‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 112 sur 152 · CHAPITRE tl — LB8 G0RTÈ8 PROaRIMIgTBd Dl · texte numérisé non relu

CHAPITRE tl — LB8 G0RTÈ8 PROaRIMIgTBd Dl

d'en effectuer le payement. Les Gortèt, sans approuver dir#q« te ment cette décision si importante» la flrent cependant exécuter et lui donnèrent ainsi une valeur législative. La loi, votée par elles pour le budget de Texercice 1841, et promulguée le 1*' septembroi diminuait de ;300 millions le montant des intérêts h payer pendant Texereioe I641| sous cette observation qu'en vertu du décret du 31 janvier ces 300 millions devaient être capitalisés ; en même temps elle affectait le nécessaire au payement des intérêts de la nouvelle dette 3 pour 100 (note 6).

Il fallait bien donner aux créanciers de rjEStat, privés de tout revenu depuis 1836, quelque satisraction ; et cependant que leur promettre, quand le budget annuel des dépenses, y compris les intérêts do la dette publique, dépassait depuis plusieurs années de plus de 500 millions les recettes réel* les ? Le budget de 1841 , môme dans ces conditions, c'eat^à'* dire les intérêts de la dette réduits à 38 millions^ et quoique les Cortës eussent voté des économies qui ne pouvaient se réaliser, se soldait encore avec un déficit de 173 millions de réaux.

Pour obvier aux difGcullés du moment, par une loi du 14 août, les Certes autorisèrent le gouvernement & emprun* ter 60 millions à 6 pour 100 d'intérêt annuel, à centraliser tous les crédits constituant lu dette flottantei et à consacrer au remboursement de ces crédits et des 60 millions empruntés les produits de deux rentes publiques, le sel et le papier timbré. Aliénée pour cinq ans en adjudication publi* que, la ferme de ces deux rentes fournit un capital de 70 millions.

Tels furent les travaux qui remplirent la première ses^ sion fermée le S3 août. Le ministère, après cette date, eut quelques mois de répit pendant lesquels il eût pu s'occuper de questions administratives et se consacrer exclusive*

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ment à diverses créations qu'il Avait annoncées (Jnnte d'outre-roer pour réviser les lois des Cortès. — Exposition des produits de Tindustrie. — Collège militaire. — Collège naval du Ferrol. — Organisation du corps d'état-major) ; mais il fut arrêté dans tous ses projets et par Tinsurreclioa d'octobre et par la démolition de la citadelle de Barcelone. LVffet produit dans le pays par ces événements fut tel, qu'à Touvcrlure de la deuxième session les députés abandonnèrent tout à fait les discussions des lois organiques et ne pensèrent plus qu'à apprécier les actes du ministère pendant la péiiode qui venait de s'écouler. Sous le prétexte de répondre au message de la couronne, la chambre des députés mit en discussion la politique des gouvernants.; tandis qu'Arguelles, Mendizabal, essayaient de défendre avec ardeur le ministère, une opposition très-vive, dans laquelle s'unirent Lopez et Gaballero, Olozaga et Gortina, se mit à critiquer avec amertume, et l'imprévoyance avec laquelle on avait laissé se préparer la tempête qui avait éclaté le 1 *' octobre, et l'iniquité avec laquelle on imposait l'état de »iége à Barcelone, quoiqu'on fût entré dans cette ville sans coup férir. Les débats durèrent plus d'un mois, du 20 janvier au 23 février ; à la fln, le gouvernement triompha, mais avec une si faible majorité, qu'on put dès lors prévoir une déroute à la première occasion.

L'opposition, enhardie par l'espérance du succès, s'occupa d'établir un accord aussi étroit que possible entre ses différents chefs; elle y parvint non sans peine, et une fois qu'elle l'eût obtenu, elle Ot la guerre aux ministres en abusant des énormes difGcullés financières contre lesquelles ils avaient à se débattre. Elle ne put empêcher qu'on n'accordât au gouvernement l'autorisation qu'il avait demandée d'émettre 160 raillions de réaux en bons du Trésor sous la garantie du produit des douanes du royaume

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appliqué à leur intérêt et amortissement ; mais elle souleva un grand scandale en dévoilant de nombreuses illégalités commises par le ministre des finances qui avait établi des préférences arbitraires de payement entre les divers crédits, et avait été jusqu'à compromettre la signature du régent lui-même, en faisant payer à don José Salumanca, des coupons échus, qui aux termes de la loi du budget eus* sent dû être capitalisés.

Le président du conseil essaya de sauver la situation en sacrifiant son collègue chargé du portefeuille des finances; cette première concession était déjà trop tardive. L'opposi* tion, voyant Topinion publique tout à fait déclarée en sa faveur, avait décidé de proposer à la Chambre un vote de censure contre le ministère ; elle le présenta, en effet, le 28 mai, et, après une séance de treize heures, commencée à midi, terminée à une heure et demie du malin, elle vit sa proposition adoptée à la majorité de quatre-vingt-six voix contre soixante-dix-huit. Devant cette manifestation, Gonzalez, qui avait déclaré ne vouloir administrer qu'avec Tappui des Gortès, n'avait plus qu'une résolution à prendre: se retirer; il remit donc sa démission entre les mains du régent, et attendit qu'un successeur lui fût désigné (29 mai).

Suivant les habitudes parlementaires, c'était parmi les hommes les plus importants de l'opposition que le régent devait choisir le chef * du nouveau cabinet ; les hommes d'Etat ne lui manquaient pas ; il pouvait s'adresser ou à Olozaga, ou à Gortina, ou à Lopez ; l'un ou l'autre de ces personnages avait chance de grouper autour de lui une majorité nouvelle. Esparlero ne voulut pas s'entendre avec les deux derniers ; peut-être craignait-il la supériorité de l'un et redoutuit-il l'ambition de l'autre ; il consentit seulement à appeler Olozaga ; mais celui-ci, encore sous le

194 t\lM m. -^ BiOfc^CBD*B8PABTBllO.

coup (le rbumiliaiion dont il avait été l'objet an an auparavant, quoiqu'il eût trèfi-activement contribué à la chute de Gonzalez, contre lequel il avait une irritation toute spéciale, peut-être môme à aiuse de Tanleur qu'il avait mise h le renvereér, refusa systématiquement d'accepter la mission qui lui était confiée. Plus content peut-être de ce refus qu'il ne Teût été d'une acceptation^ Espartero songea alors à reconstituer sous une autre forme un ministère tout dévoué à sa personne, et choisi en dehors de toutes les fractions qui divisaient le congrès ; il appela son vieux compagnon d'armes, longtemps son supérieur, le général Rolil, et lui confia le soin de former un nouveau cabinet. Rodil affecta de recevoir comme une consigne ces importantes fonctions ; ne pouvant s'appuyer sur un congrès trop divisé, il feignit de marquer des intentions vraiment constitutionnelles en offrant des portefeuilles à de vieux sénateurs dont le nom était cher au parti progressiste^ et à des personnages qui avaient voté pour la régence triple. L'ancien ministre Almodovar, Zumalacarreguy, président du tribunal de gr&ce et justice, Ramon Galatrnva, chargi^s respectivement de l'Etat, de gr&ce et justice et des finances, jouissaient de la plus haute estime , l'honnêteté du marin Capaz, à qui la marine fut confiée, était proverbiale en Espagne ; Solanoz, choisi pour dirig»>r l'intérieur, avait donné des gages sérieux d'un libéralisme avancé. C'en était assez pour que les nouveaux ministres fussent accueillis avec un certain respect par la masse de la nation, mais comme on ne pouvait attendre d'eux aucune ligne politique bien accentuée, l'opinion ne voulut les considérer que comme des ministres provisoires ; ils venaient mettre fin h une trop longue crise qui avait duré près de vingt jours (du 28 mai au 17 juin) ; voilà tout^ à ce titre^ ils rendaient nn service, mais il ne fallait pas que le régent to reposât long-

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temps sur onx du soin de gouverner, sinon il y aurait de sa part n1)dicnlion réelle.

Placé en fiioo d'nn cnngrfes qui ne pouvait lui être sympathique, le ministère llodil se préoccupa seulement d'obtenir les ressource) dont il avait besoin. Il insista pour que In flxaiibn de la force militaire, celle de la réserve, le chiffre du contingent, le budget de 1842 fassent votés avec rapidité ; il obtint, en effet, raulorisntion de toucher les contributions jusqu'à la On de Tannée, fil voler un contingent de 35000 hommes, fit déterminer que la force totale de Tarmée serait de 100000 hommes, celle de la réserve de 40000, appuya une loi qui décidait la consiructton d*un palais spécial pour le congrès des députés, et dès le M juillet, s'empressa de fermer la seconde session des Cortès.

En agissant ainsi, Rspnrlero gagnait du temps, il est vrai, mois il montrait chaque jour davantage son incapacité en fait de gouvernement ; en le voyant aussi faible, hors d'état de prendre des mesures décisives, toutes les fractions s'agitèrent et comprirent que son autorité ne pouvnit être de langue durée. En vain les ayacucAoi essayèreut-ils derépan* dre le bruit qu'il conviendrait de reculer la majorité de la reine et de proroger les pouvoirs du régent expirant constitutionnellement le 10 octobre 1844; il y eut contre cette idée dans l'opinion un iolle général; l'idole avait déjà perdu tout son prestige; la nation avait compris que derrière le général paciQcatcur il n'oxistail pas d'homme politique. Au contraire, un projet d'amnistie jeté en avant par les amia de Lopez réunit bientôt d'ardentes sympathies; lus modérés et les républicains l'accueillirent avec empressement et le soutinrent avec d'autant plus d'ardeur, qu'ils sentaient que les progressistes purs, maîtres exclusifs de la situation, ne devaient l'admettre qu'avec une vive répugnance.

S96 LITRB ill. -^ lltoBNC:< D*S8PAETBtO«

Tout le deuxième semestre de l'année 1842 se passa ainsi en allées et venues d'un parti à Tautre; l'approche de la majorité de la reine surexcitait toutes les ambitions ; chacun voulait à l'avance sa part pour lui-même et ses amis des faveurs d'un nouveau règne. Dans l'intérieur du palais^ malgré l'absence de Christine, se croisaient de nouvelles intrigues ; profitant de l'absence de sa sœur, la princesse Charlotte, femme de l'infant don François de Paule, s'était h&tée d'accourir auprès de sa nièce et cherchait à préparer les voies pour lui faire épouser un de ses deux fils, soit François duc d'Assise, soit Henri duc de Séville. Elle s'était liée avec plusieurs des principaux personnages progressistes, et travaillait avec la plus grande énergie à grouper autour d'elle un parti dit Paqutto {du diminutif de Francisco, Paco), qui considérait l'avenir de la Péninsule comme compromis si la reine n'épousait pas l'un ou l'autre des deux fils de la princesse Charlotte. L'intrigue était menée avec tant de vivacité que le tuteur fut obligé d'intervenir; un professeur de musique fut éloigné du palais pour avoir remis à la reine le portrait du duc d'Assise ; ce dernier fut éloigné de la cour ; son père fut invité à aller résider à Saragosse et à emmener son épouse avec lui. On revint aux antiques règles de l'étiquette cérémoniale, afin de pouvoir isoler davantage la jeune reine des trop nombreuses comnmnications par lesquelles on cherchait à éveiller son imagination ; la camarera mayor, marquise de Belgida, se plaignant de cet isolement, crut devoir donner sa démission. Elle ne fut point remplacée, et ses fonctions furent désormais remplies par la comtesse de Mina, eu qui le tuteur pouvait avoir une pleine et entière confiance- Tandis que le ministère Rodil, abandonné par les hommes les plus importants, se morfondait à part dans son impuissance, tous les journaux résonnaient des paroles de

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