‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 111 sur 152 · CHAPITRE II. -^LBS CO&TfcS PROGRESSISTES DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. -^LBS CO&TfcS PROGRESSISTES DE

seul les meilleures dispositions'; c'était lui qui, très-intelli* gemment aidé par le chef politique et un de ses auxiliaires les plus actifs, don Gandido Nocedal, et par divers députés de tendances bien diverses, Lopez, Gonzalez Bravo, Orense, avait vraiment fait face au péril. Le président du conseil, Antonio Gonzalez, surpris au palais dès les premiers mo« ments, était resté pendant toute Talarme privé de communications avec le dehors; le ministre de la guerre était malade et retenu snr son lit de douleur. Quant au régent, sll conserva sa présence d'esprit, il n*en resta pas moins quelque temps très-vivement impressionné par les défections de tout genre qu'il voyait se manifester contre lui dans les rangs de ses compagnons d'armes ; celle de Léon surtout l'avait fortement ému ; il tarda à donner les ordres néces« saires pour entourer les conjurés, et ne se rassura que peu à peu en présence des dispositions de la milice nationale, tout à fait hostile au coup de main préparé par les conspirateurs.

Lorsque la nouvelle des événements de la nuit du 7 octobre à Madrid parvint dans le nord de l'Espagne, elle jeta le découragement le plus profond dans les esprits de tous ceux qui avaient pris les armes. C'est à l'effet qu'elle produisit qu'il faut en grande partie attribuer le peu de résistance que Zurbano rencontra à Yittoria et à Bilbao (49 et %) octobre). Quant au gouvernement, sûr de vaincre désormais, il affecta de donner aux événements encore plus d'importance qu'ils n'en avaient en réalité ; un corps d'armée dont le commandement fut confié au général Rodil, fut immédiatement organisé sous le titre d'armée du Nord ; et il fut décidé en même temps que le régent irait lui-même sur l'ancien théâtre de la guerre pour calmer les esprits et rappeler par sa présence aux populations les bienfaits de la paix signée à Vergara. Il eut avant son départ h rejeter le

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pourvoi en grâce du mnlhoureux Diego Léon, fusillé à Tâge de trente et un ans, le 45 octobre 1841^ après avoir conquis Ton après Tautre les principaux grades de l'armée par une série ininterrompue d'actes d'héroTsme. Quelque coupable qu'il fût, Léon avait rendu de tels services à son pays dans la guerre civile, que la clémence à son égard aurait pu se considérer comme l'accomplissement d'une dette. Esparlero eut tort de se croire obligé de le sacrifler ; la mort de Borso était déjà un exemple ; il fallait laisser au temps le soin d'agir sans prétendre exercer sur les esprits une impression de terreur par des jugements trop sommaires.

Parti de Madrid le 18, Espartero arriva à Yittoria lorsque déjà ses troupes avaient dissous la junte provisoire de Montés de Oca ; il put facilement rétablir l'ordre dans cette ville à cause de la sagesse qu'avaient témoignée dans toute leur conduite la municipalité et la députation provinciale. Mais sa principale attention devait se flxer sur Pampelimc; tant que la citadelle de cette ville était au pouvoir de l'insurrection, ses ennemis avaient un point d'appui pour leurs prétentions ; il fallait à tout prix les en déloger. O'Donnell, de son côté, tenait toujours à s'emparer de la ville et il n'avait cessé de sommer le capitaine général Rivero d'avoir à la lui livrer, s'il voulait éviter les horreurs du bombardement. On avait repoussé ses menaces, et il avait eu l'inutile cruauté de les réaliser tant qu'il avait ignoré le résultat du mouvement à Madrid. Une grande partie de la population avait dû abandonner ses foyers ; la milice s'était maintenue avec fermeté, et par une fusillade intelligente du haut des tours avait même vivement contrarié le feu des artilleurs occupés au bombardement. A la fln, O'Donaell, instruit de ce qui se passait au dehors, avait compris son impuissance; le 13, il avait quitté la citadelle avec six cents hommes sous le prétexte d'aller chercher des armes, et il s'était interné

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en Navarre, dans les environs d'Eslella, tandis que de nonvelles troupes arrivaient de divers côtés à Pampelune pour resserrer le blocus. BienlAt instruites, après son départ, des événements qui s'étaient accomplis dans la Péninsule, les quelques troupes laissées dans la citadelle commencèrent h se repentir du rôle qu'on leur faisait jouer : le désordre se mit dans leurs rangs; elles ne songèrent plus qu'à leur salut ot entrèrent en pourparlers avec les assiégeants ; on ne pouvait capituler avec elles ; les passer au fil de Tépée eût été trop cruel. On aima mieux les laisser s'échapper^ et le 25 octobre les troupes du régent se retrouvèrent en posgession de la citadelle de Pampelune sans avoir eu h livrer assaut. O'Donnell pendant ce temps parcourait les rives de PArga pour y faire des recrues, se pénétrait chaque Jour davantage de l'impossibilité de donner suite nu mouvement entrepris, brûlait un petit fort, celui de Peralta, pour laisser quelques traces de son passage, et enfin se décidait à regagner le territoire français, en abandonnant définitivement la partie.

C'était à Bilbao que les modérés avaient trouvé l'appui politique le plus important; dès que Tordre fut un peu rétabli, ce fut là qu'Esp.irtero crut devoir montrer le plus de sévérité; il y avait envoyé Zurbano, et permit à ce célèbre guérillero, élevé pour la circonstance au grade de maréchal de camp, de faire sentir aux populations basques tout le poids de l'autorité militaire; plusieurs exécutions sommaires, effectuées sur des individus pris les armes à la main, commencèrent à jeter la terreur. Elles furent suivies de proclamations énergiques où était traité de brigand et de voleur quiconque chercherait de nouveau à troubler la tranquillité publique. Les modérés s'acharnèrent d'abord à faire passer pour un tigre féroce l'homme qui osait leur infliger à eux-mêmes le traitement qu'ils

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avaient si souvent imposé à leurs ennemis ; mais comme le pays voulait la puix, qu'il avait soif avant tout de bon ordre et d'activité commerciale, loin d'écouter ces clameurs intéressées, il se soumit sans regret au régime da sabre qui lui était impos'5 et aima mieux supporter d'extravagantes menaces que recommencer une lutte désastreuse. Son indifférence passive atteignit même un tel degr(^, qu'Espartero se vit en mesure de résoudre le terrible problème des fueros resté jusqu'alors insoluble depuis la convention de Vergara en tout ce qui concernait les provinces basques. Par un décret daté de Yittoria, 29 octobre, il supprima les corregidors de Biscaye et de Guipuzcoai installa dans ces provinces des chefs politiques et des députations provinciales, ordonna que leurs municipalités, leurs tribunaux n'auraient plus rien de dissemblable avec les autres provinces de la monarchie, et décida en6n qu'à partir du f décembre 1841 , en outre des bureaux de douanes de S in Sébastian et du Passage existant déjà, de nouveaux bureaux seraient établis à Irun et Fontarrabie, à Guetarie, Deva, Bermeo, Plencia et Bilbao ; toutes les difQcultés relatives aux fueros se trouvèrent ainsi surmontées d'un seul coup.

Quelque arbitraire que fût ce décret, il fut mis immédiatement à exécution, et inaugura un ordre de choses dont les populations n'eurent pas à se repentir.

De Vittoria, où il était resté plusieurs jours, Espartero se transporta successivement à San Sébastian (3 novembre) et à Pampelune (5 novembre), où il acheva par des mesures trop souvent sévères, quelquefois assez sages, d'affermir son autorité ; il passa ensuite le 7 à Saragosse, où il voulut résider quelque temps. Son attention était appelée du côté de Barcelone par une série de complications que nous exposerons à part, parce qu'elles constituent uo

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lableau isolé dans rensemblo des événements de cette régence. La junte d'armement et de vigilance de Barcelone, avant de se dissoudre, comme elle devait le faire aux termes d'un décret rendu à Vittoria le 27 octobre, décret par lequel le régent avait ordonné la dissolution de toutes les juntes formées à la première nouvelle des événements d'octobre, avait voulu procéder à la démolition de la citadelle de Barcelone. Elle avait proflté de l'éloignement du capitaine général et de ce que la défense de la ville entière avait été confiée d'une manière exclusive à la milice nationale pour commencer l'exécution d'une mesure bien cbère à tous les Catalans, très-odieuse aux habitants des autres provinces de la Péninsule.

Espartero, comme représentant de la nationalité espagnole, ne pouvait tolérer semblable désobéissance ; il déclara, par un manifeste en date du 9 novembre, qu'il saurait s'opposer à tous les excès et donna ordre à van Halen de rentrer dans la ville en l'engageant seulement à employer la persuasion de préférence à la force des armes. La junte n'était ni dans l'intention, ni en mesure d'opposer une résistance armée ^ elle se décida à obéir aux ordres du . régent et laissa, le 15 novembre, le capitaine général rentrer dans la place et y ressaisir l'aulorité. Quel usage devait-il en faire ? Gomment allait-il se conduire envers les membres de la junte dissoute, la municipalité^ la députation provinciale et la milice nationale, et quels devaient être les résultats de sa conduite ? c'est ce que nous aurons encore l'occasion de voir plus tard. Constatons en attendant que, vainqueur des modérés dans les provinces basques pendant le mois d'octobre, Espartero se vit pendant toute la première quinzaine de novembre poursuivi par l'idée d'avoir à lutter contre la cité de Barcelone ; enfln il eut le bonheur de voir se calmer la tempête qu'il avait vu ^'amasser ;

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rendu à une vie plus tranquille par la nouvelle de la rentrée de van Halen dans la capitale de la Catalogne, il s'empressa de convoquer les Gortës pour une seconde session qui s*ouvrirnit le 26 décembre, et se décida à rentrer dans Madrid.

Une ovation magniflqne Ty attendait. La milice nationale de la capitale, dont il fut toujours l'enfant cbérî, qui s'était avec joie ébranlée, le 7 octobre, pour assurer son pouvoir, qui avait suivi avec émotion tons les événements de P<impelune, Vittoria et Bilbao, qui avait été très-irritée parles tentatives d'émancipation de Barcelone, et qui, peu désireuse pour elle-même de Tétat de siège, ne s'inquiétait pas de le voir imposer aux Catalans, alors même qu'ils ne se fussent pas engagés dans la rébellion, témoigna son allégresse par les plus vives démonstrations ; revue, illuminations, arcs de triomphe, elle n'épargna rien pour manifester nu régent qu'elle était entièrement de cœur avec lui; que, comme lui, elle était monarchique, constitutionnelle, hostile à la fois aux modérés et aux républicains, et que, d'accord avec la majorité actuelle du congrès , elle était favorable à la suprématie du parti progressiste.

Ce moment marque l'apogée réel de l'enthousiasme des esprits en faveur d'Espar tero ; comme régent, il ne retrouva plus, à aucune autre époque, l'empressement, la confiance, Tadmiration dont il fut alors l'objet. Le peuple ne voit jamais que les gros résultats dans les événements de ce monde ; il sentit alors qu'une grande conjuration dont les (Ils étaient conduits par l'ex-régente, et peut-être aussi par le gouvernement français, avait été vaincue et dominée par celui à qui il avait confié ses intérêts. En dehors de ce grand fait, toutes les fautes qui avaient pu être commises lui échappèrent à la fois ; il ne les vit pas et ne pouvait s'en rendre compte.

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Quelle avait été, pendant tout le temps que la Péninsule s'agitait ainsi pour elle, Tatlitude de Christine à Paris ? Elle fut aussi misérable que violentes étaient les passions qui l'avaient poussée à la lutte; nous n'en donnerons d'autres preuves que le tableau exact et fidèle des relations qui s'établirent, dans le moment le plus critique^ entre l'ambassadeur espagnol et le palais de la rue de Gourcelles. Arguelles, ce terribletuteur contre lequel les modérés n'avaient jamais assez d'injures à la bouche, loin de s'opposer à la correspondance de la mère et de la fille> en était l'intermédiaire ; c'était lui qui mettait sous enveloppe les lettres de la jeune princesse et les envoyait directement à Olozaga, et celui-ci était chargé de les remettre en main propre à l'ex-régente. Le 10 octobre, alors que tout le nord de l'Espagne était en feu à la suite des événements de Pampelune, Madrid, Vittoria et Bilbao, l'ambassadeur espagnol, ayant comme d'habitude reçu la correspondance de Madrid^ vit qu'elle contenait plusieurs lettres de la jeune reine pour sa mère; il crut de son devoir de se présenter au palais de la rue de Gourcelles, bien que ce jour-là tombant précisément à l'anniversaire de la naissance d'Isabelle, il y eût nombreuse réunion et affluence considérable de visiteurs autour de l'ex-régente.

On pense quelle impression produisit la présence d'Olozaga sur des hommes tels que Toreno, Martinez de la Rosa, Zea-Bermudftz, suivant tous d'heure en heure avec inquiétude les nouvelles de la grande insurrection qu'ils avaient fomentée ; il est introduit et voici le dialogue qui nous a été transmis comme s'étanl établi entre lui et Christine :

Olozaoa. BoQJour, j'apporte six lettres; deux d'entre elles se trou- ▼entreliées ensemble; j'ai voulu les remettre dans ce même état.

Christine. Pourquoi ne les as-tu pas séparées?

Olozaga. Par respect pour le sceau royal : c'est 'par leurs cachets respectifs qu'elles se trouvent précisément unies.

384 LiYiB 111. — ttonici d'«8PABTBA0.

Christine. J'étais déjà inquiète.

Olozaoa. Il y avait de quoi dans un moment où tant d'événements se succèdent.

Christine. Dis-moi, dis -moi donc ce qui arrive.

Olozaoa. Il est étonnant que Votre Majesté me le demande. Ne doit-elle pas être mieux informée que moi, puisque O'Donnell s'intitule capitaine général et vice- roi de Navarre en vertu d'une nomination de Voire Migesté. puisque Montés de Oca s'intitule membre d'un gouvernement provisoire qui doit régir TEspagne en l'absence de Votre Migesté?

Christine. Ils disent que je les ai nommés.

Olozaga. Expressément.

Christinb. Qu'ils en fournissent les preuves.

Olozaoa. Ils parlent comme s'ils les avaient.

Christine. Et comment pourrais-je les nommer t

Olozaoa. Je sais bien que ce ne serait pas par le moyen d'un décret; mais un autre mode aurait pu être employé.

Christine. Je reste surprise de ce que tu me dis.

Olooaza. Votre Majesté chercherait-elle à allumer en Espagne U guerre civile t

Christine. Tout cela ne peut être qu'une calomnie.

Olozaga. Votre Majesté m'autorise-t-elle à le déclarer ainsi?

Christine. Oui, je t'y autorise.

C*est à la suite de cette entrevue que des correspondances spéciales furent expédiées à tous les commandants des provinces par Olozaga, pour leur faire savoir que Tex-régente repoussait toute solidarité avec les conjurés; venue très à propos, cette déclaration contribua beaucoup à Jeter le découragement parmi eux et à amollir Tardeur de ceux qui s'étaient lancés dans Taventure en comptant sur un succès facile. Elle fut particulièrement funeste à Montés de Oca, de qui les Basques exigèrent la présentation du titre officiel expliquant la mission dont il aurait été chargé. Gomme il ne put ou ne voulut pas le leur présenter, ils le mirent en suspicion et refusèrent de lui donner la moindre coopération. Peu de jours après, Olozaga insista auprès de i'exrégente pour qu'elle adressât une communication officielle au gouvernement espagnol, communication dans laquelle elle répudierait toute connivence avec les fauteurs de la

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rébellion. Instruite déjà de la première faute qu'elle avait faite dans l'entrevue du 10, et de l'usage qui avait été fait de sa parole pour détacher d'elle une partie de ses partisans, Christine se refusa sèchement à adresser la communication qui lui était demandée (t5 octobre) ; sans se tenir pour battu, Olozaga insista (47 octobre) et obtint enfin, le 24, quand tout était terminé et qu'il n'y avait plus de doutes sur le résultat, une note signée du secrétaire de la régente. Christine consentait alors à afCrmér qu'elle n'avait ni suscité ni provoqué la rébellion armée qui venait d'être vaincue ; mais en môme temps elle accusait le gouvernement établi à Madrid d'èlre ùsu (Tune vicieuse origine y d'avoir usurpé t autorité royale^ d'avoir violé les antiques et respec^ tables fueros des nobles basques et navarrais, de lui avoir injustement enlevé la tutelle et la curatelle de ses filles ; enfin, de scandaliser le monde chrétien par d'iniques attaques contre le Père commun des fidèles. Comment, dès lors, pouvait-elle jeter le blâme sur les nobles défenseurs des lois foulées aux piedsj sur ceux qui s'étaient levés pour tira* les augustes et malheureuses orphelines de leur dure ser-vitude ?

C'était nier faussement qu'elle eût participé aux désordres antérieurs, tout en en favorisant de nouveaux, autant qu'il dépendait d'elle. L'opinion publique ne s'y trompa point : au point de vue de la dignité personndle^ on eût mieux aimé une attitude plus franche et plus loyale qui l'eût portée à ne pas abandonner ses^partisans les plus fidèles au moment le plus critique de la lutte. Mais on comprit qu'elle cherchait à couvrir le cabinet français, qui autrement aurait pu se trouver engagé dans de graves complications diplomatiques.

On n'a psis jusqu'à présent mis en lumière de documents explicites prouvant la part que le cabinet de M. Guizot a

386 LiVftB m. — RtGBNCB 0*£SPAKTBRO.

eue dans cette insarrectiou : peut-être sera-t-il impossible d'en avoir jamais la preuve palpable, et tout s'est-ii borné à de fortes sommes remises de la main à la main aux habitants de la rue de Courcelles. Cependant, Louis- Philippe ne sut pas cacher sa joie en apprenant les premières nouvelles du soulèvemeot, et le maréchal Soult donna publiquement audience à des ofGciers ebristinos avant leur départ pour les divers points où ils devaient agir.

Nous lisons dans les Mémoires de M. G uixol que, lorsqu'il s*agit en 1841 de La nomination d'un ambassadeur, ce qui inquiéta cet homme d'Etat, ce ne fut pas de savoir si la présence de M. de Salvandy, sur qui les yeux s'étaient portés, serait utile à nos intérêts français en Espagne, mais si cette nomination serait ou non du goût de M. Zea* Bermudez, le minisire spécial, consulté par Christine en tout ce qui touchait les affaires extérieures. Quand le mouvement éclate et qu'il y a des mesures à prendre à la frontière, le gouvernement français donne toute facilité dans le département des Basses -Pyrénées^ par où les modérés pouvaient faire venir toutes leurs ressources; du côté des Pyrénées-Orientales, au contraire, comme Barcelone oe sympathise point avec le pronunciamento, et qu'avant tout il faut se tenir en garde contre les manœuvres des républicains, un corps d'armée est envoyé qui exerce une trèssévère surveillance sur toule la frontière. Dans la presse française, tous les organes dévoués au gouvernement, tous ceux qui défendent le drapeau conservateur sont ouverte* ment favorables à h révolte ; ils répètent avec joie les indications données par la Presse , journal spécial acheté alors par M. de Grimaldi et, pour le moment, moniteur de la rue de Courcelles. 11 n'y a que les journaux indépendants, que les feuilles républicaines, qui parlent en faveur du gouvernement régulier de la nation espagnole.

CHAP1TRX1I. — LH8 CORTÈS PROGBESftISTBS BB 48il-1842. 287

Le peuple anglais, en face de qui se jouait toute cette comédie, pouvait d'autant moins douter de la sympathie du cabinet français pour le pronunciamento de 1844, que M. Guizot ne se cachait point pour avouer ses préférences en fiivenr du parti modéré ; les ministres de Londres rece* vaieut des notes dans lesquelles le ministre français parlait sans cesse de sa fidélité scrupuleuse à respecter tous les égards que les gouvernements établis se doivent entre eux, mais dans lesquelles aussi il disait ne pouvoir oublier ni les rapports de famille existant entre son roi et Tex-régente, ni ce fait, que les modérés avaient toijyours été comme les chevaliers du parti français en Espap:ne, ni enGn cette considération qu'en dehors de ceux qu'il favorisait nulle autre fraction politique ne pouvait assurer Tordre, la paix et la justice.

Aussi, de leur côté, les Anglais exagéraient-ils leurs bonnes relations avec le parti progressiste ; ils avaient à Madrid un chargé d'affaires, M. Aston, qui assurait sans cesse le gouvernement et les Cortès de leurs bonnes dispositions, et leurs journaux faisaient ressortir avec vivacité là complicité du cabinet français avec l'insurrection.

Le sentiment national était si unanime sur ce point, en Angleterre, que lord Palroerston put quitter le ministère, et les torys se partager les portefeuilles, sans qu'il y eût la moindre modification dans la politique anglaise en Ëspagne ; les formes seules des torys furent un peu moins cassantes que ne l'eussent été certainement celles des whigs. C'est évidemment avec Tintention de contre-balancer l'influence de l'envoyé anglais à Madrid que Louis-Philippe consentit, malgré son mécontentement, à envoyer un ambassadeur. M. de Salvandy allait partir quand survin* rent les événements d'octobre 4841. 11 y eut naturellement à cetta époque, à Paris, de graves démêlés entre Tambas*

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sade espagnole et le cabinet français, démêlés d'autant plus graves qu'Olozaga insistait fortement pour obtenir Texpulsion de Christine et que, loin d'y consentir, Louis-Philippe eût plus volontiers donné ses passe-ports à l'ambassadeur espagnol. Le voyage de M. de Salvandy se trouva retardé par divers accidents jusqu'aux premiers jours de décembre.

Suivant M. Guizot, cette ambassade avait seulement pour but de donner à la reine Isabelle un témoignage d'affectueuse considération. On pourrait croire plutôt qu'il s'agissait surtout de ménager les moyens d^avoir, à certains moments, une correspondance secrète entre la mère et la fille, sans intervention ni du régent ni du tuteur. Toujours ést-il qu'annoncée avec fracns, précédée de grandes questions d'étiquette, l'ambassade de M. de Salvandy n'amena aucun résultat. Une difficulté surgit, dès l'origine, sur le point do savoir si les lettres de créance devaient être remises à la reine ou au régent. Le cabinet de Paris, qui avait fait la faute en 1833 de les adresser à la régente Christine^ et non à la jeune reine, comme le cabinet anglais, insista vainement pour qu'elles fussent remises directement à Isabelle. Les ministres espagnols voulurent qu'elles fussent adressées au régent. On ne put sortir de ce débat préliminaire ; il entraîna la retraite définitive de M. de Salvandy, qui quitta Madrid avec toute sa légation^ ne laissant qu'un second secrétaire, M. le duc de Glucksberg, pour représenter et défendre les intérêts français (janvier 4842).

Soumises avec empressement aux Gortès par le ministère, ces questions diplomatiques avec le cabinet français n'y soulevèrent jamais aucune difficulté. Le parti progressiste, imbu de ses injustes préventions contre la France, y était en trop grande majorité, pour ne pas soutenir avec énergie son gouvernement contre les manœuvres du cabinet de Paris, derrière lequel il apercevait toujours l'influence mo«

CBAPITIB n. — LU COITÈS PROGtCSSISTES D8 f84l-1842. 289

dérée. D'ailleurs les sujets de conOits ne lui mnnquaicnt point ; et il était déjà assez divisé pour n*avoir pas besoin de chercher dans son sein une nouvelle occasion de discordes.

La question de la régence, une ou triple, avait, en mars 1841, dès rouvcrture des séances, coupé presque en deux la représentation nationale dans les deux chambres. Au Congrès, elle avait amené la création d'une phalange nombreuse , qui aspirait, sons la conduite de deux hommes d'Etat distingués, don Joaquim Maria Lopez et don Firmin Caballero, à suivre une politique propre, encore mal définie. L'éloignement manifeste d'Ëspartero pour les deux hommes d'Etat qui s'étiienl le plus distingués dans la révolution de septembre produisit un peu plus tard une nouvelle division; de la majorité de la chambre on vit se détacher successivement un certain nombre d'individualités qui se groupaient autour d'Olozaga et de Cortina, et entendaient exclusivement suivre leurs inspirations.

Par le fait de ses choix malencontreux, Espartero, avec un congrès tout progressiste, se vit donc réduit à une majorité douteuse ; ayant voulu organiser un ministère tout à sa dévotion, il se trouvait ne pouvoir plus compter que sur une soixantaine de députés entièrement voués à sa politique, disposés à suivre le ministère, et à affronter Fépithète d'ayacuchos, déjà impitoyablement accolée au nom de tous les amis du régent. Le nombre des partisans de Lopez et de Caballero atteignait environ quarante ; Olozaga et Cortina disposaient chacun d'une trentaine d'autres voix; il restait une trentaine de députés entre modérés, républicains et progressistes incolores, à la merci desquels le gouvernement allait se trouver dans toutes les circonstances.

Pendant la première session, qui s'étendit du 49 mars

900 LlVil Ht. — BÉQKKCR u'iWAftmO.

au Sd aoûti les germes de division que nous venons de NgnA* lor ne portèrent pas lous leurs fruits ; le parti progrcssitfle avait eu d*ainettr8 à prendra de grandes résolutions pour assurer dans lalégislMlion le succès dos grandes mesures révo» lutionnaires inaugt)n5cs par Mendisubul ; il fallait parliculièrement, en ce qui concernnil Ih dotation du culte «t du clergé, la dtme el la vente des biens du clergé séculier, revenir sur les fâcheuses décisions prises par les Cortès de 1840. Sur tous ces points, qui d'ailleurs avaient tous été préparés par des rapports antérieurs et des études préliminaires du ministère régence, il n'y avait point de divergence : les Coi tes furent assez heureuses dans leur première session pour voter une loi sur la dotation du culte el du clergé qui celte fois fut sanctionnée, pour ordonner la vente des biens du clergé S'^culieri pour assurer par de nouvelles dispositions l'aliénabilité des majorais déjà décidée en iSM el en i836« el pour commencer à prendre quelques dispositions qui avaient pour objet de susciter la création de quel* ques travaux d'utilité publique. (Transaction avuc le canal de Gastille. — Emprunt pour la route de Madrid à la Corogne.)

Une grande mesure avait été prise par le ministère-régence pendant sa courte administration ; malgi^é son extrême pénurie, en s'appuyant sur les lois de 1838 et de 1840 il avait annoncé son intention de capitaliser tous les coupons de la dette extérieure et intérieure échus avant le 1" janvier i8ii et impayés, on donnant en échange des titres 3 pour iOO ; il avail, par ce même décret, daté du %l janvier 18il, fait contracter en même temps, par TEtat, Ten* gagement de proposer aux Cortès un projet de loi» pour que les coupons de Tannée 1841 fussent également capitalisés en titres 3 pour 100.

Cette même année, la nation n'était pas encore en mesure

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