils eussent certainement causé dans toute la ville une alarme qui eût pu servir leurs projets; mais leurs mesures n'étaient pas prises, ils jugèrent nécessaire d'attendre et donnèrent le temps au gouvernement de prendre, du 4 au 7 octobre, bien des dispositions qui devaient plus tard tour* ner à leur confusion.
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Le ministre de la guerre put, en effet, séparer 85 ofDciers de la garde royale, éloigner certains chefs de corps en qui il n'avait pas une conQance suFOsante, et appeler à Madrid les troupes sur lesquelles il pouvait le mieux compter ; en môme temps la municipalité et la dépulation provinciale, les bataillons et la milice étaient prévenus que la tranquillité publique courait risque d'être troublée d'un instant à l'autre; les divers commandants organisèrent entre eux un tour de rôle de manière à n'être point pris au dépourvu et à être en état de convoquer leurs bataillons à la première alerte.
Enfln, le 7, Goncha se décide à donner le signal de la lutte ; à cinq heures du soir, il se dirige vêtu en bourgeois à la caserne de son ancien régiment des chasseurs de la Princesse, où il est reçu par le lieutenant-colonel et des commandants engagés à l'avance dans la conspiration. II s'adresse à tout le corps des offlciers et cherche à les influencer par quelques paroles ardentes et véhémentes dans lesquelles il rappelle le serment de Gdélité juré à Christine. L'accueil qui lui est fait est glacial, tous gardent le silence; mais un lieutenant, don Manuel Boria, répond à Tenthousiasme de son ancien chef, fait prendre les armes à un certain nombre de soldats et bientôt la caserne se met en mouvement ; plusieurs compagnies se rangent en ordre pour se laisser conduire où le voudrait leur nouveau chef. On désarme les hussards qui ne voulaient pas se rallier ; le colonel de la Princesse est enfermé ; et près de 300 révoltés quittent la caserne pour marcher sur le palais, Goncha à leur tête.
Les conjurés, plus encore que sur le régiment de la Princesse, comptaient sur la garde ; mais de ce côté toutes leurs espérances furent déçues. Le gouvernement avait si bien purgé ce corps des offlciers qui auraient pu l'entratner,
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qu'il garda en Tuce des événements une en lière impassibilité; lorsque les of Aciers renvoyés se présentèrent en masse dans la caserne de la rue du Soldat pour décider les gardes à marcher en avant, ils furent reçus à coups de fusil. Dans une autre caserne située à proximité du palais, où logeaient les chasseurs et les lanciers de la garde, un commandant d'escadron, voyant venir la colonne de Goncha, fit fermer les portes ; malgré les sympathies secrètes qu*ils pouvaient avoir pour sa cause, ils la laissèrent passer sans se mêler avec elle, se contentant de l'encourager par quelques accla* mations K
A la première porte du palais, Concha trouva quelque résistance i le chef de la garde extérieure, initié pourtant au complot , n'avait pu donner ordre de le laisser 4>énélrer avec une bande armée ; mais les pourparlers ne sont pas longs; lu porte est franchie et les chasseurs, arrivés dans la grande cour du palais, commencent à ébranler de leurs cris séditieux les vieilles voûtes de ce gigantesque édiGce. L'agitation se communique de proche en proche ; le chef des hallebardiers, don Domingo Dulce, qui n'avait sous k main que dix-huit de ses soldats, mais pouvait compter sur eux, fait aussitôt fermer les portes des appartements intérieurs ; la reine et sa sœur, qui dans ce moment prenaient une leçon de musique, sont maintenues avec fermeté par la comtesse de Mina dans la chambre où elles se trouvaient. Dulce s'avance lui-même au-devant des envahisseurs et, tandis qu'ils étaient encore au bas de l'escalier, les arrête par une sommation d'avoir à respecter la demeure royale. Pour toute réponse le lieutenant Boria se retourne vers ceux de
i Lorsque l'insarreotion eut été tout à fait vainoae, Espartoro, de retour à Madrid, par un déoret daté do 6 décembre, supprima la garde royale extérieure d'infanterie et de cavalerie et les régiments d'infanterie Constitution et Espagne. Deux autres de oaraierle (Pavie il Sagoote) furent orées en leur lieu et plaoe»
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968 hommes qui le suivaient au bas de Tescalier : Feu! leur crie-t-il. Aussitôt, Dulce renlre dans Tappartement, disposé ses hommes et par une fusillade bien nourrie empêche les chasseurs de gravir davantage les marches de Tescalier.
Alors des deux côtés la lutte s'engage ; les dix-huit halle-r bardiers, mieux protégés par la situation des lieux et leur rôle de simples défenseurs, ne se laissent pas entamer et ils se divisent en deux peletons^ dont Tun continue & se barricader et à défendre les portes, tandis que Tautre jette Tinquiétude parmi les assaillants en tirant sur ceux qui occupaient la place de TArmeria.
Coucha, devant celte résistance, ne se décourage point d'abord; il calcule que le désordre jeté dans la ville par son soulèvement peut lui amener de nombreuses recrues; il attend le résultat des démarches tentées ailleurs par don Diego Léon, Pezuela et Norzagaray^ et maintient avec éner* gie Tenthousiasme des compagnies qu'il a entraînées à la révolte. Mais une triste déception l'attendait. Vers le milieu de la nuit, Diego Léon arrivait au palais ; il n'avait avec lui que le brigadier Pezuela ; aucune troupe ne les accompagnait et ils avaient eu la plus grande difficulté à pénétrer jusqu'à VAlcazar ; la milice el les troupes restées fidèles s'agitaient dans Madrid et commençaient h s'ébranler pour bloquer dans Tédifice royal les rebelles qui étaient venus l'assiéger.
Les conjurés délibèrent : Léon s'avance pour faire une dernière sommation à Dulce ; mais il rencontre toujours la môme résislnnce et le combat recommence, quoique avec moins d'animation. Les chasseurs se préoccupent désormais bien plus du cordon de troupes qui commence à les entou* rer que de répondre aux balles des hallebardiers. Ënfln,ver8 trois heures du matin, Coucha et Léon comprennent la nécessité de la retraite : ils se mettent à la tète d'un déta*
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chement décidé à faire une sortie par le jardin (dit Gampo del Moro) qui sépare le palais du Manzanarès : par là, on peut atteindre la porte de Fer et gagner la campagne. Celte tentative ne réussit pas ; le détachement fut chargé par un piquet de cavalerie pkcé en observation ; tous ceux qui le composaient furent obligés de se séparer et de chercher individuellement le salut dans la fuite. Goncba put se cacher au milieu des arbres, de manière à pouvoir rentrer plus tard impunément dans Madrid, et à se dérober à toutes les re«cherches jusqu'à ce qu'il fût parvenu sur le sol étranger. Léon gagna la campagne; mais là, plus malheureux que son complice, il ne put se dérober aux poursuites : il fut atteint par d'anciens soldats qui avaient servi sous ses ordres et ramené prisonnier dans la capitale.
Tous ceux qui étaient restés dans la cour du palais, sergents et soldats, durent se fendre à discrétion ; parmi eux se trouvait le lieutenant Boria. Lorsque, le lendemain malin, à la première heure du jour, Espartero rentra, à la tète des troupes fidèles et de la milice nationale, dans la demeure royale, et vint adresser ses hommages à la reine et ses félicitations à l'énergique attitude du commandant des hallebardiers, le grand escalier était encore teint du 'sang de quelques malheureuses victimes.
Pendant le désordre qui signala celte nuit célèbre, Topinion publique observa avec peine que le régent et ses mi* nistres restèrent bien au-dessous de la responsabilité qui pesait sur eux ; le bon esprit des troupes fit seul échec aux mauvaises dispositions des officiers. Quant à la milice nationale, elle montra le plus complet dévouement pour le maintien de la situation politique. Le hasard avait voulu que le chef de la milice exerçant ce jour-là les fonctions de commandant de place fût l'ex-ministre don Manuel Gortina; cet habile et énergique personnage avait su prendre à lui